II. Divinités déformé humaine, à tête d'animal
1* Dieux. Têts de bélier, bleue, surmontée du disque et de deux plumes : Ammon, Amon-Ké( Jupiter-Ammon) ;
Tête de bélier, verte; deux longues cornes ; le disque et le serpent uræus : Chnouphis ( Ammon-Chnouphis) ;
— de bélier , avec deux longues cornes , et dans les mains un vase penché d’où l’eau s'échappe : Chnouphis»
Nllus (Jupiter-Nilus, le dieu Nil) ;
— de chacal : Anubis, ministre de l'Amenthi ou enfer égyptien ;
— d’hippopotame , ventre volumineux : Typhon , génie du mal ;
— de crocodile, avec ou sans deux cornes de bouc , surmontées de deux uræus et de deux plumes , avec ou sans disque : Souk ( Succhus , Cronos , Saturne) ;
— d'épervier, avec la mitre du pschent , orné de deux appendices rayés : Phtha-Sokharis ;
Tête d’épervier, avec la partie inférieure du pschent sur la main : le même Phtha-Sokharis;
Idem, sans ornement: Horus, (ils d Jsis et d'Osiris;
Idem, coiffée du pschent orné du lituus : Horus- Arsiesi ;
Idem, ornée du croissant lunaire, un disque au milieu , avec ou sans le srrpent uræus; le tout peint en jaune:
Pooh-Hiéracocéphaie (le dieu Lunus); quelquefois aussi la tête d’épervier est double , et le corps porté sur deux crocodiles ;
Idem, surmontée d’un grand disque rouge, avec ou sans l’uræus: Phré (Héflos, le soleil);
Idem, avec le disque d’où sortait 1 uræus , et deux plumes droites : Mandou-Ré (Mandoulis);
Idem, et de ses mains répandant I eau contenue dans un vase : Thôth trois fois grand ( Hermès trismégiste , le premier Hermès) ;
Tête d’ibis; deux cornes longues; deux ! la mitreidu pschent très-omée :
Thôth deux fois grand ( le deuxième Hermès) ;
Idem, avec le croissant lunaire et le disgue au milieu : le même Thôth deux fois grand, en rapport avec Pooli ou I.unus;
Idem, sans ornement, et dans les mains du dieu un sceptre terminé par une plume panachée : Thôth deux lois grand, seigneur de la région intérieure ;
Idem, sans ornement, d’une main une tablette, et de l’autre un style ou roseau : Thôth Psychopompe ( le deuxième Hermès écrivant le résultat de la pesée des âmes dans l’Amenthi ou enter égyptien) ;
Tête de vanneau: le dieu Bennô;
— de scarabée ailé, dressé sur les pattes de derrière : Thoré, une des formes de Phtha ;
— de nilomètre, surmontée de deux longues cornes , du disque et de deux plumes ; dans les mains le fouet et le crochet ; Phtha stabiliteur.
2« Déesses de forme humaine, à tête d’animal:
Tête de lionne : Tafné ou Tafnet ;
KG Y PTK. 359
Tête de vache ; le disque rouge et deux plumes recourbées entre les cornes : Hathôr (Aphrodite, Vénus);
— de vautour, avec un diadème ou longues bandelettes, un arc et une llèche dans les mains: l’Ilythia égyptienne, accélératrice des accouchements.
