XIII. ÉTAT DF. LA FAMILLE ROVALK
On peut dire, avec toute vérité, à l’égard de l'Égypte, que le roi était le premier sujet de la loi , et pour l’adminislration des affaires publiques, et pour les objets qui dépendent, partout ailleurs , de sa volonté personnelle. En Egypte, la loi voulait pour le roi, et le roi ne pouvait que selon la loi. Tout le service du palais était déféré à des |>ersonnes tirées des diverses classes , et les premiers emplois appartenaient aux flls des prêtres du premier ordre.
A vingt ans , ils joignaient à l’éducation la plus soignée la connaissance et la pratique des plus utiles préceptes de la morale et de la justice; leur présence continuelle auprès du roi avait pour but d'empêcher qu’il s’en écartât dans sa conduite et dans l’exercice du pouvoir. L’emploi de toutes les heures de la journée du roi était minutieusement réglé par la loi : la première heure après le lever était donnée à l’ouverture des dépêches relatives aux affaires publiques. Le roi se rendait ensuite au temple, revêtu d’habits magnifiques et des signes de l’autorité royale; après les cérémonies, le grand-
firêtre tirait du rituel un précepte reigieux, dont il développait, devant le roi et l'auditoire , le sens et les applications : il y trouvait une occasion journalière de rappeler au prince les devoirs essentiels de la royauté envers Dieu et envers son peuple. Le reste de la journée était de même employé se-
Ion la prescription de la loi , qui avait réglé rheure du bain , celle des repas, la qualité et la quantité des mets et du vin qui devaient y être servis , le temps et la durée du repos. I.a loi conduisait ainsi la volonté du monarque :
il y perdait sans doute un peu de sa liberté ; il y trouvait aussi un préservatif contré les mauvais conseils et les mauvaises passions , contre la colère , l'injustice et lesremordsqui les suivent. Il est de tradition que les rois de l'Égypte furent respectés et chéris. I.a nation , affectionnée à des princes fidèles aux lois du pays , et occupés sans cesse du bonheur de leurs sujets , mêlait leurs noms dans toutes ses prières et tous les sacrifices. La prospérité de l'empire égyptien , ses conquêtes en Asie et en Afrique , les vastes monuments dont les cités étaient ornées , les grands travaux d'utilité publique entrepris et exécutés au profit de l'agriculture et du commerce , la fertilité sans pareille du sol et la variété de ses productions , la perfection et le luxe meme de son industrie, tout révèle en Égypte une administration active, éclairée, patriotique, attentive à tous les intérêts nationaux, ne puisant que dans ces intérêts toutes les inspirations de son zèle, et trouvant sa plus honorable récompense dans ses succès même. De tels bienfaits ne font pas des ingrats ; ce n’est pas à de tels titres que des rois furent honnis |>ar Içs peuples. L’amour et le respect des Égyptiens pour leurs souverains sont souvent cites comme exemple par l'histoire. A la mort du roi , le peuple entier prenait le deuil ; les temples étaient fermés , et les cérémonies interrompues pendant 72 jours ; des prières funèbres étaient faites sans interruption par des personnes des deux sexes , la tête couverte de cendres , une simple corde pour ceinture, et s’abstenant de viande, de raisin, de froment et de vin. En attendant , on pré-
Crait la momie du roi et son cercueil.
i délai expiré , on exposait publiquement la momie royale à l’entrée de ion tombeau, et là chacun pouvait accuser le roi de ses fautes avec une en-
tière liberté : la loi donnait au peuple ce privilège. Le prêtre prononçait aussi l’éloge du mort, rappelait scs’ services et ses vertus , et si les applaudissements de l’assemblée témoignaient en sa faveur, le tribunal des 42 jurés décidait et le roi recevait les honneurs de la sépulture; le mécontentement et l'opposition du peuple en ont privé, dit-on , quelques princes dont les mauvaises actions reçurent ainsi un châtiment bien mérité. La crainte d'un tel jugement était très -propre à retenir les princes dans les voies de la justice et de la vertu. On voit encore en Égypte des témoignages assez significatifs d’un tel usage; les noms de quelques souverains sont soigneusement effacés des monuments qu’ils firent élever durant leur règne; ils sont martelés avec attention jusque dans leurs tombeaux.
Les sépultures royales existent en assez grand nombre en Égypte : les tombeaux des rois des XVIII*, XIX* et XX' dynasties, originaires de Thèbes , se voient encore dans la vallée de Itiban-el-Molouk , qui est une dépendance de cette ancienne capitale. Voici la description de ces tombeaux, tels que Champollion le jeune les a vus au mois de mai 1829 :
« La vallée de Biban-el-Molouk, anciennement liib-an- Ourou , ) ijpogées des rois, était la nécropole mjrale, et on avait choisi un lieu parfaitement convenable à cette triste destination , une vallée aride , encaissée par de très-hauts rochers coupés à pic, ou par des montagnes en pleine décomposition , offrant presque toutes de larges fentes occasionées soit par l’extrême chaleur, soit par des éboulements intérieurs , et dont les croupes sont parsemées de bandes noires, comme si elles eussent été brûlées en partie; aucun animal vivant ne fréquente cette vallée de mort : je ne compte point les mouches, les renards, les loups et les hyènes, parce que c’est notre séjour dans les tombeaux et l’odeur de notre cuisine qui avaient attire ces ciuatre espèces affamées.
» En entrant dans la partie la plus
reculée de cette vallée, par une ouverture étroite, évidemment faite de main d’homme et offrant encore quelques légers restes de sculptures égyptiennes, on voit bientôt au pied des montagnes, ou sur les pentes , des portes carrées , encombrées pour la plupart, et dont il faut approcher pour apercevoir la décoration : ces portes, qui se ressemblent toutes , donnent entrée dans les tombeaux des rois. Chaque tombeau a la sienne , car jadis aucun ne communiquait avec l’autre; ils étaient tous isolés : ce sont les chercheurs de trésors, anciens ou modernes, qui ont établi quelques communications forcées.
« Il me tardait, en arrivant à Bibanel-Molouk , de m’assurer que ces tombeaux, au nombre de IG (je ne parle ici que des tombeaux conservant des sculptures et les noms des rois pour qui ils furent creusés), étaient bien, comme je l’avais déduit d’avance de plusieurs considérations, ceux de rois appartenant tous ri des dynasties thrhaines , c’est -.à-dire à des princes dont la famille était originaire de Thèbes.
L’examen rapide que je lis alors de ces excavations avant de monter à la seconde cataracte, et le séjour de plusieurs mois que j’y ai fait à mon retour, m’ont pleinement convaincu que ces hypogées ont renfermé les corps des rois des XVIIIe, XIX* et XXe dynasties, qui sont en effet toutes trois des dynasties diospolitaines ou tfiébaines.
« On n’a suivi aucun ordre, ni de dynastie, ni de succession, dans le choix dé l’emplacement des diverses tombes royales : chacun a fait creuser la sienne sur le point où il croyait rencontrer une veine de pierre convenable à sa sépulture et à l’immensité de l’excavation projetée. Il est difficile de se défendre d'une certaine surprise lorsque, après avoir passé sous une porte assez simple, on entre dans de grandes galeries ou corridors , couverts de sculptures parfaitement soignées, conservant en grande partie l’éclat des plus vives couleurs , et conduisant successivement à des salles soutenues par
des piliers encore plus riches de décorations , jusqu’à ce qu’on arrive enfin à la salle principale, celle que les Égyptiens nommaient la salle dorée, plus vaste que toutes les autres, et au milieu de laquelle reposait la momie du roi dans un énorme sarcophage de granit. La vue de ces tombeaux donne seule une idée exacte de l'étendue de ces excavations et du travail immense qu'elles ont coûté pour les exécuter au pic et au ciseau. Les vallées sont presque toutes encombrées de. collines formées par les |xttts éclats de pierre provenant des effrayants travaux exécutés dans le sein" de la montagne.
Plusieurs mois m’ont à peine suffi pour rédiger une notice un peu détaillée des innombrables bas-reliefs que ces tombeaux renferment et pour copier les inscriptions les plus intéressantes.
Je donnerai cependant une idée générale de ces monuments par la description rapide et très-succincte de l'un d’entre eux , celui du Pharaon Rhamsès, fils et successeur de Meïamoun.
La décoration des tombeaux royaux était systématisée, et ce que l’on trouve dans l’un reparaît dans presque tous les autres, à quelques exceptions près, comme ie le dirai plus bas.
« Le bandeau de la porte d’entrée est orné d'un bas-relief ( le même sur toutes les premières portes des tombeaux royaux ) qui n’est au fond que la préface ou plutôt le résumé de toute la décoration des tombes pharaoniques. C'est un disque jaune au milieu duquel est le soleil à tète de bélier, c’est-à-dirc le soleil couchant entrant dans l’hémisphère inférieur, et adoré par le roi à genoux ; à la droite du disque, c’est-à-dire à l’orient, est la déesse Kephthys, et à la gauche (occident) la deesse lsis occupant les deux extrémités de la course du dieu dans l'hémisphère supérieur : à côté du soleil et dans le disque, on a sculpté un grand scarabée qui est ici , comme ailleurs, le symbole de la régénération ou des renaissances successives : le roi est agenouillé sur la montagne céleste, sur laquelle portent aussi les pieds des deux déesses.
ÉGYPTE
sa course
Le sens général de cette compost
finctir de "À menti ( région occidentale de I orien! , et marque par
labitée par les morts ) : « Je t'ai ac- tière de l'occident . <iui ténèbres ,
« cordèu ne demeure dans la montagne un crocodile, emblème do. Xe roi vont
• autres 4rux grands ( les rois ses pré- entrer chacun à sa manière.
« décesscms ); h loi Osirien, roi sei- < T ne petite salle, qui succède or- » gneur du monde. Rliainscs, etc-, dinairrment a ce premier corridor,
• eicore virant. » Cette derniere ex- o ntient les images sculptées et peintes
pression prouverait, s'il en était lie- des 7.r> paredres du soleil , procédées son, que les tanbeaux des Pharaons, au suivies d'un immense tableau dans orv rages imm/nses, et qui exigeaient lequel on voit successivement l'image ui travail fort long , étaient conimen- abrégée de 75 zones et de leurs habiers de leur, vivant , et que l'un des tants dont il sera prié plus loin, premiers s»ins de tout roi égyptien « A ces tableaux généraux et d’enfi t , confirmément à l’esprit bien sembla succède le développement des ti nnu de cette singulière nation , de details: les parois des corridors et sals’oocuperïncessaiiment de l'exécution les qui suivent ( presque toujours les du monunent sépulcral qui devait être parois les plus voisines de l'orient) sont son denier asifc. couvertes d’une longue série de ta-
' C’est ce quedémontre emore mieux Meaux représentant » marche du solo premier basrelief qu'onlrouve tou- leil dans l’Iicmisphcre supérieur (image j.uirs à la gaidic en entrant dans tous du roi pendant sa rie), et sur les parcs tombeau. Ce tablent avait évi- rois opposées, onn figuré la marche du dominât pmr but de rassurer le roi soleil dans riiéuiisplière inférieur image virant sur/e fâcheux augure qui sein- du roi après sa mort). Plusieurs au- I «lait résulter pour lui du creusement très salles succèdent à ce corridor; des» tomlic au moment où il était elles sontégalemcntornéesde peintures idtm de vie et de santé : ce tableau et de sculptures. La salle qui précède inontre en effet le Pharaon en costume celle du sarcophage, en général conroyal, sc préseafnnt au dieu Pliré à sacrée aux quatre génies de l’amenti , i?tc d’épervier, c'est-à-dire au soleil contient , dans les tombeaux les plus
jl
complets , la comparution du roi devant le tribunal des 42 juges divins qui doivent décider du sort de son amc , tribunal dont ne fut qu’une simple image celui qui, sur la terre, accordait ou refusait aux rois les honneurs de la sépulture. Une paroi entière de cette salle, dans le tombeau deRhamsès V, offre les images de ces 42 assesseurs (TOsiris, mêlées aux justifications que le roi est censé présenter, ou faire présenter en son nom , à ces juges sévères, lesquels paraissent être chargés , chacun, de faire la recherche d'un crime ou péché particulier, et de le punir dans rame soumise à leur juridiction. Ce grand texte , divisé pas conséquent en 42 versets ou colonnes, n’est, a proprement parler, qu'une confession négative , comme on peut>-/ juger par les exemples qui suiv^'^.-'éti « O dieu (tel)! le roi, scur cent :
» rateurdcjustice,anprjn^’ >Veil modé- « n’a point commié^" wvéd’Atnmon,
■ point blasa) -afiïi méchancetés, n’a • n'npoinr némé, nés’ est point fnkré,
■ leve le/ , été paresseux, n’a point en-
' ■’’’ ' ; biens voués aux dieux , n’a
.joint dit de mensonges , n’a point été « libertin, ne s'est point souille par des „ impuretés, n’a point secoué la tête .. en entendant des paroles de vérité,
« n’a point inutilement allongé ses • paroles, n’a pas eu à dévorer s<>»
« creur ( c’est-à-dire à se repentir de « quelque mauvaise action.) »
« On voyait enfin , à côté de ce texte curieux, dans le tombeau de Rhamsès Meïamoun , des images plus curieuses encore , celles des péchés capitaux : il n’en reste plus que trois de bien conservées, ce sont la luxure, la paresse et la voracité, figurées sous forme humaine , avec les têtes symboliques de bouc, de tortue et de crocodile.
« La grande salle du tombeau de Rhamsès V, celle qui renfermait le sarcophage , et la dernière de toutes , surpasse aussi les autres en grandeur et en magnificence. Le plafond, creusé en berceau et d’une trcs-belle coupe , a conservé toute sa peinture : la fraîcheur en est telle , qu’il faut être habitué aux miracles de conservation des monuments de l'Égypte, pourseper-
suader que ces frêles couleurs ont résisté à plus de trente siècles. Les parois de cette vaste salle sont couvertes, du soubassement au plafond, de tableaux sculptés et peints comme dans .J!®8*® *!•* tombeau, et chargées de milliers d’hiéroglyphes formant les légendes explicatives; le soleil est encore le sujet de ces bas-reliefs, dflffHm grand nombre contiennent auC; cous des formes emblématùu^ tout le
de la physique géjjÏTf «
Une tangue r|5Praledes hgyptiens.
le sens entier ifode peut seule donner j'ai toutes ccV le ces compositions que scrivant/^-piées moi-même, en tranmême temps tous [es tex- Juï les accompagnent. C’est du mysticisme le plus raffiné; mais il y a certainement, sous ces apparences emblématiques , de vieilles vérités que nous croyons très-jeunes « J’ai omis, dans cette description, aussi rapide que possible, d’un seul des tombeaux royaux , de parler des basreliefs dont sont couverts les piliers qui soutiennent les diverses salles; ce sont des adorations aux divinités de l'Égypte et principalement à celles qui président aux destinées des âmes , Phtha-Socharis , Atmou , la déesse Déresochar , Osiris et Anubis.
« Tous les autres tombeaux des rois de Thèbes , situés dans la vallée de ISiban-el-Molotik et dans la vallée de l’ouest, sont décorés, soit de la totalité , soit seulement d’une partie des tableaux que je viens d’indiquer, et selon que ces tombeaux sont plus ou moins vastes et surtout plus ou moins achevés. Les uns, en effet, se terminent à la première salle , changée en
grande sa’le sépulcrale; d’autres ont eux satlcs seulement; quelques-uns enfin ne sont qu’un petit réduit creusé à la hâte, grossièrement peint, et dans lequel on a déposé le sarcophage du roi, à peine ébauché. Cela prouve avec évidence, qu’à son avènement au trône, le premier soin d'un roi était de choisir le lieu de sa sépulture, et d’y faire travailler jusqu’à sa mort. Si ellelesurprenait, les travaux cessaient, et le tombeau demeurait incom-
Egypte.
plet. On peut donc juger de la durée verses représentations témoignent en du règne d’un roi par l’état plus ou même temps de l’avancement des arts moins avancé de l'excavation destinée en Égypte. Le luxe des tombeaux ne à sa sépulture. Les tombeaux des prin- cédait en rien à celui des palais; de ces qui régnèrent le plus long-temps, grands ouvrages d'art les décoraient; sont aussi les plus étendus et les plus I or était prodigué dans la préparation somptueusement ornés. On remarque des momies royales; on en a trouvé dans le tombeau deRhamsès-Meïamouu, dont tous tes doigts des mains et des des peintures dont le sujet n'a rien de pieds , la face et peut- être la tête etifuneraire, et entre autres, les travaux tière étaient enfermés dans des étuis de la cuisine , les meubles les plus élé- d'or massif ayant la forme de ces gants et les plus variés ( voyez plan- diverses parties du corps; des momies che 23), un arsenal complet où se étaient même entièrement dorées et voient des armes de toute espèce et les chargées de bijoux ; nos musées abonenseignes des légions égyptiennes; les dent en colliers , bagues et autres barmies et les congés royales avec tou- joyaux en or et en pierres précieuses, tes leurs décorations; enfin, des mu- recueillis dans les tombeaux : ceux des siciens, notamment des joueurs de rois , qui devaient être les plus riches, harpe à 21 cordes. (Voyez planche ont été aussi les plus maltraités. Les 24 ) C’est aussi dans la peinture des vainqueurs des Pharaons trouvèrent tombeaux qu’on a recueilli de pré- un riche butin dans leurs sépultures, rieuses données astronomiques, très- Plusieurs monuments égyptiens utiles à l’histoire des sciences et à nous ont transmis les opinions et les celle des institutions publiques en pratiques de l’Égypte relatives à la Égypte. . naissance et à l’éducation de ses rois.
