ROMS ARABES
TRADCCT. LirréRALE.
’aJ
TRAITEMENT ARROCL
en piastres.
Séraskier
Général en chef
Mirniirau
Prince des pridces
Général de division
Mirliwa
Prince du drapeau
Général de brigade
Mirallal
Priucede régiment
Colonel
Kaï-makan
Lieutenant
Lieutenant-colonel
Bym-bachi
Cher de mille
Chef de baUHIon
Sagb-kol-agassi
Adjudant de droite
Adjudant-major
Yuz-bachi.
Chef de ceut
Capitaine
Mulazim
Lieutenant
Lieutenant
Mulaziroitani
1* lieutenant
Sons-fieu tenant
Sol-kol-agassi
Adjud.de gauche
Adjud.sous-ofBcier
WM
Bacbi-tchaoucb
Sergent-major
Tcbaouch
Sergent
On-bachi
Caporal
Nefer
Soldat
La solde de l’artilierie est la mtme ue celle de l’infanterie. Les officiers 'état-major touchent un cinquième en sus.
Comme on le voit, il y a une extrême différence entre les appointements d'un grade et ceux du grade immédiatement supérieur. Le colonel touche trois fois autant de solde que le lieutenant-colonel , et reçoit le double de rations. Lorsqu'il existait de fortes préventions contre leNizam, on était, pour ainsi dire, foVxîé de gagner les chefs par des traitements considérables. Mais, aujourd’hui que l'organisation estcomplète,etqu’elle s’est consolidée par une durée de plusieurs années , on pourrait essayer de dégrever le trésor. Souvent le gouvernement y a pensé; mais la crainte de se faire des ennemis de tous les chefs de l'armée a empêché de prendre des mesures décisives à cet égard. Cependant l’extrême besoin d’économie a fait adopter un moyen indirect, et peut-être
plus dangereux encore qu’une réduction franchement déclarée. Toutes les pertes en matériel ont été retenues sur la paye de l’armée , depuis le colonel jusqu'au simple soldat , de sorte que les officiers sont devenus bientôt les débiteurs du trésor. Cet expédient, mis à exécution sans doute pour empêcher les dilapidations des chefs et l’abandon des armes par les soldats, devra être promptement rejeté après s’être convaincu de ses effets désastreux. Ainsi, on a vu des colonels en campagne défendre aux sentinelles de charger leurs fusils pour n’avoir pas à payer les cartouches. Du reste l’administration de la guerre est des plus irrégulières. Depuis peu seulement on a commencé à faire des registres, et un copte, qui avait servi dans l’armée de Bonaparte, a tenté d’organiser l'administration militaire. D'une autre part, les chefs se croient en droit dé trafiquer de toutes les fournitures de l'armée, et de bénéficier sur la solde.
L'UiMVKRS.
On aflirmequ’Ibrabiiii-Pacha gagna sur la paye de son armée si.\ cent mille piastres en un seul jour, à Modon (septembre 1827). Il avait élevé subitement le tullari à seize piastres, au lieu de quinze qu’il valait en Égypte.
La ration du soldat égyptien, ou le taUn, est évaluée à vingt-cinq piastre»
par mois, ou environ neuf francs. Les rations des grades supérieurs sont délivrées en argent.
Voici le détail du Taïm :
IIATIOHS QUOTIDIEHNES.
( I } Dracbact
Huile & manger, oo beurre. . . S
Huile à brûler 2
Savon 1
Sel 8
Pain 800
Viande 7 s
Riz 20
Lentilles. 40
Fèves 60
Combustible 400
La fourniture des vivres est également entachée de vices. Le pain est souvent mauvais; la viande manque, ou provient d’animaux malades. On supprime presque toujours un des articles du taim, qui n'en est pas moins intégralement compté aux soldats. Dans les garnisons un peu éloignées de la métropole, les colonels se livrent aux plus révoltantes spéculations ; ils s’enrichissent en peu de temps, et le soldat meurt de privations.