III. Animaux symboliques , représentant les dieux mêmes qui portent quelquefois leur tête :
Serpent barbu avec deux jambes humaines : Chnouphis ; c’est ce qu’on nomme l'Agatlioaémon (ou bon génie);
l.'ræus, la tête ornée de la partie inférieure du pschent et du lituus;
Taureau avec un disque sur la tête :
Apis ;
Chacal sur un autel , avec ou sans fouet: Anubis;
Bélier richement caparaçonné, la tête ornée du disque et des deux plumes droites d’Ammon : Amon-Ra ;
Idem, avec le disque seul : Chnouphis ;
Cynocéphale , une tablette de scribe à la main : Thùth deux fois grand (le deuxième Hennés);
Cynocéphale avec le croissant de la lune’ et un disque peint en jaune : Pooh (le dieu Lunus);
Scarabée à tête de bélier ornée du disque et de deux agathodémons sur ses cornes , auxquelles deux croix ansées sont appendues: Chnouphis -Ni lus;
Vautour coiffé de la mitre du pschent, ornée, et portant une palme dans chacune de ses serres : Neith ;
Ibis blanc sur une enseigne : Thôth deux fois grand (le second Hermès) ;
Épervier sans ornements : Horus ;
Épervier, le disque et un uræus sur sa tête : Phré (le soleil) ;
Épervier. le disque rouge sur sa tête, avec deux uræus , une palme et une croix ansés : Thôth trismégiste (le premier Hermès) ;
Épervier , sa tête ornée du pschent avec beaucoup d'accessoires : Phtha- Sokharis;
Vanneau avec des aigrettes: Bennô;
Épervier dans un carré : Hathôr (Vénus égyptienne);
Vache avec un disque sur la tête :
llathôr;
Sphynx mâle (barbu) , le d isque rouge et l'urxus sur la tête: Phre (le soleil);
Disque rouge ailé, duquel sortent quelquefois des rayons de lumière, avec ou sans les deux croix ansées, deux palmes et deux uræus : Thôth trismégiste (le premier Hermès);
Disque jaune dans une barque , avec ou sans cynocéphales : Pooh (le dieu Lunus).
I.es exemples qui viennent d’être cités suffiront pour donner une idée générale de la représentation des divinités égyptiennes sous les trois formes ci-dessus indiquées, et jmur instruire le lecteur sur les principales circonstances extérieures d'une des plus antiques religions nationales.
Dans son étude, on ne doit jamais oublier cette triple manière de représenter les divinités; et c'est par là que cette multiplicité apparente oes représentations se réduit déjà de beaucoup au moyen de cette synonymie ; et nous devons ajouter, en Unissant, au sujet du sphinx ( pl . 19), qu’il parait avoir été l’emblème de toutes les divinités , et même des rois et des reines de l’Égypte. Il n’y a néanmoins aucune confusion à redouter pour les dieux symbolisés sous la forme du sphinx , puisque la coiffure et les emblèmes qui caractérisent spécialement chacun d’eux, caractérisent aussi cet être fantastique ; et que , à l'égard des rois et des reines , le cartouche ou encadrement elliptique qui renferme leur nom, est toujours placé à côté de ce sphinx mâle ou femelle.
Nous bornons ici notre résumé sur la principale des institutions de l’ancienne Égypte , celle qui pénétra le plus rofondément dans l'esprit et le cœur e la population : avantage social du
firemier ordre; car cette croyance fut e lien intime entre toutes les classes de la nation, qui, y trouvant toutes ' leur honneur et leurs avantages, ne s’en détachèrent jamais; et ce lien politique et national avait ramené a l’unité tous les devoirs, tous les
droits, et tous les intérêts d'un grand peuple.
Nous ne pouvons pas omettre cependant, en parlant de la religion égyptienne, de rappeler qu’en Égypte plus que dans aucune des sociétés modernes, la croyance et le culte étaient mêlés à la vie intime de l'homme. La religion dirigeait ses actions avec une autorité absolue ; elle s'emparait de l'individu à sa naissance, et ne l’abandonnait plus même après sa mort. Elle lui assurait d’honorables funérailles selon sa condition, et un lieu de repos où ses cendres devaient être pour toujours à l’abri de l’insulte , soit dans la sépulture des familles, soit dans les sépultures publiques. Enfin elle prescrivait pour tous l’usage des pratiques découvertes par l’industrie pour la conservation presque éternelle des corps humains, dernier et attentif hommage à la dignité de l’espèce.
On est redevable à cette coutume égyptienne de l’innombrable quantité dé' corps humains embaumés qui nous sont parvenus si parfaitement conservés, et auxquels on a donné le nom de momies. Nous allons en dire sommairement ce qui , de ce sujet presque populaire, doit le plus intéresser le lecteur.
Hérodote parle en termes très-précis des usages de l'Égypte dans les deuils et les funérailles. Quand le chef de la famille mourait, toutes ses femmes se couvraient le front de boue, et se répandaient, échevelées, dans la ville.
Les hommes suivaient le même usage à l’égard des femmes.
