I-a »oe. . . . lesDiospulites de 8 a
La ai*.... les Tanites de 6 isi
La as*.... les Tanites de 3 4s
Iji3*. . . . lesDIospolitesde a 19
L«a4*....les Suites de 3 44
U .5* ImÉiK iopiens de 3 4 j
La afi*. . . . les Mem phi tes de 7 177
l-*»7*.... 1rs Perses de 5 i»4
1 ai >X*. ...( lacune ).. »
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l.a 3o". ... les Tanites , i*r roi ■(
Somme totale donnée par le texte grec,
7 compris les régnes de la itt'dyn. 36,5 a 5 nas
Sur quoi Georges le Syncelle fait remarquer que ce nombre de 36,323 ans, divisé par 1,4GI , donne juste 25 périodes sotniaques, cette période étant en effet composée de 1,461 années vagues de 3G5 jours.
Il est certain que cette rencontre infirme singulièrement l'autorité de la Vieille Chronique égyptienne, et l’on peut sc demander combien serait grand le hasard qui produirait 23 périodes justes entre le commencement du règne du soleil et la fin de celui du roi Ncctanèbc, le premier roi de la 30* dynastie. Toutefois, deux choses nous (Graissent assez certaines dans ce rapprochement : 1° la Chronique égyptienne , qualifiée de vieilie ( iraa.au»
zfovmjv ) par le Syncelle, pourrait bien
KG Y PTE.
avoir été inventée apres le règne de Nectanebc , et même de ses deux successeurs, puisque l'auteur savait qu'il y avait eu plusieurs rois a la trentième dynastie : il ne comprend en effet dans son calcul que le premier des princes Tanites qui composent cette dynastie ; 2» c'est sur les nombres antérieurs à la seizième dynastie qu'a pu porter l’arbitraire au moyen duquel on est arrivé à la somme des années nécessaires pour former les 25 périodes sotbiaques. Il était en effet indifferent ue le soleil, les dieux et les deiniieux eussent régné quelques centaines d’années de plus ou de moins : la partie réellement historique de cette Chronique ne commence donc qu'avec l’article relatif aux quinze générations postérieures aux demi-dieux.
Cet article nous semble avoir tous les caractères d'une précieuse indication chronologique; et quand l'auteur de cette Vieille Chronique dit qu’après les demi-dieux vinrent quinze familles ( ou dynasties, puisqu'il mentionne immédiatement la XVI* dynastie), les-
3uelles quinze dynasties sont inscrites ans 4-43 années du cycle sothiaque, il veut évidemment nous apprendre que, dans son opinion, ces quinze premières dynasties s’étendirent, depuis une époque dont il ne dit pas le |ioint initial , jusqu'à l’année 443 du cycle, et qu’en conséquence la XVI* dynastie commença de régner l’an 444 de ce même cycle. Or, ce cycle est celui dout In première année' répond à l'an 2782 Julien avant l'èrc chrétienne ; ce serait donc à l’an 2339 que la première année de la XVI* dynastie serait indiquée par cette Chronique. Il y a donc la, je crois, un souvenir, une véritable tradition historique ; et il est bien digne de remarque en un tel sujet, que si l’on ajoute a l'année 443 du cycle, laquelle fut la dernière de la XVl* dynastie, I" 190 ans pour la durée des règnes de la XVI* dynastie; 2° les 178 ans qui manquent, avec les G ans de la XX VIII* dynastie , dans les détails numériques de ta Chronique pour arriver au nombre total de 3G,525 ans qu’elle donne
formellement à l’addition des règnes, on obtiendra , à 1 1 ans près , les mêmes résultatsquej’aidéjà tirés d’autres documents pour tixer a l’an 2082 l'invasion des Pasteurs et le commencement de la XVII' dynastie, et à 1822 la première année de la XVIII* dynastie : et pour des époques aussi éloignées de nous, une si minime différence ne saurait être ni attaquée ni défendue. Il y aurait donc , dans ce que la Vieille Chronique contient au sujetdesquinze premières dynasties et de la seizième , une tradition historique bien propre à donner à ce document, quelle que soit son origine, un intérêt qui s’accroît par la rareté de pareils renseignements.
Les Listes de Manéthon, dans leur ensemble, ont néanmoins un autre caractère. Elles nous ont été conservées et transmises par des écrivains chrétiens, Jules l’Africain, du troisième siècle de J . C-, et Eusèbe, du quatrième. LeSvncelleavnit heureusement recueilli les extraits de Manéthon insérés dans l’ouvrage de Jules l’Africain, qui est perdu ; il les a rappochés de ceux que donne Eusebe, dont la Chronique nous est parvenue. Ainsi les Listes des rois d'Égypte par Manéthon nous sont connues par le Syncelle, qui 1rs avait tirées de Jules l'Africain et d'Kusebe, et par Eusèbe lui-méuie. Résumons les rapports de ces trois auteurs grecs.
Manéthon, né à Sébennytus, grand prêtre et scribe sacré pour les archives des temples de l’Égypte, sous le règne de Ptolemée Philadelphe, rédigea en grec, par les ordres de ce roi, des annales tirées des monuments historiques, tels que les steles et autres, écrits en hiéroglyphes. Son ouvrage était composé de trois volumes ou trois parties. A la relation des événements, il joignit le tableau des dynasties royales de l'Égypte. Le premier volume comprenait (es temps des onze premières dynasties d'hommes, qui fournirent 292 règnes, dont In durée fut de 2,350 ans 70 jours selon l'Africain , et de 2,300 ans et 70 jours selon Eusèbe. La douzième dynastie et les sui-
vantes, jusqu'à la dix-neuvième inclusivement , qui donnèrent !*G rois selon l'Africain, et 92 selon F.usèbe, dans l’espace de 2,121 ans selon les deux chronologistes, étaient le sujet du second volume. Hans le troisième , on trouvait l’Iiistoire des dynasties suivantes, depuis la vingtième jusques et y compris la trente et unième , qui finit avec la conquête de l'Égypte par Alexandre, et la durée de ces douze dernières dynasties est portée à 1,050 ans par l’Africain, et a 833 ans par Eusèbe. Du grand ouvrage de Manétlion il ne nous reste donc que quelques fragments de sa relation historique, et le tableau des dynasties royales, tableau qui indiqué, pour chacune d'elles, le nombre des rois, le nombre des générations que ces rois ont formées dans la même dynastie , la durée du règne de chaque roi avec son nom et son origine paternelle; enfin la durée totale de la dynastie; et, lorsu'il abrège ces indications pour les ynasties de rois fainéants, il n’omet jamais les données principales et les dus importantes pour la chronologie, e nombre des rois et la durée totale de leurs règnes ; c’est du moins dans cet état que ses Listes nous sont parvenues ; et ce n’est peut-être pas condamner injustement leurs abréviateurs, (pie de leur reprocher le tort que font à l'histoire leurs malheureuses suppressions.
Ces Listes sont reproduites dans le tableau qui suit ce paragraphe ; il contient ta liste des trente et une dynasties égyptiennes qui précédèrent l’invasion d’Alexandre, selon le texte d’Eusèbe , et nous l’avons préféré parce qu’il n’existe qu’une seule copie des
Listes de Jules l’Africain, et que celles d’ F.usèbe nous sont connues par trois copies différentes, par le grec qu’a recueilli le Syncelle, par la version arménienne et par la traduction latine qu'en fit saint Jérôme depuis la seizième dynastie; et nous ne nous arrêterons pas à discuter ici quelques d ifférenees qui s’aperçoivent entre Ju les l’Africain et Eusèbe au sujet de ces l.istes,et entre les trois copies mêmes de celles d' Eusèbe comparées entre elles, puisque le résultat de cet examen serait de peu d’importance à l’égard de la durée totale de ces trente et une dynasties. Nous ne comprendrons dans notre tableau que le règne des hommes : le premier fut Ménès ; mais il parait que Manéthon désignait aussi comme prédécesseurs de Ménès les deini-dieux , les dieux et lléphaîstos, ainsi que le faisait la Vieille Chronique. Manéthon était l'historiographe de l’Égypte selon les doctrines nationales égyptiennes : il dut donc dresser la liste des rois d’après les archives des temples et les documents publics , comme il affirme l’avoir fait, et comme des monuments qui nous sont parvenus, et que Manéthon a vraisemblablement vus et étudiés, ne permettent plus d’en douter. Ceci est donc un peu plus concluant que les mauvais propos que le Syncelle se permet contre Manéthon , et que les explications même qu' Eusèbe a cherchées de lionne foi pour des nombres d’années qui n’intéressent aucunement ni le déluge, ni Abraham, ni l’histoire, ni la chronologie positive, puisqu’ils sont le produit arbitaire de spéculations astronomiques ou mythologiques.
( Suit le Tableau des Dynasties égyptiennes selon Manéthon.)
ÉGYPTE
Ordre «le*
Nombre
Parée
«le Commencèrent
dynasties.
f.ror origine-
des rois.
leur* règne*. avant J. C.
irr dynastie. .
. Tinile-Thébaïne . . . .
8 rois . . . .
. *5* ans,
. Memphilc
. Memphitc
. Éléplmutinc
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. Mempliite .
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. Thébaïne
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| Pasteurs
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. Théhaïne
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. Tanite
, Kubastile.
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. Saïte...»
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. fî
au*
. Sêbcnniliqiie
. Persane
Fin de son règne. . .
F.i la conquête de l'Égypte par Alexandre le Grand est fixée par les chronologisies à l'a» 33* avant J. C.
(*) Selon l'Africain.
(**) Selon l'Africain , Eust'bc et le Canon «tes rois t conférés.
('") La conquête de l’Hgj|ite par Cambvse est fixée à l’an Sa5 avant J. C
Quelques observations sont nécescessaires au sujet de ce tableau.
1“ Eu égard à la certitude historique , ce tableau doit être divisé en deux parties; l’une comprend les quinze premières dynasties. Pour le nombre des rois et la durée de chacune, nous avons suivi Eusèbe ou l'Africain , et il n’y a. pour le moment, aucun intérêt a discuter les differentes qui se trouvent entre les ehiffres de ces nombres , puisqu'il s'agit d'époques pour lesquelles les monuments contempo-
rains avec date manquent presque absolument. L’autre partie du tableau a un autre caractère : les monuments existants donnent à la seizième dynastie et aux suivantes une suffisante authenticité ; et si , tout en suivant Eusèbe , nous avons quelquefois préféré l’Africain; si encore quelques-uns de nos nombres ne sont exactement ni ceux d’Kusèbe ni ceux de l’Africain, c'est que des documents, que nous ne pouvons ni rapporter ni discuter ici , nous ont induits soit à opter avec quel-
ne fondement entre l'un ou l’autre
c ces chronoiogistes , soit à ne suivre précisément aucun des deux.
2» Ce n'est qu’à compter de cette même seizième dynastie que la concordance des époques égyptiennes avec des années juliennes anterieures à l'ère chrétienne est revêtue de quelque certitude. Selon nos aperçus, la vingtseptième dynastie, qui fut celle des Perses, commença avec l’an 524 avant J. C. , et l’on sait d’autre part que ce l ut en 525 quo Cambyse, chef de cette dynastie, s’empara de l’Egypte. C'est aussi à l’an 331 que se rapporterait la conquête d’Alexandre, et elle est unanimement fixée à l’an 332 avant J. C.
Mais nous ne pouvons discuter ni trancher ici cette différence d’une année à l'égard de ces deux époques. Nous nous sommes donc tenus ici au texte même des auteurs, et nous nous contenterons de faire remarquer qu’en pareille matière , et pour des temps aussi éloignés, la concordance de nos supputations, à une année près, avec des événements d’une époque connue , et qui servent de contrôle à ces mêmes supputations, est un résultat assez important, et qui peut lever un assez grand nombre de doutes, embarrassants encore pour les annales de l’antiquité.
3" J’ai borné ce tableau des dynasties égyptiennes à la conquête d’Àlexandre , qui , avec les rois grecs dont j’ai dressé la chronologie dans mes Annales des Lagides , forme la trente -deuxième, à laquelle succéda la puissance romaine; car là où il n’y a point d’incertitudes, il n’est pas besoin de discussions.
Tel est donc l’ouvrage célèbre de Manéthon , l’une des plus précieuses compositions qui nous soient parvenues de l’antiquité, et qui tire un lustre nouveau de son accord parfait avec les monuments authentiques et originaux que l’Égypte a récemment restitués à nos vœux , et que nous devons faire connaître aussi , comme de nouveaux fondements de sa chronologie.
Os monuments originaux sont des
manuscrits sur papyrus, et des tables généalogiques des dynasties royales.
C’est dans le musée de Turin que l’existence de ces manuscrits historiques nous a été révélée pour la première fois. Un fragment, portant le cartouche royal de Sésostris, attira d’abord l’attention de mon frère sur des feuilles ou des rouleaux dénués de peintures; et, explorant aussitôt tous les fragments semblables qu’il avait sous les yeux , il reconnut les noms de presque tous les rois de la XVIII' et de la XIX' dynastie, ordinairement accompagnés de dates en années , mois et jours, tirées du règne de chacun d’eux. C’étaient des débris de registres de comptabilité des temples, où les recettes et les dépenses étaient écrites à leur date précise, ou bien des actes isolés de rautorité de ces rois , et les uns et les autres portaient en euxmêmes tous les caractères intrinsèques et extrinsèques des plus authentiques documents originaux de l’histoire. Les dates y avaient cette forme : « Dans l’année 5* et le 5' jour du mois de tobjf, de la direction du roi du peuple obéissant, soleil stabiliteur du monde (prénom royal), Dieu, fils du soleil, Thouthmès' {nam propre), » et ce roi est le Thouthmosis-Mœris de la XVIII' dynastie. On trouve des dates semblables des années 4 et 24 d’Aménophis II; 6, 10 et 24 de Rhamsès-Vléiamoun, et l’abondance des papyrus historiques recueillis depuis en Égypte, a multiplié ces dates, et en a procuré un tel nombre , qu’il y a peu de règnes , depuis la XVI' dynastie, pour lesquels on n’en ait recueilli une ou même plusieurs.
