CHAPITRE XVIl
Saite da règne du sultan Ahmel lit. — Hns> saO'PachA* — Cheykhs*él-beled, QAbSfni- Ayouàz, ûmayl-Bey, TclierK«»ss-Bey, /ou-1* FiqAr-Bey. - Kèpne du hultan Mahmoud (Mahomet V). — Cheykhs*èM>eled OUimào* Bcy, IbrahyiD'KyahÿA» Rüddouân*Bey. — R^e du buUau Othmàn lll. — CtieykhS’ êl-Be)ed Housséyu-Boy , Khulyl-Bey. — Règne de Moustafà lll. — > Che>khs-è!-l>eled Aly^Bey le 6'rond, Mohammed-Bey«AI>oa* danab. Règne du sulUu Abd-èl-Uainyd.
D’après le tableau tracé dans le précédent chapitre, nous ne devons pas nous étonner que cette dernière période de l’histoire de l’Égypte, sous les sultans ottomans , ne mette plus guère en scène les pachâs qu’ils envoyaient de Constantinople pour gouverner l'Égvpte et contenir l’ambition des beys : aorénavant, les pachâs n’y jouent plus que les rôles de traîtres ; les premiers acteurs de ce drame politique et sanglant vont
(I) Cette année a commencé le Jeudi 17 ma! de l’an 17113 de notre ère.
(3) Cette année a commencé le lundi 4 avril de l'an I7u7 de notre ère.
être les chcijklis-dl-beled, se disputant entre eux le pouvoir qu’ils avaient irrévocablement arraché aux mandataires de la sublime porte.
L’an n 1 9 de riiéj;ire (1707), l’I^igynte était sous l’autorité de Ilassan-PacM, et le bey Qàssem-^youâz était gouverneur iiarticulier du Kaire, en qualité de cheykh-(l-beled : la discorde éclata entre sa maison, nomméeé/-(M.tjfmyf7i, et la maison Zou-l-I'yq&ryih , dont le chef, Zuu-l-h'yqàr-Iiey, vint lui disputer sa dignité les armes à la main. Ces deux mai.'.ons vivaient en bon accord avant l'arrivée du pacliâ, dont les sourdes menées réussirent à fomenter cette mésintelligeuce et à créer entre elles une inimitié irréconciliable. Les deux partis, de plus en plus excités par Ilassan-Packà, se firent une guerre à mort [leudantquatre-vjngts jours continuels.
Cette guerre présenta une particularité remarquable ; ce.s deux maisons avaient leur séjour dans le sein de la capitale; ne voulant pas rendre les habitants victimes de leurs haines personnelles, et craignant également de dévaster une ville dont la possession devait être le prix de la victoire, elles se donnèrent rendez-vous de combat dans la pl.aine nommée Çoubbet-él- Arab (la coupole des Arabes), au dehors du Kaire : là, chaque jour, elles allaient se livrer bataille. Les premiers rayons du soleil éclairaient les premiers coups , et l'action ne cessait qu'à son coucher. Alors chacun des deux partis rentrait au Kaire par des rues différentes, et passait la nuit pacifiquement, dans sou domicile respectif, pour r-v conimencer la guerre le lendemain.
Cette espèce de défi chevaleresque n’altéra en rien la tranquillité publique ; les marchés restaient ouverts, aucune boutique n’était fermée, et chacun vaquait a ses affaires, comme si l'harmonie la plus parfaite eût régné entre les chefs de la ville.
La lutte se termina par la mort du bey Çàssem-.Iyouâz. Ayouâz fut regretté de tous : le peuple le pleura comme un juge équitable et un prince bienfaisant, les beys ses collègues et ses rivaux, comme un guerrier aussi brave dans le combat que généreux après la victoire.
’-Kj Vjoogle
L'UNn'KRS.
Aussi rt‘1 lama-t-on pour son Gts Ismayl-lîeij , jeune homme à la fleur de l'âge, la dignité de cheykh-él-beUd, (lontavait été revêtu son père.//a«an- PachA accéda à ce vœu, d'autant plus volontiers qu’il espérait manier à son gré l’esprit du Jeune Ismayl; et Zou4- Pyqâr, dont le pachâ avait excité la haine, en présentant ce but à son ambition, se vit une seconde fois déchu de ses espérances.
Ainsi en possession du pouvoir prépondérant au Kaire, Ismayl sut apprécier la conduite du DAchâ : convaincu que les vrais intérêts des Mamlouks étaient d’éviter toute scission entre eux, il se conduisit avec une adroitepolitique envers la maison Zou-^ FyqAryéh. I^esefforts des deux maisons rivales se réunirent contre le pachâ, envers lequel Ismayl continuait pourtant tous les dehors de la déférence et de la soumission; mais il travaillait secrètement contre lui auprès de la Porte Ottomane, et parvint à obtenir son rappel. Plusieurs autres pachâs vinrent, i’un après l’autre, de Constantinople, pour succéder à Ilassân-Pachâ : ils eurent le même sort , parce qu’ils déplaisaient à Ismayl.
Tout en se précautionnant contre la rivalité de ses collègues et les intrigues des pachâs , Ismayl-Bey s’occupait des devoirs de sa place, et rendait au peuple une justice exacte et désintéressée; entre autres exemples, on cite de lui les anecdotes suivantes:
Un négociant du Kaire, nommé Olhmân, avaitlivré àunqapuÿy (garde de la porte), arrivé dans la capitale pour une mission importante, trois cents /argues (balles) de café, sur un billet payable à échéance. Pendant le délai , vint de Constantinople un Grman qui déclarait traître le qapygy , et enjoignait au pachâ de le faire décapiter.
I,es ordres du divan furent exécutés , et le pachâ séquestra à son proGt les biens du condamné, parmi lesquels se trouvaient les trois cents balles de café A' Olhmân. Celui-ci, que cette catastrophe imprévue allait ruiner, adressa au cheykh-Él-beled sa réclamation, appuyée de son titre de créance.
