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la loi et nu pnnce, la bonne administration des affaires publiques , la science, la frugalité, la modestie, la retraite et la bienfaisance.
Ce que l'histoire rapporte de ces
firétres, Hérodote, qui a vécu famiièrement avec eux pendant que l'Égypte était sous la domination des Perses , le confirme par son témoignage formel. » Du reste, ajoute-t-il, les prêtres jouissent, en retour de leurs nombreuses obligations , de beaucoup d'avantages. Ils n'ont aucun soin domestique, ni aucune dépense à faire; les mets consacrés leur servent de nourriture, et chaque jour on leur présente en abondance die la chair de boeuf et des oies. On leur fournit en outre du vin de raisin ; mais il ne leur est pas permis de manger du poisson.
I.es Égyptiens ne sèment jamais des fèves dans leurs champs , et si quelques-unes y croissent naturellement , ils ne .doivent les manger ni crues, même ni cuites ; les prêtres ne peuvent en supporter la vue , et ils les considèrent comme un légume impur. »
Hérodote confirme aussi l’existence des divers collèges de prêtres, chaque divinité ayant le sien, qui était régi par un prêtre-chef ou grand-prêtre de collège , dignité également héréditaire comme tous les degrés du sacerdoce , sans en excepter le pontife suprême , chef de la hiérarchie religieuse , dont le centre était dans la capitale de l’empire et dans le temple de sa grande divinité , le temple d’Ammon à Thèbes.
Ce pontife suprême était traité par sa caste à l’égal des rois, et le même temple, où l'autorité publique déposait la série chronologique des statues des souverains , rerélait aussi la série chronologique des statues des grandsprêtres. Ilecatée de Milet, qui visita l'Égypte avant Hérodote, se vantait devant les prêtres d'Ammon de sa généalogie qu’il attachait a un dieu par son seizième ancêtre; les urètres se moquèrent de son origine divine à la seizième génération, en lui montrant plus de trois cents générations successives d'hommes, représentées par autant
de statues de grands-prêtres déposées dans le temple par chaque pontife de son vivant. l’Ius tard , ils montrèrent 341 de ces statues à Hérodote, et en les lui comptant l'une après l'autre, commençant par l’image du grandprêtre dernier mort, ils lui firent remarquer que chacun de ces personnages avait succédé à son père jusqu'au plus ancien.
Sans nous arrêter à discuter cette série de 341 générations d'hommes, dont la durée est estimée dans le récit d'Hérodote à i 1,340 années, et pendant laquelle, disaient les Élgyptieus à l'historien grec, le soleil s’était levé deux fois au point où il se couche d'ordinaire, et s'était couché deux fois au point où il se lève ( phénomène bien ou mal observé, bien ou mal énoncé par les prêtres , bien ou mal compris par le voyageur , et que tant de savants modernes ont vainement tenté d'expliquer plausiblement), nous ferons remarquer, par occasion, et dans l'intérêt des recherches nouvelles que le rapport merveilleux des prêtres égyptiens ne manquera nas d'exciter encore, que l'estimation de la durée de ces générations, à raison de trois pour un siècle , est éminemment erronée , et qu'Ilérodote , à qui elle parait appartenir , a mal à propos appliqué à l’Orient une règle qui n'était lionne ue pour la population de la Grèce et es autres contrées de l'Occident , là où généralement les hommes se marient vers l'âge de trente ans ; et comme il en était autrementen Égypte, où la puberté et les mariages étaient bien nuis hâtifs, l’estimation de la durée des 341 générations est exagérée dans Hérodote, et ce sera dans un intervalle moindre que celui de 11,310 années que se seront manifestés les phénomènes solaires, vraisemblablement inexplicables, qu'on a si inutilement cherché et qu’on cherchera encore à expliquer, d'après la relation d'Hérodote, peut-être même d’après l'élément nouveau que notre observation fournit à l’examen de cette antique, tradition. Et pour ne rien omettre de ce qui peut être utile à cet examen ,
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peut-être à jamais oiseux et stérile , nous ajouterons que nos reclierches sur des générations réellement historiques, certaines et nombreuses des monarques égyptiens , ont porté à 28 ans au plus fa durée des générations humaines pour l’Égypte , ce qui donnerait au calcul d’Uerodote une exagération de près de 1800 ans. Mais il est peut-être plus raisonnable de ne voir dans ces chiffres et ces générations qu’un de res nombres, en quelque sorte religieux , consacrés , du moins par la cosmogonie et les chroniques nationales, comme tels autres (nie la tradition nous a conservés , l'ancienne chronique entre autres qui, supputant les temps connus de l'Égypte, fixe la durée du règne des dieux et des rois à 36,525 ans , et ce nombre contient exactement la durée de 25 périodes sothiaques de M6l années cliacuue, temps de la révolution des deux années solaires, la vague et la fixe, et après lequel les deux années recommençaient le même jour. Si donc une idée 'semblable était entrée dans la supputation des 341 générations d’hommes dont les prêtres d’Égypte parlèrent si haut à Hécatée comnie à Hérodote, on ne pourrait aujourd'hui la retrouver ni avec les nombres d’Hérodote , tels qu’ils nous sont parvenus , ni en portant la somme à 26 ans de plus, comme l’exigent les éléments mêmes de son calcul; et la plus grande approximation entre le nombre exprimé îles générations et le nombre des périodes de 1461 ans, donnera les deux nombres 10,230 ans, somme de 34 1 générations à 30 années pour cliacune, et 10,227 ans, somme de sept périodes de 1461 années.
Quelque oiseuses et stériles aussi que puissent êlrc ces indications, il reste le fait principal que nous avons recueilli du récit ü Hérodote, qui a vu dams le temple d'Ammon à Thèbes le lieu où étaient conservées les statues colossales en bois, des grands-prêtres chefs de la hiérarchie sacerdotale en Égypte. Ces statues devaient recevoir au moins las mêmes honneurs que celles des ancêtres des autres familles con-
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siüérahles qui conservaient fidèlement les images de leurs aïeux. Érigées et consacras au nom des lois , celles des grands-prêtres , placées à coté de celles des rois , étaient également d’imposants accessoires des annales publiques; on réunissait ainsi à l'effigie des rois la relation de leurs bonnes actions, car les prêtres étaient à la fois les dépositaires des archives et les écrivains des annales qui en étaient extraites. On sait ce que le judicieux Hérodote pensait de l'esprit et du caractère des Égyptiens, appliqués à la recherche des faits relatifs a leur propre histoire ; « ils sont très-soigneux, dit-il , de conserver le souvenir des événements , et ils me paraissent de tous les peuples que j’ai connus , les plus instruits en faits historiques. »
Après cette dernière assertion d’Hérodote , qui a tant et tant questionné les prêtres égyptiens et sur leur propre histoire et sur celle des peuples etrangers à l’Égypte , on ne sera, pas surpris qu’un si'uon esprit, frappé à la lois de leur science et de l'antiquité de leurs annules, les ait aussi interrogés sur les faits les plus anciens et les plus mémorables de l’histoire de la Grece. « J’ai cru, dit-il encore, devoir demander aux prêtres égyptiens leur opinion sur ce que les Grecs racontent de la guerre de Troie, et s’ils le regardent comme vrai ou comme controuvé. » Ils lui répondirent et sur le rapt d’Hélène et sur la prise de Troie , et sur le voyage de Menélas en Égypte, des choses si positives et à la fois si conformes à l’ordre ordinaire des choses humaines , qu’Hérodote n’hésita pas à donner la préférence à la relation historique des prêtres sur la relation merveilleuse d'Homère; ■ il me semble, ajoute-t-il, qu'Homère n’a pas ignoré ces faits, mais comme ils ne s’accommodaient pas heureusement avec le plan de son épopée, il a adopté une autre version, en laissant apercevoir cependant qu’il était instruit de la narration égyptienne; » et cetle réflexion si sensée est une preuve de plus de cette appli-
cation constante d’Hérodote à la recherche attentive de la vérité. Au souvenir des brillants et poétiques récits d'Homère, qui sont présents à l'esprit de tous nos lecteurs, ajoutons ici •'histoire de la destruction de Troie d’après les annales égyptiennes i et telle qu'Hérodote nous l'a transmise.
Pâris enleva Hélène de Sparte, et voulut la conduire à Troie; mais des vents contraires qui s’élevèrent pendant qu’il traversait la mer Egée le jetèrent dans celle d’Égypte. Ces vents ne s’étant pas calmés, us le forcèrent d’aborder a la côte, et d’entrer dans le Nil par la bouche de Canope pour débarquer aux Tarrichces. Il y avait alors sur le rivage, comme il y exista de tout temps, un temple consacré à Hercule, avec droit d'asile. Un esclave, quel que fût son maître, qui s’y réfugiait et consentait à se donner au dieu en se laissant imprimer sur le corps une marque sacrée, y était à l’abri de toute poursuite; et ce droit d’asile, comme le temple, existaient encore du temps d’Hérodote.
Quelques domestiques de Pâris, instruits de ce privilège, abandonnèrent leur maître, et se réfugièrent dans le temple. IA , assis en suppliants, ils se déclarèrent les accusateurs de Pâris; et , dans le dessein de lui nuire, racontèrent en détail ce qui s’était passé à l’égard d’Hélène, et l’injure qu'il avait faite à Ménélas. Leur accusation et leurs plaintes furent entendues du prêtre du temple, chargé de la garde de la bouche de Canope , et dont le nom était Thonis. Informé de ces faits , le prêtre envoie , en toute diligence, un exprès pour informer le roi de l’arrivée d’un étranger, Troyen d'origine , qui vient de commettre en Grèce un grand forfait. Il a séduit la femme ac son hôte et l’emmène avec lui ; ses vaisseaux portent de grandes richesses : les vents l’ont forcé d’aborder en Egypte; doiton le laisser tranquillement se rembarquer, ou bien lui reprendre tout ce qu’il emporte? Le roi répondit :
« Emparez-vous de cet étranger accusé d’une si cruelle injure envers
son hôte, et amenez- le devant moi.
alin que je sache de lui-mêine ce qu'il |>cut alléguer en sa faveur? »
Thonis ayant reçu ces ordres, lit arrêter Pâris et retint ses vaisseaux ; il le mena ensuite, avec Hélene, à Memphis, où l'on conduisit aussi toutes les richesses trouvées sur les vaisseaux, et même les domestiques qui s'étaient réfugiés dans le temple. Lorsque tous furent rendus à Memphis, le roi demanda à Pâris qui il était et d’où il venait. Le prince déclara , sans difficulté, sa naissance, le nom de sa patrie, et son voyage. Mais le roi ayant voulu savoir eusuite où il avait pris Hélène, il commença à hésiter dans scs réponses et à s’écarter de la vérité. Alors on fit paraître les suppliants d’Hercule, qui donnèrent tous les détails du crime. Enfin, le roi prononça ces paroles : « Si je ne considérais pas comme mon premier devoir de ne jamais faire périr aucun des étrangers que les vents forcent d’aborder dans mes états , je vengerais sur toi , ô le plus scélérat des hommes ! l’injure que tu as faite aux Grecs en commettant, nu sein de l'hospitalité, un forfait aussi impie; je te punirais, toi qui, non content d’avoir profane le lit de ton hôte , lui dérobes sa femme séduite par tes ruses, et fuis encore, insatiable dans tes crimes, chargé des dépouilles de la maison qui t'a reçu. Cependant, comme avant tout ilm'importe de n'avoir pas a me reprocher la mort d’un de mes notes, je me bornerai à t’empêcher d ^emmener plus loin cette femme; el jes richesses dont tu t’es emparé, je les garderai pour le Grec qui t’a donne l'hospitalité, et je les lui remettrai dès qu’il viendra lui-même les reprendre. Quant à toi , et à ceux qui montent tes vaisseaux, je vous donne trois jours pour sortir de mes états et gagner la haute mer. Si vous n’obéissez , je vous trairerai comme mes ennemis. » Pâris obéit au roi , et quitta l'Égypte ; Hélène y fut retenue avec ses richesses.
Mais les Grecs, comme les prêtres égyptiens déclaraient le savoir d’après
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une tradition venant de Ménélas luimême, les Grecs, à la suite du rapt d'Hélène, assemblèrent une année qui arriva dans la Tcucride pour soutenir Ménélas ; cette armée , après être débarquée, établit son camp, envoya des députés à Troie; Ménélas lui-même fut du nombre. Cette députation , reçue dans l'enceinte des murs de la ville, réclama Hélène, ainsi que toutes les richesses que Péris avait dérobées et emportées avec lui, et demanda, en outre, vengeance de l'injure faite aux Grecs; niais les Troyens répondirent alors ce qu’ils ont toitjours soutenu depuis, soit sous la foi du serment, soit dans leurs discours ordinaires, que ni Hélène, ni les richesses redemandées ne se trouvaient en leur pouvoir; que ces trésors, et Hélène elle-même , étaient en Egypte , et qu'il serait injuste de les rendre responsables d'objets que le roi d’Egypte tenait en sa possession. Mais les G recs, ajoutent les Égyptiens, ayant pris cette réponse pour une raillerie, firent le ■iege de la ville, finirent par la prendre; et après s'en être rendus les maîtres , comme ils n'y trouvèrent pas Hélène , forcés alors d’ajouter foi aux premières paroles des Troyens, ils renvoyèrent Ménélas en Égypte.
Ménélas s'y rendit donc; et après avoir remonté le Nil , il arriva dans Memphis, où il se fit connaître; il fut traité avec les plus grands honneurs, comme un hôte distingué, et on lui remit, avec Hélène qui n'avait point eu à se plaindre de son séjour en Égypte, les richesses qui lui appartenaient.
los Égyptiens disaient ensuite que Ménélas /malgré tant de services, se rendit coupable d'un sacrilège , et que , poursuivi par les Égyptiens, il remonta précipitamment sur ses vaisseaux et s'enfuit en Libye. Les prêtres égyptiens ne savaient pas ce que Ménélas devint après cette fuite, mais ils assurèrent que tout ce qu'ils venaient de raconter au sujet des trésors d'Hélène, ils le savaient d'une manière certaine , soit par les recherches qu'ils avaient faites, soit comme des évé-
nements qui avaient eu lieu dans leur propre pays.