A ces faits isolés, mais importants, le même examen en ajouta un plus général et d’une autorité considérable pour la certitude des annales de l’Égypte : mon frère reconnut en effet et rassembla près de cinquante fragments d’un autre manuscrit, et il y reconnut un véritable canon royal, ou tableau chronologique des rois et des dynasties de l’ Égypte, dont la forme rappelle celui des Listes de Manéthon; ces fragments réunis contenaient les noms de
KG Y PT K
plus de cent rois, et il paraissait ne pas descendre au-dessous de ceux de la XIX' dynastie.
Un très-grand nombre de stèles, soit funéraires! soit religieuses, dont les inscriptions contiennent des dates, sont des témoignages , toujours contemporains des faits , qui ne sont pas d'une moindre autorité pour l'histoire des temps anciens de l’Égypte. D’autres monuments, d’une espèce et d’une destination très-variées, portent aussi des dates dYpoqucs qui ne le sont pas moins, et l’on peut aire qu’il n’existe |K)ur aucun autre peuple de l’antiquité, proportionnellement à sa durée, un pareil nombre de données de cet ordre, et aussi utiles pour asseoir les bases, donner les développements les plus complets de ses annales, sans lacune et sans merveilleux.
Knfin, des tableaux généalogiques des races royales existent encore dans des monuments publics du premier ordre, et le plus célèbre de tous est celui qui occupe, sculpté en bas-relief, la paroi d’une des salles du temple creusé dans le rocher, au nord de la ville d’Abydos. O bas-relief est reproduit sur notre planche 47.
Il se compose de trois séries horizontales de cartouches royaux , placés de gauche à droite. La série d’en bas est composée de dix-huit cartouches, formant neuf groupes de deux cartouches differents , qm sont le nom propre et le prénom royal de Sésostris neuf fois répétés; ce sont les mêmes qui se retrouvent sur les deux inscriptions latérales de trois faces de l’obelisque de Paris, et sur les trois inscriptions de la face qui est tournée vers le palais des députés.
La ligne intermédiaire d’Abydos commence par un cartouche nom propre, qui se lit Âmon-Maï-Khamsés , suivi d’un cartouche prénom, soleil gardien de vérité; ce sont ceux du prédécesseur même de Sésostris, de Rhamsès II , qui avait commencé l’obélisque de Paris, et ses deux cartouches s’y lisent en effet dans les inscriptions médiales de trois de ses faces.
Seize autres cartouches differents for-
ment cette seconde série de la Tabla d’Abydos , qui n’est pas complète à sa droite, le monument étant détruit sur ce côté.
La ligne d’en haut contenait un égal nombre de cartouches différents; ils ont été, pour le plus grand nombre, détruits ou mutiles; notre planche représente ce qui en reste, et on annonru que notre honorable consul général en Egypte, M. Mimant, a recueilli, dans les ruines du monument, quatre cartouches de plus, et qu’il a etc assez heureux pour sauver d’une destruction imminente ce vénérable livre des races royales égyptiennes, en le transportant à Paris.
En l’état où nous le reproduisons, il est constant pour tous qu'il se composait d'une sérié de noms royaux au nombre de plus de quarante; et comme celui de Sésostris y est écrit le dernier, immédiatement après celui de son prédécesseur, nommé aussi dans l’inscription verticale qui encadre cette liste, il en faut conclure aussi que ce tableau a été dressé sous le règne de Sésostris , et que les noms qui précèdent le sien sont ceux des rois qui le précédèrent aussi sur le trône.
La preuve peut en être facilement donnée.
Après les deux cartouches, le nom propre et le prénom roval de Rhamsès II (en tête de la ligne intermédiaire), on n'a inscrit dans cette Table des règnes que les cartouches prénoms des autres princes; les noms propres ne s'y lisent pas : on peut donc concevoir quelques doutes sur l’ordre même dans lequel ces prénoms y sont placés.
Mais les monuments qui , à l’égard des cartouclies prénoms de la ligne intermédiaire, à la droite du nom de Rhamsès II , contiennent à la fois et le même prénom exprimé par les mêmes signes idéographiques, et le nom propre composé de signes phonétiques, sont très-nombreux. On a donc pu placer ces noms propres à côté de ces prénoms; et, en y conservant l’ordre dans lequel ils sont inscrits dans la Table, on aura le nom propre des rois
pharaons, prédécesseurs du roi Sésoctris, dans l’ordre même où ils sont inscrits dans les Listes de Manéthon.
I j Table d’Abydos contenait donc une série de plus de quarante rois, classés dans l’ordre même de leur règne; elle est conforme aux Listes de Manéthon en tous les points dont d’autres monuments ont permis de faire la comparaison; enlin, cette Table a été dressée du temps même de Sésostris , au seizième siècle avant l’ère chrétienne. Quel est le peuple, ancien ou moderne, dont les annales primitives sont fondées sur des documents d’une telle authenticité?
La Table d’Abydos nous offre donc, dans un ordre admirable pour ses conséquences historiques, la série, dans l’ordre de leur succession, des rois prédécesseurs de Sésostris; d’abord son frère Rbamsès 11 (ligne intermédiaire), et les dix rois qui, avant lui, appartinrent à la XVIirdvnastie; ensuite (toujours de gauche à droite) les six rois pharaons de la XVIIe; la lacune qui suit contenait les rois de la XVIe; la ligne supérieure désigne les dynasties antérieures; et, pour un certain nombre de rois des dynasties antérieures à la XVIIIe, il nous est parvenu des monuments isolés dont l’intérêt est parfois augmenté par des dates.
Ce n’est pas tout : de semblables listes royales, moins étendues, se trouvent dans d’autres monuments publics, dans des temples du premier ordre, dans les palais de la vieille Thèbes; et ces listes diverses, où le nom de Menés, le fondateur de la monarchie égyptienne, est inscrit le premier de tous , non-seulement sont parfaitement identiques avec elles-mêmes et avec la grande Table d’Abydos, mais encore elles en complètent la lacune pour la XVI* dynastie et le commencement de la XVe; et ces vénérables archives de ses antiques dynasties, l’Égypte les avait consacrées et accréditées à la fois , en les déposant dans les sanctuaires des dieux , et en leur donnant une publicité facilement contrôlée par les monuments nombreux qui ornaient
toutes les cités, et même de moindres lieux de l’Egypte et de la Nubie égyptienne.
Les éléments de la chronologie égyptienne se retrouvent donc revêtus d’une évidente authenticité dans les listes de la Vieille Chronique, dans les Listes de Manéthon , dans ses manuscrits de tout ordre et d'époques diverses, le Canon royal sur papyrus du musée de Turin, la Table royale d’Abydos, les tables analogues de Carnak et des tombeaux de la Thébaide; dans les dates nombreuses qui se lisent sur les stèles, les temples, les palais, sur les monuments isoles de tout ordre et en toute matière: et tous ces éléments, infiniment variés d’époque et d’objet, concourent unanimement à composer, a démontrer et à confirmer un seul et même système chronologique pour l’histoire de l’antique Égypte-, système qui consiste dans la liste de ses rois rangés dans une série de dynasties successives, entre lesquelles sê partage inégalement, mais d’après un même principe, et par des romputs naturels, par des calculs uniformément employés dans les annales vraies de tous les peuples connus , toute la durée de celles de l’empire égyptien , depuis sa fondation jusqu’à son abaissement au rang de simple province romaine.
Avec une telle abondance de documents, on appelait avec ardeur la lumière qui devait éclairer et révéler la durée et les périodes successives des temps qu’ils embrassent; il fallait surtout y découvrir des synchronismes certains avec les annales des peuples qui existèrent en même temps, et. |>ar cet accord , fortifier la confiance dans les annales de l’Égypte et celles de ses contemporains.
Les deux points extrêmes de cette immense échelle des temps historiques étant connus, et celui qui est le plus près de nous avec une pleine certitude, dès lors l’appréciation des temps intermédiaires n’était plus une insoluble difficulté; et, en plaçant la durée des dynasties antérieures à celle des Perses aii-dessus de l’an 525 avant l'ere chrétienne, époque précise de l’invasion
ÉGYPTE
de l'Égypte |i;ir Cambysc qui fut le chef de cette dynastie, ou trouvait la place successive de toutes les dvnasties antérieures à ce. conquérant, et, par suite de ces premières données, la place de chacun des rois de chacune de ces dynasties. Mais, pour réaliser ce précieux résultat, on devait désirer aussi, comme moven de critique et de comparaison, quelques faits d’une certitude évidente et intime, qui se placeraient comme des jalons lumineux dans ce long espace d'années, pour diriger et raffermir en même temps la curiosité et les recherches de l’historien. Ces jalons n'ont pas manqué à ses justes désirs; le mathématicien Théon en a laissé un fort évident, en un livre de ses commentaires sur l’Almageste de Ptoléinée : il résulte, en effet, d'un passage plusieurs fois publié, que le renouvellement d'une période sothiaque s’opéra sous le règne d’un roi que Théon nomme Ménophrès , et que ce renouvellement fut celui qui arriva l’an 1 322 avant l'ère chrétienne; or, dans les listes des rois d’Égypte, dressées, d’après Manéthon, sur les données qui précèdent, le règne d’.tménophis, troisième roi de la XIX' dynastie, renferme en effet dans sa durée cette même année 1322.
Pour une époque moins ancienne, la Bible rapporte qu'un roi d’Égypte, qu'elle nomme Scnéchôk, attaqua et prit Jérusalem d’où il enleva les boucliers d’or de Salomon , et que cela arriva dans la cinquième annee du règne de lloboam : or, on voit parmi les sculptures du palais de Karnac à Thèl>es, la représentation des conquêtes du pharaon Schéchonk ( le Sesonchis des listes de Manéthon), dans des contrées diverses, limitrophes de l’Égypte; il conduit aux pieds de la trimle de Thèbes les chefsdes nations qu’il a vaincues; parmi eux est liguré le royaume de Juda, peut-être Roboam luimême ( voy. pl. 76) : et notre liste chronologique des rois d’Égypte nous montre le pharaon Schéchonk régnant à l’époque même où les listes de la chronologie sacrée ont inscrit Roboam ; nouveau synchronisme, dont la crili-
18* livraison. (Égypte.)
que la moins crédule ne peut rejeter l'imposante autorité.
Si l'on remonfe aux temps de la XVII 1" dynastie, on la voit s'établir après l'expulsion des Pasteurs qui composèrent la XVII’, conquérants étrangers, Scythes très-vraisemblablement, qui détruisirent tant qu’ils le purent l’ordre politique auquel l’Égypte devait déjà des siècles de prospérité, régnant par la force, réunis en hordes farouches, ignorantes de toute culture, incapables de tout ordre, et vrais fléaux de toute civilisation. Venus par l’Est , ils se rendirent maîtres de la basse Égypte et de l’Égypte moyenne; ils s'établirent dans une ville fortifiée nommée Aouaris, et se donnèrent un chef qui eut cinq successeurs; le troisième se nommait Apophis. C’est de ce chef, disent unanimement les chroniqueurs chrétiens, que Joseph, fils de Jacob, fut le premier ministre; et Joseph, en effet, élève de la civilisation particulière aux tribus arabes, devait paraître un habile administrateur aux yeux d’un chef de hordes qui n’étaient pas même parvenues à la sociabilité de l’état pastoral : etœ n’étaitque sous un tel chef en Égypte qu’on pouvait trouver un pareil ministre.
Or, dans notre tableau des dynasties de Manéthon, la XVIe, contemporaine d’Abraham , et la XVII*, qui fut celle des Pasteurs dont Joseph fut un des ministres, sont en parfaite concordance avec ce que la chronologie sacrée rapporte encore des deux patriarches, et avec l'époque de la XVIII* dynastie pharaonique, dont la restauration est assez clairement indiquée par ces mots de la Bible : Et tune surrexlt rex novus qui ignorabat Joseph.
Il est vrai qu’il existe contre ces résultats une objection grave par ellemême et par l'autorité du savant qui la produit ; la voici : Les Pasteurs détruisirent tous les monuments de la civilisation et des arts de l'Égypte, dans la basse Égypte surtout, leur séjour habituel; il est certain aussi que les monuments antérieurs à la XVIII* dynastie , subsistants à leur place, sont d'une extrême rareté; cependant on
voit encore à Héliopolis, sur son piédestal , un obélisque qui porte le nom du roi OsoslAen 1", l'un des princes de la XVI* dynastie (pl. 74); et puisque ce monument est encore sur pieu , on peut eu conclure que l'invasion des Pasteurs fut antérieure à cette XVI* dvnastie. On trouve, en effet, un ancien texte qui parait rapporter cette invasion aux temps de la XV* dynastie. Mais il est a observer que les meilleurs critiques s’accordent unanimement à considérer la dynastie des Pasteurs commecontemporâine de la XVII* des Pharaons; que l’obélisque d'Helio|>olisestleseul monument entier de cette XVI* dynastie, qui subsiste encore; qu’on n’en trouve en Égypte que très-peu de la XVII*; et nue, pour expliquer ce ttecirconstance absolument unique, celte objection unique aussi, tirée Je l’obélisque d’Héliopolis, il suffira de iienser que cet obélisque, renversé d’abord , et conservé dans les ruines de la ville où il fut primitivement érigé, a Héliopolis ou toute autre, fut ensuite réédifié à Héliopolis , après le rétablissement de l’ancienne autorité en Égypte. C’est ainsi qu’on voit encore à Alexandrie, ville toute grecque, un obélisque qui avait été exécuté dans une ville toute égyptienne, au nom du roi Moeris , antérieur de douze siècles à Alexandre , et cet obélisque ne put être elevé à Alexandrie, où il est aujourd'hui placé, que dans des temps bien postérieurs.
Un autre fait d’une haute autorité peut aussi corroborer notre opinion: c’est l'existence, comme simples matériaux , dans les ruines des monnments actuels de Tbèbes élevés par des rois de la XVIII* dynastie, de débris sculptés provenant des édifices de la XVI* dynastie et des dynasties antérieures, que détruisirent ces mêmes Pasteurs.