Ismayl-Iiey en reconnut Injustice, et força le pachâ à lever le séquestre sur
les marchandises saisies, qui furent restituées au légitime proprietaire : Othmân voulut ténioiper sa reconnaissance au cheykh-él-beled, par l'bomiiiage d'un riche écrin et de plusieurs quintaux de sucre raffiné ; re-
fusa tout présent par cette réponse :
« Ou tu es dans ton droit, ou non; « dans le premier cas , j’ai fait mon de- « voir , Dieu alors est ma récompense, « et je ferais moi-même tort à ta for- « tune en recevant ton présent : dans le
• second cas, mon acceptation me ren- « drait complice du vol que tu aurais « fait du bien d’autrui. Ce^ndant, pour « ne pas t’affliger, je prends ton sucre; « mais j’ordonne que sa valeur te soit à « l’instant payée par mon intendant. «
La seconde anecdote est la suivante :
Selon la coutume des grands du Kaire, au mois de Ramaddân, Ismayl- Bey tenait table ouverte, sous le péristyle de son palais; tous les cheybbs, les lecteurs du Koran , les ulémâs et les gens de loi qui s’y présentaient étaient admis. Un jour le cheytds-élbeled vit dans la foule des convives un homme, dont la flgure ignoble et la contenance embarrassée, et surtout la gloutonnerie insatiable, se flrent généralement remarquer : au moment où, le repas terminé, rassemblée se séjvarait, Ismayl-Bey envoya chercher cet homme par un de ses Mamiouks. — « Récite- « moi , lui dit-il , tel chapitre du Ko- « ran. » Le parasite n’en put articuler que les premières paroles , se troubla bientôt, et, tombant aux pieds du bey, lui avoua • qu’il était, non un cheykn, « mais un pauvrecharpentier, qui, ayant ■ voulu profiter de cette occasion pour « faire le premier bon repas de sa vie, « avait emprunté les habits décents « sous lesquels il s'était introduit
• parmi les savants , les cheykhs et les « imâms. »
Le bey rit de l’aventure : non-seulement il pardonna l’innocente supercherie, mais encore il accorda au charpentier gourmand le moyen de faire un bon repas tous les jours , en l’admettant au nombre des serviteurs de sa maison :
on assure qu'il n'en eut jamais de plus dévoué et ae plus fidèle.
Ismayl-Bey soutint pendant seize années son autorité, aux dépens de celle
ÉGYPTE MODERNE
des pachSs, réduits par lui à une entière nullité et à une impuissance totale; et il sut se conserver dans le pouvoir suprême , au milieu des troubles que sa politique adroite savait susciter parmi ses collègues , pour les empêcher de se réunir contre lui. Un acte d'injustice, exercé par lui sur un mamiouk de la maison Zou • l - Pyqûryih , causa sa perte.
Ce mamiouk , nommé lui-méme Zottl-Fyqâr, possédait un petit bien, sufBsant a peine à sa subsistance ; il en fut évincé par un mamiouk d'Itmayl-Bey :
le cheykh-él-bekd sanctionna cette spoliation d’un mamiouk de la maison ennemie de la sienne, et rejeta les réclamations qui lui furent adressées.
Victimedecette iniquité, Zou4-Fyqàr porta ses plaintes au chef de sa maison, qui était alors Tcherket»-Bey , ennemi naturel d’/tmayi-Fey ; Tchtrhest-Bey prit l’affaire à cœur, et courut s'entendre avec le paehâ contre celui qui leur était également odieux à tous deux. — « Tu n'as d’autre moyen, luidit le paehâ, « que de faire tuer le maître du spo- « hatenr par ton mamiouk : promets- « lui de ma part , pour récom^nse , le « harem et les biens de celui qu’il as- « sassinera. •
Le prochain jour de l’assemblée du divan fut aussitôt désigné pour ce meurtre.
Endoctriné parson maître TicAerA^M- Bey, et sdr d’étre soutenu par les gardes du paehâ , le mamiouk Zou-UFyqdr se rendit en effet à l’audience : prenant respectueusement la main d'ismayl- Bey, • Qu’il vous plaise , lui dit-il , sei- « gneur, de me faire rendre ma pro- « priété. » — ■ Nous verrons, » répondit le bey, formalisé d’une démarche aussi hardie : le mamiouk insista : repoussé de nouveau , il tira son poignard , en frappa le cheyBn-fi-beled dans l’abdomen , et l’étendit mort dans la salle du divan.
Cet assassinat fnt le signal du meurtre de tous ceux qui tenaient au parti du cheykh-él-beled. Des gardes apostés par Te paehâ se jetèrent dans la salle, et massacrèrent tous ceux qui ne purent se soustraire à la mort par une prompte fuite.
Ainsi s’éteignit, l'an 1130 de l’hé-
girc (1), la puissance d'Ismayl-Dey , (ligne d’une meilleure fin. Son cadavre fut transporté dans son palais, puis déposé dans le tombeau de son pere , pr^ de la porte du Kaire appelé Bâbél-Louq.
TcherkesS’Bey hérita de la place de cheyk-él-beled, et le meurtrier Zou-l- Fyq&r fut, suivant la promesse du pachâ, mis en possession du harem et des biens d'Ismayl-Bey. Mais les deux complices du meurtre ne tardèrent pas à se craindre l’un l’autre, et cherchèrent mutuellement à se perdre. Tcherkess- Bey espéra obtenir contre son nouvel antagoniste le même succès que contre Jsmayl-Bey; mais ses menées ne parvinrent pas au même résultat. Soupçonnant ses desseins hostiles, Zou-l-Fyqâr vint l’attaquer, dans son palais, à la tête d’une nombreuse troupe de mamlouks et de soldats ottomans, dont il avait acheté les services. Il y eut dans les rues du Kaire un combat dont le succès ne fut pas longtemps disputé :
en un quart d’heure, les gens de Tcherhess-Bey furent misdans une déroute totale, et lui-même, entouré du peu de partisans qui lui étaient restés ndèles, se vit force de gagner la haute Égypte , dès cette époque refuge habituel des beys disgraciés ou vaincus, abandonnant à son heureux rival la dignité de cheykhilrbeled, dans laquelle le paehâ s’empressa de le confirmer.