Après ces premières manifestations de la douleur, le corps du mort était immédiatement livré aux embaumeurs , classe inférieure de l’ordre sacerdotal, prêtres nommés Taricheuies et Cholchijtes, dont l’embaumementdes morts était la fonction spéciale. Lafamille convenait aveceux du prix de cette préparation , lequeldépendaitde la simplicité ou de la magnificence de l'embaumement qui était désigné. Il y en avait en effet de plusieurs' classes. La plus commune se bornait à purger avec des drogues de vil prix l’intérieur du ven-
tre, à faire dessécher le corps entier en le laissant, pendant soixantendix jours , plonger dans le natron, à l’ensevelir ensuite dans un linceul de toile grossière, plus grossièrement cousue , et de le déposer en cet état daus les catacombes publiques. On étendait quelquefois le mort sur une planche de sycomore, enveloppée aussi dans la toile.
Si l'individu pouvait faire quelque dépense, on employait l'huile de cèdre pour nettoyer l’intérieur; on desséchait le corps avec le natron ; les membres, chacun à part, ou bien le corps entier, étaient entouré de bandelettes de coton imbibées de la même huile, ou de toute autre substance conservatrice , et le corps était ensuite enfermé dans un cercueil plus ou moins orné de peintures. Le nom du mort , celui de sa mère, et sa profession, étaient écrits habituellement sur le devant de ce cercueil qui était de bois.
On peut se faire une idée de la variété de ces pratiques, en pensant à tout cequela piété, la tendresse ou la vanité purent imaginer podr les décorations de cette dernière demeure de l’homme , et à tous les degrés qu’il fut possible de parcourir, depuis la toile d’emballage du pauvre, jusqu’au magnifique sarcophage royal en granit ou en basalte. J'ai ouvert un grand nombre de momies, et étudié les objets d’art que les tombeaux nous ont conservés; je
fiuis donc compléter ces notions sur es embaumements en Égypte, en résumant à la fois et les récits laissés par les anciens écrivains, et mes propres observations.
La première opération des embaumeurs consistait à extraire le cerveau par les narines au moyen d'un instrument recourbé; la cavité de la tête était ensuite remplie par injection de bitume liquide et très-pur, qui s'endurcissait en se refroidissant. On a tiré de quelques têtes de momies la coiffe du cerveau parfaitement conservée.
On faisait aussi l'extraction des yeux, et on les remplaçait par des yeux en émail.
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La chevelure était conservée (voy.
pi. 2), et on en a vu dans toute sa longueur, quelquefois tressée, d'autres fois frisee, et dans un ordre qui révélait la main du coiffeur.
Au moyen d'une pierre tranchante, on faisait line incision dans le flanc gauche, à la hauteur des iles ; par cette ouverture, on extrayait les intestins et les viscères. Les cavités de l’abdomen et de l’estomac étaient soigneusement lavées avec des décoctions de vin de palmier ou d'aromates, et essuyées avec des aromates pilés ; on lés remplissait ensuite avec de la myrrhe et autres parfums , même de la sciure de bois odoriférant, et on y mêlait des bijoux et des figurines religieuses en métaux précieux ou communes, en pierres dures ou en porcelaine.
Le corps ainsi préparé intérieurement, était dépose dans le natrou, substance très-commune en Égypte dans tous les temps, et on l'y laissait pendant soixante -dix jours-, la chair et les muscles y étaient complètement dévorés, et il né restait plus Je ce corps que la peau collée sur les os. Tel est l'état des momies dépouillées qu’on voit dans quelques cabinets.
Souvent , au lieu de dessécher ainsi le corps, on injectait dans toutes ses veines , par des procédés très-compliqués et très-coûteux, une liqueur chimiquement composée , qui avait la propriété de conserver le corps , et de laisser à ses membres presque toute leur élasticité naturelle.
En attendant, on soumettait les intestins et les principaux viscères du mort à une préparation de bitume bouillant ; on enveloppait séparément le cerveau, le coeur, le foie, dans un linge, et on les déposait dans quatre vases, qu’on remplissait de la même substance rendue liquide par le feu. Ces quatre vases sont ceux qu’on nomme vulgairement canopes. Us étaient faits de toute matière, depuis l’argile cuite jusqu’à l’albâtre oriental rubané, et au granit. Ils sont de forme conique ren- 'ersée, et les quatre couvercles sont surmontés de quatre têtes differentes ,
savoir : d'homme , de chacal, d’épervier et de cynocéphale, qui sont celles des quatre génies de l’Amenthi, ou enfer égyptien , nommés Amset, llapi, Soumooutf et Kebhsniv.