Les six rois de cette origine sont inscrits dans la XVII* dynastie; mais il exista synchroniquement une XVII* dynastie Je Pharaons qui s’étaient retires en haute Égypte et vers les côtes de la mer Rouge ,' fuyant devant les déprédations commises par ces étrangers, maîtres de Memphis. L’histoire écrite
mentionne ces ravages des Pasteurs et leur durée; l’histoire écrite mentionne aussi les Pharaons contemporains, et un certain nombre de monuments encore existants prouvent invinciblement le succès de leurs efforts pour maintenir, sur un point quelconque du sol égyptien, l’antique autorité et les antiques institutions nationales. Ces monuments portent des dates, et nous instruisent de la durée du règne de quelques-uns de ces Pharaons. Ils n’éleverent pas des édilices aux dieux de l’Égypte, à Tbèbes ni ailleurs, parce que des étrangers avaient envahi la basse et la moyenne Égypte ; que toutes les ressources' de ces Pharaons étaient tournées vers l’expulsion de ces barbares : il faut donc laisser a la XVII* dynastie les Pasteurs, qui ne furent definitivement chassés que par le premier roi de la XVIII*. Ce triomphe mémorable est fixé, par l’autorité des meilleurs documents, vers l’an 1822 avant l’ère chrétienne, et cette date est comme un jalon intermédiaire auquel ou peut avec certitude rapporter les dates antérieures et les dates postérieures de l’histoire de l’Égypte ; elleest comme la clef de sa chronologie, et le point initial ou médiat d’une échelle sur laquelle se placeront comme d'euxmêmes tous les événements connus et à connaître des annales égyptiennes.
On ne saurait raisonnablement exiger plus de certitudes, et il serait à désirer, pour celles de l’histoire ancienne en général , et même pour les annales des premiers siècles des temps modernes, qu’une égale réunion Je documents authentiques vint jeter de semblables lumières sur leurs trop nombreuses obscurités.
L’ancienne Égypte jouira donc, à juste titre, des avantages qu’elle attendait de l’attention religieuse avec laquelle elle faisait recueillir les faits importants de son histoire, du zèle éclairé et persévérant de ses annalistes à inscrire ces faits dans les registres déposés aux archives des temples, à les graver sur les édifices publics. Les savants de la Grèce virent tous ces documents historiques ; Manéthon les com-
Digiti.
ÊGYPTR.
puisa , les traduisit en langue grecque.
De ces mûmes documents, quelquesuns subsistent encore, et nnus les avons aussi étudiés et traduits dans les idiomes modernes. Une foule de monuments isolés corroborent de leur naïf témoignage les témoignages de ces mêmes monuments publics : la chronologie des temps historiques de l’Égypte est donc fondée sur des certitudes, et nous venons d'en résumer ici l'exposé très-conscquent. Nous pouvons donc .
dès à présent, essayer de présenter, dressé dans l'ordre memedes temps, un tableau sommaire, un précis historique des événements politiques ou militaires, de l'état des principales institutions publiques , de l'origine et de lepoue des plus remarquables productions es arts en Kgypte, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la lin de la domination romaine en Orient. Tel sera le sujet du paragraphe suivant de cet ouvrage.
S xx. enécis iustoiuqus.
On a exposé sommairement, dans les paragraphes qui précèdent celui-ci, les opinions et les usages de la nation égyptienne en ce qui concerne ses principales institutions; cequ'elle pensa de sesorigines , de son antiquité , et de la terre qu'elle habita ; de Dieu, et comment elle l'adora ; de l’univers, et comment elle le connut ; d'elle-mëme, enfin, et comment elle s’organisa, se nourrit, s'habilla, régla sa police et ses lois , donna des préceptes etdestypesauxarts divers quelle cultiva ; comment elle les appropria au culte des dieux, à l’ornement des cités, à tous les établissements d'utilité publique, tels que les veut une civilisation successivement perfectionnée par les conseils d'une longue expérience, et par les méditations habituelles de ce peuple sage , réilechi, moral et laborieux. On a également essayé de donner une idée précise et complète de la littérature de l'ancienne Egypte, de l’origine et de la constitution de sa langue, de celle de son écriture , agent géuéral de la pensce partout où cet art fut connu. Il nous reste,
pour compléter cette faible esquisse d'un si grand sujet , à retracer un précis historique des principaux événements, intérieurs et extérieurs, qui figurent dans les annales égyptiennes, durant l'intervalle borné entre l’invasion de l’Égypte par les Arabes , sous la conduited'Omar second , successeur de Mahomet leur prophète, et les plus anciennes époques mentionnées pour l’Égypte dans les ouvrages des liommes.
Pour la première fois on trouvera dans ce précis le résumé des témoignages que renferment et les écrits authentiques qui nous sont restésde l’antiquité classique, et les monuments égyptiens encore subsistants, revêtus de cette inaltérable autorité que les siècles ont consacrée, et que leur étude impartiale confirme de plus en plus. Ces monuments publics, temples ou palais, ontexcité au plus haut degré l’admiration de tous les hommes qui les ont vus; ils sont couverts sur toutes leurs parois de tableaux sculptés et d'inscriptions retraçant en un grave langage les traits divers de l'histoire des rois qui les élevèrent aux dieux ou les édifièrent pour y faire leur demeure ; et ces sculptures contiennent une fouie de noms et de dales. D’autres ouvrages moins considérables, également authentiques, originaux , non moins digues de l'attentive confiance de l’Jiistorien, ajoutent à cette première série de données, d’autres renseignements égaux en nombre comme en autorité , et les uns et les autres concourent à constituer cet ensemble de notions historiques qui donnent aux amiales d’un peuple toute leur valeur, en y répandant à la fois )a lumière et la certitude. Celles de l’Égypte en retireront inévitablement cet avantage; et pour une grande partie de ces annales, ces mêmes monuments se trouvent en un accord trop constant avec les listes chronologiques des dynasties égyptiennes de Manéthon, pour que l’on veuille, pour que l’on puisse séparer ou isoler des témoignages d’un tel ordre ; car nous croyons a la véracité de ces listes d'hommes, comme à l’autorité des autres monuments qui n’ont rien non plus de sur-
humain. Le lecteur sait donc déjà que nous prendrons pour guides dans ce précis historique les listes de Manéthon et les monuments originaux.
Pour un long intervalle de temps ils se corroborent réciproquement; quand on s'enfonce plus avant dans les anciennes époques , Manéthon est seul , car la barbarie a aussi ses antiquités dans l’histoire de ses œuvres ; mais nous recueillerons religieusement tous les indices que pourront fournir, pour les anciens temps , les monuments de tout âge , même les plus modestes.
Diodore de Sicile a tracé en quelques lignes un résumé assez exact de l'histoire générale de PÉgvpte, et il est remarquable que ce résumé peut , à quelques différences numériques près, convenir à notre propre travail, a nos propres idées, comme si Diodore avait acquis par son voyage en Égypte la science ou la conviction de la concordance des monuments avec Manéthon.
Et comme pour prévenir toute méprise à ce sujet, Diodore a exactement séparé la cosmogonie des Égyptiens , dans laquelle figurent leurs dieux et leurs héros, de leurs annales qui ne s’occupent que des hommes , en un mot, leur mythologie de leur histoire.
Il s’exprime ainsi ( liv. I, 2' partie, chap. 44) : « Suivant leur mythologie, quelques Égyptiens prétendent qu’en premier lieu, les dieux et les héros régnèrent en Égypte pendant un espace de temps qu’ils n’estiment pas beaucoup au-dessous de dix-huit mille ans, et que le dernier des dieux qui fut roi est Horus, fils d’Isis.
« Depuis, le pays a été gouverné par des hommesqui régnèrent un peu moins de cinq mille ans, jusqu’à la 180* olympiade ( 60 ans avant l’ère chrétienne ). Parmi cette longue série de souverains, dont le plus grand nombre était indigène, l’on en trouve à peine quelquesuns d’origine éthiopienne, perse ou macédonienne, et l’on compte seulement quatre rois éthiopiens qui n’ont pas meme régné de suite, mais de loin a loin , un peu moins de 36 ans. Depuis Cambyae, qui soumit par les armes la nation égyptienne, les Perses
régnèrent sur elle 133 ans, auxquels H faut ajouter le temps des diverses révoltes des Égyptiens, qui ne purent tolérer ni la lureté des gouverneurs établis par les rois de Perse, ni l'impiété que les conquérants manifestaient envers les dieux au pays; enfin, les Macédoniens tinrent le sceptre en Égypte pendant 270 ans. Dans tout le resté du temps, le pays n’eut pour souverains que des rois indigènes : l’on en compte 470 et 3 reines. Iæs prêtres conservaient dans des livres sacrés, qu'ils transmettaient à leurs successeurs, les annales historiques de tous ces rois, en remontant jusqu'aux époques les plus reculées. On y trouvait consigné quelle avait été la puissance de chacun de ces souverains, quel était son caractère, ce qu'il 'avait fait pendapt la durée de son règne; mais pour nous, ajoute Inodore de Sicile, il serait superflu et trop long de donner des uns et des autres une histoire séparée qui embrasserait nécessairement une foule d’objets inutiles : nous essayerons donc seulement d'exposer en abrégé les faits principaux et dignes d’étre conservés dans la mémoire des hommes. »
Cette dernière réflexion de Diodore ne peut manquer d’exciter quelques regrets; malheureusement on n’en est plus, de notre temps, en ce qui concerne les annales de l’antique Égypte, à la nécessité d'abréger, car nonseulement l'ensemble des documents connus jusqu’à ce jour ne contient rien de superflu ni de trop long ; il y reste au contraire d’immenses lacunes, et les écrivains modernes en sont réduits aux abrégés d’Hérodote, de Manéthon, de Diodore, aux abrégés même des monuments, puisqu’ils sont tous ou mutilés ou détruits.
Parmi les documents historiques , le tableau des dynasties égyptiennes est celui qui nous reste le plus entier, du moins par rapport au système général qui présida à sa rédaction. Cette liste, par les noms des rois qui s’y succèdent dans l'ordre du temps, et par l'indication du nombre des années du règne de chaque prince ou de chaque dynastie , forme une véritable échelle chronologf-
ÉGYPTE
que sur laquelle les noms et les faits ont d’avance leur place marquée : suivons ce fil conducteur dans l'ensemble des temps et des événements que nous entreprenons de raconter.
«Après le règne des demi-dieux, dit Manethon, et celui des Mânes, vint la première dynastie, composée de huit rois qui régnèrent ensemble pendant 2ô2 ans. Ménès fut le premier de ces rois : il était originaire de This; il porta les armes égyptiennes dans les pays étrangers et se rendit illustre; il lut enlevé par un hippopotame, après un règne de G2 ans. »
Menés, chef de la caste militaire, opéra heureusement la révolution qui substitua le gouvernement civd à la théocratie; il fut revêtu le premier du titre de roi ; et de ce nouvel ordre de choses , sortit le gouvernement royal héréditaire. Quoique occupé de conquêtes au dehors par la guerre, Ménès ( ou plutôt Mf.nei d’apres les monuments ) ne négligea pas les établissements delà paix. Il jeta les fondements de Memphis, prévoyant avec raison que la grande Thèbes , ville toute sacerdotale, pourrait demeurer sous des influences plus puissantes que celles du gouvernement nouveau. Il fortifia et garantit la nouvelle ville par des chaussées, redressa le coude du Nil pour le porter plus au midi, fit creuser un lac pour la défendre au nord , et éleva le temple de Plitha, édifice célébré à toutes les époques de la monarchie égyptienne. Sous son règne, le luxe, jusque-là réservé pour les demeures et le culte des dieux , s’introduisit daus les habitations et les usages des hommes; moyen d’un effet puissant pour adoucir les mœurs de la nation , exciter son génie, la fortifier et l’enrichir; circonstance toutefois qui nuisit à la mémoire de Ménès dans l'estime de la postérité.
Les monuments ont cependant conserve le nom du fondateur de la monarchie égyptienne, et c’est à ce titre qu'il se trouve inscrit le premier dans les listes royales qu'on voit gravées dans divers temples de l’Égypte encore subsistants. Ménès est le premier nom
de la table royale du Memnonium de Thèbes , table sculptée dans ce temple durant le règne de Sésostris ; imitant en cela tant d’antres rois égyptiens qui , pour honorer leurs ancêtres pat un culte ou des offrandes, rappelaient d’abord dans ces tableaux historiques leurs plus proches aïeux, et inscrivaient toujours Ménès en tête de ces listes , plus ou moins nombreuses, de leurs pères et prédécesseurs. La table royale sculptée dans la chambre des rois du palais de Karnac à Thèbes, ne renferme pas moins de 60 figures de rois égypr tiens, accompagnées de leurs noms; ils reçoivent les offrandes et les adorations de Thouthmosis III (Moeris), leur successeur vers l’an 1700 avant 1ère chrétienne. Enfin, le célèbre canon chronologique des dynasties égyptiennes, écrit sur papyrus en caractères hiératiques, composé vers le XV' siècle avant notre ère , et appartenant au musée de Turin , s’ouvre par le nom même du roi Ménès , en ces termes : Stn Mnei nphr nnecooutniou.... Le roi Ménès exerçâtes attributions royales. .. . années. ( Manuscrits de ChampoUion le jeune. )
A Ménès succéda son fils Athothis ( Athôth ) , qui fit bâtir le palais des rois à Memphis, cultiva les sciences physiques, écrivit un ouvrage d’anatomie, et mourut après 27 ans de règne.
L’histoire ne mentionne pas de ce prince d’autre action mémorable. Six autres lui succédèrent de père en fils: Cencènes, qui régna 31 ans; Ouanéphis, dont le règne dura 42 ans, et fut marqué par une famine qui désola l’Égypte; Ousaphès et Niébais, qui occupèrent le trône sans lustre et sans loire, s’il faut en juger par le silence es historiens, le premier pendant 20 ans , le second pendant 26 ; Mempsès (ou Simempsis), qui régna 18 ans, période féconde en grands crimes, et pendant laquelle une peste cruelle ravagea l’Égypte; enfin, Oubienthis ou Vibithis qiii régna 26 ans, et fut le dernier des rois de la première dynastie.
