XIV. DE LA CLASSE SACERDOTALE
On sait déjà, nous l'avons dit , que
ÉGYPTE
la caste sacerdotale était, à proprement parler, la partie instruite et savante de la nation. Elle était spécialement vouée à l'étude des sciences et au progrès des arts ; elle était chargée en outre des cérémonies du culte, de l’administration de la justice, de l’établissement et de la levée des impôts, invariablement fixés d’après la nature et l’étendue de chaque portion de terrain mesurée d’avance; enfin, de toutes les branches de l’administration civile.
Souveraine dans la primitive organisation de l’Égypte, en passant au second rang, lorsqu'une révolution l'obligea de céder le premier au roi créé par la caste militaire, elle conserva néanmoins la plus grande partie de son influence , et, sans doute, parce que cette influence avait été fondée , dès l’origine , sur de vastes possessions territoriales et sur de grands privilèges. La caste sacerdotale était constituée en effet sur le principe qui , dans toute organisation sociale, porte avec lui, et lui seul, des éléments immuables de solidité et de durée, sur la propriété territoriale. Durant le règne des pasteurs, et de la XVII" dynastie des Pharaons , une famine ravagea l’Égvpte. Ce fut pendant le ministère de Joseph , et l’on peut croire à une famine dans le pays le plus fertile , mais où la certitude des récoltes reposait sur la régularité des inondations du fictive, et l’entretien régulier des canaux, en un mot, sur les soins attentifs et expérimentés de l’administration publique, puisque cette administration et le gouvernement du pays appartenaient à une horde de barbares conquérants , incapables de prévoyance et ignorants de tout précepte d'ordre social. L’histoire biblique de cette famine nous apprend que Joseph acheta avec ses blés de réserve toutes les propriétés particulières et fit ainsi Je roi maître de toutes les terres de l’Egypte , excepté, dit la Bible, les terres des prêtres , qui leur avaient été données |iar le roi ; et les prêtres, ajoute l'historien , furent dispensés de l'obligation de vendre leurs terres pour
vivre, parce que le roi leur faisait distribuer du bled tiré des greniers publics. 11 est donc certain, par cette curieuse et antique relation , que , avant l’invasion des pasteurs , ou hyk-shos, c'est-à-dire, plus de deux mill% ans avant l’ère chrétienne, la caste sacerdotale était dotée de pro-
firiélés territoriales ; ce ne furent jias es pasteurs qui imaginèrent ce moyen de conservation et de perpétuité propre en Égypte au premier corps de l'état, ils respectèrent seulement un usage consacre par les lois et par le temps ; ils le respectèrent dans les conjonctures les plus favorables à leur esprit de conquête , et l’influence de la caste sacerdotale explique suffisamment les ménagements qui lui furent alors accordés. Un autre privilège parait avoir été dès l’origine concédé en même tempe à la caste sacerdotale ; ses propriétés étaient exemptes d’impôt ; toutes les terres d’Égypte, selon rliistoire précitée, furent taxées, au profit du fisc royal , au cinquième de leur produit, excepté encore les terres sacerdotales, qui furent libres de tout impôt sous les rois pasteurs.
Elles l’étaient auparavant sans doute ; et nous tirons notre pensée de l’uniformité des institutions égyptiennes pour toutes les époques, car il en était ainsi du temps de l’annaliste que nous consultons : « Depuis ce temps ( depuis Joseph) jusqu’à ce jour, dit Moïse, deux siècles après Joseph, on pava au roi dans toute l’Égypte le cinquième du produit des terres, ei ceci est comme passé en loi ; excepté les terres sacerdotales, qui sont affranchies de cet impôt. » Les temples, c’està-dire la caste sacerdotale , jouissaient donc en Égypte de cette perpétuité de
fiossession êt de revenus qui, s’ils s’éèvent à un taux considérable, sont un moyen certain d’autorité et d’influence", moyen dangereux pour l'ordre public, la conservation des familles, la prospérité de l’état, et contre le-
3uel tant d'utiles exemples , consignés ans l’histoire ancienne et moderne , ont consacré une résistance nécessaire.
La splendeur des temples et la pompe
«Jc.s cérémonies religieuses prou veut assez que le sacerdoce en Egypte posséda de grandes rieliesscs ; et fl est certain que le produit des terres n'en fut pas la source unique.
Il nous est parvenu des registres originaux des recettes faites il^us les temples , et ce n’est pas sans preuves qu’on peut affirmer que ces recettes comprenaient des produits autres que les revenus des domaines sacerdotaux ; des redevances diverses étaient (rayées en nature aux temples de l’ Egypte; la piété des citoyens ne pouvait pas rester stérile, et là où les métaux inonnoyés n'existaient pas, les produits de la terre ou de l’industrie devaient être les seules valeurs habituellement en circulation : les métaux précieux débités au poids n'étaient qu'une sorte de ccs mêmes valeurs. Ces registres de recettes pour les temples consistaient en feuillets de papyrus arrangés ou en rouleaux, ou en registre de plusieurs feuillets sur lesquels on écrivait sur le recto et sur le verso. Ces registres portaient sur le premier feuillet le protocole entier du roi régnant, et l’année de son régné ; les articles de recettes y étaient ensuite inscrits jour par jour jusqu'à la lin du registre, et un scribe du temple était commis a la tenue de ce registre. Les objets reçus y étaient inscrits à mesure qu'ils étaient déposés , et le nombre en était indiqué en chiffre à l’extrémité de la ligne; on additionnait les diverses recettes par mois et par années. Ces registres étaient écrits en écriture hiératique ou sacerdotale ; le (dus complet des manuscrits hiératiques de ce genre est du régne du Pharaon Rljnmses V, le dernier roi de la dix-huitième dynastie, qui vivait au XV siècle avant l'ère chrétienne. Ce registre consiste en trois fragments formant ensemble cinq pages à peu près entières, et ce registre appelé , des recel/es sacrées , était terni par un scribe nommé Thoutmès; le protocole du manuscrit annonce qu'il est de l'an douze, et le premier article porte la date du 10 du mois de paophis , « sous la divine providence du roi du peuple olx'issant.
seigneur du monde, soleil slabilitcur de la région inférieure , approuvé |>ar Plitha, tiis divin du soleil, seigneur des contrées, Rhamsès chéri (TAmmon, divin président,» titres officiels de Rhamsès Y, qui est aussi l'un des rois Rhamsès de iManéthon ; et c'est dans ce même registre qu'on trouve mentionné parmi les contribuables, un individu appartenant à la demeure du roi divin , c'est-à-dire un habitant du palais bâti par un autre roi à Thèbes. Un autre de ces registres de comptabilité, tenu par le scribe Alandoumès, est presque sans lacunes pour cinq mois consécutifs j il y a aussi parmi les personnes qui ont payé leur tribut, un nommé Natdi - Amoun , homme appartenant à la demeure du roi Rhamsès Méiamoun ; les officiers du palais n’étaient donc pas' exempts des redevances perçues au profit ues temples. Un autre papyrus en rouleau, presque complet , renferme un compte très - détaille d’ofijets reçus ou livrés par les prêtres chargés du culte du Pharaon Rhamsès X; et ici il y a analogie entre ce registre et les autres pièces comptables relatives aux finances des temples, le culte des rois étant assimilé à celui des dieux, et les recettes et dé|)enses faisant également partie de la comptabilité des temples où leur cuite était établi. Enfin ou trouve, sur un autre registre , l’addition en un total des recettes faites pendant six années de suite, qui faisaient la durée entière d'un règne, et l'on voit par ces divers détails, d'abord toute la régularité apportée dans cette partie de I administration publique , et combien elle devait être considérable , puisqu'il en subsiste encore tant de traces écrites ypres un laps de temps de plus de trois mille ans.
Un autre document, non moins authentique que ces registres , et qui est d’une époque intermédiaire . nous avertit de la continuation de ccs pratiques administratives de la vieille Egypte, en ce qui concerne les temples et la religion de l’état, et ajoute encore, d'utiles notions à celles qui viennent d'être exposées.
ÉG \ PTE.
Le texte «le l’inscription «le Rosette nous donne, en effet, sur l'état légal de la caste sacerdotale et l’administration des temples, une foule de renseignements du plus haut intérêt. Outre leurs revenus propres , les temples pereevaienteneore, sur les autres propriétés territoriales , des taxes en blé et en argent sur les terres labourables, et des taxes en nature sur la vigne et les prairies. On ne peut énumérer au juste les diverses sources de produits sur lesquels reposait la richesse des temples ; mais les prêtres louent habituellement les rois d’avoir pourvu par leur autorité à ce que les droits des temples fussent maintenus dans le pays selon les anciennes lois , et l’on doit comprendre sans |ieine que les lois étaient d'autant plus sacerdotales qu'elles étaient plus anciennes, et par là plus empreintes de la primitive puissance de la caste. Les temples percevaient donc des droits sur les choses et sur les personnes; la dévotion des rois, influencée par les prêtres, ne manquait pas d’y ajouter encore par des dons fréquents et considérâmes ; c’est encore les prêtres qui nous l’apprennent par leurs louanges en l’honneur des rois qui ont fait lieauroup de dons aux dieux de l'Égypte , aux animaux sacrés , leur symbole vivant ; qui ont pourvu magnifiquement à leurs funérailles , aux frais des sacrifices , des solennités qui se célébraient dans les temples; qui ont élevé des temples nu des chapelles, agrandi, décoré, enrichi d’or et de pierres précieuses ceux qui existaient déjà; et c’est pour tous ees bienfaits «;ue les dieux accordaient aux rois , par la bouche des prêtres, la santé , la victoire , la force et tous lesautres biens qu'ils pouvaient désirer.
Il faut mettre aussi au nombre des revenus des temples perçus par les vivants , les redevances établies sur les morts: il résulte de diverses données authentiques, que, dans la Thébaïde, les momies qui n’avaient pas un tombeau particulier, étaient déposées dans un tombeau commun à tonte une ville, ou à tout un quartier, si la ville
était considérable: que sur le cercueil de ees momies, plus ou moins richement traitées, étaient écrits, comme on le voit sur tous les cercueils connus, le nom et la filiation du défunt. Dans les bas tempson attachait même au cercueil une tablette en bois où ce nom et cette filiation étaient également écrits. Ainsi arrangées , ces momies étaient mises en chantier dans les tombeaux creusés dans la montagne , et où l’on voit encore de ces momies empilées par milliers; les prêtres avaient la propriété et la police de ces funéraires habitations , et toutes les momies qui y étaient déposées payaient chaque année un droit fixe , dont ie produit tendait continuellement à s'accroître.
Il existe des contrats qui rendent témoignage de ce fait , et qui nous apprennent encore que les prêtres vendaient pour un certain nombre d'années les droits a percevoir dans divers tombeaux , à une espece de fermier général qui sous-traitait avec d’autres fermiers pour un ou plusieurs tombeaux en particulier; et dans un contrat, on trouve la liste nominative des momies qui, dans chaque tombeau, payaient annuellement ce droit de gitc. C’est ainsi que les vivants et les morts concouraient également à enrichir les temples et au maintien de la puissance sacerdotale, dotée à la fois par la loi , par la piété des rois et des citoyens.
Il est à remarquer, cependant, que le fisc royal percevait alors sur les temples" des impositions de plus d’un genre, et ce droit n’était, peutêtre, dans l’intention du législateur, qu’un moyen de modérer, au gré de.
l’autorité ’ publique , l’accroissement des richesses d’une caste toujours puissante par son influence morale; la bienfaisance des princes; et la raison d’état prescrivant sans doute, scion les temps , ou de rigoureuses perceptions, ou des remises entières ou partielles.
Il résulte en effet de. diverses données historiques, tirées de monuments authentiques, et notamment de l’inscription de Rosette , que les temples, entre autres contributions au lise royal.
lui livraient chaque année une certaine quantité de toiles de byssus , et il arriva qu’à l'occasion de son couronnement, l’tqléinée Épiphane lit aux temples de l’Égvpte la remise non-seulement des toiles qu’ils étaient en retard de fournir depuis huit ans, niais encore celle des indemnités que le lise pouvait réclamer pour une portion de ces toiles qui , avant été fournies , se trouvaient inférieures à l’échantillon :
et ceci est une donnée curieuse , en ce qu’elle autorise à croire qu’il y avait dans ces temples des manufactures de toiles de byssus, et peut-être encore d’autres objets dont la consommation, comme celle de ces toiles, était considérable dans la caste sacerdotale. Les temples |>ayaient aussi au lise une contribution annuelle en blé et une autre en argent; Ptolémée Épiphane leur en fait aussi la remise pour les huit premières années de son règne, quoique ce qui était dü formât , dit l'inscription , une valeur considérable. La ligne suivante de ce précieux monument nous apprend que les terres sacrées payaient aussi annuellement au trésor royal une artabe pour chaque aroure de ces terres , et une amphore de vin pour chaque aroure de vigne, ce qui est évalue à un peu plus de six anciens boisseaux de nié, ou autres
Êrains, pour un journal de terre laourable , et à environ trente-six de nos anciennes pintes de Paris pour un journal de vigne.
Deux autres obligations, imposées nu prolit de la couronne sur la caste sacerdotale, paraissaient un jicii étranes, et feront juger avec certitude du egré de supériorité auquel la classe militaire, d'où était tirée la famille royale , était parvenue à l’égard de la caste sacerdotale, primitivement en possession d’une si haute prééminence sur tous les autres ordres de l’état.
Pour l’initiation aux mystères , chaque prêtre payait un tribut au roi.
Nous lisons en effet dans l’inscription de Rosette que Ptolémée Épiphane abaissa au taux anciennement en usage, et tel qu’il était établi a la première année au règne de son pere,
le droit que les prêtres payaient pour être inities aux mystères. Cette initiation n’était vraisemblablement que , l’avancement successif des néophytes dans les divers degrés de la hiérarchie sacerdotale, d'où il faudrait induire lusieurs faits également rcmarquales , savoir : que l’avancement dans l’ordre sacerdotal et la promotion aux fonctions supérieures étaient réglés pur une loi de l’état; que l’autorité royale intervenait dans l'exécution de cette loi, et que le fisc percevait un droit sur les promotions : singulière organisation qui a précédé de deux mille ans le régime actuel de certaines classes sacerdotales qui tiennent aussi leur pouvoir et leur promotion de l’autorité civile , en reçoivent une dotation pécuniaire, et la faculté de posséder des propriétés territoriales qui sont soumises à la loi générale des contributions publiques.