Et pourquoi auraient-ils ignoré les Grecs, Troie et le bruit de la destruction de l'empire de Priant, quand à cette même époque la renommée des Égyptiens, de leurs armes , de leur civilisation , avait pénétre dans toutes les parties de l'Asie; quand leur puissance, assez révélée par leurs richesses et la magnificence de leurs monuments, était si intéressée à fréquenter tout le bassin oriental de la mer intérieure et l'Archipel, qui n'en est qu'un appendice.
L’active mais discrète curiosité des Égyptiens leur avait appris les nations voisines , leur puissance et leurs intérêts, et jusqu'à leur physionomie?
Dans les tableaux emblématiques qui décorent les tombeaux de leurs rois, ils ont habituellement représenté, avec, une bien remarquable précision , les habitants de l’Égypte et ceux des contrées voisines: le dieu Ilorus, le pasteur des peuples , marche à leur tête ; les Occidentaux y figurent après les Asiatiques, et les Ioniens y sont nominativement mentionnés.
C’est un Ionien que représente la ligure 6 de notre planche 1 1 ; c'est une famille absolument grecque de physionomie et de costume que reproduit une précieuse peinture, encore existante dans un des tombeaux de Beni-llassan , où l’on voit une femme, couverte d’une tunique , poussant devant elle un âne qui porte deux jeunes enfants dans des paniers , et sous la protection d'un homme habillé de la chlamyde grecque, et tenant d'une main l'antique lyre grecque à trois cordes, et de l’autre un bâton.
Tout ceci est grec , puisqu'il est écrit au-dessus, en signes alphabétiques, louni, Ioniens; et ces figures de Grecs, peintes exactement par les Égyptiens, remontent incontestablement a plus de quatre cents ans au-delà du temps des aventures d’Hélène et des malheurs de la famille de Priant.
Hérodote savait sans doute aussi bien que nous les, antiquités de la Grèce et celles de l'Égypte; on ne doit pas être surpris dp la confiance qu’il
accorde h la narration cgvptienne ; et cherchant jusque dans Homère les faits les plus propres à In justifier , il rappelle que ce poète convient que Pâris, forcé par les vents d'errer en divers lieux , aborda avec Hélène à Sidon, en Phénicie, limitrophe de l’Égypte; qu’il en emporta des toiles peintes de diverses couleurs, précieux ouvrages des femmes de cette industrieuse cité; qu’Hélène possédait plusieurs remèdes utiles que lui avait appris la femme du prêtre Tnonis,deCanope, le même dont les Égyptiens disaient le nom à Hérodote ; enfin que Ménélas avouait à Télémaque que les dieux l’avaient retenu long-temps en Égypte.
Dans tous ces passages , dit Hérodote, Homère manifeste qu’il avait connaissance des courses de Péris et de son débarquement en Égypte; et si, continuait-il, Hélène avait été en effet clans Troie quand les Grecs menaçaient la ville, certainement elle leur aurait été rendue avec ou sans le consentement de Péris; car comment croire l’riam et ses parents assez insensés |K>ur mettre en danger leur existence , celle de leur famille et de la ville entière , afin de favoriser les crimes de Péris? Après même une telle résolution , si elle avait été prise d’abord , auraient-ils persisté quand tant d’illustres Troyens, tant d’enfants même de PriaiD succombaient sous le fer des Grecs? Comment aussi expliquer la détermination d’Hector , heritier de l’empire , se sacrifiant à la défense d’un frère coupable et auteur de tant de maux? Les Troyens eux-mêmes s’y seraient unanimement soustraits en rendant Hélèoe, s’ils l’avaient pu; mais elle avait été retenue en Égypte , et l’obstination des Grecs à ne pas le croire ne put être que l’ouvrage des dieux ; ils voulaient manifester aux hommes que les grands crimes attirent toujours les grandes vengeances. D’après ces précieuses traditions historiques , Hérodote aurait donc recueilli en Égypte l’histoire de Troie ; et Homère,' qui l’avait aussi connue, en avait compose une épopée : son génie en créa tout le merveilleux . et en fit
un ouvrage peut-être sans modèle , et certainement sans rival. Du reste, il faudrait nier tons les rap|>orts de l’Égypte avec la Grèce dans les temps primitifs de ses annales, et les Grecs eux-mêmes les ont assez reconnus et proclamés, pour refuser aux prêtres égyptiens toute notion certaine sur l’histoire des Grecs, leurs élèves : les Grecs eux-mêmes nous ont appris qu’Homèrc vit et connut l’Égypte, et conféra avec ses prêtres, dépositaires des sciences et de* archives humaines.
Mille fois Hérodote révèle les emprunts de toute nature que leur firent les Grecs.
Au contraire, dit encore Hérodote, les Égyptiens n’ont adopté aucune des institutions des Grecs; et s’il existe h Chem mis, dans le nome de Tlièbes, un temple consacré à I’ersée, fils de Danaé, et en l’honneur de ce héros des jeux gymniques , c’est parce que l’ersée descendait de Danaüs et de I.yncée, habitants de Chemmis, et qui avaient autrefois passé en Grèce.
I.es prêtres égyptiens connaissaient très-bien l’histoire des premiers philosophes de la Grèce , et des traditions sur leur séjour et sur leurs recherches en Égypte y étaient soigneusement conservées. Ces prêtres affirmaient que c’est à eux-mêmes qu’( )rphéc avait emprunté les mystères qu’il institua en l’honneur de' Bacchus et de Cérès, quÿ n’étaient que l’Osiris et l’Isis de l’Égypte, et que sa fable des enfers n’était qu’une parodie des cérémonies funéraires qu’il avait vu pratiquer par les Égyptiens. Il s’en trouvait meme parmi eux qui affirmaient
Î|u'Orphée rt Amphion étaient nés sur e bord du Nil. Les vers d’Hésiode abondent en idées égyptiennes travesties. Pvthagore apprit en Égypte tout ce qu’il parvint a savoir, et il sut beaucoup de choses très-positives, et guelques-uncs qui l’étaient un peu moins. Ses préceptes sur les principes de la philosophie naturelle, sa doctrine des nombres, ses mystères sur la science, sur la morale, sur l’origine du monde, ses symboles et ses énigmes, tout est égyptien dons cet
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élève des prêtres do l'Égypte, si dis- munications qu’ils arrachèrent à la tincué d'ailleurs, et si chéri par ses réserve habituelle des urètres égypmaitres, dont le plus illustre fut Far- tiens. Ils ne révélaient pas leurs luysrhiprophète Soncnès. Solon, Thaïes de tères à toute sorte de personnes, dit Milet apprirent d'eux aussi tout ce Clément d'Alexandrie ; ils ne portaient qu'ils enseignèrent à la Grèce. Nous pas les choses divines à la connaissance connaissons les maîtres égyptiens du di- des profanes, mais seulement des pervinPlaton ; Proclus nomme comme tels sonnages destinés au trône, et de ceux Patéoéîth , Ochaaps d’Héliouolis, Éty- d’entre les prêtres qui étaient les plus monde Séhennvtus : l'histoire nomme distingués par la naissance, l'éducaencore Sechnouphis d'Héliopolis. On tion ou la science. Et Eourier, dans montra à Strabon le collège où Eu- cet écrit si justement admire , où doxe et Platon avaient étudié à Hclio- Eontane trouvait, avec tant de raipolis; et je ne sais quel prêtre de son , la grape d’Athènes réunie a la sal’une de ces villes savantes lui répétait gesse de l’Egypte , a résumé toutes ees quelquefois : « O Platon ! Platon ! vous pensées de l’antiquité sur la puissance « autres Grecs, vous n’ètes que des du sacerdoce dans l'Egypte , quand il „ enfants! » a dit que sa religion, unie à l’étude
Eudoxe reçut aussi à Héliopolis les des phénomènes naturels , était en leçons du prêtre Conuphis; et bien même temps intellectuelle et physique, d’autres Grecs s’instruisirent a la qu’elle ne révélait qu’a quelques esinéme école : Eudoxe et Platon étaient prit* sages les principes abstraits de allés ensemble en Égypte ; on montra la morale , et les offrait a tous sous à Strabon ta maison qu’ils avaient des formes sensibles. La Grèce ne habitée, et on lui dit que ces deux comprit peut-être pas complètement philosophes avaient passé jusqu’à treize ces deux parties de cet admirable sysannées dans cette ville célèbre par terne , si approprié a l'insuffisance orson collège sacerdotal ; qu’ils v avaient dinaire de l'intelligence, humaine , et vécu dans le commerce habituel des qui, par la forme ou par le fond, insprêtres; qu’à force de temps et rie pire invinciblement aux esprits de
prévenances , ils obtinrent enfin de tout ordre les pratiques ou les convie-
ns doctes ministres de In science et tions, les actions et les pensées les de la divinité , très-instruits en astro- plus utiles a 1 ordre social et au bonnomie, mais d’habitude très-mysté- netir de I homme, rieux et peu communicatifs , la con- r*e tous les éleves des doctrines naissance de quelques théorèmes ; mais égyptiennes, le plus célébré est Moïse, que les prêtres leur cachèrent la plus le législateur des Hébreux. On congrande partie de ce qu’ils savaient, naît les merveilles de sa naissance
notamment la méthode des intercala- et de son éducation. Protégé par la fille
tions qui donnaient h l’année civile du roi d'Egypte, élevé dans le palais du une durée égale à la révolution so- souverain, au scindes magnificences laire , intercalation ignorée des Grecs , d’un grand empire, U fut instruit dans ajoute Strabon ainsi que bien d’au- toute la sagesse des égyptiens , et detrès choses , jusqu’à ce que des astro- vint puissant en paroles et en < ouvres.» nomes (modernes au siècle du voya- Les autorités ne manquent pas sur In geur ) l'eussent connue au moyen des véracité de 1 histoire de Moïse , même traductions en langue grecque des mé- dans I antiquité profane. Strabon leeonmoires rédigés par les prêtres égvp- sidère comme un prêtre égyptien qui, tiens, mémoires où les astronomes voulant bannir les animaux vivants des puisaient encore de son temps, ainsi cérémonies religieuses .essaya de ehanirue dans les écrits des Chaldéens. Pla- ger les formes du culte public. Justin ton et Eudoxe furent donc redevables disait que Moïse avait reçu de la naà celte persévérance que leur donnait tore les plus rares qualités, et, cornun ardent désir de savoir, des com- nie son ancêtre Joseph, le don dex-
pliquer les songes et de faire des prodiges, étant également instruit dans la science humaine et les secrets des dieux. On prête A Manéthon un jugement fort sévère sur Moïse : on lui fait dire qu’une populace lépreuse et misérable, condamnée aux plus vils comme aux plus pénibles travaux , à creuser des canaux, à élever des chaussées, fut enfermée dans l’enceinte d'Aouaris, construite quelques siècles avant par les Pasteurs, et que, désireux de se soustraire à un honteux esclavage, ils élurent pour chef un prêtre d’iléliopolis, nommé Osarsiph, qui leur donna un culte nouveau, et, changeant de nom, prit celui de Moïse. Diodore de Sicile rangea néanmoins le législateur des Hébreux parmi les hommes d'une prudence consommée, d'un courage à toute épreuve , et qui , chef d'une peuplade étrangère à l’ Egypte , où elle était esclave, l’en lit sortir, la conduisit dans le désert voisin , lui donna des lois , secondé par le concours des hommes les plus capables, qu'il institua à la fois prêtres et magistrats , conservant pour lui-même l'autorité suprême, dont il était digne par sa science, comme par son caractère, lorsque l’Age était venu , il avait, en effet, étudié dans les collèges sacerdotaux de l’Égypte, et dre maîtres les plus distingués, dit Clément d’Alexandrie , l'arithmétique et la géométrie , le rhvthme et l’harmonie , la médecine et" la musique. Moïse s’adonna en outre à l’étude de cette partie de la science qui s’exprime par des symboles et les signes hiéroglyphiques, ce qui ne peut laisser dans l’esprit u'autre idée que la connaissance de la partie symbolique de l’écriture sacrée des Egyptiens; et saint Justin, martyr, autorise en effet cette interprétation des paroles de Clément d'Alexandrie, qui écrivit deux siècles après Justin. Celui-ci, dans ses Questions aux orthodoxes, se demande » Pourquoi Moïse, s’il a été instruit dans toute la science égyptienne, ne s’est pas adonné A l’astronomie , à la géométrie, à l’astrologie et aux autres études analogues ; à quoi il fait cette
réponse : Moïse ne s’occupa que de la science la plus élevée, car l'astronomie, l’astrologie et la géométrie passèrent chez les Egyptiens pour des études vulgaires et peu relevées : on attachait, au contraire, un grand prix aux études hiéroglyphiques , que l’on enseignait dans les sanctuaires, non au premier venu du vulgaire, mais A des gens choisis et excellents. » Enlin, il était de tradition écrite dans l'antiquité , que Moïse avait reçu une éducation toute royale, qu’il fut à la fois prophète, législateur, militaire, politique et philosophe, tout ce qui est nécessaire pour être roi , disent les anciens ; et l’on sait avec quels avantages il lutta plus tard de merveilles et de miracles contre les sages et les enchanteurs du Pharaon , de qui il voulait obtenir la délivrance de ses frères d’Israël. II battit les Égyptiens avec leurs propres sciences, et sa renommée est restée attachée A une des plus mémorables époques de l’histoire des nations orientales.
Tous ces hommes illustres de l’antiquité , qui influèrent si directement sur leur siècle et sur leur pays , s'instruisirent en Egypte ; ils sont , dans l’ordre des progrès de la philosophie, les glorieux intermédiaires entre les premiers instituteurs de l’homme et ceux qui , dans les temps modernes , ont abaissé par d'immortels efforts, les dernières barrières devant l’intelligence humaine. L’Europe civilisée profite encore des connaissances que l’Égypte transmit A tant de nations anciennes, et dont la caste sacerdotale fut si long-temps la dépositaire fidèle et toute-puissante.