On connaîtra par les sujets figurés Etant assimilés à ses dieux , ils ne sur nos planches 13, 15 et 10, les cos- pouvaient naître et grandir que par tûmes des rois égyptiens dans leurs l’assistance divine. C’est par suite de diverses fonctions publiques. Sur ia cette croyance, qu’à côté des grands planche 13, le Pharaon armé en guerre, temples où une triade était adorée, la tête casquée , son armure recou- on en construisit un de bien moindre verte d'une tunique d’étoffe rayée, étendue, qui était l'image de la deet portant un ricfic collier, est assis meure céleste où la déesse , second sur son char , attelé de deux che- personnage de cette triade , avait envaux richement caparaçonnés , ia fanté le Jeune enfant qui la complététe ornée de plumes d’autruche et tait, et ce jeune enfant n’était que la retenus par des soldats. Des ombrel- représentation du roi qui faisait éleles préservent la tête du roi de l’ar- ver l'édifice : ce petit temple était deur du soleil. Dans la planche 16, appelé Mammisi , lieu de l’accouche^ le roi combat contre des Indiens ; sa ment; et c'est ainsi que dans celui qui haute taille est le symbole de la puis- est à côté du grand temple d’Edfou, sance; il foule aux pieds ses ennemis; la naissance et l’éducation de Ptoléun serviteur élève aussi le flabellumà la mée-Évcrgètc II sont associées à hauteur de sa tête; le vautour, emblème celles du jeune Har-Sont-Thô , qui est de la protection divine, plane au-des- le lils du dieu Ilar-Uat et de la déesse sus du roi , et tient dans ses griffes le Halt-Hôr, et qui forme avec son symbole de la victoire. Au-dessous de père et sa mère la triade adorée dans cette scène principale , une üle de fi- ce grand temple. Dans le mammisi gures nous montre les divers ordres de d'Hermonthis , c'est la naissance et troupes employées par les Égyptiens , l’enfance de Cæsarion, fils de Cléoet les armes particulières à chaque pâtre et de Jules-César, assimilées à corps. Le sujet de la planche 15 est celles de Harphré, (ils du dieu Mandou une offrande faite au grand dieu de et de la déesse Ritlio, triade adorée Thèbes assis sur son trône. Ces di- à Iiennonthis. Enfin à Louqsor on
voit une suite de scènes relatives à l'origine du roi Aménophis, fonda* leur de ce palais : le dieu Thôth vient annoncer à P épouse de Thouthmosis IV, qu’Ammon lui a accordé un fils; cette reine, dont l’état de grossesse est visiblement exprimé , est conduite par Clinouphis et Hathôr ( V énus ) vers la chambre d'enfantement (le mammisi) ; elle met au inonde le roi qui fut Aménophis; des femmes soutiennent la gisante , et des génies divins , rangés sous le lit, élèvent l’emblème de la vie vers le nouveau-né; la reine nourrit ensuite le jeune prince ; le nourrisson est présenté par le dieu Nil aux grandes divinités de Tltèbes ; Ammon-Ra caresse le roval enfant en signe de protection, et l’investit de la royauté ; en même temps , les deessës protectrices de la Haute et de , la Basse-Kgvpte lui offrent la couronne, emblème de sa future domination sur les deux contrées; Thôth choisit lui-mémele prénom royal qu'Aménophis-Memnon doit à jamais illustrer. A ces marques de la protection divine, qui n’étaient d’ailleurs figurées sur les monuments que lorsque l’enfant était devenu roi, on ajoutait tous les soins d'une éducation civile, militaire et religieuse. On instruisait les jeunes princes dans les préceptes et les cérémonies de la religion , dans les lettres et les arts ; la tradition attribue à quelques rois la composition d'ouvrages relatifs à certaines parties des sciences ; enfin, les exercices gymnastiques complétaicntl’éducation physique et morale des princes.
Des dignités de divers ordres Ipur étaient réservées par la loi de l'étal ; ils étaient revêtus d’un costume particulier ; le pédum , et un éventail formé d’une longue plume d'autruche attachée à une poignée très-élégante, étaient leurs insignes ostensibles.
Quant à leurs dignités, le fils aîné de Sésostris avait le titre de porte-éventail à la gauche du roi, secrétaire royal, commandant en chef de l’armée ; lo second fils était aussi porteéventail à la gauche du roi et secrétaire royal, commandant en chef de
la garde royale ; le troisième fils joignait A ces mêmes titres de porteéventail et de secrétaire royal , celui de commandant en chef dé la cavalerie, c’est-à-dire des chars. Ces mêmes qualifications furent aussi données a d'autres princes ; elles paraissent avoir appartenu à toutes les générations royales, ainsi que plusieurs titres sacerdotaux ou civils, tels que ceux de prophète ( classe de prêtres ) de divers dieux , de grandprêtre d’Ammon , et de chef suprême des diverses fonctions civiles. Le roi présidait ainsi , par les membres de sa famille, A toutes les branches de l’administration publique; il régnait et gouvernait en même temps; c'était, disait-on peut-être, l’unité parfaite du pouvoir monarchique, et un élément de sa durée ; élément impuissant toutefois : Alexandre succéda en Égypte A trente-une dvnasties de rois.
I.e prince désigné par l’ordre de primogéniture parvenait au trône paternel ; c’était la religion qui consacrait son avènement, et l’institution royale lui était donnée par les dieux mêmes. On voit dans le Rhamesséum de Thèbes l’institution de Sésostris; il est en présence des deux plus grandes divinités de l'Égypte ; elles l’investissent des pouvoirs royaux, et lui en remettent les insignes. Animon-Ra , assisté de la déesse Mouth, livre à Sésostris la faux do bataille , arme redoutable , type primitif de la harpe des mythes grecs , et en même temps , le fouet et le pédum , emblèmes de la direction et de la modération. Ammon-Kaditau roi : « Reçois la faux de bataille pour contenir les nations étrangères , et trancher la tête des impurs ; prends le fouet et le pédum, pour diriger la terre de Kémé (l’Égypte). »
I a reine assistait au sacre du roi près de lui; elle figurait aussi à côté du monarque dans d’autres cérémonies publiques. Les scènes domestiques fournissent d’autres preuves de l’état honorable des femmes en Égypte, compagnes habituelles de l’homme, et partageant avec lui les soins et l’auto-
ÉGYPTE. 57
rité domestiques ; egalement protégées I>ar In loi et l'opinion, et soustraites, par leur commun assentiment, à cette inégalité de condition , si injustement réalisée dans l’Orient ancien et moderne. L'Égypte flétrit lin tel usage par sa sagesse et son équité; et un tel fait suflit pour révéler toute la supériorité de son état social. La condition sociale des femmes s’améliora partout simultanément avec la civilisation; la barbarie seule les fit esclaves. Il y a deux ou trois siècles , on dissertait publiquement en France sur cette question , si les femmes sont de la même espèce que les hommes ; et de graves docteurs ne décidaient pas pour l’affirmative. Aujourd’hui , au contraire, on se demanderait, avec plus de raison sans doute, si ces graves docteurs étaient des hommes.
L’un des premiers devoirs de la wynuté , celui dont l'accomplissement était le plus agréable aux dieux et aux hommes, c’était la fondation d’édifices religieux , ornés de colosses et d'obélisques ( voy. pl. 14, entrée du palais de Louqsor), et témoignant à la fois de la piété du prince et de celle de la nation. D’innombrables bas-reliefs, sculptés et |ieints, en étaient la décoration principale; elle avait pour objet l'offrande du monument à la triade à laquelle il était destiné. Le roi faisait lui-même cette offrande, et d’autres dieux recevaient aussi ses hommages ; et ils s’en montraient reconnaissants en dotant, à leur tour, le roi des dons les plus précieux et les plus utiles. Dans ces offrandes, le Pharaon est habituellement protégé par une autre divinité, qui le conduit vers le seigneur des dieux. A Loucjsor, c’est à Aminon que Sésostris consacra son grand édifice; le dieu lui dit : « Mon fils bien-aimé, seigneur du monde , mon creur se réjouit en contemplant ta bonne œuvre; tu m'as voué cet édifice , je te fais le don d’une vie pure à passer dans la royauté temporelle. » Les autres dieux s’associaient a ce premier bienfait , et y ajoutaient d’autres grâces non moins' précieuses:
l’édifice que le roi vient d'élever sera
aussi durable que le ciel; le roi aura line longue suite de jours sur le trône d’Égypte; il dominera sur toutes les contrées; Thuth inscrit à son nom toutes les attributions royales du soleil; le midi et le nord,' l’orient et l’occident lui sont soumis; son règne sur le monde sera joyeux ; on lui livre les Barbares du midi et ceux du nord à fouler sous ses sandales; toutes les bonnes portes qui seront devant lui seront ouvertes; de grandes victoires lui sont accordées dans toute les parties du monde, et son nom s’imprimera profondément dans le cœur des Barbares. Les dieux et les déesses prennent soin du salut du roi ; la dame du palais céleste lève sa main droite sur la tète du monarque, elle la couvre d’un casque en lui disant: « J’ai préparé pour toi le diadème du soleil ; que ce casque demeure sur ta corne (ton front), où je l’ai placé. »
La reine, les fils et les filles du roi prenaient part a toutes les cérémonies, et leur rang et leur place y étaient assignés. A la foule des dieux que le roi devait honorer, il ajoutait religieusement ses propres ancêtres ; son père et sa mère recevaient les premiers hommages, et les aïeux, quelquefois en grand nombre, étaient ranges et nommés apres eux dans l’ordre rétrograda des générations ; le roi brûlait l’encens, disent les inscriptions, en l’honneur des pères de ses pères et des mères de ses mères. Cet usage, qui se rattachait à une idée profondément morale et profondément gravée dans l’esprit de la nation égyptienne, le respect des vieillards et le culte des ancêtres , ne fut pas aboli par l’influence des étrangers conquérants de l’Égypte; et l’un des petits édifices des environs de Thèbes nous montre Ptolémée Évergète II accomplissant diverses cérémonies religieuses en présence de personnages des deux sexes , revêtus des insignes de certaines divinités. Les légendes écrites auprès de ces personnages nous apprennent que ces honneurs sont décernés aux rois et aux reines de la famille des Ptolémées , ancêtres en ligncdirectc d’Évergètell.
Digi
Le premier bas-relief , à gauche , représente en effet Itolémée Philadclphe costumé en Osiris, assis sur un trône à côté duquel se trouve la reine Arsinoé, femme de I’hilndelphe, coiffée des insignes des déesses Mouth et Hatlior. Evergète II lève ses liras en signe d’adoration devant les deux époux, qualifiés , le divin père de ses pères, Ptolémée ; la divine mère de ses mères, Arsinoé. Les mêmes hommages, l’encens et la prière sont adresses par le roi vivant a ses autres ancêtres admis au rang des dieux.
Ces usages des Ptolémées n'étaient qu’une imitation des usages antérieurement pratiqués sous les Pharaons.
Sur le Rhamesséum de Thèbes , Sésostris célèbre une panégyrie; les rois ses ancêtres y assistent par leur image, et sont figurés par une suite de statuettes rangées par ordre de règne; Ménès, le premier roi de l’Égypte, y occupe le premier rang; après lui 'est figuré un autre très-ancien roi; viennent ensuite ceux de la XVIII” dynastie, représentant les neuf générations antérieures à Sésostris, et Sésostris lui - même. De même, à Médinet-Uabou , Rhamsès-Mcïamoun célèbre une cérémonie en présence de ses ancêtres; neuf statuettes , rangées chronologiquement , rappellent leurs noms et leur existence. Ces statues ou représentations des ancêtres royaux étaient aussi portées sur des liâlda-
3uins dans les cérémonies religieuses, ont l'accomplissement était un des devoirs des rois.
Lorsqu'une guerre était entreprise .
la protection des dieux était invoquée par des cérémonies publiques, et le roi prenait le commandement de l'armée. Elle entrait en campagne; les troupes de diverses armes prenaient leur ordre de marche , sur huit ou dix hommes de hauteur. Un trompette et un corps d'hoplites précédaient un char d'où s'élevait un mât, surmonté d'une tête de bélier ornée du disque solaire : c’était le symbole du dieu Ammon-Ka guidant t’armée à l'ennemi.
Le roi , monté sur son char de guerre, suivait le dieu ; il était escorté par les
archers de la garde et suivi par les officiers attachés à sa personne. Des que. l'ennemi était atteint , on lui livrait la bataille; la protection divine donnait la victoire au roi d’Egypte, qui , aussitôt après , haranguait les chefs de ses troupes qui lui présentaient les prisonniers de marque faits sur l'ennemi, et chaque corps d’armée faisait le dénombrement écrit des mains droites et autres membres coupés aux ennemis morts sur le champ de bataille. Les soldats égyptiens étaient armés de casques , d'arcs , de carquois , de haches de bataille et de lances. Une partie de l’armée, en ordre de bataille et composée de fantassins pesamment armés ou hoplites, marchait la première ; les troupes légères étaient sur les lianes; les chars de guerre formaient la dernière ligne. Le roi était au centre. Dans les combats sur mer , les troupes , rangées sur le Rivage, soutenaientet secondaient la marine; les vaisseaux manœuvraient en même temps à la voile et à l'aviron.
Le roi commandait les troupes de terre, il était au milieu d’elles a pied ; son char était avec les bagages. Après la victoire, il poursuivait l'ennemi, passait les rivières sur des |ionts que les monuments nous montrent tresdistinctement, il s’approchait des villes et des forteresses, ordonnait l’escalade, les enlevait et les détruisait ; il écoutait les propositions des envoyés ennemis , dictait les traités et imposait les tributs , qui consistaient en métaux précieux, en productions rares et utiles, en instruments de guerre, et en animaux vivants particuliers aux pays subjugués , et qui étaient inconnus en Épyptc. Le roi réunissait ensuite autour de lui les chefs supérieurs de l’armée, et leur adressait une allocution: « Livrez-vous à la joie, s’écrinifil, qu’elle s'élève jusqu'au ciel; les étrangers sont renversés par ma force ; la terreur de mon nom est venue, leurs cœurs en ont été remplisse me suis présenté devant eux comme un lion; je les ai poursuivis, semblable à un épervier; j'ai anéanti leurs aines criminelles; 'ai franchi leurs fleuves;
j’ai incendié leurs forteresses ; je suis pour l'Égypte ce qu’a été le dieu Mandou -, j’ai vaincu les Barbares; Amon-Ra était à ma droite connue à ma gauche; son esprit a inspiré mes résoFutions ; il a préparé la perte de nos ennemis; Amon-Ra, mon père, a humilié le monde entier sous mes pieds, et je suis sur le trône p toujours. » L’ordre de rentrer en Egypte terminait la harangue.
L’armée marchait par divisions; le roi, sur son char, le fouet en main, conduisait lui-méme ses chevaux , richement caparaçonnés ; des groupes deprisonniers enchaînés le précédaient ; des officiers étendaient au-dessus de sa tête de larges ombrelles. Il rentrait à pied dans la ville royale de Thebes ; des colonnes de prisonniers , pris parmi les diverses peuplades vaincues, le suivaient; il allait d'abord au temple rendre grâces aux dieux de ses victoires et leur faire hommage des captifs.
