‹ L'UniversChapitre 29 sur 121 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Continuation du rè^ne du sultan Abd*^I*Ha> myd. Cheykhs-él'beled* de iT^^ pte Mohammed-Bey-Abou-dahab. Ismayl-éey, IbraliyiD'hey. ~ Expédition au qapytàn'pach.i.

Muhaiiuned-PacliA. — Ismayl-My rétabli.

— Othmân-Bpy*él-Tàbf*t. — Rappel dMbrahym-Bey eide Mourâd*Bey; leun débats, leurs guerres, leur accord ; leurs avanies, spoliation du commerce européen. — Invasion française.

Avec Aly-Bey s’étalent éteintes les dernières lueurs de grandeur extérieure et de bonheur intérieur qui devaient éclairer la vallée du Nil ; avec lui , l'Égypte avait pu espérer de remonter au rang de puissance indépendante ; la rte de son cheykh-él-beled üt retomr ce beau pays au niveau des provinces les plus misérables et les plus opprimées de l’empire ottoman.

Egalement en proie aux exactions iniques des agents du flsc impérial et aux avanies sans cesse renouvelées des beys et des kâchefs , qui semblaient se disputer mutuellement la palme de la cruauté et de la spoliation , les populations égyptiennes .se virent , depuis le meurtre A'Aly-Bey , livrées , non à des maîtres modérés , et sachant concilier les intérêts des gouvernés avec ceux des gouvernants , mais h des brigands dévastateurs et à des bourreaux impitoyables, ne reconnaissant pour lois que l’impulsion brutale de leur rapacité et les caprices homicides d’une cruauté sans frein et sans limites.

Aussi les regrets universels ne tardèrent pas à suivre Aly-Bey dans sa tombe ; lui mort , on apprécia tardivement la haute portée des projets que son génie avait préparés pour la grandeur et le bonheur du pavs, ainsi que l’administration sage et équitable qu’il avait commencé à établir , mais dont on n’avait pas eu le temps de goûter les fruits et de comprendre les bienfaits.

(1) Honnairs du saltan MousIttfâ-ben-Ahmed ( Mousl.ifa III ).

Cés deux inoDnaIn , la première en argent et la teconde en cuivre , ont été frappées au Kaire, MO* ladatede l'an 1 171 de l'bégire (17S7 de notre ère), antérieurement a la déclaration d'indépendance A’Aly-Hcy.

L’UNIVKRS.

La reconnaissance publique déféra d'une voix unanime à Aly-Bey le nom de Gr/vnd (él-Kebyr) , titre que la postérité lui a confirmé, etfjue les populations contemporaines osèrent lui décerner en présence même de ses assassins, dont la conduite vexatoire semblait, dans ses excès intolérables, prendre à tâche chaque jour de grandir encore la mémoire de leurnoble victime.

La Porte Ottomane elle-même, oui avait suscité et stimulé la trahison des beys contre leur bienfaiteur, ne recueillit pas les fruits qu’elle attendait de cette politique odieuse : le royaume que lui avait enlevé l'audace A' Aly-Bey tut, en sortant de ses mains, egalement perdu pour Constantinople ; au lieu d'un seul ri\al magnanime et combattant à force ouverte, le sultan s'y était créé , dans les beys et les kilchefs, une tourbe d’adversaires cachés, mais non moins rebelles , et qui, dans leur état de guerre permanent avec le gouvernement ottoman , suppléaient par la ruse et Pintrigue à ce qui leur manquait du coté du caractère, des vertus et des talents.

Dès lors, la malheureuse Égypte appartint à trente tyrans, couvrant son solde cadavres, sedisputantavec acharnement le pouvoir sur ses provinces dévastées, et ne se montrant jamais d'accord que sur un seul point, leur haine commune pour l'autorité de Constantinople.

Aussi le sultan Abd-él-Hamyd dut , comme avant l'issue fatale de l'entrefâse A’ Aly-Bey, se résoudreà ne conserver en Égypte qu’une autorité illusoire et une suzeraineté nominative : les pachâs qu’il envoya de Constantinople continuèrent, comme ceux qui avaient été nommés par ses prédécesseurs, à n’être que les esclaves des beys et les témoins passifsdesdébatsacharnésdont leur ambition et leur haine mutuelle ne cessèrent d’ensanglanter l’F.gypte.

Fomenter ces débats, sans'eesse renaissants, faisait même la partie essentielle des instructions secrètes et (les devoirs imposés aux pachAs de l’Kgypte par le divan de Constantinople ; dès lors le gouverneur titulaire (|iie la Porte Ottomane entretenait au Kaire comme une ombre de son an-

cienne autorité, n'y était réellement qu'un ofücierqui avait consenti à l'avilissement de sa dignité, dont toutes les fonctions se bornaient à recevoir et à envoyer au trésor impérial les tributs du pays , lorsqu’on voulait bien les leur payer, et surtout à nouer des intrigues lionteuses et soigneusement dissimulées , pour semer et entretenir le trouble et la division parmi les beys , de peur que leur union n'enlevât tout à fait l'Égypte à ce fantôme de domination dont se contentait l'orgueil du sultan.

Aussi le pachâlik de l'Égypte n’était plus qu'une mission déshonorante , une sorte d'exil et de disgrâce pour le vizir ou le pacbâ qu'on y envoyait; en partant de Constantinople , il savait que s’il ne plaisait pas au chehyk-él-beled , celui-ci lui dépêcherait un oddah-bdc/iy chargé de lui signifier sa déposition, espèce de messager d 'État, ou d'huissier politique, à la somnMtion duquel toute résistance devait lui être impossible.

En effet, parmi les principaux officiers des odjâqs il en était un , \'oddah-bâchy , dont la fonction spéciale était de signifier au paohâ sa destitution prononcée par le divan du Kaire.

Lorsqu'il y avait unanimité dans les beys pour se débarrasser d'un pach.A hostile ou même suspect , cette révolution avait lieu sans rixe sanglante, et se terminait , pour ainsi dire, a Cantiable : les beys, réunis en divan général, décrétaient cette déposition, et chargeaient Voddah-bâchy d’aller signifier au pachA leur arrêt.