S’il était en effet nécessaire d’ajouter quelques considérations nouvelles A tous les faits qui nous révèlent hautement cette puissance infinie de la caste sacerdotale en Égypte, sa constante influence sur les mœurs et les lois, sur les coutumes publiques ou les habitudes domestiques, et le précieux appui qu’en retirait l’autorité royale pour maintenir les peuples dans l’amour de l’ordre et l’obéissance, il nous suffirait de rappeler
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que cette même caste avait de longue main préparé et habitué la population à cette influence, sans doute par la pratique des plus rares vertus et par la profusion des biens les plus utiles à l'homme policé, mais surtout en inculquant dans tous les esprits , en les révélant oralement aux plus sages, en les exprimant sous des formes sensibles aux yeux des plus bornés , les préceptes d’û ne morale épurée, source de tous les dogmes salutaires et consolants, et qui proclamait l’unité de Dieu , l’immortalité de l’aine , les peines et les récompenses d’une autre vie.
Cette croyance qui mêlait sans cesse la terre avec le ciel , et l'homme avec Dieu, dans les mystères d'une religion où l’on puisait à la fois les plus utiles préceptes d’hygiène publique , et la règle des nobles actions et des vertueuses pensées, était empreinte dans tous les cœurs, écrite dans tous les livres, exprimée figurativement sur les monuments publics. On ne pourrait, sans errer, contester à l’Égypte ces sublimes résultats de sa longue étude de l'homme et de l’univers. Ce fut en Egypte, «lit un écrivain chrétien du premier siècle, qu’Homère et Platon apprirent ce dogme de l’unité de Dieu ; et un autre savant père grec ajoute que l'autre dogme , celui de l’immortalité de l'ame , a passé de l’Égypte chez les Grecs , que Platon l'apprit de l’vthagore, et beaucoup d’autres de Platon.
Les transmigrations successives de l’âme séparée de l’homme qu’elle a animé sur la terre, idée propre à l’Égypte dès ses primitives institutions, ne Fut mie le tableau des épreuves que cette divine émanation avait à subir alin d’arriver à l’infinie perfection , qui devait être le but constant de ses vertueux efforts. La prévoyance qui caractérisa la population égyptienne nous a transmis le tableau complet de ces épreuves redoutables, dans le rituel des cérémonies imposantes que prescrivait ie code des lois religieuses pour ces longues et difficiles épreuves.
Ce tableau est généralement connu sous le nom de Rituel funéraire ; les
copies originales n’en sont point rare», mais il n’en existe qu’un très - (ietil nombre de complètes. Écrites en signes hiéroglyphiques ou en signes hiératiques, ces copies sont également reconnaissables à une suite de scènes qui sont peintes au haut des colonnes ou pages du manuscrit , et qui nous montrent un personnage de forme humaine comparaissant successivement en la présence d’un assez grand nombre de divinités auxquelles fl fait des offrandres ou adresse des supplications.
On voit parfois, mêlé avec les pages d'écriture , un tableau d’agriculture, où le même personnage laboure, seine et moissonne dans des scènes variées ; enfin la deuxième partie du livre est terminée par un autre grand tableau , où un assez grand nombre de personnages occupent la scène : c’est la représentation du jugement même de l’ame , c’est le sujet reproduit sur notre planche 20.
Ce rituel funéraire, quand il est complet, est composé de trois parties; on en connaît plusieurs exemplaires, tous en rouleau , et qui n’ont pas moins de 30 à 40 pieds de longueur, sur un à deux pieds de hauteur. Le titre général de l'ouvrage est celui-ci : Livre des Manifestations a ta Lumière. Dans les temps de la splendeur de l'empire égyptien, on en plaçait auprès de chaque corps embaumé une copie plus ou moins complète, plus ou moins soignée , selon la qualité du personnage, soit la première et la deuxième subdivision, soit la deuxième et la troisième, ou enfin quelques chapitres seulement, ce qui arriva surtout dans les momies les moins anciennes. Cet ouvrage religieux, qu’on peut assimiler à nos livres de prières appelés Heures, et dont on met aussi un exemplaire dans la bière chrétienne, est un recueil très-étendu des formules relatives à l’embaumement, au transport des morts dans les hypogées, et il contient une foule de prières adressées a toutes les divinités qui pouvaient décider du sort de l’ame , soit dans l’enfer, où elle était jugée, soit dans les régions mystiques qu'elle
tu
devait habiter avant de recommencer le cours de ses transmigrations.
Un des rituels en caractères hiéroglyphiques, du Musée royal du Louvre, est un extrait des diverses parties du livre des Manifestations à ta Lumière; il est orné de peintures coloriées avec beaucoup de soin , et il appartient à la momie d’un prêtre graihmnte, ou secrétaire de justice, nommé Névoten.
La grande scène initiale représente ce magistrat, vêtu de blanc, suivi de sa mère Amenhem-hèb, et de sa sreur Hnisannoub , faisant les offrandes au dieu Osiris , assis sur un trône dans un naos richement décoré. Le texte qui suit ce tableau religieux est extrait de la première partie du rituel , et contient les prières relatives au transport de la momie du défunt dans l’hvpogée de sa famille , cérémonie retracée avec détail dans la longue vignette placée au-dessus du texte. On voit, au centre de cette composition , la momie de Névoten , étendue sur le lit funèbre placé dans une barque portée sur un traîneau que tirent quatre boeufs. La mère du défunt, Amenhem-hèb, les cheveux épars et la tunique souillée en signe de deuil, pleure sur la momie de son fils. Deux femmes, figurant les déesses Ncphthys et Isis, vêtues de rouge, veillent à la tête et aux pieds du mort. A côté de la barque funèbre est un prêtre d'Osiris , reconnaissable à la peau de panthère qui le couvre , ainsi qu’à l’encensoir et au vase à libation qu'il porte dans ses mains. Quatre hommes conduisent sur un second traîneau un grand coffre noir , en forme de naos , renfermant les vases funéraires qui contiennent les viscères et les intestins du défunt, embaumés séparément.
Le dieu Anubis, à tête de schacal, prend possession de ce cofTre funéraire que suivent immédiatement les parentes du mort , échevelées, vêtues de tuniques souillées de cendre ou de poussière. A la suite de ces femmes qui se lamentent, comme l'indique la position de leurs bras , viennent les parents ou les amis de Névoten , en
habit de deuil , et tenant un long bâton dans leurs mains. Dans la dernière partie de cette curieuse peinture, près d’un amas d'offrandes de divers genres, on remarque la mère du délunt disant le dernier adieu à la momie de son fils. l.e prêtre d'Osiris accomplit les dernières cérémonies sur la momie dressée devant l’entrée de l'hypogée, ou catacombe de sa famille.
I-a porte en est ouverte, et le dessinateur a tracé au-dessous le plan même de l’hypogée. Un long escalier conduit a une porte peinte en jaune, donnant entrée dans une première salle où sc voient un autel et un fauteuil ; une seconde jiorte conduit à un cabinet oui communique à la grande, salle , dans laquelle est une estrade portant la momie du mort. Une galerie, parallèle à cette grande salle , renferme les coffrets et les offrandes funéraires.
Dans les quinze petites vignettes peintes qui suivent , on voit le défunt, vêtu de blanc, adorer successivement les génies des huit régions d'Hermès, les génies de l’Orient , les oiseaux sacrés îicnnou et Ghenghcn , l’esprit d'Atmou sous la forme d’un bélier, le dieu Plitlia dans son naos , enfin divers animaux et emblèmes sacrés.
Les autres vignettes sont relatives aux divinités qui président à l’embaumement des corps. Au-dessous de chaque vignette est placé le texte qui s'y rapporte directement. Dans la suite du manuscrit , le défunt Névoten adore Osiris, suivi d'Anubis et de ses parèdres ; il se présente ensuite connue suppliant dans le palais de la vérité, où sont les images des quarante-deux juges des morts. Plus loin il adore Osiris dans un naos au milieu de l'Amenti ; devant le dieu est la lialancc pour peser la conduite des âmes , la plume d’autruche, emblème de la justice, et le Cerbère égyptien. Le défunt Névoten est ensuite admis dans le palais de la vérité, où est l’arclie symbolique du soleil. Il navigue bientôt dans le ciel accompagné de sa femme Moutlicmhèb , dans un vaisseau à voiles. Un autre tableau représente le défunt contemplant le vaisseau sacré du dieu
Phré. le texte qui suit immédiatement cette scène est relatif aux divinités qui président à la conservatiun des divers membres du corps humain.
Ij traduction d'un texte analogue est à la page 105 ci-dessus.
Un autre manuscrit hiéroglyphique n’est que l’extrait des trois parties du grand rituel funéraire, orne de peintures relatives aux divers textes. On remarque successivement le défunt honsoumosis, prêtre d'Ammon dans Oph , hiérogrammatc du temple de la deesse Moutliis-Itouto, membre du collège des hiérogranunates de Thèbes, faisant une libation et offrant l’encens au dieu Phré-Atmou, seigneur du grand temple ; à Osiris Pcthempamcn- Ihès , surnommé Onnofris, modérateur des vivants ; à Isis , grand’inérc divine , et à Nephthys, déesse adelphe , comme portent les légendes hiéroglyphiques tracées au-dessu^ des personnages de la première scène ; Khonsoumosis, adorant les emblèmes de la demeure des morts ; le même personnage, labounmt et coupant la moisson dans les Champs-Elysées, au milieu des aines pures; lë défunt suppliant à l'entrée de leur palais, dont les portes sont ouvertes , les quarantedeux Juges des aines dans l'Amenthi ; le même, présentant des offrandes de pains à huit des gardiens du palais d'Osiris, à têtes de rat et d’uræus alternées ; le même, adorant les quatre génies des morts , précédés des attributs d'Osiris , le tliyrse , la peau de panthère et la coupe; le même, arrivant au bassin mystique de feu liquide, sur les bords duquel sont quatre cynocéphales.
lai dernière scène représente la momie de Khonsoumosis , couchée sur le lit funèbre, au-dessous duquel sont les quatre vases funéraires. L’ame du défunt plane au-dessus du corps embaumé. Plus haut sont les déesses Isis et jNephthys devant une table chargée d'offrandes funéraires.
Un troisième manuscrit , mais en caractères hiératiques, est uu rituel funéraire à peu près complet, écrit par «.ne très-lielle main, orné de tableaux
et de vignettes dessinés en noir, avec une llnesse et une pureté de trait admirables. Ce rouleau est de l'es|>ère de papyrus nommée royale, la plus précieuse de toutes ; aussi est-il beaucoup moins foncé, et a-t-il conservé plus de souplesse que les autres rouleaux découverts jusqu’ici dans les catacombes égyptiennes.
Un autre manuscrit hiératique n’est qu'une feuille de papyrus contenant les premières formules de la prière pour les morts, intitulée : Jascho- Mak-Snau, par laquelle on supplie « Hathùr, déesse de la contrée occi- « dentale , de faire prospérer le nom « de Soter, (ils de Baphor, le jour et « la nuit; d'assurer à ce défunt une « place dans lu demeure céleste, afin « que son nom germe dans le ciel par « le dieu Phré ( le soleil ) , et dans le
* monde physique par le dieu Sèv
* ( Saturne ) ; de faire enfin que ce « nom soit agréable à Osiris, seigneur
* de l’occident , et à toutes les puis- « sances de l'Amenthèx , maintenant
* et à toujours, u Ce manuscrit est de l'époque romaine en Égypte.
D’autres papyrus , egalement funéraires , abondent en tableaux symboliques , dans lesquels sont figurés les formes emblématiques et les attributs de différentes divinités, et principalement ceux du soleil et d'Osiris. On y remarque 1* le défunt adressant une prière au dieu de la lumière venant du ciel , dont les yeux illuminent le inonde matériel et dissipent les ténèbres de la nuit, etc. : dans le tableau qui suit cette prière, on a figuré des âmes et des hommes adorant un disque lumineux ; 2° prière à Phré , dieu grand , manifeste dans les deux firmaments, et symboles des deux formes de cette divinité ; 3° prière aux dieux Phré et Thdtli , autre symbole de Phré; 4“ prière à la déesse Pietphé, la grand’mère des dieux , pour qu'elle accorde à l'Egypticn Amenhem la contemplation dii disque de la lumière dans toute sa splendeur ; le tableau représente la déesse Netphté, dont le corps couvert d’étoiles se recourbe comme pour circonscrire l’espace ; c’est
le ciel personnifié : le dieu-Sôou, l'une |a plus curieuse de la croyance relides fonnes deKncph ou le Démiurge, Rjeuse des Égyptiens. L’fiiérogramplacé entre l'orient et l'occident, per- mate , dans la composition de ce sujet sonniflés sous l'apparence de deux singulier , a su donner un corps aux femmes, élève, dans I espace circon- idées les plus métaphysiques, et nous scrit par le ciel ( Netplié), le vaisseau y trouvons la preuve évidente que le du soleil , dont il semble ainsi déter- 'dogme de l'immortalité de l’aine et miner le cours; 5° prières à Osiris, celui des récompenses et des peines seigneur de la région de stabilité. Les dans une autre vie furent les fondecmblèmes de ce dieu , ainsi que Thoth nients principaux de la religion des ibiocéphale, sont renfermés dans un anciens Égyptiens. Il est naturel en cercle formé par le serpent qui se effet de retrouver ces grands principes mord la queue, emblème de l'éternité; de la morale chez un peuple dontl’an- 0- prière à toutes les divinités qui tiquité tout entière a célébré la saprésident aux régions habitées par les eesse. L’Écriture sainte elle-même ne aines, représentées symboliquement dédaigne pas de la rappeler, quoidans le grand tableau suivant; 7° à qu’elle condamne en même temps ces 10° courtes invocations aux dieux Osi- formes matérielles sous lesquellesI’Éris, Nofré-Atmou, et à la vache sa- gvpte trouva bon de voiler ses doccrée d'Hathôr. trines.