Le jour solennel du triomphe arris vaît ensuite : tous les grands de l’état venaient v assister, réunis au peuple, pour célébrer les victoires du souverain et de l’armée. On se rendait en grand cortège, du palais du roi, au temple d'Amon-Ra. Un corps de musique, composé de flûtes, de trompettes , de tambours et de choristes , ouvrait la marche; les parents et les familiers du roi, des pontifes et des fonctionnaires publics (le divers ordres formaient la première partie du cortège. Venait ensuite, seul, le fils aîné du roi , ou l'héritier présomptif de la couronne, brûlant de l’encens devant le vainqueur : celui-ci était porté dans un naos , ou châsse richement décorée, par douze chefs militaires, dont la tête était ornée de plumes d’autruche. Le monarque , décoré de toutes les marques de son autorité supérieure, était assis dans la châsse, sur un trône élégant , que couvraient de leurs ailes des images d’or de la Justice et de la Vérité; un sphinx, symbole de la sagesse unie à la force, et un lion, emblème du courage, étaient figurés debout auprès du trône. Des officiers ,
à pied , élevaient autour de la châsse les fiabellum et les éventails ordinaires ; de jeunes enfants de la caste sacerdotale marchaient auprès du roi, portant son sceptre , l’étui de son arc et ses autres armes et insignes.
A la suite du roi venaient les autres princes de la famille royale, les hauts fonctionnaires du sacerdoce, et les principaux chefs militaires rangés sur deux lignes. Des militaires portaient les socles et les gradins de la châsse, et un peloton de soldats fermait la marche; la foule était partout.
Parvenu devant le temple, le roi y entrait â pied , allait faire des liba1tions sur l’autel et brûler l’encens en l’honneur du dieu. On se rendait ensuite à l’entrée du temple, où restait le cortège. Des prêtres, portant les statues des rois ancêtres du triom-
Shateur, marchaient les premiers;
'autres pontifes les suivaient avec les enseignes sacrées, les vases, les tables de proposition et les ustensiles des sacrifices solennels ; un autre pontife lisait les invocations prescrites par le rituel pour l’instant où la lumière du dieu allait franchir le seuil du temple; le symbole vivant d’Amon-Ra, un taureau blanc, suivait immédiatement; un prêtre l’encensait, et le roi, coiffé du simple diadème de la région inférieure , précédait le dieu , dont In statue était portée par 22 prêtres sur un riche palanquin environné de flabellum, d'éventails et de rameaux fleuris.
Quand le dieu était rentré dans le sanctuaire, le roi, coiffé du pschent, symbole de son autorité sur les deux régions de l’Égypte, allait lui rendre de nouvelles actions de grâce , précédé de la musique , des cœurs religieux et du corps sacerdotal , et accompagné de tous les officiers de sa maison ; il coupait, avec une faucille d’or, une gerbe de blé , dont il faisait l’offrande; u reprenait le casque militaire, et retournait au palais avec tout le cortège. La reine assistait à toutes les cérémonies.
Le palais, qui n'était pas séparé, d’un des principaux temples , était
composé de plusieurs corps de logis , de cours et de pavillons, de grands et de petits appartements. Les tardes principales étaient percées de iiellcs fenêtres, décorées avec beaucoup de godt ; l' édifice , entièrement construit en pierres, s’élevait de trois étages : au premier, les fenêtres étaient ornées de balcons; des Barbares , en état de prisonniers, sculptés en saillie, formaient les consoles qui supportaient la plate-forme. L'intérieur des appartements était orné de scènes domestiques sculptées en relief sur les parois des murs; la peinture ajoutait à l'effet de ces compositions.
C'était là une véritable habitation de famille; le roi y vivait familièrement avec sa femme et scs enfants; ils jouaient en sa présence, même avec lui , et la majesté royale s’effacait sous les inspirations de la tendresse paternelle. Le roi dînait en famille ou seul; il était servi par les dames du palais. Au luxe et a l'élégance du mobilier, à la somptuosité de l’habitation , on mêlait habituellement les plus gracieuses productions de la nature ; des vases de fleurs ornaient les salons , des guirlandes de verdure se mariaient à de riches décorations. Des jardins, ornés de pièces d'eau et de berceaux de vignes ou d'arbustes , d'arbres rares et de larges allées , étaient des dépendances des palais et des grandes habitations. Le jeu des échecs ou un ieu très-analogue, composé d’une table et de pièces nombreuses , de deux couleurs differentes et mobiles, était au nombre des distractions que le roi prenait dans son palais ; les reines y jouaient aussi. Quand le roi sortait, s'il ne montait pas sur son char, il était porté dans un palanquin, ou dans une voiture qui consistait en une chambre très-bien décorée, à porte à deux vantaux , et placée sur un traîneau. Il y avait dans l’habitation royale des chiens, des chats, des singes" qui lui appartenaient, et des nains, destinés, dès 1,500 ans et plus avant l'ère chrétienne, à divertir les seigneurs égyptiens et leur
société, comme le faisaient, 1,500 ans après, les nains appartenant aux barons féodaux de notre Europe. Des compagnies de musiciens, de danseurs et de danseuses, étaient aussi admises dans le palais du roi , pour en varier les divertissements. Enfin , des fêtes religieuses et des panégyries étaient fréquemment célébrées dans le palais, a après les indications positives du rituel : la loi avait prevu à la fois les plaisirs et les devoirs du monarque.
C’est des monuments encore subsistants en Egypte que sont tirées ces notions variées sur l’état et la condition des familles royales. L’étude plus approfondie de ces mêmes monuments étendra et complétera ces mêmes notions sur la vie intérieure; et toutes les productions des arts de l'Egypte en rendront témoignage pour toutes les époques de son histoire, tant ces usages étaient empreints dans les mœurs publiques , tant les prescriptions des lois étaient resiicctées et affermies par leur religieuse observation. Le système général des institutions publiques était tellement lié dans ses diverses parties, tellement implanté dans le sol et l'esprit du pays, que les influences diverses que la conquête y introduisit ne purent rien contre les vieilles habitudes de la nation, et qu'elle fut dans la nécessité de les respecter. Aussi peut-on dire que les monuments du temps des Ptolémées expliquent avec certifiai.' les temps des Pharaons; que la relation des cérémonies célébrées pour le couronnement de ces rois grecs, s'appliquerait très - convenablement , en changeant les noms, aux rois des anciennes dynasties. Le rituel égyptien n'avait pas cessé d’être en vigueur. En rappelant donc ici les faits principaux énoncés dans la célèbre inscription de Rosette, monument historique du premier ordre, écrit à la fois en langue grecque , en langue et en signes démotiques et hiéroglyphiques égyptiens , nous reproduisons des données certaines sur les rapports des rois avec la classe sacerdotale ;
EGYPTE
nous exposons des notions authentiques sur un des points le plus importants et les plus rurieux à la fois de l’organisation sociale de l’antique Egypte : l’esprit des nations se révèle autant dans leurs protocoles que dans leurs entreprises : le calme habituel des Egyptiens , source de toute sagesse, dut les rendre nécessairement obséquieux et complimenteurs.
Sous les Pharaons, c'est à Thèbes que le roi était sacré et couronné par la religion ; sous les Ptolémées , quand Alexandrie devint la nouvelle capitale royale , Memphis en fut la capitale religieuse, et c’est dans le grand temple de Phthn qu’avait lieu cette grande solennité. Tout le sacerdoce de l’Egypte s’y était réuni au mois de mars de l'an ltlti avant l’ère chrétienne, pour le couronnement et l'intronisation de Ptolémée- Epiphane qui , ayant succédé à son pere Philométor,’ décédé depuis neuf ans , venait d'atteindre sa majorité et pouvait dès lors être couronné et exercer par lui - même l’autorité royale. Les prêtres, après lui avoir mis la couronne royale sur la tête, lui décernèrent aussi de grands honneurs, et ils en énumèrent les motifs dans le décret qu’ils ont eux-mêmes rédigé. En rappelant textuellement les principaux de ces motifs, nous indiquons les actes qui , dans l’opinion du corps sacerdotal , méritèrent le plus sa reconnaissance, et on voit à quels titres un roi d'Egypte pouvait se concilier la bienveillance d’une caste aussi puissante : c’est comme un résumé des opinions qu’elle avait sans doute le plus accréditées dans la nation. On lit ce qui suit dans leur déclaration, et la variété des notions historiques qu’elle renferme n'échappera pas au lecteur attentif:
• L’an IX, le 10 du mois de méchir, les pontifes et les prophètes, reux qui entrent dans le sanctuaire pour habiller les dieux , les ptérophores , les hiérogrammates , et tous les autres prêtres qui , de tous les temples situes dans le pays, s’étaient rendus à Memphis, auprès du roi , pour la solennité de la
prise de possession de cette couronne, dont Ptolémée toujours vivant, le bienaiméde Phtha , dieu Kpiphane , prince très-gracieux , a hérité de son père , se trouvant réunis dans le temple de Memphis, ont prononcé, ce même jour, le décret suivant :
« Considérant que le roi Ptolémée toujours vivant , le bicn-aimé de Phtha, dieu Épinhane, très-gracieux, (ils du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux philopatores, a fait toutes sortes de bien et aux temples, et à ceux qui y font leur demeure, et, en général , à tous ceux qui sont sous sa domination; qu’étant dieu, né d'un dieu et d’une déesse, comme llorus, le fils d’Isis et d’Osiris, le vengeur d’Osiris son père , et jaloux de signaler généreusement son zele pour les choses qui concernent les dieux , il a consacre au service des temples , de grands revenus , tant en argent qu’en blé, et a fait de grandes dépenses pour ramener la tranquillité en Egypte, et y élever des temples ;
« Qu’il n’a négligé aucun des moyens
3ui étaient en son pouvoir pour faire es actes d’humanité; qu’afin que dans son royaume le peuple et en général tous les citoyens fussent dans l’abondance , il a supprimé tout-à-fait quelques-uns des tributs et des impositions établis en Égypte, et a diminué le poids des autres; que de plus, il a remis tout ce qui lui était dü des redevances royales , tant par ses sujets, habitants de l’Égypte, que par ceux de ses autres royaumes, quoique ces redevances fussent un ob|ct considérable par leur quantité ; qu’il a renvoyé absous, ceux qui avaient été emprisonnés et mis en jugement depuis longtemps ;
« Qu’il a ordonné que les revenus des temples et les redevances qu’on leur payait chaque année, tant en blé qu’en argent, ainsi que les parts réservées aux dieux sur les vignobles , les vergers, et sur toutes les autres choses auxquelles ils avaient droit du temps de son père, continueraient à se percevoir dans le pays;
« Qu’il a dispensé ceux qui appartien-
nent aux tribus sacerdotales . de faire tous les ans le voyage par eau à Alexandrie;
» Qu’il a ordonné que les citoyens qui avaient quitté les rebelles orinés, et ceux dont les sentiments avaient été , dans les temps de trouble , opposés au gouvernement et étaient rentres dans le devoir, fussent maintenus en possession de leurs propriétés ;
« Qu’étant entré dans Memphis , en vengeur de son père et de sa propre couronne, il a puni, comme ils le méritaient , les chefs de ceux qui s’étaient révoltés sous son père, et avaient dévasté le pays et dépouillé les temples;
« Qu’il a fait beaucoup de dons à Apis , à Mnévis et aux autres animaux sacrés de l'Égypte;
« Qu’il a fait faire de magnifiques ouvrages au temple d’Apis, et a fourni pour ces travaux une grande quantité d’or et d’argent et de pierres précieuses ; qu’il a élevé et des temples et des chapelles et des autels, et qu’il a fait les réparations nécessaires à ceux qui en avaient besoin, ayant le xèle d’un dieu bienfaisant pour tout ce qui concerne la divinité ; que , s’étant informé de l’état où se trouvaient tes choses les plus précieuses renfermées dans les temples , il les a renouvelées dans son royaume autant qu’il était nécessaire ; en récompense de quoi , les dieux lui ont donne la santé, la victoire, et les autres biens;.... la couronne devant lui demeurer ainsi qu’à scs enfants, jusqu’à la postérité la plus reculée :
« Il a donc plu aux prêtres de tous les temples du pays, de décréter que tous les honneurs’ appartenant au roi Ptolémée toujours vivant , le bien-aimé de Phtha, dieu Épiphane très-gracieux , ainsi que ceux qui sont dus à son père et à sa mère , les dieux philopatores , et ceux qui sont dus à ses aïeux , fussent considérablement augmentés; que la statue du roi Ptolemée , toujours vivant, soit érigée dans chaque temple , et posée dans le lieu le plus apurent , laquelle sera appelée la statue de Ptolemée, ven-
geur de l’Égypte , près de cette statue, sera place le dieu principal du temple, qui lui présentera l’arme de la victoire, et tout sera disposé de la manière la plus convenable. Que les prêtres fassent trois fois par jour le service religieux auprès de ces statues , qu’ils les parent aes ornements sacrés , et qu’ils aient soin de leur rendre, dans les grandes solennités, tous les honneurs qui doivent, suivant l’usage, être rendus aux autres dieux ; qu’il soit consacré au roi Ptolémêe une statue et une chapelle dorées dans le plus saint des temples, que cette chapelle soit placée dans le sanctuaire, avec toutes les autres, et que dans les grandes solennités où l’on a coutume ae faire sortir des sanctuaires les chapelles, on fasse sortir aussi celle du d ieu Épiphane très-gracieux; et pour que cette chapelle puisse mieux être aistinguée des autres , maintenant et dans la suite des temps , qu’on pose au-dessus les dix couronnes d’or du roi , lesquelles porteront sur leur partie antérieure un aspic , à l’imitation de ces couronnes à ligures d’aspic qui sont sur les autres diapelles; et au milieu de ces couronnes, sera placé l’ornement royal appelé pschent , celui que le roi portait lorsqu’il entra à Memphis, dans le temple, afin d’y observer les cérémonies légales prescrites pour la prise de possession de la couronne; qu’on attache au tétragone environnant les dix couronnes apposées à la chapelle dont on vient de parler, des phylactères d’or, avec cette inscription : « C’est ici la chapelle du roi , de ce roi qui a rendu illustres la région d’en haut et la région d’en bas ; » qu’il soit célébré une fête et tenu une grande assemblée (panégvrie)en l’honneur du toujours vivant, du bien-aimé de Phtha, du roi Ptolémée, dieu Épiphane très-gracieux, tous les ans ; cette fête aura lieu dans tout le,pays,tantdelaHautequedela Basse-Egypte, et durera cinq jours à eommencer du premier jour du mois de tiiotli, pendant lesquels ceux qui feront les sacrifices, les libations et toutes les autres cérémonies d'usage, por-
teront des couronnes; ils seront appelés les prêtres du dieu Épiphane-Euchariste ( très-gracieux), et ils ajouteront ce nom aux autres qu'ils empruntent des dieux au service desquels ils sont déjà consacrés;
« Et , alin qu’il soit connu pourquoi en Égypte on glorifie et l’on honore, comme il est juste, le dieu Epiphane, très-gracieux monarque, le présent décret sera gravé sur une stèle de pierre dure en caractères sacrés et en caractères grecs; et cette stèle sera placée dans chacun des temples du 1er, du 2' et du 3' ordre, existant dans tout le royaume. »
C’est à Memphis , dans le temple de Phtha , que ce décret fut rendu , et les débris de ce célèbre édifice existent encore; iis ont été vus j>ar les voyageurs français en 1828, et leurs recherches se sont même étendues jusqu’à reconnaître la carrière d’où furent tirés les matériaux dece temple. :e’est de la montagne deThorra, sur la rive orientale du Nil, et en face même de l’ancien emplacement de Memphis. La matière est un beau calcaire blanc ; des inscriptions à l’entrée de l’excavation annoncent que l’ouverture des plus vastes remonte au règne d’Ahmosis, le clief de la XVIII' dynastie. Une autre inscription indique expressément l’extraction des pierres pour la construction du temple de Phtha. Un immense bois de dattiers couvre remplacement de Memphis. Passe le village de Bêdréckéin , qui est à un quart dlieure dans les terres, on s’aperçoit qu’on foule le sol antique d’une grande cité , aux blocs de granit dispersés dans la plaine , et à ceux qui déchirent le terrain et se font encore jour à travers les sables qui ne tarderont pas à les recouvrir pour jamais. Entre ce village et celui de Mit-Rahinèh, s'élèvent deux longues collines parallèles , éboulements d’une enceinte immense, coustruite en briques crues comme celle de Sais , et renfermant jadis les principaux édifices sacrés de Memphis. C'est dans l’intérieur de cette enceinte’ qu’existe le grand colosse exhumé il y a quelques années.
C’est un magnifique morceau de sculpture égyptienne. Le colosse , dont une partie des jambes a disparu , n'a pas moins de 31 pieds et demi de long. Il est tombé la face contre terre, ce qui a conservé le visage prfaitement intact. Sa physionomie suffit pour le faire reconnaître comme une statue de Sésostris.
