L’UN IV F, RS
Aménopliis III avait élevé un temple au grand dieu Çhnouphis dans une autre île , celle d’Éléphantine ; mais il a été récemment détruit; une caserne et des magasins ont été construits des antiques matériaux de cet édifice religieux.
Ce prince éleva de grands édifices publics ; il paraît que ce fut par l'effet de cette pieuse munificence que les belles et vastes carrières de Silsiüs, sur la rive orientale du Nil, furent ouvertes. Deux stèles, qui s’y voient encore de nos jours, nous donnent, par leurs inscriptions, la plus ancienne date certaine des exploitations successives de ces riches carrières , qui ont presque suffi à tous les monuments de la Thébaïde édifiés, depuis le régne d'Aménophis-Memnon.
Quand Sésostris voulut orner son giand temple d’Amon-Ra, à Thèbes, du tableau généalogique de ses ancêtres , il se garda d’y oublier Aménopliis III, dont le règne glorieux par des victoires au dehors , et de grands etablissements au dedans, avait été comme le précurseur prophétique du sien. La statue d'Aménophis s'y montre à la suite de celles des Mènes , des Amosis , des Thouthmosis, et d’autres grands rois prédécesseurs de Sésostris.
Ce que nous avons déjà rapporté des magnificences du Memnonium (f Aménophium ou palais d’Aménopliis-Memnon) à Thèbes ( supra , pages 69, 70,71 et 3 1 4), de la statue fxiilaide de ce Memnon (idem), ne peut suffire à en donner une idée bien complète : les ruines modernes en révèlent encore la grandeur. L’Aménophium était un des plus importants édifices de la ville royale. Il égalait en étendue l'immense palais de Karnac , et quelques débris s'élèvent a peine aujourd'hui au-dessus du sol ! Fn exhaussant celui de la plaine par ses inondations, le Nil a tout enseveli, la brèche, le granit, les noms des dieux et des hommes; les barbares ont converti en chaux toutes les constructions susceptibles de subir cette éternelle transformation, il ne reste d’entier de cc magnifique édi-
fice, et dans son voisinage , que les tombeaux des nombreux otuciers chargés de sa garde ou de son service.
On voit , dans les riches portefeuilles du musée de Turin , un contrat manuscrit daté de l’an 34 du règne. d’Aménophis - Memnon , et au Vatican , une statue léontocépbaie qui porte le cartouche de ce rot, qui est ici une époque de son règne.
Dans la haute Nubie, à Solileb, les derniers voyageurs ont retrouvé les ruines des grandes constructions que ce grand prince y avait élevées ; les édifices portaient fréquemment répétée la commémoration des victoires d'Aménophis; les noms de quarantetrois peuplades vaincues et soumises , se lisent encore sur ces tableaux historiques; sur les débris des colosses de rAménophium de Thèbes on lit aussi dix-sept noms de peuplades conquises , presque tous differents de la grande liste de Solileb , appartenant très-vraisemblablement à une contrée différente , et a des pays où , pour la plupart, la barbe était en usage.
tin peut, du reste , se faire une idée des monuments publics destinés, en Égypte, à célébrer la gloire des rois conquérants, en jetant les yeux sur les restes d'un colosse de ce mém* Aménophis III, qui décorent le musée de Paris. Ces restes, tirés de l’Aménophium même de Thèbes, ne consistent que dans les pieds et la base de sa statue colossale en granit rose.
Mais on voit, sur les côtés de cette base , sculptés en relief dans le creux , une série de captifs, les mains liées, agenouillés, et dont tous les traits portent l'empreinte de la physionomie africaine , ou nègre , très - prononcée.
Leur tête est ceinte d’un diadème , et , auprès de chaque figure , se trouve un bouclier renfermant le nom de la contrée où commandait chacun de ces chefs vaincus par le roi. Ce sont là autant de noms de régions de la vieille Afrique où Aménophis-Memnon porta ses armes victorieuses : ces noms y sont au nombre de vingt-trois; ceux de la Nubie et de l'Éthiopie s'y lisent sur la face antérieure , et l'on ne ro-
EGYPTE
trouve que deux ou trois de ces noms dans la nomenclature bien plus nombreuse de Solileb.