Après les soixante-dix jours d’immersion dans le natron , le corps était enseveli. On enveloppait chaque doigt isolément de bandelettes étroites; fa main ensuite, et le bras séparément.
La même opération avait lieu pour chacun des autres membres , et pour la tête plus soigneusement encore. La toile la plus One, quelquefois une trèsbelle mousseline, était celle qui touchait immédiatement la peau. Plusieurs couches successives couvraient la figure , et leur adhésion est telle que , enlevées en niasse, ces couches ont |>u servir de creux pour y couler du plâtre et avoir ainsi le portrait du défunt.
On enveloppait ensuite le corps entier dans toute sa longueur, et on rétablissait, avec des linges artistement disposés sous les bandelettes, les formes primitives de chaque membre, que l’action du natron avait entièrement détruites. Quelquefois la dernière enveloppe, artistement cousue, et ayant l'aspect d'un pantalon collant et ü'im
f;ilet à manches très-serré , donnait à a momie l’apparence d’une personne ainsi vêtue.
On a remarqué dans des momies de cet ordre, que les ongles de leurs pieds et de leurs mains avaient été dorés ; on a trouvé des plaques d'or sur les yeux et la bouche , la tête entièrement dorée aussi ; enfin les corps des personnes royales étaient complètement dorés , ou même enfermés dans une première enveloppe en or, espèce d’étui au repousse, qui reproduisait en relief et leur portrait et toutes leurs formes corporelles.
Avant d'employer les bandelettes ui enveloppaient le corps entier, on onnait aux bras une position réglée par l’usage et la loi : on croisait les mains des femmes sur leur ventre ; les bras des hommes restaient pendants sur les côtés ; quelquefois la main gauche était placée sur l’épaule droite; ce bras faisait ainsi écharpe sur la poitrine.
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Ou a trouvé sur ces mêmes corps et au-dessous de toutes les bandelettes, ou sous leurs diverses couches, les bagues aux doigts des momies et les colliers à leur cou, des bijoux variés, des figurines, des objets d’affection, de petits meubles , des pièces d’étoffes diverses; enfin des manuscrits placés soit sur les côtés, soit entre les jambes, et enveloppés, comme le mort, de bitume et de bandelettes.
Il parait aussi , par l’état de quelques momies, qu’après ees préparations, on les plongeait tout habillées dans une cuve de Ditume bouillant, qui les pénétrait jusqu’à la moelle des os , ét, une fois refroidies, elles n’étaient plus qu'une masse de bitume durci , inaltérable en quelque sorte.
Ainsi enveloppée de langes et d’un linceul retenu par des bandelettes en croix , la momie , où toute apparence de cadavre et de préparation avait disparu, était placée dans un cercueil en bois, en granit, en basalte, ou autres matières. Ce cercueil était orné de peintures et de sculptures; pour les personnages considérables, le premier cercueil était enfermé dans un second , et le second dans un troisième, tous également ornés de sujets religieux, répétition orthodoxe des scènes du grand rituel funéraire, où l'on voit Pâme du défunt faire sa visite et ses offrandes à toutes les divinités dont elle doit implorer la protection.
C’est dans l’intérieur de ers mêmes cercueils qu’on a recueilli aussi des manuscrits, parties plus ou moins complètes de ce grand manuscrit funéraire , de ce livre de manifestation, à la lumière , dont les exemplaires sont nombreux dans les cabinets de l’Europe, parce que ce livre de prières faisait partie du mobilier funéraire des Égyptiens.
On a trouvé aussi dans ées cercueils des bijoux de toute espèce , des objets de parure, de volumineuses perruques, de grosses tresses de longs cheveux , des chaussures, des instruments de diverses professions, et avec les momies des scribes sacrés la palette à plusieurs godets , les calants et le canif pour les tailler; enfin ta coudée du marchand
ou du géomètre, et avec des momies d'enfants des joujoux de toute sorte.