C’est au nord du colosse qu’exista un temple de Vénus (llathôr), construit en calcaire blanc , et hors de la grande enceinte, du côté de l’orient. I,es fouilles faites par Champollion le jeune ont constaté dans cet endroit même l’existence d’un temple orné de colonnes-pilastres accouplées , en granit rose , et ce temple était dédié à Phtha et à llathôr (Vulcain et Vénus), les deux grandes divinités de Memphis.
Ce fut des prêtres mêmes du temple de Phtha a Memphis qu’Hérodote recueillit une grande partie des notions qu’il a transmises sur l’Égypte, et c’est par scs relations écrites que l’on peut se convaincre combien la religion égyptienne et les usages du pays concouraient à multiplier lès fêtes publiques, à donner plus d’éclat à leur célébration.
D'ailleurs, la vie des peuples anciens était tout extérieure: de là l'obligation pour les gouvernements de multiplier les fêtes publiques , qui étaient politiques et religieuses tout à la fois, pareeque la religion était alors une partie très-intime de leurs constitutions sociales. Ce qui vient d'être dit de quelques cérémonies égyptiennes prouve que, dans ce pays, cette partie influente des institutions publiques n'était pas négligée, et les antiques pratiques ne cessèrent qu’avec P indépendance de l’état. Les Ptolémées , qui s'occupèrent constamment à se concilier l'opinion des Égyptiens , ne portèrent aucune atteinte à leurs habitudes , respectèrent le culte national et ne diminuèrent en rien l'éclat de ses pompeuses cérémonies. Il nous reste un monument curieux des soins attentifs que la nouvelle dynastie donnait à la célébration des fêtes, et du luxe inouï qu'elle y faisait déployer.
Il s'agit de la fête célébrée à Alexaudrie eu l’an 284 avant le christianisme, à l’occasion de l'association au trône de Ptolémée-Philadelphe,que I’tolémée- Soter, son père, chef de la dynastie nouvelle, trouva hou de faire couronner de son vivant. Rien n’a jamais égalé la magniliccnce de cette fête, dont le récita été recueilli dans l'histoire d’Alexandrie par Lallixènc de Rhodes.
Après une minutieuse description d’un pavillon royal, construit pour cette léte , et où l’or et l’aruent , les pierres précieuses, les dépouilles des animaux les plus rares, les plus riches tissus de la l'erse et de l’Inde étaient mêlés avec profusion aux meubles les plus brillants, et laits des plus riches matières, Calltxène décrit la marche du cortège, en tête duquel étaient les bannières des diverses corporations admises à cette cérémonie. Des personnages de la religion grecque y figuraient dans l’ordre de leur hiérarchie, parce que cette fête fut toute grecque, et que le mythe de Bacchus en fournit les principaux sujets. Ces personnages étaient en grand nombre sur de vastes chars, et y figuraient les scènes principales de l’Instoire du dieu.
Ses prêtres , ses prêtresses y remplissaient leurs diverses fonctions.
Après cette partie du cortège, s’avancait un autre char à quatre roues, large de huit coudées, traîné par soixante hommes, et portant assise la figure de la ville de !Sisa, haute «le nuit coudées; elle était revêtue d’une tunique jaune , brochée en or , par-dessus laquelle était un surtout de Laconie. Par l'effet d’un mécanisme, cette figure se levait sans que personne y touchât; elle versait alors du lait d'une coupe et se rasseyait.
Elle tenaitde la main gauche un thÿrse, autour duquel on avait roulé des bandelettes; sa tête était couronnée de lierre et de raisins en or enrichis de pierreries.
Après elle, un autre char à quatre roues , long de vingt coudées et large de seize, était roulé par trois cents hommes. On y avait construit un
pressoir plein de raisins. Soixante Satyres les foulaient , en chantant au son de la flûte la chanson du pressoir. Silène, y présidait, et le vin doux coulait tout le long du chemin.
Après cette division, marchait celle qui portait en pompe les vases et ustensiles d’or, savoir : quatre cratères en or, semblables à ceux de Laconie, et autour desquels courait un cordon de pampre ; d'autres , contenant quatre métrètes, deux d’ouvrage de Corinthe : il y avait à leur partie supérieure de très-belles ligures en relief, et d'autres en demi-bosse, tant au col qu’à la panse des vases, et faites avec le plus grand soin.
On portait aussi en pompe quatre grands trépieds d’or , un buffet d’or , où l’on serrait la vaisselle d’or : ce buffet avait dix coudées de haut et six gradins. 11 était enrichi de pierres précieuses et présentait sur ses gradins nombre de figures de quatre palmes de haut , travaillées avec beaucoup d’art; deux calices d’or et deux de cristal doré ; deux engythèques d’or, hautes de quatre coudées, trois autres moindres ; dix urnes ; un autel de trois coudées, et vingt-cinq grands mazonomes.
A leur suite, marchaient seize cents enfants, vêtus de tuniques blanches, les uns couronnés de lierre , les autres de pin. Deux cent cinquante d'entre eux portaient des couges d’or et quatre cents des conges d'argent; trois cent vingt autres portaient des psyctèrcs d’or, d'autres en portaient d'argent. Après eux , les autres enfants portaient, pour leservicedu vin, des pots, dont vingt étaient d’or, cinqnante d’argent et trois cents en émaux de toutes les couleurs. Or , les vins ayant été mêlés dans les urnes et les tonneaux , ceux qui étaient dans le stade en goûtèrent avec modération.
Il ne faut pas passer sous silence ce grand char à quatre roues , long de vingt-deux coudées , large de quatorze , traîné par cinq cents hommes.
On voyait dessus un antre singulièrement profond, fait de lierre, et
ÉGYPTE
peint en rouge. De cet antre s'envolaient, le long île la marche , des pigeons, des ramiers, des tourterelles, ayant à leurs pattes des rubans attachés , alin que les spectateurs pussent les saisir au vol. Deux sources en jaillissaient aussi , l'une de lait, l’autre de vin. Toutes les nymphes qui entouraient ce char avaient des couronnes d'or. On y voyait aussi Hermès avec un caducée d'or et les habits les plus riches.
Un autre chariot passa avec tout l'appareil de Racchus à son retour des Indes. Ce dieu était mené en pompe, haut de douze coudées, assis sur un éléphant , et vêtu d’une robe de. pourpre, avec une couronne de lierre et de pampre en or , tenant en outre un thyrse d’or. Il avait une chaussure dorée. Devant lui et sur le cou de l’éléphant était assis un petit Satyre de cinq coudées , couronne de branches de pin d'or; de la main droite, il semblait donner un signal avec une corne de chèvre en or. L’éléphant avait tout son harnais en or et une guirlande de lierre en or autour du cou. A sa suite, marchaient cinq cents petites filles, vêtues de tuniques de pourpre et ceintes d’une tresse en or : celles qui étaient en tête , au nombre de cent vingt, avaient des couronnes de pin en or : elles étaient suivies de cent-vingt Satyres armés de toutes pièces , les unes en argent , les autres en bronze.
Derrière eux s’avancaient cinq bandes d'ànes, montés par des Silènes et des Satyres couronnés. De ces ânes, les uns avaient des fronteaux et des harnais en or, d'autres en argent.
On avait fait partir après eux vingtquatre chars , attelés d'éléphants ; soixante autres, attelés de deux houes; douze autres, attelés de snaks; sept attelés d'oryx et quinze de bubales.
Il y avait en outre huit attelages de deux autruches, sept de deux ânescerfs et quatre d'ânes sauvages. Sur tous ces chars étaient montés des enfants, en tuniques, en larges chapeaux et en habits de cochers. A côté d’eux étaient montés d'autres 5* Livraison . (Écrrrx.)
enfants plus jeunes , armés de petits boucliers et de thyrses munis d'une lance. Ils étaient fous couverts d’habits de drap d’or.
On flt suivre des chars attelés de deux chameaux : ilyavaitdechaquecôté trois de ces chars de file, après lesuels marchaient des chariots attelés e mulets : ces derniers chariots portaient les tentes des nations étrangères. On voyait aussi placées dessus, des femmes indiennes qui y étaient assises avec d’autres mises comme des captives. Quelques-uns des chameaux portaient trois cents mines d’encens; d'autres, deux cents livres de safran , decasia, decinnamome, d’iris et d’autres aromates. Près d’eux étaient les Ethiopiens portant les présents, savoir: les uns six cents dents d'éléphants, les autres , deux mille troncs d'ébène ; d'autres , soixante cratères d’or et d’argent, et des paillettes d'or. Ils étaient suivis de deux chasseurs ayant des javelots d’or, et menant des chiens au nombre de deux mille quatre cents:
ces chiens étaient, les uns de l’Inde, les autres de l’Hvrcanie, ou molasses, ou d’autres racés. Passèrent ensuite cent cinquante liommes portant des arbres d'où pendaient toutes sortes de bêtes sauvages et d’oiseaux ; on vit porter dans des cages , des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et nombre d'autres oiseaux d'Éthiopie.
Après avoir parlé de beaucoup d’autres choses et tait le détail des troupeaux d’animaux, Çailixène ajoute cent trente moutons d’Éthiopie, trois cents d’Arabie , vingt de Nécrepont , vingtsix Ixcul's tout blancs des Indes, huit d'Ethiopie, un grand ours blanc , quatorze léopards, seize panthères, quatre Ivnx , trois oursons, une girafe et un rhinocéros d’Éthiopie.
Un autre char était suivi de femmes richement vêtues et magnifiquement parées : elles portaient les noms des villes, soit de l'Ionie, soit de celles des Grecs qui habitaient l’Asie et les îles , et qui avaient été rangées sous la domination des Perses. Elles avaient toutes des couronnes d’or.
De tout ce grand nombre de choses
Cf>
qui se trouvèrent à cette pompeuse cérémonie, Callixène n’a voulu parler que de ce qui était en or et en argent ; car il y avait encore beaucoup d'objets dignes d’étre vus et d’étre rapportés; nombre de bêtes féroces et uc chevaux, vingt-quatre très-grands lions; en outre, plusieurs chars à quatre roues, qui portaient les images des rois et même celles des dieux.
Après cela , marchait un choeur de six cents hommes, parmi lesquels trois cents cytharistcs sonnaient de leur instrument en accord ; ils avaient leurs cythares toutes garnies d’or en placage, et des couronnes de même métal. Après eux, passèrent deux mille taureaux d’une seule et même couleur, ayant les cornes dorées, des fronteaux d’or, et au milieu des cornes , des couronnes, des colliers , des égides devant le fanon : tout cela était dvor.
Après cela, il passa sept palmiers hauts de huit coudées, un caducée, une foudre , l’un et l’autre de quarante coudées , et un temple ; le tout d’or. Ce temple avait quarante coudées de tour ; outre cela, chacune des deux ailes était de huit coudées. On vit aussi à cette pompe nombre de ligures dorées , dont plusieurs avaient douze coudées; des bêtes féroces qui les surpassaient en grandeur, et des aigles Je vingt coudées. Trois mille deux cents couronnes d’or faisaient partie de ce cortège. Il y avait une autre couronne d’or de quatre-vingts coudées de tour, enrichie de pierreries et consacrée aux mystères ou aux cérémonies religieuses : c’était la couronne qui embrassait l’entrée du temple de Bérénice. En outre , on portait une cgide qui était aussi d'or, et il passa nombre de couronnes d’or portées par des jeunes filles richement habillées.
Une de ces couronnes avait deux coudées d’élévation et seize coudées de circonférence. N’omettons pas une cuirasse d’or de deux coudées, une couronne de chêne enrichie de pierreries, vingt boucliers d’argent , soixantequatre armures complètes ; deux bottes d’or de trois coudées ; douze bassins d’or, des coupes sans nombre,
trente-six pots à verser le vin , dix grands acciptres , douze urnes , cin-
3 liante corbeilles à présenter le pain , iverses tables, cinq buffets à serrer les vaisselles d’or, une corne toute d’or de trente coudées : or, tous ces vases et ustensiles d’or doivent être exceptés de ceux qui furent portés par le cortège même de Baccuus.
Ensuite, marchaient quatre cents chariots portant l’argenterie, vingt jiortant la vaisselle d’or, et huit cents chargés d’aromates : enfin , toutes les parties de cette marche pompeuse étaient accompagnées de cavalerie et d’infanterie magnifiquement armées.
L’infanterie était au nombre de cinquante-sept mille six cents hommes, et la cavalerie de vingt-trois mille deux cents.
Ce ne fut pas dans cette occasion seulement que se montra la profusion des richesses en Égypte ; là comme partout ailleurs, le gouvernement ne pouvait être riche que dans une proportion analogue à la richesse du pays et à celle de ses habitants. Cette proportion existait en effet en Egypte , un luxe sans frein s’y montrait de loutes parts ; dans les jeux publics, Ptolémée Soter reçut vingt couronnes d’or, et la reine Bérénice vingt-trois ; ces couronnes étaient portées sur des chars d’or, et la dépense en fut estimée à plus de cinq cent mille francs. Ptolémée Philadelphe reçut aussi dans une occasion semblable* vingt couronnes d’or, et l’on vit sur deux chars d’or, une de ces couronnes ayant 6 coudées ou près de dix pieds de diamètre, cinq couronnes de cinq coudées , et six encore de quatre coudées chacune. A ces récits , l’antiquité se demandait en quel autre pays que l’Egypte on pouvait trouver lin tel faste et les trésors capables de l’entretenir ; ce n’était, disait-elle, ni à Persépolis, ni à Babylone , ni dans les régions arrosées par le Pactole; le Nil seul roulait effectivement de l’or, et comme le disait un poète, il était le véritable Jupiter de l’Egypte.
l/n gouvernement stable et bien constitué pour ie pays , la longue du-
ÉGYPTE
rée des mêmes préceptes d’administration que l'expérience avait consacrés, l’entretien des canaux , la fertilité extraordinaire du sol , telles étaient les sources plus certaines de l’abondance générale , du bien-être de la population, de la richesse et de la force de l’état : et l’on peut croire que le dévouement aux intérêts du pays, leur protection assidue , et l’application constante à leur prospérité, qui animèrent de génération en génération les monarques égyptiens et les agents principaux de leur autorité , furent vivement excités par les éclatants témoignages de reconnaissance que toutes les classes de la nation leur décernaient à l'envi. Le langage varié des arts en multipliait la relation sur tous les édifices publics : chaque prince y voyait ses bonnes actions écrites de son vivant, et la magnificence du monument était comme une garantie de la perpétuité de ces souvenirs; et ce temple, ce palais que décorait la représentation majestueuse des actions mémorables d’uu roi d’Egypte , pouvaient être pour ses successeurs ce que l’histoire d’Achille par Homère fut pour Alexandre :
on s’efforcait d’imiter de telles actions pour mériter de tels historiens.
Il v avait peut-être une intention morale dans les manifestations si multipliées des flatteries de la caste sacerdotale envers les souverains : on connaissait sansdoutela magique influence des éloges accordés au devoir, et l'on excitait au bien par toutes les voies ouvertes à la pauvre humanité : il est certain qu'en Egypte, la chose publique était au suprême degré la chose de tous, antérieure et supérieure à toutes les choses de chacun.
C’est en ce sens que le soin qu’on se donnait pour multiplier les monuments publics, prenait sa source dans un intérêt réellement national, dans un sentiment très-patriotique. La nation s’illustrait dans les mêmes pages où elle honorait ses bons et sages monarques.
Les monuments deThèbes, ceux de l’Égypte entière en rendent témoignage à regard des Pharaons; les Ptolémées n'eurent garde d’affaiblir un tel usage :
leurs actions furent inscrites sur des stèles placées dans les édifices publics des pays soumis à leur autorité, et aux exemples déjà cités , nous en ajoutons un nouveau tiré d’un monument qui existait autrefois à Adulis, en Ethiopie. C’est à la gloire du roi Ptoléinée Evergète I" que cc monument était consacré. Voici la traduction de cc qui a été conservé de son texte : « Le grand roi Ptolémée , fils du roi Ptolemée et de la reine Arsinoé, dieux Adclphcs , petit-fils du roi Ptclémée et de la reine Bérénice , dieux S6 teres, descendant par son père d'HcrcuIe, fils de Jupiter, et par sa mcrc, de Dionysus , (ils de Jupiter , ayant reçu de son père la couronne "d'Égypte, de Libye, de Syrie, de Plicrnicie, de Cynre , de Lycic, de Carie et des Cycladcs , et conduit en Asie une année nombreuse en infanterie , en cavalerie, en forces navales et en dépliants du pays des Troglodytes ou de l’Éthiopie, pris par son père ou par lui - même dans ces contrées , conduits en Égypte , et dressés ensuite pour la guerre : il s’est emparé de toutes les contrées voisines de l'Euphrate, de la Cilicie, de la Pampliylie, de l’Ionie, de l’HcIlespont , de la Thrace , des troupes et des richesses de ces contrées , des éléphants indiens qui s'y trouvaient , des rois qui les gouvernaient , et ayant traversé ce fleuve, il a soumis la Mésopotamie, la Rahylonie, la Susiane, la Perse, la Médie’et tout le reste du pays jusqu’à la Bactriane; ayant recouvré les dieux et les choses sacrées enlevées d’Égypte par les Perses, il les a renvoyées en Égypte avec d'autres trésors pris dans cês divers lieux.» ( Le reste de l’inscription est perdu ).