Assez loin des colosses de l’Aménopliium de Thèbes ( supra , page 70) , du côté de la montagne libyque , et vers la limite du désert , gisent renversées deux grandes stèles historiques ( supra , page 70) , d’environ trente pieds de hauteur, et de même matière que ces gigantesques statues. La partie cintrée ( le haut) des stèles est occupée par des scènes religieuses. Dans la première, le grand dieu de Thèbes , Amon - Ra , tient par la main le roi Aménophis, et lui pose très -près de sa bouche le symbole de la vie pure et de toutes lés joies pour chaque jour. Le roi est accompagné dé la reine sa femme, coiffée en déesse Athdr, la tête ornée de plumes; dans la seconde scene, c’est le dieu Phtha-Soeharis qui renouvelle le même don au roi , suivi de la reine dans le même costume. Une grande inscription de 21 lignes, en partie mutilées, complète ce tableau; et le travail de sculpture de ce beau monument est d’une élégance et d’une perfection très-remarquables.
De ces deux grandes stcles , celle de droite est brisée, et une partie de l’inscription a disparu : mais une circonstance particulière donne au basrelief de ce monument un intérêt du premier ordre, qui touche par plusieurs points à l’antique histoire de l’Orient. On a rappelé plus haut que , dans les sculptures historiques et religieuses de l’Aménophium, les traits du visage d’Aménophis sont ceux de la race éthiopienne. Dans les deux stèles que nous venons de décrire , ce roi a les mêmes caractères de ligure très - prononcés , tirant visiblement vers ceux de la race nègre. Or, les monuments ont prouvé que la mère d’Aménophis III, femme de Thonthmosis IV , nommée Tmau - llemva , était noire et originaire d'Abyssinie :
il n'y a donc plus heu de s’étonner que le fils de cette femme porte sur sa hgure les marques de cette origine africaine, d'après une loi de la nature, qui est vraisemblablement aussi an-
cienne que l'espèce humaine les enfants milles participant , en général , des traits physiques de la mère , et les filles plus généralement de ceux du père. Voilà donc un témoignage bien antique à I appui de cette observation physiologique ; et , quant à l'union d’un roi d’Egypte avec une femme africaine , il y en a d'autres exemples dans les annales et dans les monuments pharaoniques.
Ici, dans les stèles de Thehes, la flatterie sacerdotale a ingénieusement découvert un moyen de se faire jour; elle a donné à la reine , femme d’Aménophis , une physionomie un peu africaine aussi , quoiqu'elle ne fut pas de cette race; les prêtres en ont revêtu jusqu'au dieu lui-même: le profil d’Amon-Ra est exactement modelé sur celui d’Aménophis, et il est peut-être fort heureux pour le dieu que ce roi ne fût ni borgne ni hossu. On voit, à la bibliothèque royale de Paris , un portrait de ce roi, peint en profil, à frpsque , et qui a été tiré de son propre tombeau. Des figures de sa mère et de sa femme accompagnent souvent celle de ce roi , ou ne tonnent qu’un groupe avec elle; les colosses du Memnonium sont ainsi composés.
t La légende royale d'Aménopliis III s’exprimait en ces termes : « Le dieu gracieux , le lion des rois , le roi du peuple obéissant, soleil seigneur de vérité (prénom royal), le chéri de Phré, le bien-aimé de Socharis, seigneur de Schoti , le fils du Soleil , le dévoué aux dieux, Aménothph ( nom propre), le bien-aimé d’Amon-Ra, roi des dieux. Or, cette légende existe sur les débris du colosse d’Aménopliis, au musée du Louvre.
On voit , dans le même musée , des statuettes funéraires, en serpentine et en basalte, représentant le même Pharaon , et qui ont été recueillies dans sa catacombe royale, à Thèbes; et les souyenirs historiques d'Aménophis- Memnon sont répandus dans tous les lieux de la domination égyptienne ; les rochers de granit des environs de Syène portent encore la représentation des hommages rendus par des princes
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éthiopiens au roi Aménophis, à sa femme , et à son chiffre royal.
Le tombeau de ce prince justement célèbre , a été découvert vers le commencement de ce siècle par un membre de la commission des sciences et des arts, qui partagea la gloire de l'armée française en Egypte. Chantpollion le jeune a visité ce même tombeau , et nous en a laissé les notions suivantes :
• Tous les tombeaux des rois de Tbèbes, situés dans la vallée de Bibanel-Molouk et dans la vallée de l’Ouest , sont décorés , soit de la totalité , soit seulement d’une partie des tableaux consacrés , selon que ces tombeaux sont plus ou moins vastes et surtout plus ou moins achevés.