Parvenu d’une manière si étrange, et contre toute attente, du rang de simple mamiouk, aux suprêmes fonctions de cheykh-él-beled, Zou-l-Fy qàr- Bey eut le sort de ses prédécesseurs : il devint l’ennemi de tous ses collègues, et entre autres d’un d’entre eux, surnommé Abou-Deyfféh, parce qu’i I avait coutume de s’envelopper d’un grand manteau de serp noire , appelé deyf/êh en langue arabe.
Une prédiction avait annoncé à Zoul-F^q&r-Bey que cet Abou-Deyfféh devait être la cause de sa ruine; et en conséquence plusieurs fois il avait tenté de le perdre lui-même. Ses tentatives avaient échoué ; et il cherchai t encore de nouveaux moyens de réussite, quand il apprit que 7h4erA«s-5eyavaitrassem-
(II Cette année a commencé le vendredi I" octobre de l’an I7S3 de l’èro chrétienne.
L’UiMVERS.
blé (les troupes dans le Sayd, et descendait à leur tête sur te Kaire ; le plus valeureux des mamiouks de Zou-l-Fvqàr-Bey, nommé Olhinûn-Kâchef, fut expédié contre Tcherkess-Bey ; battu en plusieurs rene-ontres, Tcherkess-Bey (nt obligé de se retirer en Barbarie ; et , enivré de sa victoire, Zou-l-Fyqâr-Bey sévit, au Kaire, contre b*s beys qu’il soupçonna de tenir secrètement au parti de Pancien cheykh-él-bc/ed. Plusieurs devinrent ses victimes; les autres, de concert avec le oualy, cliefde la police, et l’aglul des janissaires, conspirèrent contre lui. Ils informèrent Tcherkess- Bey de tout ce qui se passait, et l'engagèrent à revenir attaquer reiinemi commun, ensejoignantà.t/oüsfoyd-<.V-Ç<crcf, iii déjà venait, dans r figypte supérieure, e se (léclarer contre Zuu-l-Fyqàr-Bey , il la tète d'un parti considérable.
Ces instances diiterminèrent Tcherkess-Bey à reparaître en l'îgypte. A cette nouvelle, Zou-l-FyqAr-Bey consulta les ulémés et les clievkbs ; mais cette assemblée décida qu'une attaque coutre le survenant ne serait légale qu'après avoirépuisé tous les moyens d'accommodement.
Toute lenteur parut à Zou-l-Fyqûr compromettre ses intérêts, et, malgré la décision solennelle , il envoya de nouveau Othmân, qu'il venait d'élever à la dignité de Bey , pour repousser Tcherkess-Bey. lîn combat eut lieu, dans lequel jWoMsto/'(l-êf-()erd fut tué, et TcAerAess-Zley lui-même, atteint d’un coup de feu , en eberebant à passer le ISil à la nage, périt dans les eaux du neuve. Sa tête et celle de Muustafd-él- Qerd furent envoyées par Othmân- Bey à son maître, qui ne devait pas recevoir ce sanglant trophée.
En effet, tandis que Olhmân-Rey immolait les ennemis de Zou-l-Fyqâr, Zou-l-Fyqâr lui-même tombait, au Kaire, sous les cou psd’a.ssa.ssins décidés à lui ôter la vie ; redoutant de nouveau sescruautésaprès une nouvelle victoire, les beys revêtirent l’un d’entre eux d’un deyfféh, et firent annoncer au cheykh- Al-Med que son ennemi mortel, .dbou- Oeyf/éh, avait été saisi par l’agliA des janissaires. Amené devant lui, le faux .4bou-neyfJèh parut couvert de son manteau ; mais ce manteau cachait deux
pistolets d’arçon , qu’il déchargea à la fois à bout po'rtant dans la poitrine du Cheykh-iIrBekd , et le tua roide au milieu de sa salle d’audience.
Ainsi périt Zou-l-Fyqâr-Bey , l’an 1 142 de l'hégire ( 1 ), deux Jours après la mort de sou rival.
Othmûn-Bey accourut de la haute Égypte, pour venger la mort de son maître , et entra dans le Kaire, fa'isant main basse sur tous ceux qu'il rencontrait.
A ce carnage, qui futaffreux, succéda une autre catastrophe sanglante. Mohammed-Bey, l'un de ceux qui s’étaient soustraits à la vengeance A’Olhmàn, voyant vacant le poste de. cheykhrélbelcd, voulut s’y élever sur les cadavres de ses collègues. Associant à son projet Sdlch-KAchcf, son confident , il complota de les faire massacrer tous par des assassins apostés au milieu d’une fête qu’il leur donnerait. Ce complot eut son exécution; mais Mohammed-Bey ne jouit pas des fruits de son attentat : les victimes du guet-apens avaient opposé une résistance désespérée aux meurtriers; et l'auteur du crime, Mohammed-Bey lui-même, périt dans la mêlée. Sàlèh-KAchef, voyant ainsi ses espérances ruinées, se retira à Constantinople, après avoir exposé les têtes des beys immolés sur les marches de la mosquée appelée Câmi-H- Uassaneyn.
A ces désastres politiques se joignit le ravage d’un autre fléau destructeur.
Cette époque est celle de la peste fameuse encore de nos jours sous le nom de Teste de Kdou. On la nomma ainsi parce qu’elle fut annoncée, suivant les traditions populaires , par un Santors onFaqyr nègre, qui parcourait les rues du Kaire, en criant Adou, Adou!
(brûlure, brûlure!) et qui, en proie à une aliénation mentale, courut se précipiter dansune fournaise embrasée, où il périt.
Cette peste sévit sur les populations d’une manière terrible , et ses ravages furent d'autant plus affreux , ciue l’anarchie et les désordres auxquels l’Égypte était en proie empêchaient qu'on n'arrêtât le progrès du fléau.
n) f>ltf année a coioinenné le mercredi S7 Juillet de i’ao 1729 de notre ère.
Ï;GYPTK MODERiNK.