Les parents et les amis accompagnaient religieusement le mort dans sa dernière demeure; ils se procuraient des figurines rie dimensions et de matières diverses, précieuses si le mort était un personnage considérable : ces figurines, en argile, en porcelaine, en bois ou en matières dures, étaient faites, le plus possible, à la ressemblance du défunt; son nom était inséré dans la prière funèbre inscrite sur ces figurines, et tous ceux nui accompagnaient la momie déposaient ces figurines dans un coffre funéraire qui était placé vers la tête du cercueil ; les
Suatre vases canapés l'étaient deux à eux sur les côtés.
On plaçait aussi dans les tombeaux des stèles funéraires, dalle mise de champ et cintrée par le haut, ou étaient représentés , sculptés et peints , sur pierre dure ou tendre, ou sur bois, les parents du défunt lui offrant les présents funèbres, lui rendant leurs derniers devoirs, et une inscription expliquait complètement ce tableau , et donnait les noms des morts et des vivants qui y étaient figurés. Le défunt est assis; les parents sont debout ou à genoux , faisant leurs offrandes. Sur notre planche 67, une de ces stèles est reproduite, mais c’est une stèle royale, et à deux registres : sur le premier, celui de dessus, sont deux couples royaux assis; à la droite, c’est le roi Amenoftep et la reine Ahmos-Nofrè-Atari , la tête surmontée de deux longues plumes ; à la gauche sont deux rois , Thouthmosis I" et Morris ; au-dessous Thouthmosis IV avec un jeune fils; et en face à genoux une Nofrè-Atari , en acte d’adoration de ces trois rois de la XVIII* dynastie.
La momie était déposée dans le tombeau de la famille ou bien dans le tombeau public. En haute Égypte, ces tombeaux étaient creusés dans le liane de In montagne libyque ; on y retrouve encore de ces catacomltes générales où les momies sont déposées, symétriquement arrangées en chantier, et leur nombre est encore in-
EGYPTE. M
croyable, malgré les ravages commis par les Arabes qui viennent habiter ces tombeaux , et qui , de temps immémorial , se servent de ces momies pour les besoins du ménage, combustible plus économique que le bois à brûler qui manque dans ce pays. Dans la basse Égypte, le sol est toré de puits tris-profonds, qui conduisent à des chambres creusées dans le roc, et où la population de la basse Égypte déposait ses morts; l'orifice du puits était ensuite soigneusement bouché, afin de le préserver des suites de l’inondation. Les pyramides (vov .pl. 10) n'étaient que des montagnes tactices dans lesquelles on déposait les cadavres des rois.
Les grands personnages de l’ordre sacerdotal, les princes, les rois et les reines, étaient déposés dans de riches sarcophages en granit ou en basalte, ornés sur toutes leurs faces, intérieures et extérieures, de scènes religieusesanalogues à celles du rituel. On peut voir au musée du Louvre le sarcophage, en granit rose, du roi Rhamsés-Mèïamoun, le chef de la dix-neuvième dynastie égyptienne, qui régna au quinzième siecle avant l’ère chrétienne.
Cette couche funèbre du pharaon est creusée dans un seul morceau de granit rose de quinze pieds de long, sur huit de hauteur et six de largeur. Les officiers du bâtiment qui est allé cliereher l'obélisque à Louqsor.en ont rapporté, de Thèbes à Paris, le sarcophage de la reine Amasis, morte peu d'années avant l’invasion de Cambvse.
On trouve, du temps des Grecs, un usage singulier, et l'on manque d’autorité pour lui donner une origine égyptienne. Il est certain que dans les temps où les institutions nationales florissaient en Égypte, les catacombes publiques recevaient les momies des personnes qui ne possédaient pas nne sépulture de famille; il en était de même du temps des Grecs; mais il paratteertain aussi que, durant leur domination, le dépôt d’n ne momie dans ces tombeaux publics n'était réellement que la location d’une place pouf laquelle les parents du mort payaient une contribu-
tion annuelle à l’État, et que l’État vendait ce produit à des fermiers, qui cédaient à leur tour à des sous-fermiers tout ou partie de leur concession générale. Le respect religieux des ancêtres, qui était profondément empreint dans les mœurs égyptiennes, prévenait toute opposition a l'idée et à la gestion d’un tel impôt. C’est par suite d'une conviction egalement religieuse qu’un, étranger, trouvé mort par l'effet d'un accident, recevait de pompeuses funérailles aux dépens du lieu où il était découvert. On sait aussi que la momie du père pouvait être donnée en gage par son fils ; mais il était noté d'infamie s’il ne la retirait pas. Enfin, on montrait dans les repas le simulacre en bois peint des ancêtres morts; c’était encore un moyen de les honorer, bien plutôt qu’une occasion pour les convives de s'exciter à boire et à manger, parce qu’ils devaient aussi mourir.
