‹ L'UniversChapitre 2 sur 42 · I. F.TAT PHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. F.TAT PHYSIQUE

T»! vallée de l’Egypte n’est dans sa longueur que le tiers à peu près de la contrée que le Nil arrose dans son cours du midi au septentrion , où il se perd dans la Méditerranée; ce fleuve entre en Égypte quand il franchit la cataracte au-dessus d’Assouan et d’Éléphantinc ( voyez, planche 3 ) , sur sa rive droite, les terres fertiles sont bornées par des sables , les monts Arabiques et la mer Rouge; sur la rive gauche sont les déserts Libyques et leurs Oasis. La tradition rapporte que le Nil séparait autrefois l’Asie d’avec l’Afrique ; il est du moins certain que la portion de l’Égypte fécondée par le Nil divise par sa riche végétation deux vastes contrées également stériles et inhabitables.

La longueur de la vallée de l’Egypte, qui se dirige du sud au nord et décline un peu àPouest, est de sept degrés et un cinquième , qui forment exactement la cinquantième partie de la circonférence de la terre , comme le disaient les anciens. Deux ciiaînes de montagnes resserrent cette vallée au midi et sur près des trois quarts de son étendue; ensuite elle s’élargit subitement, et forme une grande plaine triangulaire, qui est traversée en diverses directions par les eaux du Nil divisé en plusieurs branches, mises en communication réciproque par de nombreux canaux.

L’Égypte estdivisée en trois grandes régions": l'Égypte supérieure, Saïd ou

Thébaïdc; l'Egypte moyenne ou Heptanomidejla Basse-Égypte ou le Delta:

c'est à cause de sa forme triangulaire que la plaine située entre les deux branches extérieures du Nil, et qui est bornée au nord par la mer, doit ce nom de Delta, qui est celui d’une lettre de l’alphabet grec , dont la forme est en effet triangulaire. Plusieurs lacs, dont quelques-uns ont près de 20 lieues d’étendue, existent sur les bords de la mer et communiquent avec elle par des coupures qu’on a reconnues comme d’anciennes bouches du Nil. L’état des lieux a beaucoup changé en effet depuis la haute anti-

3uité; les atterrissements du fleuve et c la mer ont agrandi et prolongé la basedu Delta; mais une partie du terrain que les anciens Égyptiens défendaient par des digues, est aujourd'hui sous les eaux , et on attribue à des affaissements qui se sont opérés depuis les temps historiques, l'extension de plusieurs de ces lacs. Par des travaux récents , quelques-uns d’entre eux servent aujourd'hui à la navigation entre le Nil et le port d’Alexandrie.

Deux chaînes de montagnes encaissent toute la vallée de l’Égypte, le Delta excepté. Ces montagnes sont médiocrement élevées , incultes , et absolument nues depuis leur base jusqu’à leur sommet. De leur extrémité vers la Basse-Égypte jusqu’à quelques lieues avantla cataracte, elles sont l’une et l’antre de nature calcaire; au-delà, c'est un grès habituellement employé dans les édifices de la Thébaïde. Enfin vers Syène et Philæ (voy. pl. 4 ) se trouvent ces carrières de granit rose, si renommées par les grands monuments qui en ont été tirés, et d’où provient aussi l’obélisque de l.ouqsor, nouvellement transporté à Paris.

Ces deux chaines ne sont pas également rapprochées, d’où il resuite que.

la vallée, n’est point partout d’unç largeur égale; cette largeur s'accroît.! mesure qu’elle avance vers la mer. Dans la région granitique, il n’y a que la distance necessaire pour le passage du fleuve, et une étroite lisiere de terrain qui disparait même parfois sous les

eaux; entre les montagnes de grès, la largeur de la vallée n’est pas de plus d'une lieue; mais dans le pays calcaire, le Saïd, le Nil prend niilfe à douze cents mètres de largeur pour son lit:

des bandes sablonneuses bordent ses rives; sur celle de droite, le terrain cultivé s’étend à près d’une lieue de là, celle de la rive gauche à plus de deux lieues; la largeur moyenne de la vallée dans la llaute-Égypte approche ainsi de trois lieues et demie.