Enfin , un autre manuscrit hiéro- Cette scène se trouve d’ordinaire à glyphique, colorié, est entièrement la fin de la seconde section du rituel tonné de tableaux symboliques relatifs funéraire entier, mais sert de concluait système psychologique des Égyp- sion à tous les rituels abrégés ; elle tiens. On y a représenté les divers présente la Psychostasie, c’est-à-dire états de l’ame, ainsi que les divinités le jugement que, selon les doctrines qui présidaient à ses transmigrations, égyptiennes , devait subir l’ame des Ce papyrus appartenait à la momie morts en quittant le corps mortel , d’une femme nommée Tetchonsis. dans la région inférieure de VAmen- Malgré l’analogie des sujets de ces <Af, où l’on examinait sévèrement et manuscrits, on remarque toutetois où l’on pesait ses actions durant sa vie quelques diversités dans le nombre sur la terre. L’édifice où la scène se et l'ordre des scènes, diversités dé- passe est le prétoire même de l’Aterminées très-vraisemblablement par menthi, le palais du juge suprême des celle des qualités ou du rang du per- âmes. On distingue à gauche de la sonnage pour lequel le manuscrit fut scène le dieu lui-même assis sur son dessiné , et les plus complets comme trône. Il est caractérisé par une coifles plus beaux appartenaient nécessai- fure particulière, formée de la parrement aux membres de la caste sa- tie supérieure du pschent ( une tiare cerdotale , à la classe spécialement royale ), ceinte d’un large diadème et chargée du service des dieux et des unie au disque du soleil et aux cornes choses sacrées. Ce qu’il y a d'uni- de bouc, emblèmes de la lumière et de forme dans tous les rituels , c’est la la faculté génératrice. Le dieu tient scène finale de la seconde sulnlivision dans ses mains un fouet et un scepde l’ouvrage , qui est aussi ceile de la tre recourbé en forme de crochet , fin de la vie, uniforme aussi pour soit pour exprimer le pouvoir d’cxcitous , et telle qu’elle est représentée ter le mouvement des choses et de les sur notre pi. 20. ralentir , soit par allusion au nom
Après les divers pèlerinages de l’ame de la région infernale à laquelle ce du défunt dans les régions nombreuses dieu préside , c’est-à-dire l'Amenthi ,
au’elle doit visiter, elle arrive enfin qui attire les âmes de tous les vivants ans VAmeniJii, l’enfer, où elle va su- et qu’on croyait les relancer dans le bir son jugement. La scène qui le rc- monde; ce dieu est Osiris, dieu trèsprésente offre à nos regards la partie bienfaisant, seigneur delà vie, dieu
ÉGYPTE
grand, médiateur éternel, président de la région inférieure, et roi divin.
Nous retrouvons donc là le souverain de l'enfer égyptien , Osiris, divinité qu'Hérodote, Diodorc de Sicile et Plutarque regardaient unanimement comme le type primitif du Dionysos ou Bacriius des Grecs et des Romains.
L’opinion de ces classiques est pleinement confirmée par le groupe emblématique placé en face du dieti et dans In chapelle même. Un grand nombre de papyrus montrent clairement dans ce groupe un vase d'où sort un thyrse, auquel est lice par des bandelettes une peau de panthère. Ainsi ces principaux emblèmes de Racchus sont constamment figurés auprès d’Osiris, et on en conclut l'origine égyptienne de la divinité grecque , le culte égyptien étant sans aucun doute antérieur au l'ultc grec. Toutefois les Grecs adoptant la divinité égyptienne , en restreignirent singulièrement les attributions. De même Phtha, le ministre immédiat du dieu supérieur et organisateur du monde physique, devint en occident le forgeron Héphaïstos , Vulcain. Osiris , le principe humide «lu monde, ne fut ainsi pour les Grecs, du moins dans la croyance populaire, «ne l’inventeur de la vigne , le dieu du vin, et le pin fut ajouté au thyrse.
Devant la sainte habitation dn dieu de l'Amentbi est un autel chargé d’offrandes, telles que des pains, des viandes diverses, des grenades et des lleurs de lotus ; et ce lotus est le symbole du monde matériel.
Le voisinage du séjour du suprême juge de l'Amenthi est annoncé par un piédestal sur lequel se repose un animal monstrueux , mais dont les formes sont si déterminées, qu'on ne jieut y méconnaître un hippo|>otamc mélangé de crocodile : c’est le cerbère égyptien. Ici, c’est l'hippopotame femelle, qui, dans les tableaux astronomiques de Thèbes et d’Esnéh, occupe dans le ciel même la place que les Grecs ont donnée à ia grande Ourse. Cette constellation était nommé le Chien de Typhon par les Égyptiens, et sa présence dans l’Amentbi ( l’enfer) ne
laisse pas douter que cet animal ne soit le type du chien Cerbère, qui, selon les mythes grecs , gardait l'entrée du palais d’Ades. La légende égyptienne le nomme Oms , et le qualifie de recteur de la région inférieure.
A l’autre extrémité de cette scène ( à droite ) , on remarque un groupe de trois personnages , c’est-à-dire une ; femme qui, la tête surmontée d’une lume, présente une personne vêtue la manière ordinaire des Égyptiennes, à une déesse caractérisée par un sceptre et par l’emblème de la vie céleste ( la croix ansec ) qu'elle tient dans sa main droite. C'est l'ame d’une défunte sous les formes corporelles , conduite par les deux déesses f'érité et Justice devant le grand juge des morts.
Thmél, fille du Soleil, fut la compagne habituelle d’Osiris dans l’Amenthi ; clic représente le personnage analogue à la Perséphonè des Grecs et à la Proserpinc des Latins-, ses fonctions sont de recevoir les aines des morts à l’entrée Je l'Amentbi , et elle semble les rassurer et exciter leur confiance, pendant qu’on examine leur conduite sur la terre. Elle est en outre la présidente des quarante-deux juges, ou plutôt quarante-deux jurés votants
3ui ont le droit d’assister au jugement es âmes, aux assises infernales, et qui occupent , sur deux lignes , le haut de la scène.
L’antiquité grecque parle de ces juges auxquels les Egyptiens soumettaient les personnes de toutes les classes de la nation avant de permettre que leur dépouille mortelle fût déposée dans le tombeau des ancêtres.
Certains juges inexorables examinaient en présence du peuple la conduite tenue par le mort avec ses concitoyens, et ils refusaient à son rorps une place dans la catacombe, s’il n’avait pas religieusement rempli ses devoirs envers les dieux et envers les hommes.
Cette coutume, éminemment morale, produisait d’autant plus d’effet sur les moeurs publiques , qu’elle s’appliquait aux rois mêmes. Les sculptures des temples et des palais qu'on voit encore dans les ruines de Thcbes. constatent
suffis, -miment auc les noms de quelques 1‘haraoiis furent proscrits par ces mêmes juges suprêmes.
Ainsi les Egyptiens imitaient sur la terre , à l’égaru du corps , ce qu’ils croyaient, selon leurs doctrines religieuses, être pratique à l'égard des unies dians l'enfer , l’AmcnUii , où elles passaient après leur séparation du corps. l.a dernière scène des papyrus représente donc cette épreuve linale , la plus complète de toutes , puisqu'elle exige de t'ame un compte général des motifs de ses actions , et en tout la plus redoutable , puisque les juges sont les dieux mêmes, les êtres supérieurs , ceux à qui tout est connu jusqu'aux plus secrètes pensées.
Dans cette scene linale, rame du défunt, liguree, pour lever toute incertitude et comme dans sa présentation à Thméï, sous les formes corporelles mêmes dont il fut revêtu durant son séjour sur la terre , se voit de nouveau représentée à genoux , les liras élevés, en attitude suppliante, devant les images des quarante-deux juges de l’Amenthi, rangées sur deux (ilcs , ce qui a rendu nécessaire la répétition de la ligure de l'aine , sur le sort de laquelle ces juges doivent prononcer la sentence. Les têtes de ces quarante-deux juges sont assez variées ; les unes ont la forme humaine , d’autres la tête de divers animaux, tels que crocodile, aspic, bélier , épervier, mis, schakal, hippopotame, lion et cynocéphale, (’-ette diversité de têtes provenait de la nécessite de caractériser un à un ces divers juges (igurés hiératiquement, ayant d'ailleurs des fonctions diverses ; leurs quarante-deux noms propres se lisent dans les rituels funèbres complets, auprès de la scène du jugement, avec l’indication précise de la région céleste à laquelle chacun d’eux présidait. Diodore de Sicile parle de ces quarante-deux génies en décrivant des bas-reliefs du tombeau d’Osvmandias, sur lesquels était (iguré le jugement de l’amede ce conquérant; et dans d'autres manuscrits, ces juges sont figurés assis devant Thméï , leur présidente.
Cette déesse, fille du Soleil, dont la ligure est si fréquente sur les monuments, parce quelle était regardée comme la protectrice de l’Égypte et la directrice du pouvoir royal, a été prise par les Grecs pour leur Itéra, la Junon des Latins. Mais chez les Égyptiens, Thméï était l'embleine de la vérité; de Là elle fut dite la première née du dieu de la lumière, et on lui attribua la suprême présidence des régions infernales, où les apparences mondaines s’évanouissent, où tous les projets humains disparaissent pour faire place aux éternelles réalités. Elle devait donc diriger et régler les opérations des juges de l'Amenthi, et son image, celle de la vérité, devait se trouver appendue au cou et sur la poitrine des juges composant le tribunal qui , sur la terre, décidait des plus importants intérêts des familles. / irite et justice sont deux idées essentiellement connexes dans l’ordre moral; un seul et même mot exprimait l’une et l’autre dans l’ancienne langue des Égyptiens , et le plus beau et le plus ordinaire des titres que prirent les Pharaons sur leurs obélisques, fut sans doute celui d’ami de Thméï, ami de la vérité, c’est-à-dire, de la justice.
En présence de ces quarante-deux juges, d’autres divinités faisaient ellesmêmes l'examen de la conduite que l’ame avait tenue sur la terre. Scs actions étaient rigoureusement mises dans la balance de l’Amenthi, et cet instrument, qui décidera du sort de Came, est placé au-dessous des juges.
Le fût ou colonne qui le supporte est surmonté d’un cynocéphale assis , image symbolique de l’un des ministres du dieu Tnoth, appelé alternativement Api (nombre, quantité ), et Ilap (jugement, sentence), noms, comme on le voit, relatifs aux fonctions du génie qui préside à la pesée des actions de l'ame sur la balance infernale dont la garde lui était commise.
Deux autres personnages sont debout auprès des bassins de la balance, et (lèsent les bonnes et les mauvaises
Egypte.
actions du défunt. La ligure à droite, >|ui examine attentivement le fil ou plomb au moyen duquel les Egyptiens avaient coutume d'estimer le poids relatif des deux bassins de l’instrument, est le dieu liorus, le fils chéri d’Osiris et d’ Isis, bien reconnaissable à sa tête d’épervier, de même que |>ar son nom d'ordinaire écrit au-dessus de lui.
Le personnage de gauche, b la tête de schakal , ou de loup d'Egypte , est le dieu Anubis, (ils d'Osiris et de Éephtis. Les fonctions spéciales de ces deux frères étaient de peser les actions des morts en présence des juges de l’Amentlii. Les mauvaises sont symboliquement figurées par un vase d'argile posé dans le bassin de droite , et les lionnes dans le bassin de gauche , par une |M*tite ligure de Ttimei, ou de sa plume seulement , c'est-à-dire par le symbole même de la justice et de la vérité.
En avant de l’instrument redoutable un voit une autre divinité, dont la haute stature annonce la dignité; car, dans les tableaux symboliques des Égyptiens, la hauteur des ligures est presque toujours en raison du rang du personnage figuré, toutes les fois du moins <pie l'espace ne s’oppose pas à la pratique de cette règle. L'Iiierogrammate a représenté ici ledieuThoth ■ la science et la sagesse divines personniliees ), l’inventeur des lettres et le premier législateur des Égyptiens.
Quand Osiris revêtit des formes humaines |>our introduire la vie civile dans le monde, Tlioth, le Mercure des Égyptiens, fut son fidèle compagnon et comme l’aine de ses conseils.
l.es mêmes traditions religieuses ajoutaient qu’il n'abandonna jamais Osiris, même lorsque ce dieu établit sa demeure dans l'Amcntlii pour juger les aines. Le Mercure égyptien est caractérisé par sa tête d’ifns , oiseau qui , dans l’écriture sacrée égyptienne , est le symbole du cœur etdei'mtelligencc.
Il tient dans sa main un ealam, et il écrit sur une tablette le résultat de la pesée dans la balance de l’Amentlii, des œuvres du défunt. Tlioth jiortc ce résultat à la connaissance du juge
9” Livraison. (Égypte.)
suprême des âmes , Osiris , dont la lioucbe doit prononcer la sentence délinitive. Considéré selon ccs fondions dans l’enfer égyptien, ’Jliotb corres- |M»nd exactement au Mercure Psvchopoinpe des Grecs.
Tel est le sens de la scène figurée dans la deuxième partie des papyrus ; elle rend ainsi sensible aux yeux toute la doctrine psychologique clés Égy ptiens, c’est-à-dire l’aine du défunt qui entre dans l’Amentbi, et qui se trouve en présence de la vérité; scs ministres , les quarante-deux juges , sont chargés d’examiner les motifs de ses actions ; ces mêmes actions sont pesées par certains dieux ; la sagesse divine (Tlioth) écrit le résultat de cette pesée; la bonté de Dieu, ligurée par l’etre bienfaisant |iar excellence , Osiris , récom|)cnsc l’aine lidele à ses devoirs en l'appelant dans un monde meilleur, ou bien il la punit de ses fautes en la rejetant sur la terre pour y subir de nouvelles épreuves et y endurer de nouvelles jieines sons une nouvelle forme corporelle, juscpi’à ce qu’elle se présente pure de toute faute nu tribunal de l’Ainentlii. Ici l'a un. a été reconnue coupable de gloutonnerie, et clic est renvoyée sur la terre sous la forme d'une truie.
On trouve dans cette scène allégorique toute la représentation de l’enfer des Grecs et des Humains. Orphée, et les autres très-anciens instituteurs du culte des Grecs, furent les disciples des prêtres égyptiens ; il n'est donc pas surprenant que le palais d’Adès ne soit en grande partie autre chose que la copie de l'Ainentlii é.gy|>tien. Osiris est devenu eu occident Adès, ou Pluton ; Thméï, Proserpine; Oms, le Cerbère; Tlioth, le Mercure Psychopompe; enfin liorus, Api et Amibi , semblent être les types originaux de Minos, Éaquo ët Rhadainante : et de tels rapprochements font comprendre quels précieux renseignements sur les origines de la religion des Grecs et des Romains, peut fournir l’élude approfondie des monuments de tout genre qui nous restent de l'antique F.gvptc.