Ainsi , les actions mémorables des rois étaient, après les bienfaits des dieux , les sujets les plus ordinaires des monuments nationaux en Égypte; cet usage remonte à ses plus anciens temps historiques , et c’est ainsi qu’on retrouve, à Ouadi-Halfa, près ac la seconde cataracte, en Nubie, sur une stèle du roi Qsortasen de la XVI* dynastie , la représentation des vie-
toires du roi dans la Nubie : le dieu Mandou , une des grandes divinités , conduit et livre au roi tous les peuples de cette contrée, avec le nom de chacun d’eux, inscrit dans une espèce de bouclier attaché a la figure , agenouillée et liée, qui représente chacun de ces peuples , dont le non) , ou plutôt celui du canton qu’ils habitaient, tels que Schanisk , Osaou , SclioSt , Kds , etc. , ne se retrouveraient que dans des écrivains remontant, comme le monument de Ouadi-IIalfa , à plus de deux mille ans avant l'ére chrétienne.
Au Rhamesséion de Thèbcs , on a rappelé aussi les grandes actions guerrières de Sésostris , qui vécut cin^ siècles après Osortascn.
Les tableaux militaires relatifs à ses conquêtes rouvrent les faces des deux massifs du pylône sur la première cour du palais; ils sont visibles en assez grande partie, parce que l’éboulement des portions supérieures du pylône a eu lieu du coté opposé. Ces scènes militaires offrent la plus grande analogie avec celles qui sont sculptées dans l'intérieur du temple d’ Ibsamboid et sut le pylône rie Louqsor , qui font partie du Rhamesséion ou Rhamséion oriental de Thèbes. Les inscriptions sont semblables, et tous ces bas-reliefs se rapportent évidemment à une même campagne contre les peuples asiatiques, qu’on ne peut , d’après leur physionomie et d’après leur costume , chercher ailleurs que dans cette vaste contrée sise entre le Tigre et l’Euphrate d’un côté, l’Oxus et l’Indusde l’autre, contrée quenous appelons assez vaguement la Perse.
I.es Égyptiens désignèrent ces peuples ennemis sous la dénomination de la plaie de Schéto, de la même manière que l’Ethiopie est toujours appelée ta mauvaise race de Kousch , et il paraît assez certain que c’est de peuples du nord-est de la Perse, des Ractriens ou Scythcs-Ractriens qu’il s’agit ici.
On ’a sculpté sur le massif de droite la réception des ambassadeurs scvthobactriens dans le camp du roi; ils sont admis en la présence de Rhainsès
qui leur adresse des reproches; les soldats, dispersés dans le camp, se reposent ou préparent leurs armes , et donnent des soins aux bagages; en avant du camp, deux Égyptiens administrent la bastonnade à deux prisonniers ennemis , afin , porte la léende hiéroglyphique , de leur faire ire ce que tînt la plaie de Schéto.
Au bas du tableau , est l’armée égyptienne en marche, et à l’une des extrémités se voit un engagement entre les chars des deux nations. I j partie gauche de ce massif offre l’image d’une série. de forteresses desquelles sortent des Égyptiens emmenant des captifs :
les légendes sculptées sur les murs de chacune d’elles donnent leur nom , et apprennent que Rhamsès-le-Grand les a prises de vive force, la VIII* année de son règne.
Il manque près de la moitié du massif de droite du pylône : ce qui reste offre les débris d’un vaste basrelief représentant une grande bataille , toujours contre les Schéto ; on va représenté l’un des principaux chefs bactriens , nommé Schiropsiro ou Schiropasiro, blessé et gisant sur le bord du fleuve, vers lequel se dirige aussi, fuyant devant le vainqueur, un allié, le chef de la mauvaise race du pays de Schirbcch ou Schilbesch. A côté de la bataille est un tableau triomphal : Rhamsès-le-Grand, debout, la liache sur l'épaule, saisit de sa main gauche la chevelure d'un groupe de captifs, au-dessus desquels on lit :
« I.es chefs des contrées du midi et « du nord conduits en captivité par sa « majesté. »
Les sculptures du massif de droite du deuxième pylône ou mur sont le tableau d’une bataille livrée sur le bord d'un fleuve, dans le voisinage d'une ville que ceignent deux branches de ce fleuve, et sur les murailles de laquelle on lit : la ville forte Watsch ou lla/sch ( la
Première lettre est douteuse ). Vers extrémité actuelle du tableau , à la gauche du spectateur, l’on voit le roi Rhamsès sur son char lancé au galop au milieu du champ de bataille couvert de morts et de mourants. Il décoche
EGYPTE
des (lèches contre la masse des ennemis en pleine déroute ; derrière le char, sur le terrain que le héros vient de quitter, sont entassés les cadavres des vaincus , sur lesquels s’abattent les chevaux d’un chef ennemi nommé 7brokani. blessé d'une flèche à l’épaule et tombant sur l'avant de son cliar brisé. Sous les pieds des coursiers du roi, gisent, dans diverses positions, les corps de Torokalo, chef des soldais du pays de Nakbésou, et ceux de plusieurs autres guerriers de distinction. Le grand chef bactricn , Schiropasiro, se retire sur le bord du fleuve ; les flèches du roi ont déjà atteint Tiotouro et Simalrrosi fuyant dans la plaine et se dirigeant du côté de la ville. D’autres chefs se réfugieut «ers le fleuve, dans lequel se précipitent les chevaux du chetArobschalosi, blessé et qu’ils entraînent avec eux.
Plusieurs enfin, tels que Thotdro et Mafèrima, frère (allié) de la plaie de Schito (des Ilactriens), sont allés mourir en face de la ville, sur la rive du fleuve, que d’autres, tels que le ltactrien Sipapkéro, ont été assez lieureux pour traverser, secourus et accueillis sur la rive opposée par une foule immense accourue pour connaître le résultat de la bataille. C'est au milieu de tout ce peuple amoncelé qu'on aperçoit un groupe uonnantdes secours empressés à un chef que l’on vient de retirer du fleuve où il s'est noyé ; on le tient suspendu par les pieds la tète en bas, et on s’efforce de lui faire rendre l'eau qui le suffoque, afin de le rappeler a la vie. Sa longue chevelure semble ruisseler, et le traitement ne produira aucun effet, si l’on en juge par la physionomie et le mouvement de l’assistance. On lit au-dessus île ce groupe : « Le chef de la mauvaise « race du pays des Sddrbesch, qui « s'est éloigne de ses guerriers en « fuyant le roi du côté du fleuve. »
Enfin , au milieu de la foule sortie de la villepar un pont jeté sur l’une des branches du fleuve , on remarque des symptômes d'un prooiiaiu changement (buis l’état des esprits: un individu adresse un discours à ceux qui l’en
tourent ; sa harangue a pour but d’encourager ses compatriotes à se soumettre au joug de Rhainsès-le-Grand.
Ainsi , après les dieux, les rois obtenaient les premiers honneurs déférés par la voix publique ; et après les basreliefs où leur courage et leur piété étaient célébrés à l’envi dans toutes les cités, il n'était pas d'ouvrage d’art plus favorable à l'intention de longue durée qui présidait à la construction de ces édifices , il n’en était pas de plus flatteur non plus pour les rois , que leurs effigies colossales , érigées dans les cours principales des grands temples, et formant une partie essentielle de leur décoration. Les immenses ouvrages , d'un effet si grandiose encore, après avoir subi les offenses des hommes et les coups meurtriers des siècles, n’étaient pas rares dans les grandes villes, et les fondateurs des grands édifices de l’Égypte n’oublièrent pas d’y ériger leurs portraits ; chaque portion de ccs monuments , agrandis successivement , renfermait le colossedu souverainqui avait ordonné ces travaux. Le Memnonium de Tlièbcs en fournit la preuve et l’exemple.
o Que l’on se figure , dit Champollion le jeune, un espace d’environ 1,800 pieds de longueur, nivelé par les dépôts successifs de l’inondation, couvert de longues herbes , mais dont la surface déchirée sur une multitude de points , laisse encore apercevoir des débris d’architraves, des portions de colosses , des fdts de colonnes et des fragments d’énormes bas-reliefs que le limon du fleuve n'a pas enfouis encore ni dérobés pour toujours à la curiosité des voyageurs. Là, ont existe plus de dix-huit colosses dont les moindres avaient vingt pieds de hauteur: tous ces monolithes, de diverses matières , ont été brisés , et l’on rencontre leurs membres énormes dispersés cà et là , les uns au niveau du sol, d’autres au fond d’excavations exécutées par les fouilleurs modernes. Sur ces restes mutilés, on lit les noms d'un grand nombre de peuples asiatiques dont on voyait les chefs captifs
ro
entourant la base de ces colosses représentant leur vainqueur, le Pharaon Aménophis, le 3' du nom, celui même que les Grecs ont voulu confon.
dre avec le Memnon de leurs mythes héroïques.
« c'est vers l’extrémité des ruines et du côté du fleuve que s’élèvent encore, en dominant la plaine de Thèbes, les deux fameux colosses, d’environ liO pieds de hauteur, dont l’un, celui du nord, jouit d’une si grande célébrité sous le nom de colosse de Memnon ( voyez planche 8.) Formés chacun d’un seul bloc de grès-brèche , transportés des carrières de la Thébaïde supérieure , et placés sur d’immenses bases de la même matière , Hs représentent tous deux un Pharaon assis, les mains étendues sur les genoux , dans une attitude de repos. J’ai vainement cherché à motiver à mes yeux l’étrange erreur du respectable et spirituel Denon, qui a voulu prendre ces statues pour celles de deux princesses égyptiennes. Les inscriptions hiéroglypliiques encore subsistantes, telles q'ue celles qui couvrent le dossier du trône du colosse du sud et les côtés des deux bases, ne laissent aucun doute sur le rang et la nature du personnage dont ces merveilleux monolithes reproduisaient les traits et perpétuaient la mémoire. L’inscription du dossier porte textuellement :
- L’Aroëris puissant, le modérateur des modérateurs, etc., le roi soleil, seigneur de vérité (ou de justice), le fils du soleil , le seigneur des diadèmes , Aménothph , modérateur de la région pure , le bien-aimé d’Amon- Ra, etc., l’Horus resplendissant , celui qui a agrandi la demeure (la-
cune) à toujours, a érigé ces constructions en l’honneur de son père Ammon; il lui a dédié cette statue colossale de pierre dure , etc. * Et sur les côtés des bases on lit en grands hiéroglyphes de plus d’un pied ae proportion, exécutes, surtout ceux du colosse du nord , avec une perfection et une élégance au-dessus de tout éloge, la légende ou devise particulière , le prénom et le nom propre du roi que
les colosses représentent . * Le seigneur souverain de la région supérieure et de la région inférieure, le réformateur des mœurs , celui qui tient le monde en repos, l’Horusqui, grand par sa force , a frappé les barbares , le roi soleil, seigneur de vérité, le fils du soleil , Aménothph , modérateur de la région pure, chéri d’Amon-Ra, roi des dieux. »
« Ce sont là les titres et les noms du troisième Aménophis de la dix-huitième dynastie , lequel occupait le trône dés Pharaons vers l’an 1680 avant l’ère chrétienne. Ainsi se trouve complètement justifiée l’assertion que Pausanias met dans la bouche des Thébains de son temps , lesquels soutenaient que ce colosse n’était nullement l’image du Memnon des Grecs , mais bien celle d’un homme du pays, Aommé Ph-Amènoph.
« Ces deux colosses décoraient , suivant toute apparence, la façade extérieure du principal pylône de l’Aménophion ; et malgré l’état de dégradation où la barbarie et le fanatisme ont réduit ces antiques monuments , on peut juger de l’élégance, du soin extrême et de la recherche qu’on avait mis dans leur exécution , par celles des figures accessoires formant la décoration de la partie antérieure du trône de chaque colosse. Ce sont des figures de femmes debout, sculptées dans la masse même de chaue monolithe , et n’ayant pas moins e 15 pieds de haut. La magnificence de leur coiffure et les riches détails de leur costume sont parfaitement en rapport avec le rang des personnages dont elles rappclcnt le souvenir. Les inscriptions hiéroglyphiques gravées sur ces statues, formant en quelque sorte les pieds antérieurs du trône de chaque statue d'Aménophis, nous apprennent que la figure de gauche représente une reine égyptienne, la mère du roi, nommée ï'mau-Hem-f'a , et la figure de droite, In reine épouse du même Pharaon , Tain, dont le nom était déjà donné par une foule de monuments. Je connaissais aussi le nom de la femme de Thoutmosis IV,
?le
Digiti;
EGï PTE.
Tmau-Hem-f 'a , mère d’Aménophis- Memnon, par les bas-reliefs du palais de Louqsor.
« Sur un autre point des ruines de l'Aménophion, du côté de la montagne Libyque, à la limite du désert, et un peu à droite de l’axe passant entre les deux colosses , existent deux blocs de grès-brèche, d’environ trente pieds de long chacun , et présentant la forme de deux énormes stèles. Leur surface visible est ornée de tableaux et de magnifiques inscriptions formées chacune de 24 à 25 lignes d’hiéroglyphes du plus beau style, exécutés de relief dans le creux , et il est infiniment probable nue ces portions qu’on aperçoit aujourd’hui sont les dossiers des sièges de deux groupes colossals renversé* et enfouis la face contre terre.
«Enfin à Ibsamboul, le grand temple creusé dans le roc, excavation merveilleuse au plus haut degré , est annoncé par quatre colosses, n’ayant pas moins de 61 pieds de hauteur quoique assis , admirables portraits de Rhamscs Sésostris, où la perfection du travail répond au grandiose de la composition. »
Caest à propos de ces singuliers monuments, dont les artistes grecs ou romains essayèrent rarement de reproduire dans leurs ouvrages les grandes dimensions , que nous devons (irésenter quelques détails particuliers sur le plus célébré des colosses égyptiens , sur la statue parlante de Me m non.
On vient de voir ( à la page 70) la description des deux colosses de l’Aménophion ou Memnonium de Thèbes , dont celui du nord fut cette statue parlante; c’est le moins grand, en perspective, des deux figures, dont notre planche 8 a reproduit les formes, et on distingue les assises de pierres qui composent toute la partie supérieure de son corps. On n’a pas pu représenter sur ses jambes les nombreuses inscriptions grecques ou latines qui les couvrent et qui témoignent de la réalité des sons harmonieux que faisait entendre cette statue
dès qu’elle était frappée par les premiers rayons du soleil. Ces données merveilleuses réveillent sans peine dans notre esprit les souvenirs de Memnon et de l’Aurore : les anciens , qui avaient bien autant d’esprit que nous , ne se firent faute d’imaginer et de commenter un tel rapprochement.
Homère fait figurer à la guerre de Troie un Memnon avec dix mille Ethiopiens, comme auxiliaire de Priam, son oncle. Achille vengea sur ce Memnon la mort de son ami Antiloque. Jupiter apaisa la douleur de l’Aurore, mère au héros mort, en en perpétuant le souvenir par les combats commémoratifs que se livraient tous les ans sur son tombeau, dans la Troade , les oiseaux memnonides qu’il créa tout exprès ; enfin les Ethiopiens élevèrent aussi à leur roi , dans le Haute-Égypte, une statue devenue célèbre par les sons mélodieux qu’elle rendait au lever de l’aurore, et les accents lugubres et plaintifs qu’elle exhalait le soir, dès qu’elle était enveloppée par les ombres et par la nuit.
Voilé les circonstances principales des récits que font les historiens et surtout les poetes de l’antiquité, fin autre genre de données plus concluantes que ces récits poétiques et mythiques , se tire des témoignages de deux écrivains un peu plus graves, de Strabon et de Pausanias, qui étudièrent à Thèbes même la statue de Memnon. «J'y ai vu , dit ce dernier auteur, une statue colossale assise , qui représente le soleil, quoiqu’on lui donne généralement
le nom de Memnon Mais les
Thébains ne veulent pas que cette statue soit Memnon , et ils y voient Phaménoph, qui était de leur pays...»