Les soldats arabes se marient; c'est une concession qu'il a fallu faire pour empêcher des désertions innombrables.
Ils bâtissent auprès du camp de chétives huttes de boue desséchee , et ils y entassent leur famille. Dans les intervalles de loisir laissés par le service miliuiire, ils courent à cette demeure misérable, et partagent leur ration avec deux, trois, quatre personnes et souvent davantage. Si le régiment change de garnison , la pauvre famille suit la soldat; mais s'il quitte le sol de la patrie, il ne reste plus d’asile ni de ressources à ces infortunés ; les enfants et les vieillards meurent bientôt, et souvent la femme se prostitue pour avoir du pain.
<l) ISO draclmm font 3 livres poids de table.
Le mode de recrutement est singulièrement arbi traire et cruel. On ne peut voir de spectacle plus affreux que celui de ces pauvres conscrits, conduits jusqu’au régiment demi-nus, les fers au cou, liés deux ii deux par les bras, ou bien les mains serrées dans deséclisses de bois , clouées près du poignet. Les recrues restent en prison dans leurs provinces respectives jusqu'à ce que le contingent demandé soit au complet. On les mène ensuite au camp, où ils arrivent des deux extrémités de l’Égypte, exténués de fatigue, mourant de faim.
L’inspection se fait seulement au régiment, et ceux que l’on juge impropres au service sont renvoyés , sans secours ou indemnités pour ce voyage inutile.
Il leur faut un long temps pour retourner à leurs champs abandonnés, a leurs récoltes ravagées ; et quand ils arrivent enGn , ils n’ont plus rien : le voyage a épuisé leurs faibles ressources. Néanmoins il leur faut payer l'imputa l’époque fixée ; ils n’oDtiennent ni délai ni allégement en considération d'une si rude corvée. D’ailleurs, en matière de recrutement, le pouvoir des chefs de village et des mammours n'est soumis à aucun contrôle ; aucune loi n’en règle l'exercice ; ils procèdent le plus souvent au gré de leurs caprices , ne prenant pour guides que leurs intérêts, leur affection ou leur animosité.
Ainsi , tout ce que les observateurs européens ont raconté de ce mode odieux de recrutement est parfaitement vrai. IjB vice-roi parait lui-même gémir de la nécessité de ces violences; il désirerait vivement remplacer une aussi déplorable méthode par la eonscription française; mais il n'a pu y parvenir jusqu'à ce jour.
Les conseils généraux lui conseillèrent de tenter une expérience; èlle échoua, par la mauvaise volonté des cheiks, auxquels le recrutement actuel offre à la (ois des moyens d’exaction pour grossir leurs revenus, et des occasions d’augmenter leur puissance. Kn attendant une réforme si utile, rmicieii système est toujours en vigueur, et l'horrëur qu'ont les Arabes pour le service militaire n’a guère diminué. On voit des mères mutiler elles-mêmes leurs enfants, et leur ôter l’exercice d'un mem-
KGYPTK Mf.TKKNp;
ÉGYPTE MODERNE
la”
bre pour les préserver de cette corvée; et les hoiniiies poursuivis par les recruteurs se tranchent d'un e^up de couteau
filusieurs doigts de la main gauche ou 'index de la main droite; ou bien ils s'introduisent daus l'œil droit un peu de chaux vive, et se rendent borgnes.
C’est pour le paysan égyptien un supplice sans égal que de quitter sa vie misérable, mais libre, pour s’assujettir à une discipline sévère, et apprendre un métier pénible enseigné à coups de courbache (I).