La seconde fut composée de neuf princes, d’origine tbinite- thébaine, comme ceux dé la première, et elle rogna en Égypte pendant 297 ans. Lé
premier de ses rois porta le nom de très-habile en médecine , et c’est pour Bôehos , et régna 38 ans. Durant ce cela que les Égyptiens le considérèrègne, un gouffre s’ouvrit auprès de rent comme leur Eseulape. On lui at- Bubaste, et occasionna la mort de plu- tribue aussi l'art de tailler les pierres sieurs personnes. A Bôehos succéda pour la construction des édifices ; tra- Choiis . qui régna 39 ans et régla le dition incomplète sans doute , puisque culte des trois animaux sacrés , Àpis à Thèbes et Memphis existaient avant le Memphis, Menévis à Héliopolis, et le règne de Sésorthos ; et c’est peut-être bouc à Mendès. plus légitimement qu’on pourrait lui
Biophis, qui régna 47 ans, fut le faire honneur de l’application de la scie troisième roi de la seconde dynastie, à la coupe des pierres employées dans C’est à lui que l'histoire fait honneur les édifices , la figure de ce précieux d'une loi nouvelle en Égypte , celle qui instrument existant sans nul doute sur appela les femmes à la succession de les plus anciens monuments de l’Él’autorité royale ; institution fonda- gypte. Ce fut enfin ce même roi , di- «nentale, propre à tout État où la loi sent les chroniques , qui s’appliqua à est toute-puissante, le pouvoir pondéré donner aux signes de l'écriture des par l’influence des castes ou les privilé- formes exactes et élégantes; contriges des corps politiques, et que l’Égypte buant ainsi par ses propres études à conserva jusqu’aux derniers moments perfectionner les institutions publide son existence sociale. ques , à faciliter dans sa patrie le pro-
L’bistoire nomme à peine les trois grès de la civilisation, successeurs de Biophis, Tlas, Sethi- Les six successeurs de Sésorthos nés, Chœrès; elle se borne à dire qu'ils sont nommés dans les annales égypne firent rien de Remarquable ; juge- tiennes; mais ils régnèrent sans éclat: ment dont le laconisme augmente en- Tyris 7 ans, Mésochris 17 ans, Sôucorc la sévérité. plus IG ans, Tosertasis 19 ans, Achès
Après eux, Népherchérès régna 2S et Séphuris 72 ans à tous deux, et ans ; et si la tradition recueillie dans Kerphérès 26 ans. les annales publiques ne cache pas quel- Ce fut cependant par des rois de
que allusion, il faudra croire que pen- cette dynastie que furent bâties les dant onze jours les eaux du Nil furent pyramides de Sakkarah et de Dah- , mêlées de miel. scltour; elles sont pour nous les plus
I.e règne suivant, celui de Séso- anciens monuments sortis de la main chris, qui dura 48 ans, fut marqué des hommes, dans le monde connu, par un autre prodige : le roi étaitd'une I,a quatrième dynastie fut remarcorptilence extraordinaire; il avait cinq quable par le nombre des princes qui
coudées de haut (2 mètres et demi) et la composèrent et la longue durée de
trois coudées de large. Son succès- leurs régnés. Originaire de Memphis,
seur se nomma Chénercs; ce nom est elle fournit dix-sept rois qui occupè-
tout ce qui nous reste de son histoire, relit le trône pendant 448 ans.
11 fut le dernier roi de la IIe dynastie. Le premier de celte liste fut nommé La troisième dynastie fut originaire Souplii.Ilestmcntionnédanslesarinales de Memphis ; composée de huit rois, égyptiennes comme un prince impie et
elle occupa le trône pendant 197 ans. orgueilleux ; revenu toutefois au senti-
Néchérophès en ouvre la liste, et on ment de ses devoirs, il écrivit sur les
attribue 28 ans à son règne. Il fut choses sacrées un livre que les Égyp-
troublé par la guerre : les Libyens at- tiens eurent en grande estime. Apres
taquèrent l’Égypte ; mais, effrayés par un règne de G3 ans, il eut pour pre-
une grandeur en apparence extraordi- mier successeur Sensaouphi, qui ré-
naire de la lune, ils se soumirent gna aussi GG ans, et après celui-ci,
d’eux-mêmes et rentrèrent dans l’or- Mancbérès, dont le règne fut encore de
dre. Néchérophès eut pour successeur G3 ans. On nomme aussi Sôris, Ra-
Sésorthos , qui régna 29 ans ; il fut toeses , Bichères , Sebcrchères et
£g yptr.
Tamphtis, parmi les successeurs de ces trois princes; mais il y a de l’incertitude sur la vérité de ces noms , sur leur ordre de succession; et ces incertitudes naissent du silence des abréviateurs de Manéthon, dont un seul a mentionné ces cinq derniers noms dans la liste abrégée de cette quatrième dynastie.
Les pyramides de Ghizé furent édifiées par les trois premiers rois de cette dynastie, et leur servirent de tombeaii. Autour de ces immenses monuments s’élèvent d'autres pyramides de moindres proportions , et des tombeaux construits en grandes pierres, qui ont servi de sépulture aux princes de la famille de ces anciens rois.
Il y a peu de distance entre les pyramides de Sakkarah an nord et ce liés de Ghizé au sud , et elle est occupée par le désert.
A Sakkarah est l’antique cimetière de Memphis, appelé la Plaine des momies, parsemée de pyramides et de tombeaux. Son aspect' est aujourd’hui triste et affligeant. La rapacité des fouilleurs y a répandu la dévastation; les tombeaux ornés de sculptures sont ravagés ; le sol est couvert de monticules de sable produits par les bouleversements, et il est tout parsemé d’ossements humains à découvert, blanchis par le temps , restes des plus vieilles générations.
A Ghizé, sont les pyramides les plus célèbres par leurs masses; ces merveilles ont besoin d’être étudiées de près pour être bien appréciées; elles semblent diminuer de hauteur à mesure qu’on en approche, et ce n’est u’en touchant les blocs de pierre ont elles sont formées, qu’on acquiert une idée juste de leur masse et de leur immensité.
Ici le lecteur doit attendre la description des pyramides; nous ne parlerons toutefois que de la plus grande, de celle de Ghizé, celle de toutes qui a été la plus étudiée et qui est la plus connue.
Notre planche 10 donne l’aspect général des pyramides des environs de Memphis, entre la rive gauche du Nil
et la chaîne libyque, et du sphinx , qui s'élève au-dessus du sol de la même plaine. Dans la planche 39 , ces pyramides surgissent à l'horizon au milieu des palmiers, des Turcs et des ruines de l’antique capitale; la planche 60 offre la véritable physionomie de la grande pyramide et du sphinx qui l’avoisine. Éntin l’entrée et l'intérieur de cette même pyramide sont géométriquement figurés sur notre planche 75. Quelques mots encore, consacrés à sa description , feront connaître complètement ce merveilleux monument.
La première assise de pierre repose sur le rocher même qui forme la plaine , et cette assise y est placée dans une ligne parfaitement dressée et creusée verticalement de sept à huit pouces.
Au-dessous de cette première assise encastrée , le rocher est taillé en socle régulier, ayant cinq pieds huit pouces et demi de hauteur. Le rocher qui fournit le socle, est naturellement élevé de près de cent pieds au-dessus des plus grandes eaux du Nil, et il forme un solide dont on n’a pas trouvé la base à deux cents pieds de profondeur. A sa surface, c’est un désert privé de toute espère de végétation :
l’homme ne s’y manifeste que par ses ossements impitoyablement exhumés de leurs tombeaux.
Au-dessus de la première assise encastrée, on en compte deux cent deux autres placées successivement en retraite, la supérieure sur l’inférieure, d’environ neuf ponces et demi par pied d’élévation , mesure moyenne, et formant autant de gradins. Ces deux cent trois gradins, au-dessus du socle qui les porte, donnent à la pyramide pour hauteur verticale quatre cent vingt-huit pieds trois pouces et quelques lignes (1 30 mètres 117 milliin.); mais, dans l’état actuel du monument , on voit que deux assises au moins ont été abattues à son sommet : en tenant compte de cette destruction et du socle pris dans le rocher, la hauteur totale et primitive de la grande pyramide devait être de quatre cent cinquante pieds moins quelques pouces;
c'est plus de deux fois la hauteur des tours de l’église Notre-Dame de Paris.
La base du monument a été mesurée à la ligne d’encastrement de la
firemière assise, et elle a été reconnue ongue de sept cent seize pieds et demi (233 mètres 747 millimétrés) : il en résulte un volume d'un million quatre cent quarante-quatre mille six cent soixante-quatre toises cubes, en ne tenant pas compte des vides peu considérables qui existent dans l'intérieur.
Les matériaux d'une si colossale construction furent tirés des carrières de Thorrah , sur la rive droite du Nil , précisément en face de Memphis. Ces carrières de calcaire blanc furent exploitées du temps des Pharaons, des Perses, des Ptolémées , des Romains et des Arabes; de nombreuses inscriptions tracées durant ces époques diverses en rendent encore témoignage : les derniers voyageurs français en Egypte y ont découvert les noms d’Auguste, de Ptolémée, d’Aehoris; et deux stèles sculptées dans les deux carrières les plus vastes de toutes , leur ont appris que ces deux carrières furent ouvertes en l’année 22 du règne d’Amosis, le Pharaon prédécesseur de la dix -huitième dynastie, et que les matériaux qui en furent extraits furent employés à la réparation des temples d’Apis, I’hthaet Animon à Memphis. En examinant les pierres du parement des galeries et de la chambre inférieure de la pyramide, on est aussitôt convaincu que ces pierres ont été en effet tirées des carrières de Thorrah et de Messarah , dans la petite chaîne arabique nommée aujourd’hui le Mokattam.
L’emploi de ces matériaux est remarquable en ce qu’on reconnaît sans peine qu'il est difficile d'appareiller avec plus d'exactitude, d’établir des lignes plus droites , et des joints plus parfaits que ceux que présente la construction intérieure de la grande pyramide. Chaque pierre des quatre arêtes est incrustée dans *a suivante; la pierre inférieure , creusée de deux pouces, reçoit une saillie égale de la pierre supérieure , et chaque arête est
ainsi liée de toute sa hauteur : aussi n'a-t-on remarqué sur aucun point ni le plus léger écart ni la moindre dégradation.
Selon des traditions d'époques diverses, la grande pyramide aurait été revêtue extérieurement de maniéré
3ue les gradins étaient couverts par es pierres en forme de prisme triangulaire, qui remplissaient les vides de chaque degré, et la surface de chaque côte de la pyramide était ainsi un plan incliné. Tel a été le dire d'Herodote et de plusieurs autres écrivains qui ont adopté son avis. Il paraît même que des fragments de granit de forme prismatique, trouvés auprès d'une autre pyramide , servaient à appuyer cette opinion. Mais les difficultés et le défaut de solidité d'une telle construction, en ont fait rejeter l'idée par d’autres écrivains qui ont pensé que le revêtement extérieur de la grande pyramide consistait seulement dans l'emploi d’une pierre plus dure, plus égale, plus susceptible de recevoir un beau poli , que la pierre de la chaîne I.ibyque, dont on s'est servi pour l'intérieur du monument. Enlin , comme il a fallu niveler la plaine pour asseoir la pyramide, on pense aussi que le noyau du rocher , plus élevé en approchant du centre du monument, a seulement été coupé pour s'ajuster aux pierres du parement. Du reste , rien n’est plus variable que les renseignements sur les pyramides, qui sont consignés dans les écrits des anciens, soit sur leur origine , leur epoque ou leur destination , soit sur la dépense qu'elles occasionnèrent et les motifs qui portèrent les rois à lés élever, l.es auteurs de ces écrits en ont rapporté tout ce qu’ils pouvaient dire d'un monument célèbre qui les frappait d’admiration quand ils le visitaient , mais dont ils ignoraient complètement l’histoire , et dont ils ne pouvaient apprendre de leur tenqis que les plus fabuleuses traditions. Les écrivains orientaux , venus après les Grecs et les Latins , n'ont fait qu’enchérir sur leurs douteuses assertions.
Nous n'entreprenons pas de les conci*
ÉGYPTE
lier ; nous ne consignons ici que des faits recueillis et authentiqués par le concours des plus exactes observations et des opinions les plus dignes de confiance.
La grande pyramide est exactement orientée , chacun de ses quatre angles fait face à l'un des quatre points cardinaux; ce n’est encore aujourd'hui qu’avec de grandes difficultés qu’on réussirait à tracer une méridienne d'une aussi grande étendue sans dévier; et de cette orientation de la rande pyramide on a tire ce fait d’une aute importance pour l’histoire physique du globe : c’est que depuis plusieurs milliers d'années la position de l’axe terrestre n’a nas varié d’une manière sensible : et la grande pyramide est le seul monument sur la terre qui, par son antiquité, puisse fournir l’occasion d’une semblable observation.
La face nord-est de la grande pyramide est celle où se trouve son entrée actuelle, au niveau de la quinzième assise et à quarante-cinq pieds environ d'élévation au-dessus de la base. Le hasard l'a fait découvrir; à l'époque où l'on a cherché à pénétrer dans la pyramide, l’enlèvement du parement aura mis à découvert une construction différente de tout le reste; c’était celle qui formait l’entrée de l’étroite galerie du canal incliné, exactement figuré sur notre planche 75 ; ce premier canal a douze toises trois pieds de longueur : il aboutit à un autre de mêmes proportions (trois pieds cinq pouces de haut et de large), mais ascendant et de cent deux pieds de longueur. Un gros bloc de granit le ferme exactement vers le coude de jonction des deux canaux, et il a fallu tourner cet obstacle en brisant les pierres plus tendres qui forment le massif sur la droite du canal, et parallèlement à sa direction. On entre ainsi dans le second canal ; à son extrémité on se trouve sur un palier , et on a à sa droite l'entrée d’un puits profond taillé dans le roc. Là aussi commence un canal horizontal , de dix-neuf toises et demie d’étendue. Il conduit a une chambre qu’on a nommée Chambre de la Reine,
qui a dix-sept pieds dix pouces de long sur seize pieds un pouce de large. Elle est vide.
En retournant à l’entrée du canal horizontal , on monte dans une nouvelle galerie, longue de cent vingtcinq pieds, et qui en a vingt-cinq de hauteur et six et demi de largeur. De chaque côté sont des banquettes de vingt et un pouces sur dix-neuf de large. Vingt-huit trous , de douze pouces sur six et demi de profondeur, ont été pratiqués sur chaque banquette. Huit assises de pierre en encorbellement forment les murs de cette galerie et donnent l’aspect d'une voûte à son plafond. A son extrémité on arrive sur un palier, delà dans un vestibule qui conduit à une ouverture de trois pieds trois pouces de large, sur trois pieds cinq pouces de haut , et sept pieds dix pouces de longueur ; c’est l'entrée de la chambre supérieure nommée la Chambre du Roi, entrée primitivement fermée et cachée par des blocs de pierre.