Cambyse l’ayant fait briser, la moitié supérieure du corps est étendue a terre, l’autre moitié est restée en place et rend chaque jour au lever du soleil un son que je ne puis mieux comparer qu’à celui que produit une corde de cythare ou de Ivre qui se rompt. » Enfin les inscriptions latines et grecques, dont les jambes de la statue sont encore couvertes , sont
de véritables dépositions publiques , laites par des témoins désintéressés , de la réalité d'un phénomène merveilleux , qui a fait qualifier de vocale cette célèbre statue. Dans ces inscriptions , au nombre de soixante-douze , nouvellement réunies, publiées, traduites et expliquées par M. Letronne, des individus sans qualités connues, et des tribuns, des centurions ou des dédirions militaires, des fonctionnaires publics de divers ordres, des préfets et autres magistrats de l’Egypte , l’empereur Hadrien et Sabine sa femme, déclarent unanimement avoir entendu la statue de Memnon rendre des sons au lever du soleil : ils indiuent ordinairement le jour et l’heure e ce fait, et comine pour corroborer ces témoignages en faveur d'une sorte de miracle, quelques témoins déclarent d'abord n’avoir rien entendu un jour, et enfin avoir distinctement constaté le fait à une seconde ou troisième observation; d'autres au contraire certifient avoir entendu Memnon plusieurs fois. I.a singularité de ce phénomène explique facilement l’enthousiasme qu’il inspirait , les voyages à Thèbes dont il était le principal motif, et les efforts, quelquefois malheureux , du génie des voyageurs qui entreprenaient de retracer en vers grecs ou latins le souvenir des faveurs que Memnon leur avait accordées en daignant se faire entendre et les satisfaire.
Les plus anciennes de ces inscriptions se distinguaient par leur simplicité : «A. Instuleius Tenax, primipiiaire de la XII" légion, fulminée, et Laïus Va 1er i us Friselis , centurion de la XXir légion, et Lucius Quintius Viator, décurion; nous avons entendu Memnon, l'an XI de Néron, notre empereur, le 12 des calendes d'avril , a 1 heure (le 15 mars de l’an tel de J.-L.h — Titus Julius Lupus , préfet de l’Égypte; j’ai entendu Mcinnon , à la première heure, heureusement (l’an 71 de J.-C. ). — L. Junius Lalvinus, préfet du canton de Bérénice; j'ai entendu Memnon avec Muuieia Ùustiea, ma femme, les calendes
d’avril, à la deuxième heure, l'an IV de notre empereur Vespasicn Auguste (le l'T avril de l'an 73 de J.-C.). — Un Gaulois est au nombre de ces témoins : Marcus Anic.ius Verus , fils de Julien, inscrit dans la tribu Voltinia, natif de Vienne (capitale de l'ancienne Allobrogic ),... de la III' légion ryrénaïque ; j’ai entendu Memnon, en l’ân 3 (du règne de Vespasien) le 4 des ides de novembre; en l’an 4, le 7 des calendes de janvier, le 18 des calendes de février, le 4 des nones et le 5 des ides de ce même mois ; le 15, le 13 et le 12 des calendes de mars, le 7 des ides de mars, le 8 des ides d’avril , le 7 des ides de mai, le 4 des nones de juin ; et le 7 des ides du même mois de juin , deux fois ( quatorze fois en tout , dont deux fois le même jour , durant les années 72 et 73 de J. -G.). — Il entrait une idée religieuse dans ces sortes de visites à ces statues de Memnon ; et à l'imitation d’autres proscynèmes , ou actes d’adoration faits à diverses divinités de l’Egypte , et dont les monuments conservent encore les traces écrites, ceux qui allaient entendre la statue de Memnon , mentionnaient parfois, dans leur inscription , qu’ils s'étaient souvenus de telle personne qui leur était chère; ils l’associaient ainsi à leur pieuse visite , et aux faveurs qu’ils devaient obtenir des dieux. Cette idée religieuse parait s’être introduite successivement, et elle domine de plus en plus dans les inscriptions du Memnon, à mesure qu’elles sont moins anciennes; bientôt la visite fut accompagnée de sacrifices et de libalions, et les dévots ne s’exprimèrent presque plus qu’en vers latins ou grecs, dont la composition révèle d'ordinaire plus de dévotion au dieu que de bon goût, l.e 14 mars de l'an 95 , sous le règne de Dotnitien, le préfet de l'Égypte, Tilus Pétronius Secundus, a entendu Memnon a la première heure et l'a honoré des vers grecs ci-dessous écrits. 1 .'inscription latine du préfet est en effet suivie de deux vers grecs qui signifient : « Tu viens de te faire entendre ( car « ce n'est n Menmon, qu’une partie de
EGYPTE
« toi-même qui est assise eu ce lieu ),
• frappé des rayons brillants des feux
• du lus de Latone. » « La parenthèse est assez mal placée, ajoute M. Letronne; mois les vers grecs n’en sont ps moins fort passables pour être l’ouvrage d'un préfet romain. ■> Sous le règne d’Hadrien , un autre fonctionnaire s’exprimait ainsi en 13 vers grecs : « Kunisulanus Charisius , stratège d’Hermonthis, natif de Latopolis, accompagné de son épouse, Fulvia, t’a entendu, ô Memnon, rendre un son, au moment où ta mère éperdue honore ton corps des gouttes de sa rosée. Charisius , t’ayant fait un sacrifice et de pieuses libations , a chanté ces vers à ta gloire : — <> Dès « mon enfance, j’ai appris qu’Argo, « que les chênes de Jupiter Dodonéen « avaient été doués de la parole: mais « tu es le seul que j’aie pu voir de « mes yeux résonner et faire enten-
■ dre une certaine voix. » — Charisius a gravé pieusement ces vers pour toi , qui lui as parlé et l'as salué amicalement. » La visite que l'empereur Hadrien fit à Memnon, accompagné de l'impératrice Sabine et de scs principaux officiers , est un événement important dans l’histoire de la statue priante; et cet événement porta hors de toute limite et l’étendue des inscriptions gravées sur le colosse et l’emphase ridicule des expressions :
au moment où lladrien , qui visitait toutes les merveilles de l’Egypte, parvint enfin en la présence de Memnon, on grava sur la statue son nom seul, en grosses lettres, l’empereur Hadrien, comme témoignage de sa visite; le reste fut abandonné à la verve des poètes et ils n’y firent faute. Parmi eux se distingua une poétesse, Julia Balbilla, d une effrayante, fécondité, et qui , dans ses vers , n'oublia pas sa vaniteuse généalogie. « Mes pieux an-
■ cétres, dit-elle dans des vers tracés sur le colosse , le savant Balliillus et Autioclms te saluèrent jadis ( ô Memnon ); Balliillus naquit d'une mère de sang royal , d’Acmc , et le père de son père était le roi Antiochus. C’est d'eux que je tiens ce noble sang qui
coule dans mes veines; passants, jetez les yeux sur oes lignes, qui sont de moi , Balbilia. »
La petite-fille du roi Autioclms était donc un des poètes de la cour d’Hadrien et de Sabine en Égypte, et les pièces qu’elle composa au sujet de la visite laite à Memnon par l’empereur, nous montrent combien s’etait généralisé dans l’opinion publique le culte dont la statue de Memnon était devenue l’objet, apres avoir été d’abord celui d’une simple curiosité. « Vers de Julia Balbilia, lorsque l’auguste Hadrien entendit Memnon: » tel est le titre qui précède la pièce suivante de 12 vers grecs , traces sur le baut de la jambe gauche du colosse :
<« J'avais appris que l’Égyptien Memnon, échauffe par les rayons du soleil , faisait entendre une voix sortie de la pierre thébaine. Ayant aperçu lladrien, le roi du monde, avant le lever du soleil , il lui dit bonjour, comme il pouvait le faire. Mais lorsque le Titan , traversant les airs avec ses blancs coursiers, occupait la seconde mesure des heures marquée par l'ombre du cadran, Memnon rendit de nouveau un sou aigu , comme celui d'un instrument de cuivre qui est frappé: et, plein de joie (de la présence de l’empereur), il rendit pour la troisième lois un son. L’empereur Hadrien salua Memnon autant de fois, et Balbilla a écrit ces vers composés par ellemême, qui moutrent tout ce qu’elle a vu distinctement et entendu. Il a été évident pour tous que les dieux le chérissent. »
line autre pièce de vers de notre poétesse prouve que l'impératrice Sabine entendit aussi Memnon , et Balbilla en dressa aussi eu 6 vers grecs le poétique procès-verbal. L'n jour pourtant le colosse ne se montra pas trèscourtois envers Sabine, il demeura muet; le lendemain il la satisfit, et Balbilia chanta ainsi en 8 vers ces graves événements : « Hier, n’ayant pas entendu Memnon, nous l'avons supplié de n ètre pas une seconde fois défavorable ( Car les traits de l’impératrice s’étaient enflammés de courroux), et de
faire entendre un son divin, de peur que le roi lui-méme ne s’irritât, et
3u'une longue tristesse ne s'emparât e sa vénérable épouse. Aussi, Meinnon, craignant le courroux de ce prince immortel , a fait entendre toutn-coup une douce voix, et a témoigné uu’il se plaisait en la compagnie des oieux. » Le séjqur d'Hadrien en Égypte en l’an 130 de i’ère chrétienne' est un des faits les plus importants de l’histoire de cette contrée dans le second siècle de notre ère; il n'est pas étonnant nue les fêtes et les cérémonies dont il fut l’occasion aient attiré sur ses traces et échauffé les poètes. Après les temps d’Hadrien , la renommée de Memnon ne décrût point, ni le nombre des témoignages de la vénération publique dont sa statue était l’objet. Sous le règne d’Antonin , au mois de mai de l’an 150 de notre ère, un autre dévot écrivit sur un des côtés du piédestal : « Ta mère, la déesse Aurore aux doigts de rose, ô célèbre Memnon, t’a rendu vocal pour moi qui désirais t’entendre. La douzième année de l'illustre Antonin , deux fois , ô être divin , j’ai entendu ta voix, lorsque le soleil quittait les flots majestueux de l’Océan. Jadis, le fils de Saturne, Jupiter, te fit roi de l’Orient ; maintenant tu n’es plus qu'une pierre , et c’est de cette pierre que sort ta voix. Gemellus a écrit ces vers à son tour, étant venu ici avec sa chère épouse Ilulilla et scs enfants. «Une femmes’ exprimait ainsi : « Caecilia Trebulla, ayant entendu une seconde fois Memnon, (a écrit ces vers): Auparavant Memnon, fils de l’Aurore et de Tithon , nous a seulement fait entendre sa voix ; maintenant il nous a salués comme connaissances et amis. La nature , créatrice de toutes choses, a-t-elle donc donné à la pierre le sentiment et la voix? » La fille de cette Trebulla faisait aussi des vers grecs, entendit Memnon et lui fit dire dans une inscription de 0 vers ce qui suit : » Cambyse m’a brisée, moi, cette pierre que voici, représentant l'image d’un roi d'Orient. Jadis, je possédais une voix plaintive qui déplorait les malheurs de Memnon. Depuis long-
temps, Cambyse me l’a enlevée. Maintenant, mes plaintes ne sont plus que des sons inarticulés et dénués de tous sens , triste reste de ma fortuue [lassée. » L’influence complète des idées grecques sur la prétendue statue de Memnon de Thèbes se montre en son entier dans une dernière inscription, l’une des plus remarquables par la pensée et l’expression, et qui eut pour auteur le pocte Aselépiodote, procurateur de l’empereur en Égypte.
« Apprends, dit-il, ô Tliétis, toi qui résides dans la mer, que Memnon resire encore, et que, réchauffé parle ambeau maternel, il élève une voix sonore , au pied des montagnes Libyques de l’Égypte , là où le Nil, dans son cours, divise Thèbes aux belles portes; tandis que ton Achille , jadis insatiable de combats, reste à présent muet dans les champs des Troyens, comme en Thessalie. » L’idée de' l’Aurore saluée par son fils domine dans les vers d’Asclépiodote ; Memnon parle, et Achille est muet dans son tombeau près des murs d’ilium; c’est la puissance de l’Aurore opposée à celle de Tliétis ; il ne s’offre donc, au poète que des idées toutes grecques; a l’époque où il composait ces vers , toute tradition égyptienne était hors de sujet ; le colosse de Thèbes était décidément la statue de Memnon , fils de l’Aurore , saluant sa mère de sa voix harmonieuse , tous les matins au lever du soleil : voilà ce qu’ont déposé unanimement dans leurs inscriptions en
firose ou en vers , grecques ou latines, es personnages dont nous venons de rapporter textuellement les témoignages. Il est temps de rétablir, contre tant de religieuses et poétiques attestations , la vérité de l’histoire , de dire l’origine de la statue vocale de Memnon, si elle parla et comment elle parla.
Aménophis III, de la XVIII’ dynastie égyptienne, occupait le trône d’É.gvpte, vers l’an 1680 avant l’ère chrétienne. Il fit élever à Thèbes un vaste édifice; sur ses ruines encore subsistantes , on voit souvent répété le nom de ee prince, illustré par de
ÉGYPTE
grandes victoires sur les nations de l'Asie; selon l'usage, 1rs statues du fondateur, de dimensions colossales, devaient décorer la partie principalede l’édiOce ; il en lit placer deux, d’un seul bloc de grès-brèche et de 60 pieds de hauteur , vers l’extrémité de l'édifice du côté du fieuve, et dans un lieu où était , selon toute apparence , le principal pylône du palais, qui porta le nom a. -iménaphion, tiré de celui du roi .Iménoph, ou Ph-Aménoph, dont les Grecs firent Aménophis, Phaménonh et Phaménoth.
be ces deux colosses, l'un est au midi et l’autre au nord de l’axe de l'édifice: c’est celui du nord qui est devenu, dans des temps on pourrait dire modernes , la statue de Memnon. Tant que dura la domination égyptienne, la statue d’ Aménophis conserva son nom, la vanité grecque n’entreprit rien sur elle au prolit de Memnon ; dans l’Aménophion, existaient le culte et les prêtres du roi Aménophis, et non pas ceux du fils de l’Aurore des Grecs, et jamais les Égyptiens n’admirent ce héros étranger an droit de cité , ni dans leurs cérémonies religieuses; l’Égypte même n’existait déjà plus, et l'autorité des successeurs d’Alexandre était presque près de s’éteindre, que la statue vocale ne portait pas encore le nom de Memnon. Elle ne fut donc, jusqu’à l’invasion de Cambysc , qu’un admirable ouvrage rappelant le nom et la gloire d’un grand roi , et concourant a l’ornement du vaste et opident édifice dont ce roi était le fondateur.
Aux temps deCambyse, Thèbes fut saccagée par les Perses , les temples furent renversés et les tombes royales violées. Les monuments subsistants en fhonneur des anciens rois ne furent pas épargnés : cst-cc,. à cette époque de désastres pour l’Égvpte des Pharaons que doit être rapportée la mutilation du colosse de Memnon? line tradition écrite autoriserait à le croire, mais cette tradition est tardive et ne se concilie pas avec quelques faits plus concluants qu'elle. Lorsqu’on parla à .Strabon , à Thèbes même , des ravages de Camhvse , on imputa hautement au
monarque persan la destruction des monuments de cette vaste cité, mais quant au colosse, on dit à Strabon qu’il avait été brisé par un tremblement de terre , et les cbronologistes disent en effet qu’à une année , qui est la 27’ avant l’ere chrétienne, Thèbes avait été dévastée par un violent tremblement de terre. A l'époque où Strabon visita l’Égypte, quinze ou vingt ans après ce grand phénomène , il vit les deux colosses de l’Aménophium de Thèbes, et il en parle ainsi : « Des deux colosses monolithes, l’un est entier, l’autre est brisé par le milieu ; la moitié supérieure est tombée par l’effet, dit-on, d’un tremblement de terre : » et ce passage de Strabon, où le colosse n’est pas encore mêlé à la légende mythologique de Memnon, est le premierrenseignement que l'histoire écrite nous fournit sur la mutilation du colosse; cette mutilation était en effet contemporaine de ce témoignage, et l’on conçoit sans difficulté l’effet du tremblement de terre sur ce monolithe , quand on sait que la brèche dont il est formé, a quelquefois des fissures qui se propagent dans les blocs à de grandes profondeurs, et qu’une fissure pareille a pu favoriser les effets des secousses du tremblement de terre et la séparation de la masse du colosse en deux portions , dont le haut fut détaché et jeté à terre. L’inclinaison même de la cassure qui , par derrière s’élève jusqu’à la moitié du dos , et par devant jusqu’au-dessus des cuisses seulement , indique avec quelle facilite la partie supérieure a dtl glisser comme par une pente naturelle et se séparer du reste de la statue. De pareilles fissures se retrouvent dans des monuments non moins considérables; il y en a une dans l’obélisque de I.ouqsor transporté à Paris : de la base, elle se prolonge jusqu'à quinze pieds de hauteur, et elle existait quand le bloc fut taillé en obélisque. Dans le magnifique sarcophage en basalte vert, rapporté d'Egypte par Chanipollion le jeune et dépose au Musée, une fissure a sépare la cuve en deux parties ; aucune fracture ne suppose le moindre effort , rt
la partie détachée s'adapte au sarcophage mieux même que ne le ferait une pièce taillée tout exprès.