L’autre coutume singulière que nous avons à signaler est l'obligation où étaient tous ceux qui appartenaient aux tribus sacerdotales , uc faire tous les ans un voyage par eau à Alexandrie. Le nom de cette ville pourrait faire supposer que cette obligation imposée aux membres de tout rang de la caste sacerdotale était une innovation introduite par les Ptolémées, en mémoire peut-être d’Alexandre, fondateur de la monarchie grecque en Égypte ; mais on ne saurait où trouv cita preuve d’une telle innovation ou de toute autre de cette importance faite en Égypte par les Ptolémées. A l’exemple d’Alexandre, ils respectèrent, ils continuèrent les anciens usages de ce pav s ; et si sous les Ptolémées les prêtres étaient tenus de faire tous les ans un voyage par eau à Alexandrie, c’était sans doute par suite d’une ancienne loi qui obligeait les membres du corps sacerdotal à se rendre une fois par an dans les capitales du royaume , ïlicbes , Memphis et ensuite Alexandrie; là était le grand-prêtre, le centre de l’union et de la discipline religieuse , l’autorité qui jugeait , qui conseillait , la source des promotions , des récompenses et des faveurs. I.’his-
ÉÜ Y PTK.
toire ne donne aucune explication des motifs de la loi qui ordonnait ces voyages annuels à une caste très-nombreuse ; toute autre conjecture sur ce sujet serait oiseuse ; il en résulte seulement une preuve de plus de l'autorité des lois civiles sur la classe si puissante des prêtres de l’Égypte, et, on peut le dire, du perfectionnement suceessif des formes d'un gouvernement qui avait su concilier en des points très-importants l’autorité et l’obeissance, l’usage de certains privilèges avec l’accomplissement d'impérieux devoirs ; habile enchaînement de franchises spéciales à chaque caste et d’une commune dépendance de l’autorité des lois, qui savait à la fois soumettre irrésistiblement à leur empire le sceptre , l'épéc , la mitre et la charrue.
Tel était l’état de la caste sacerdotale égyptienne, considérée dans les bases essentielles de sa constitution , dans celles sur lesquelles reposaient réellement son existence , son pouvoir et l’autorité que doivent donner dans un pays très-civilisé, à l’un des premiers ordres de l’état , la richesse fondée sur des revenus certains et de grandes possessions territoriales. Il nous reste à considérer cet ordre dans son état moral , dans sa hiérarchie et ses fonctions diverses, dans ses autres devoirs comme dans ses autres privilèges.
On a vu par les détails des principales cérémonies religieuses dont la loi faisait un devoir aux monarques égyptiens dans les circonstance marquantes de leur vie, combien l'autorité sacerdotale était mélëc à l’autorite royale , et aux époques les plus connues de l’histoire de l’Égypte, aucun signe ne se manifeste visiblement qui nous révèle la décadence de cette caste puissante. O qu’Hérodote a vu , ce que Diodorc de Sicile a raconté d'après les écrivains qui l’avaient précédé, nous la montrent partout présente , ayant le monopole des sciences et des princi-
Fales branches de l'administration de état , de grands revenus et de grandes propriétés incommutables comme
leur autorité. Dans les bas-reliefs historiques, les Ptolémées et les empereurs romains se montrent dans des cérémonies publiques pareilles à celles où les monuments contemporains des plus anciens Pharaons connus nous montrent ces mêmes Pharaons s’inclinant devant la majesté divine personnifiée par les prêtres de divers ordres ; et jusqu’aux derniers temps de la monarchie égyptienne, le monarque appelé nu trône par sa naissance fut intronisé et sacré a Memphis, dans une assemblée générale de l’ordre sacerdotal, convoquée pour la proclamation du nouveau roi. Dans tous les temps aussi de la monarchie, les rois ne cessèrent de travailler à l’édification, à l’agrandissement ouà l’ornement des monuments religieux , et en cela ils ne faisaient que souscrire à une influence toujours puissante par ellemême et surtout par l’opinion du pays. On sait en effet la persistance de la nation égyptienne dans ses croyances religieuses ; les persécutions des' Perses , la tolérance du culte grec et du culte romain eu concurrence avec le culte égyptien, qui ne cessa pas d’être la religion dominante, rien n’altéra l'esprit religieux del’Égypte, sa foi aux dieux de ses ancêtres. La présence des légions romaines n’empêchait pas que de fréquentes séditions naquissent à la plus légère insulte faite par le vainqueur aux dieux et aux autres objets du culte national égyptien : la caste sacerdotale tira donc de la dévotion publique une force d’influence et une autorité qui ne pouvaient succomber qu’avec la monarchie et la nationalité de l'Égypte. La royauté connue le sacerdoce furent redevables de leur longue durée au même système social, celui de la propriété à toujours substitué à une classe de citoyens et non pas à une famille; ils étaient l’un et l’autre implantes profondément dans le sol national, le temps favorisait également leur croissance ; la monarchie et la prêtrise devaient durer autant que le sol , et même toujours , si un déluge , ou une invasion armée non moins calamiteuse, ne ve-
L’UISIVERS.
liaient le ravager ou le détruire. Il a eu aussi ses mauvais jours.
Ainsi constituée sur la possession territoriale, la caste sacerdotale tout entière était comme une famille possédant un vaste héritage, transmissible, selon des conditions connues, à ses divers membres de génération en génération. C'est ce droit d'héritage de la terre qui rendait obligatoire l'hérédité des (onctions, parce que la nature de ees fonctions ueterminait la part roliéréditaire afférente à chaque membre de la famille : c’est sur ce principe fondamental que repose toute la constitution de la caste sacerdotale égy|>tienne.
Les prêtres se mariaient donc, et leurs enfants mêles étaient prêtres.
La multiplicité des lieux de dévotion, leurs riches dotations et la fertilité de l’Égypte, expliquent sans diflicultés comment un si grand nombre de prêtres pouvait vivre dans l’aisance ; et à ees dotations, à ces professions, il faut ajouter encore les subventions qu’ils recevaient du trésor royal pour les nombreuses fonctions salariées qui étaient réservées à leur caste et qui embrassaient toutes les brandies de l'administration publique non spécialement militaires. Ainsi l'existence des familles sacerdotales était assurée à perpétuité par la possibilité de la transmission d'une part de l'héritage commun , proportionnée au nombre des membres de la famille ; la même condition leur était aussi garantie , le rang hiérarchique était de même héréditaire ; il n'y avait donc que. des chances de promotion pour les familles comme pour les individus, espèce de tontine d'honneur et de fortune, garantie de toutes les mauvaises chanees par la loi d'une indissoluble association.
Le grand-prêtre, le chef suprême de l'ordre, était, après le roi, le premier fonctionnaire de l'état. Un montra à Hérodote la série chronologique des statues des grands-prêtres ; elles étaient déposées dans le temple à coté de la suite des statues royales. Les (ils des principaux titulaires de l’ordre sa-
cerdotal vivaient avec les enfants du monarque , et remplissaient ainsi auprès du roi lui-même les fonctions les plus relevées dans le service du palais. L'alliance des rois et des prêtres était intime comme celle de la royauté avec le sacerdoce : pouvoir un autrefois, et qu'une révolution avait divisé en deux parties intimement adhérentes pour leur commune utilité, mais que des intérêts rivaux devaient empêcher de jamais se confondre.
L'organisation symétrique du culte public multiplia , au gré d une population essentiellement religieuse , les temples et les lieux sacrés; l'habitation des morts était aussi de ce nombre ; enlin la déification et le culte des rois , soit de leur vivant, soit après leur décès, ouvraient de vastes carrières où les prêtres de tout rang trouvaient un emploi assuré. Tout porte à croire qu’on multipliait ou qu'on restreignait ces emplois dans une juste proportion avec les ressources de cl laque temple ; quand les prêtres de Memplis établissent dans les principaux temples un service religieux en l'honneur du roi Ptolémée Kpiphane qui vient de se montrer si bienfaisant envers les dieux , ils pourvoient en même temps aux dépenses du culte de ce dieu nouveau , à celles des sacrifices et des libations qu'il occasionnera. Le service journalier des dieux exigeait d'ailleurs lieaucoup de monde , et la diversité des emplois explique la diversité des classes de prêtres qui composaient l'ordre en général. Comme dans tous les pays sans doute, et surtout dans les corporations religieuses , la capacité se faisait jour des rangs intimes jusqu'aux premiers emplois ; ainsi le voulait l’intérêt de l’association ; la loi de l'héridité des cliarges n'en souffrait aucune atteinte; là, comme ailleurs , des familles s’éteignaient sans descendance , et ouvraient ainsi une voie certaine à des promotions successives. La diversité des fonctions attribuées à la classe sacerdotale était un moyen de plus de classer les personnes selon leur mérite, et le hasard de la naissance devait aussi, dans cette antique société, faire
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réserver |>oiir les pauvres d’esprit les Donneurs du martyre, ou les plus humbles emplois. Ceux-ci n’étaient sans doute ni les prêtres savants enseignant dans les écoles des temples les sciences, les arts, les lettres, la musique , le dessin , la cosmogonie, la physique , l'histoire naturelle , la religion et la morale ; ni des prêtres administrateurs des finances, chargés de la répartition et de la levée des impôts; m des prêtres administrateurs de la justice , interprétant des lois , et jugeant au nom du roi toutes les contestations civiles et criminelles, l.es membres de lacaste sacerdotale étaient donc dans le plus intime rapport avec tous les intérêts individuels, et les intermédiaires inévitables entre Dieu et les hommes , entre le roi et les citoyens. Leur concours aux affaires publiques n’était pas moins constant ni moins nécessaire ; l'esprit religieux de la nation mêlait à toutes ses actions l’invocation des dieux ; dans la paix et dans la guerre , dans la famille et dans la cité , à la retraite des eaux de l’inondation, à l’ouverture des sillons pour la semence des grains, a la récolte des fruits de la terre , les dieux apparaissaient par les prêtres , dirigeaient les décisions les plus importantes, ou sanctifiaient , par des témoignages de leur satisfaction, la possession des fruits dont ils avaient reçu les prémices en offrandes. Les prêtres scribes des temples écrivaient les annales nationales, les livres sacrés, les rituels funéraires plus ou moins étendus que la piété des familles déposait dans le cercueil des parents morts; on écrivait beaucoup eu Égypte , et si les prêtres avaient presque seuls le monopole de cct art admirable , ce monopole devait être considérable et lu natif, le grand nombre de signes de l’écriture hiératique, employée dans la plupart des cas , devant rendre bien peu communs liors de la classe savante l'usage et la pratique de l'écriture.
Les prêtres professaient aussi la médecine et la chirurgie; chaque médei ni devait s’adonner à l’étude d’un
genre de maladie; e'etait un moyen de la mieux connaître , et de la guérir s’il était possible. Quoique non prescrite par les lois , cette spécialité n’est pas étrangère aux sociétés modernes , et les plus belles réputations médicales sont , en général , fondées sur ees spécialités. Puisqu’elles étaient de règle en Égypte, il faudrait voir dans cette loi une nouvelle preuve de cet esprit de prévoyance, ou de régularisme si l'on veut , qui avait fait trouver en Égypte des prescriptions immuables pour les nécessités les plus mobiles des sociétés humaines. Avec la sévérité du régime imposé à la nation tout entière, il est possible toutefois qu’il y eut en Egypte plus de constance, plus d’unifornuté dans la série annuelle des faits physiques et physiologiques, dans l'état, conséquemment, de la santé publique, et qu’elle filt ainsi h l'abri de ees importations pestilentielles qui rendent si variable l’état annuel de nos populations dans nos contrées, que nen ne préserve d'un mélange universel et d une communauté réelle de biens et de maux. J. a variété et l’inlluenee proportionnelle des maladies pouvaient donc être approximativement connues en Égypte, et l’administration sacerdotale , qui avait sous sa main le collège de médecine , pouvait régler chaque année le nombre des médecins à admettre et leur répartition dans les divers services : l’activité et la convenance parfaite des mesures de police et de salubrité pouvaient donner aussi à ces déterminations une suffisante certitude.
Personne n’a contesté aux Égyptiens le talent d’observation et une aptitude particulière a la recherche des faits naturels : aucune nation n’a connu son pays comme le collège des prêtres savants connaissait l’Égypte, et nulle part l’administration publique ne fut plus attentive à réaliser dans l’intérêt général les conseils et les prescriptions qui ressortaient de cette connaissance.
Il est vrai que l’uniformité annuelle des principaux phénomènes physiques rendait à la fois cette étude plus facile.
L’UNIVKRS.
et l’expérience des conseils plus certaine, Cette immense et merveilleuse inondation du Nil, revenant tous les ans le même jour, laissant pendant le même espace de temps l'Égypte sous les eaux , inculte et stérile , et sa population vagabonde sur une mer de quelques mois; la retraite des eaux donnant au pays une surfare nouvelle et à la race humaine qui l’habitait une activité que rien n'arrêtera plus que le retour inévitable du même phénomène; cette régularité, cette prédestination providentielle, imprimaient infailliblement au caractère de la nation, des habitudes d’ordre et de prévoyance qui prennent rarement au coeur de nos populations mobiles et légères , impatientes de tout frein social, ambitieuses d’indépendance et considérant le travail comme une obligation ignoble , et réalisant les avantages de la liberté dans les torpeurs de la paresse et la licence des dissipations. L’Égypte s’observait attentivement , et n'observait qu’clle-même pour son propre avantage , renouvelant chaque année ses observations, les contrôlant pour leur succession périodique, essayant des remèdes à des maux bien constatés, et parvenant ainsi à une série de préceptes d’une utilité incontestable consac rés par cette observation et l’expérience.