Cet officier, vulgairement désigné par le nom A'abotUabaq (1) , sortait de su

(l)Ces mois aignilirnt littéralement te père du plat, et ce surnom ImrlcHiue avait élé donne à Voditah-bdchy , a cause de la forme singulière du turban qu’il portait en remplissant ses terribles foncliuns. Ce turban était loin de ressembler aux coiiruresordinalresde l'Orient ; sa calotte, i n feutre noir, n'élait pa.s entourée par un chiile : son bord inférieur était Kami tout auluur de la léle d'une carcasse lar^ et plate en lil de fer recouverte d’une légère garniture de mousseline, représentant ainsi parfaitement la forme de nos ebapeaiix ronds a larges iKirds. Le reste de son costume n'était pas moins élranee; au lieu des vétemenU amples et tlotlants, des manches larges et ouvertes, partout en usage rher les Orieulaux , II ii'4dall rèvelu que d'uue simple soutane uoire

•ONHWO' w r*j.,nt)a

ÉGYPTE MODEUKE.

maison seul et sans escorte, monté sur un Ane, car l'étiquette officielle exigeait que sa monture ne fût ni un cheval ni un mulet (1) , élevant entre ses deux mains le flrman de destitution ; son aparitioD, présage de révolution, attirait ientdt à sa suite toute la populace de la ville : il cheminait à travers les rues, dirigeant sa cavalcade du côté des casernes : sa vue seule était pour tout soldat qui le rencontrait l’obligation formelle de se joindre au cortège improvisé qui le suivait, et qui avait toujours acquis une force imposante à son arrivée à la citadelle. I.à, lise présentait à l'audience du pachâ , se prosternait respectueusement devant lui; mais en se relevant, il repliait le coin du tapis sur lequel il s’était courbé, et s’écriait : Enzel, pachdl (Descends, pachâlj.

A ce repli de l’étiquette fatale , à cette formule sacramentelle , s'évanouissait toute la puissance du vice-roi de l'Egypte : les troupes ottomanes qui étaient sous ses ordres , les gardes même de son palais ne lui appartenaient plus , et passaient aux ordres de \'odrlah-bdchy ; lui, mis ainsi hors la loi , (levait écouter humblement la lecture du firman fulminé contre lui , et , soit qu’on le chassâtd’Égypte,soitqu’on demandât sa téte, il n’avait plus qu’à obéir.

Telle était la position des vice-rois de l’Egypte, ayant toujours à redouter d’étre déposés par le divan du Kaire, ijuand ils ne l’etaient pas par le divan impérial ; et nous verrons bientôt le pacha qui avait été l’âme des intrigues dont ///ÿ-Æeÿ avait été la victime, ne recueillir de ses menées astucieuses d’autre récompense qu’une destitution, que lui envoya le divan de Constantinople , au profit du bey son associé de manœuvres politiques.

Le parti qui venait de se séparer A'Aly-Bey ne tarda pas à se diviser luiinéme en fractions hostiles l’une à l’au-

À manchet étroites, boutonnée et serrée sur ses reins par une ceinture. Voyez oe costume dans la planche &S.

(I) Loin que celte humble monture fût un signe dinfériorilé ou de méprit, on remarqua que le célèbre Ismayl’Kyahuà^ dont U a été

auesUon dans le chapitre prudent, devenu, ^oddaK^bAchv qu’il était, d'abord AyaAyd, pub €heykk^él^btled, ne voulut jamais, au faite deta pttUMncp, avoir d’autre montureque celle qui avait été Tattribut de ses anciennes fonctions.

I6« Livraison. (Egypte uodbb;

tre. Chacun des vainqueurs se crut dès lors un droit égal a s'attribuer les fruits de la victoire ; la cupidité et l’ambition mutuelle de chaque prétendant se diargea de punir la trahison de Mohammed-Bey-Abou-dahah et de ses complices, qui bientôt se décimèrent les uns les autres.

Les misérables restes du parti d’.^ty-Bey, fugitifs et proscrits, espéraient en vain trouver quelque tranquillité dans l’asile où les avait reijus les chey/üi Ddherh kerv. Mohamme'd-Abou-dahab vint les y poursuivre.

L’esprit d’une vengeance implacable était trop bien dans le caractère de Mohammed -Abon-dahab pour qu'il ne désirât pas ardemment d’exterminer

n'au dernier des ma»itoî/Ax, dont ■vouement et la fuJcIité étaient autant de reproches vivants pour sa trahison et sa perfidie ; mais un autre motif eneore appelait ses armes en Syrie : il avait une. autre haine à y satisfaire : cette haine, qui devait entrer en première ligne dans ses projets , avait pour objet le prince qui s^était montré, envers l’ancien cheykh-élbeledie l’Égypte, un ami si dévoué et si sôr, et qui avait perdu un fils pour la défense de sa cause.

Impatient de tirer une vengeance éclatantede l’appui donné par le clveykh Ddher a Ahj-Bey, Mohammed- Bey- Abou-dahab avait sollicité, auprès du divan de Constantinople, la permission de porter la guerre en Syrie contre le prince d’ Acre, dont il rapi>elait l'insubordination et dont il énumérait les torts envers la Porte Ottomane.

La réponse du Divan fut un firman impérial qui , en le confirmant dans ses fonctions de cheykhrél-beled de l'Egypte, lui conférait en môme temps le titre et l’autorité de pachd du Kaire, en remplacement de celui dont il avait servi les complôts contre Aly-Bey, et l’autorisait spécialement à poursuivra le cheykh rebelle.

Muni de ces ordres du sultan , Mohammed-Bey-Abou-dahab ne voulut remettre à aucun autre qu'à lui-même lesoindecetteexpédition : laissant pour le représenter en Égypte pendant sou absence , Ismayl-Bey comme qaym-maqam ( vice-goiiverneiir ) , et confiant la

L'UiMVERS.

coinmandement particulier du Kaire à Ibrahym-Bey, devenu son favori, il se dirigea sur la Syrie, et, vers la Un de l'an 118yderhëgire(l),il entra en Palestine.

Enorgueilli du double titre dont il était revêtu , et de l’appui de la Porte Ottomane, Mohammed- Jbou-dahab déploya dans cette e.xpéditioii un luxe au-dessus de tout ce que l'on avait vu jusqu’alors ; sa tente surtout se faisait remarquer par sa luagniUcence et par les ricuesses qu’elle contenait.