Ont quarante ans apres Strabon, un autre voyageur grec, Pausanias, vit aussi renversée à terre la partie supérieure du colosse , le reste étant en place comme au temps de Strabon.
A 1 époque de ce dernier, peu d'années avant l'ere chrétienne, on parlait déjà du son que rendait le colosse du nord dès le lever du soleil ; nioins de cinquante années avant , on n’en parlait pas du tout, du moins on n'en avait rien dit à Diodore de Sicile, qui ne nous en a rien transmis non plus; moins encore du temps d’Hérodote ; et c’est aux temps de Néron que commence la grande renommée Je la statue parlante de Memnon à Thèbes.
On a vu dans quelles emphatiques paroles s’expriment les principales inscriptions gravées sur le colosse même; aucun écrivain de l’époque ne se dispensa dés lors de parier de la grande merveille de l’Égypte : Juvcnal. Dion Chrysostômc, Lucien, I’ausanias , Ptoléméc , qui étaient allés en Égypte, Pline, Tacite, Denys le Périégèle , qui écrivaient loin de celte contrée, tous disaient à leurs lecteurs que l’impression des rayons du soleil tirait des sons de la statue de pierre de Memnon. L'empereur Hadrien en avait été plusieurs fois le témoin ; sous le règne des Antonins, la renommée du prodige ne fit que s'accroître; elle durait encore, mais elle s’éteignit toutàcoupsousSeptime- Sévère, qui fit restaurer le colosse.
Deux laits sont essentiellement remarquables dans toute cette merveilleuse histoire; la statue mutilée, réduite à sa partie inférieure, assise sur un trône , et d’une seule pierre , rend cessons admirables qui charmaient à un si haut degré tous les voyageurs en Thébaïde; eLla statue restaurée dans son ancien état, complétée par la reconstruction de sa partie supérieure, devient aussitôt muette. La voix et les hommages qu'elle excitait cessent dés le règne de Septime-Sévère , à qui la restauration du colosse est attribuée.
On voit par notre planche 8 que cette restauration consiste en cinq assises de pierres qui rétablissent l'effigie d'Aménopliis dans scs anciennes proportions.
Les faits historiques qui ressortent clairement de ce qui précède, peuvent se résumer ainsi : 1” deux colosses firent partie de la décoration du magnifique édifice que le roi Aménophis lit élever à Thèbes; 2’ ces colosses , scion l’usage, représentaient ce roi lui-même et portent encore son nom; U” ils subirent , comme tous les autres monuments de l'Égypte, les effets du temps et des invasions étrangères; 4° un tremblement de terre, l’an 27 avant l’ère chrétienne , brisa celui des deux colosses qui est placé vers le nord , et en détacha la partie supérieure; 6” quelques années après, il était bruit dans le pays des sons que rendait au lever Ju soleil la partie de la statue restée en place , ou le socle qui la portait ; 6" dès le règne de Néron , ce bruit était généralement répandu rt annonçait une merveille qui attirait les curieux de toute condition; 7° dès cette même époque, la statue parlante fut considérée comme étant une ligure de Memnon, fils de Tithon et de l'Aurore, qui saluait sa mère de sa voix miraculeuse, tous les jours au lever du soleil ; 8” «à l’intérêt qu’excita cette merveille, il se mêla bientôt un caractère religieux envers le héros d’Homère, le demi-dieu d Hésiode, le roi de l’Orient ; l’admiration le divinisa et lui offrit des libations et des sacrifices; 9° la statue mutilée fut restaurée par Septime-Sévère, et sa voix merveilleuse ne se fit plus entendre; le prodige et les chants cessèrent aussitôt.
(le fut l’époque fatale à bien des oracles antiques , et l'empereur voulut en vain opposer les miracles de Memnon à ceux du christianisme : la statue restaurée devait posséder une voix bien plus harmonieuse , rendre de véritables oracles : on détruisit ses merveilles , parce qu’on en ignorait la nature. I.es observations faites sur
ÉGYPTE
les lieux nous ont suffisamment expliqué les causes de ee phénomène, qui ne peut pas être révoqué en doute. Il est constaté que les granits et les brèches produisent souvent un son au lever du jour, et quant à la statue de Thèbes , les rayons du soleil, dit M. de Rozières, venant à frapper le colosse , ils séchaient l'humidité abondante dont les fortes rosées de la nuit avaient couvert sa surface, et ils achevaient ensuite de dissiper celle dont ces mêmes surfaces dépolies s’étaient imprégnées. Il résulta de la continuité de cette action que des grains ou des plaques de cette brèche cédant et éclatant tout à coup, cette rupture subite causait dans la pierre rigide et un peu élastique un ébranlement, une vibration rapide, qui produisait ce son particulier que faisait entendre la statue au lever du soleil. Elle est bien muette depuis seize siècles. « Je ne nie pas, écrivait de Thèbes mêmeChampolhon le jeune au mois de juin 182!), je ne nie pas la réalité des harmonieux accents que tant de témoins affirment unanimement avoir entendu moduler par le merveilleux colosse, aussitôt qu'il était frappé des premiers rayons du soleil. Jeuirai seulement que, plusieurs fois, assis, au lever de l’aurore, sur les immenses genoux de Memnon, aucun accord musical sorti de sa bouche n’est venu distraire mon attention du mélancolique tableau que je contemplais, la plaine de Thèbes, où gisent les membres épars de cette aînée des villes royales. »
Un de ses quartiers, situé sur la rive gauche du Nil, du côté des tombeaux, s’appelait dès la plus haute antiquité, les Memnonla, mot d’origine égyptienne, qui a la signification de lieu des sépultures; c’est là qu’existent les édifices religieux et commémoratifs des rois divinisés, les temples de Médinet-Habou , le Rhamesséon et l’Aménopliium, et dans ce dernier temple, on voyait encore du temps des rois grecs, des prêtres du roi Ainénophis divinisé. Ce nom de Mentnonia dut frapper les Grecs, naturellement lestes a adopter les rap-
prochements où icur vanité devait trouver son compte; l’idée de leur Memnon sc présenta sans hésitation, et vraisemblablement dès l’établissement des Ptolémées en Égypte. I.cs édifices des Menmonia furent attribués au héros homérique, et le colosse merveilleux de l’Amrnophium ne pouvait plus être que la statue de Memnon : IcsThébains n’avaient pas oublié qu’elle était une image de leur ancien roi Aménophis, et Pausanias raconte qu’ils l’en avertirent expressément quand il la visita. Voilà comment une oiseuse prétention de la vanité grecque a fait à l’un des nombreux colosses que l'Égypte éleva en l'honneur de ses rois , mie renommée qui parait devoir subsister encore long-temps , surtout depuis que M. Letronne, par ses ingénieuses recherches, l’a rattachée à l’histoire de l’établissement du christianisme en Égypte.
En érigeant de tels monuments , construits de telles matières et de telles proportions, les Égyptiens se faisaient par leur pensée une lointaine postérité , à laquelle ils avaient la confiance de transmettre ces monuments de leur génie, de leur sagesse et de leur grandeur. Cet espoir n’a pas été déçu, et le souvenir de l'antique Égypte est présent dans le monde entier: l’Europe savante renouvelle en Égypte les philosophiques pèlerinages de l’ancienne Grèce, et ses ruines historiées sont encore instructives pour nous, comme le furent pour les Grecs ses prêtres et ses archives. Il y avait des idées d’ordre, d’utilité et do durée, dans toutes les institutions de l’Égypte; après le culte des dieux venait celui des bons rois ; d'innombrables monumentscélebraient les services qu’ils avaient rendus au pays et la gloire qu’ils y avaient acquise ; apres ces statues colossales , les obélisques étaient les plus remarquables de ces monuments royaux.
Les obélisques sont une invention égyptienne, particulière à l’Égypte , et (es ouvrages les plus simples de l’architecture de ce pays célèbre. Tous les obélisques égyptiens sont d’une
seule pierre ou monolithes, de granit rose, tirés des carrières de Syène, dans la Haute-Égypte , et leur "forme est celle d'un long prisme , de forme quadrangulaire, se rétrécissant insensiblement de la base au sommet et se terminant en pyramide. Il est impossible de dire à quelle époque le premier obélisque fut élevé; la tradition historique attribue des monuments de ce genre aux plus anciens rois ; mais aucun des obélisques n'est antérieur à l’avénement de la XVIII' dynastie égyptienne , qui date de l’an 1822 avant fère chrétienne. Il existe des obélisques de l’époque de plusieurs des princes de cette XVIII' dynastie et de leurs successeurs. La plupart des rois égyptiens en érigèrent. La fureur de Cambyse détruisit un grand nombre d'obélisques dans les prinripales villes, à Thebes particulièrement.
On dit aussi que, frappé de la magnilicence et de la majesté d’un des obélisques élevés par le roi Rhamsès dans cette vaste cité, le farouche conquérant fit arrêter un incendie qui menaçait cet obélisque. Les historiens disent que le roi qui le fit élever, pour garantir la conservation de ce
Srécieux ouvrage et s’assurer des soins e l’architecte et des ouvriers employés à le dresser, avait fait attacher son fils au sommet de l'obélisque.
Si les rois grecs, successeurs d’Alexandre en Egypte , les Ptolémées , n’exécutèrent pris de nouveaux obélisques, ils ornèrent avec les anciens les villes qu’ils fondèrent ou qu’ils agrandirent.
Quand l’Égypte fut réduite au rang de province romaine , Auguste comprit combien ses dépouilles si monumentales pouvaient répandre d’éclat sur la ville éternelle, et il fit transporter à Rome les deux obélisues d'Héliopolis. Catus Caligula en emanda un troisième, et, au rapport de Pline , la mer n’avait jamais porté un vaisseau d’aussi colossales dimensions , que celui qui fut construit pour cette entreprise. D’autres empereurs imitèrent l’exemple d’Auguste; onze obélisques entiers, et les frag-
ments de plusieurs autres subsistent encore à Rome; on en trouve aussi à Vcllctri, liénévent, Florence, Catane, Arles ; Constantin et Théodose en ornèrent l'hippodrome et le palais impérial de Constantinople. Des préfets romains en Égypte y firent faire des obélisques où leurs louanges étaient écrites en caractères hiéroglyphiques, et les envoyèrent à Rome , bu on les voit encore"
Le mot français obélisque, qu’on a familièrement remplacé par celui d'ai-
uille, est le latin obeliscus, diminutif
u grec obe/os, broche. Le mot oliélisque signifie donc petite broche, brochette, et l'on attribue aux Grecs d’Alexandrie, hommes d’un esprit caustique et malin, d’avoir donné cette singulière, dénomination à ces masses colossales de granit; il y en a de plus de cent pieds de longueur.
Tant qu'on ignora la véritable destination des obélisques, l’esprit de système ne s’épargna pas pour la deviner nu moyen des plus arbitraires étymologies de ce simple mot grec. On les supposa consacrés au soleil. On y vit aussi des colonnes ou autels des dieux , des doigts ou des rayons du soleil, des gnomons, ou des symboles du cours de cet astre.
Les obélisques sont des monuments essentiellement historiques, placés au frontispice des temples et des palais , annonçant par leurs inscriptions le motif de la fondation de ces édifices , leur destination et leur dédicace à une ou plusieurs des divinités du pays; les inscriptions des obélisques donnent les détails des constructions, le nom et la filiation , des princes qui les élevèrent; ils indiquent les accroissements ou les embellissements exécutés par les soins de chacun d’eux , et par là , l'époque relative de chaque partie de l’édifice ; enfin, les obélisques eux-mémes sont mentionnés dans ces inscriptions parmi les autres actes de la pieté des Pharaons.
On voit par notre planche 14 comment les Egyptiens employèrent les obélisques ; toujours accouplés , ils n'eurent jamais l'idée d’en placer un
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seul au milieu d’un vaste espace où il «levait s’éclipser. Deux obélisques s’élevaient en avant du pylône ou entrée principale d’un temple : ils annonçaient majestueusement l'édifice et étaient les premiers insignes de la gloire du prince qui l’avait construit en l’honneur des dieux de la contrée.
Nous préciserons davantage les notions essentielles, relatives aux obélisques , et nous ajouterons infailliblement à leur intérêt , en les appliquant spécialement à la description de l’obélisque de Louqsor, si heureusement transporté a Paris et destiné à l’ornement d’une de nos places publiques.
Le v i liage de Louqsor est une porl ion du territoire de Tlièbes, sur la rive droite du Nil. Des ruines étendues y attirent le voyageur, et c’est vers leur extrémité nord que se présente l’entrée pittoresque du palais, figurée dans son état primitif sur notre planche 14. C’est un pylône, composé de deux massifs pyramidaux entre lesquels une porte est ménagée ; celle du palais de Jxmqsor n’a pas moins de cinquante-deux pieds de hauteur; elle est surmontée d une corniche élégante; les pylônes ont dix-huit pieds de plus d'élévation et quatre-vingt-douze pieds d'étendue de chaque côté de cette porte.
En avant du pylône étaient quatre statues colossales , chacune d’environ quarante pieds de hauteur et d'un seul bloc, et en avant des colosses les obélisques de granit rose.
Les sujets sculptés en bas-reliefs sur le pylône sont d’un très grand intérêt historique. L'immense surface de chacun de ces deux massifs est couverte de sculptures d’un très-bon style, sujets tous militaires et de plusieurs centaines de personnages. C’est le roi Rhamsès-le-Grand (Sesostris), assis sur son trdne au milieu de son camp, où il reçoit les chefs militaires et des envoyés étrangers ; on y voit les détails du camp , les bagages , tentes, fourgons, etc., etc.; én dehors , l’armée égyptienne est rangée en bataille, les chars de guerre à l’avant , ù l'arriére et sur les lianes; au centre.
les fantassins régulièrement formés en carrés. Sur le massif de gauche sont ligures une bataille sanglante, la défaite des ennemis, leur poursuite , le passage d’un lleuve , la prise d'une ville , et on amène ensuite les prisonniers , etc.
Ces deux tableaux ont environ cinquante pieds chacun; ils sont précédés par les deux obélisques qui frappent d'abord l’esprit du voyageur ; on peut se faire une idée, quoique bien faible, de leur effet dans l'ensemble de ces immenses constructions, par la vue restaurée de la façade du monument telle u’elle était aux temps de la spleneur de l’Égypte. ( Voy. pl. 14.) line carrière de granit rose de la plus belle qualité, située à Syène , vers la frontière méridionale de l’Égypte, à la première cataracte, a fourni la matière des deux obélisques.
Ils sont tous deux d’un seul morceau ou monolithes. Les surfaces ont reçu un poli parfait et brillant ; les arêtes sont vives et bien dressées, mais les faces de l’obélisque ne sont point exactement planes. Elles ont à l’extérieur une convexité de quinze lignes , et si régulièrement exécutée , qu'on ne saurait y voir qu’une preuve de la science de l'architecte.
On peut diviser l'obélisque en deux parties : 1° le prisme quadrangulaire ou fût, comprenant toute la partie du monument depuis sa base jusqu’au pyramidion ; 2° le pyramidion , qui est la portion taillée en forme de pyramide et qui surmonte le prisme ou fût.
I.es dimensions générales de l’obélisque ent été reconnues comme il suit :
pieds, pour. lij.
Hauteur totale de l’obélisque 70 3 5
Plus grande largeur à la base { face nord). .. 7 G 3
Plus grande largeur à la base du pijrami- (lion ( faces est et ouest ) 5 4 4
Le poids total du monolithe est évalue à 220,528 kilogrammes ( 4457 quintaux), et avec le revêtement en bois pour le transport, le poids du
monument arrive à 5000 quintaux.
L'obélisque était |iosé sur un dé carré, en granit, dont lu surface a été trouvée , par les fouilles , à 3” 80' au-dessous du sol actuel , et qui a été mis à découvert jusqu’à une profondeur de I" 00'. On a reconnu que ce dé a été dégradé par la nature, et il n’offre, quant a l’extérieur qu’une croûte friable etscoriéc. Les faces sud et nord étaient autrefois ornées de quatre cynocéphales en relief; les laces ouest et est étaient aussi occupées |)ar un autre sujet sculpté.