On voit des momies humaines dans tous les cabinets; on reconnaît celles des hommes h un appendice, en forme de barbe tressée, qui est attaché au menton ; il n'y en a pas aux momies de femmes. Los momies d’enfants sont rares, et celles de diverses espèces d’animaux, très-communes. Il ne faut pas onblier que ces animaux étaient des emblèmes des dieux (supra, page 2S9); ueces animaux étaient nourris vivants ans le temple , et embaumés après leur mort. L’ibis était consacré à Tliôth , et l’on trouve à Hermopolis (la ville d’Hermès ou Thôth) des momies d’ibis par milliers , comme on trouve ailleurs des momies de chats, de crocodiles, d’ichneumons, d’éperviers, de poissons, de serpents, de bœufs, de béliers; témoignages irrécusables en faveur des notions plus haut exposées sur le symbolisme de ces êtres animés, opposé à toute idée d’adoration directe, dans les préceptes du culte dont les animaux furent l’objet en Égypte.
On verra sur notre planche r.9 un appareil funéraire presque complet; la momie est placée sur un lit, les quatre vases canopes sont auprès, et le dieu Anubis semble prendre possession dece nouvel habitant de l’Amenthi.La pl. 7 1
<lonnc une idée topograj»lnc|ne üe la vallée deBihan-el-Molouk a Tliebes, vallée étroite, inculte et inhabitée, où sont situés les tombeaux des rois, creusés des deux cités dans le versant de la montagne; la planche G« est une vue de cette même montagne où la place et l’entrée des tombeaux sont indiuées; la planche 70 contient le plan ’un de ces tombeaux , qui n'est pas un des plus anciens , et au -dessus est reproduit un passage du rituel funéraire, composé d'une bande de scènes représentant l’âme d'une défunte, en tunique blanche, faisant ses offrandes aux divinités que le rituel lui ordonnait de se rendre propices; audessous de la scène sont les colonnes verticales d’écriture hiéroglyphique, ayant à peu prés dix pouces de hauteur dans l'original, et contenaut lesdiverses prières que l'âme suppliante devait
Prononcer; enfin, la planche 72 est entrée d’un tombeau creusé dans la montagne de Béni -Hassan , entrée ui est décorée de colonnes d'ordre urique pur, antérieures de plusieurs siècles à l'usage de ces colonnes dans la Grèce.
On a vu sur notre planche 20 la scene du jugement de l'âme; tel était le but final de la morale religieuse en Égypte, tel était aussi l'objet essentiel de la plus puisante de toutes ses institutions nationales, de celle qui pénétra le plus tous les esprits de l'essence meme de son objet , et qui , par là, commanda le plus aux princes et aux peuples, et contribua aussi, à un plus liaut degré, à assurer la durée de Vcmpire égyptien, comme à fonder et à perpétuer sa renommée. Essayons maintenant de remonter à son origine , et de mesurer les temps qui lui furent accordés par la Providence.
S XIX. UIH0MU.001K
En traitant cette partie de lliistoire ancienne de l’Égvpte, nous ne pouvons pas oublier la haute portée d’un tel sujet , par rapport à l’histoire générale de l'esprit humain. La civilisation égyptienne est pour nous une institu-
tion primitive. Sou antiquité sera doue celle de la raison même appliquée avec succès à l'organisation de la société.
Cette recherche intéresse au plus haut degré la philosophie de l'histoire, la dignité humaine, la vérité. Nous ne parlons pas de l'origine du monde , de l'époque de sa création, du premier homme, questions oiseuses, comme le prouve le très-grand nombre de systèmes qu'elles ont enfantés , systèmes également incertains pour leur généralité même, et d'autant plus qu’ils ont affecté une autorité plus grande ou plus absolue.