De tous ces préceptes , de toutes ces créations protectrices fruit si précieux de cette sollicitude attentive qui caractérisa , dans les temps de sa splendeur, l’administration publique de l’Égvpte , il en est une que nous devons particulièrement remarquer, à cause de son importance sans égale, et qui révèle aussi , par son objet comme par ses moyens, cette constante alliance de la’ science avec la religion , enseignées l’une et l’autre dans les temples , l’une et l’autre dans les attributions de la caste sacerdotale. Je veux parler des momies, de la momilicationdcs corps morts , institution à la fois politique et religieuse, et, en résumé, précepte d’hygiene publique, sanctionné par l’autorité divine, sanctifié par le concours de la religion.
Après la retraite des eaux du Nil , la terre est couverte du limon qu’il v a déposé, et de la dépouille des anfmaux de toute espece que l’inondation a submergés. L’élévation de la température, après la retraite du Nil, desseche très-vite ce limon , et les matières animales, après un long séjour dans l’eau . tomlient promptement en putréfaction ; l’air en est corrompu , et la peste frappe et moissonne la population imprévoyante.
Ordinairement les pestes les plus meurtrières suivent les plus fortes inondations ; les eaux s’élèvent en effet davantage dans les terres , atteignent les cimetières sur des hauteurs ou le volume du fleuve l’a fait parvenir; il y a donc plus d’inondation , plus de matières animales en putréfaction, plus de peste et plus de mortalité. Voilà ce que nous apprennent les observations laites en Kgypte à des époques diverses, mais teintes postérieures aux premiers siècles de l’ére chrétienne. L’Égypte primitive, et il n’y en a pas d'anterieure aux inondations périodiques du Nil , dut subir les mêmes lois, jusqu’à ce que la cause originelle des épidémies annuelles s’étant révélée par l’observation à l'administration publique du pays, elle y opposa une grande mesure; elle tarît la source de cette meurtrière pestilence, en prévenant la putréfaction des matières animales , en prescrivant leur embaumement avec des matières diverses très-abondantes dans le pays ; et associant habilement ce précepte prophylactique à des idées de patrie et de famille , elle créa ce respect, ce culte des ancêtres, qui fut aussi une des croyances les plus salutaires et les plus morales de la sage Égypte. Elle lut délivrée du fléau de la peste. Toute l’antiquité rend témoignage de la salubrité perpétuelle de l’Égypte, et nulle, relation des épidémies qui ravagèrent l’ancien monde ne nomme l’Égvpte comme en ayant éprouvé les cruels effets. Délivrée par la momification des putréfactions animales , il lui restait et son climat sans pluie et sans nuage , et les plus saines produc-
tions , et l'eau la plus salubre de l’univers.
[.'histoire des pestes et des épidémies observées depuis le sixième siècle de l’ère chrétienne jusqu’à la fin du dix-huitième , est unanime sur un point : toutes les (testes , les véritables pestes qui ont aflligé l’Orient et l’Occident, sont venues d’Égypte; l’Égypte est le pays natal de la peste ; chaque année elle en éprouve les cruelles atteintes ; cependant la peste fut inconnue à l'antique Égypte , durant une longue série de . siècles. Que s’est-il donc passé en Égypte dans ce long intervalle, pour qu’a tant de bien ait succédé un si meurtrier fléau , depuis le sixième siècle de notre ère? C’est depuis ce même siècle que l’usage et l’obligation de momilicr les morts ont cessé : les Pères du désert qui prêchèrent le christianisme sur les bords du Nil, et saint Antoine surtout, qui mourut en 350 , défendirent à grands cris aux nouveaux chrétiens , et sous les peines de la damnation éternelle, d'imiter les jpaîens , leurs ancêtres , qui embaumaient les cadavres de leurs parents, et les entouraient de signes et d’ornements diaboliques; on écouta, on suivit ces pieuses et ignorantes prédications répétées pendant un siècle : on ne lit plus de momies, et l’année 543 est la date de la première peste à bubon que l'Égypte donna au monde; elle ravagea l’Europe pendant un demi-siècle , et tous les ans , après la retraite des eaux de l’inondation, l’Égypte en éprouve les effets plus ou moins meurtriers, plus ou moins contagieux pour les nations voisines; et il n’y a jamais de (teste dans la Haute- Égypte, dans la partie du pays la plus chaude cependant, parce que le Nil, encaissé dans la vallée, n’ monde pas les terres riveraines, ne submerge pas d’animaux , ne laisse pas après lui , en se retirant , de germes d'un liomicide fléau.
C’est au docteur Pariset qu’appartient l'ingénieuse opinion dont on vient de lire les motifs ; il a expliqué, je crois , l'origine de la momification en Égypte, et recueilli de précieuses
notions sur l'histoire de la cruelle épidémie si commune dans le levant : souhaitons avec lui que Mohamed Ali , éclairé par les conseils de notre savant phiiantrope, applique sa volonté toute puissante à la destruction de ce fléau, et imite en cela l'autique prévoyance des Pharaons : l’Europe serait reconnaissante d'un tel bienfait, et la France serait heureuse de l’avoir inspiré.
C’est aussi dans les sanctuaires que les sciences exactes étaient spécialement étudiées, perfectionnées, et qu’on en recherchait attentivement les applications d'une utilité générale. Les astronomes étaient aussi des prêtres; et les vastes plates-formes des temples servirent d'observatoires. Il est certain, en effet, que les Égyptiens observèrent assidûment l’ordre des phénomènes célestes, et le connurent avec toute la précision qu’exigent les usages communs de la société. L’explication de l'inégale durée des jours , des phases de la lune , des éclipses , celle des mouvements apparents des planètes, enfin l’etude de tous les principes fondamentaux de l’astronomie , composaient une science réelle, qu’on s’attacha sur. tout à consacrer à l'utilité publique.
Elle fut mêlée intimement avec la religion, et elle fournit au gouvernement, dans ce pays où les phénomènes physiques se renouvelaient annuellement avec une merveilleuse périodicité, plus d’un bon précepte pour une administration éclairée et prévoyante. La suite des observations leur fit connaître que le lever des mêmes astres cessait , après l’intervalle de plusieurs siècles, de correspondre aux mêmes saisons , et ils avaient remarqué ce déplacement.
Ils avaient divisé le ciel en constellations ; leurs noms et leurs ligures avaient des rapports certains avec le climat de l’Égypte. L’institution du zodiaque fut leur ouvrage , et elle remonte à des époques anterieures à l’an deux mille cinq cent avant l’ére chrétienne. Le calendrier civil était réglé alors et le cycle sotbique établi. L’année était composée de 3G5 jours, divisés en 12 mois de 30 jours chacun , suivis de cinq jours épagomènes ou
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L’UXIVKRS.
complémentaires. Alors aussi existait la semaine, ou période de sept jours, l’un des plus antiques vestiges de la rivilisation , période d'une certitude sans égale , et qui avant pour unique élément le jour, permet de remonter sans interruption , sans contusion ni erreur, d’aujourd’hui au premier soleil que vit la race humaine. Ou croit que le nombre des jours de la semaine fut tiré du nombre des planètes alors connues, et qu’on donna aux jours de la semaine les noms de ces mêmes astres. ,11 est certain du moins que l'antiquité classique nous a conservé cette |>ériode ainsi constituée; et si l'on se demande pourquoi cette apparence d’arbitraire, ou ce signe d’ignorance peut-être, qui se manifeste dans l’ordre actuel des jours de la semaine, (lui ne sont pas rangés dans l'ordre des planètes selon la durée de leurs révolutions, c'est à l'Égypte que nous demanderons la solution de ce singulier problème ; et nous apprendrons que ae notre temps, connue dans ceux de toute l’antiquité, le premier jour de la semaine était celui de la lune, lundi, le deuxième était celui de Mars, le troisième de Mercure, le quatrième de Jupiter, le cinquième de Vénus, le sixième de Saturne, et le septième du soleil, ou le jour de Dieu; tandis que l’ordre astronomique des planètes fut tout autre : la lune, Mercure, Vénus, le soleil, Mars, Jupiter et Saturne , c'est-à-dire, pour les dénominations des jours de la semaine , si elles étaient analogues , lundi , mercredi , vendredi, dimanche (jour du soleil ou de Dieu), mardi , jeudi et samedi. Un auteur ancien , Dion Cassius, nous a donné la clef de cette énigme, et appris que les Egyptiens avaient divisé le jour en quatre parties ; que chacune d’elles (‘lait sous la protection d’une de ces planètes , et que chaque jour prit le nom de la planète qui en protégeait la première partie. Ainsi, le premier jour fut celui de la lune , parce que les quatre parties de ce jour étaient consacrées aux quatre planètes, la lune, Mercure, Venus et le soleil; le jour suivant était dédié aux quatre planètes
Mars, Jupiter. Saturne, et la lune en continuant d’en suivre la série; le troisième jour était nécessairement relui de Mercure , puisque, la planète de Mercure était la première des quatre qui, dans l’ordre de ces astres, appartenaient à ce jour , et ainsi de suite, jusqu’à la lin de la semaine.
Les sept jours de cette période épuisaient tout juste le tableau des sept planètes après quatre roulements consécutifs ; et il est à observer qu’on arriverait au même ordre dans les dénominations des jours de la semaine, et au même épuisement intégral du tableau des planètes, 24 fois répété, en affectant une planète à chaque heure du jour divisé en 24 parties au lieu de fi, selon une autre opinion ancienne ; , il faudrait seulement opérer dans l’ordre rétrogradé des sept planètes qui viennent d'être nommées. C’est donc sur eet ordre que repose un des usages le plus universellement répandus, la semaine, et peut être le seul dans les sociétés modernes, qui ait pour lui une si haute sanction d'antiquité et de durée. L’Egvpte est donc arrivée jusqu’à nous, et c'est elle qui règle eneore avec sa religieuse autorité une de nos principales institutions publiques, la division civile du temps la plus usitée, celle qui a prévalu sur tous les systèmes proposés par la science , ou par l’autorité de l’église ou de l’état.
Mais on sait que la haute antiquité de l’astronomie pratique en Egypte avait été révélée pardes faits certains et l’expression la moins équivoque de certains monuments, autres même que les zodiaques d’Ésnéh et de Dendérah [pi.
1 1), incontestablement sculptés durant la domination romaine en Égypte, soit comme monuments composés pour des événements contemporains de la construction des édiliccs où ils furent placés , soit , ainsi que le veulent d’autres opinions , comme copies d’anciens types semblables , remontant à une antiquité exprimée par le thème astronomique qui s’y trouve ligure , et que le temps avait détruit. Il est indispensable de rappeler que ces opinions de l’antiquité des types antérieurs aux
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zodiaques actuels, et de leur expression chronologique, s'accréditèrent difficilement, malgré la science profonde de l’illustre Fourier, dont l'esprit supérieur et l’habileté de critique devaient cependant recommander les jugements.
L'antiquité extraordinaire de la civilisation égyptienne était encore une opinion trop nouvelle , elle dérangeait aussi trop d’avis contraires bruyamment énoncés avec [dus ou moins de conviction, pour quelle se pilt établir sanscontradicteurs, et il ne lui en manqua point. Mais de nouvelles recherches devaient les confondre, et on n’en trouve presque plus aujourd’hui que contre ceux qui refuseraient à l’Égypte. autant de science et autant de siècles qu'il plaît à ses partisans de lui en accorder.
Nous ne signalons pas ici une versatilité de plus dans les opinions de notre temps , mais un progrès , et il est aujourd'hui permis d’exposer, de démontrer, de soutenir au sein même des académies, la science et l’antiuité de l’Égypte, les grandes actions e ses rois , ies grands travaux de ses artistes, les grandes découvertes de ses astronomes. L’un des plus savants de notre époque, M. Biot, a porté au - delà de toute prévision la révélation des notions astronomiques dont on ne peut refuser aux Égyptiens la parfaite connaissance ; et u confirme ainsi ce que Fourier avait publié , que les antiquités astronomiques observées enF.gypte faisaient remonter l'institution de la sphère égyptienne, fruit d'observations antérieures , au 25" siècle avant I’ère chrétienne; qu’ils en avaient ensuite observé les déplacements, et que des monuments subsistants portent des témoignages évidents de cette observation. Avec les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires , pour en reproduire les phénomènes et pour reconstruire l’état des deux pour une antiquité quelconque , M. Biot, interprétant les représentations astronomiques dont Champolliou le jeune a recueilli les dessins dans les tableaux historiques ou religieux qui décorent
T l.U-raison. (Égypte.)
des temples ou des tombeaux en Haute- Kgypte , a reconnu qu’en l’année julienne 3285 avant l’ère chrétienne , les Égyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de l'équinoxe vernal , du solstice d’été et de l’équinoxe d’automne; de plus, que 1505 ans plus tard , en 1780 avant la même ère , ils avaient reconnu que ces points primitifs s’étaient considérablement déplacés ; enfin , que les Égyptiens ont exprimé ces deux états du ciel sur leurs monuments. M. Biot emploie en ces curieuses recherches celles nar lesquelles Champollion le jeun', dans son Mémoire sur la notation graphique des divisions civiles et astronomiques du temps , avait prouvé par les monuments que l’année vague égyptienne, composée de 12 mois de 30 jours et de 5 jours épagomènes, s’écrivait depuis la plus haute antiquité sur les monuments par des signes qui la partageaient en trois saisons , la végétation , la récolte et l’inondation. A chacun des douze mois était attaché un personnage divin qui y présidait: parmi eux, Champollion faisait reconnaître les emblèmes des deux solstices et de l’équinoxe vernal ; et M. Biot a fait voir que la répartition de ces emblèmes s'accordait trcs-exactement avec les phases correspondantes de l’année solaire vraie , dans les trente ou quarante siècles qui ont précédé notre ère. Toutefois , l’année vague était plus courte que cette année vraie; la notation écrite de la première ne coïncidait plus avec l’état réel de la seconde ; la différence s’accroissait tous les jours jusqu’à ce qu’elle eût amené une nouvelle coïncidence entre les phases écrites et les phases réelles. Ceei arrivait après un intervalle de 1505 ans juliens. Ces coïncidences appartiennent aux années 275 ,1780 et 3285 avant l’ère chrétienne ; M. Biot a reconnu celle de l’an 1780 comme figurée au Rhamesseum de Thèiies, différente, romme elle doit l’être, de celle de l’an 3285; distinction bien intentionnelle, conséquemment observée , et qui donne à la plus ancienne le caractère d’expression primitive, et
permet de rapporter à la même époue l'institution originelle du calenrier civil dont l’Égypte aura ainsi conservé l’usage pendant quatre mille ans.