« Les tombes royales véritablement achevées et complètes , sont en trèspetit nombre; celle d’Aniénophis III ( Mcmnon) est de ce nombre , mais sa décoration est presque entièrement détruite : elle existe dans la vallée de l'Ouest.
« Quelques parois conservées de ce tombeau sont couvertes d’une simple peinture, mais exécutée avec beaucoup de soin et de linesse. La grande salle contient encore une portion de la course du soleil dans les deux hémisphères ; mais cette composition est peinte sur les murailles sous la forme d’un immense papyrus déroulé, les figures étant tracées au simple trait comme dans les manuscrits , et les légendes, en hiéroglyphes linéaires, arrivant presque aux formes hiératiques. »
L’examen attentif de ce tombeau a mis en évidence une observation digne de l’intérêt des historiens modernes.
Il n’y a qu’un petit nombre de ces catacombes royales nui soient réellement terminées; celles des plus célèbres Rhamsès , par exemple. Toutes les autres sont incomplètes. Les unes se terminent à la première salle , changée en grande salle sépulcrale; d'autres vont jusqu’à la seconde salle des tombeaux complets; quelques-unes même se terminent brusquement par un petit réduit creusé à la hâte , gros-
sièrement peint, et dans lequel on a déposé le sarcophage du roi , à peine ébauché. Cela prouve invinciblement que ces rois ordonnaient de creuser leur tombeau en montant sur le trône ; et si la mort venait les surprendre avant qu’il fût terminé, les travaux étaient arrêtés et le tombeau demeurait incomplet. On peut donc juger a coup sdr de la longueur du règne de chacun des rois , par l'achèvement ou
Par l’état plus ou moins avancé de excavation destinée à sa sépulture.
Il est à remarquer à ce sujet, que les règnes d’ Aménophis III, de Rhamsès le Grand et de Rhamsès V, furent , en effet , selon Manéthon , de plus de 30 ans chacun, et leurs tombeaux sont aussi les plus étendus.
De nombreux amulettes, en matièresdiverses, quelquefois très- riches, portent le nom et les titres d'AménophislILOn voit ,au muséedu Louvre, un certain nombre de scarabées ornés de ce nom. Un de ces scarabées, qui appartient à un musée public , porte la date de l'an douze de ce roi. Enfin il existe aussi des Ggurines , des amulettes et des scarabées de la reine épouse de ce Pharaon.
Elle est représentée auprès du roi dans les divers tableaux religieux et les cérémonies publiques où le monarque occupe le premier rang. Cette reine se nommait TaTa.
Son tombeau existe encore dans la vallée des tombeaux des reines à Tbèbes, dans la montagne libyque.
L’avenue qui lui sert d’entrée est à ciel ouvert ; les décorations de la porte ont été détruites, il n’en reste que certaines parties. Dans les représentations intérieures , la reine , en rapport avec diverses divinités , accomplit en leur honneur les cérémonies prescrites par le rituel, joue du cistre en leur présence, leur fait des offrandes, et les invoque avec tous les signes du respect.
Des dates des années 24 et 27 du règne d’Aménophis-Memnon existent sur des monuments parvenus jusqu’à nous , et confirment assez directement l’opinion des annalistes de l’antiquité ,
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et de Manéthon.detous, le jdiis digne de foi en cette matière, qm fixent la durée du reine de ce roi a 30 ans et quelques mois.
Il eut plusieurs enfants : une stèle du musée de Florence , qui porte en tête la légende royale d’Aménophis III, nous fait connaître une fille, de ce roi , nommée Amenset; l’un des personnages qui figurent dans ce monument y porte, en effet, le titre de royal scribe de la maison de la fille rovale Amenset : c’était sans doute l’administrateur ou ^intendant des biens et revenus de la princesse.
Aménopliis-Memnon laissa aussi un fils qui lui succéda à la couronne royale : c’est le roi Horus des listes de Mniiéthon et des monuments.
Le roi Horus monta sur le trône à la mort de son père, vers l'an 1650 avant l’ère chrétienne. Ce roi porta le nom du dieu fils d’Isis et d'Osiris ; la piété des simples particuliers les engageait assez communément à se mettre sous la tutelle d'une des divinités locales , en adoptant son nom , ou des qualifications dont ces noms étaient le trait principal.