Khân-Younes, Ghazzah, Ramléh et plusieurs autres places ne lui offrirent que peu de résistance; Yafjâ, commandée par le cheykh A'erym, gendre du cheykh Dâher, avait tenté oe se défendre ; elle fut prise d’assaut , livrée au pillage, et la plus grande partie de ses habitants impitovalueinent massacrée, sans distinction d’,1ge ni de sexe.

A cette nouvelle, le cheykh üâher, voulant éviter un sort semblable à la ville d’Acre , la quitta avec sa famille et les réfugiés égyptiens , ne laissant dans la place que le eheykh Aly , le plus vaillant de ses fils : celui-ci évacua également, quelques heures avant l’arrivée des troupes ennemies, la citadelle, dont il jugeait la défense impossible.

Trouvant Acre sans garnison. Mohammed-Abou-dahab la pilla, ainsi que plusieurs autres villes de la Palestine, où il répandit la terreur par des exécutions sanglantes. Mais ici la main de la destinée avait marqué le terme de ses crimes. Il s’apprêtait à revenir en Égypte, gorgé de sang et chargé d'un butin immense, lorsqu’un matin on le trouva mort dans sa tente.

Fut-il frappé d’un coup d’apoplexie foudroyante, ou périt-il étouffé entre les mains d'assassins ignorés , qui avaient pu s’introduire dans sa tente?

C’est un point que l’histoire contemporaine n’a pas su éclaircir suffisamment, malgré tous les soupçons qu’une mort aussi instantanée , aussi imprévue , fit alors naître. Quoi qu'il en suit , punition équitable du ciel , ou représailles d’inimitié humaine , l’assassin, -it A' Aly-Hey se trouvait vengé par la mort étrange et mystérieuse de Mohammed-Bey-Abou^tthab.

Cl) Celle année a commencé le samedi 4 Omni de l'an I77S de IVra cliràüennc.

L’armée égyptienne, sous la conduite de Mowràd-Bey y fit sa retraite sur l’Égypte, emportant le corps de son général , qui fut placé au Kaire dans un tombeau peu éloigné de celui A'Aly-Bey.

Ainsi, en moins de deux années, la même terre recouvrit le parricide et s.i victime , le vil et criminel Mohammed- Bey- Abou-dahab, que la vindicte publique a justement flétri du surnom A'él- Khàyn (le Traître), et le noble Aly-Beyél-Kebyr ( Aly-Bey le Grand ).

Malgré les prétentions A’ibrahym- Bey et de Mourâd-Beu , htnayl-Bey succéda à Mohammed- Abou-dahab dans les fonctions de cheykh-él-beled.

Ce bey était, avec eux, le seul qui restât de la maison de l’ancien cheykhél-Beled,lbrahym-Ayahyd,et, comme eux , il était de la création A'Aly-Bey : la crainte seule lui avait fait embrasser le parti de Mohammed-Bey-Abou-dahab :

son cœur avait toujours conservé un attachement secret pour Aly-Bey , son ancien maître , et sorti de la même maison que lui. Il n’imita pas ê/oAa»i»ier/- Abou-dahab , dans sa fureur à poursuivre les restes infortunés de ce parti qui avait été le sien; les proscrits furent donc rappelés par lui de la Syrie, et il les rétablit dans les honneurs et les dignités qu’ils avaient possédés sous Aly- Bey, cliercliant à s’en faire un appui contre les tentatives ambitieuses de Mourdd-Bey et A' Ibrahym-Bey.

En effet, ces deux beys, se liant contre lui d’amitié et d’intérêt, avaient déjà cherché à le supplanter, et prétendaient chasser du Kaire IlassAn-Bey -él-Geddaotiy, son ami particulier; neanmoins, ils ne réussirent pas dans cette première entreprise : hmayl-Bey tlHcusAn-Bey la prévinrent, en les attaquant eux-mêmes à la citadelle du Kaire, dont ils s’étaient déjà emparés, et en les forçant de s’exiler dans le Sayd.

Mourâd-Bey et Ibrahym-Bey s’y créèrent les moyens de faire réussir un nouveau plan d’attaque, et n’en descendirent qu'accompagnés de forças redoutables. Livrant alors bataille à Ismayl- Bey, ils taillèrent ses troupes eu pièces, et le forcèrent à son tour de quitter l’Égypte.

Ismayl-Bey. à qui sa défaite complété enlevait tout moyen de prolonger sa dé-

oogle

ÉGYPTE MODERNE. 24ï

fonse, se retira à Constantinople. Hasfdn-Bey-él-Geddaouy, faitprisonnier^t iléporte à Geddah en Arabie , gagna le patron de la barque qui l’y transportait , débarqua à Qosséyr, petit port d’Égypte sur la mer Rouge ; et, traversant le désert, alla se cacher aux extrémités de la haute Égypte.

Maîtres du Kaire, Ihrahym-Bey et Mouràd-Bey s’emparèrent de l’autorité : Ibrahym-Bey se Dl reconnaître comme cheykh-élAeled ; Mouràd-Bey prit pour lui la dignité d'émyr-él-hag (princedupèlerinage}. Plusieurs de leurs manilouks furent nommés beys et un plus grand nombre kàchefs. Leur conduite administrative fut , comme celle de la plupart de leurs prédécesseurs, signalée perdes usurpations et des rapines.

Ils gouvernaient ainsi, au milieu des malédictions universelles, quand ils reçurent la nouvelle t\\x' Ismayl-Bey était de retour de Constantinople, et qu’on l’avait aperçu, se dirigeant, avec sa suite, sur le village deffelouân, dans la province à'JtJyéh.

Aussitôt ils envoyèrent à sa poursuite un gros corps de mamiouks , qui ne tardèrent pas a l’atteindre : il y eut une action sanglante, dans laquelle périt presoue tout le reste de la maison d’/amayï-Bey. Lui-méme , il ne dut son salut qu'a une caverne, où il se cacha, et dans laquelle il resta trois jours entiers : de la il put ensuite gagner les cataractes (I ), ou il retrouva son ami Hassàti-Bey-fl-Geddaouy. Ils se retirèrent ensemble dans les roches de Gemadel, au-dessus de l’avant-dernière cataracte.

Les nouveaux succès obtenus sur les derniers restes du parti i’Ismayl-Bey permirent à Mouràd-Bey de s'éloigner de l’Égypte pour le pèlerinagedelaMekke.