Ceci est bien l’œuvre des membres de la caste sacerdotale chargés de l’observation du ciel , et les recherches du savant astronome moderne tendraient a prouver que les anciens remplirent dignement leur office. C’est a eux aussi que d’autres savants, nos contemporains , ont attribué les noms et les ligures des constellations, déterminés |#ir leurs rapports avec le climat de l’Égypte , et ayant pour objet d’annoncer Vordre des’ saisons parles levers de ces constellations, au commencement de la nuit. Mais l’on ignore si les Egyptiens ont acquis , par leurs propres observations , les connaissances antérieures que suppose cette division du ciel, ou s’ils les ont reçues des autres nations de l’Asie ; le defaut de monuments d’une antiquité certaine et recueillis dans cette vaste contrée rend très-difficile la solution de cette question Mais l’histoire écrite de l’observation du ciel par les anciens Asiatiques conserve néanmoins quelques traits dignes d’une sérieuse considération. lies astronomes de l’école d'Alexandrie ont assis leurs théories sur leurs propres observations qu’ils comparèrent avec celles de leurs devanciers en Asie. Ils citent de celles-ci un certain nombre qui sont autant de faits consignés dans les antiques annales des sciences , d’où les Grecs les tirèrent ; et l’usage qu’en firent sans hésitation Hipparque et Ptolémée donne à ces observations relatées toute l’autorité qui est propre aux faits historiques les plus avérés. Il est vrai ue la plus ancienne observation citée ans l’Almageste , ou Grande Composition rédigée pr Ptolémée , est celle de l’éclipse de lune du 19/20 mars de l’an 721 avant l’ére chrétienne; observation faite à liabylone par un astronome dont on n’a pas conservé le nom. D’autres phénomènes lunaires, observés aussi a Babylone , sont employés par Ptolémée dans le même ou-
vrage; mais la date des deux plus anciens est encore postérieure de 12 et de 18 mois à celle de l'éclipse précitée ; il ne nous est donc parvenu de l'Asie , par les Grecs , que des notions qui ne remontent pas au-delu du VH1* siècle avant l’ère chrétienne. Mais les annales de la Haute-Asie nous sont inconnues; la puissance des grands empires qui occupaient cette vaste contrée semblera toujours inséparable de la pratique des sciences et des arts de la civilisation. Il n’y |>as de supportable division du temps pour les usages civils sans une astronomie fondée sur quelques théorèmes de géométrie; et l'usage de quelques instruments élémentaires leur put suffire pour des observations d’éclipses. Les prêtres de Ilélus, selon Diodorc, observaient assidûment les astres du haut des tours de Babylone; ils avaient réuni une série d’observations embrassant une série de siècles ; et Ptolémée ajoute que des listes d’éclipses avaient été apportées de Babylone en Égypte.
Pourquoi donc Câllisthènes , arrivé dans cette vaste cité avec Alexandre, n’aurait-il pas pu connaître les registres de ces observations , et envoyer à son oncle Aristote, comme le dit Simplicius, d’après Porphyre, un état de ces éclipses de soleil et de lune observées par les prêtres clialdeens , pendant les 1903 ans qui avaient précédé la conquêted’ Alexandre? La simultanéité de la civilisation de Tlièbcs et de Babylone, les invasions militaires de l’Egypte en Asie dès le XVIII* siècle avant l’cre chrétienne , celles qui avaient eu lieu plus anciennement encore sans doute , puisque cette civilisation simultanée des deux empires, bien antérieure à cette dernière é|ioque, avait dil créer aussi antérieurement cette rivalité d’intérêts et de prépondérance qui ne cessa que par l'asservissement commun des deux empires sous l’épée romaine; toutes ces circonstances, disons-nous, et la facilité des communications par les routes de mer, ne permettent guère de supposer en Assyrie une science de l'observation des astres qui aurait
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été ignorée en Égypte. L’époque de l'institution originelle du calendrier civil en Égypte, assignée par M. Riot, suppose d'ailleurs, et avec une juste réciprocité pour les prêtres babyloniens , cette science bien ancienne parmi les membres de la caste sacerdotale égyptienne, à qui cette partie de l’enseignement et de la pratique des sciences était attribuée.
Diodore de Sicile rapporte ce qui suit: « Les prêtres exercent les enfants dans l'étude de l’arithmétique et de la géométrie; car les inondations du HO détruisant chaque année les limites des terres , de nombreuses contestations s’élèvent entre les voisins, et c’est par la géométrie qu'on les vide. L’arithmétique sert aussi et pour les usages sociaux, et pour les spéculations de la géométrie. Elle est surtout trèsutile a ceux qui cultivent Y astrologie, car les Égyptiens , comme d’autres peuples, observent aussi les lois et le mouvement des astres , et conservent une série d'observations qui remontent à un nombre incroyable d’années , cette étude étant cultivée chez eux dès les plus anciens temps. Ils ont aussi soigneusement décrit les mouvements, la marche et la station des planètes , et l'influence bonne ou mauvaise de chacune d'elles sur la naissance des êtres, et ils en tirent souvent des prédictions sur les événements de la vie des hommes. »
Porphyre a su que les prêtres égyptiens employaient les nuits, partie à des ablutions, et partie à l’observation des astres. Strabon a vu à Héliopolis un vaste édifice qui était l’habitation des prêtres adonnés spécialement à l’étude de la philosophie et de l’astronomie; et Diodore ajoute à ce qui vient d’être rapporté , que les prêtres égyptiens prédisaient l’avenir tant pnr la science des choses sacrées que par relie des astres. Clément d’Alexandrie, qui avait vu la fin des institutions pharaoniques en Égypte, place dans l’ordre des prêtres, et avant le scribe sacré , le prêtre qui a les fonctions d’horoscope. Il tenait dans ses mains, dit le savant Père , une horloge , et un
phénix symbole de l'astrologie, et qui portait toujours, pendus à son bec , les livres astrologiques de Thoth, au nombre de quatre : le premier traitant de l’ordre des étoiles errantes et apparentes ; le second des conjonctions et de l’illumination du soleil et de la lune; les deux autres du lever de ces deux astres. Enfin, il paraîtrait, par un rapport de Chœrémon dans Porphyre , que le prêtre horoscope était placé bien au-dessus de la foule des autres prêtres , soit pastophores, soit néochores, ceux-ci n’étant pas soumis à de si nombreuse* ou à de si complètes purifications.
Il résulterait donc de tous ces rapports , que les anciens Éigyptiens , détournant une science vraie de ses applications rationnelles et logiques, auraient fait, comme tant d’autres peuples anciens et modernes, de l’astrologie avec les principes de l’astronomie; et cette erreur remonte en effet à une très-haute antiquité, selon les rapports de quelques écrivains assez renommés, et les recherches plus récentes d’un de nos plus habiles critiques, M. Letronne. Nous rappelons ici sommairement ces diverses notions.
Toutes les traditions de l'antiquité placent le berceau de l’astrologie dans la Chaldée et en Égypte , et l’on
B eut remarquer en passant que ce fait ien avéré est une nouvelle preuve des communications qui existèrent entre ces deux contrées. Quant à l’Égypte, adonnée très-anciennement à ta pratique de l’astrologie, Ciçéron nous dit formellement que les Egyptiens sont considérés comme connaissant , depuis un grand nombre de siècles , cette science des Chaldéens , jui , fondée sur l'observation journalière des astres , prédit l’avenir et la destinée des hommes. Hérodote avait dit avant Cicéron : «Les Egyptiens sont les auteurs de plusieurs inventions , telles que celle de déterminer, d’après le jour où un homme est né, quels événements il rencontrera dans sa vie, comment il mourra , et quels seront son caractère et son esprit. » C'est à
deux Égyptiens , célèbre* sous ce rapport dans l’antiquité grecque et romaine, et nommés Petosiris et Nécepso, qu’on attribua les ouvrages fondamentaux de la doctrine astroloique égyptienne. Mais l'époque où ces eux savants vécurent et composèrent leurs écrits est fort douteuse : d'une part, on les fait du siècle de Sésostris; de l'autre on confond Nécepso avec le roi d’Égypte de la 26" dynastie, qui porta le "même nom ; mais il est positif que Ptoléméect Proclus regardaient ces deux astrologues comme très-anciens, et que ni Pline, ni aucun autre écrivain, latin ou grec, n'a mis en doute l'authenticité de leurs ouvrages : nouvelle preuve de l'origine égyptienne des écrits qui portent leurs noms et de la doctrine qu'ils renferment , et dans laquelle dominent le thème natal du monde et la théorie des décans.
Le fond réel de la science est la croyance à l'influence des astres et le moyen de tirer des pronostics, sur un homme,descirconstancesdesa nativité, et du lieu des planètes à ce moment.
Il y avait donc de l'astronomie dans l’astrologie; mais celle-ci avait un but qui lui était propre et qui s'éloignait entièrement de l'astronomie. Kudoxe, qui alla en Égypte, y apprit la doctrine astrologique ; mais en l expliquant aux Grecs, il eut le soin de les avertir qu'elle ne méritait aucune créance ; aussi Vitruve assure-t-il que les astronomes grecs, Hipparque entre autres , ne tirent aucun usage de l'astrologie, pas même, on peut le dire, ceux qui vécurent après Alexandre.
On regarde donc comme certain que cette fausse science , hile insensée d'une mère sage, comme la nommait Kepler, n’avait pénétré ni dans la religion, ni dans les usages de la Grèce libre; et cette assertion n’exclut point par sa généralité les individus qui purent isolément se délecter aux miracles de la doctrine égyptienne. Les moyens dont elle usait étaient en rapport arec les progrès réels de l’astronomie , et on savait, dans des temps postérieurs à l'empire égyptien , user de calculs , sinon foft difficiles, du moins très-
compliqués, et se fonder sur l’usage de tables astronomiques , dont on n’accorde pas aisément la connaissance ni aux Cnaldéens, ni aux Égyptiens. Il résulterait de ces données' diverses, que , si la croyance à l'influence des astres est extrêmement ancienne en Égypte, on doit croire aussi que les combinaisons infinies et les calculs très-longs qui servaient aux astrologues pour dresser leurs thèmes , n’ont pu être exécutés qu’avec le secours d'une astronomie perfectionnée; et si l'antiquité de l'astrologie égyptienne doit dépendre ainsi de l'antiquité des connaissances astronomiques dans la même contrée, on a vu plus haut l’opinion de quelques savants modernes sur ce point important.
Quoi qu'il en soit, l’antiquité classique parle des membres de la classe sacerdotale qui s'adonnaient à l'étude de l'astrologie , assertion qui , |>our les temps les plus anciens de l'histoire de l'Égypte, me semble devoir s’entendre seulement et de l’étude des astres et de celle des phénomènes naturels , avec la méthode des pronostics qui en étaient déduits, étude qui n'avait en elle-même rien d'absurde, qui fut pratiquée par de très-bons esprits , tels que Thaïes et Pythagorc , et à leur exemple par Eudoxe, Euctémon, Callippe , Méton , Hipparque , et tant d autres, qui reconnurent, par des observations, l’influence que le lever et le coucher des astres exerçaient sur les changements de l'atmosphère et des saisons, et transmirent à leur postérité les résultats de leurs recherches dans des parapegmes , ou catalogues de ces phénomènes naturels.
Ces anciens astrologues égyptiens pratiquaient-ils aussi les natirilés , ou la prédiction de la destinée d'un individu, d'après l'époque 'des astres au moment de sa naissance? Hérodote l’assure pour son temps. Nous connaissons donc , par la réunion de ces témoignages divers, les fonctions des membres de la classe sacerdotale à qui était attribuée l'étude des cieux et des mouvements des astres, et la science de l'application des résultats de cette
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étude aux besoins réels, ou aux préjugés de la société contemporaine.
Il en fut ainsi jusqu'à l'é|toque de l'influence romaine en Égypte. I)ès le premier siècle de l'ère cliretienne, de savants astronomes écrivaient contre les astrologues et s’efforcaient de montrer la vanité de leur prétendue science; mais ces attaques l'accréditèreut peutêtre , car bientôt l'empire romain tout entier crut à l'astrologie, et ajouta avec une sorte d'ardeur à la doctrine ftdgurale des Étrusques la doctrine astrologique des Égyptiens. Elle séduisit des esprits très-élevés; un illustre Romain , Nigidius Figulus, ami de Cicéron , était fort adonné à l'art divinatoire et croyait à la fois à la possibilité de prédire l'avenir et par l'observation des météores et par l'inspection des entrailles des victimes; Lucius Tarrutius , autre ami de l'orateur, pratiquait avec confiance et autorité la divination |>ar les astres et dressait les nativités avec des tables de phénomènes célestes rédigées selon le style égyptien. Si nous voulions dire de quels noms célèbres l'histoire de cette opinion fut illustrée, nous citerions Marc-Antoine, ayant pour conseiller intime un astrologue égyptien, choisi par Cléo|)dtre, qui lui inspirait scs prophéties et ses divinations; Auguste, qui lit dresser son thème natal par Thcogène ; Tibère et ses successeurs , dont un porta la croyance jusqu'à faire mettre à mort un personnage à qui un astrologue avait prédit l’élévation à l'empire.
Vespasien et Domitien se dirigèrent parles plus savants dans cette science supposée , et le docte Hadrien lui-méme se disait en état de prédire, dès les calendes de janvier, ce qui devait lui arriver jusqu'au 31 décembre : et cette Science était traditionnellement parvenuen Home du plus profond des anciens temples de l’Égy pte. Elle était encore en grande vogue en France, il n’y a pas plus de deux siècles.
Tel a été le succès de la science fonpée par les Égy ptiens Pétosiris et Nécepso , qui eurent pour successeurs toutes les générations des prêtres as-
trologues attachés aux principaux temples de l’Egypte, et qui, gardiens fidèles des principes qui leur avaient été enseignes, les transmirent en effet à leurs descendants et jusqu'à nous , comme l'indiquent deux monuments que nous devons citer ici.