L'expression figurée de cette même croyance au sujet du jugement de l'anie des morts, par les symlioles qui pouvaient la rappeler directement à l’esprit de tous, était multipliée avec une attentive persévérance: fondement de la morale publique, elle était reproduite sur les monuments publics j>ar le concours de tous les arts. Le tableau qui la représente entrait dans le système de décoration religieuse des grands édifices. On la retrouvait ainsi et dans les livres et dans les temples de l'Égypte, tant que dura l’inllucnce des institutions nationales; les rois et les citoyens comparaissaient devant le même tribunal. Ce même tableau religieux existe encore, en effet, parmi les bas-reliefs peints du petit temple qui s'élève derrière l'AméttOubion , sur la rive occidentale de Tlièucs : il fut dédié aux deux déesses llathôr et Tliroéi, vers l’an 200 avant l’ère chrétienne, comme le disent les dédicaces, qui nommentle roi Ptoléinéc- Épi plume et la reine Cléopâtre sa femme. Cnam|iollion le jeune a vu et décrit ce monument; il a déterminé l'epoque de sa fondation, un peu anterieure au règne d'Kpipliane; il a donné à la fois le nom du prince qui le dédia , et celui des divinités auxquelles il fut consacré : il a reconnu que le naos du temple est divisé en trois salles ou sanctuaires contigus; que le sanctuaire principal, celui du milieu, est décoré de tableaux d'offrandes adressées à tous les dieux adorés dans le temple, et que celui de droite est spécialement réservé à la déesse Ilathior.
« Le sanctuaire de gauche, ajoute le voyageur, est consacré a la déesse Tliméï, qui fut la Dicé et I Alétédcs mythes égy ptiens ; aussi , tous les tableaux qui' décorent cette diapelle se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait cette divinité dans l'Amcnthi, les régions occidentales ou l'enfer des Égyptiens.
« Les deux souverains de ce lieu terrible , où les aines étaient jugées , Osiris et Isis reçoivent d'abord les hommages de Ptoiemée et d'Arsinoé , dieux Pnilopa tores; et l’on a sculpté
sur la paroi de gauche la grande scène de In psyc/iostasie. Ce vaste basrelief représente la salle hvpostylc ( Oskli ) , ou le prétoire de l'Amenlbi, avec les décorations convenables. Le grand-juge Osiris occupe le fond de la salle; au pied de son trône s'élève le lotus, emblème du monde matériel, surmonté de l’image de ses quatre enfants, génies directeurs des quatre points cardinaux.
« Les quarante -deux juges assesseurs d’Osiris sont aussi rangés sur deux lignes, la tête surmontée d'une plume d'autruche, symbole de la justice : debout sur un socle , en avant du trône, le Cerbère égyptien, monstre composé de trois natures diverses, le crocodile, le lion et l’hippopotame , ouvre sa large gueule et menace les aines coupables : son nom, /couûmenentetU, signifie In décoratrice de l’occident ou de l'enfer. Vers la porte du tribunal parait In déesse Tliinéï , dédoublée , c'est-à-dire figurée deux fois , a cause de sa double attribution de déesse de la justice et de déesse de la vérité; la première forme, qualifiée Thméï,reetrice de l' Ameuthi (la vérité), présente l'aine d’un Égyptien, sous les formes corporelles, à là seconde forme de la déesse (Injustice), dont voici la légende : Tliméï, qui réside dans l'Anieuthi, où elle pese les cœurs dans la balance : aucun méchant ne lui échappe.
Dans le voisinage de celui qui doit subir l’épreuve, ont lit les mots suivants ; « Arrivée d’une aine dans l'Amcnthi. »
Plus loin, s'élève la balance infernale, les dieux llorus, fils d'isis, à tête d'epervier, et Anubis, fils d'Osiris, à tête des cliakal , placent dans les bassins de la balance , l'un le coeur du prévenu, l’autre une plume, emblème de justice : entre le fatal instrument qui doit décider du sort de l'ame , et le trône d'Osiris, on a placé ie dieu Thoth ibiocéphale , Thoth le deux fois grand, le seigneur de Schmoun (Hermopolis Magna), le seigneur des divines paroles, le secrétaire de justice des autres dieux grands dans la salle de justice et de vérité. Ce greffier divin écrit le rcsBltot de l'épreuve
EGYPTE. |3I
à laquelle vient d'être soumis le coeur de l’Egyptien défunt, et va présenter son rapport au souverain juge. ..
On voit donc encore ici, dans le sanctuaire de la déesse Thmcï, la représentation de la psuchoslasie , telle qu'elle est dans la deuxième partie de tous les rituels funéraires.
D’autres scènes d’un ordre semblable et non moins significatives à l'égard des dogmes psychologiques enseignés et reçus chez, les Egyptiens , existent encore comme décorations religieuses de monuments comptés parmi les plus anciens de ceux qui couvrent si pompeusement le sol égyptien : et ces diverses scènes sont comme le complément , et , s'il en était besoin , l’interprétation inteiliible à tous, de celle du jugement de amc, pour ses bonnes ou ses mauvaises actions sur In terre. Ces scènes imposantes nous montrent la série des châtiments terribles et varies que recevaient dans l’autre vie les anics coupables et indignes de pardon; et à cote de ce tableau des sévères effets de l'inévitable justice , est placé celui des félicites, sans cesse renaissantes , que la même justice a réservées aux âmes pures de toute souillure, et qui se sont élevées à cette perfection en suivant avec ardeur et persévérance la voie du devoir et de fa vertu. C’est dans les catacombes royales de Ilihaiiel-Molouk , où reposent les restes des rois de la 18% de la 19" et de la 20 dynastie, que sont conservées ces précieuses représentations. On y décrit , par une série innombrable de figures , la marclic emblématique du dieu Soleil dans l’hémisphère supérieur et lumineux, etsuccessivement dans l'hémisphère inférieur , qui est celui des ténèbres éternelles. I.es nombreux tableaux relatifs à la marche du dieu audessus de l’horizon et dans l'hémisphère lumineux, sont partagés en douze séries, annoncées chacune par un riche battant déporté, sculpté, et gardé par un énorme serpent : ce sont les portes des douze heures du jour.
Près du battant de la première porte,
celle du lever, on a figuré les vingtquatre heures du jour astronomique sous forme humaine , une étoile sur la tète , et marchant vers le fond du tombeau , comme pour marquer la direction de la course du dieu , et indiquer celle qu’il faut suivre dans l’étude de ces tableaux qui offrent un intérêt d’autant plus piquant, que, dans chacune des douze heures du jour, on a tracé l'image détaillée de là barque du dieu , naviguant dans le fleuve céleste sur \o fluide primordial ou V Ælherx le principe de toutes les choses physiques selon la vieille philosophie égyptienne, avec la figure des dieux qui l'assistent successivement; et de plus , la représentation des demeures célestes qu il parcourt , et les sccues mythiques propres à chacune des heures du jour. Ainsi, a la troisième heure, le dieu Soleil arrive dans la zone céleste où se décide le sort des âmes , relativement aux corps qu'elles doivent habiter dans leurs nouvelles transmigrations ; on y voit le dieu Atmou assis sur son tribunal , pesant à sa lialance les aines humaines qui se présentent successivement: l’une d'elles vient d’étre condamnée; on la voit ramenée sur terre dans une bari qui s’avance vers la porte gardée par Anubis, et conduite à grands coups de verges par des cynocéphales, emblèmes de la justice céleste; le coupable est sous la forme d’une énorme truie, au-dessus de laquelle on a gravé, en grands caractères, gourmandise ou gloutonnerie , sans doute le péché capital du délinquant, quelque glouton de l'époque.
Le dieu visite, à la cinquième heure, les Cliamps-llli/sées de la mythologie égyptienne, habités par les âmes bienheureuses se reposant des peines de leurs transmigrations sur la terre :
elles portent sur leur tète la plume d'autruche, emblème de leur conduite juste et vertueuse. On les voit présenter des offrandes aux dieux ; ou bien , sous l'inspection du seigneur de la joie du cœur, elles cueillent les fruits des arbres célestes de ce paradis. Plus loin , d'autres tiennent en main
des faucilles : ce sont les nuips qui cultivent les champs de la vérité; leur légende porte : « Elles font des liba- « tions Je l'eau et des offrandes des « grains des campagnes de gloire; elles « tiennent une faucille et moissonnent « les cliamns qui sont leur partage; « le dieu Soleil leur dit : Prenez vos « faucilles , moissonnez vos grains , « emportez-les dans vos demeures , ■ jouissez-en et les présentez aux dieux * en offrande pure. ■ Ailleurs , enlln , on les voit se baigner, nager, sauter et folâtrer dans un grand bassin que remplit l’eau céleste et primordiale, le tout sous l'inspection du dieu .V//- Célesle, le vieil Océan des mythes égyptiens.
La marche du soleil dans {'hémisphère inférieur , celui des ténèbres, pendant les douze heures de nuit , c’est-à-dire la contre-partie des scènes précédentes, se trouve sculptée sur les parois des tombeaux royaux, opposées à celles dont on vient de donner une idée très-succincte. Là le dieu , assez, constamment pint en noir de la tête aux pieds , parcourt les 75 cercles ou zones auxquels président autant de personnages divins de toute forme et armés de glaives. Ces cercles sont habités par les tintes coupables qui subissent divers supplices. C’est véritablement là le type primordial de Y Enfer du Dante, car la variété des tourments a de quoi surprendre; et on ne doit pas s'étonner que quelques voyageurs , effrayés de ces scènes de carnage, aient cru y trouver la preuve de l’usage des sacrilices humains dans l’ancienne Égypte; mais les légendes lèvent toute espèce d’incertitude à cet égard.
Les aines coupables sont punies d’une manière différente dans la plupart des zones infernales que visite le dieu Soleil : on a figuré ces esprits impurs, et persévérant dans le crime, presque toujours sous la forme humaine , quelquefois aussi sous la forme symbolique de la yrue, ou celle de Véperriir à télé humaine entièrement peint en noir, pour indiquer à la fois
et leur nature perverse et leur séjour dans l’ablmc des ténèbres. l,es unes sont fortement liées à des poteaux, et les gardiens de la zône, brandissant leurs glaives , leur reprochent les crimes qu’elles ont commis sur la terre.
D’autres sont suspendues la tête en bas; celles-ci, les mains liées sur la poitrine et la tête coupée , marchent en longues files ; queques-unes, les mains liées derrière le dos , traînent sur la terre leur cœur sorti de leur poitrine; dans de grandes chaudières, on fait bouillir des âmes vivantes .
soit sous la forme humaine, soit sous celle d’oiseau , ou seulement leurs têtes et leurs cœurs. Il y a des âmes jetées dans la chaudière avec l’emblème du bonheur et du repos céleste (l'éventail), auxquels elles avaient perdu tous leurs droits. A chaque zône et auprès des suppliciés , on lit toujours leur condamnation et la peine qu'ils subissent.
• Ces aines ennemies , v est-il dit , » ne voient point notre dieu lorsqu’il
• lance les rayons de son disque; elles « n’habitent plus dans le monde ter- « restre, et elles n'entendent point la « voix du Dieu grand lorsqu'il traverse « leurs zônes; » tandis qu’on lit au contraire , à côté de la représentation des aines heureuses, sur les parois opposées : •• Elles ont trouvé grâce aux « veux du Dieu grand; elles habitent « les demeures de gloire, celles où » l’on vit de la vie céleste; les corps « qu'elles ont abandonnés reposeront « à toujours dans leurs tombeaux , « tandis qu’elles jouiront de la présence « du Dieu suprême. »
Cette double série de tableaux, tels que Champollion le jeune les a recueillis dans ses dessins, et expliqués dans ses lettres , nous offre donc le système psychologiipie égyptien dans ses deux points ies plus importants et les plus moraux , les récompenses et les peines ; c’est un irréfragable témoignage en faveur de tout ce que les anciens ont dit de la doctrine égy ptienne sur l'immortalité, de rame, et le but positif de la vie humaine. L’É.gypte symbolisa ainsi la double destinée des âmes par la pcin-
ftG '
turc de la course du soleil dans les (leux hémisphères.
L’antiquité classique connut et conserva la tradition égyptienne relative au jugement de l’ame séparée du corps qu'elle anime ; et cette antiquité lit plus encore à l’égard d’une partie de cette tradition , la pesée des âmes , elle se l’appropria et l'introduisit dans ses propres croyances. La psychostasie ligure dans les écrits des Grecs, dans ceux des Latins , et sur leurs monuments. Homère décrit Jupiter sur le sommet du mont Gargare , déployant ses balances d’or pour y peser" les destinées des guerriers troyens et celles des Grecs valeureux; il saisit le milieu des balances, qu’il élève, et le jour fatal aux Grecs est arrivé : leur destin penche vers la terre, et celui des Troyejis vers les cicux. C’est dans ces mêmes balances que Jupiter place ensuite les destinées fatales d'Achille et d’Hector ; le destin cruel d’Hector emporte la balance, et le héros descend dans les enfers. Virgile imita cette belle image dans la description du combat d Ænée contre Turnns. line lielle patère étrusque représente un sujet analogue, et le nom d’Achille se lit à cdté d’un des deux bassins de la balance , eliargés de deux figures humaines. Sur un vase grec on a peint le combat d’Achille contre Memnon, et au-dessus des combattants, Hermès , le Thoth des G recs , pèse dans une balance les âmes des héros, en présence de Thétis et de l’Aurore.
Enfin, Plutarque rapporte que tel était le sujet de la l’si/chos/asie d'Eschyle ; et Milton ne dédaigna pas d’imiter cette riche fiction, reste difformed’une grande pensée et d’un dogme sublime, désormais consacré par l’assentiment des siècles , la conscience publique et l’ordre nécessaire de l’univers.
Ce tableau très-expressif des terribles cliétiments réservés aux aines coupables, dément assez hautement l’assertion de ceux qui , parmi les savants des temps modernes, ont avancé qu’il n’y avait pas, dans l’enfer égyptien, dé peines physiques infligées aux condamnes; la preuve du contraire
est écrite sur plusieurs monuments du premier ordre. Il y avait dans l’Amruthi des Egyptiens , le séjour des bienheureux et celui des coupables. Ces idées, d’origine égyptienne, passèrent chez tous les (iciipies policés de l’antiquité; elles n’ont nas encore vieilli, et il est évident que l idée de peines et de récompenses éternelles fut inséparable de celle de l’immortalité de l’ame.