Arrivé dans l’armée avec une répugnance insurmontable , il n’est pas surprenant que l’Égyptirn, quoique sobre , patient, assez facile à discipliner, ne fasse point un soldat vraiment brave:
Use bat par obéissance. La discipline lui est odieuse; quoique dans la vie civile il ne jouisse que d’une liberté fort restreinte, l'assujettissement de la vie militaire lui pèse étrangement. Aucun espoir n’éveille en lui une émulation généreuse ; il est très-rare qu’un Arabe parvienne au grade de lieutenant. Rien ne llatte donc l'ambition du soldat; aucun rêve de gloire ne peut lui apparaître ; rien ne l’encourage a se distincuer, et l’avenir n’est pour lui que la triste continuation du présent.
Vil et lâche dans les revers, il est cruel dans la victoire. Dans la guerre de Morée, les troupes d’ibrahim- Pacha ont épuisé tout ce que la barbarie a de plus atroce. C’était spécialement sur les femmes et les enfants ques’exerçait leur violence, comme si elles eussen't voulu anéantir la race des vaincus.
Tant que les Arabes restent dans les grades inférieurs, ils conservent leurs qualités naturelles , mais aussitôt qu’ils sont parvenus à un grade supérieur ils se relâchent, et deviennent arrogants et grossiers. Après les campagnes de Moréeetde l’Hedjaz, après la prisede Saint- Jean d’Acre, et surtout à la suite de la b.itaillede Koniah, Ibrahim-Pacha, satisfait des soldats égyptiens, eu promut un grand noinbreaux'grades desous-lieutenant etdelieutetiant. Les nouveaux élus traitèrent leurs compatriotes avec une
(I) Le roorhache e»t un fouet en peau d’hfp- «ipotame, arec lequel se font la plupart des Dagellatioiui.
insolence peu commune; il les insultaient à tout propos, et ne leur adressaient la parole qu’en y joignant quelqueépithète outrageante . lâi plupart exigeaient qu'un homme de leur compagnie les suivit et les servit partout, qu’il fût toujours dans une attitude res^ctueuse devant eux, et qu’il témoignât de la soumission la plus complète.
Alin de récompenser les services de son armee. Ibrahim décréta qu’à l'avenir aucun colonel ne pourrait iiiniger des punitions, et que les hommes contre lesquels il y aurait des sujets de plainte devaient, dans tous les cas, être traduits devant un conseil de guerre; en même temps il accorda aux soldats le droit d’élire leurs sous-ofliciers. Ces dispositions, dictées par des sentiments d’equite , eurent pour premier effet un grand relâchement dans la discipline.
Les soldats n’obéissaient plus, s'absentaient sans permission, et dévalisaient les voyageurs sur les grandes routes.
C’est à cette époque que deux Français, MM. Bois-le-Comteetde laNoue, furent insultés par des soldats écvptiens. L’armée se désorganisait rapidement; Ibrahim reconnut sa faute, et se hâta d'abroger son décret et de rentrer dans l'arbitraire.
Les officiers turcs sont aussi ignorants et plus lâches que les soldats sur lesquels ils font peser un joug despotique. Leurs facultés sont etoutTées par les préjugés et par une oliéissance sans bornes , et ils manquent presque tous de l’instruction la plus vulgaire. Leur éducation militaire n'est pas meilleure. Les ofQciers supérieurs eux-mêmes connaissent à peine leur métier ; ils arrivent subitement à de hauts grades, souvent sans avoir acquis les connaissances préliminaires les plus indispensables.
La présomption des chefs de l’armée égyptienne peut seule égaler leur ignorance; et toutes deux sont portées a un point incroyable. Le maniement des armes est leur plus grande affaire. Aussi voit-on les ofiieiers supérieurs s'y livrer avec zèle, et y mettre autant d'amourpropre que ferait chez nous un caporal.
Telle est cette armée dont les succès éclatants ont un moment occupé le monde civilisé. Elle ne s'est jamais mesurée en bataille rangée avec des trou-
LUNIVERS.
pes européennes , et les soldats qu’elle a battus avaient tous les désavantages d’une organisation incomplèteet encore plus récente. Les Syriens ont dd céder devant la disciplineet l'ordreduNizam, et les Turcs n'^ ont point résisté.