Le cartouche-prénom du roi Horus est le 5' de la ligne intermédiaire de la table d’Ahydos (voyez notre planche 47 , de gauche à droite) , et ce. prénom parait exprimer les idées Soleil directeur des mondes, approuvé par le soleil. Le nom propre se lit .4 mon- il en HOr Sem-Neb. Le serviteur d’. imon, Horus... Le texte arménien de la chronique d'Eusèbc assure que ce prince fut à la fois le successeur et le fils d’Aménophis- Memnon, et aucun témoignage historique ne contredit cette tradition écrite.
Comme tous ses prédécesseurs, la piété du roi Horus se manifesta par de magnifiques édifices élevés pour le service des dieux ; et sa munificence royale s'étendit même au delà de l’Égvpte : à Ghébel-Addèh, en Nubie, on en voit encore les restes. C’est un petit temple creusé dans le roc. Par une grande singularité, que l’histoire doit soigneusement annoter, la plupart des bas-reliefs du temple, qui fut
l’ouvrage de Pharaon Horus , ont clé couverts de mortier par des chrétiens qui , sur cette frêle surface , sous laquelle se trouvaient ensevelis les tableaux de l’ancienne religion , peignirent des sujets de la nouvelle, les grandes actions des saints , et surtout de saint George le cavalier. C’est en détruisant ce badigeonnage qu’on a retrouvé ces bas-reliefs primitifs, et sur tous le nom du roi Horus.
Le temple était dédié à Tliôtli , le dieu des sciences et des lettres. Un de ses bas-reliefs représente le roi Horus enfant, allaité par la déesse Anouké, en présence du dieu Chnouphis à tête de bélier. Le prénom royal et le nom propre du roi font partie des inscriptions qui accompagnent cette scène mythique. Dans un autre bas-relief, une divinité protectrice présente le roi Horus enfant au dieu Horus son homonyme, qui lui remet le signe de la vie divine.
Dans une autre scène, malheureusement incomplète, le même roi figurait avecjes dieux Thdthàtête d’ibis, et Horus a tête d’épervier.
Nous avons donné plus haut ( page 153) la description détaillée du grand spéos de Silsilis, consacré à la grande divinité de Thèbes, Amon-Ra, au dieu Nil, et à Sévek, crocodilocéphale , et ui , par la suite des temps et par la iversitc des monuments, est devenu une sorte de musée historique pour Icg annales de la XVIII’ et de la XIX* dynastie.
Horus contribua aussi à orner la partie du palais de Louqsor, qui fut édifiée par son père Aménophis-Memnon ; plusieurs des grandes colonnes sont ornées de bas-reliefs qui portent le nom du roi Horus. Son nom et son image furent religieusement placés par Sésostris dans le tableau de ses illustres ancêtres. Le temple d’Amon-Ra, dans la vallée d’El-Assasif à Thèbes, fut aussi l’objet des soins de ce roi ; on y fit , pendant son règne , des embellissements et des restaurations.
Mais les plus beaux , les plus précieux monuments historiques du règne
iln roi Ilorus sont réunis dans le riche musée égyptien de Turin. Nous en donnons l’exacte description à nos lecteurs, qui y trouveront une preuve de plus de l’application constante de tous les monarques égyptiens à multiplier en leur honneur , comme à la gloire des dieux et des ancêtres, les monuments des arts : comme s’ils avaient pensé à multiplier les preuves de leur grandeur, et les documents de leur propre histoire, que tant de munilicence seule pouvait faire parvenir jusqu'au sein de la civilisation moderne, pour y séduire l'esprit et la raison , pour y exciter à la fois l'intérét et l'admiration , pour y faire chercher avec fruit les annales certaines des premiers temps de l'intelligence humaine.
Le premier des deux monuments du roi Horus , que nous avons à décrire, est un groupe de deux figures , de pierre calcaire blanche cristallisée (voyez notre planche 85, n* 1). La figiïre principale est celle du dieu Amon- Ra ; quoique assise , elle n’avait pas moins de huit pieds de hauteur. Le roi des dieux est figuré avec une tête humaine dont les traits, pleins de grandeur, sont exécutés avec une admirable finesse de travail. Sa poitrine est ornée d’un collier à huit rangs , terminé par des grains en forme de perles. Les deux bras , portant des bracelets , reposent sur les cuisses ; et , de la main gauche, ce dieu tien^ le signe de la vie divine.