Cette incnie année fut marquée par la déposition (lu sultan Ahmed III (I) : il eut pour successeur, au mois de Géinady-el-Aouel de l’an 1143 (2) de Phéf?irc ( octobre 1730), son neveu Mahmaud-ben-MoustaJà-Khân , vingt-quatrième empereur ottoman : ce prince, que nos écrivains nomment Mahmoud l’' et quelquefois Mahomet /', occupa vingt-cinq années le triine de Constantinopfe.
Sous son long règne , les pachâs que la Porte Ottomane envoya comme gouverneurs en Égypte y conservèrent leur nullité antérieure, et toute l’autorité dans e« pachâlyk continua d'appartenir sans partage au cheyk-él-beled, devenu gouverneur de fait , et contre lequel les gouverneurs titulaires osèrent rarement se heurter.
Othmàn-Bey succéda à son maître Zou-l-fyqAr dans les fonctions de cheykh-él-beled, et créa beys plusieurs de ses (namlouks, pour remplacer ceux qui avaient péri pendant les troubles.
Tout le monde b^nit son administration : il fut équitable, mais sévère, et Gt décapiter un de ses nouveaux beys , qui avait exercé des concussions dans une des provinces où il était chargé de lever l’impôt.
Le trait de justice suivant, rapporté
(I) Monnaies du sultan Ahmti-htn-flohatncd ( Achmet III], frupp<^f« en or au Rai re, sous lit (laie d« i'an 1 1 1 & de Théglre, 1703 de uolre ere.
par des mémoires inédits contemporains, mérite d’étre cité.
Un pauvre ânier du Kaire, voulant raccommoder la mangeoire de son âne, trouva, dans le massif de mai^onnerie qui la supportait, un vase rempli de monnaies d'or. Joyeux, il le remit à sa femme, en lui recommandant la prudence et le secret, certain d’étre dépouillé, si sa découverte était connue, tout tr^or dans l’Orient appartenant au gouvernement.
La femme, au contraire, exigeait de riches vêtements , des bijoux , et une ostentation de luxe qui devait trahir leur nouvelle fortune : le mari refusa; et sa femme, irritée , courut le dénoncer au cheykh-él-beled, Othmàn-Bey. Celuici Gt comparaître l’ânier, entendit ses raisons , et le renvoya en lui disant ; « Garde ce que Dieu va donné , répudie « ta femme, et vis en paix. »
A peine installé dans sa haute dignité, Othmàn-Bey vit la famine succéder à la peste : il ouvrit ses trésors , et Gt renaître l’abondance. Cependant, malgré la sagesse de son administration, il ne put se mettre à l’abri des tentatives ambitieuses A'Ibrahym et de Ismayl-Roddonân, tous deux kyahyds (I), l’un des Janissaires, l’autre du corps des Azabs: l’unetl’autreavaientétémamlouks, l’un dans la maison A'él-Qazdaqlyéh, l’autre dans celle A'él-Gelfyéh, dont la première doit sa fondation à un ancien sellier enrichi, et la seconde à un pauvre porteur, Ahmed-ét-GelJy , que la fortune avait favorisé d’une manière bien étrange.
Un mamiouk était venu un jour mire sa provision d’Imiledans la manufacture où Ahmed-élGelfy travaillait comme simple journalier, et le chargea déporter chez lui la jarre qui la contenait. Làle porteurattendaitson salaire, quand ce mamiouk, dpnt il ne connaissait pas même le nom, le pria de l'aider à cacher, dans l'épaisseur d’une muraille, un trésor considérable, qu’il voulait dérober à la connaissance de ses camarades. El-Geljy obéit, mura la cachette, reçut un .seqnin pour .sa peine, un autre pour le serment d'un secret inviolable , et sc
La première de ces monnaies porU* le nom <le Fondouql^; la seconde fst un rft'mi-Foftdouqly.
“J, Celle année a roininencé le lumii 17 Juillet de l’an 1730 de nôUe ere.
15* Livraison. (f.üYPTi-: moülum:
(I) Cit titre s’écrit aussi hykhyA et khodti : chacun ou corps millIaU
asoii kyahyâ, charçéde la police du corps, ainsi que de la jusiice a rendre aux membres
(lu Voûjôq.
226 LUNIVERS.
retira bien satisfait de sa journée.
Trente jours après, passant dans la même me, il y vit un rassemblement, s’informa, et apprit à la fois la mort du mamiouk et la mise [en vente de sa maison. Le pauvre porteur se présenta hardiment comme acquéreur, se fit adjuger la maison , la paya avec l’or du trésor caché, et se retira au village de Ge(f, dans la haute Égypte, dont il était originaire. Là peu à peu il développa sa fortune, et finit par devenir le chef d’une maison puissante.
Ibrahym et Ismayl-Roddouân étaient aussi opposés de fortu ne que de caractère. Le premier était pauvre, entreprenant, dévoré d'ambition ; le second;, riche et apathique, ne songeait qu’à ses plaisirs. Cependant , Ibrahym, qui avait besoin de Roddoudn, avait recherché son amitié. Ayant épousé la fille d’un riche marchand, nommé Mohammed-él-Rarotidy, il acheta, parle moyen des richesses de sa femme , la faveur des mamlouks, des soldats ottomans, et même du pachâ : il était parvenu à corrompre jusqu'aux premiers officiers de la maison du cheykh-êbbeled; il vint à bout enfin de se faire créer bey, avec son ami Roddouân; et ils réunirent ensemble leurs intérêts et leur fortune.