Le dé en granit était posé sur des constructions en pierres de grès, et la conservation du monument dans son état primitif jusqu’à nos jours en montre suffisamment la solidité. Tous les grands édifices égyptiens encore subsistants sont construits avec le même grès ; on le tirait des carrières de Silsdis, dont l’exploitation est historiquement prouvée pour des temps bien antérieurs à Sésostris.
Les quatre faces de l’obélisque sont couvertes d’inscriptions en caractères hiéroglyphiques. I n léger examen suffit pour taire voir que , sur chacune d’elles, les signes sont rangés symétriquement pour composer trois colonnes perpendiculaires, bien distinctes, et formant ainsi trois inscriptions, trois phrases sur chaque face. Celte distinction est encore plus tranchée par la manière dont chaque colonne n été exécutée; sur toutes les faces, les caractères de l’inscription du milieu sont . sculptés en bas - relief dans le creux , à une profondeur de plus de cinq pouces, et parfaitement polis; les hiéroglyphes des deux colonnes latérales ont une profondeur moitié moindre, et sont seulement piqués à la pointe. L’œil est satisfait d’une opposition qu’il saisit facilement et qui, par la variété des tons et des rellets , prévient toute confusion dans l’ordre et l’expression deocs signes nombreux, admirable tableau sculpté avec la dernière précision , et dans lequel chaque signe joint à la beauté et au fini du travail la plus grande pureté de dessin. Le nombre total des signes sculptés
sur l’obélisque s'élève à 1600; ce sont autant de portraits fidèles des objets figurés, et l’on comprend que cette fidélité , cette science complète d'une iconographie qui pouvait embrasser tous les objets de l'univers matériel , était dans les inscriptions égyptiennes une condition essentielle et fondamentale, puisque chacun de ces signes avait un sens propre, absolu, et que toute incertitude sur la nature de l’objet figuré l'aurait prive aussitôt de son expression comme signe d’écriture, et aurait jeté de la confusion dans l’ordre et l’exposition graphique des idées.
Cette condition essentielle de l’écriture sacrée égyptienne explique la perfection des sculptures hiéroglyphiques, et l’examen de celles de l'obélisque de Louqsor, exécutées sur une roche aussi dure, aussi solide, on pourrait dire inaltérable, composée d’au moins trois substances cristallisées , intimement adhérentes, et également rebelles au ciseau , doit nous donner une haute idee de l'art, des artistes et des procédés mécaniques auxquels nous sommes redevable» d'un pareil monument.
Ses inscriptions nous en font connaître l’objet et la destination ; la piété du prince illustre qui éleva le palais de Louqsor s’y révélait dès l’approche de cet édifice h la fois civil et religieux, et les deux obélisques y sont expressément figurés et mentionnés , ainsi que la vaste et somptueuse construction dont ils décoraient le frontispice.
Quant au texte des inscriptions, on peut diviser l’ensemble de celles de chaque face de l'obélisque, en trois parties:
1" Immédiatement au-dessous du pyrainidion, le bas-relief des offrandes qui occupe toute la largeur de chaque lace.
2° En tête de chaque colonne ’d’hiéroglvphes , un encadrement surmonté de. la figure de l’épervier symbolique avec la coiffure royale , et terminé en franges à sa partie inférieure ; on peut donner a cet encadrement le nom de bannière royale; il renferme les titres honorifiques et variés des princes nommés dans les ohé-
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lisqu^s T et on le trouve figuré isolement à cété des rois égvptiens , dans des représentations de cérémonies religieuses ou civiles.
3° L 'inscription proprement dite, dont les signes, divises en trois colonnes parallèles , et écrits les uns au-dessous des autres isolément ou par groupes , forment trois inscriptions verticales qui se lisent de haut en lias.
En général , un obélisque dont les quatre faces ne portent qu'une inscription médiale chacune , ne mentionne que le souverain qui le dédia ; quand il y a trois inscriptions , c’est un roi iKWtérieur à celui-ci qui a fait ajouter les deux inscriptions latérales.
Quelques groupes de signes sont enfermés dans un encadrement dont les contours sont uniformes et réguliers.
Ces encadrements se nomment cartouches et méritent une attention toute particulière, les cartouches donnant à tous les monuments où il s’en trouve une haute importance historique.
On entend par cartouche , des groul»es de signes hiéroglyphiques renfermés dans de petits encadrements composés de deux lignes verticales ou horizontales , arrondies par le haut et par le bas, et posés sur une base rectangulaire.
On trouve enfermés dans les cartouches : 1° les noms propres des divinités, ou dieux-dynastes, qui furent considérées comme ayant gouvcmél’Égypte et le monde terrestre à l’origine dés choses ; 2“ les noms propres et les prénoms royaux des rois et des reines qui régnèrent en Kgvpte , soit nationaux , •soit étrangers.
Les cartouches de l'obélisque de Paris rappellent les noms et les actions des deux rois ; mais l’équité de l'histoire peut faire la part à chacun d'eux. C'est Khamsés II qui lit extraire l’obélisque des carrières de Syène , qui le lit transportera Thèbes, qui le destina a la décoration d'un grand édilice qu'il est diflicile de désiguer aujourd'hui.
Il est certain que cet obélisque devait consacrer par quatre inscriptions et transmettre iusqu’a nous le souvenir de la gloire et de la piété de Rhainsès II ;
6" Livraison. (Éoyit*.)
trois de ces inscriptions furent seules terminées. Comment ces chants de victoire furent-ils interrompus? La mort surprit Khamsés II au milieu de ses trophées.
Khamsés III ou Sésostris lui suc céda ; il édifia ou termina le Rhamesséion de Louqsor , adopta les obélisques commencés par son prédécesseur, employa à y rappeler sa propre gloire , toute la place que Khamsés II laissait inoccupée , c'est-à-dire trois faces entières de l'obélisque qui est encore à Louqsor, une face entière de l'obélisque de Paris, et sur chacune des trois autres faces terminées , comme sur la seule que le nom de Khamsés occupait sur l’autre, la place nécessaire aux deux inscriptions latérales qui subsistent sur toutes les faces également.
Sur l’obélisque de Paris les travaux des deux rois sont ainsi distribués :
Khamsés 1 1, l’inscription médiale; Rhainsès III, les 2 inscriptions latérales.
Face ouest, Khamsés III, les 3 inscriptions.
De plus, Khamsés III fit dresser cet obc(isque et graver son nom sous le plan de la hase, et sur toutes les parties du piédestal où ce nom pouvait être placé comme ornement ou comme renseignement historique.
Enfin , et pour multiplier encore ces renseignements pour une postérité qui devait s’étendre jusqu’à la génération présente , et qu'il était dans la destinée de la France de perpétuer par sa munificence, Sésostris fit écrire sur la face nord du monolithe laissé à I /mqsor, que lui, seigneur de la région d’en haut et de la région d'en bas (la Haute et la Basse-Égypte), Germe (fils) des dieux et des déesses , Seigneur du monde. Soleil gardien de la vérité, APPROUVÉ PAR PlIRÉ, O fait ces travaux (le Khamesséion de Louqsor ) pour son père .tmon-Ra, et qu'il a érigé ces deux grands obélisques en pierre devant le Rliamesséion de la ville d’Ammon (Thèbes).
Sésostris termina donc ce grand ouvrage commencé par son prédéeesseu r ,
I nord, Faces su t, lest,
et ce concours (le. deux rois à l'achèvement de ces admirables monuments fournit, pour leur histoire, des notions chronologiques assez précises.
Le règne de Rhamsès II, qui fit commencer ces obélisques , remonte à l'an 1580 avant l'ère chrétienne; il n’existe pas de monuments avec des dates postérieures à la quatorzième année de ce. règne , qui finit bientôt après ; ce fut donc vers l'an 1570 que ces obélisques furent entrepris par Rhamsès 11 , après qu’il eut châtié les impurs en Afrique et en Asie, comme le disent ses inscriptions.
Sésostris succéda à son frère vers l’an 1565; il édifia ou continua le palais de I.ouqsor, et un tel ouvrage exigea bien des années; sur les basreliefs du pylône, qui est le frontispice même du palais (pl. 14), Sésostris fit sculpter en granil sa campagne contre les Asiatiques, et les inscriptions lui donnent pour date la cinquième année du règne de ce roi ; les obélisques ne furent élevés qu’après ce pvlone; on peut donc les supposer, dès fan 1550, a la place où ils ont bravé , pendant rès de 3,400 ans, le temps et les ommes.
Qu’il nous soit permis de dire que leur destin est bien changé: monuments nationaux et sacrés sur les rives du Nil, ils ne seront plus, sur celles de la Seine , que des aiguilles de granit dont l’antiquité , l’origine et la magnificence peuvent concourir à l'éclat que les prodiges des arts répandent sur une civilisation éclairée.
Les inscriptions célèbrent à la fois la gloire des deux rois , leurs victoires, leur piété, et rappellent spécialement que ce sont eux qui ont élevé ces magnifiques édifices en l’honneur du grand dieu de Thèbes, auquel iis les ont consacrés : c'était là la véritable destination des obélisques, monuments singuliers , dont l’invention tout égyptienne a pour caractère propre une randeur colossale et une éternelle urée.
Les inscriptions hiéroglyphiques concernent les deux rois qui ont concouru à l'élévation de l’obélisque , et il
nous suffira ici , pour donner une idée' du contenu des inscriptions de ce genre, de mentionner celles qui rap plient Rhamsès III, Sésostris. Toute la face ouest de l’obélisque lui appartient, étant demeurée vide par la mort de Rhamsès IL
Dans le bas-relief des offrandes de la face qui regardait l’ouest , Sésostris, coiffé du pschent complet, symbole de son autorité sur la Haute et sur la Basse-Égypte , et surmonté du globe ailé du soleil , fait au grand dieu éponyme de Thèbes , à Amon-ra, l’offrande du vin.
Aux louanges d’usage, la colonne médiale ajoute que Sésostris est le fils préféré du roi des dieux, celui qui, sur son trône , domine sur le monde entier. On mentionne le plais qu’il a fait élever dans l’ôph du midi ( la prtie méridionale de Thèbes). Le titre. de bienfaisant lui est donné dans l'inscription de droite, qui ajoute:
« Ton nom est aussi stanle que le « ciel ; la durée de ta vie est égale à « la durée du disque solaire. » Sésostris porte , dans la bannière de l’inscription de gauche, le titre de chéri de la déesse de la vérité, et, avec d'autres louanges très-ordinaires dans le protocole royal égyptien , cette inscription proclame Rhamsès III « l'cn- « gendré du roi des dieux pour pren-
* dre possession du inonde entier. »
Les trois colonnes de cette face sont uniformément terminées par le cartouche nom propre du roi , le fils du Soleil , le chéri d’Ammon Rhamsès.
A la Face Sun, la bannière et l’inscription de la colonne de droite proclament Sésostris « l’Aroéris puissant,
• ami de la vérité, roi modérateur,
« très-aimable comme Thmou , étant « un chef né d’Ammon, et son nom « étant le plus illustre de tous. » Sur la colonne de gauche, on lit dans 1a bannière: « L’Aroéris, roi vivant « des régions d'en haut et d’en bas, » enfant d’Ammon; » V inscription donne à Sésostris le titre de roi directeur, mentionne ses ouvrages, et ajoute qu’il est « grand par ses victoires , fils « préféré du soleil dans sa royale de-
ÉGYPTE
• meure, le roi (ses prénoms et nom « propre ), celui qui réjouit Thèbes ,
■ comme le firmament du ciel, par
• des ouvrages considérables pour « toujours. »
A la Face Est , la bannière de la colonne de gauche est remarquable par le grand nombre de signes qui composent sa légende, qui signifie:
» f/Arciéris puissant , le grand des
■ vainqueurs , combattant sur sa « force. » Vinscrintion nomme Sésostris grand conculcateur, le seigneur des victoires , qui a dirigé la contrée entière, et qui est très-aimable. Enfin, la bannière qui surmonte l'inscription de droite annonce que Sésostris est « l’Aroéris fort, puissant dans les « grandes panégyrics (assemblées ci- « viles ou religieuses), l'ami du
• inonde, et le roi modérateur. » L'inscription ajoute , comme pour combler la mesure des éloges, qu'il est aussi « le prince des grands, jouissant « du pouvoir royal comme Thmou , x et que les chefs des habitants de 1a » terre entière sont tous sous ses sanx dales. »
Les inscriptions latérales de la face nord n'expriment pas de moins magnifiques éloges : dans celle de gauche , la bannière qualifie le roi de Aroéris uissant, gardien des vigilants, et inscription rappelle sa force et ses victoires, ainsi que sa gloire, dans la terre entière. Hans la colonne de droite , c'est le fils chéri de la vérité; c’est un second dieu Mandou, dont il est le fils; et le monde entier a tremblé par ses exploits.
Le dé et toutes les parties du soubassement portent uniformément le nom de Sésostris : combien l'antique renommée de ce roi qui date aujourd'hui de trois mille quatre cents ans, n'ajoute-t-elle pas de merveilleux intérêt à un tel monument ! Ce prince , en effet, illustra son nom et son règne par les éminents services qu’il rendit à son pays dans les camps comme dans la cite; il fut à la fois grand conquérant et sage législateur ; il connut la véritable gloire , fondée sur le respect que la victoire inqiose aux en-
nemis , et sur l'amour que la prospérité de la patrie inspire aux citoyens; il l'enrichit de la dépouille de vingt peuples rivaux ou jaloux il ajouta a toutes les merveilles de l'Egypte et de la Nubie , d'autres monuments non moins dignes de ce nom. Il voulut aussi , par des soins presque minutieux , s'assurer la gloire d'avoir érigé les deux obélisques de Louqsor, comme s'ils devaient , par leur inaltérable solidité, réaliser les promesses surhumaines que les prêtres de l’Égypte lui Grent au nom de leurs dieux , qui ne sont déjà plus. Les obélisques de Sésostris leur survivent depuis quinze siècles , et, par une ovation nouvelle, la civilisation moderne rajeunit à jamais et la gloire de Sésostris et l'antique illustration de l'Égypte. La France s'y emploie avec succès en les associant à sa propre renommée, et il entre sans doute dans l'accomplissement de ce devoir un juste sentiment de reconnaissance, car les sciences, source première de nos prospérités, nous sont aussi , comme la lumière , arrivées de l'Orient.
Ce n’est pas moins un spectacle des plus surprenants, et par cela même bien digne de notre époque, qui est celle des plus extraordinaires coïncidences , que ce monument inaltérable d’une gloire qui semble défier le temps , et l’envie, plus cruelle nue lui , s'élevant sur une des places de la capitale de la France, c'est-à-dire sur les cendres à jamais refroidies des générations gauloises , romaines , grecques et égyptiennes.
Que d'histoire entre Sésostris et nous, et c'est le génie des arts qui a jalonné cet espace par ses merveilles ! Les armes d’Achille avaient servi à plusieurs générations de héros , pourquoi le même monument ne servirait il pas à plusieurs triomphes? Qu’il nie soit permis de le répéter ici : aurat-on bien tout fait, quand l'obélisque de Sésostris sera convenablement dressé sur une de nos places publiques, et doit-il suffire a la satisfaction du gouvernement de l’y montrer comme une difficulté vaincue, comme
mi tour de force très-périlleux de notre mécanique moderne , qui aura I immense mérite d’avoir élevé sur un piédestal une pierre du poids de quelques milliers de quintaux ? et ne viendra-t-il à l’esprit ou au cœur d'aucune des personnes dont la voix a quelque autorité dans les conseils du prince ou dans ceux de la nation , que cette pierre peut être animée par d'illustres souvenirs, consacrée par un sentiment religieux et national à la mémoire des enfants de la France morts pour sa gloire dans ce même désert d’où l’obelisque vient d’être arraché? Tout le monde comprendrait très-clairement cette pieuse résolution de la France, qui , au prix du sang de ses enfants , ayant délivré d’une mortelle oppression et relevé a jamais l'antique renommée de rÉgvpte , en consacrerait les reliques sur les bords de la Seine aux mènes de ses héros abandonnés sur les rives du Nil.
Qu’une loi ordonne que l'obélisque sera élevé en mémoire de l’expéui-
IION FRANÇAISE EN ÉGYPTE, Car
elle est la plus mémorable entreprise des temps modernes, par son objet, scs moyens , l’illustration des noms qui s’y rattachent, et par ses nombreux résultats , les uns déjà si utiles a la prospérité de la France , au progrès des peuples du Levant vers la civilisation, et les autres d’un si haut intérêt |>our la véracité des annales de la philosophie humaine.
Lue inscription simple, précise, et très-intelligible pour tous , dirait :
A l'armée d’orient
QUI OCCUPA I. 'ÉGYPTE ET I.A SYRIE EN 1798, 1799, 1800 et 1801.