Il y remplit ses fonctions A'émyr-élhag, conduisit et ramena la caravane sacrée au milieu des plus grands dangers ; car, soit en allant , soit en revenant, il fit route entouré de tribus hostiles d’Arabes, qui attaquèrent plusieurs fois, maissans succès, lacaravane dont 1a défense lui était confiée.

Mais, de retour au Kaire, un refroidissementsurvint entreluiet Ibrahym- Bey : ils se reprochèrent réciproque-

ment l’évasion d’/i»inÿ/ ft’ÿ ; el Ibrahym-Bey, courroucé , quitta brusquement le Kaire pour se retirer à Minyéh, dans la haute Egypte.

Mourad-Bey s’inquiéta de cette retraite de son collègue, et envoya auprès de lui quelques - uns des principaux cheykbs, qui lléchirent son ressent'ment et le ramenèrent au Kaire.

Cependant, la bonne intelligence des deux beys ne dura pus longtemps. A son tour, Mouràd-Bey se retira à Minyéh, reprochant à Ibrahym-Bey ses liaisons avec les beys Othmàn-él-Cherqaouy , Àyoub-él-Sôgheyr, Souleymdn , Ibrahym-él-Sogheyr et MoitstaJà-tl-Sogneyr, tous cinq chefs de maisons ennemies de la sienne.

Mouràd-Bey resta ainsi cinq mois absent du Kaire. Ibrahym-Bey, qui d’abord avait regardé cette absence comme momentanée, et devant cesser avec l’explosion de l'humeur bilieusede Mouràd- Bey, la voyant se prolonger, s’en alarma, et envoya’ à son tour des cheykbs auprès de lui.

L’altier Mouràd-Bey ne voulut rien entendre, renvoya la députation , et, descendant lui-méme en armes, avec ses mamiouks, le long de la rive occidentale du Nil, il vint prendre position à Gyzéh en face du vieux Kaire : là il paraissait faire des dispositions pour traverser le fleuve; et, se voyant contraint .i combattre , Ibrahym-Bey se posta sur l’autre rive du Nil, afin d'en disputer le passage. Les deux adversaires restèrent ainsi en présence pendant dix-huit jours, échangeant d'un bord à l’auire quelques coups de canon, qui ne tuèrent qu’un homme et un cheval : puis, sans autre résultat Mouràd-Bey se décida à remonter à Minyéh.

Cinq mois après cette nouvelle retraite, il y vit arriver une seconde ambassade : cette fois il consentit à revenir au Kaire, en affectant néanmoins quelque répugnance, et imposant la condition expresse que les cinq beys ses ennemis seraient remis entre ses mains.

Cette condition obtenue, il descendait au Kaire, lor^ue en route il apprit que les proscrits , instruits à temps par une communication secrèted’/ôroAym-fiey, s’étaient évadés du Kaire, et .s’étaient jetés dans la province de ()f/yoHÔ, pour

(I) chtiiet-einyi.

de lù gagner la haute Égypte en passant par les Pyramides.

Mouràd-Bey se trouvait alors à Gesril-Àssouad (la Digue noire), dans les environs de ces monuments : c'était par cette position que les fugitifs devaient nécessairement prendre leur roule; cependant, au lieu de les y attendre, Mouràd-Beyy laissa seulement un gros détachement d’Arabes , et aussitôt traversant le Nil à la tête de ses mamlouks, il courut les attaquer à Ràs-él- Khalug (la Tête du Canal) : il fut blessé dans le combat, et se vit contraint d'abandonner le cbamp de bataille u ses antagonistes : ceux-ci, se persuadant qu'ils n’avaient plus d’ennemis à combattre, se portèrent sans crainte à Gesréi-Msouad, où ils tombèrent dans l’embuscade d’Arabes qui leur avait été tendue, et furent conduits prisonniers à Mourdd-Beg.

La colère de celui-ci était désarmée par l’humiliation de ses ennemis : il se contenta de les reléguer dans les villes de Mansourah, de Fareskour et de Damiette. Les exilés n’y restèrent pas dans l’inaction; ils se concertèrent, et, sur la flnde l’an 1197 (I) de l’hégire (1783), ils tentèrent de s’évader, pour aller recommencer dans le Sayd une opposition armée : arrêtés dans leur tentative, ils eurent recours à l’intercession du cheykh de la mosquée de Gamè~él-y/zhar; et, non-seulement Mouràd-Bey leur fit grâce, mais encore il consentit à les réintégrer dans leur rang et leurs privilèges.

Depuis cet orage, trois années s’écoulèrent, pour Ibranym-Bey et pour Mouràd-Bey, dans le calme d’une concorde parfaite; tous deux en bon accord se partageaient les revenus de l’Égypte , n’en rendant aucun compte , ou bien le faisant d'une manière audacieusement illusoire pour les intérêts de la Porte Ottomane (3).

(I) Cette année a commencé le samedi 7 décembre de l'an 1781 de notre ère.

(S) les beya .avaient été autorisés . dam l'origine, 8 taira le prélèvement des dépenses administratives , sur le khaziuli , ou trésor des revenus de l’Egypte, qu'Us envoyaient 8 ConstanUnople. D’année en année le mémoire de en dépenses réelles ou Octlves a'étalt gonflé progressivement , diminuant d'autant lemonunt des contribnUons adresïéeH au sultan. Tn- Hu, sous Ikraym- Urn et Monrid-Biiy, cat pi'é-

Déjà indisjiosé contre eux par les plaintes qu’il recevait coiitiauellement a leur sujet de Mohammed-Pachà , alors gouverneur titulaire de l’Égypte, le sultan Abd-él-Hamyd se décida. Van 1199 (l)de l’hégire (1785), à envoyer une armée pour réprimer leur audace.

Cette armée, commandée par le qapytân-pachà Hassàn en personne, débarqua a Alexandrie , le 25 du mois de Cbaabân de l'an 1200 (2) de l'hégire (23 juin 1786), et porta la terreur parmi les Deys.