Othmùn-Bey fut effrayé de la rapidité de leur avancement; et, pour les arrêter dans leur carrière d’ambition , se concerta avec trois maisons puissantes. L’une , celle A'Ibryahm-Bey-êl- Çotamych, comptait trois bcys dans son sein; celle A' Aly-Bey-él- Damyâty en avait deux; la troisième était celle A'Jly-Kykhyà-él-Taouyl. On convint d’assassiner Ibrahym- Bey , qui avait conservé ses fonctions de kyahyA des janissaires (1), et Roddoudn-Bey en plein divan. Tout était prêt pour l’exécution du complot; mais l’intendant AacheykhéL-belea, Ahmed-él-Sokry, l’un de ceux qu’avait achetés l’or A' Ibrahym- Bey , avait prévenu celui-ci. Ibrahym, à son tour, avisa Roddouân ; et tous deux , se concertant, essayèrent de répondre à un guet - apens par un autre. Leurs émissaires armés assaillirent le cheykhél-beled dans la rue qui conduit au châ-
(1) Lê8 histoHens orientaux le déai{^en( plus souveotrous ce dernier litre que sous celui de
teau, et se seraient saisis de sa personne sans la vitesse de son cheval , grSce à laquelle il put parvenir à son palais; mais là il trouva le traître intendant, qui, jouant la fidélité et le zélé, peignit à son maître le danger plus grand qu’il n’était, le persuada d’une révolte générale de la ville, et le détermina à prendre aussitôt la fuite pour la Syrie.
Ahmed-él-Sokry l’accompagna dans cette retraite; mais, sur la route de Ghazzah, près du villaged’/fcAra/ÿéA, sousprétextedeveillerà lasdreté a’Olhmân-Bey, qui lui avait confié le commandement de l’escorte, il resta en arrière, et, avec les mamlouks séduits par lui, revint au Kaire. Ibrahym- Kyahyâ le récompensa de sa trahison par le titre de bey.
Othmûn-Bey, arrivé presque seul en Syrie , passa à Constantinople, et y obtint le pachalyk de Brousse, qu’il conserva jusqu’à sa mort; le jour de sa retraite du Kaire , le peuple pilla son palais et s’en partagea les riches dépouilles.
Ces divers événements se passèrent en Égypte, dans le courant de Van 1 1 56 de l’hégire (1).
Après l’expulsion d’OfAmdn, Ibrahym-Kyahyàet Roddouân-Bey, n’ayant plus de concurrents, s’occupèrent de l’anéantissement des maisons qui s’étaient alliées contre eux : Roddouân-Bey se chargea de la perte A'Aly-K ykkyàrâ- Taouyl, et chargea un de ses mamlouks de le tuer d’un coup de pistolet, au milieu d’une fête. L’assassin fit feu; mais, ayant mal visé, au lieu A'Aly, il tua le mamiouk qui était auprès de lui, et fut aussitôt massacré avec deux complices.
Ibrahym- Kyahyâ réussitmieux contre ses autres rivaux; Kiour-Ahmed occupait alors le pachalyk d’Ë^ypte; soit qu’il craignit la puissance a'Iorahym-Kyahyâ, soit qu’il crût devoir, dans les intérêts de la Porte Ottomane, saisir une occasion d’affaiblir le corps des beys , il entra dans les projets meurtriers A' Ibrahym, et coopéra a leur exécution : à force d’argent , l’intendant même A' Aly-Bey-él-DamyAhj , nommé Souleymân, fut acheté, et se chargea d’assaillir sonmaitre, dans la salle même
[ 1) Cette année a commencé le lundi as février de l’an 1743 de notre ère.
ÉGYPTE MODERNE. 227
du divan , promettant de livrer sa tête et celles des beys scs partisans. Ibrahym-Kyahyâ et Hoddouàn-Rey sechargerent de fermer aux beys destinés a la mort les issues de la citadelle , en se postant avec des troupes aux portes dites des Janissaires et des Àzabs :
Souleymân tint parole : Khalyt-Hey , de la maison à'él-Damyàty , et Mohammed-Bey , de la maison A'él-Qotatnych, furent les premières victimes, et toute leur suite fut égorgée : Jly-Bey et Omar- Bey-él-BaUât, qui étaient parvenus à s’échapper du massacre, furent poursuivis par lepaclid lui-même, et massacrés par Ibrahym et par Roddouàn, en voulant sortir de la citadelle : les cadavres de Khalyl-Bey etdeA/oAommed-Bey furent les seuls qui obtinrent les honneurs de la sépulture.
De tant de beys armés contre Ibrahym-Kyahyâ et Roddouàn, il ne restait plus qil Ibrahym-él-Qotamych et Mly- Kykhyû-il-Taouyl. Le premier mourut de chagrin, peu de temps après ; le second s'exila volontairement, abandonnant aux deux kyahyâs l’autorité qu’il avait voulu leur disputer.
Maître ainsi du Kaire, Ibrahym- Kyahyd se üicheykh-él-beled, et nomma Roddouàn-Bey à la dignité A'émyrél-hag ( prince du pèlerinage ), dignité (|ui des lors ne fut plus une concession passagère, mais devint la seconde place du pouvoir; et chaque année ces deux places furent alternatives entre eux.
Puis tous deux retournèrent à leurs liabitudes, c’est-à-dire Ibrahym à ses projets, et Roddouàn à ses plaisirs.
Ibrahym- Kyahyû se hâta d’user et d’abuser de la puissance qu’il avait acquise aux dépens de son trésor, et, pour le remplir de nouveau, n'épargna ni avanies, ni proscriptions. La première tomba sur ce So^ymàn, dont il avait si chèrement payé la trahison : il Dt jeter cet instrument, devenu inutile, dans les cachotsde la citadelle du Kaire, et ne lui permit d’en sortir qu’après lui avoir fait regorger avec usure tout l'or qu’il lui avait prodigué. Il attaqua ensuite les autres personnages riches , et s’empara de leurs biens, après les avoir exiles ou mis à mort. En un seul jour, il confisqua plus de quatrevingts maisons du Kaire. Les revenus
de l’État, les douanes, les villages, les magasins, jusqu’aux boutiques des simples détaillants, tout fut pillé par lui :1a terreur et la consternation étaient générales.