Pour l'Egypte en particulier, elle a toujours joui, dans l'opinion unanime des nations civilisées de l'Occident, d'une renommée d’ancienneté qui leur faisait rechercher avec empressement et vénération ses souvenirs et ses exemples. Platon n’hésitait pas à lui accorder une existence sociale de plusieurs milliers d'années, et il parlait de faits importants qui ne lui paraissaient nullement douteux, quoiqu’il les crût de dix mille années antérieurs à son époque. L'opinion d’un homme de cet ordre n’a pas été sans influence sur celle des siècles les plus éclairés.
Il est vrai que bien des doutes s’élevaient dans les esprits les plus sages sur ce fait qui paraissait isole au milieu des vastes champs de l’histoire, où rien de si antique ne se montrait avec une apparence de réalité dans les annales d'aucun autre peuple, si ce n’est dans des systèmes ou des prétentions également inadmissibles. La critique moderne n'avait pas examiné les faits de scs yeux clairvoyants, et elle flottait incertaine, soumise à des influences dont elle ne scrutait guère l’origine. Le temps est ensuite venu où elle a pu voir elle-même, fouiller de ses mains expérimentées dans les décombres de l’Égypte, interroger ses ruines si riches de notions écrites, de preuves monumentales, de témoignages imposants par leur évidente véracité ; elle a pu comparer ces notions et ces témoignages avec l'opinion des anciens sages, *vec les traditions des anciens livres, et , tout armée de sa
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puissance d'examen, d'analyse, de rapprochement , de comparaison et de logiques déductions, conclure et exposer avec méthode les éléments certains de la chronologie égyptienne, échelle immense de jours et de siècles, sur laquelle peut se placer par d’instructifs synchronismes l'histoire entière de l’intelligence humaine , et celle de toutes les nations qui l’ont cultivée, honorée, avancée par leurs pensées ou par leurs actions.
Il est donc connu par les relations, par les faits observes, que les Égyptiens fondaient leur chronologie nationale sur des documents authentiques soigneusement réunis dans les archives des temples, et sur l’autorité des monuments publics dont l’Égypte était couverte ; et cette assertion est hautement justifiée par les recherches dont cette contrée célèbre a été le sujet de notre temps. Malgré les ravages qu’elle subit depuis deux mille ans, aucun État moderne , à son plus haut degré de splendeur , ne peut lutter de magnificence avec les vénérables ruines de l'Égypte. On y a recueilli récemment des monuments chronologiques proprement dits, des listes de rois, des tableaux généalogiques de dynasties souveraines. Quand donc ses historiens affirment qu'ils ont travaillé d’après les documents nombreux existant de leur temps, il n’est pas possible de suspecter leurs dires. Nous avons encore sous les yeux la plupart de ces documents. La critique moderne y reconnaît les faits mêmes qu’en avaient tirés les historiens anciens. C.’est donc retrouver tout ensemble les annales d’un grand peuple, l’historien qui les a dressées, et les pièces qui en sont les preuves authentiques.
Ceci, dans sa généralité, exige cependant une distinction. Ces annales remontent à une époque très-reculée, et le témoignage direct ou contemporain de ces documents n’atteint pas jusqu’au même terme. Il y a donc dans la chronologie égyptienne deux choses très-distinctes , Y» le système général de cette chronologie historique tel que
les Égyptiens se l'etaient fait, et tel que leurs annalistes nous l'ont transmis ; 2“ le témoignage de. monuments encore connus qui confirment et mettent hors de tout doute la véracité d’une parti « de cette même chronologie. Nous nommerons donc partie historique tous les temps de la chronologie égyptienne pour lesquels nous connaissons des monuments contemporains de ces mêmes temps, et partie systématique , tous les temps de ces annales pour lesquels nous ne connaissons |>as de monuments contemporains. Les certitudes de l’histoire de l’Égypte commencent donc là où des monuments existants et contemporains des faits, viennent unir leurtémoignage à ceux des annales écrites.
Celles-ci consistent en deux pièces principales: (° la Vieille Chronique,
2“ les Listes desdynasties royales égyptiennes rédigées par Manéthon.