Ils se rassemblèrent en divan général; mais la confusion qui troubla leurs délibérations ne leur permit pas de prendre un parti décisii : enfin , ils se déterminèrent à reclamer l’intercession du pachâ : celui-ci la refusa ; ils s’adresse» rentalors au cheykb Ahmed-él-Jrychy, chef de la mosquée Gamè-él-.4zhar, et au cheykh Mohammed-él-Mohdy (3), qui se' chargèrent d'aller à Rosette , implorer la clémence du- qapytàn-pachà.

lèvemenU furénl poussés 8 un tel point que rofficier chargé chaque année de payer le khaznék a Constantinople n y portait plus d’argent compUiil, mais, pour biut versement, un gros poitereuille rempli de pièces établissant frauduleusement l'excédant des dépenses sur les recettes , et constituant chaque année le divan de ConstanUnople en débet envers le divan de l'Égypte.

(1) Celte année a commencé le dimanche U novembre de l'an 1784 de l'ére chrétienne.

(1) t^te année a commencé le vendredi 4 novembre de l'an 1788 de notre ère.

(1) Sceau et signature du chtyk tl-Mohdy.

ÉGYPTE MODERNE

Embarqués à Butilau , sur une chaioupe richement ornée, lesdeux cheykbs se rendirent à leur destination , et fu> rent accueillis par l'amiral ottoman avec la distinction due à leur caractère et à leur mérite prticulier; mais, prévoyant bien qua l’abattement et au découragement des beys succéderait promptement quelque résolution violente , ils ne voulurent pas se compromettre en parlant en leur faveur ; ils se bornèrent à prier le qapyiün-pac/uX d’ordonner à ses troupes d’épargner les populations de l’Égypte , innocentes de tous les torts des beys ; « car, ajoutèrent-ils , le Dieu très-haut « a dit dans son livre sublime : Sur la « Ute des conqwrants retombent les « maux qu’ils font souffrir aux peu- « pies. >

Cette conduite des deux députas fut

Prudente; car, à peine soriaient-ili de audiencede Hassàn-QapytAn-Pachà, qu’on apprit au camp ottoman la nouvelle de l’arrivée de Mourad-Bey, à la tête de dix autres beys , de plusieurs kâchefs et de nombreux inamiouks :

on annonçait en même temps l’occupation par eux du bourg de Rahmànyih, à remboiichure du canal d’Alexandrie dans le Ml.

En effet, à peine la députation pacifique était-elle partie du Kaire, que Mourâd-Bef, revenant de sa première stupeur, avait communiqué son ardeur guerrière à tout le conseil : la défense à main armée avait été unanimement votée; et il s'était chargé d’aller combattre les Ottomans , pendant qu'Ibrahim-Bey tiendrait le Kaire en respect.

Uahmànyéh fut bientôt le théâtre d’un combat inégalentre lesmamlouks, dépourvus d’artillerie et de fantassins , et les Turks , protégés par des canons , des mortiers et de Tinianterie. L’issue d’un tel combat ne pouvait être longtemps indécise ; deux bombes qui éclatèrent entre les jambes des chevaux des maralouks y mirent le désordre et assurèrent la victoire au qapytAn-pachA.

Frappés de terreur, les dixbeys, entraînant Mourâd-Bey avec eux', se lancèrent dans une retraite précipitée, et accoururent au Kaire en pleine déroute:

de là, réunis s fhrahym-Bry , ils se ré-

fugièrent en toute liâte dans le Sayd, où ils attendirent que les Ottomans vinssen t les attaquer. .

Voyant le Kaire évacué par les mantlouks , le pachâ Mohammed rassembla les odjâqs , descendit avec eux de la citadelle , et se prépara h recevoir, à leur tête, le génértdissime de l’armée ottomane.

^assdn-Foc Ad fitson entrée au Kaire le 5 du mois de Cbaouâl de l’an 1200 de l’hégire(l*' août 1786), aprèsaroir ruiné et dévasté tout le pays sur son passage : il n’est sorte d’excès et de brigandages que ne se permissent les soldats turks ; et \e qapytAn-pachA ne put arrêter le désordre qu’en fai.sant sur quelques-uns d’entre eux des exemples terrinles qui arrêtèrent les autres.

La tranquillité rétablie ainsi aux dépens d’un grand nombre de têtes , HassAn-PachA fit procéder à la vente à l’encan de tout ce qui appartenait aux beys , de leurs maisons , de leurs harems, et même des filles esclaves enceintes d’eux. Les cheykhs réclamèrent hautement contre cette dernière rigueur, comme n’étant pas moins contraire aux lois du Koran qu’à celles de l’humanité. « J’écrirai , leur dit le qo-

* pyiAn-pachA, j’écrirai à Constanti- « nople que vous vous êtes opposés à

• la vente des propriétés des ennemis « du sublime sultan. » — « On t’a en- « voyé ici , répondit le cheykh Sadât,

« chef des cheykhs, pour châtier deux . « individus coupables, et non pour en- « freindre nos lois et nos usages ; donc « écris ce que tu voudras ! > Cependant, après de mûres réflexions , les esclaves que les roamiouks avaient rendues enceintes furent exemptées de l’encan.

HassAn-PachA organisa ensuite l’administration sur le pied ottoman, et envoya, contre les beys du Sayd Abedyn- PachA avec une grande partie de l’armée, à laquelle se réunirent IsmaylrBey et HassAn- Bey-êl-Geddamiy , avec quelques inamiouks. Il y eut dans la haute Égypte une affaire meurtrière , qui coûta tellement de sang aux deux partis, qu’ils se retirèrent, les beys aux cataractes, les Turks au Kaire, wrès avoir ravagé chacun la partie du Sayd que traversait leur retraite.

Là se termina l’expédition de //ossdn-

L’UMVERS.

Qiipijfan-Pnrhd, que la ciuTre des Russes rappela à la capitale; sou but fut tout à fait manqué, puisqu'il rentra à Constantinople sans avoir extirpe de l'Etiypte les Dcys rebelles.

En partant,’ il rétablit hmayl-Hey dans ses fonctions de chvykh-él-oeUd ; et Ismayl-Bey créa émyr-él-hag son ancien ami et compagnon de fortune, /fassàn-Hey-él-Ceadaouy, avec lequel il partagea 1 autorité.

Il remplissait depuis quelques mois avec équité ces fonctions qui lui avaient été rendues, quand la tranquillité fut troublée de nouveau par une insurrection , occasionnée par les actes arbitraires de Voualy nommé Ahmed, créature de Hassân-Bey. Après avoir fait verser un peu de sang, la sédition fut apaisée par la destitution et l’exil du coupable, qui devint pourtant bey quelque temps apres, comme si le pouvoir avait voulu témoigner le peu de cas qu’il faisait (les plaintes portées contre ce fonctionnaire.