Personne n’a refusé aux sages de l’Egypte la priorité de la connaissance de ce dogme; Isis et Osiris, dit Hérodote , régnent dans l’enfer des Egyptiens; ce peuple est le premier qui ait dit que l’aine de l’Iioiiinie est immortelle; ils croient qu’en quittant le corps de l'homme, elle passe dans celui d'un autre animal, successivement dans le corps des êtres animés de toute espèce, terrestres, marins ou aériens ; de là elle occupe de nouveau le corps d’un homme, et ces transmigrations s’opèrent dans un intervalle de trois mille ans. C’est a trois épreuves semblables que l’ame aurait été soumise successivement .
idée recueillie aussi par Platon, qui savait que l’ame qui , après ce s trois (■preuves , restait innocente, retournait aux dieux, d’où elle émanait ; les aines coupables, au contraire, animaient d autres corps durant des myriades d’années avant de rentrer dans le sein delà divinité. Pindarene semble-t-il |ias avoireu présente la pensée dece séjour de joie et de plaisirs pour les aines pures , qui est décrit a line de nos pages précédentes, lorsqu'il rappelle, dans ses vers , que les âmes qui sortent pures de ces trois épreuves, parviennent aux demeures de Saturne et aux îles des bienheureux que rafraîchissent les vents de l’Océan , où brillent des fleurs qui ont l’éclat de l’or , qui naissent de la terre, ornent les arbres ou s’élèvent du sein des eaux, et dont les habitants de ces liuux fortunés se font des couronnes et des colliers? Pindarc imite ici l'inepuisable modèle des poètes, Homère dans son < klyssée ; et comme pour conserver a cetfe opinion son origine égyptienne, c'est dans la liouclic de l’égyptien Protéc
qu' Homère met ces paroles , adressées a Menelns : • Votre destin n’est pas de connaître la mort; les dieux vous transporteront dans les Champs-Elysées , où les heureux jouissent à jamais d'une vie fortunée ; fa neige , les pluies , les longs hivers n’attristent point ces lieux ; sans cesse l’Océan leur envoie les douces haleines du zéphvr , qui porte aux hommes une agréable fraîcheur. » Homère consignait ainsi une opinion égyptienne dans ses immortels écrits : « Il y a des Grecs , ajoute Hérodote , qui se sont approprié cette opinion , les uns plus tôt , les autres plus tard ; je connais même leurs noms , mais je ne veux pas les écrire dans mon récit. » Le meme historien rend le même témoignage sur l’origine égyptienne de la mètempsycliosc ; on men parla parmi les philosophes grecs qu'aux temps de Pherécyde et de Pythagore : c’est à ce dernier que la propagation de cette idée parmi les Grecs est attribuée , ainsi que celle de l'immortalité de l’aine a Thalès; et cependant on entrevoit cette opinion très-distinctement dans les poèmes d’Homère. Dès le début, il parle des aines nombreuses de héros cju’Acliille a envoyées aux enfers; leurs corps étaient livrés aux chiens et aux vautours. Et à la fin de l’Odyssée, il décrit la belle prairie habitée par les âmes des défunts , demeure toutefois peu attrayante dans l’esprit des Grecs, puisque Achille aurait préféré le sort d’un misérable villageois sur la terre au titre de roi de toutes ces aines dans les enfers. I.’opinion sur l’état de l’aine, après l’extinction de la vie du corps , était incertaine encore chez les Grecs à ces époques reculées de leur histoire. Ce fut l’Égypte qui les instruisit ; elle leur communiqua la science qu’elle avait reçue des dieux mêmes. .
D’après l'histoire, sacrée de I Egypte, ce fut Thoth, le premier Hernies, le Trismégiste , ou trois fois tres-cranu , qui écrivit tous les livres par l’ordre du Dieu suprême. Ce premier Thoth fut l’Hermès céleste, ou l’intelligence divine personnifiée, le seul des êtres
divins qui, dès l’origine des choses, comprit l’essence de ce Dieu suprême.
Il avait , selon 1rs mythes sacrés de l’Égypte, consigné ces hautes connaissances dans dés livres qui restèrent inconnus jusqu'à ce que le Démiurge ertt créé les aines , et par suite l’uninivers matériel ainsi que la race humaine. Le premier Hermès avait écrit ces livres en tangue et en écritures divines ou sacrées; mais après le cataclysme, lorsque le monde physique fut réorganisé et reçut une nouvelle existence, le Créateur,’ prenant pitié des hommes qui vivaient sans réglés et sans lois , voulut , en leur donnant l’intelligence et une direction salutaire, leur tracer la voie qui devait les ramener dans son sein dont ils étaient émanés. Ce fut alors que se manifestèrent sur la terre Isis etOsiris, dont la mission spéciale fut de civiliser l’espèce humaine. Ces deux époux avaient pour associé et pour conseiller fidèle, Thoth, nommé aussi Thoyth par les Grecs, qui fut le second Hermes, et n’était toutefois qu’une incarnation du premier, ou l’Hermès céleste manifesté sur la terre.
Tout ce que tentèrent Isis et Osiris pour tirer les humains de l’état sauvage , fut ou suggéré ou approuvé par Thoth , et c’est a ce second Hernies que les Égyptiens se croyaient redevables de toutes leurs institutions sociales. Iz’S hommes étaient encore réduits , connue les animaux , a ne manifester leurs sensations que par des cris conlus et sans liaison ; Thoth leur apprit une langue articulée, et imposant des noms à tous les objets , il donna h chaque individu le moyen de communiquer sis pensées et de s’approprier celles des autres. II lit plus, il enseigna à les fixer d’une manière durable, en inventant l’art de l’écriture ; il organisa l’état social , établit la religion , et régla les cérémonies du culte ; il fit connaître aux hommes l’astronomie et la science des nombres, la géométrie, l’usage des poids et des mesures. Non content de satisfaire à tous les besoins de la société humaine par ces importantes et
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utiles créations , le second Hermès s’occupa aussi de tout ce qui pouvait contribuer à embellir la vie : il inventa la musique , fabriqua la lyre, à laquelle il ne donna que trois cordes, et institua les exercices gymnastiques.
C’est ce même dieu, enfin, qui lit connaître aux hommes l’architecture , la sculpture, la peinture et tous les arts utiles. Voilà ce qu’en ont dit Platon , Plutarque et bien d'autres écrivains.
Ils ajoutent que la langue et l’écriture inventées par Thoth, et communiquées aux hommes par cette divinité bienfaisante , différaient de la langue et de l'écriture des dieux, dont s’était servi le premier Hermès pour rédiger ses livres. L'ccriture employée par le second Hermès est appelée 'hiêrographique par Manétbon, parce qu’elle servit d'abord à écrire tes livres sacrés, dont ce dieu confia la garde à la eastc sacerdotale, qui lui devait, dit-on , son organisation et toutes les connaissances dont elle fut la dépositaire et la dispensatrice. Il paraît même que cet instituteur des hommes réserva, pour cette caste seule, un certain ordre ae notions, entre autres celle de la véritable longueur de l’année. Les prêtres égyptiens reconnaissaient ce dieu pour fauteur des livres sacrés que chacun d’eux devait posséder à tond, en totalité ou en partie, selon l'ordre de ses fonctions et son rang dans !a hiérarchie. Ces livres de Thoth, au nombre de quarante-deux, renfermaient toutes les règles, tous les préceptes et tous les documents relatifs à La religion, au culte, au gouvernement, à la cosmographie, à la géographie, à tous les arts et à toutes les sciences ; en un mot, ces livres sacrés, dont nous indiquerons les sujets , formaient une véritable Encyclopédie égyptienne.
Les deux Vhotn étaient les auteurs de tous ces ouvrages , le second surtout, chargé plus particulièrement du
ftouvernement de la terre et de la [K>ice des hommes. Il rassemblait dans lui-même toutes les sciences divines et humaines ; aussi les prêtres égyptiens lui attribuèrent-ils religieuse-
ment toutes les découvertes utiles faites par les membres de la caste sacerdotale , Thoth étant pour elle , à la fois , et son instituteur et sa pro-
fire image, sa personnification aans es mythes sacrés ; Thoth était reconnu pour 'l’arbitre souverain du caur et de V intelligence humaine, et le même mot égyptien exprimait en même temps les idées cceur, intellect ou intelligence. Dans les livres sacrés, le premier Thoth, l’Hermès trois fois trèsgrand , est qualifié de père et directeur de toutes choses, et d'historiographe des dieux , et ces titres sont pleinement justifiés par les attributions particulières de cet être divin selon les mythes nationaux déjà relatés. C’est ce même dieu qui pré-
fiara la matière dont furent formés es corps de la race humaine; et il promit alors ( prescience trompeuse!) ae rendre ces nouveaux êtres fort doax, et de letirinspirer la prudence, la tempérance, l’obeissancc et l’amour de la vérité. Osiris et Isis révélèrent aux hommes les livres de Thoth qui devaient régler leur vie intellectuelle et physique ; ce Thoth est l'intelligence divine personnifiée dans cet être puissant, et le dieu supérieur ne le nomme que : Âme de mon ame , et intelligence sacrée de mon intelligence , en lin mot , celui qui connaît tout. 11 délégua au second Thoth, qui était son incarnation, le gouvernement de la terre , celui de la lune , et un ministère supérieur dans les enfers.
Ce second Thoth fut pour les Égyptiens l’auteur de tous les livres eonnus; on lui en attribua un très-grand nombre. Il y eut réellement en Égypte des bibliothèques et des archives considérables. Dans le magnifique édifice appelé par l'antiquité grecque le tombeau d’Osymandyas , il y avait une bibliothèque de livres sacrés, et sur sa porte on avait écrit remède de rame. Au RhainesséïondeThèiies, qui a tant d’analogie avec le prétendu tombeau (fOsymandyas , décrit par Diodore de Sicile, 'd'après Hécatée, Chainpollion le jeune a aussi reconnu, après le promenoir, la salle des li-
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vrcs ou lu bibliothèque. I J porte qui conduit d'une de ces deux pièces dans l’autre , et dont les ornements en relief ont été stuqués et dorés , porte l'annonce évidente de la destination donnée à la deuxième de ces deux salles. Au bas des jambages, et immédiatement au-dessus de la dédicace, sont sculptées deux divinités, la face tournée vers l'ouverture de la porte , et regardant la seconde salle, qui était par conséquent sous leur juridiction, (.es deux divinités sont, à gauche, le dieu des sciences etdesarts, l'inventeur des lettres , Thoth à tête d'ibis , et à droite la déesse Saf, compagne de Thoth, portant le titre remarquable de Dame des Lettres et présidente de la bibliothèque ( mot à mot la salle des livres ). De plus , le dieu est suivi d'un de ses Pa retires , qu'à sa légende, et à un grand œil qu'il porte sur la tête, on reconnaît pour le sens de la vue personnifié , tandis que le Parèdre de la déesse est le sens de l'ouïe, caractérisé par une grande oreille tracée également au-dessus de sa tête, et par le mot solem ( l’ouïe ) sculpté dans sa légende; il tient de plus en main tous les instruments de l'écriture, comme pour écrire tout ce qu’il entend. Estil possible , ajoute notre voyageur, de mieux annoncer, que par tfe tels basreliefs, l'entrée d'une bibliothèque ?
Les livres étaient si abondants en Egypte , que le nombre des ouvrages attribués à llermes est porté par lamblique à vingt mille, par Manéthon à un nombre encore supérieur, et Hermès c'est la caste savante et la science même, selon les idées égyptiennes. Les livres sacrés étaient les plus recherchés, et l'on considérait comme tels ceux qui traitaient de la nature , de la hiérarchie et du culte des dieux : un roi nommé Supins , celui auquel on attribue la grande pyramide, était l’auteur d'nn de ces traites. On considérait aussi comme sacrés les livres historiques renfermant les annales de la nation, les grandes actions dits rnis et des citoyens illustres; ces livres étaient déposes dans les archives des temples; Manéthon déclare
qu'il prit ces livres pour guides dans la rédaction de son ouvrage, et il nous est parvenu des fragments originaux en écriture sacrée , soit des listes authentiques des rois, soit des relations des événements de leur règne , qui remontent aux temps de Moïse et au-delà. Les livres d'Hermès contenaient toute la science sociale des Egyptiens , ils étaient en grande vénération ; Artaxercès , maitrede l’Égypte , en amassa un grand nombre dans les temples, d'où il les enleva , et les prêtres les rachetèrent de l’eunuque du roi, |>our beaucoup d'argent.
dépendant , tous les livres dits d’Hermès n'étaient pas également vénérés en Égypte, la-s uns, considérés comme les plus anciens et renfermant les préceptes divins les plus essentiels, étaient l’objet constant de l'étude des prêtres chargés d’en lire chaque jour quelque chapitre au roi et au peuple; et d'autres, moins anciens, d'une étude moins fréquente et moins obligée, étaient des commentaires orthodoxes des précédents, et traitaient de matières moins relevées, de sujets plus à la portée des vulgaires intelligences.