Kiour-Àhmed-PachA avait été rappelé à Constantinople, et était passé au gouvernement de l’île de Chypre : le pachâ qui l’avait remplacé au Kaire, l'an 1 159 de l’hégire (1) , avait été traité par Ibrahym- Kyahyâ avec peu d’égards :
ce fut à ce représentant de la Porte Ottomane que les mécontents portèrent leurs plaintes : il Ot des réclamations qui furent mal reçues : outré de cette nouvelle marque de mépris, il proGta de l’absence A' Ibrahym qui , cette année, conduisait la caravane à la Mekke, pour ourdir des trames avec Housséyn-Beyél-Khachab; il le chargea de venger son injure particulière et l’oppression publique, lui offrant la place de cheykh él-beled, s’il parvenait à le délivrerd’/brahym- Kyahyâ et de son collègue, Rodaouân-Bey .
Tenté par une telle promesse, Housséyn-Bey prit si bien ses mesures, au retour A' Ibrahym, qu’il réussit à le saisir à l’improviste, ainsi que Roddouàn, et à les emprisonner a la citadelle du Kaire : aussitôt le pachS proclama Housséyn-Bey comme cheykh-él-l>eled; mais son triomphe ne fut pas d’une longue durée : les partisansd’/oraAym- Kyahyâ se réunirent, attaquèrent Housséyn-Bey, que le pachâ, et remirent en liberté les deux beys prisonniers. Housséyn-Bey prit la fuite dans la haute Égypte, et courut se cacher à Ibryne, en Nubie ; le pachâ fut renvoyé à Constantinople, ou le sultan punit sa non-réussite par un arrêt de mort.
C’est à cette époque qu’appartiennent les premières phases de la fortune du célèbre Aly-Bey, surnommé le Grand W, qui depuis régna à son tour sur l’Egypte, et sut même y établir quelque temps son pouvoir indépendant.
Ibrahym- Kyahyâ possédait, dit-on, plus de deux mille mamlouks; Aly remplissait dans sa maison les fonctions de selahdar-aghâ , c’est-à-dire
(I) Cette année a commencé la landi S4 janvier de l’an I7ts de l’ère chrétienne.
(i) Aty-Bty-ei-Kébyr.
L’UMVERS.
i]u’ilrtnit clinrfjKii’nvoir soin desornips avait clôrpru avpci.onneur par le cheyket de porter le sabre de son maître. /6ra- fl-belcd Im-miînie, Ibrainjm-Kyahijà; hym l’avait emmené avec lui dans son les beys, accueillis par lui avec bienveilpelerinagede la Mekke.et avaiteu oc- lance”, avaient juré entre ses mains, uasioii de remarquer la valeur de son dans une audiencesoleniielle, obéissance jeune mamiouk. La caravane fut atta- et lidélité à l’empereur ottoman : il les quée par plusienrs tribus arabes; et ///y, avait revêtus des pelisses d’honneur, qui venait d’être fait kdehef, s’étant suivant l’usage cérémoniel : enlin Ramis à la tête des troupes de l’escorte, ghyb- Mohammed- Pachà avait gagné avait repoussé les assaillants avec un tel raffection des beys, et la meilleure iticourage, qu’il reçut généralement le telligence régnait entre eux et lui. Il ne surnom de Genn-Ahj ( Aly le Génie , ou troublait en rien l’exercice du pouvoir plutôt Aly le Diable). d’/brahym-Kynhyd, et se contentait
De retour au Kaire, Ibrahym- modestement de la portion d’autorité Kyakyâ songeait à récompenser son que celui-ci lui laissait exercer : grâce kdehef par le titre de bey. .Sa troj) à sa conduite liante et mesurée , il grande jeunesse s'y opposa : d’ailleurs était, depuis plus dedeux ans, tranquille cette promotion fut retardée parle guet- gouverneur de l’Égypte, et les beyseuxapens de Honsséyn-Bey , puis par une mêmes avaient demandé sa prorogation catastrophe bien autrement importante, dans son pachdlyk.
On venait d’apprendre que le suc- Mais il arriva tout à coup de Conscesseur du pacliâ expulsé venait d’arri- tantinople un firman secret , ou khaltver à Alexandrie : il était d’usage que le cheryf (t), qui enjoignait au pachâ de nouveau gouverneur s’y arrêtât , pour tenter tous les moyens possibles de y recevoir les félicitations et les'pré- détruire les beys en masse, et de faire sents adressés par le cheykh-él-beled et massacrer sans'délai le cheykk-êl-beled, les autres beys. Mais dès lors le pachâ avec tous ceux de ses adhérents qu’il était entouré d’espions, chargés par les pourrait saisir, beys de découvrir quelles étaient ses in- Le pachâ savait qu’il avait excité les tentions à leur égard, et d’acquérir quel- soupçons du divan de Constantinople,
que connaissance des ordres dont il qui paraissait disposé à l’accuser de
était chargé par le sultan de Constanti- n’étre en si bonne intelligence avec les
nople. beys que pour fomenter leur révolte
Si l’on était assuré que scs ordres en” Égypte et s’y rendre lui-même in-
étaient pacifiques et ses intentions dépendant de la'Porte Ottomane,
bienveillantes, il continuait librement Exécuter l’ordre impérial publiquesa route, et était reçu à Boulâq par les ment, c'était risquer beaucoup, et s ex -
beys en cérémonie. Mais si l’on dé- poser à une dangereuse r&istance;
couvrait que ses intentions étaient dé- désobéir, ou seulement retarder son
favorables et ses instructions hostiles, obéissance, c’était dévouer sa tête à In
le divan des beys s’assemblait et signi- vindicte du divan ottoman et justiiier
liait au nouveau pachâ la défense ex- l’accusation de tendance à la rébellion,
presse de continuer son voyage. Le di- Après avoir hésité longtemps et van du Kaire écrivait alors au divan calculé toutes les chances, Raghyb-
de Constantinople, pour accuser le per- A/o/iarnwiecf./’ac/iâ se décida à employer
sonnage rejeté d’une ambition perlide la ruse et la periidie envers les beys
et dangereuse et de manœuvres con- ses a»tts: il aposta des satellites armes,
traires aux intérêts deSa Hautesse. On et les chargea de massacrer, à son signal,
annonçait sa présence comme capable la totalité des beys , pendant qu’ils sié-
d’exciter le trouble et la rébellion; en géraient avec lui au nivan général,
conséquence, on demandait sa révoca- Le coup fatal fut exé.i'uté en partie : tion, et son remplacement par un autre trois beys furent assassinés; mais les
fonctionnaire plus agréable a l’Égypte. autres, et le cheykh-él-beled à leur tête.