I.e sultan Sélym III, ben-Moustafâ, qui succéda à Ubd-él-Hamyd (!) sur le trône ottoman , l’an 1203 (2) de l’hégire, conlirma Ismayl-Beu àansso haute dignité, et ce cheykh-él-beled continua de gouverner l'Egypte paisiblement,

(I) Moonalei du sultan Abd-ét-llamyd-bm- Ahnud, frappées en or au Kaire wu:, la date da 1187 de rhégire, 1774 de noire ère.

I.a prenüén: est un deml-rrrmaiouJ ou noutfyéh ( deiui-sequin ); la seconde est uu

fondouqty, l'i} Celle <

l'i} Celte année a commeni^ le |eudi 2 octobre de l'an 17X8 de notre ère.

jusqu’à l'an 120.1 de l'hégire ( I ).

Cette année fut fatale à l'ICgvpte, et surtout à sa capitale. Une peste furieuse y moissonna d’innombrables victimes.

Jamais encore ce fléau n’avait exercé d’aussi cruels ravages ; chaque jour plus de mille morts décimaient la population du Kaire. Les autorités furent renouvelées jusqu’à trois fois dans le même jour, les tonctionnaires , à peine nommés, étant tour à tour atteints et frappés de mort. Ismayl-Bey et toute sa maison succombèrent. On ne peut encore au Kaire se rappeler qu’en frémissant ta peste d’iimayl.

Ce fléau rétablit les affaires â'Ibrahym-Bey et de Mourâd-Bey. Othmàn- Bey , surnommé él-Tabel , seul reste de la maison A' Ismayl-Bey , venait, il est vrai, d’être nommé cheykh-il^eled ; mais il était hors d’état de soutenir le poids qu’on venait de lui confier; il rappela lui-même au Kaire Ibrahym-Bey et Mouràd-Bey ; et ils y rentrèrent le 6 du mois de Doii-l-Qadeh de la même année (7 août 1791); à leur approche, HassAn-Bey-(l- Ceddaouy se retira dans la haute Égvpte, laissant sans résistance Ibrahym-Bey et Mourdd-Bey ressaisir le pouvoir.

L’figypte rentra ainsi sous le joug des deux tyrans associés, dont l’oppressiondevait peser surelle pendant une plus longue période que celle d’aucun de leurs prédécesseurs , et qui , s’arrogeant alternativement chaque année les fonctions de cheykhrél beled, ou A’émyr-él-hag , ne devaient plus être renversés que par l’intervention inespérée d'une année de cette Europe depuis si longtemps étrangère aux affaires de l'Orient.

II ne restait, en effet, aux populations égx'ptiennes nul espoir d’nne révolution intérieure : les deux beys avaient écrasé tous les partis qui pouvaient leur devenir hostiles; ne laissant quelque autorité qu’aux maisons des beys leurs afüdés, ils retenaient dans l’humiliation, la crainte et l’impuissance, les maisonsdont les sentiments secrets leur étaient suspects.

Rivaux d’ambition, envieux l’un de l’autre , ils avaient pourtant uni leurs

(I) C(;tle amire a rommrncé le vendredi 10 jeptembre de l'an 1790 de nuire cre.

EGYPTE MODERNE

tntéréts solidaires pour la conservation (lu pouvoir, quoique divisés par leurs (nétiances mutuelles , leurs antipathies réciproques, et l'opposition de leurs caractères.

Plus âgé que Mourâd-Bey, Ibrahijm- Rcy di l'expérience que lui donnaient les années joignait la réserve, l'astuce et les temponsations d’une politique consoinniée. Toujours en garde contre son collègue, dont il savait que l’ori^ueil ne se contentait qu'avec peine d'un pouvoir p.irtagé, mais se sentant inférieur en bravoure, en forces physiques et en talents militaires, il évita toujours toute démarché qui pût le commettre avec lui et l'appeler sur le champ de bataille.

Moins violent, mais non moins despote et intéressé , il Joignait à sa cupidité une avarice étrangère à MowAd-liey ; mais il affectait de faire contraster ses manières doucereuses avec la brusque impétuosité de celui-ci, et se plaisait à lui laisser l’odieux des vexations tyranniques , des rapines et des avanies , sauf à en partager ensuite avec lui le produit.

seul acte de vigueur qui eût signalé la vie politique et militaire A'ibrahym- Key, avait été l'assassinat de Saiéh-Bey, chef de la maison des FeUahys (i ) , qu Ml poignarda ou plutôt fit poiroarderpar sa suite dans une des ruesdu Kaire,daprès les ordres de Mohammed- Bey-Aooudahab , dont la faveur particulière réci>inpensa l'auteur de cet infâme exploit.

D’ailleurs, dans tout le reste de sa conduite, soit avant d’arriver au pouvoir, soit quand il y fut parvenu , Ibrahym-Bey se montra toujours tortueux , sans foi, dissimulé, pusillanime même et méticuleux, prodiguant les promesses avec l'intention de n’en tenir aucune , trompant par des démonstrations d’amitié celui dont il préméditait l'assassinat , n’abandonnant jamais un projet c«nçu, mais n’arrivant à la réussite que par des voies cachées et obliques.

Mour&d-Bey , au contraire, ne demandant rien à la ruse, mais tout à la force, taillé en vigueur, musculeux, doué de nerfs d'acier et d'un bras capable de trancher la tête d'un bœuf d'un seul coup de sabre, Mourûd-Bey,

(I) Otte maiaon était ainsi nommée parce que le premier chef de mamioaks dont elle tirail ion origine avait été un limple/rHaA.

dont la physionomie martiale participait de celle du lion , n’avait pas d'égal sur le champ de bataille, et (fans ses colères faisait trembler Jusqu'à son timide collègue lorsqu’il soupçonnait de lui quelque perfidie.

Du reste, ne connaissant pas plus la dissimulation que la haine rancuneuse, souvent généreux et pardonnant facilement; sachant apprécier la valeur et le mérite dans ses ennemis mêmes ; dévoué a ses amis, fidèle à sa parole, tantôt cupide et intéressé, tantôt libéral et prodigue; mais orgueilleux, altier, Irascible, et dans le premier feu de son irritation sacrifiant tbut, même ses intérêts, à une vengeance immédiate; si Jbrakym-Bey était le prudent Ulysse ou l'astucieux Sinon de l’Égypte, Mourâd- Bey en était le bouillant Achille ou pluiô\\'Ajax fougueux et indomptable(l).