Pour compléter nüstoire du soldat égyptien , il faut encore parler des pensions de retraite. Le soldat reçoit à ce titre un secours, dont le minimum est de sept piastres, et le maximum de trente -sept piastres par mois. Pour recevoir cette faible rétribution, les sakkat* (invalides) subissent tous les six mois une visitede médecin. S’ils sont jugés capables de travailler, la pension est retranchée, et on les renvoie aussitôt ; dans le cas où ils semblent tout à fait hors d’état de pourvoir à leur subsistance, on augmente leur pension de retraite. Quoique fort modique, cette pension pourrait encore sufQre si elle était payée régulièrement. Mais il est loin d’en être ainsi. Les invalides, ou sakkats, attendent quelquefois pendant plusieurs mois sans rien toucher, ou bien iis sont obligés de vendre leur ieskéri à des juifs. Les délais et ensuite les bachiks ( pourboire ) qu'il faut donner aux maailems absorbent la moitié d’un revenu, déjà d’une exiguïté extrême.
Nous ne devons pas oublier non plus de dire que la justice militaire s'est épurée depuis l’établissement du Nizam. Il n'est plus question aujourd'hui de ces exécutions de prévoyance si fréquentes sous la domination des mameluks. Le code militaire français est mis en vigueur, et quoique ‘ici comme ailleurs l’argent soit toujours un argument victorieux, les soldats , au moins , sont jugés d’une manière légale. Le pacha réunit aussi un divan de colonels et de généraux. Ce divan se nomme le macturireh : il traite de toutes les affaires de la guerre, depuis les plu.s minutieuses jusqu'aux plus importantes, et Méhémet-Ali sanctionne ses décisions.
Le régiment qui doit recevoir un drapeau se forme en carré faisant face au centre où les oflBciers sont placés avec les imans. Alors, au milieu du plus religieux silence, ces derniers entonnent des chants arabes à la louange des armées musulmanes. Un seul vrai croyant, disent-ils, peut, dans la guerre du Giliâli,
détruire cent mille chrétiens ou juifs, avec l’assistance d’Allah. Après ces hymnes de guerre, on lit la formule de prestation du serment, et le drapeau est remis à l’ofücier qui doit le porter. On égorge ensuite des agneaux , et chaque porte-drapeau trempant sa main droite dans lesançdes victimes l’imprime sur un coin de l’etendard ; des sal ves d’a rtillrrie terminent cette consécration antique.
Voici quel était en 1841 l’état de I armée en Égypte :
DéSICNATION.
te
Artillerie de la garde k pied
Artillerie de la garde à cheval
4 pelotons d’artill. détachés
1 bataillon d’artiUeors
Infanterie de la garde
Infanterie
Cavalerie de la garde
Cavalerie
Vétérans
Génie
Artiflciera
Carabiniers
Total des troupes régulières
Troupes irrégulières
1 Garde nationale
Ouvriers des fabriques formés en bataillons
Effectif des écoles
Flotte , personnel de Tarseoal V compris
Total général
Au sujet de la garde nationale, quili- |mre dans le tableau pour un chiffre assez, elevé, nous avons à faire remarquer
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u'elle renferme beaucoup d’invalides, es vieillards et même des enfants.
Quant aux troupes irrégulières fournies par les tribus qui habitent la partie de l'Égypte bordée par le désert, et le désert même, elles ne sont soumises à aucune levée fixe, et Méhéinet-Ali se contente de requérir leur appui lorsau'il en a besoin. Maintenues dans l’obéissance par la résidence forcée de leurs cheiks au Kaire , elles envoient au pacha le contingent dont elles peuvent disposer ; mais elles gardent dans l’armée leur manière propre de contbattre, leurs armes, et leurs costumes particuliers. Certaines tribus ne se servent pas d’armes à feu ; un petit bouclier en peau d’éléphant, d’hippopotame ou de crocodile, est l'arme défensive; et leurs guerriers se jettent sur l’ennemi avec des lances garnies de fer; ils portent aussi un petit poignard attaché au bras gauche. Leur (moc est impétueux , et ils se battent avec acharnement.