Le premier , conservé par les écrivains de la science, est le thème natal de l'univers; il indique les domiciles des planètes au moment même de la création du monde : la Lune était dans le sine du Cancer; le Soleil dans le Lion; lercure dans la Vierge ; Vénus dans la Balance ; Mars dans le Scorpion ; J upiter dans le Sagittaire; Saturne dans le Capricorne. Le sage Antonin fit inscrire en ces signes ce théine natal de l'univers sur les monnaies qui furent frappées la huitième année de son règne en Égypte , et l’empereur romain consacrait, accréditait par son exemple la science des gencthliaques dans le pays même où elle avait pris naissance.
D’autres monuments du règne de ce même prince appartiennent aussi à cette science illusoire et nous présentent un exemple plus développe de ces mêmes thèmes : ce sont deux papyrusécrits en grec et trouvés en Égypte. Les premières lignes du texte d'un de ces papyrus contiennent un préambule qui est l'histoire même de la science. L'astrologue qui a écrit ce thème natal invoque en effet ce qu’il a vu dans beaucoup de livres des anciens sages , particulièrement des Chaldéens, de Pétosiris, et surtout du roi Néchous, qui avaient été euxmêmes instruits par leur seigneur Hermès, et par Asclépius, le même que Iinouth, le fils d’Héphaïstus (Phtha).
Venait ensuite le thème natal, daté de la première heure du 18e jour du mois égyptien Tybi, de la première année de l’empereur Antonin ; mais le reste du manuscrit est perdu. On peut y suppléer par un autre papyrus mieux conservé , portant sur la même page deux colonnes d'écriture, de la meme date, et ainsi conçu : « L’an premier d’Antonin César, notre seigneur, le 8 du mois d’Hadrien, selon
les Hellènes, (c’est-à-dire, les Grecs d’Alexandrie ) , et selon les anciens (les Égyptiens), le 18 du mois de Tybi , a la première heure du jour commençant. » Le texte dit ensuite :
Le Soleil dans le Sagittaire, 13 de-
Îrés 23 minutes, dans la maison de upiter, sur les confins de Vénus, ta Lune dans le Verseau , 3 degrés 6 minutes, à l’orient, dans la maison de Saturne, sur les confins de Mercure.
Saturne dans le Verseau , ... degrés 8 minutes, dans son deuxième firmament propre, dans les confins de Mercure.
Jupiter dans le Bélier, 2 degrés 44 minutes, dans le deuxième firmament, dans la maison de Mars , le point su-
Sérieur du Soleil , le point inferieur de aturne, sur les confins de Vénus.
Mars à l’extrémité du Capricorne , 30 degrés , point de minutes , dans le dixième firmament, la maison de Saturne , son propre point supérieur , le point inférieur de Jupiter, et ses propres confins.
Vénus dans le Sagittaire, 2 degrés
51 minutes, à l'orient, dans la
maison de Jupiter, et les confins (du Soleil ? ).
Mercure dans le Sagittaire, 15 degrés 2 minutes, dans Vespérus, la maison de Jupiter, et les confins de Vénus.
L’horoscope dans le Sagittaire , 15 degrés , la maison de Jupiter , et les confins de Vénus.
La conjonction dans les Gémeaux , 10 degrés , la maison de Mercure et les contins de Mercure.
Le milieu du ciel dans la Vierge , 8 degrés, la maison de Mercure, le point supérieur de Mercure, le point inférieur de Mercure, les confins de Vénus.
L’hypogée dans les Poissons,
degrés , la maison de Jupiter, le point supérieur de Vénus, le point inférieur de Mercure, les confins de Vénus.
Le premier sortde la fortune est dans le Capricorne, 19 degrés, la maison de Saturne . le point supérieur de
Mars, le point inférieur de Jupiter et les confins de Vénus.
Le second sort de la fortune est dans le Cancer , 1 1 degrés , la maison de la Lune, le point supérieur de Jupiter, le point inférieur de Mars, les confins de Vénus. »
Le signe dominant de la nativité est donc l'astre de Vénus. »
Voilà un thème natal , ou genetliliaque régulièrement formulé par un homme expert en la science des nativités; on les dressait encore de même en France au XVI* siècle. Cette partie des sciences occultes était aussi considérée comme originaire de l'Egypte; la chimie et l’alchimie tiraient meme leur nom, selon les adeptes, de celui de cette contrée, nommée Chtmé, ou Chimi, dans les livres coptes; les Chaldécns, Pétorisis, Néchous, Hermès et Asclépius ont conservé jusqu'à nos jours leur antique renommée; l’un de nos deux papyrus astrologiques les nomme formellement ; d’autres autorités, et les écrivains anciens surtout, appellent Nécepso celui que le papyrus désigne par Néchous : 1 un et l’autre noms ont été portés par des rois égyptiens de la XXV I* dynastie. Le papyrus désigne aussi le premier par le titre de roi ; mais il est très-vraisemhlahle , d’après l’épithète d'anciens
3 lie leur donne Ptolemée , que ce sont eux astrologues d’une époque bien antérieure au VII* siècle avant Père chrétienne , et telle était l’opinion de Cicéron, bien justifiée par les faits historiques ci-après rappelés.
Cette opération divinatoire et prophétique à laquelle nos deux papyrus donnent tout le caractère d’un fait historique, et qu’ils nous présentent comme le résultat d’une croyance à l’astrologie judiciaire, généralement répandue et dominante en Égypte, n’est point unique dans les annales contemporaines de Rome , et elle fut accréditée par l’adhésion publique des plus savants hommes de 1 empire. Tacite raconte gravement les miracles qui s’opérèrent à Alexandrie d’Egypte pendant le séjour de Vespasien , ceux même que l’empereur opérait lui-même
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Cr la grâce de Sérapis : il guérissait i aveugles et les écloppés. Plus tard , le mage Arnuphis évoquait les dénions et faisait pleuvoir à volonté. Le christianisme ne détruisit pas entièrement cette superstition ; Origène affirmait la certitude des préceptes et de l'usage de la magie, non pas de celle d’Épieure et d’Aristote, disait-il, mais l’art qui se pratiquait de son temps ; il reconnaît la puissance de certains mots égyptiens pour opérer sur une classe de démons, et celle de certains mots persans pour agir sur une autre classe de ces génies indomptés. Il avoue toutefois que les gens instruits possèdent seuls ces secrets de la science, et que cette science est une partie de cette théologie cachée qui éleve les esprits vers le créateur de l’univers. La possession par les démons était aussi en grande vogue alors , et saint Jérome raconte l’aventure d’une jeune possédée, subitement saisie de fureur parce qu’un jeune homme de Gaza, qui en était épris , avait enfoui sous le seuil de la porte de son amante une plaque de métal sur laquelle il avait gravé des signes
3u’il avait appris des prêtres égyptiens e Memphis. Saint Jérôme ajoute que saint Hilarion délivra la jeune fille du démon, avec lequel il eut préalablement un long colloque.
Tout ceci était la suite des opinions égyptiennes et chaldéennes, dont l’existence est historiquement prouvée dès une très-haute antiquité. On voit en effet en Égypte , dès la XVII" dynastie égyptienne , près de deux milfc ans avant Jésus-Christ , le roi, effrayé par ses songes , faire appeler les devins et les sages de l’Égypte, pour en avoir l’interprétation ; ce fut l’Hébreu J oseph qui la lui donna, les sages égyptiens n'ayant pu le faire. Ceci est raconté dans le plus ancien livre qui parle, de l’Égypte, dans la Genèse, et se rapporte au temps des rois pasteurs.
Quelques siècles plus tard, après la restauration de la monarchie nationale égyptienne, à l’époque de la sortie des Hébreux de l’Égypte sous la conduite de Moïse, fart des devins, des magiciens et des astrologues, joue un grand
rôle’dans l’histoire de ces mémorables événements. Moïse et Aaron, étant en la présence du Pharaon, dit la Bible , Aaron jeta sa verge devant le roi et ses serviteurs , et elle fut changée en serpent. Le Pharaon fit venir Tes sages d'Égypte et les magiciens, qui firent la même chose, par les enchantements du pays et par les secrets de leur art , car chacun d’eux ayant jeté sa verge, elles furent changées en serpents ; il est vrai que la verge d’ Aaron dévora les verges des Égyptiens.
Dans une autre circonstance’, Aaron éleva sa verge et frappa l’eau du fleuve devant le roi et ses serviteurs , et l’eau fut changée en sang ; les poissons moururent , le fleuve se corrompit , il y eut du sang dans toute l’Égypte ; mais les magiciens d’Égypte firent la même chose avec leurs enchantements, et le peuple ne trouva de l'eau pour boire qu’en creusant la terre le long du fleuve. Quand ensuite Aaron, étendant sa main sur les eaux d’Égypte, en fit sortir des grenouilles de toute part , les magiciens du roi oiiérèrent encore le même prodige par leurs enchantements; ils rivalisaient victorieusement avec la puissance surnaturelle de Moïse et d’Aaron; ils échouèrent néanmoins quand ils voulurent, en frappant la poussière de la terre, la changer en moucherons, comme venaient de le faire les chefs du peuple hébreu.
Des monuments contemporains de cette relation et des faits dont elle a retracé les circonstances extraordinaires, subsistent encore en Egypte et rendent le même témoignage au sujet du crédit dont jouirent , en Orient , dès la haute antiquité, les plus oiseuses spéculations de l'esprit et les plus fausses applications des préceptes les plus vrais, des observations les plus certaines qu’il ait été donné a l’homme de faire dans le vaste domaine de la nature. Dans ces mêmes monuments, l’astronomie et l’astrologie sont intimement mêléesavec les représentations psychologiques et à l’expression des idées qui composaient la philosophie du temps et se manifestaient par la langue des symboles. C’est dans les tom-
beaux des rois à Thèbes que sont conservés ces précieux documents; Paine du roi défunt, assimilée au soleil , accomplit sa double destinée sur la terre et dans les deux , comine l’astre loi-mémc parcourt successivement les deux hémisphères, l'hémisphère supérieur, ou lumineux , et l’hémisphère inférieur, qui fut aussi en Égypte celui des ténèbres. A ce premier tableau d’expressions toutes métaphysiques , il en succède un second ou dominent les signes les plus apparents de l’astronomie et de l'astrologie. Ce tableau, dressé sur un plan régulier, parce que la science en dirigea la composition, est peint sur les plafonds des tombeaux, et occupe toute la longueur d'un corridor et de lieux salles contiguës. Voici, textuellement, la description d'une de ces importantes représentations, les plus anciennes de ce genre que la science ait jusqu’ici recueillies , et telles que Cbampollion le jeune les a vues dans le tombeau d'un des Pharaons Rhamsès, dans la vallée de Uiban-el-AIolouk à Thèbes :
« I-e ciel, sous la forme d’une femme dont le corps est parsemé d'étoiles , enveloppe de trois côtés cette immense composition : le torse se prolonge sur toute la longueur du tableau , dont il couvre la partie supérieure; sa tête est à l’occident ; ses liras et ses pieds limitent la longueur du tableau, divisé en deux bandes égales : celle d’en haut représente l’hémisphère supérieur et le cours du soleil dans les douze heures du jour; celle d’en bas, l'hémisphère inférieur , la marche du soleil pendant les douze heures de la nuit.
«A l’orient, c'est-à-dire vers le point sexuel du grand corps céleste (de la déesse Ciel), est figurée la naissance du soleil ; il sort du sein de sa divine mère sous la forme d’un petit
enfant portant le doigt à sa houche , et renfermé dans un disque rouge : le dieu MM (l’Hercule égyptien , la raison divine), debout dans la barque destinée aux voyages du jeune dieu , élève les bras "pour l’y placer lui-
méme; après que le soleil enfant a reçu les soins de deux déesses nourrices, la barque part et navigue sur l’océan céleste , l’æther, qui coule comme un fleuve de l'orient a toeddent, où il forme un vaste bassin , dans lequel aboutit une brandie du fleuve traversant V hémisphère inférieur, ttoccident en orient.
« (iliaque heure du jour est indiquée sur le corps du ciel pr un disque rouge, et dans le tableau par douze barques ou bari dans lesquelles parait le dieu Soleil naviguant sur l’Océan celcste avec un cortège qui change à chaque heure, et qui l’accompagne sur les deux rives.
« A la première heure, au moment où le vaisseau se met en mouvement, les esprits de l’Orient présentent leurs hommages au dieu debout dans son naos , qui est élevé au milieu de la bari ; l’équipage se compose de la déesse Sori, qui donne l’impulsion à la proue; du dieu Sev ( Saturne ), à la tète de lièvre , tenant une longue perche pour sonder le fleuve, et dont il ne fait usage qu’à partir de la huitième heure, c’est-à-dire lorsqu’on approche des parages de l’Occident ; le réïs ou commandant est llorus , ayant en sousordro le dieu llaké-Ocris, le Phaëton et le compagnon fidèle du soleil ; le pilote manoeuvrant le gouvernail est un hiéracocéphale nommé llaôu; plus la déesse Neb-Wa (la dame de la barque), dont j’ignore les fonctions spéciales; enfin le dieu gardien supérieur des tropiques. On a représenté sur les bords du fleuve, les dieux ou les esprits qui président à chacune des heures du jour; ils adorent le soleil à son passage , ou récitent tous les noms mystiques par lesquels on le distinguait. A la seconde heure paraissent les âmes des rois, ayant à leur tête le défunt Rhamsès V, allant au-devant de la bari du dieu pour adorer sa lumière : aux quatrième , cinquième et sixième heures, le même Pharaon prend part aux travaux des dieux qui font la guerre au grand Apophis, caché dans les eaux de l’Océan. Dans les septième et huitième heures . le vaisseau céleste
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côtoie les demeures des bienheureux , jardins ombragés par des arbres de différentes especes, sous lesquels se promènent les dieux et les âmes pures.
£nQn le dieu approche de l'Occident :
Sev (Saturne ) sonde le fleuve incessamment, et des dieux échelonnés sur le rivage dirigent la barque avec précaution; elle contourne le grand bassin de l'ouest, et réparai Ula ns la bandesupérieure du tableau , c’est-à-dire dans l'hémisphère inferieur, sur le fleuve, qu'elle remonte d'occident en orient, biais , daus toute cette navigation des douze heures de nuit, comme ii arrive encore pour les barques qui remontent le Nil , la bari du soleil est toujours tirée à la corde par un grand nombre de génies subalternes , dont le nombre varie à chaque heure différente.