Il est aussi des monumcntsanalogues à ces relations écrites ; ce sont des listes d’anciens rois d’Égypte tracées sur papyrus en caractères hiéroglyphiques, des tables généalogiques de ces mêmes rois, plus ou moins complètes , pour des époques différentes, gravées parmi les bas-reliefs de plusieurs temples , et la plus célèbre de ces tables généalogiques est celle que M. Cailliaud a découverte et copiée au nord d’Abvdos, table dont le dernier roi en liste est Sésostris, l’un des grands rois de la dix-huitième dynastie; et dont les premiers remontaient au delàde la quinzième même. Ces listes et res tailles , quant à leur témoignage à l'égard des temps anterieurs a l’époque où elles ont été exécutées, nous leur reconnaissons la même valeur historique qu’à la Vieille Chronique et aux Listes de Manéthon ; en ajoutant cependant que la concordance de tous ces monuments ensemble donne à chacun d'eux une autorité individuelle qui procède d»
leur autorité commune , et la critique historique, surtout pour des époques si éloignées, ne fonde lias toujours sa foi sur un tel concours d'autorités aussi probantes. Il en résulte, sans difficulté “ et sans opposition, que, dès la plus haute
2f.fi
antiquité, l'Égypte avait un système d'annales nationales uniformes dans leur ensemble et dans leurs détails , et que Manéthon nous avait fidèlement transmis ce système égyptien dans son intégrité. Voilà l’idée générale qu’on peut se faire de la chronologie historique de l’Égypte.
Quant à sa certitude pour nous, et c'est ici que commencent les droits du critique, libres de croire ou de ne pas croire à ce système égyptien , nous appelons les monuments au secours ue notre lionne foi, et, classant, comme nous l’avons fait déjà, parmi les traditions écrites ceux de ces monuments qui rapportent des faits antérieurs à leur propre époque, nous n’interrogeons les autres monuments que sur les faits mêmes dont ils sont contemporains. Ainsi la dédicace inscrite sur la porte d’un temple, comme partie intégrante de la décoration de cette porte , annonce-t-elle qu’un roi qu’elle nomme a fait construire ce temple à une époque désignée de son règne, je tire de cette inscription, gravée en relief sur un monument public, plusieurs faits également certains; 1»
l'existence de ce roi dont le nom se lisait dans les listes écrites; 2“ la certitude en ce point du témoignage tiré de ces listes ; 3° la preuve que ce même temple a été éleve par ce même roi ; 4» et que ce roi a régné au moins un nombre d'années égal a celui qu’indique la date de cette dédicace. Si nous avions un ou plusieurs témoignages de cet ordre pour chacun des princes nommés dans les Listes de Manéthon, il serait difficile de refuser un grand degré de certitude à ces mêmes Listes , et de vérité aux conséquences qui en découleraient très-naturel leinent. Mais ces témoignages manquent [Hjur la partie la plus ancienne de ces mêmes Listes ; ils existent au contraire |Hjur les époques subséquentes. C’est donc avec ces époques que commenceront les certitudes des annales égyptiennes fondées sur les monuments contemporains.
Apres ces explications, peut-être nécessaires à plusieurs égards, nous
devons faire connaître au lecteur les documents principaux du système général de chronologie historique tel que l'Égypte l’avait adopté pour ses propres annales.
La Vieille Chronique nous a été conservée en grec par George le Syncelle, chronographedii huitième siècle chrétien, et avec des noms grecs qui certainement n'étaient pas dans le texte égyptien, où les dieux devaient porter lotir véritable nom. Il y est dit :
Iléphaisios ( Vulcaîn ) régna d’abord , mais on ignore combien de temps
(folios (le soleil), fils d'Hépbaistos , règne en-
suite 3o,ooo ans.
Cronosavec les douze autres dieux régnèrent ensemble 3y#4
1a» huit rois demi -dieux régnèrent ensemble ji»
Après eux, quinze générations (on races, ou maisons) , furent inscrites dans le
cycle sothiaque jusqu’à l'armée 443
la i6'dvn. 1« Tanites du ügéti., régna iqo La 17*. . . . les Memphiteade 4 lîo
Ix 18*. . . . lesMempbitrade >4 3JS
La 19*. ... les Diospolilesde 5 ......... 194