Avant la guerre de Morée , Méhéinet- Ali avait songé à créer une marine. Il fut puissamment secondé dans cette entreprise par.un Français, M. Besson, officier distingué, mort il y a quelques années , et qu’il sera difficde de remplacer auprès du vice-roi.
Le maréchal Marmont donne les détails suivants sur la vie de cet excellent marin. Après avoir parlé de la puissante escadre ou vice-roi , M. le duc de Raguse ajoute : > L’âme de cette escadre, celui oui l'a organisés et l’a mise sur le pieu où elle est, est un Français, M. Besson (Besson-Bey ), qui est viceamiral , et le major général du pacha.
'Voici quelle est son histoire :
< Cet ofOder servait dans la marine française en qualité de lieutenant de vaiss'eau , et était en 1815 employé au port de Rochefort. Il avait épousé une demoiselle danoise, assez riche, qui possédait un bâtiment de commerce, et ce navire, nommé la Madeleine, se trouvait précisément à Rochefort au moment où Napoléon y arriva et se disposait à quitter la France. M. Besson proposa à l’empereur de le conduire sur son vaisseau aux États-Unis d’Amérique. Napoléon accepta; tout fut en conséquence disposé à bord. On fit prépa-
rer un endroit pour le cacher au moyen de tonneaux défoncés communiquant entre eux et matelassés intérieurement.
Les effets les plus précieux de l’empereur furent embarqués mystérieusement en plusieurs fois. Il avait donné l’ordre à M. Besson de se trouver entre rile d’Aix et le rocher d’Eneste, et de venir ensuite le prendre. Mais quand M. Besson arriva près de Napoléon, celui-ci avait chaugé d’avis ; il lui annonça qu’il renonçait à ce parti, que trop de chances contraires accompagnaient, et qu’il avait envoyé M. deLascases auprès de l’amiral anglais, pour lui demander de le recevoir. La A/adeleine mit à la voile, et arriva en Amérique, très-promptement et très-heureusement, sans même avoir été visitée.
Si Napoléon avait persisté dans son premier projet, sa destinée prenait un tout autre cours.
• Cet acte de dévouement de M. Be.sson envers l’empereur le compromit; son nom fut rayé des contrdies de la marine, et il se vit obligé, afin d’assurer son existence et celle de sa famille, de naviguer pour le commerce. Ses premières operations ayant mal réussi , et se trouvant à Alexandrie en 1820 , il proposa au vice-roi d’Elgypte, qui s’occupait de la création u’une marine militaire, d’entrer à son service. Son offre fut acceptée. D’abord il fut chargé de surveiller la construction des bâtiments que le pacha faisait faire en France ; puis il eut le commandement de la belle frégate de soixante-quatre canons, le Uanireh, qui sortait des chantiers de Marseille. Bientdtaprès, le pacha, appréciant sa capacité, et convaincu qu’il pouvait lui être plus utile dans un grade plus élevé, l'avança; il est devenu en peu d’années vice-amiral et major général , c’est-à-dire le véritable ministre de ce département. •
L’Égypte n’ayant ni fer, ni cuivre, ni bois, la plupart de ses vaisseaux avaient été construits et achetés à Marseille, à Livourne, àTrieste. La bataille deNavarin détruisit cette flotte naissante. Quelues bâtiments échappèrent à grand’peine
ce désastre : une frégate de soixante canons, construite à 'Venise , une fréate de Livourne, un très-petit nombre e corvettes et de bricks , voilà tout ru
KO
qui resta au pacha de sa brillante escadre.