I-e grand cortège du dieu et l'équipage ont dispru, il ne reste plus que le pilote debout et inerte à l’entrée du naos renfermant Je dieu, auquel la déesse Thméï (la vérité et la justice) , qui préside à l’enfer ou à la région inférieure, semble adresser des consolations.
« Des légendes hiéroglyphiques placées sur chaque personnage et au commencement de toutes les scènes indiquent les noms et les sujets , en faisant connaître l’heure du jour ou de la nuit à laquelle se rapportent ces scènes symboliques.
« Mais , sur ces mêmes plafonds et en dehors de cette composition, existent des textes hiéroglyphiques d'un intérêt plus grand peut-être , quoique liés au même sujet. Ce sont des tables des constellations et de leurs influences pour toutes les heures de chaque mois de Cannée ; elles sont ainsi conçues :
« Mois db Tôbi , la dernière moitié.
— Orion domine et influe sur l'oreille gauche.
«.Heure 1", la constellation d’ Orion (influe) sur le bras gauche.
«Heure 2% la constellation de Sirius (influe) sur le cœur.
" Heure 3% le commencement de la constellation des deux étoiles (les gémeaux?), sur le coeur.
« Heure 4' , les constellations des deux étoiles ( influent ) sur l'oreille gauche.
« Heure 5', les étoiles du fleuve (influent) sur le coeur.
« Heure G', la tète (ou le commencement) du lion (influe) sur le coeur.
«Heure 7', la flèche (influe) sur l’œil droit.
« Heure 8% les longues étoiles, — sur le cœur.
«Heure ü', les serviteurs des parties antérieures ( du quadrupède). Menti (le lion marin?) (influent; sur le bras gauche.
« Heure 10', le quadrupède Mente (le lion marin?), — sur l’œil gauche.
« Heure 1 1 ", les serviteurs du Menti, — sur le bras gauche.
« Heure 12', le pied de la truie (influe) sur le bras gauche.
« Nous avons donc ici une table des influences , analogue à celle qil’on avait gravée sur le fameux cercle doré du monument d'Osymandyas, et qui donnait, comme le dit Diôdore de Sicile, les heures du lever des constellations avec les influences de chacune (Celles. Cela démontrera sans réplique, comme l'a aflirmé M. Lctronne, que Y astrologie remonte , en Kgypte , jusqu'aux temps les plus recules ; cette question, par le fait , est décidée sans retour.
« Z.a traduction que je viens de donner d’une des vingt-quatre tables qui composent la série des levers, est certaine dans les passages où j’ai introduit les noms actuelsdesconstellations de notre planisphère ; n'ayant pas eu le temps de pousser plus loin mon travail de concordance , j’ai été obligé de donner partout ailleurs le mot a mot du texte hiéroglyphique.
« J’ai dd recueillir, et je l’ai fait avec un soin religieux , ces restes précieux de Yas/ronomie antique , science qui devait être nécessairement liée à l a* trologie, dans un pays où la religion fut la base immuable’ de toute l'organisation sociale. Dans un pareil système politique , toutes les sciences devaient avoir deux parties distinctes:
'a partie des /ait s observés, qui con-
atitue seule nos sciences actuelles ; la partie spéculative , qui liait la science a la croyance religieuse, lien nécessaire , indispensable même en Égypte, où la religion, pour être forte et pour l'étre toujours , avait voulu renfermer l’univers entier et son étude dans son domaine sans borne ; ce qui a son bon et son mauvais côté, comme toutes les conceptions humaines. »
On peut voir une nouvelle preuve du mélange intime de la science avec les idées religieuses, dans l'usage qui existait encore en Egypte du tempe des empereurs , de mettre l'homme et les diverses portions de son corps sous l’in* lluence et la protection des planètes ou des dieux. Le papyrus , en écriture hiératique, trouvé dans la momie de Pétaménoph , fils d’un archonte de Thèbes, sous Trnjan, est un curieux exemple de ces pratiques superstitieuses que les sociétés modernes n’ont pas dédaigné d'imiter et de propager dans les tableaux fantastiques qui décorent ordinairement les almanachs populaires, comme si l'on réservait a dessein pour les livres les plus répandus, un choix atteutifdes plus misérables erreurs de la science et de l’imagination des hommes. On lit donc dans le manuscrit de Pétaménoph, que sa chevelure appartient au Nil céleste, sa tête au dieu Soleil , ses yeux à la Vénus égyptienne, scs oreilles au dieu Macédo , gardien des tropiques , la tempe gauche à l’esprit vivant dans le soleil, la droite à l’esprit d’Amon, le nez à Anubis dans la demeure de Sackem, les lèvres au même Anubis, les dents à la déesse Sclk, la barbe au dieu Macédo , le cou à Isis , les bras à Osiris, les genoux à Néïtlr, dame de Sais , les coudes au dieu seigneur de G bel, le dos à Siscbo , les parties sexuelles à Osiris ou à la déesse Koht, les cuisses au dieu Balhôr(l’œild'Horus), lesjainbcsàNctphé, les pieds à Phtha, et les doigts aux déesses. Les astres et les divinités gouvernaient toutes les zones de l’univers physique et tous les êtres créés , et cette opinion , pour être propre à expliquer en apparence bien des choses .
n’en était |>as moins extravagante , comme toutes les autres parties de
l’astrologie.
Les zodiaques découverts en Égypte portent avec eux , dans leur composition, les preuves de l'inlluence de cet art chimérique, déviation irrationnelle des préceptes élémentaires de l’astronomie. Notre planche 11 est une réduction soignée du zodiaque circulaire de Dendérah. Au premier aspect, on n’aperçoit qu’un mélange de figures diverses entourées d'inscriptions en caractères sacrés : une légère attention fera remarquer d'abord un cercle extérieur, occupé par une inscription tracée en caractères de cet ordre, et coupée à des distances égales par des ligures à tête de femme debout, ou à tête d'épervier accroupies, et qui , de leurs bras également élevés , soutiennent un médaillon entièrement arni de signes de toute espèce. Si on étudie ce médaillon, où l'on a voulu figurer le ciel , on reconnaît bientôt , un peu au-dessous du centre de ce disque, vers la gauche, un lion, suivi d'une femme et marchant sur un serpent: c'est réellement le signe du Lion dans ce zodiaque. Derrière le groupe du lion marche une femme portant dans sa main gauche une tige de blé:
c’est la Vierge. Après elle, on retrouvé successivement , en allant de droite à gauche , la Balance avec ses deux plateaux, leScorpion, le Sagittaire, sous la forme d’uncentaureailé; le Capricorne, moitié chèvre et moitié poisson; un homme répandant l’eau contenue dans deux vases qu’il tient dans ses mains : c'est le Verseau; les Poissons unis par un triangle, et le signe figuratif eau; un bélier, un taureau, deux figures humaines marchant ensemble , ou les Gémeaux; enfin leGancer, qui les suit immédiatement. Voilà bien les douze signes du zodiaque; et pour reconnaître l’ordre dans lequel ils sont ranés , en un mot quel était le premier es douze signes dans l'ordre de ce monument , il suffit de faire attention que le Cancer est placé immédiatement au-dessus de la tête du lion ; qu'ainsi les douze signes forment, non pas
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un cercle sans commencement ni fin , tuais une spirale qui indique clairement que le Lion est le premier signe dans le système de ce zodiaque; que tous les autres \ iennent après dans leur ordre ordinaire; et la vérité de cette observation est prouvée par l’état du zodiaque rectangulaire (lu même temple de Deudérah, où les signes étant rangés en procession , le Lion y est aussi le premier de tous. Kn dedans et en dehors de la spirale que forment les douze signes , se trouvent un certain nombre de ligures qui représentent les principales constellations extrazodiacales , et l’on a généralement reconnu dans l'animal monstrueux, marchantdebout, qui occupe à peu près le centre du disque, une ancienne personnification de la grande Ourse; de sorte que, près d’elle, se trouverait la place du pôle septentrional. On voit par là que les formes sous lesquelles les constellations extra-zodiacales sont figurées dans ce zodiaque sont bien différentes des figures des zodiaques romains et modernes , et que les premières sont tirées de la mythologie égyptienne.
On doit remarquer aussi cette série méthodique de ligures qui occupent circulairement la circonférence du disque et appuient leurs pieds sur la ligne même qui la décrit. Ces figures principales, dont quelques-unes sont accompagnées de signes accessoires, sont au nombre de trente-six ; ce sont les décans dépendants , par groupes de trois, de chacun des douze signes du zodiaque; et les groupes de signes hiéroglyphiques qui 'les avoisinent , groupes tous également terminés par une étoile qui est le signe déterminatif grammatical de l'espèce de ces groupes, ne sont que les noms mêmes de chacun de ces décans , Chnoumis, Chacknoumis, Ouaré,e te.; et l’on a reconnu dans ces inscriptions les noms mêmes qui sont assignés aux décans du zodiaque par les anciens écrivains sur ['astrologie. En tous ces points , le zodiaque rectangulaire du portique du temple de Denuérah est semblable au zodiaque circu-
r pte.
laire reproduit sur notre planche 1 1 .
Il n’en est pas de même des zodiaques d'Esnéh, ville au midi de Tlièbes; et si la composition générale et géométrique de ces monuments présente partout une ressemblance réelle, on y observe néanmoins des différences de détails très - sensibles , et d’une importance majeure pour l’intelligence certaine de ces monuments comparés entre eux , et pour l’appréciation exacte de l'expression particulière du thème spécial figuré sur chacun d'eux. Ainsi, dans les zodiaques de Dendérah, le signe du Lion est le premier, et marche en tête de tous tes autres; c’est le signe de la Vierge dans les zodiaques (fEsnéh. L’ordre relatif des signes est le même dans tous ces monuments; mais s’ils représentaient tous un état réel du ciel , un thème réellement astronomique , il en résulterait qu'à Esnéh c'est l'état du ciel quand le soleil était dans b Vierge au solstice d’été, et à Dendérah , ce même état quand ce solstice était dans le Lion. Il y aurait une science tout entière dans cette différence d’un signe , puisqu’il . faudrait en conclure 1° que les Égyptiens avaient observé le déplacement insensible des signes par la rétrogradation despointséquinoxiaux,en d’autres termes, laprécession des équinoxes ; 2° que cette rétrogradation étant aujourd'hui connue et estimée à 72 années par degré de signe du zodiaque , ou a 2160 ans pour un signe entier , si le zodiaque d'Esnéh exprimait le solstice au même degré dans la Vierge que le zodiaque de Dendérah l’exprimait dans le Lion , il y aurait une différence d’un signe entier ou de ces 2160 ans entre le theme astronomique figuré dans chacun de ces deux zodiaques , et celui d’Esnéh serait plus ancien de ce même nombre d’années que celui de Dendérah. A son tour, le zodiaque de Dendérah exprimerait un ordre de phénomènes solaires antérieur à l’époque où , pour le calendrier moderne, le solstice d’été rétrograda dans le Cancer, le Bélier devenant ainsi le signe de l’équinoxe du printemps. Ce
fut bien des siècles néant ('ère chrélirnne <]uc le solstice d’été passa du Lion dans le Lancer; le I.ion , premier signe du zodiaque de Dcndérah, aurait donc été le signe solsticial d’été durant les 2160 ans anterieurs à ces siècles ; et plus anciennement encore , la Vierge , premier signe du zodiaque d’Esnén, aurait été le signe solsticial pendant les 2IG0 ans précédents, des que le Soleil aurait abandonné la Balance : et voila comment , en admettant ces explications comme exactes, on a trouvé tant d’antiquité et tant de siècles écrits dans les zodiaques de l’Egypte.
Mais on a refusé d’abord aux prêtres astronomes de Thèbes la connaissance des lois de cette rétrogradation des |>üints équinoxiaux , ou de la précession des équinoxes, qu’il faudrait leur accorder pour que les données précédentes fussent douées de quelque exactitude, pour que la différence dans l'ordre des mêmes signes dans ces deux zodiaques pdt être considérée comme l’expression de résultats astronomiques réellement observés et constatés par la science. Aujourd’hui qu'on parait accorder aux Égy ptiens la connaissance des lois les plus importantes de la marche des corps célestes (supra, page 97), faut -il aussi admettre ces données et lire les zodiaques comme des thèmes réguliers où serait écrit l’état successif du ciel, réel et bien observé, à plus de deux mille ans d’intervalle? L’époque incontestable où les deux tableaux ont été sculptés et où furent édiliés les monuments mêmes dont ils font partie, ôterait à une opinion aflirmativc sur cette question une grande partie de la véracité qu'elle pourrait tirer de toute considération scientifique; les temples d’Esnéh et de Dendéran , où les zodiaques ne sont qu’unc faible portion de leur décoration, sont en effet du dernier période de la puisssance égyptienne , et tous deux de l’époque romaine : voici ce qu’en dit Champollion le jeune , après avoir étudié à fond ces deux célébrés édifices. Il vit d'abord Dendcrali :
« Le 16 novembre 1828, nous arrivâmes enlin le soir à Dendérah. Il faisait un clair de lune magniliqne, et nous n'étions qu'à une heure de distance des temples : pouvions-nous résister à la tentation ? Souper et partir sur-le-champ furent l'affaire d’un instant : seuls et sans guides, mais armés jusqu'aux dents, nous primes à travers champs, présumant (pie les temples étaient en ligne droite de notre maasch. Nous marchâmes ainsi , chantant les airs variés des opéras les plus nouveaux , pendant une heure et demie sans rien trouver. On découvrit enlin un homme ; nous l'appelons , mais il s'enfuit à toutes jambes , nous prenant pour des Bédouins , car, habillés à l'orientale et rouverts d'un grand bernons blanc à capuchon , nous ressemblions , pour l’Égvptien , à une tribu de Bédouins , tandis qu’un Européen nous eût pris , sans balancer , pour un chapitre de chartreux bien armés. On m'amena le fuyard, et le plaçant entre quatre de nous, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable, peu rassuré d'alxird , nous mit dans la lionne voie et finit par marcher de bonne grâce :
maigre, sec, noir, rouvert de vieux haillons,c’était une momie ambulante:
mais il nous guida fort bien et nous le traitâmes de même. Les temples nous apparurent enlin. Je n’essaierai pas de décrire l’impression que nous lit le grand propylon et surtout le portique du grand temple. On peut bien le mesurer , mais en donner une idée , c’est impossible. C’est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré.
Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre fallût, et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au maasch qu’à trois heures du matin pour retourner aux temples à sept heures. C’est là que nous passâmes toute la journée du 17. Ce qui était magnifique à la clarté de la lune , l’était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis dès lors que j'avais sous les yeux un clief-
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d’oeuvre d'architecture , couvert de sculptures de détail du plus mauvais style. N‘en déplaise à personne, les bas -reliefs de Dendérah sont détestables, et cela ne pouvait être autrement: ils sont d'un temps de décadence. La sculpture s’était uéja corrompue, tandis que l'architecture, moins sujette à varier , puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue digne des dieux de l’Égvptcct de l'admiration de tous les siècles. Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure, à l’extrémité du temple, où sont figurés, de proportions colossales, Cléopâtre et son iils Ptoiémée-Csuar. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l’empereur Auguste , ainsi que les murailles extérieures latérales du naos , à l'exception de quelques petites |>ortions qui sont de l’époque de Néron. Le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère , de Caïus, de (lande et de Néron ; mais dans tout l’intérieur du naos, ainsi que dans les chambres et les édifices construits sur la terrasse du temple, il n’existe pas un seul cartouche sculpté : tous sont vides et rien n'a été effacé; mais toutes les sculptures de ces appartements, comme celles de tout l'intérieur du temple, sont du plus mauvais style, et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trqjan ou d’ Antonin. Elles ressemblent a celles du propylon, qui est de ce dernier empereur, et qui, étant dédié à /sis, conduisait au temple de cette déesse ,
Iilacé derrière le grand temple, qui est lien le temple de llathôr ( Vénus ) , comme le montrent les mille et une dédicaces dont il est couvert, et non
rie temple d ’lsis, comme l’a cru Commission d’Égypte. Le grand propylon est couvert des images des empereurs Domitiene t Trajitn. Quant au Typhonium, il a été décoré sous 1 rujan,H adrien et Anton in- te-pieux. ■ Les renseignements recueillis à Esnéh ne sont pas moins positifs sur l'époque où le pronaos du grand temple, orné d'un zodiaque, a été construit; et le petit temple , où est un autre zo-
diaque, n’est pas d’une époque différente. Voici encore la relation du voyageur français :
« Le 3 mars 1829, au matin, nous arrivâmes à lisnéh, où nous filmes très-gracieusement accueillis par lbrahim-bey, le mamour ou gouverneur de la province; avec son aide, il nous fut permis d’étudier le grand temple d'Esnéh, encombré de colon, et qui, servant de magasin général de cette
Sroductinn, a été crépi de limon du lil , surtout à l’extérieur. On a également fermé avec des murs de boue l’intervalle qui existe entre le premier rang des colonnes du pronaos , de sorte que notre travail a dil se faire souvent une chandelle à la main, ou avec le secours de nos échelles, afin de voir les bas-reliefs de plus près.
« Malgré tous ces obstacles , j'ai recueilli tout ce qu’il importait' de savoir relativement à ce grand temple, sous les rap|>orts mythologique et historique. Ce monument a été regarde, d’après de simples conjectures établies sur une façon particulière d’interpréter le zodiaque du plafond , comme le plus ancien monument de l’Égypte : l'etude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est au contraire le plus moderne de ceux qui existent encore en Égypte : car les bas-reliefs qui le décorent , et les hiéroglyphes surtout, sont d'un style tellement grossier et tourmenté, qu’on y aperçoit, du premier coup d'œil, lé point’ extrême de la décadence de l’art, l.es inscriptions hiéroglyphiques ne confirment que trop cet aperçu : les masses de ce pronaos ont été élevées sous l'empereur César- Tiberius-Claudius-Germanlcus (l'empereur Claude) , dont la porte du nronaos offre la dédicace en grands hiéroglyphes. La corniche de la façade et le premier rang de colonnes ont été sculptés sous les empereurs Cespasien et Titus; la partie postérieure du pronaos porte les légendes des empereurs Antonin, Marc-Aurèle et Commode ; quelques colonnes du pronaos furent décorées de sculptures sous Trajan , Hadrien et Antonin; mais, à l’exception de quelques bas-reliefs
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de l'époque de Domitien, tous ceux des parois de droite et de gauche du pronaos portent les images et les légendes de Sepüme Sévére, et de Gbta, uue son frère Caracalla eut la barbarie d'assassiner, eu même temps qu'il lit proscrire son nom dans tout l'empire; il parait que cette proscription du tyran fut exécutée à la lettre jusqu'au fond de la Tliébaïde, car les cartouches noms - propres de l’empereur Gela sont tous martelés avec soin ; mais ils ne l'ont pas été au point de iii'empédier de lire très-clairement le nom de ce malheureux prince : I’empereur Césah-Géta le directeur.
« Ainsi donc , l'antiquité du pronaos d'Esnéli est incontestablement lixée ; sa construction ne remonte pas audelà de rcnqiereur Claude; ses sculptures descendent jusqu’à (,'aracaUa , et du nombre de celles-ci est le fameux zodiaque dont on a tant parlé. »
Si donc ces zodiaques , évidemment sculptés et édifiés par les Égyptiens du temps de la domination romaine , représentaient un état du ciel tel qu'on a voulu l’y reconnaître d’après l’ordre apparent des signes du zodiaque, la Vierge étant le signe chef dans l'un, le Lion dans l’autre , et cette substitution du Lion à la Vierge procédant de l'intention de représenter dans ces tableaux le phénomène que l'astronomie moderne nomme fa précession des équinoxes, qui aurait été connu des anciens, on est obligé de supposer que ces mêmes tableaux , sculptes au premier et au second siècle de i'ère chrétienne, sont des copies de monuments d une plus haute antiquité, qui fut contemporaine des siècles brillants de Thèbes et de Memphis. Il y aura des personnes que cette supposition satisfera peut-être ; mais avec la loi des précessions on composera des zodiaques pour une époque d'une antiquité ou d'un avenir sans limites; les astronomes de Thèbes , eu les faisant aussi savants que l'exige l'interprétation sup|ioséc de nos zodiaques , purent composer de ces thèmes pour les temps nien antérieurs à leur siècle ; bien d’autres considéra-
tions encore tendent à amo'ndrir l'importance scientifique et arcliéologique de ces monuments, qui n’en sont
Cs pour cela moins inqiortants par tr sujet, leur patrie et leur véritable époque ; enfin on ne peut se soustraire à la nécessité d'admettre dans leur composition l'influence des opinions astrologiquesalors dominantesdans tout l'empire romain, où elles avaient été importées de la patrie même de ces zodiaques. ta présence des décans sur le zodiaque de Dendérah caractérise toutes les compositions analogues; et elles étaient, on pourrait dire, vulgaires en Egypte, car des cercueils de momies, de personnages peu considérables en sont ornés. Dans le cercueil de Pétaménopli , qui est à la Bibliothèque royale, est peint un zodiaque commettant aussi par le signe du Lion ; celui du tancer est tiré de la série , et placé au-dessus; et il se trouve que le Cancer était le signe où le soleil se trouvait au mois de janvier de l’an 95 de notre ère, qui est le mois de la naissance de Petaménoph. Un autre zodiaque, commençant aussi par le Lion, est peint dans le cercueil de la jeune Sensaos, sœur du même Pétaménoph, et morte à peu d'années d'intervalle de son frère. L’ensemble de la composition des zodiaques , la présence des décans, la singularité de la dissection des figures, qui est différente dans les monuments d'une époque très-rapprocliéc , comme le sont ceux d'Esneh et de Dendérah, et qui est semblable dans des ouvrages d'une époque comparativement plus éloignée, comme le zodiaque de Dendérah, et ceux qu’on voitdans les momies de la famille de Pétaménoph; l’usage vulgaire de ces compositions sculptées ou peintes ; enfin l’époque des plus célèbres de ces zodiaques, epoque qui fut celle de la prospérité générale Je l’astrologie dans le monde romain, nous portent à croire qu'on ne peut méconnaître dans ces compositions l’influence, de cette fausse science , dont la pratique remontait à une haute antiquité en Égypte et parait avoir été l’occupation spéciale de certains membres de
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la classe sacerdotale , toutes les sciences étant le privilège de cette caste puissante qui tonnait le premier ordre de l’état et s'était intimement immiscée aux droits et aux devoirs de la royauté.
C’est l'importance même de cette caste , la variété de ses attributions et l'incertitude des notions recueillies sur elle par l'antiquité classique , qui s’opposeront encore long-temps à ce que i'on connaisse complètement sa constitution politique : les Grecs, qui s’en occupèrent bien anciennement , avaient dusacerdoce une idée fortmince relativement à l’autorité de la classe sacerdotale égyptienne; en Grèce, le service des temples était la seule occupation des prêtres ; en Égypte , ils étaient un corps de l’état, gouvernant, pour ainsi dire, les rois et les peuples au nom des dieux, et ayant le monopole de l’administration' de ia justice , de la culture des sciences et <le leur enseignement. Aussi trouvet-on les membres de cette caste partout , dans tous les rangs de la société égyptienne , et reconnait-on dans les attributions des plus intimes fonctionnaires que, par quelques points, ils se rattachent , ou par les titres, ou par leur office , à la religion et à scs ministres. On retrouve dans quelques écrits des anciens les qualifications propres aux diverses classes des prêtres : Clément d'Alexandrie désigne , très -vraisemblablement dans l'ordre inverse de la préséance, le chanteur, l ltoroscope , ou observateur des astres , l'biérogrammate , le stolistc et le prophète. Plus anciennement, l'Inscription de Rosette nomme les pontifes, les prophètes, les stolistes, les ptéropbores , les hiérogrammates et les autres prêtres de tout ordre employés sous des titres divers dans toute l’Egypte. Enfin , en consultant les monuments, source inépuisable de documents , on peut le dire , vierges encore, la caste sacerdotale s’offre à nous avec ses ramifications infinies dans tous les rangs, et, n’en dédaignant aucun, est présente partout, au moyen d’une vaste hiérarchie qui descend par d’innom-
brables degrés de la toute-puissance du grand pontife à l’humble profession de portier des temples et des palais , peut-être même de leurs serviteurs, line nomenclature de ces fonctions nombreuses , malgré qu’elle fût fort variée , serait bien aride sans doute malgré sa nouveauté : nous la hasarderons toutefois pour ce dernier motif, et à cause de 1 authenticité des sources d’où nous la puisons, c’està-dire des monuments mêmes.
Chaque divinité avait ses prêtres comme ses temples particuliers ; il est vraisemblable que les prêtres gardaient entre eux le rang même que la religion donnait aux dieux qu'ils desservaient, et le culte de la grande divinité de Thèbes, d'Ammon, roi des dieux, étant le plus répandu , les monuments relatifs à ses prêtres devaient être les plus nombreux; ses temples devaient être les mieux dotés , ils étaient élevés dans la capitale de l’empire. C’est pour ces motifs qu’on retrouve donc, assez fréquemment des serviteursd’Ammon, et ae tous les degrés , rappelés dans les inscriptions égyptiennes. Avec les prêtres d’Ammon , elles nomment aussi des prêtres des autres dieux dTlap-mêu (le Nil), d'Osiris.de Plitha , d’Horus, de Tlioth, et des déesses Néith , Thméi , Bubastis, Souan ou Lucine.
Les monuments nous désignent aussi les grands-prêtres attachés au culte des rois, et à la fois à celui d’un dieu et d’un roi ; des rois revélus du titre • de grand-prêtre d’une divinité; enfin, les pères-prêtres ou prophètes ;
Les hiérogrammates ou scribes sacrés, chargés de l’administration des revenus sacrés, tirant leur titre du dieu honoré dans le temple où ils étaient placés : il y avait aussi les hiérogrammates des’vilies.
Les archi-prophètes , les prophètes, les prophètes de Hathdr et autres dieux ou déesses ;
Les gardiens des temples , ou attachés aux temples ; les supérieurs dan»
les divers rangs ;
Les sphraglîiistes ou scribes des victimes , chargés de marquer d’un grand
sceau les victimes propres aux sacrilices;
Les prêtres des villes , comme l était Soutimcs , dont le cercueil est au Musée de l’aris , et qui se qualifiait de prêtre de Tlièbes, chargé des offrandes faites à Ammon, à Mouthis-Ncith, à Riions et à tous les autres dieux des régions supérieures et inférieures, et qui était en même temps hiérogrammate et scribe des temples de Tlièbes;
Les hiéracophorçs, lés prêtres royaux; ceux qui étaient charges de présenter les offrandes funéraires; les libanophores , ou prêtres chargés d’offrir Fencens aux dieux ; les spondistes , ou chargés des libations ; les surveillants des temples; les fonctionnaires inférieurs attachés à leur service ; les porteurs de ttabelliun ou tlabellifcres, pour les dieux, les portiers, les décorateurs, les chanteurs, les inspecteurs. Enfin les Taricheutes , les Paraschistes et les Cholchy tes étaient les membres des rangs inférieurs de cette caste toute-puissante et employés à l'embaumement des morts :
les premiers préparaient les corps avec le natron, ou les enveloppaient de bandelettes ; les seconds étaient es inciseurt, ou chargés d’ouvrir les lianes pour extraire les entrailles, et les troisièmes avaient des (onctions relatives aussi à l’embaumement, mais peut-être plus relevées que celles des deux autres sortes de prêtres.
Plusieurs fonctions sacerdotales pou- ’ vaient être conférées à la même personne; et un monument funéraire montre un Egyptien, nommé Khonsoumosis, qui réunissait les titres de prêtre d Annnon dam Oph ( la partie méridionale de Thèbes), d’hicrogrammatc du temple de la déesse Moiithis-liouto , et de membre du collège des biérogrammates de ’I hebes.