La chaîne Arabique finit brusquement au Caire, et par une coupure très-escarpée. La chaîne Libyque ou occidentale se termine au nord par un talus peu rapide; à la hauteur du Caire, qui est sur l’autre rive du Nil , elle jette vers l'intérieur de la vallée un éperon qui forme la plateforme des pyramides, et va en déclinant au nordouest se perdre dans les plaines sablonneuses du Delta ; c’est la qu’elle forme la vallée des lacs de natron , et celle qu’on nomme le fleuve sans eau, où l'on ne trouve en effet, au grand étonnement des voyageurs, qu’une quantité considérable ue bois pétrifié. Une coupure de cette même chaîne , dont le sol s'incline du côté opposé à l’Égypte, et qui s'élargit de plus en plus en s'éloignant du Nil, est l’entrée d'une vaste plaine qui forme à elle seuleune province nommée le Fayoum ; l’un des plus grands rois de l’Égypte donna son nom au lac situé dans la partie occidentale de cette province :

on verra plus bas pourquoi ce lac fut célèbre dans l’antiquité.

On résumerait les notions sur l’état physique de l’Egypte en disant, qu’elle est une vallée cultivée, une bande de terre végétale qui traverse les déserts. Les vallées qui servent de lit à de grands fleuves , forment une espèce de berceau dont les eauy occupent le fond. L’opposé arrive en Égypte; sa section transversale est une courbe légèrement convexe ayant dans sa partie supérieure une échancrure profonde, qui est le lit même du Nil dans les basses eaux. Ilrésultedecette singulièrcdisposition du terrain , que dès que le fleuve s’élève tant soit peu au-dessus du ni-

xen« des berges, il peut submerger toute la partie convexe du terrain limitrophe, c’est-à-dire la totalité du pavs cultivé. Aussi l'Égypte n’est que le lit du neuve; ce qu’il n’arrose pas, c’est le désert, et ce désert, les eaux du ciel ne sauraient, comme celles du Nil , le rendre fertile. On explique par ce phénomène une ancienne fable religieuse des Égyptiens : Isis est l'épouse fécondé d’Osîris, nom sacré du Nil; Nephthys est l'épouse stérile de Typhon, et ne pourrait engendrer que par un adultère avec Osiris : c’est-àdire que le désert ne peut être fécondé oue par le Nil. L'observation a donné le mot de cette énigme sacerdotale, de cette allégorie fondée sur un phénomène observé par l'antiquité et dont la véracité est aujourd'hui incontestable. •

Quant à l'aspect pittoresque de l'Égypte, nous allons en emprunter les traits principaux à la relation d'un savant observateur, M. de Hozière , ingénieur en chef des mines, et membre de la commission d’Éeypte.

« Les environs deSvène et de la cataracte présentent un 'aspect extrêmement pittoresque. Niais le reste de l’Égypte, le Delta surtout, est d’une monotonie dont on se fait difficilement l’idée, et qu’il serait peut-être impossible de rencontrer ailleurs Les

champs du Delta offrent trois tableaux différents, suivant les trois saisons de l’année égyptienne; dès le milieu du printemps’ les récoltes, déjà enlevées, ne laissent voir qu’une terre grise et poudreuse, si profondément crevassée , qu’on oserait à peine la parcourir.

* A l’équinoxe d’automne, c’est une immense nappe d’eau rouge ou saumâtre, du sein de laquelle sortent des palmiers, des villages, et des digues étroites qui servent de communications; après la retraite des eaux, qui se soutiennent peu de temps dans ce degré d’élévation, et jusqu’à la fin de la saison, on n’aperçoit plus qu’un sol noir et fangeux.

« C’est pendant l’hiver que la nature déploie toute sa mngmficence. Alors

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