Tout était donc à créer de nouveau :
arsenaux , ateliers, matériel et personnel. Un Français, M. de Céri.sy, habile ingénieur de Toulon , fut chargé par le pacha d’établir l'arsenal et de diriger les constructions. Malgré des obstacles sans nombré, malgré l'injuste prévention des indigènes , et l’insubordination des ouvriers européens, dont il était forcé de se servir dans le commencement de ses operations , M. de Cérisy obtint bientôt d’heureux résultat.?. Mchémet-Ali, charmé de ces premiers succès, lui donna dans l’arsenal une autorité absolue. Le seul terrain dont on pouvait disposer pour cet établissement était un endroit marécageux, où l’ingénieur eut à lutter contre des difficultés de tout genre. Il fut obligé d'affermir le sol avant d’y jeter les fondements de l'édifice. Tout était à créer. Entreprenant et i nfatigable, i I formait des ouvriers pour la charpente et la ferrure, bâtissait desmagasins, organisait une administration, et faisait régner un ordre parfait dans ce vaste arsenal. Soutenu par l’énergique volonté du pacha, qui faisait pour sa marine toute espèce de sacrifice, M. de Cérisy vint à bout de fonder à Alexandrie un arsenal capable de soutenir la comparaison avec les premiers arsenaux de l’Europe. Malheureusement la plupart des navires nouvellement construits sont dans un état peu satisfaisant. La prompte détérioration de ces bâtiments n’est pas due à une construction vicieuse, mais à la mauvaise qualité des matériaux employés. L’^ypte étant dépourvue de bois , c’est à Trieste, et surtout dans la Caramanie, que le pacha s’en procure; et ces bois, achetés par des gens sans expérience ou sans probité, sont souvent trop verts, et n'ont pas les qualités requises. En 1838, apres une croisière de quarante jours, la flotte fut obligée de rentrer à Alexandrie dans un état pitoyable : les navires faisaient eau de toutes parts.
Il est bonde noter que les travailleurs
sont insuffisants pour une besogne au.ssi pénible. C’est pitié de voir cette foule considérable, hommes, femmes, enf.ints, déguenillés, presque nus, au teint hâve , aux membres chétifs , succombant sous le poids du plus léger fardeau; ces misérables, mal payés, se nourrissent à peine, et n’ont point de force; ils n’obéissent qu’au bâton des surveillants.
Prés de quatre mille ouvriers arabes sont employés à l’arsenal , sous la direction de chefs d’atelier français venus de Toulon. I..a quantité supplée donc ici à la vigueur ; et en employant le double de bras et de temps qu’ihen coûte en Europe , on arriverait encore à faire de bons travaux si on possédait les matières premières.
Les métaux, l’artillerie , les munitions devant venir de France et d’Angleterre, un conseil d'administration a été institué sous la présidence de l’inspecteur de l’arsenal ; ce conseil est chargé de décider la quantité de fourniture qu'il convient de demander, et d’en contrôler la réception.
Un conseil supérieur d’amirauté, composé de l'amiral , du vice-amiral, et d’un contre-amiral , a la mission de surveiller toute la marine et de proposer au vice-roi les améliorations nécessaires; le pacha suit presque toujours les indications tracées par ce conseil.
On a aussi fondé à l’arsenal une école de marine et une école de construction navale; mais elles n’ont donné aucun résultat satisfaisant, au moins jusqu'à ce jour.
Malgré les plus grands obstacles qu’il avait à surmonter, M. de Cérisy est parvenu à organiser la marine égyptienne. Il a introduit dans la construction des navires de guerre les améliorations réclamées depuis longtemps par lesofîiciers français, etdont ses propres observations lui avaient fait reconnaître l’utilité. Les bâtiments ont été exécutés d’après ses plans.
Voici le tableau des constructions faites et des bâtiments réparés pendant la direction de M. de Cérisy.
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