Le divan du Kaire n’avait conçu au- se défendirent vaillamment, et reprocun ombrage de l’arrivée du nouveau
pachâ, nommé AnyAyô-A/o/mnjînff/, qui (i) Voyez ci-dessus la noie de la page i oïl
ÉGYPTE MÜDER^E.
chôrent avec indignation au pacliâ la trahison (lu'ils devaient si peu redouter de lui , dans la position où les avait placés leur amitié réciproque.
Pour toute justiricalion, Haghyb-Mohammed-Pachd exhiba le lirinan impérial : sa vie fut épargnée; mais il fut a l'instant même déposé par le divan du Kaire, qui envoya demander à Constantinople un autre gouverneur pour lui succéder.
Trois nouveaux beys furent nommés pour remplacer les trois qui avaient été assassinés. Ibrahtjm-Kyahyù proQta de cette occasion |>our élever à celte dignité Aly-KAchef, son favori.
La promotion A' Aly-liey avait eu un violent antagoniste dans un des heys , nommé aussi Ibrahym , comme son protecteur, maisCircassien de naissance, et par cette raison surnommé rl~Tcherkàssy . L'autorité A'ibrahym- Kyahyà l'emporta pourtant; mais c'est de cette époque que date la haine irréconciliable qui divisa les deux Ibrahym, haine qui ne s'eteignit que cinq ans plus tard, dans le sang A' /brahym-Kyahyd, massacré alors par Ibrahym-ét-Tcherkassy, l'an 1168 de l'hégire (1).
Cette même année vit aussi la mort du sultan Mahmoud^'), auquel succéda
(I) OUennnt^ea commi*n<!4 le ventlriill 18 octobre de l’an I7r>4 de Tere chréUonue*
(â) Monnaies d» sulLin .Vtî/*mo«f/-6rM-.Vo«j' tafà ( Malimoud I*' ou Mahomet V ) , frappées en or au Kaire, avec la date de l’an I ua de rbégire (1730 de l’ére chrétienne;.
La première de res monnaies est un zcr^ fnuhhuub^ ou se<|niii ; In M>conde un (lemi-jpquin, nomme en arabe mmsftjéh.
son frère Olhmdn-ben-ÎJousla/â, nommé fautivement Osman il par nosécrivains, mais réellement le troisièmedc ce nom-:
ce prince ne régna que trois années.
Cependant, Ihrahyni-él-Tcherkasxy, par le meurtre A' Ibrahym-Kyahyâ, n'avait satisfait que sa haine; son ambition n'en recueillit aucun fruit. Ce fut Jioddoudn-liey . l'ami, le compagnon fidèle du cheykh-éi-bekd , qui recueillit l’héritage de sa puissance.
Mais un autre prétendant à cet héritage s'éleva aussitôt; c'élail Uousséyn- Bey, devenu le chef de la maison d'/6r«hym-Kyahyd : il réclamait, à ce titre, la dignité de cheykh-él-bekd. Sur le refus qirilen éprouva, il monta avec ses mamlouks à la citadelle du Kaire, s'empara des batteries qui commandaient la place liirkét-él-Fyl , où lioddouân-Bty avait son palais, et le cribla d'une grêle de boulets et de mitraille.
Hoddouân-Hey, occu|>é alorsà se faire, raser, n'eut que le temps de sauter sur un cheval ; à peine en selle, un biscaïea lui cassa la jambe : cependant il put, a la tête de quelques mamlouks, faire retraite jusqu’au village de Oieykh- (Mhmàn , où la douleur le força d’arrêter : il y mourut peu après ; et ses restes y sont déposés dans un petit tombeau auprès de celui de Voualy, qui avait éu’^ blessé comme lui et qui l’avait accompagné dans sa fuite.
IIousséyn-Bey prit alors le titre de cheykh-éMeled, et chercha en vain à s« concilier l’amitié de ses collègues. A peine quelques mois s’étalent écoulés, qu'il fut assailli par eux, au lieudit MostatebAl-Séchâb (l’estrade des llèches) , dans la plaine qui sépare le Kaire de In termeA' Ibrahym- Bey, où il était occupé à surveiller les évolutions militaires de ses mamlouks : il y fut égorge et coupc
Autre monuale du même prince, frappée é^* lement au Kaire, en cuivre, et sous la même date : cette espèce de monnaie porte le nom de gédyd.
Digilized by GoogU
L'ÜKIVERS,
en morceaux; et depuis, les traditions populaires n’eu parlent jamais, sans ajouter à son nom le surnom d’él-Maqtoul ( le massacré).
Khalyl-Bey lui succéda : son règne fut signalé par de nombreuses proscriptions. Aly-Bey fut un de ceux contre lesquels il signala le plus son inimitié et sa jalousie , parce qu’il le jugeait le plus redoutable de ses rivaux.
En effet, Aly-Bey avait crû en force et en puissance; sincèrement attaché à son patron Ibrahym-Kyahyd , il avait juré de venger sa mort; mais, pour arriver sûrement à la vengeance, la seule voie était le pouvoir. Pendant près de huitannées, il dissimula soigneusement ses intentions; durant ce temps, il achetait un grand nombre de mamlouks , s’insinuait dans la faveur des autres beys ses collègues par des présents et des services : pas à pas il avançait vers son but : des événements imprévus vinrent accélérer sa marche; son influence, toujours croissante , inquiéta Khalyl- Bey, qui, résolu à s’en défaire, le fit attaquer dans les rues du Kaire par lionssiyn-Bey-Kech-Kech. Après un combat sanglant, fut forcé de s’exi-
ler dans le Sayd , avec quelques beys ses partisans , pour y mûrir les projets de sa double vengeance.
Aly-Bey et ses adhérents furent déclarés par Khalyl-Bey déchus de leurs dignités, et remplacés par ses créatures. Ceux de ses amis qui étaient restés au Kaire, ceux même qui furent soupçonnés d'avoir quelque penchant secret pour lui, furent impitoyablement massacrés.