I.e retour dès deux beys au Kaire fut suivi d'une horrible famine , qu'on les accusa d’avoir suscitée, afin de se défaire à meilleur prix des grains accaparés par eux dans la haute Égypte ; ils renversèrent les autorités établies par le qapytûn-pachà, en rétablirent d’antres, se livrant a toutes sortes de violences et de vexations.

Les excès que se permirent leurs mamiouks , et surtout ceux de Mohammed-il-ElJy (2) , occasionnèrent une insurrection générale , qui les força à suspendre momentanément leurs actes tyranniques; mais, l’insurrectionunefois apaisée, ils les renouvelèrent, et des

(Il A, SCKàUi'Ibrabym- B, Sceau de .Vnurdil- Hey.

Voyez, le purlrail de Ufourid-Rey, planche 13 (î) O hey avait pris le iurnom d’fl(/y, dérivé du mol aral>e(i(/r ou é//( mille), parce qo'il lirait vanilé d’,ivoir été, comme l’ancien prince Qetâoun, actveté mille pü-cesd’or. treal du produit de ses exactions et de ses avanifs qu'il fit construire, sur la place Èzbrkyéh an Kaire , le magnifique palais dans lequel le général en chef di* l’arniei* française elablil sa résidence el le quartier gener.il île son etat-ma^us.

Hey.

un

L’LNIVEUS.

aTïiiies exorbitantes frappèrent suceessiveinent les diverses corporations du commerce du Kaire.

C'est à cette époque que se rapporte une anecdote curieuse que j’ai apprise au Kaire, de ceux iiicmes qui avaient été témoins et victimes de l'avanie dont elle contient le récit.

Mouràd-Bey avait annoncé le projet de renouveler l’Iiabilleinent et l’équipement de toute sa maison militaire; sous ce prétexte, car son véritable motif était de se procurer les moyens d’une agression contre son collègue Ibrahym-Bey , il frappa une forte avanie sur toute la corporation juive, non-seulement du Kaire, mais encore de l’Égypte entière ; on conçoit quel émoi dut causer un tel actedan's la synagogue : les fortes têtes d’Israël s’assemblèrent pour discuter les moyens d’éluder In demande tyrannique, et l’on convint d’envoyer au bey les deux plus vieux rabbins, qui s’étalent vantés d’avoir les moyens de détourner l’orage.

•Admis devant MourAd-Bey, . Prin- « ce , lui dirent-ils, nous sommes pau-

• vres; et quand vous rendriez nos biens, ‘ nos femmes, nos enfants, et nous-

• mêmes, vous n'en retireriez pas la

• dixième partie de la somme que vous « nous avez condamnés à vous payer; « mais si vous daignez nous décharger « de la contribution intolérable que

• nous ne pourrions vous payer , en

• échange de cct acte de votre généro- •> sité, nous vous offrons la découverte « d’un trc.mr bien autrement considé- « rable, et qui pourra vous dédommager

• au centuple : la connaissance de ce •• trésor a été transmise dans notre fa-

- mille de génération en génération, et « nous devions la transmettre à nos « dis : maintenant nous seuls en som-

- mes dépositaires. >

MourAd-Bey ouvrit les oreilles aux

mots de tretor et de dqM : — « Je « retire mon arrêt d’avanie! s’écria-t-il;

• voyous le trésor. » — • Le trésor ,

- dirent les rabbins , est enfoui dans la mosquée qu'Jmrou-ben-él-Jass a

« élevée au Vieux-Kaire; il y a été dé- « posé par ce conquérant de l’Égypte ,

• dans un coffre de fer , qu’il cacha < dans un souterrain que nous seuls

• pouvons vous indiquer. >

Les renseignements furent donnés avec une exactitude qui semblait en garantir la véracité ; il existait d'ailleurs une autre garantie, c’était celle des têtes des deux rabbins révélateurs.

MourAd-Bey n’osa pas aller s'emparer de vive force des trésors qu’il regardait déjà comme lui appartenant :

pour y porter la main, sans exciter de scandale, et sans être accusé de, violation de mosquée, il imagina de feindre une partie de chasse, et, à son retour, de passer comme par hasard devant la mosquée A'jimrou ; y entrer pour y faire sa prière parut une chose toute naturelle, et les cheykhs de la mosquée vinrent recevoir le bey pu'issant qui les honorait de sa visite.

MourAd-Bey parcourt la mosquée, la trouve mal entretenue et presque en ruine. < Puisque Dieu m’a amené « dans ee lieu saint, dit-il aux chey khs , « c’est sans doute afin que j’en devienne ° le réparateur , et que mon nom « puisse être joint dans vos prières « a celui du fondateur , l’illustre Am- « rou-ben-fl-Aast : demain j’enverrai « les ouvriers pour commencer les ré- « parations. >

Le lendemain, en effet, les ouvriers vinrent; mais, au lieu de s'occuper des parois les plus ruinées , ils commenccrent à démolir et à creuser le sol, à l’endroit qui leur fut indiqué par un agent dévoue à MourAd-Bey et son confident.

Après quelques heures de fouille, le souterrain fut trouvé; MourAd-Bey , averti, vint assister à l'extraction d’uii immense coffre de fer, conforme la description que les rabbins en avaient faite. I>e coffre était à moitié rongé par la rouille ; les serrures étaient sans clefs : on brisa le couvercle, et on trouva pour tout trésor le coffre rempli de feuilles de parchemin, sur lesquelle.s étaient traews des portions du Koran en magnifiques caractères kouliques de l’époque d’Atiirou-ben-<?l-Aass (I).

* 0)1^ coffre (1g fer fui brisé et pour ainsi dire broyé, tant od espérail trouver dans ses parois quelaue cachette, recéiaol des diamaDta ou autres objets précieux. 1.^8 feuilles manu.schics du Korau, Jetées en tas au fond du souterrain, y furent abandonnées à l'humidité, a 1a pourriture et é la destruction.