Clément d'Alexandrie rapporte ce qui suit : « Les Égyptiens suivent une philosophie particulière à leur pays ; c'est dans leurs cérémonies religjeuses surtout qu'on s’en aperçoit :
on y voit d'abord , marchant le premier, le chanteur, portant un symbole musical ; il est obligé de savoir (leux des livres d’Hermès, l'un contenant les hymnes en l'honneur des dieux .
l'autre les règles de vie |>our les rois. Après le chanteur vient l'horoscope ; il porte dans ses mains une horloge et une palme. Il faut qu'il ait toujours dans son esprit les quatre livres qui traitent des astres, l’un des astres errants, l'autre de la conjonction du soleil et de la lune, les derniers de leur lever. Vient ensuite le prêtre hiérogrammate , reconnaissable aux plumes qui ornent sa tête; il a dans ses mains un livre et une palette garnie de l’encre et des joncs nécessaires |K>ur écrire. L'hiérogrammatc doit posséder les connaissances qu'on appelle hiéroglv-
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pliiqucs (ou interprétatives des anciens livres)et qui comprennent lacoanjograpliitr , In géographie , les phases riti soleil et de la lune, celles des cinq planètes , In chorégraphié de l’Égypte , le cours du Nil et ses phénomènes, l'état des |iossessions des temples et des lieux qui en dépendent, les mesures et tout ce qui est utile à l’usage des temples. Le stolistc vient ensuite, portant la coudee, emblème de In justice , et le vase de purification. Celuici sait tout ce qui concerne l’art d'enseigner et l’art de marquer du sceau sacré les jeunes victimes. Dix livres sont relatifs au culte desdieux et aux préceptes de la religion ; ils traitent des sacrifices , des prémices , des hymnes .
des prières, des ponq>e.s religieuses et autres sujets analogues. Après tous les prêtres marche le prophète, portant le seau sacré , suivi de ceux qui portent des pains; comme le supérieur des autres prêtres, le prophète apprend les dix livres qu’on appelle lacerdotaux , où est contenu ce qui concerne les lois et l’administration de l’état rt de la cité, les dieux et la règle de l'ordre sacerdotal. Il y a en tout quarante-deux livres principaux d’Hermès, dont trente-six, où est exposée toute la philosophie des Egyptiens, sont appris par des prêtres des classes qui viennent d’être désignées ; les six autres livres sont étudiés par les IKistophorcs , comme appartenant à l'art de guérir, et ces livres parlent en effet de la construction du cor|w humain, de ses maladies, des instruments et des médicaments , des yeux , enfin des maladies des femmes. »
Au témoignage de dément d’Alexandrie, bien moderne par rapiwrt ù l'époque où la caste sacerdotale égyptienne était dans toute sa puissance, se joignent, pour accréditer ces précieux renseignements sur la littérature sacrée de l’antique Egypte , d’autres témoignages plus anciens et unn moins imposants. Platon a su que de très - anciens poèmes égyptiens étaientdes hymnes en l'honneur d'Isis, et toute l’antiquité classique affirme que c’était une coutume générale et tres-
anrirnnc aussi en Égypte, de célébrer,
fiar la poésie lyrique, chantée dans es cérémonies publiques et dans les repas de famille, les louanges des dieux et les belles actions des hommes, dément d'Alexandrie mentionne les compositions de ce genre comme faisant partie de deux des principaux ouvrages d'Hermès : les bons exemples laissés par lesanciens rois y étaient consignés |K>tir l'instruction de leurs successeurs, et cette instruction procédait de ces exemples mêmes ra|>pelés tous les jours à la mémoire et à la vénération des hommes. Diodorc de Sicile avait remarqué que les poèmes en l’honneur de Sésostris différaient queluefois , pour les faits , des annales es prêtres. Il n’est pas rare de trouver aans les tableaux liistoriques , dont les monuments de l’Égypte sont décorés, des scènes où des chanteurs accompagnent leurs paroles avec le son de divers instruments : les louanes des dieux et celles des bons rois evaient être constamment dans la houched’un peuple religieux et soumis, comme elles étaient déjà dans tous ses livres.
Outre le titre de ceux qu'a indiqués Clément d’Alexandrie, d’autres écrivains de l’antiquité en désignent encore bien d'autres qui traitaient de la physique, de la nature des choses, de la connaissance de soi -même , et de divers sujets philosophiques exposés et discutes dans des discours à Tat , à Ammon , à Asclépius, d'Isis à Hortis, et autres titres recueillis par des auteurs grecs ou latins ; livres dont il nous est parvonu des fragments qui révèlent de trop évidentes interpolations au milieu de quelques restes trop rares de leurs primitifs préceptes et de leur rédaction originelle.
Après les livres sacrés , les ouvrages de Tlioth , on a nommé des hommes comme auteurs de quelques écrits utiles ou remarquables. Un roi Ammon , selon Justin Martyr, écrivit un traité sur Dieu; un prophète nomme lîitys avait découvert dans le temple de Sais un exposé de la doctrine de Tlioth sur l'ascension des aines à Dieu,
écrite en hiéroglyphes ; il l’interpréta et offrit son ouvrage à un roi nommé Auunon, ainsi qu'un autre ouvrage sur le bien. L’Iuérocrammate Épris était l'auteur d'un commentaire sur les symboles égyptiens, qui fut traduit en grec par Àrius d'Héracléopolis.
Nous avons déjà parlé de l’ouvrage du roi Supins; un autre roi, Athothis, second roi de la première dynastie , fondateur des palais de Memphis, composa des écrits d’anatomie: on attribue aussi des livres sur l'astronomie et sur l'astrologie au roi Néchos ou Néchepso , et à un Pétosiris dont on ne connait pas l'époque. Galien et Aëtius citent un remède contre la pierre , tire des ouvrages de médecine de Néchepso. Pline mentionne quelques données relatives aux planètes, recueillies des mêmes écrivains Néchepso et Pétosiris ; et Servius ne craint pas d'aflirmer qu'ils avaient fait de lionnes observations sur la nature de certains météores. Suidas attribue au même, ou à un autre Pétosiris, des commentaires sur les dieux et les mystères des Égyptiens. On nomma plus tard deux géographes égyptiens , Cynchrus et lllantasus; Apollonius de Rhodes affirme que les Égyptiens connaissaient la terre, le nom et la distance des lieux hors de l'Egypte. Quant à leurs annales nationales, elles étaient soigneusement écrites dans les registres des temples ; Hérodote a vu , àe ses propres yeux , les registres sur papyrus où elles étaient consignées; Diodore les mentionne souvent; Manéthon les prit pour guide dans son histoire d’Égypte, et Théophraste jiarle sciemment de l'histoire des rois d’Égypte , qu'il a parfaitement connue. Apulée indique des livres sur des sujets religieux, qui n'étaient pas communiqués aux profanes; Anunien Marcellin, l'ouvrage secret où l’on avait particulièrement noté l'ilge du boeuf Apis; Achillès-Tatius , l'autre ouvrage où un prêtre était chargé spécialement d’étudier et de prévoir le retour du phénix d'Éthiopie en Égypte , c’est-à-dire le retour du commencement de la période sothiaque; et Damascius, des livres théo-
logiques. 1,’empereur Alexandrc-Sévère parcourut l’Égypte, lit enlever des temples tous les livres mythiques qu’il y trouva , et les lit déposer dans le tomlicau d’ Alexandre à Alexandrie, afin qu’on ne prit , à l’avenir , étudier le contenu de ces ouvrages. Homère connaissait la renommée des Égyptiens dans l’art de guérir, et l’emploi des remèdes était réglé par la loi : tonte infraction funeste au malade, exposait le médecin à la mort. La loi réglait aussi la composition des remèdes qui consistaient en mixtions ; et un livre , nommé Ambrés , contenait la science des diagnostics et des pronostirs en médecine. Aclien nous a transmis la renommée de l'Égyptien Iachus, dont la mémoire était célèbre dans sa patrie pour les services qu’il lui avait rendus par sa science profonde en médecine , et le succès avec lequel il avait combattu et arrêté de meurtrières épidémies. L'art de traiter les métaux et toutes les substances propres aux autres arts utiles fut porté très-loin en Égypte; une science aujourd'hui très-pérfectionnée, la chimie,. a pris son nom de celui même que l’Égypte porta trèsanciennement ( chém'i ou chimi ). Enfin Dioclétien, abusant de sa victoire en Égypte, y lit rechercher et briller tous les anciens livres de chimie qui traitaient de l'or et de l’argent , alin d'appauvrir les Égyptiens, et que, pauvres, ils lui fussent plus soumis.
On connait encore, par Théophile, patriarche d’Antioche, un ouvrage d’Apollonidès, surnommé Orapios, qui, sous le titre de Sémenoutbi ( mot égyptien corrompu), le Hure divin, traitait des dieux de l'Égypte. Knlin on ne peut douter qu’outre les instructions orales que Platon reçut des prêtres égyptiens, il n’ait aussi obtenu d’eux àe voir de ses propres yeux leurs livres iihilosophiques et doctrinaux; les hiérogram mates Sachoniate et Secnuphis, ses instituteurs, durent lui montrer ces précieux ouvrages, comme on croit que, avant Platon, leprétre Pérénisavaitmontréccs livres à Pvthagorc , et primitivement F.thimius à Orphée. Il est certain que Pla-
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ton obtint des prêtres égyptiens beaucoup plus de communications que la plupart des autres philosophes grecs, il était profondément instruit de leurs doctrines cosmogoniques et psycliologiques ; et parce qu'on les lui avait communiquées comme des secrets , que le vulgaire même des hommes instruits était indigne de connaître, Platon les conserva dans son esprit comme des mystères sacrés, s'abstint de les consigner en corps de doctrine écrit, en parla avec réserve , et ne les rappela dans ses ouvrages que par des phrases énigmatiques et parfois inintelligibles pour tout autre que pour lui-méme.
Il laisse toutefois à entendre, il s'en explique même assez clairement , que les doctrines égyptiennes dominent dans ses écrits. S'il se propose |ioiir sujet de ses méditations l’ordre de l'univers, il veut s’y livrer d’après l’opinion de ceux qui l’introduisirent dans cette étude par des signes figurés, indispensables pour pénétrer de tels secret-. Et ces opinions égyptiennes , si Platon s'imposa la réserve de ne pas les écrire, du moins il en parla souvent à ses disciples, à ses amis; et ce qu’en a conservé Aristote dans ses ouvrages, et qui est conforme aux doctrines de Platon, liasse assez généralement pour avoir été recueilli par Aristote, de la bouche de son divin maître.
. De tous les écrivains de l’ancienne Egypte, le dieu Thotli fut et devait être le plus fécond ; une pieuse déférence lui attribuait toutes les découvertes utiles; aussi le nombre des écrits qui nnt été mentionnés sous son nom par l’antiquité classique , estil très •considérable; les uns sur des sujets graves et d’une haute philosophie, d’autres sur des matières oiseuses, les sciences occultes, et l’art de la divination. Deux ouvrages dominent cqicndant cette liste des productions attribuées à Tlioth ou Herniés, et iis sont dignes, par leur objet , de la réputation de sagesse supérieure et de divine inspiration dont Thoth a joui dans tous les temps et tous les pays do l'antiquité. L’un de
ces ouvrages est intitule , IHmander , et l’autre Usclépius. Le premier traite de la puissance et de la sagesse de Dieu ; le second de Dieu , de l'homme , et de l’univers. Un autre ouvrage d’Asclépius, les Définitions, est adressé ou roi Ammon , et l’auteur s’y déclare le disciple de Thoth.
Rien n'est plus connu dans l'ancienne littérature ntic les écrits réunis sous la dénomination commune de Livres hermétiques ; ils sont écrits en grec pour la plupart, on ne sait quand , et moins encore par qui. Ceux qui les écrivirent en cette Lingue déclarent les avoir traduits de textes antiques en écritures sacrées égyptiennes, il est certain qu’un examen attentif y fait reconnaître des idées étrangères au monde égyptien , qui sont nées de sectes diverses dans des temps postérieurs à celui de la splendeur pharaonique, et qui furent ainsi interpolées dans l’antique texte, comme pour leur donner quelque crédit à la faveur de cette origine supposée. Mais il ne faut pas, pour ces interpolations avérées, rejeter entièrement ces livres hermétiques; Cliampollion le jeune les a étudiés à fond, et il a déclaré publiquement, malgré les jugements hardis ou hasardés qu’en ont portés quelques critiques modernes , que ces livres renferment réellement une masse de traditions purement égyptiennes , et constamment d’accord avec les monuments les plus authentiques de l’F.-
' Parmi les fragments qui nous sont
Sarvenus, on remarque celui d’un iscours d'Hermès, adressé à Thoth :
« II est difficile à la pensée , lui dit-il , de concevoir Dieu, et à la langue d’en parler. On ne peut décrire par des moyens matériels une chose immatérielle; et re qui est éternel ne s’allie que très-difficilement avecice qui est sujet au temps. L’un passe, l’autre existe toujours. L’un est une |ierception de l'esprit, l’autre est une réalité.... Ce qui peut être connu par les yeux et par les sens, comme les corps visibles, peut être exprimé par le langage; ce qui est incorporel, invisible,
no
immatériel , sans forme, ne peut être connu par nos sens : je comprends donc, ô Thoth, je comprends que l)icu est ineffable. »
« La mort, dit-il ailleurs , est pour certains hommes un mal qui les frappe d’une profonde terreur. C’est de l'ignorancc. La mort arrive (Kir la débilité et la dissolution des membres du corps; le corps meurt, parce qu’il ne peut plus porter l’être : ce qu'on appelle mort, c’est seulement la destruction des membres et des sens du corps ( l’être, famé ne meurt pas). »
« La vérité, Lit-il encore , c’est ce qui est éternel et immuable; la vérité est le premier des biens; la vérité n’est pas et ne peut pas être sur la terre: il se peut que Dieu ait donné à quelques hommes, avec la faculté de |>enscr aux choses divines, celle de penser aussi à la vérité; mais rien n’est la vérité sur la terre, parce que toute chose y est une matière, revêtue d’une formé corporelle sujette au changement, à l’altération, à la corruption , à de nouvelles combinaisons. L’homme n’est lias la vérité , parce qu’il n’y a de vrai que ce qui a tiré son essence de soi-même, et qui reste ce qu’il est.
Ce qui change, au point de ne pas être reconnu, comment cela serait-il la vérité ? La vérité est donc ce qui est immatériel, qui n’est point enfermé dans une enveloppe corporelle, qui est sans couleur et sans ligure, exempt de changement et d’altération; ce qui est éternel. Toute chose qui périt est mensonge ; la terre n’est (pie corruption et génération ; toute génération procède d’une corruption ; les choses de la terre ne sont que des apparcnces et des imitations de la vérité, ce que la peinture est à la réalité. Les choses de la terre ne sont pas la vérité. <•
Dans ce sommaire de |>cnsées, plus développées dans le texte des Iragments, la forme de ce texte n’est pas conservée ; elle est la même dans tous les écrits hermétiques dont il nous est parvenu quelques portions, et elle est remarquable, puisque introduite dans la Grive par les philosophes
élèves de l'Egypte, et employée dans les livres par leurs disciples , on l’a honorée en la mettant sous la protection d’un nom à jamais illustre dans les annales de la science et de la vertu, celui de Socrate. La méthode socratique, ou de l’enseignement par le dialogue, est ainsi un autre bienfait émané de la science égyptienne.