Cette chambre est entièrement construite en larges blocs de granit, parfaitement dressés et polis; voici scs dimensions :
Hauteur 18 pieds 0 pouce 5 lignes.
Largeur N. 32 2 8
Largeur 0. 16 1 5
A l’extrémité ouest de la chambre , on voit le sarcophage, aussi en granit, de sept pieds un pouce de long sur trois pieds un pouco-de large et trois pieds six pouces de haut : fl est placé dans la ligne du nord au sud; son couvercle n’a pas été vu. Un vide existe au-dessus de cette chambre sépulcrale:
il n’est élevé que de trois pieds; les pierres qui forment cette enceinte, également en granit , sont dressées sans être polies, et celles du plancher, qui est le revers du plafond de la chambre royale, sont brutes et d’une hauteur inégale; il résulte de ce vide un double plafond pour la chambre royale , propre à la préserver des effets de la surcharge supérieure.
Le puits, déjà indiqué à l’entrée
de la galerie horizontale , est en grande partie creuse dans le rocher , dans des dimensions tellement étroites (vingtdeux pouces sur vingt-quatre), qu'un homme peut s’y accroupir mais non pas s’y courber; c’est cependant un travail de main d’homme , et à une grande profondeur qu’on a reconnue jusqu’à aeux cents pieds. Des entailles irrégulières pratiquées dans les parois, rendent la descente moins pénible et moins périlleuse. On n’est point parvenu au fond, mais, dans la partie reconnue , on est descendu jusqu’à cinquante pieds au-dessous du niveau uu Nil.
C’est dans la partie de la chaîne Libyquequi s’avance à l’est vers la plaine, qu’existe la ligure du sphinx ( t'oir notre planche 00 ) ; c’est dans une des faces de la coupure de la chaîne qu'il a été taillé; il adhère au sol ; et son élévation de quarante pieds au-dessus de ce sol, est le témoin et comme la mesure de la quantité de pierres enlevée à la superficie pour dresser cette partie de la plaine. I.a longueur totale du sphinx monolithe est de trente-neuf mètres (cent dix-sept pieds); contour de la tête au front, vingt-sept mètres (quatre-vingt un pieds); hauteur depuis le ventre jusqu'au sommet de la tête, dix-sept mètres (cinquante, et un pieds). Une excavation de quelques pieds a été pratiquée sur la tète : elle servait à y iixer les ornements cl la coiffure royale ou religieuse qui déterminaient l’expression symbolique de ce sphinx.
A cette description, dont l’exactitude fera peut-être excuser la monotonie, nous n’avons à ajouter que quelques observations critiques ou historiques, dans l’intention de fixer l’opinion du lecteur sur l’objet et l’époque de ces monuments immuables , destinés dès leur origine à frapper d’une admiration non interrompue toutes les générations d'hommes qui devaient se succéder sur la terre, et à s’offrir à elles enveloppés d’énigmes, de grandeur et ae souvenirs. Que le génie de l’homme veille religieusement à la conservation de ces ouvrages merveilleux : ce sont des témoignages de son existence, de
ses actions et de son antiquité, antérieurs à toutes les traditions de l’histoire, et aussi les titres les plus certains et les plus anciens que puisse invoquer le généalogiste des oeuvres de ~ l’intelligence humaine.
Depuis le vovage scientifique et militaire de l’armée française en Égypte, et la publication des observations recueillies sur ce pays, il s’est ouvert à la civilisation européenne, et de nouvelles recherches y ont été faites, qui compléteront celles que le commencement de ce siècle avait produites. Le sphinx des pyramides a été étudié ; le sable qui l'encombrait momentanément détourné, et il a été reconnu que scs colossales dimensions avaient permis de pratiquer entrcle hautde ses jambes antérieures et son cou , une entrée qu’indiquent d’abord les montants d’une porte ; elle conduisait à des galeries souterraines creusées dans le rocher sur une très-grande distance, et enfin on se trouvait en communication avec la grande pyramide. Ceci expliquerait t“ ce que disaient les écrivains arabes , savoir : qu’il y avait plusieurs puits et galeries souterraines dépendants de la grande pyramide ; T qu’il y avait dans la tête du sphinx une ouverture qui menait à ces galeries et à la pyramide; enfin, on comprend pourquoi on ne pouvait entrer dans la pyramide par une porte extérieure, et comment les galeries indiquées sur notre planche étaient extérieurement fermées par des blocs de granit.
La grande pyramide , comme toutes les autres qui subsistent dans la basse Égypte , était un tombeau Le sarcophage royal occupait la chambre sépulcrale; la chambre inférieure pouvait être une chapelle destinée aux cérémonies périodiques ordonnées envers les dieux ou envers ledéfunt, et accomplies par ses successeurs.
D’après les historiens arabes, on aurait autrefois recueilli unegrande quantité d’objets précieux dans cette pyramide, même beaucoup de monnaies d’or. Mais cette tradition est bien nouvelle pour mériter quelque confiance, et les Arabes sont de trop récente
ÉGTPTE.
époque en Égypte pour avoir appris ce que ne sut aucun des anciens Grecs qui virent ce pays avec la plus attentive curiosité. Les Arabes, un seul excepté, Alidallatif, ont parlé si étourdiment, si merveilleusement des antiquités de l’Égypte , qu’il est difficile de leur accorder la moindre foi, si ce n’est quand de bons observateurs nous certifient que les faits énoncés sont vrais, quoique les Arabes les aient racontés. Il est certain qu'il rie reste dans la pyramide qu’un sarcophage en granit, sépulture ordinaire des rois.
Mais ce sarcophage n’est orné d’aucune figure , ne porte aucune inscription, et jamais on n’en a reconnu au-* cune trace sur aucune des parties de la pyramide. Hérodote raconte, cependant , que son interprète lui expli-
?|ua une inscription gravée sur une des aces de la pyramide, et qui contenait le compte des dépenses faites en raves et autres légumes pourlesouvriers qui avaient travaillé à la construction de ce monument; on disait aussi que cette inscription était tracée sur le revêtement de la pyramide , mais l’on a fait remarquer avec toute raison que le revêtement primitif, s’il fut contemporain du temps de la pyramide, put être postérieurement restauré, et aussi, que le roi qui avait fait faire cet ouvrage (que ses contemporains ni la postérité ne lui pardonnèrent pas ) , n’avait aucun intérêt à braver la naine publique, en proclamant avec une ostentation sans bénéfice, ces détails d’une dépense qui l’avait rendu odieux universellement. Un fait domine toutes ces considérations; il n’v a jamais eu un seul trait d’écriture dans la grande pyramide; le sarcophage en granit en est absolument dépourvu sur toutes ses faces extérieures et intérieures; les plus anciens tombeaux de Thèbes , et tous les sarcophages qui s’y sout trouvés, ceux-mêmes de personnages de conditions secondaires, en sont absolument couverts : l'antiquité des pyramides expliquera suffisamment cette différence. Il parait donc qu’a l’époque où elles ont été élevées, l'usage de *' «Ainri! n’était pas connu , que ic sys-
tème graphique n’était pas constitué, enfin , qu’on ignorait encore l’art de « fixer la parole et de parler aux yeux. » Mien d'autres considérations tirées de faits de divers ordres appuieraient cette opinion assez généralement adoptée, qüi nous montre, approximativement il est vrai , le temps où Commença l’une des plus grandes institutions de )a civilisation égyptienne ; et l’on doit inévitablement subordonner à cette observation tout ce qui peut être dit de l'invention et de l’usage de l’écriture chez li s anciens Égyptiens ; on peut aussi ajouter qu’elle y était inconnue du temps du roi Souphi, le premier des dix-sept princes de la quatrième dynastie.
A quelle époque remonte donc ce règne mémorable par l'exécution de tels monuments? Réunissons ici quelques faits propres à éclaircir les doutes qui environnent la solution de cette question. Hérodote place le roi qui fit bâtir la grande pyramide, apres un Sésostris , et au cinquième règne avant l’Èthiopien Sabaccon. Quant à Sésostris, on est enclin à croire que ce nom, ou celui de Sésoosis, fut porté par
filusieurs princes célèbres pour leurs aits militaires, dans les annales de l’Égypte : et s'il s'agissait du Sésostris ui avait sur les monuments le nom e Rhnmsès (III) , ce serait entre le milieu du XV* siccle avant l'ère chrétienne, temps du règne de Sésostris, et le commencement du VIIIe siècle avant la même ère, époque du roi Sabaccon, qu’il faudrait placer la construction des pyramide*. Une telle opinion n’aurait aucun fondement, et le déplacement évident des noms et de leurs époques relatives, dans le texte d'Hérodote qui cite quelques noms célèbres sans avoir l’intention de rapporter la liste complète et chronologique des dynasties égyptiennes, concourt à faire rejeter une telle indication. On peut appliquer la même considération à ce qu’a dit sur le même sujet un autre écrivain grec , Diodore de Sicile , car Chnmpollion le jeune a découvert , dans le fossé même ue la seconde pvramidc, rès de l’angle et de face nord, le tomeau d’un officier de Sésostris ; de plus,
il est avéré qu'il se trouve sur le grand sphinx une inscription hiéroglyphique datée du règne de Thoutlmiosis IV, qui précéda Sésostris de plus de deux cent cinquante années. On sait aussi qu'on a recueilli dans les tombeaux creusés dans le roc au voisinage des pyramides , des noms de rois qui ne se trouvent pas dans la série successive, et règne par règne, des dynasties égyptiennes, à commencer par le premier roi de la dix-septième dynastie , dont le règne remonte à un peu plus de deux mille ans avant l’ère chrétienne. Il faut donc, sur l’antiquité des pyramides, suivre l’opinion des écrivains nationaux qui pouvaient être bien instruits
f lardes recherches consciencieuses dans es archives publiques , et laisser avec Manéthon, la grande pyramide deGhizé dans le tableau des faits mémorables du premier roi de la IV dynastie.
Il paraît aussi que des tombeaux creuses peu de temps après, pour des parents ou des officiers des rois de cette époque, offrent déjà des preuves de la pratique de la peinture, car ces tomlieaux en sont décores; et aussi de l’écriture , car on y a recueilli des inscriptions. Enfin , une dernière observation nous est suggérée par les monuments , et elle nous semble trèsimportante : le nom de la ville de Memphis , écrit phonétiquement dans les textes hiéroglyphiques, et qui se prononçait Mannophré ou bien Mannovfi, a pour caractère déterminatif spécial, la figure d’une pyramide placée avant même le caractère déterminatif générique qui signifie ville ou contrée; ou peut en induire que lorsque l’orthographedu nom vulgaire delà ville de Phtha.oti demeure de Phtha, nom sacré de Memphis, fut réglée, les pyramides voisines de cette ville existaient déjà, et qu’elles pourraientavoir précédé l’usage de l’écriture, au moins l’introduction de l'écriture alphabétique dans le système hiéroglyphique; et il n'existe pas de mouuincnt connu dans lequel on puisse remarquer l’absence de cette écriture alphabétique. Dans un des plus anciens tombeaux de l'Égypte, creusé dans le roc au-dessous de la surface
du sol , au milieu des pyramides dit Sakkara , mon frère a recueilli le cartouche-prénom d’un très -vieux roi dont il n'existe pas de mention dans les tables généalogiques qui remontent à l'invasion des Pasteurs; et à côté du cartouche-prénom, est placé le nom propre du même roi , écrit en caractères alphabétiques, et qui se lit Ossé ou Asso. Mais nous serions forcés d’étendre cet exposé au delà des bornes que nous devons lui imposer ici, s'il nous fallait énumérer tous les motifs qui peuvent porter le lecteur à considérer, en toute conscience, les pyramides de Sakkara et de Gbizé , •comme les plus anciens ouvrages sortis de la main des hommes, comme les plus anciens monuments de la terre , et antérieurs à toutes les autres preuves connues de l’antiquitédes sciences, des efforts et des succès de l'intelligence humaine. Celles que la grande pyramide porte en soi , et que des hommes habiles ont développées sous les rapports astronomiques et géométriques, témoignent de l’avancement de la civilisation égyptienne, dans la pratique des arts l’es plus utiles aux hommes, à l'époque de rétablissement de la IV* dynastie des rois héréditaires. Souplii en fut le vingt -sixième depuis Menés.
Sensaouphi, son successeur, éleva aussi, pour lui servir de tombeau, une grande pyramide près de celle de Souphi ; Mankherri, troisième roi, imita l’exemple de ses prédécesseurs. Les trois grandes pyramides de Ghizé sont les trois tombeaux de ces trois souverains ; les deux plus récentes des trois ne paraissent pas avoir été ouvertes.
On compte depuis Ménès jusqu’à la fin de la IVe dynastie, quarante-deux règnes et 1194 années.
Dès lors, Memphis perdit temporairement l’avantage de voir sur le trône d’Égypte des familles originaires de ses murs. La V' dynastie sortit en effet d’Éléphantine, fie située aux frontières méridionales de l’Égypte vers l’Éthiopie.
Cette cinquième dynastie eut pour chef Ousercnérès , et l’on ignore par
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quelles circonstances il fut appelé à remplacer sur le trône d’Égypte l'héritier des deux familles memphites qui Tenaient de l’occuper pendant plus de six siècles. On n’est pas plus instruit sur les événements de son règne , sur ses vices ou sur ses vertus ; on sait seulement qu’il régna 28 ans. Il eut huit successeurs qui régnèrent , savoir : Séphrès 13 ans, Népherchérès 20, Sisiris 7, Chérès 20, Hathouris 44, Menchérès 9 , Tanchérès 44 années aussi , et Onnos 33. I*a durée totale de la V' dynastie fut ainsi de 248 ans et de 9 régnés.