A côté du trône du dieu , et debout, est le Pharaon Horus, taillé dans la même masse, et n’ayant que quatre pieds de hauteur ; mais celte figure est exécutée avec la même finesse. Le bras droit du roi repose sur l’épaule gauche d'Ammon; la coiffure royale est distinguée par l’IJræus, symbole de la puissance suprême; une ceinture soutient le vêtement court et léger qui le couvre , et un cartouche horizontal , placé en forme d’agrafe (A) , sur le milieu de la ceinture, contient les titres et les prénoms du prince: le dieu vivant et gracieux, soleil directeur des mondes, approuve par Phré, chéri d’ A mon-
Ra. Celte légende royale est répétée à droite et à gauche dû trône qui porte le souverain des dieux , ainsi que dans un grand tableau carré (B), gravé sur le dossier de ce trône. Cet encadrement renferme deux colonnes perjiendiculaircs de Ires-beaux hiéroglyphes exprimant les idées suivantes : Le roi du peuple obéissant, seigneur de l'univers, le soleil directeur des mondes , l’approuvé par Phré , le fils du soleil, dominateur des régions , le chéri d'Ammon f lôr-Nem-Neb, vivificateurcomme le soleil pour toujours. Le roi Horus prend, dans ces diverses légendes, le titre de chéri d’Ammon, parce qu’il se trouve là en rapport avec ce dieu , comme , sur les statues de la déesse ardienne, il prenait le titre de chéri e cette déesse.
Le second monument du musée royal de Turin que nous devons faire connaître, est non moins intéressant que le premier sous le rapport de l’art , et l’est davantage [>our la science. Il est en granit noir, et ses proportions étaient de six à sept pieds avant qu’il fût gravement offense à son sommet.
C’est aussi un groupe de deux figures ; l’une représente aussi le roi Horus assis sur un trône; une femme est assise à ses côtés. La main gauche en repos porte le signe de la vie divine , et son bras droit relevé contre sa poitrine , porte son sceptre , symbole de la vigilance des dieux et des rois sur les choses humaines. La coiffure de la femme caractérise cette figure comme étant celle d’une reine; elle a son bras gauche sur l’epaule du roi ; un vautour, les ailes pendantes, couvre la tête de la princesse , jadis ornée aussi de deux longues plumes : coiffure et insignes particuliers à toutes les reines d’Égypte figurées sur les temples et les palais. On voit ainsi caractérisée la reine Taîa, mère du roi Horus, sur les monuments d’Éléphantine, offrant des fleurs et des fruits au dieu Cbnouphis; à l’hilæ, la reine Cléopâtre, femme de Ptolemée É'ergète II , et à Dendérah une impératrice romaine :
c’est la coiffure consacrée à la déesse Atliyr.
La légende hiéroglyphique gravée sur le devant du trône, à côté de la statue du roi Horus , a disparu en entier ; mais il reste de celle qui est du côté de la reine dix-neuf signes parmi lesquels se trouve heureusement son nom propre. Cette princesse, qualifiée de chérie d'Isis, la puissante mère divine, se nommait Tmalmmot , la mère de la grâce , ou la mère gracieuse.
lo derrière du trône sur lequel ces deux figures sont assises était orné d’une grande scène sculptée qui occupait tout le haut du dossier; il n’en subsiste plus que des fragments. Audessous de ce bas-relief est une longue inscription hiéroglvpbique , composée de 26 lignes et sculptée avec un trèsgrand soin. Les premières lignes de ce décret rendu par une autorité publique , contiennent les louanges du roi seigneur de l’univers , soleil directeur des mondes, approuvé par Phré, fils du soleil, chéri d’Amon-Ra, Hôr-Nein-Neb ( le roi Horus) , qui a reçu des dons de Piéïth , sa puissante mère , et d’Amon- Ra, roi des dieux. Ce Pharaon est en outre qualifié d’image d’Harsiési , qui l’a dirigé; et le dieu Horus lui donna la souveraineté sur la région inférieure. On énumère ensuite les bienfaits du roi Horus envers l'Égypte; on le compare aux dieux Phré , Thôth et Phtha. On ordonne aussi de placer dans un lieu distingué des temples la statue de ce roi , ainsi que celle de sa fille, la reine Tmahumot , image de la grande mire (Néïth), et dont les louanges paraissent mêlées à celles des déesses Saté, Sonteb, Bouto, Isis et Nephthys. On institue de grands honneurs à rendre au roi Horus, parmi lesquels on indique les panégyries liées à celles du dieu Phré; les titres décernés au roi et qui doivent accompagner ses images sont relatés dans la suite du texte; il est ordonné d’inaugurer de semblables images dans les temples de l’Égypte, et divers ordres de prêtres sont chargés du service de ces images royales, consacrées à des cérémonies religieuses dont elles doivent être l’objet : texte important par ses dispositions , et d'un intérêt qui n'est 21' livraison. (Égypte.'