On retrouve cette même forme de dialogue dans un autre écrit qui est considéré par les critiques modernes comme le plus ancien et le plus authentiquedes premiers livres philosophiques de l’ Égypte. On a vu , plus haut, le jugement qu’en a porté Cliainpollion le jeune, et qui s'applique surtout , dans son intention , au Pimauder d’Hermès Trismégiste. Cet ouvrage, souvent publié, et dont il existe plusieurs manuscrits grecs à la bibliothèque royale, passe pour avoir été traduit ou au moins imité da l’égyptien, et |iour conserver, plus sûrement que tout autre fragment , les traces des doctrines psychologiques et cosmologiques égyptiennes, Pimander a aussi la forme u'un dialogue qui a lieu entre Pimander et '1 liotli ; et comme le mot Pimander signifie f/ntelUgence suprême, et que Thoth est aussi une autre Intelligence, manifestée aux hommes, c’est donc un dialogue entre l'Intelligence divine et l'Intelligence humaine, la première révélant a la seconde, pour le salut du genre humain, l’origine de l’aine, sa destinée, ses devoirs, les peines ou les récompenses qui lui sont réservées.
Nous essaierons de donner une idée du contenu de ce dialogue. C’est Thoth qui raconte lui-même sa conversation avec Primander.
a Comme je réfléchissais un jour sur la nature des choses, élevant mon entendement vers les cieux, et mes sens corporels assoupis, comme il arrive dans le profond sommeil aux hommes fatigués par le travail ou ta satiété , il inc sembla voir un être d'une stature démesurée, qui, m'appelant de mon nom , m’interpella en ces termes : » Que désires-tu voir et entendre? ô Thoth ! que souhaites-tu
ÉGYPTE
(rapprendre et de eonnaltre? » Je lui demandai : « Qui es-tu? — Je suis, me dit-il , Pimander , la Pensée de la puissance divine; dis-moi ce que tu désires, je serai en tout à ton aide. »
« Je desire, lui dis-je , apprendre la nature des choses qui sont, et connaître Dieu. » Il nie répondit : "Explique-moi bien tes désirs, et je t'instruirai sur toutes choses. ■ M’ayant ainsi parlé, il changea de forme : et soudainement il me révéla tout.
J’avais alors devant les yeux un spectacle prodigieux ; tout s’était converti en lumière, aspect merveilleusement agréable et séduisant ; j’étais saisi de ravissement. Peu après, une ombre effroyable, qui se terminait en obliques replis, et se revêtait d’une nature humide, s’agitait avec un fracas terrible. Une fumée s’en échappait avec bruit; une voix sortait de ce bruit ; elle me semblait être la voix de la lumière , et le Verbe sortit de cette voix de la lumière.
« Ce Verbe était porté sur un principe. humide, et il en sortit le feu pur et léger qui , s’élevant , se perdit dans les airs. L’air léger, semblable à l’Esprit , occupe le milieu entre l’eau et le feu ; et la terre et les eaux étaient tellement mêlées ensemble , que la surface de la terre, enveloppee par les eaux, n’apparaissait en aucun point. Elles furent toutes deux agitées par le Verbe de l'Esprit, parce qu'il était porté au-dessus d'elles; et dans ce moment Pimander me dit : ■ As-tu bien compris ce que signifie ce spectacle?— Je le connaîtrai ,» lui dis-je.
Il ajouta : « Cette lumière, c’est moi : je suis l'intelligence, je suis ton Dieu, et je suis bien plus ancien que le principe humide qui s’échappe de l'ombre.
Je suis le germe de la pnsée, le Verbe resplendissant, le fils de Dieu.
Je te dirai donc : Pense que ce qui voit et entend ainsi en toi , c'est le Vertie du maître , c'est la Pensée, qui est Dieu le |ièrc ; ils ne sont aucunement séparés , et leur union , c'est la vie. Thoth Trisméyisle : Je te rends grâces. lHmandry : Médite d’abord sur la lumière, et arrive à la connaître.
« Quand ces choses furent dites, je le priai long-temps pour qu’il tournât vers moi sa figure. Dès qu’il l'eilt fait , j’aperçois aussitôt dans ma Pensée une lumière environnée de puissances innombrables, brillant sans limites, le feu contenu dans un espace par une force invincible, et se maintenant au-dessus de sa propre base.
■ Je vis toutes ccs choses par l'effet du Verbe de Pimander , qui , me trouvant plongé dans la stupeur , m’adressa de nouveau la parole ainsi :
■ Tu as vu en ta Pensée la première forme prévaloir sur le principe infini, et autres choses semblables. »
Je lui demandai d’où émanent les cléments de la nature? » De la volonté de Dieu , me dit-il , laquelle s’étant saisie de sa perfection , en a orné tous les autres éléments et les semences viables qu’il a créées; car l’intelligence c’est Dieu , possédant la double fécondité des deux sexes, qui est la vie et la lumière de son intelligence; il créa uvec son Verbe une autre intelligence opérante; il est aussi Dieu Feu et Esprit Dieu. Il a ensuite formé sept agents, qui contiennent dans les cercles le monde matériel , et leur action se nomme le Destin. Le Verbe de Dieu s’est ensuite réuni , se séparant des éléments agités par un simple effet de la nature , et s’est uni à l'intelligence opérante, car il était de même essence. Dès lors les éléments de la nature sont restés déclinants sans raison , pour qu’ils fussent simplement de la matière.
■ L’intelligence opérante et le Verbe renfermant en eux les cercles et tournant avec une grande vélocité , cette machine se meut dès son commencement jusqu’à la lin, sans avoir ni commencement ni fin ; car elle commence toujours au point où elle finit. C’est de l’ensemble de ces cercles, l’intelligence l'a voulu ainsi , qu’ont été tires , des éléments inférieurs, les animaux prives de raison , car elle ne leuren a pas donné. L’air porte les êtres ailés ; l’eau , ceux qui nagent. L'eau et la terre diffèrent entre elles de la manière que l’Intelligence l’avait ores-
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J/UN IV lillS.
crit. La terre a ensuite engendré les animaux qui étaient en elle, les quadrupèdes, les serpents, les animaux sauvages et les animaux domestiques ; mais l'Intelligence, père de tout, qui est la vie et la lumière, a procréé l'homme semblable à elle -même, et l’a accueilli comme son fils; car il était beau et était le portrait de son père. Dieu s'étant complu dans l’image de lui-même, concéda a l'homme la faculté d’user de son ouvrage. Mais l’homme, avant vu dans son père le créateur de toutes choses, voulut aussi créer, et il se précipita de la contemplation de son père dans la sphère de la génération. Tout étant soumis a son pouvoir, il considéra les attributions des sept agents. Ceux-ci se plaisant à favoriser l’intelligence humaine, lui communiquèrent leur pouvoir. Dès qu'il eut ainsi connu leur essence et sa propre nature, il désira de. pénétrer dans les cercles et d’en rompre la circonférence, s’attribuant la force de celui qui domine sur le feu lui-même. Et celui qui avait eu tout pouvoir sur les animaux mortels et privés de raison, s'éleva, sortit du sein de l’harmonie, pénétra et rompit la puissance des cercles, et montra la nature comme une des belles formes de Dieu.... L’homme se prit d’amour pour elle. Il en naquit une forme d’être privé de raison.... Mais de tous les animaux terrestres, l’homme seul est doué d’une double existence ; mortel par son corps , immortel par son être même.
Immortel, tout lui est soumis ; les autres êtres vivants subissent la loi des destins. L'homme fut donc une harmonie supérieure , et pour l’avoir voulu pénétrer, il est tombé dans i’esclavage. . . Comme l'homme, tous les autres animaux sont détruits; mais Dieu dit :
Vous à qui one part d’intelligence est concédée , connaissez votre propre nature et considérez votre immortalité.
L’amour de la portion corporelle de vous-inême sera cause de votre mort.
Après ces paroles la Providence , selon les lois des destinées et de l’harmonie des mondes, composa les mélanges d éléments divers, et constitua les es-
pèces qui toutes devaient se propager selon leurs propres caractères.
«Ccluidonc qui se connaît lui-même, a conquis le bien superieurà son essence ; celui qui se laissa tromper par l’amour du corps, fut jeté dans les ténèbres de la mort..,. Dieu , qui est l'intelligence , a voulu que chaque homme qui participes cette intelligence se considérât en lui-mêine.» «Tous les hommes , dit Thoth, ne possèdent donc pas cette intelligence? —Tu penses juste, répond Pimander, etjesuis nioi-méine l'intelligence pour les hommes bons, purs, pieux , saints ; ma présence leur est en aide , et aussitôt ils connaissent tout , et le Père est pour eux propice et miséricordieux. C’est pourquoi ils célèbrent ses louanges par des hymnes, abandonnant le corps à sa mort, et repoussant les illusions des sens qu’ils savent être mortelles. L’intelligence est |iour eux comme une sentinelle qui les garantit des entreprises et des einhtlcnes du corps, et se ferme les voies de leur séduction. Au contraire, je m’éloigne des ignorants, des méchants, des envieux , dès homicides et des impies ; je les livre au démon vengeur , qui aime les coupables et les punit par le feu. ■•Thoth des lors demande à savoir ce qui arrivera après l'ascension de l'aine vers le Père. — «Le corps matériel perd sa forme, qui se détruit avec le temps; les sens, qui ont été animés, retournent à leur source , et reprendront un jour leurs fonctions ; mais ils perdent leurs passions et leurs désirs , et l’esprit remonte vers les deux pour se voir en harmonie; il laisse dans la première zêne la faculté d’accroître et de décroître ; dans la seconde, la puissance du mal et les fraudes de l’oisiveté ; dans la troisième, les déceptions de la concupiscence ; dans la quatrième, l'insatiableambition; dans la cinquième, l’arrogance, l’audace et la témérité; dans la sixième, le godt improbe des richesses mal acquises ; et dans la septième , le mensonge. Et l’esprit, ainsi purifié par l'effet de ees harmonies, retourne à l'état si désiré, ayant un mérite et une force qui lui sont propres , et il habite enfin
ÉGYPTE
avec ceux qui célèbrent les louanges du l'èrc. Ils sont dès lors placés parmi les pouvoirs, et à ce titre ils jouissent de Dieu. Tel est le suprême bien de ceux à qui il a été donné de savoir , ils deviennent Dieu.» « Ayant parlé ainsi, Pimandcr retourna parmi les pouvoirs divins , et moi je me mis à conseiller aux hommes la piété et la science. O hommes ! vivez sobrement , abstenez-vous de gloutonnerie. Pourquoi vous précipitez-vous vers la mort, puisque vous êtes capables d’obtenir i’iiiiinortalité? Fuyez les ténèbres de l’ignorance, retirez-vous de la lumière obscure, échappez à la corruption, acquérez l’immortalité ! Conducteur et i bel' de la race humaine, je lui montrerai les voies du salut, et je remplirai ses oreilles des préceptes de la sagesse. »
A travers cet ensemble de mots d'une langue bien moderne employée a, exprimer des idées trcs-vraisemblablement fort anciennes, le lecteur aura-t-il puisé uuc notion précise des opinions renfermées dans ces débris, peut-être bien informes , des antiques livres de l’Hermès Trismégiste , qui , sous ces noms grecs, représente dans l'histoire des opinions humaines, celles des primitifs philosophes de l’Égypte?
On n’oserait l'espérer, et dans ce cas, il nous sera permis de répéter aujourd’Iiui ce que le graud-pretre de Cérès disait à Anacliarsis , au sujet de lu philosophie de Pythagurc. « L’obscurité et les inconséquences que trouve un lecteur eu parcourant ces écrits, proviennent des ténèbres dont seront toujours enveloppées les questions qu'ils traitent; de la diversité des acceptions dans lesquelles sont pris les mots qui composent la langue philosophique; des couleurs dont les premiers interprètes de la nature revêtirent leurs dogmes; de la diversité des méthodes introduites dans les écoles. » Toutes les idées égyptiennes passèrent dans la Grèce, ou elles ne restèrent pas stériles. L’esprit prodigieux et l’active imagination des Grecs exploitèrent avec une incessante activité ce domaine des idées ; le nom-
bre des philosophes y fut grand, sans compter les sophistes : aussi le grand prêtre de Cérès disait-il encore : « O mon fils! quelles étranges lumières ont apportées sur ta terre ces hommes célèbres qui prétendent s'être asservi la nature ! et que i'etude de la philosophie serait humiliante, si, après avoir commencé par le doute, elle devait se terminer par de semblables paradoxes. »
Finissons cet exposé sommaire et imparfait des dogmes psychologiques égyptiens, par un trait d'une sublime invention. C’est parmi les ames sorties victorieuses de toutes les épreuves, parmi les ames les plus pures, que Dieu choisissait l'aine des rois. Si elles remplissaient dignement ectte nouvelle et difficile mission , en rendant les peuples heureux et en étant pieux envers les dieux et envers les hommes, ces ames rentraient lieureuses dans le sein de in divinité, et voyaient Dieu pour l'éternité. Ce précepte de morale royale et populaire tout à la fuis aidait les sujets dans leur respect pour le monarque , et plaçait les devoirs du prince dans son plus cher intérêt, l-es prêtres lui rappelaient fréquemment l'un et l’autre , et cette éducation des princes, en harmonie avec leur croyance religieuse, pouvait être aussi fructueuse que toute, autre idée tirée des considérations de l'orgueil ou du pouvoir. Le grandprêtre, qui rappelait au roi avec succès ses futures béatitudes , était à la fois le maître du prince et de l’etat : s'il était honnête homme, il méritait de jouir du bonheur qu’il promettait.
D'après cet exposé des droits et des devoirs de la caste sacerdotale en Égypte , y eut-il jamais au monde une autre association d'hommes qui égalât son crédit, sa puissance, et capable, au même degré qu’elle , du bien et du mal? Non, jamais : et celle-ci n’a été maudite que par ceux qui , je ne sais sous quelles modernes influences. l’ont considérée comme l'ennemie de la science et des hommes.
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