Si l’on se fait une idée de cet ensemble de titres et d’emplois, leur nombre et leur variété , qui n’avaient très-vraisemblablement pas échappe a cette action symétrique qui organisa toutes les autres institutions égyptiennes, et qui était plus nécessaire peut-être encore dans la plus consi-
dérable de toutes , nous font concevoir l'idée d’un corps semblable à l’un de ceux qui existèrent autrefois dans notre Occident, et qui, dominant pendant des siècles toutes les rivalités, implantés à la fois dans le sol et l'opinion du pays, assez riches pour être redoutables aux grands et seeourables aux petits, se rattachaient d’une main aux puissances du ciel et de la terre , et, de l'autre, régissaient empiriquement les populations contemporaines par une habile dispersion dans tous les rangs sociaux d’adhérents lideles et intéressés, ayant, aux avantages de l’association, une part proportionnée à leurs services et a leurs mérites, et conservant dans plusieurs emplois les avantages et les privilèges particuliers à la caste puissante où ils étaient d’ordinaire inaperçus. Le cachet sacerdotal était empreint sur tous les individus introduits dans l’ordre : les serviteurs n’étaient point prêtres; mais en servant les prêtres ils participaient à tous leurs privilèges.
Les costumes étaient varies et régies en tout point comme la hiérarchie , et avec des obligations générales imposées à tous les membres de la caste ; il y avait encore les coutumes ou injonctions particulières a chaque ordre de prêtre. Nous avons donc a indiquer les prescriptions communes à la caste sacerdotale tout entière, et celles qui, spéciales aux divers ordres , servaient à distinguer chacun d'eux de tous les
autres. , , ,
Comme prescription generale aux prêtres égyptiens , 011 doit mettre au premier rang celle d’être entièrement rasés et épilés; c’était uu devoir impérieux pour eux de prendre ce soin tous les trois jours; Hérodote l’affirme positivement , et l’on sait par d autres écrivains anciens que Eudoxe, voulant fréquenter les prêtres égyptiens, se fit raser la barbe et les sourcils , et qu il en était encore d« même sous les Romains, puisque fempereur Commode se fit aussi raser la tête , afin d assister aux pompes Isiaques et d’y porter le simulacre d’Anulns. Il entrait dans cette prescription une idée de sllrete
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de pureté et de propreté corporelles que |>arnissaient exiger leeoinineree des prêtres avec les dieux et l'administration des choses sacrées. Dans les monuments égyptiens de toutes les époques, on reconnaît en effet les prêtres de tout ordre à leur tête entièrement rasée et épilée ( voyez planche 26, les prêtres portant la bari du dieu Anton , à Thèbes).
La circoncision était prescrite à tous les Égyptiens, aux prêtres comme aux autres citoyens.
En imitation de l’Egypte, le sacerdoce juifavait aussi prescrit ces mêmes régies a tous ses membres; un insecte mort sur la peau ou dans les habillements d'un prêtre juif l’exposait à des peines sévères. La propreté, et le choix des tissus pour le vêtement de certaines classes ou de certains individus, fut dans tous les temps, parmi les nations à tous les degrés d avancement , un signe très-expressif de supériorité.
L'Empte ne négligea pas ce moyen bien innocent d’influence sur les tuasses; ses prêtres, d’ailleurs exempts de toute difformité corporelle , ne pouvaient être habillés que de robes de lin; l'usage des étoffes de laine leur était défendu. On a cherché les motifs secrets d’une telle loi, et les divinations tirées des plus occultes secrets de la physique ou de la religion n'ont pas été épargnées; la laine, le poil, le crin proviennent, a-t-on dit , tl'unc source impure ; le lin naît de la terre immortelle. La vérité est que les tissus de lin procuraient des vêtements très-fins, très-légers, d’une blancheur éclatante, propres à toutes les saisons, et qui n’engendraient aucune essence immonde. Ces vêtements devaient être les plus recherchés ; ceux nui en usaient étaient donc distingués de la foule à laquelle étaient réservées les étoffes communes et grossières. En somme, la loi relative à l’habillement des prêtres leur prescrivait d'être vêtus plus proprement et plus richement que ne l'était la masse de lu population égyptienne , et si ce fut un secret politique en Égypte , il a été facilement deviné dans d'autres temps 8' l.lorahon. (Egypte. )
et dans tous les autres pays. Les anciens disent qu’il résultait de ce costume éclatant de blancheur, de la gravité habituelle de la physionomie , de la démarche et des paroles des prêtres, un extérieur imposant que complétait le repos forcé des bras et des mains habituellement cachés dans les plis des vêtements : les monuments confirment cette observation faite par les anciens. A la tête entièrement rasée et à la forme des tuniques de lin , on reconnaît "donc facilement les figures des prêtres dans les tableaux égyptiens, et ce n’est que par une erreur bien excusable aujourd'hui , que quelques auteurs ont avancé autrefois que les diverses classes de prêtres étaient distinguées par la diversité des coiffures.
Ces auteurs auraient été plus près de la vérité en parlant de quelque diversité dans le costume, diversité consistant en quelques insignes caractéristiques des rangs dans les mêmes fonctions , et surtout de la divinité dont le prêtre desservait le culte. Les prêtres portaient en effet , suspendues à leur cou , des figures des dieux ou des déesses; ils avaient dans leurs mains des enseignes sacrées et d’autres emblèmes religieux. La palette du scribe, le kasch ou roseau taillé, un papyrus roulé ou déroulé , désignent d'ordinaire un prêtre hiérogrammate , ou scribe sacré ; c’est aux prêtres de cet ordre qu'était réservée l’administration des choses sarrées , et l'on m’excusera peut-être de dire en passant que l'habitude de |ioser sa plume sur le haut de l’oreille droite n’est pas une invention du génie bureaucratique moderne : il y a trois mille ans qu’on a peint dans les monuments de Tltèbes des scriltes de divers ordres paperassant librement de leurs deux mains au moyen de ce secours emprunté à leurs oreilles. Le schenli était leur habillement habituel, courte, tunique que l’on a réservée vraisemblablement pour l’intérieur; la calasiris , plus longue et plus ample , couvrait le schenti.
Une peau de panthère jetée sur la tunique de lin caractérise spécialement les prêtres d’Osiris: elle était l'insigne
île cette classe de prêtres. D’autres se distinguaient par des pectoraux en forme de petit naos, renfermant le scarabée sacré, ou des images de divinités, la bari symbolique, les emblèmes de la vie', de la stabilité, et des ligures d'animaux sacrés. De riches colliers à plusieurs rangs ajoutaient b l’éclat du costume des prêtresses bagues ornaient leurs doigts, et leurs pieds étaient couverts et défendus par des chaussures en papyrus, ou bien en palmier, nomméfes tabtebs, ayant la forme de la plante des pieds et se terminant par de longues pointes recourbées, et attachées sur le cou-depied.
Les prêtres employaient dans toutes les cérémonies du culte divers ustensiles et instruments en matières variées, et nos musées renferment presque tous ceux dont les monuments nous montrent la figure. Les parfums offerts aux dieux étaient brûlés dans un atnschir, ou encensoir en bronze, formé d'une coupe posée sur une main sortant d’une tige de lotus. Une tête d’épervier, ou d'un autre animal sacré, termine la poignée; le manche des amschirs était quelquefois en bois sculpté. Des coffrets de même matière, incrustés en ivoire ou en bois de couleurs variées , renfermaient les rfums; des cuillers en ivoire, en is , en serpentine, en terre émaillée ou en pâte d'émail , servaient à les en extraire, et ces cuillers n’étaient point de formes muettes ou insignifiantes :
l’imagination et la piété des Egyptiens animaient tout cequ’elles produisaient ; ces cuillers à parfums imitaient donc des bouquets, des boutons, des feuilles, des fleurs ou une corlieillede lotus; une femme cueillant les tiges de cette plante sacrée ; et des animaux de divers ordres, tels que le chien, l’oie, ou une gazelle oryx. Les fouilles faites en Egypte nous ont aussi fait recouvrer quelques-uns des grands sceaux en bois qui servaient à marquer les boeufs-mondes reconnus propres à être offerts en sacrifiée , sceaux dont se servaient les prêtres sphraghistes ou scribes des victimes. De plus pe-
tits sceaux en terre émaillée servaient à marquer les victimes de plus petite taille , telles que les oies , les veaux, etc. Des couteaux de sacrifice, des tables et des vases à libation en pierres dures ou tendres , même en terre cuite, mais également ornés de sculptures ou de peintures, se voient aussi dans nos collections ; on y remarque des autels de matières et de formes varices; enfin, des vans sacrés en bronze ou en substances naturelles , espèce de grand seau à anse, el dwtiné a porter l’eau du Nil dans les cérémonies religieuses.
Ces seaux . grands ou petits , sont d’ordinaire tres-omés. Le Musée égyptien du Louvre en possède un en bronze, remarquable a la fois par sa dimension et par les sculptures dont il est couvert. La panse est occupée par un tableau représentant un prêtre scribe d’Ammon et d'Osiris, nommé Chapochomis, fils de Psammétieluis , recevant les honneurs funèbres qui lui sont rendus par son fils Pétésis , prêtre d’Ammon , lequel offre l’encens a son père , lui fait une filiation , et récite pour lui une prière qui est gravée à côté de cette scène en plusieurs lignes d’écriture hiéroglyphique. Sur d’autres vans sacrés , le tableau représente seulement le personnage auquel il a appartenu, rendant ses devoirs religieux aux divinités qui étaient l’objet particulier de ses dévotions.
A cesdétails sur l’état social de la classe sacerdotale égyptienne et sur quelques parties de ses privilèges, de ses devoirs ou de ses fonctions nombreuses et variées, il faudra ajouter encore, pour en présenter une idée moins incomplète , tout ce qu’on sait sur les pratiques intimes du culte , des cérémonies et des sacrifices; le lecteur ne sera pas prive de ces notions ; l'ordre des sujets adopté pour cet écrit a marqué leur place un peu plus loin, dans la section relative a la religion égyptienne en général.
Il ne nous reste donc qu’à dire quelques mots sur une question souvent agitée parmi les savants et qui nous semble aujourd'hui décidée par le té-
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moignnge des. moimments. Selon le rapport d'Hérodote, il n'y rut |>oint en Égypte de prétresses; ainsi les femmes v étaient exclues du sacerdoce.
{Néanmoins les cérémonies isiaques et le culte d'Isis, introduits dans le monde romain, admettaient les femmes comme prétresses , et quelques monuments de l'art continuent cette première indication. Il est vrai qu’elle est recueillie hors de l’Égypte ; mais l'inscription de Rosette, qui' est toute de formule égyplienne, nomme expressément des femmes prêtresses, telles que Pyrrha , qui remplit les fonctions d’athlbphore de la reine Ilérénice-Évergète; Aréia, ranéphore d’Aninoé Phitopator; enlin , Irène , prétresse de la même reine Arsinoé. D’autres actes du règne des Lagides en Égypte fournissent des notions absolument semblables et nomment des prétresses des diverses reines qui jouirent après leur mort des honneurs divins.
Dira-t-on que l'inscription de Rosette est de PÉgypte grecque et d’une époque assez postérieure à Hérodote?
Dès lors nous invoquerons les monuments qui sont à la fois d’origine égyptienne pure et bien antérieurs aux temps de l’historien grec. Telle est une stèle du Musée royal du Louvre, où le roi Thouthmosis III, de la XVIII* dynastie , est suivi de la princesse Mouthétis, sa sœur ou sa tille, qui est qualiliée de prêtresse des déesses Mouthis et Hathor, et qui fait ses adorations à la première de ces deux divinités. Dans plusieurs autres monuments du même musée , les femmes et les tilles des prêtres portent des titres religieux qui pouvaient être quelque chose de plus qu’une simple qualification sociale. Il fallait aussi que les filles des prêtres eussent quelque part aux privilèges de la caste à laquelle elles appartenaient irrévocablement, et les déesses avaient besoin aussi de prêtresses de divers ordres pour leur service. Aussi voit-on que dans un tableau funéraire Ténési , fille du prêtre du soleil Osoroéris, prend la qualité de servante d’Amon-Ra , que sa mère, femme decenrétre, portait aussi. Dans
un manuscrit également funéraire , oii lit les prières pour Thaouaisis , autre servante d’Arnon-Ra, titre religieux commun peut-être aux femmes et aux filles des prêtres, en attendant que , comme la lille ou la sœur du roi Thouthinosis, elles fussent employées effectivement au culte d’une déesse, qu’elles entrassent réellement dans le sacerdoce et obtinssent le titre et le rang de prêtresse. Ainsi , en la question présente, il est difficile d’accorder le témoignage des monuments antérieurs et postérieurs à Hérodote , qvec l’assertion si positive de cet historien , d’après laquelle le sacerdoce en Égypte aurait été interdit aux femmes : les faits ici énumérés autorisent à croire le contraire. On sait aussi que, dans les familles royales et sacerdotales, les filles étaient vouées dès leur bas âge au culte des divinités ; les reines prenaient le titre d'épouses d’Amman , et la sépulture de plusieurs de ces reines ainsi qualifiées existe encore dans une vallée de Thèbes, non loin du Rhamesseum occidental. On est donc fortement induit à adopter une opinion contraire àcelle d’Hérodote, et à croire ue les femmes ne furent pas exclues u sacerdoce, qu’elles y parcouraient à divers titres une hiérarchie de fonctions variées qui les élevaient au rang et aux fonctions de prêtresses, soit des déesses, soit des reines divinisées.
les dispositions générales de la constitution delà classe sacerdotale furent sans doute obligatoires pour les prêtresses, comme elles l’étaient pour les prêtres ; l’objet que les statuts avaient principalement en vue, c’était la considération nécessaire à cette caste, véritable ordre religieux dans ses fonctions extérieures, mais réellement corps politique par son concours nécessaire dans iesaffaires principales de l’état, par son influence inévitable même dans les plus minimes, et surtout par sa constitution territoriale. La loi voulait lui faire cette considération en lui prescrivant la pratique de toutes les vertus; la piété envers les dieux et la patrie, l’accomplissement régulier de tous les devoirs religieux , la lidélité à