pas moindre pour la philologie; car ses formules principales rappellent immédiatement à l'esprit le texte de l'Inscription de Rosette, et les deux décrets nous donnent l’idée des mêmes honneurs rendus à deux rois d’Égypte, à douze cents ans de distance, au roi Horus et à Ptolémée-F.piphane ; témoignage mémorable de la perpétuité des usages de l’Égypte, jusqu'au moment où elle ne fut plus qu’une province du grand empire , et où elle disparut , avec l’ancien Orient tout entier, devant la civilisation nouvelle et secondaire, fondée et propagée par l’épée romaine.
Les signes qui se rapportent a la figure de la femme du même groupe nous ont appris qu’elle se nommait Tmahumot, la mère de la grâce; associée ici aux honneurs royaux rendus au Pharaon Horus, elle dut, par sou rang, avoir quelques droits à cette suprême distinction : or, Manéthon nous apprend que le roi Horus eut pour successeur immédiat sa propre fille, qui régna pendant douze ans après lui. La figure de femme du groupe de Turin est donc celle de cette reine , fille d’Horus; son nom est inscrit dans le cartouche royal qui se lit dans le bas-relief sculpté sur uu des côtés du même groupe.
Ainsi Tmahumot succéda au roi Horus son père, et, après avoir été associée à scs honneurs; Manéthon lui accorde douze années de règne; on croit que le successeur de cette reine était son frère , fils aussi du roi Horus : on peut donc conjecturer que Tmahumot monta sur le trône parce que le jeune âge de son frère ne Iqi permettait pas de porter la couronne. On assigne trente-huit ans et demi aux deux règnes successifs d’Horus et de sa fille.
La belle coudée du musée royal de Turin , liabilement décrite par le savant Gazzera, remonte au règne d’Horus, et tire un nouveau prix de sa haute antiquité par rapport aux institutions modernes.
Rhainsès 1" fut le successeur d’Horus, son père, et de sa sœur Tmahumot; il monta sur le trône vers l’an 1619 avant l’ère chrétienne. La table
royale d’Abydos et les autres monuments analogues placent immédiatement après le cartouche royal du roi llorus, un autre cartouche qu’on retrouve, sur beaucoup d’autres monuments, constamment accompagné du nom propre Rhamsès : ce fut Te premier des princes de ce nom, dont quelques-uns ont été placés par l’histoire au nombre des plus grands rois de l’antiquité.
Rappelons en passant que la reine Tmaliuinot ne fut pas inscrite dans ces tables royales, et ne dut pas l’étre : ces tables généalogiques par génération appelaient le nom du fils à la suite de celui du père : Tinahumot et Rhamsès ne formaient qu’une seule génération; Rhamsès y fut donc inscrit après son père llorus.
Le cartouche de Rhamsès I" est le quinzième de la ligne intermédiaire de la Table d’Abydos ; on le voit aussi dans les tableaux du Rhamesséumetde Médinèt-Habou, et ce prénom royal signifie soleil stable et vigilant. On le retrouve à Louqsor, à Karnac , à Ouadi- Halfa, et dans son propre tombeau, suivi du nom propre Rhamsès.
Son règne n’eut pas une longue durée; cependant il nous est parvenu plusieurs témoignages de la piété de ce prince. Les quatre dernières grandes colonnes du temple de Louqsor furent terminées et décorées par Rhamsès Ier, et les bas-reliefs qui s’v sont conservés portent son prénom royal et son nom propre.