CTet»l la nue je les af trmivéri, en visitant la mosquée *yAm}'Qm-bcn fi- Jau ; j'ai rccueilliat

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ÉGYPTE MODER^E

Il fut heureux pour les deux juifs , que, cachés dans la foule, ils eussent prudemment voulu épier eux-mémes la découverte du trésor ; ils purent s’enfuir à temps , et se dérober aux marques de reconnaissance de JVourâd-Bey, qui, de retour au Kaire, se vengea de son désappointement, en frappant une contribution double sur les juifs, et en faisant cruellement bâtonner les retardataires.

Les moyens ou les occasions favorables manquèrent alors à Mourûd-Oey pour la scission qu’il préméditait arec son collègue; mais depuis ce temps, la position respective des deux beys , rivaux d’ambition et également avides du pouvoir suprême , ne fut plus qu'une alternative continuelle de mésintelligence et de raccommodements, dont les frais étaient toujours payés par les populations , au moyen ae quelque avanie nouvelle lancée sur le Kaire ou sur les provinces : car, vainqueurs ou vaincus , maîtres du Kaire ou fugitifs dans le Sayd , la seule chose sur laquelle Mourâd-Beyet Ibra/iym-Beyse montrèrent invariablement d'accord , ce fut le sys-

raclwU du clieykh de la mosquée toutes celles qui u’éUieiU pas trop détériorées pour ae refuser 1 toute conservation, et ces feuilles, égaleinent précieuses par leur antiquité et leur calliarapbie, font partie de mon peUl musée orienUl.

Je donnerai ici le/ac-timi/e des trois lignes suivantes , comme aptcimm de ces manusoits.

JlL.#iiif.

tèmededéprédations et de rapines, dont ils écrasèrent à l’envi la malheureuse Egvpte.

Leur cupidité insatiable, après avoir épuisé les ressources des populations égyptiennes, s’attaqua au commerce étranger, et surtout aux négociants français établis soit au Kaire, soit à Rosette, soit à Alexandrie , dont les maisons semblaient avoir le privilège des plus dures persécutions et des spoliations les plus tyranniques : les maisons / arsff, de Rosette, Neydorf, Caffe , Jlenricy , Baudevf, et Brix-Réal, du Kaire, eurent à supporter les actes vexatoires les plus intolérables : les réclamations n’avaient d’autres effets que de faire doubler les avanies.

L’intervention du pacbâ avait été inutile; et les réclamations portées à Constantinople n’avaient reçu du sultan Selym lll (1), qui y r^nait alors, d’autre réponse qu’un suence, qui semblait, ou autoriser les tyrans subalternes , ou annoncer l’impuissance de la

Autm monnaie! do même prince , frappées également au Kaire, et sous la même date, qui est celle de son avènement an trdne de CoDslaoUoople.

Porte Ottomane pour los réprimer.

I.e^ choses allèrent au point que des pétitions collectives furent adressées à la métropole , et que. dès l’an III de la république ( 1795) , le Directoire fut .saisi de ces griefs, par l’intermédiaire du consul Magalion (1).

Toutefois , depuis ce temps , jusqu’au jour où le Vainqueur de I Italie entra dans les vues des pétitionnaires , Mourùd-Bey n'avait réponduaux plaintes des consuls européens que par des avanies nouvelles, à leurs menaces que par des conGscations ^ il venait même demettre le comble à ce système spoliateur, et une ordonnance d'emprunt

(I) Chartex f^aguUon, né à Marseille en 1741 , fut éleré dans le commerce , et passa en Kgypte. où 11 séjourna plus de vingt années. 11 rempHt longtemps au Kaire les importantes fonctions de consul de France, et, en cette qualité , U était venu h tx>ut de conclure avec le pachà, les beys, et plusieurs chefs de tribus aral>es, des traités avantageux pour le commerce français; mais son zèle ne produisit pas tout le fruit qu'on devait en attendre, par U mauvaise fol des musuimans, la rivalité des Anglais, et peut-être encore plus par ta faute du niiiilstêre français, qui, au lieu de favoriser les opérations du consul , accorda sa protection spéciale et un priviléw exclusif à la Compagnie des Indes , nouvellement créée.

Malgré les obstacles que Mayallon ne cessa de renconlrer. la considération persoiinelledont il Jouissait lui fournit souvent les moyens de reiMlre service aux. négociants européens éla- JdUau Kaire, ainsi quMX Français qui voyageaient dans rOrient

On a attribué aux documents qu*iJ avait donnés au gouveroement français , sur Tétât de TFgypte. la première idée de Texpédition franrabc qui devait soumeUre ce pays.

forcé nllail ruiner de fond en comble toutes les maisons européennes qui exerçaient le commerce au Kaire, quand tout à coup , vers le milieu du mois de Moharrem de l’an 1213(1) de l’hégire (2), une nouvelle parvint U Mouràd-Bey, dans son palais de Gysé/i (3) , nouvelle étrange , imprévue, presque incroyable , qui semblait être une réponse providentielle à ses mesures de pillage organisé.

Une armée française venait de débarquer sur la plage d’Alexandrie (4).

Bonaparte arrivait !

(I) Celte année a commencé le vendredi 15 Juin de l’an I79s de notre ère.

(1) Premiers jours de Juillet I7BS.

(3) Cest pour se mettre à l'abri de tout suctapens de la part de son collègue Ibrahym- Bey que Mourid-Bfy avait Hxé son babiUlion à GyziH, où il s'était fsit construire un

Salais magniuque , sur la rive occidentale du cuve. Il ne venait au Kaire que les jours d’assemblée du divan , mais toujours bien aocompagné d'une escorte assez nombrense pour pouvolr à son gré changer, suivant l’oecaiiOD, en oftensive sa position défensive.

fS) L’armée française arriva devant Alexandrie le 13 messidor an VI ( dimanche l*' juillet 1798) , correspondant au 17 du mois de Mobarrem, an I2I3dc l'hégire: la nouvelle en parvint au Kaire le 90 du même mois musulman(4 juillet). Celte nouvelle fut portée à Mourûd-Bey par treize courriers, que lut expédia Sey<t~MoMmmed-Koraym, gouverneur d'Alexandrie. Un écrivain conlemporain, Kyqould-ébn-il-Tourk, nous a conservé la teneur de ce message : < Une flotte, disait-U, est apparue ; ses vaisseaux . sont innombrables comme des essaims d« « saulerelles; on ne peut en apercevoir ni ■ le premier ni le dernier. Au nom de Dieu et • de son Prophète, envoyez des troupes à . notre secours. •

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