On a pu remarquer , dans la liste de ses rois, plusieurs noms terminés par les deux syllabes chérès; il en estdemème pour les princes de la dynastie précédente, et nous arrêterons un moment le lecteur sur cette particularité , afin de l’informer en même temps qu’on trouve, parmi les plus anciens rois d’Égypte de la liste qui résulte du Canon chronologique fourni par le papyrus hiératique ae Turin , plusieurs noms de ces vieux Pharaons terminés aussi parles mêmes sylla bes chérès, des noms même absolument identiques avec ceux
3ue les abréviateurs de Manéthon nous onnent comme appartenant à des rois de la IV” et de la V” dynastie : et une telle analogie peut un joiir acquérir quelque poids dans l’ensemble des preuves pour l’histoire des premiers temps de la monarchie égyptienne. Du reste, l’examen attentif des monuments , et en particulier celui des cartouches - prénoms des rois, nous porte à croire, et par l’analogie des signes graphiques et
fiar l’analogie d’expression qui en est a conséquence, qu’on s’attacha à multiplier ces rapports, pour un motif qui nous est inconnu , par respect peutêtre pour un ancêtre ou pour un grand Toi; ce qui multiplia ainsi la désinence r hères, et les deux bras élevés en signe jd’adoration , qui en sont le signe gra- Iphique dans les cartouches des rois des plus anciennes dynasties, et ensuite dans ceux de la )LVI” et de la XVII*. On remarque de même dans les cartouches provenant des rois de la XVIII”, le signe du monde, le scarabée, sir
fois adopté pour les prénoms royaux d’autant de princes qui se succédèrent dans cette même dynastie. Ce qui s’est passé dans les temps modernes fournirait des exemples analogues , de pratiques inspirées par des motifs humains ou religieux.
A la mort du dernier roi de la cinquième dynastie, une famille nouvelle parvint au trône ; nous ignorons par quelle voie; mais on sait que la ville royale de .Memphis récupéra son ancien privilège et le conserva pendant plusieurs siècles; la VI* dynastie et les deux qui lui succédèrent furent en effet originaires de cette célèbre capitale.
Othoès fut le premier roi de la VI” dynastie ; il lut mis à mort par ses propres gardes ; voilà tout ce que l’on sait de sa vie. L’histoire écrite arde un silence non moins regrettale sur les quatre premiers successeurs d’Othoès : elle les nomme Phios, qui régna pendant 53 ans; Méthousouphis, pendant 7 ans; Phiôps, qui vécut jusqu'à l'âge de cent nus ; et Menthesouphis, qui n’occupa le trône que pendant une année.
C’est à ce roi que succéda la reine Nitocris , la femme la plus belle et la plus distinguée de son temps, la première aussi qui porta Incouronne royale en Égvpte , à la faveur de la loi par laquelle Riophis, roi de la II” dynastie, avait modifié en ce point les règles antérieurement établies.
L’histoire et la fable ont également célébré les actions de Nitocris; Hérodote apprit des prêtres égyptiens, que le frère de cette reine fut précipité du trône et égorgé par ses propres sujets. Un tel événement s’accorde avec la courte duree d’une année que Manéthon donne au règne de Menthesouphis. Appelée à lui succéder, par la loi connue par le voeu public, Nitocris ne voulut cependant pas laisser sans châtiment les instigateurs du crime dont Mentbésoubis venait d’étre la victime. Occupée faire éleverdivers édifices publics, elle attira dans une galerie souterraine les coupables qu’elle voulait punir, et pendant lesjoiesd'un repas que la reine leur
avait fait servir, les eaux du Nil, conduites par un canal inconnu, les y noyèrent tous. Nitocrisselitaussi construire une pyramide pour lui servir de tombeau. Hérodote ajoute à son récit, que cette reine se donna la mort en se précipitant dans une chambre remplie de cendres, échappant ainsi à la vengeance des partisans de ses ennemis.
La durée du régné de cette femme illustre est portée à 12 ans dans les listes de Manéthon. Sa figure était, selon les uns, d'une rougeur éclatante; selon d'autres, elle, avait le teint jaune et les joues d’un rouge incarnat. Et si l'histoire écrite nous a transmis ce fait et cet éloge , c’est sans doute parce que cette rubicondité devait être un rare mérite et un avantage très-recherché dans un climat où là race blanche nui l’habitait se colorait constamment d'un rouge cuivré. Les monuments nous montrent sous cet aspect tout le nu des figures d’hommes; les figures de femmes sont en jaune, et cette couleur indique pour elles, par sa teinte plus douce, l'effet des voiles, des ombrelles et de la retraite, qui les exposaient moins aux effets de l’ardeur du climat. Il reste toujours que la reine Nitocris fut considérée par les Égyptiens comme la plus belle femme ‘de son époque.
Les séditions qui se passèrent à Memphis, et qui mirent fin à la VI* dynastie, après une durée de 203 ans, approchèrent du trône et y firent monter, après Nitocris , une autre famille memphite; elle fournit 5 rois qui ne régnèrent que 75 ans, et composèrent la \1I* dynastie. On ne connaît pas même leurs noms ; l’obscurité de leur vie royale est même très-ancienne, car les prêtres égyptiens, malgré leur piété envers leurs rois, dirent à Hérodote que les premiers successeurs de Nitocris ne firent d’ailleurs aucune entreprise remarquable.
Il parlait aussi sans doute de ceux qui, au nombre de cinq, formèrent la VHI'dynastie, également originairesde Memphis ; ils régnèrent cent ans en tout, et disparurent de la terre, inaperçus vraisemblablement , comme iis
le sont dans l’histoire, qui les mentionne tous les cinq en une seule ligne.
Il parait que cette longue succession de rois fainéants pendant deux siècles compromit les plus grands intérêts de l’État, excita les craintes et le patriotisme des principales classes, et lassa la patience de toutes. Une famille nouvelle, étrangère a Memphis, et venue du nome de Unes, dans l' Égypte moyenne, le nome lléracléopolitë des Grecs, monta sur le trône, et donna 4 rois qui régnèrent cent ans. Le portrait que Manéthon a tracé du premier de ces princes (IX* dynastie) nous donne l’idée d’un homme capable de se faire roi par son courage et par sgn caractère : il se nommait Achthoès; mais, parvenu au trône, il se livra à ses inclinations violentes , tyrannisa ses sujets, et surpassa tous ses prédécesseurs qui s'étaient fait un renom de cruauté ; enfin, frappé de démence, il fut dévoré par un crocodile.
Une autre famille d’Héracléopolis (*’, occupa le trône après le troisième successeur d’ Achthoès; elle forma la X* dynastie, composée de 19 rois, qui régnèrent moinsdedix années chacun, 185 ans seulement tous ensemble. Cette dernière donnée n'est point indigne d'attention, car elle révèle hautement de fréquents changements de règne, signes certains de désordres dans l'État ou de troubles dans la nation. Une famille nouvelle , et d’une autre origine , succéda en effet aux deux dynasties d'Héraeléo polis.
En résumant les indications numériques consignées jusqu’ici dans ce précis historique, on trouvera que ce tableau si succinct des dix premières dynasties égyptiennes, comprend 90 règnes successifs, qui embrassent un espace de 2105 années, ce qui donne un .terme moyen de 23 ans et quatre mois et demi pour chaque règne.
Mempnis fut pendant tout ce temps le séjour des familles royales , et cette ville, la capitale civile ët militaire de
(*) Dam le tableau i|tii esta la page a6g, ou a imprimé deux fois he/iopotite, au lieu de hèraclêopolite : le lerteur est supplie de s'en souvenir.
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l'empire, acquit successivement par la muniücence des rois et le concours de la nation, une splendeur qui en lit l'émule et la rivale de Thèbes toute sacerdotale. l)es édifices tels que les pyramides, accessoires funéraires de Memphis, disent assez ce que devaient être, dans la même ville, les demeures royales, et celles des classes dominantes s'empressant d'imiter le souverain pour l'embellissement de la priucipalccité. Elle s'agrandit en même temps, et rivalisa sous ce rapport avec les plus grandes villes de notre Europe; quand elle fut ravagée parCambyse, sa circonférence égalait celledeParis.Aprèsavoir brillé du plus vif éclat, la destinée de cette ville opulente fut de rester ensevelie et ignorée pendant une longue série de siècles : il y a à peine cinquante ans que l’Europe savante a retrouve les ossements de ce vaste colosse. Mais tandis que les ruines de Thèbes inspirent encore l'enthousiasme et l’admiration aux peuples et aux soldats, et que ses temples et ses palais s'élèvent très-haut au-dessus du sol et le dominent comme dans les plus anciens âges , les ruines de Memphis n’offrent plus , au contraire, que l'aspect d'une tombe violée et négligemment recouverte d'un peu deterre : le sol est nu , brûlé , uni , et les monticules de débris qui y surgissent de place en place, y sont isoles de tout plan général , et n'en laissent deviner aucun , tant l’arrasement de cette capitale a été profondément opéré par la barbarie. Il est vrai qu’elle eut à subir toutes les invasions venues de l'Asie; la position plus méridionale de Thèbes , la préserva de quelques conquérants. La fondation d’Alexandrie l>orta à Memphis le dernier coup ; le Nil a couvert les ruines de son limon , et le sable du désert les a ensuite ensevelies d'un double linceul. Mais, semblable à une de ces grandes images d'hommes qui nous viennent de i'antiquité, et que notre esprit admire et veuère à la fois , l'image de Memphis, il y a six cents ans, inspirait encore ces mêmes sentiments aux Arabes qui les visitaient. Abdallatif, l’un des
meilleurs esprits de l'Orient moderne, homme doue de science et de bon sens, disait des ruines de Memphis, après les avoir vues : « Malgré l’immense étendue de cette ville et la haute antiquité à laquelle elle remonte, nonobstant toutes les vicissitudes des divers gouvernements dont elle a successivement subi le joug, quelques efforts que différents peuples aient faits pour l’anéantir, et en faisant disparaître jusqu'aux moindres vestiges, effaçant jusqu’à ses plus légères traces, transportant ailleurs les pierres et les matériaux dont elle était construite, dévastant ses édifices, mutilant les figures ni eu faisaient l’ornement; enfin, en épit de ce que quatre mille ans et plus ont dd ajouter à tant de causes de destruction , ses ruines offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l’intelligence , et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire.
Plus on la considère, plus on sent augmenter l’admiration qu'elle inspire; et chaque nouveau coup d'œil que l’on donne a ses ruines, est une nouvelle cause de ravissement. A peine a-t-elle fait naître une idée dans l’âme du spectateur, qu’elle lui suggère une idée encore plus admirable ; et quand on croit en avoir acquis une connaissance parfaite, elle vous convainc au même instant que ce que vous aviez conçu est encore bien au-dessous de la vérité.
« Du nombre des merveilles qu’on admire parmi les ruines de Memphis, est la chambre, ou niche, que l’on nomme la chambre verte. Elle est faite d’une seule pierre de neuf coudées de haut sur huit de long et sept de large. On a creusé dans le milieu de cette pierre une niche, en donnant deux coudées d’épaisseur , tant a ses parois latérales qu’aux parties du haut et du bas : tout le surplus forme la capacité intérieure de la chambre. Elle est entièrement couverte , par dehors comme par dedans, de sculptures en creux et en relief, et d’inscriptions en anciens caractères. Sur le dehors, on voit la ligure du soleil dans la partie
du ciel où il se lève , et un grand nombre de figures d’astres, de sphères, d’hommes et d’animaux. I.es hommes y sont représentés dans des attitudes et des postures variées. »
« Quant aux figures d'idoles que l’on trouve parmi ces ruines, soit que l’on considère leur nombre, soit qu’on ait égard à leur prodigieuse grandeur , c’est une chose au-dessus de toute description et dont on ne saurait donner une idée; mais cequiest encore plus digne d’exciter l'admiration, c'est l’exactitude de leurs formes, la justesse de leurs proportions et leur ressemblance avec la nature. Nous en avons mesuré une qui , sans son piédestal , avait plus de trente coudées. Sa largeur , du côté droit au côté gauche, portait environ dix coudées, et du devant au derrière elle était épaisse en proportion. Cette statue était d’une seule pierre de granit rouge. Elle était recouverte d’un vernis rouge, auquel son antiquité semblait ne faire qu’ajouter une nouvelle fraîcheur Il y a quelques-unes de ces
figures que l'on a représentées tenant dans la main une espèce de cylindre d’un empan de diamètre, qui' [tarait être un volume... la beauté du visage de ces statues, et la justesse de proportion qu’on y remarque , sont ce que l’art des hommes peut faire de plus excellent, et ce qu’une substance telle que la pierre peut recevoir de plus parfait. Il n’y manque que l’imitation des chairs et du sang... J’ai vu deux lions placés en face l’un de l’autre, à peu de distance; leur aspect inspirait la terreur. On avait su , malgré leur grandeur colossale et infiniment audessus de la nature, leur conserver toute la vérité des formes et des proportions; ils ont été brisés et couverts de terre. * ( Abdallatif , traduit de r arabe en français , par M. le baron de Sacy.)
Il est douteux que les monuments décrits par Abdallatif remontent par leur antiquité aux premiers temps de l’existence de Memphis ; trop d’infortunes alors avaient frappé cette ville célébrée dans les annales de tous les peuples policés de l’Orient, rivale de
Tyr et de llabvlone, qui fut si liosjiitalière pour Abraham et Jacob, fit la fortune de Joseph , et en éduquant Moïse donna un législateur aux Hébreux ; illustration presque sans égale, ui protège encore les ruines de la cité c Mènes , consacre à jamais à la vénération des hommes le génie du fondateur de la monarchie égyptienne, et la munificence de ses successeurs durant les dix plus anciennes dynasties Comme nous l’avons dit, la XI” dynastie fut originaire de la plus vieille capitale de l’Egypte , de Thèbes , florissantes malgré la magnificence de Memphis, et chef-lieu de la hiérarchie religieuse , séjour de la caste sacerdotale qui était riche de ses propres biens et des offrandes pieuses des citoyens de l’Égypte entière. Ce ne serait peut-être pas trop s’écarter de la vérité au sujet des causes de ce nouveau changement dans l’origine des dynasties , que de l’expliquer par la rivalité des deux villes capitales. Depuis l’établissement du pouvoir monarchique civil, aucune famille purement thébaine n’avait occupé le trône ; Memphis et ses environs , pays nouveau relativement à la Thébaïile, avaient au contraire donné sept dynasties sur les dix qui s’étaient elevéès depuis la même époque ; Thèbes et la caste sacerdotale n’avaient pas renoncé librement à leur ancienne influence, et devaient s’efforcer de la ressaisir :
tout changement était favorable à ces
f [raves desseins , mûris dans le sience du sanctuaire, et favorisés par l’opinion d’une vaste cité presque descendue au second rang , après avoir si longtemps occupé , seule , le premier.