I !a Nubie égyptienne participa aussi aux bienfaitsdü prince : le temple construit par Aménophis II, l’un des prédécesseurs de Rliamsès I", à Ouadi- Halfa, et dédié à Horammon (Ammon générateur) , éprouva les effets de sa munificence. En fouillant dans les ruines de cet édifice, les voyageurs français trouvèrent, engagée dans une muraille en briques de ce temple, une grande stèle sur laquelle sont écrits I acte d’adoration des divinités du temple, et la liste des dons qui lui sont faits en même temps par Rhamsès I".
Cela se passa le 20 du mois de méchir de la deuxième année de son régné :
cette date se lit en tête du monument.
Cette inscription historique est composée de sept lignes, et j’en ai sous les yeux la traduction suivante de la main de mon frère, qui en a aussi restitué la plupart des lacunes.
Texte de l'inscription.
1" ligne. L’an II , le 22 du mois de méchir, vivant le dieu puissant, le commandant des rois, le seigneur de la région supérieure et de la région inférieure, dominant en roi comme...
= 2” le roi soleil stable et vigilant (chéri) de llarsiési (dieu qui réside dans Hehni (*)... = 3' dominant sur le trône du dieu de la vie comme son père le dieu Phré , supérieur à tout. Voici que Sa Majesté étant dans lbrim (**) accomplit divers actes de...
= 4* piété envers le père Amon-Ra, Plitha qui préside au mur du midi , seigneur de la vie du monde terrestre (et envers) tous les dieux de l’Égypte : c’est pourquoi ils lui accordèrentque...
= à' soumis dans le cœur... pour l’adorer; que toutes les parties de la terre entière lui servent toute espèce d’offrandes ; que les Neuf-arcs fussent renversés (sous les sandales)... = 6' et il fut ordonné de servir Sa Majesté le roi soleil stable et vigilant, le vivifié, (lui a gracieusement présenté des offrandes à son père Horammon qui réside (dans Hehni)... = 7' dans son temple, des liqueurs précieuses (d’autres offrandes sont désignées avec leur quantité en chiffres), et en même temps (il a comble de biens) les prophètes et les prêtres, remplissant le trésor du dieu d’hommes et de femmes de race pure , pris parmi les captifs de Sa Majesté le roi soleil stable et vigilant, vivifié aujourd'hui connue (à toujours).
La date égvptiennc de ce monument remonte à ('année 1618 avant l’ère chrétienne.
Le nom de Rhamsès Ie’ se retrouve aussi sur des scarabées et plusieurs
(*) Nom égyptien de la ville de Ouadiltalfa.
(**) Lieu voisin de Jtelini.
ÉGYPTE. SM
autres objets portatifs exécutés durant son règne.
Nous avons dit qu'il eut une courte durée; il ne dépassa pas neuf années, et, au défaut d'autres renseignements plus directs , on aurait pu déduire cette courte duree de l’état du tombeau de ce Pharaon. Il existe dans la vallée de Biban-el-Molouk à Tlièbes. Creusée dans le roc comme toutes les autres catacombes royales, celle de Rhamsès Ier était enfouie sous les décombres de la montagne. Mon frère la lit déblayer au mois de mai 1829, et il reconnut qu’elle ne consistait qu’en deux corridors sans sculptures , se terminant par une salle peinte seulement, mais encore d’une donnante conservation.
C'est dans cette salle unique qu’est placé le sarcophage du Pharaon. Ce sarcophage est en granit, mais il n’est orne que de peintures : Rhamsès I" régna trop peu de temps pour que sou tombeau pût être décoré par les sculptures. Nous avons déjà averti que la magnificence des sculptures royales dans les tombeaux est toujours proportionnée à la durée des règnes; le premier édifice qu’ordonnait un roi, au moment où il montait sur le trône, c'était son tombeau.
On ne connaît pas le nom de la reine femme de Rhamsès I"; il en eut une «•pendant, puisque son successeur était son fils : ce fait historique est mis hors de doute par une courte inscription généalogique copiée par M. Wilkinson, et qui se lit : le soleil gardien de la vérité approuvé par le soleil ( Rhamsès III j , fils du soleil stubiliteur de justice (Ménephtha l"),fils du soleil stalle et vigilant ( Rhamsès 1"); monument d’un très-haut intérêt, qui se traduit par le tableau généalogique suivant, donnant quatre rois et trois générations d’une incontestable filiation.
RHAMSÈS l". ,
MENEPHTHA I".