Elle réussit enfin à réaliser ses désirs ; et , après un veuvage du trône qui durait depuis près de deux mille ans , elle l’occupa de nouveau par une de ses familles qui donna un assez grand nombre de rois. On le porte jusqu’à 17 , quoique l’ensemble de leurs règnes n’ait embrassé que 59 ans. O résultat extraordinaire fait penser que des événements qui le furent aussi , suivirent ce changement de dynastie; dans les temps des discordes civiles , des riva-
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lités des provinces et des villes principales, surtout dans les États fortement organisés, où les classes de la population sont intimement agglomérées par l'influence de la loi , de leurs croyances ou de leurs préjugés, les divisions s’opèrent par grandes masses; chacune d'elles se considère comme la plus puissante, comme le centre national , fait des lois ou exalte des chefs que les autres s’empressent d’aholir; et, après un petit laps de temps, le pays, rentré sous l'autorité des lois légitimes, apprend qu'il a été gouverné par une foule de souverains éphémères dont il n’a pas piême connu les noms.
Tels furent put -être les 16 premiers rois de la XI” dynastie, égyptienne, dont les règnes ne durèrent que 43 ans, moins de 31 mois chacun , et dont les annalistes de l’Égypte n’ont pas pris la peine de conserver les noms. Ces anpahstes ont fait plus pour leur successeur : ils nous apprennent qu'il se nommait Amménémès , et qu'il régna pendant 16 ans.
Ce laps de temps put permettre à ce prince de rétablir l’ordre en Égypte et de se distinguer par quelques services signalés: car c’est, dans l'histoire égyptienne , un fait constant et qui se renouvelle à toutes les priodes de sa durée, que les événements les plus mémorables, l’élévation des plus grands édifices , l’origine des institutions les
filus utiles , et toutes les actions ilnstres appartiennent à des règnes dont la longue durée s’étendit au delà du terme commun à tous les autres règnes. Les trois rois qui succédèrent à Amménémès en fournissent une nouvelle preuve; chacun d’eux régna près de 40 ans; et les temps de la grandeur et de la prospérité de l’Egypte sc renouvelèrent sous leurs règnes.
Ils appartiennent à la Xll* dynastie, originaire aussi de Tltèbes. Sésôchris, fils d’Amménémès, en fut le premier roi ; il régna 46 ans. Un autre Amménémès, ou Amménémôph, succéda à Sésôehris, et occupa le trône pendant 38 ans; il prit assassiné par ses eunuques. I.cs listes de Manétlion
19” livraison. (Égypte.)
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nomment ensuite pour 3* roi de cette dynastie, un Sésostris, qui régna 48 ans , et qui serait , si les textes sont fidèles , Sésostris l’ancien, souvent confondu, par l'analogie de leurs grandes actions, avec le prince de même nom de la XVIII* dynastie. On donne à Sésostris l’ancien une taille colossale; on dit qu'il conquit toute l’Asie dans l’espace de neuf années, et qu’il pénétra même en Europe par la Tnrace , laissant partout , inscrits sur des colonnes de pierre, les souvenirs de ses victoires. Labarès succéda à ce Sésostris; et c’est à ce prince qu’on attribue la construction du célèbre labyrinthe ( appelé labarinlhe par les anciens écrivains français), (suprà, page 36); I-abarès et ses deux successeurs , Ainmérès et Amménémès , régnèrent chacun 8 ans ; une femme , Seenniophrès, sœur du dernier Amménémès , lui succéda , mais ne régna que durant quatre années.
Malgré les incertitudes qui existent sur le nom et les actions de ce premier Sésostris , il est cependant avéré qu’a cette époque les arts s’étaient développs en Égypte ; que cette monarchie était puissante ; que de beaux et vastes édifices, enrichis par la peinture et la sculpture , ornaient ses villes principales ; que les rois de cette époque , notamment Sésôehris , Aménémès et Aménémôph , firent avec succès de grandes entreprises militaires au dehors; enfin on u reconnu, dans les ruines des plus anciens monuments de Thèbes . où ils sont employés comme matériaux de construction , des débris d’édifices portant, sculpté, le nom d’un des rois de cette XII” dynastie. Dès cette même époque, eu effet, et quelque reculée qu’elle soit en arrière des origines de nos annales occidentales , les monuments contemporains, ou sont inscrits les noms de ces vieux rois , surgissent des entrailles de la terre, et viennent , de leur antique autorité, corroborer et mettre hors des atteintes du doute, les monuments des temps postérieurs où oes mêmes rois sont inscrits par les mêmes noms et pour les mêmes époques; succès-
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8ion admirable de témoignages originaux en faveur de l'identité des hommes , des temps et des événements.
Tous les textes des listes de Mariéthon s'accordent à donner soixante rois à la XIII' dynastie , et à fixer la durée de leurs règnes réunis à 453 ans. Mais les abréviateurs de ces antiques annales ont négligé de nous conserver les noms des rois de cette troisième famille thébaine; il parait toutefois que l'obscurité de leurs actions a justement enveloppé à jamais leur nom et leur vie. Diodore de Sicile a dit de quelques autres souverains égyptiens egalement demeurés inconnus': «Ces rois vécurent tous dans une profonde oisiveté, et ne s’occupèrent que de leurs plaisirs. Aussi, les chroniques sacrées ne nous transmettent sur leur compte le souvenir d’aucun monument magnifique, ni d'aucune action digne de trouver place dans l'histoire. • Mais il est vraisemblable que l’Égypte jouit, pendant cette longue succession de rois, d’une paix profonde; l’obscurité de la vie de ces princes fut la véritable cause du bonheur des peuples.
La XIV' dynastie fut originaire de Skôou (Xoïs), grande ville de la basse Égypte , et qui enleva momentanément à Thèbes l'honneur d’étre le berceau de la famille régnante, si toutefois il y eut quelque honneur à fournir une longue série d'hommes inconnus, quoique devenus rois ; car on ne retrouve plus, dans les annales écrites, ni leurs noms , ni le plus fugitif souvenir des actions de leur vie ou de leur règne : misérable condition pour des êtres Immains , que d'être élevés par le hasard an premier rang, pour s’y dissiper comme de vains fantômes privés de sens , de pensée et de mouvement. On porte à soixante-seize le nombre de ces ombres de rois qui traînèrent, pendant 484 ans, leur nullité sur le trône d’Égypte.
La XV* dynastie fut thébaine, et la ville sacerdotale s’assura dès lors, pour près dequinze siècles, l’avantage qu’elle venait de reprendre sur Xoïs; ce fut île I hcbcs , en effet , que sortirent aussi les familles dont se tonnèrent les cinq
dynasties qui succédèrent à la XV*.
Celle-ci eut plusieurs rois, on n'en connaît pas exactement le nombre, qui régnèrent pendant 250 ans. On ignore aussi ce qui se passa pendant leur règne , et il dut être calme et modéré , puisque l’histoire u'en a recueilli aucun événement digne d’être transmis à l’avenir.
Il est très-vraisemblable que la ligne supérieure de la table historique et généalogique d’Aydos ( voy. pi. 47 ) , contient, rangés de la gauche à la droite, les cartouches - prénoms des rois de cette XV' dynastie : l'examen attentif de ceprécieux monument, etsa comparaison avec d’autres documents semblables qui ont permis de le compléter en partie, ont fait reconnaître eu effet que la ligne intermédiaire se terminait à droite , quand le bas-relief était entier, par la suite des noms des rois de la XVII” dynastie, et successivement par ceux des rois de la XVIe; qu'ainsi la série des rois de la XV* se trouvait à la ligne supérieure, le dernier cartouche à gauche étant celui du dernier roi de cette XV* dynastie.
Les noms et prénoms du rof qui fit sculpter ce précieux bas-relief (Sésostris) , occupent, plusieurs fois répétés, la ligne inférieure toute entière. Ainsi les annales écrites par Manéthon, et les listes qui en furent extraites par ses abréviateurs qui nous les ont conservées , entrent déjà en communauté de témoignages pour l'histoire, avec les monuments des arts ; double et précieux avantage peu commun dans les annales de l’antiquité, même pour les temps bien postérieurs à l’époque égyptienne où nous sommes parvenus.
F.n supposant, comme des analogies nous y autorisent, que les 250 années de l’a XV' dynastie furent réparties entre sept rois au moins , nous connaissons , encore subsistant de nos jours, un monument contemporain d’un des rois de cette même dynastie, du VU* , tel qu’il est inscrit dans la table d’Abydos. Ce monument se voit sur la route de Cosséir , sculpté sur un des rochers qui la bordent; c’est un bas-relief soigneusement tra-
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vaille ; l’enseigne du roi , surmontée de l’épervier mitré , en occupe le milieu ; et à droite et à gauche est son prénom , précédé de son titre de roi et des autres qualifications honorifiques dont le protocole égyptien fut habituellement assez prodigue ; le vœu vivant à toujours y complète les pieux honneurs rendus à ce roi : il se nommait Mérenrhès.
Ce fait, qui intéresse l'histoire des hommes à un si haut degré , n’est pas absolument isolé , quoique appartenant à une époqne ou il n'y a pas encore d’histoire ni peut-être d'existence sociale pour les plus anciennes et les plus illustres nations de l’Occident.
On a recueilli en effet , auprès des pyramides , dans les vallées sépulcrales de Thèbies, sur les côtes de la nier Rouge, dans les grottes des lieux nommés El - Tell , Zaovet-el-Maîetin , et dans d'autres localités , des noms de rois et de reines , gravés sur des monuments contemporains , antérieurs à l'époque du septième roi de la XV* dynastie ; et même aux six rois connus de la XIV*; toutefois ces noms antérieurs ne se trouvent point parmi ceux qui subsistent encore sur la table d’Abydos. Mérenrhès , de la XV* dynastie , vécut vers l'an 2500 avant l'ère chrétienne.
C’est dans la même dynastie qu'on doit placer le règne du roi Osymandvas, dont Diodore de Sicile, d'après l'nistorien grec Hécatée , a décrit les actions si merveilleuses , et le tombeau plus digne encore du nom de merveille par son étendue, par les sculptures et les peintures dont il fut orne , et qui en feraient l’un des plus magnifiques édifices de la magnifique Thebes. On y avait représenté les campagnes dé ce roi contre les Bact riens, le siège d’une ville défendue de tous côtés par une rivière , le roi combattant lui-même du haut de son char, et secondé par son lion apprivoisé; enfin toutes les circonstances d’une grande campagne heureusement entreprise par une armée de quatre cent mille nommes , conduite par un chef valeureux ; à la suite des salles
décorées de ces tableaux militaires , on voyait un sanctuaire pour l'adoration des dieux, un promenoir, une bibliothèque intitulée : Remède de itime ; enfin, le tombeau même du roi : et toutes ces notions topographiques sur le tombeau d'Osymandyas , ont porté les derniers voyageurs en Égypte à reconnaître les analogies les plus frappantes entre le plan du Rhamesséum, encore subsistant à Thebes (connu aussi sous la dénomination inexacte de Memnonium , puisqu’il a été élevé par Rhainsès III , Sésostris), et le tombeau d'Osymandyas décrit dans l’ouvrage de Diodore de Sicile ; les proportions du Rhamesséum sont seulement inférieures eu tout point à celles qu’on donnait au tombeau d'Osymandyas.
C'est sur le sommet de ce même édifice que ce roi avait fait placer le fameux cercle d'or, de 3G5 coudées de circonférence (environ 500 pieds), et dont chacune de ses divisions, affectée à un jour de l'aimée , portait écrite l'indication de l'heure du lever et du coucher des astres , ainsi que les pronostics sur les variations de l'atmosphère : indications plus oiseuses encore que les mesures d'un tel ouvrage eu or massif; puisqu'un tel cadran annuaire edt été complètement inutile en raison de l’absence de tout rapport vrai de ses divisions , avec la longueur réelle de l'année solaire et le mouvement des astres ; ce qui fait supposer à cette narration de l’histoire quelques exagérations, ou dans les écrivains ui l’ont tracée , de l’inexactitude ou e l'ignorance.
Il ne reste rien de ces merveilleuses constructions, si toutefois elles ont jamais existé; et jusqu’ici on n’a pas été plus favorisé a l’egard des monuments originaux de la XV dynastie ; on en connaît bien peu qui puissent lui être attribués avec toute certitude, lin de ses rois est cependant nommé dans le tombeau du prêtre Othoès, creusé auprès des grandes pyramides ; Othoès étant au service personnel de ce roi , dont le nom se trouve aussi rappelé dans la table royale du temple de Karnac : c’est lequatrième cartouche
Di
L'UNIVKRS.
«le la première rangée inférieure , sur la partie droite du temple.
Ces souvenirs historiques de la XV* dynastie nous rapprochent de la grande époque des annales égyptiennes, de celle où une invasion dé barbares arrêta et détruisit presque de fond en comble la civilisation de l’ Égypte , et en dessécha (tour trois siècles les germes les plus précieux.
Cela arriva aux temps de la XVI* dynastie , originaire de Thèbes , composée de plusieurs rois dont les règnes successifs durèrent 190 ans. Les chronologistes qui ont pu lire l’ouvrage de Manéthon, n’y ont pas recueilli pour nous les noms’ des princes de cette dynastie; mais des monuments élevés durant leur règne, nous ont révélé les noms de quelques-uns de ces rois , et l’ordre de leur succession , suppléant ainsi , en partie , au silence absolu des historiens.
Il paraît qu'un roi nomme Osortasen , d’un des derniers de cette dynastie, fut aussi un prince illustre, et que son règne dura près d’un demi siècle , circonstance favorable aux bons vouloirs de la fortune et à la fécondité du génie. Osortasen éleva l'obélisque qui est encore debout à Héliopoïis (vov. />/• 74). Son prénom royal ( le cartouche supérieur ) et son nom propre (le cartouche au-dessous du premier) se lisent sur les quatre faces de l’obélisque , et font partie des quatre inscriptions, en l’honneur d'Osortascn, qui décorent ce monument; le cartouche-prénom est répété au bas de l’inscription , et les caractères alphabétiques qui composent le nom propre (cartouche au imlieu de la hauteur), se lisent OSRTSN ; ailleurs ce même nom est écrit Osortsn. Nous avons dit plus haut (page 274) comment il nous semble que peut s’expliquer l’existence actuelle de ce précieux monument élevé par un roi qui régna avant l’invasion et les affreux ravages des Hyksos.
D’autres monuments originaux , contemporains de ce même roi , datés des années de sou règne , consacrés à sa mémoire, ou rappelant scs mémo-
rables actions , sont également parvenus jusqu ’à nous , et , comme l'obélisque «rHéliopolis, doivent servir a faire placer au rang des prinees illustres par leurs hauts faits , à la tête d’une nation puissante par sa parfaite civilisation plus de vingt-trois siècles avant l’ère vulgaire, Osortasen l'an des derniers rois de la XVI* dynastie.
Son nom est inscrit dans les tables généalogiques du temple de Karnac à Thèbes ; il a disparu de celle d’Abydos, où il se serait trouvé le deuxième à la droite du cartouche qui borne la ligne intermédiaire du côté fragmenté. Des stèles funéraires isolées , élevées dans les tombeaux de particuliers de classes diverses, et dont quelques-unes sont remarquables par la beauté du travail ou par leur volume , portent les dates des années 13 , 17 , 25 et 43 du règne d’Osortasen ; sur l’une d’elles, le père du roi est nommé, c’était Ptahawtep.
Le nom du roi se lit aussi sur des monuments de plus petite proportion , des scarabées, des figurines: mais cette série de témoignages, malgré leur intérêt évident , n’est plus qu'un utile accessoire du monument principal qui nous reste de ce règne et de ce roi.
Les ruines de l'antique ville égyptienne de néheni, aujourd’hui occupées par le village arabe de Ouadi-IIallah , en Nubie , près de la seconde cataracte du Nil au midi de l’Égvpte, se composent des restes de plusieurs édifices publics. La position «le cette ville était importante pour l’Égypte, toujours intéressée a maintenir dans l’obéissance les populations fixées entre les deux cataractes. C’est la que le roi Osortasen fit édifier un temple en l’honneur de la grande divinité de l'Égypte , de /lorammon, ou Ammon générateur.
Cette antique origine dormait aux ruines de ce temple une importance sans égale; Champollion le jeune les fouilla religieusement; il rc«-onnut que. les murs qui subsistent ont été construits en grandes briques crues; que l’intérieur était soutenu par des piliers ou des colonnes en grès , ouvrages du
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règne d’Aménopius II, de la XVIII* dynastie; que ce temple fut eurichi par Khamsès 1" et Mënephtha I’r, princes de la même dynastie; et une stèle historique , arrachée de ces ruines par notre voyageur , et déposée par lui au Musée du Louvre, contient la liste des dons et des offrandes faites à ce temple par ces deux rois. Mais il reconnut aussi que cet édilice religieux avait été primitivement fondé par Osortasen de la XVI' dynastie , et il en recueillit la preuve en arrachant aussi de ces mêmes ruines, et de la place qu'occupait d'abord le sanctuaire du temple , une autre stèle encastrée autrefois dans ce sanctuaire même , monument sans prix par son antiquité, par son importance historique, également recueilli avec un zele patriotique pour le Musée du Louvre, mais que d’oecultes manœuvres ont dirigé à l’étranger.
Le champ de cette stèle est occupé par un bas-relief; le roi Osortasen, armé de la masse et coiffé en Ammon , est debout devant le dieu Month, qui lui livre, avec l'emblème de la vie stable , les peuples de la Libye , dont les noms sont inscrits dans des cartels placés auprès de douze figures d'hommes , et ces ligures sont attachées à des liens dont le dieu réunit les extrémités dans ses mains. C'est la représentation , en style religieux, de la conquête de la Nubie par Osortasen , qui fit ainsi rentrer sous le joug les peuplades révoltées entre les deux cataractes. « Je te livre, dit le dieu, toutes les contrées de la terre de Kenous; - et dix noms, d’autant de ces peuplades, sont encore lisibles sur le monument. Dans le texte de l'inscription, le roi est qualifié de taureau blanc, qui a mis en fuite les peuples de I'hot (les Libyens); et ce monument, d'une victoire utile à la sécurité de l'Égypte, était religieusement déposé dans le sanctuaire du temple de Béhéni , qui eut pour fondateur le même roi dont la stèle enlevée à la France a transmis jusqu’à nous, à travers plus de quarante siècles, le nom et la gloire.
A Osortasen , vers la fin de la XVIe
dynastie, succéda un autre roi qui se nomma Amenhemhé; il est également inscrit dans les listes royales de Karnac;il se trouve aussi dans' le texte d’un monument contemporain sculpté sur le milieu de la route de Cosseir; enfin sa légende complète se lit dans un des antiques tombeaux de Bènihassan • el - Qadin ; les inscriptions , dont cette légende n’est qu’une partie, font dire au roi Amenhemhé qu’il a entrepris plusieurs guerres , notamment contre les Éthiopiens. Il parait ainsi que cette partie des frontières de l’Egypte ne cessait d'exciter la sollicitude du gouvernement égyptien, et l'histoire prouve assez, par le succès de quelques invasions éthiopiennes en Égypte, que cette sollicitude devait être permanente comme le danger qui la faisait naître.
Les voisins de l'Égypte à l’orient semblaient plus tranquilles, peut-être parce qu’ils étaient plus divisés, ou qu'une ci vil isation plus analogue, et surtout de grands intérêts commerciaux réciproquement avantageux , portaient ces voisins orientaux a des relations acifiqucs. Le peuple hébreu , illustre ranclie de la grande famille arabe, n’habitait pas loin de l'Egypte. Encore à l’état de pasteurs, soumis au gouvernement patriarcal , à l'autorité de l'ancirn, campant sous la tente, dans de gras pâturages avec leurs troupeaux, Bédouins primitifs pieux et hospitaliers, les Hébreux connaissaient les richesses de l'Égypte, et ne sembla ient pas lui porter envie. Ils s'unissaient en mariage avec les Égyptiens ; Agar, femme d'Abraham, était née en Égypte, el elle choisit pour l’épouse de son Gis une autre femme de la même nation.
Ils y descendaient quand la famine frappait leur pavs. 1-a famine y conduisit Abraham, âgé de soixante-quinze ans , et cet événement , le plus ancien de ceux que. la Bible mentionne à l'égard de l'Égypte, se passa, d'après les époques connues de l'histoire sainte, pendant le règne d'un des rois de la XVIe dynastie.
Ij Bible raconte comment Abraham , ayant avec lui Sara , et craignant
que la beauté de sa femme ne port/it les Égyptiens à le tuer pour la lui ravir, rengagea à se dire sa soeur. Sara fut enlevé et conduite au palais du roi, mais Abraham fut très-bien traité; les Égyptiens lui donnèrent des brebis , et des boeufs, et des ânes, et des esclaves , et des servantes , et des ânesses , et des chanteaux. Bientôt la maison de Pharaon fut frappée de la main de Dieu ; le roi fit venir Abraham : « Pourquoi , lui dit-il, as-tu annoncé que Sara était ta soeur, afin que je la prisse pour épouse? Voilà ta soeur, prendsla et va-t'en; » et Abraham se retira avec tout ce qu’on lui avait donné, et remonta en Chanaan, possesseur de beaucoup d’or et d’argent ; dires valde , dit la Bible, in possession auri et argent i; nouveau témoignage de la prospérité de l’Egypte aux temps de la XVI* dynastie.
Le dernier des rois de cette famille est appelé Timaos par Manéthon; l’historien juif Josèphe nous a conservé, an sujet de ce roi , quelques fragments du récit de l’annaliste égyptien; il rapporte textuellement un court extrait de la seconde partie de l'histoire de Manéthon, dans laquelle se trouvait la narration de l’événement mémorable qui changea subitement la face des choses en Égypte : une barbarie farouche y remplaça l’habitude des lois, et la civilisation de l'Égypte aurait été entièrement détruite, si elle avait reposé sur de débiles fondements; mais elle résista à deux siècles et demi d’inouïes calamités. Laissons parler Manéthon.
. Sous le règne de Timaos, Dieu fut irrité , on ignore pourquoi , et des hommes de race ignoble, venant à l'improvistc des régions orientales , envahirent .Egypte, pénétrèrent dans la contrée et s’en emparèrent en peu de temps ,
Kic sans combat; ils opprimèrent efs du pays, brûlèrent les villes avec fureur, et renversèrent les temples des dieux. Us se conduisirent en ennemis cruels contre les habitants de l'Égypte, réduisirent en esclavage une partie des femmes et des enfants; et, ce qui mit le comble aux malheurs de
p Égypte, ils choisirent un d'entre eux, nommé Salatliis, et ils le firent roi.
Salathis se rendit maître de Memphis, sépara par la la haute Égypte de la basse, leva des impôts, plaça des garnisons dans les lieux convenables, et fortifia particulièrement la partie orientale du pays. Méditant une entreprise contre les Assyriens, alors très-puissants, Salathis' se rendit dans le nome Méthraitc, releva une ancienne ville située à l'orient de la branche bubastiquedu Nil, nommée Aouaris, la ferma de fortes murailles, et il y rassembla deux cent quarante mille hommes; il les visitait dans la belle saison ; il les nourrissait, les comblait de présents, et les exerçait aux manœuvres militaires, afin d’inspirer le respect et la crainte aux nations étrangères. Salathis mourut après avoir régné pendant dixneuf ans. »
Tel est le récit de Manéthon. Le roi Timaos fut le témoin des premières entreprises de ces barbares; il tenta vainement de leur résister; son courage lui coûta la vie; il la perdit après six années de règne, vers 1 année 2083 avant l'ère chrétienne.
Alors finit la XVI* dvnastie, et la XVII' commença. Les étrangers qui avaient envahi l'Éçvpte et la tenaient courbée sous leur joug sanguinaire et dévastateur, sont désignés par Manéthon sous le nom de Hyksot ; on les appelle dans notre langue les Pasteurs, et l’usage a accrédité cette dénomination. I^ur origine n’est pas connue avec certitude; Josèphe, pour exalter les antiquités de sa nation , les considère comme des Juifs, et il en conclut que les ancêtres de sa race ont ainsi régné sur l’Égypte, en brigands armes il est vrai , mais Josèphe ne ré-
Ïiudie pas ces souvenirs. D’après ce que es monuments nous apprennent de ces hordes incultes et farouches, on voit qu’elles appartenaient, par leur constitution physique, à la race blanche, que les individus étaient en général d’une taille haute et grêle; on a cru y retrouver les traits principaux de la race scythique, et l'on sait que scs incursions armées sur les pays ri-
ches, parce qu'ils étaient civilisés, datent «Tune très-haute antiquité dans l’histoire de l'Asie.
Après la mort de Timaos (nommé aussi Concharis) , les principales familles du pays, fuyant devant l’ennemi, se retirèrent dans la haute Égypte, en Nubie, au-dessus de la première cataracte, et sur les cotes de la mer Rouge où l’Egypte possédait d'importants établissements. Timaos eut des successeurs tirés du sang royal, légalement revêtus, par droit d'hérédité, de la souveraineté, mais qui d’abord n’eurent vraisemblablement que peu d’occasions de l’exercer avec avantage. Ils s’établirent dans la haute Égypte.
Il y eut donc alors deux royaumes en Égypte et deux autorités contemporaines et rivales: les Pharaons, souverains légitimes, résidant dans la haute Égypte; et les Pasteurs, barbares conquérants, occupant Memphis, la moyenne et la basse Égypte.
C’est ainsi que la XVII* dynastie égyptienne se compose de deux listes de rois ni furent contemporains, et dont existence, à peu près d’une durée égale, est un synchronisme historique incontestable, quoique fondé sur des preuves différentes; car les textes écrits ont conservé l’histoire des Pasteurs, et les monuments des arts celle des Pharaons : la barbarie n’écrit ses annales sur les édifices qu’en les détruisant par le fer et la flamme.
Les Pasteurs s’y appliquèrent avec un déplorable succès, et de tous les monuments élevés en Égypte avant leur invasion, il en reste a peine un seul encore entier, tout le reste a été détruit, et il a fallu, singulière destinée! une nouvelle série de catastrophes et de destructions, pour qu’il nous ait été donné de rencontrer dans les ruines des monuments élevés sur le sol de Thèbcs et de Memphis par les grands rois de la XVIIIr dynastie, les ruines toutes historiques des monuments élevés par les ancêtres de ces grands rois avant l’invasion des Pasteurs :
Juifs ou Scythes, ils détruisirent tout ce que leur fureur aveugle put attein-
dre , et des grands édifices de l'Égypte, aucun ne fut épargné.
11 parait qu ils pénétrèrent jusqu’à la cataracte de Syène, limite méridionale de l’Égypte; car jusque-là les deux rives du Nil, sur toute la longueur de la vallée, sont également dépourvues de traces de monuments anterieurs à l’autorité des Pasteurs ou Hyksos.
Mais dès que la prévoyant* de leur premier roi Salathis eut fait du lieu nommé Aouaris, dans la basse Égypte , un camp retranché ou une enceinte fortifiée, qui devint le séjour habituel de l’armée, le chef de ces hordes dut se tenir à leur portée, pour les visiter fréquemment, comme le dit Manéthon; car sur cette armée reposait réellement son pouvoir. I* lieu qu’elle occupait assurait naturellement la défense de l'Égypte, qui était exposée, par le chemin que ces conquérants venaient de faire, aux entreprises des
Î;randes monarchies de l’Asie, des ongtemps les rivales de l'Égypte. L’armée à Aouaris et le gouvernement à Memphis, Salathis gardait tout à la fois les avenues de l’Égypte à l’est et au nord, et surveillait le midi, qui ne devait pas lui donner de craintes fondées , quoique les Pharaons s’y fussent réfugies.
Les successeurs de Timaos surent en effet se maintenir dans In Thébaïde, et les autres dépendances de l' Égypte soustraites à l’occupation des liyksos; les Pharaons ne purent toutefois y exercer qu’une autorité très-précaire, et presque nominale; ils songèrent d’abord à maintenir leurs droits par ces droits eux-mêmes, par la fidélité de leurs serviteurs les plus dévoués , par l’adhésion aussi de la population tout entière, des rastes supérieures surtout, dont tous les intérêts avaient péri du même coup qui avait frappé à mort le deruier roi de la XVI* dynastie.
On ne peut s’empêcher de remarquer, avec quelque surprise, que, de tous les abreviatcurs de Manètnon qui ont copié ses listes des dynasties et des rois, aucun n'a inscrit, pour la XVI 1* dynastie, les noms des souverains de droit, des Pharaons; que tous, au