Mais Aly-Bey avait trouvé dans le Sayd Saléh-Bey, ancien mamlouk de I/oustafd-él-Qerd, exilé comme lui, et, comme lui, ayant des griefs contre le cheykh-él-beled. Réunissant leurs forces , les deux réfugiés revinrent sur le Kaire; Khalyl-Bey et Housséyn-Bey marchèrent à leur rencontre. L’avantage du combat resta à Aly-Bey et à son allie ; ils poursuivirent leurs ennemis à travers la province de Qetyoubyéh, les atteignirent au village A^él-Mesgid-él- BhodrdOa mosquée verte), sur Te bord du Nil , les y battirent de nouveau , et les forcèrent de s’enfermer dans Tan-
tah, gros bourg de la province de Gharbyéh.
Aly-Bey envoya son hâchef, nommé Mohammed et surnommé Abou-dahab (I), pour les y forcer; Tantah fiit pris d’assaut : Housséyn-Sech-Kech y tut décapité; Khalyl-Bey, r^ugiédans la mosquée, y fut bloqué et pris par la famine : les têtes de tous les mamlouks de leur parti furent envoyées au Kaire et promenées dans toute la ville :
Khalyl-Bey, exilé d’abordàAlexandrie, y fut ensuite étranglé.
Ces succès ouvrirent à Aly-Bey les portes du Kaire, l'an 1 1 77 de l’hégire (2). Son premier acte fut de s’y faire proclamer cheykh-ei-beUd ; son second, de poignarder lui-même l’assassin de son maître, Ibrahym-él-Tcherkassy.
Cependant cette terrible vengeance, désirée et préparée depuis tant d’années, mit en danger l’autorité et la vie du nouveau cheykhrél-beled. En effet , il avait plus consulté sa reconnaissance yont Ibrahym-Kyahyd, et son ressentiment contre Ibrahytn-él- Tcherkassy, que les conseils de la prudence. Ce meurtre excita contre lui tous ceux qui , parmi les beys, étaient les créatures ou les partisans de celui qu’il venait d'immoler à sa vengeance, et aliéna même ceux qui avaient combattu pour sa cause.
Il ne put trouver sa sûreté que dans une fuite prompte du Kaire, et dans une retraite précipitée en Syrie; il y obtint un asile auprès du Mohassel ou Motsefemf gouverneur) de Jérusalem, son ancien ami ; mais cet asile ne put le protéger que pendant deux mois : les oeys, ennemisd’.y/ÿ, l’avaient accuséaupres du sultan Moustafd-ben-Ahmed (Moustafâ III), qui, depuis l’an 1171 de l’hégire (3),occupait le trûne-de Constantinople; et un iirman impérial porta l’ordre au Mohassel de Jérusalem de livrer son protégé Aly-Bey et de l’envoyer prisonnier à la Porte Ottomane.
Instruit à temps , Aly-Bey s’enfuit à
(I) Ceturnom signilie proprement le Pire de l'or, expression métapnorfqne équivalant a avare et cupide.
(a; Cette année a commencé le mardi 12 Juillel de l'an 1763 de l'êre ebréUenne.
(3) Celte année a commencé le jeudi I& sep. tembre de l’an n.V7 do notre ère.
ÉGYPTE MODERNE. 231
Akkah (Arre), ou il gagna l'amitié du eheykk liaher, fils dOmar, prince de cette ville puissante. Soutenu par lui, et secondé par ses amis du Kaire , surtout par les anciens partisans dlbrahym- Kyahyà, pour lesquels lemeurtredVbrahym-él-Tcherka$m était loind’étre un crime, il parvint à faire révoquer les ordres du divan impérial , et à rentrer, la même année, au Kaire, dans ses fonctions de cheykhrél-beled.
Deux ans après, l’an 1179 de l'hégire (1). il fut troublé encore dans la possession de sa dignité.
Lorsque Raghyb-Mohammed-PachA, ancien gouverneur du Kaire , avait été épargné auiroilieu de la catastrophe qui lavait dépossédé du pachâlyk o'Égypte, il avait éprouvé particulièrement la générosité personnelle A' Alu , alors kAcke/; après son expulsion de l'Egv'pte, il avait été transfère à un pachâlvk de l’Anatolie ; puis, neuf ans après, il avait été élevé au poste de grand vizir par le sultan MoustafA III. Dans sa position éminente, il avait toujours gardé le souvenir de ce qu’avait fait pour lui Aly-Bey, et sa reconnaissance n'avait cessé de le protéger , soitd’une manière patente, soit par des services secrets.
La mort de ce vizir, arrivée l'an de l'hégire 1179 (1765), enleva à Aly-Bey son plus sûr appui auprès de la courotto^ mane, et ses ennemis profitèrent de cette circonstance pour ourdir contre lui de nouveaux complots.
Aly-Bey se vit contraint de s’enfuir une seconde fois du Kaire, et de se retirer dans l’Yéraen ; mais, l’an 1 180 de l'hégire (2) , ses partisans facilitèrent son retour, et assurèrent sa tranquillité future par la mort de quatre des principaux beysdu parti ÿlbrahym-êl-Tcherkassy.Salèh-Bey, son ancien allié, avait détaché ses intâ^ des siens, pour suivre des projets d’ambition personnelle ; il fut poignardé par Ibrahym-KAchef, qui, plus tard, sous le nom A'Jbrahym- Hey , devait devenir cheykh-il-beled à son tour.
Les tribus arabes de la basse Égypte s’ctaient déclarées contre Aly-Bey, et
r 1) Celle année a commencé le jeudi 2ü Join de l’an I78s de notre ère.
ii) Cette année a commencé le lundi ojuin de l'an lia? de l'ère cbrcUcune.
occupaienten armes toute la province inférieure, qu’elles dévastaient : Aly-Bey envoya contre elles un de ses mamlouks nommé Ahmed; celui-ci fit un tel carnage desArabe.s qu’il reçiitdèslors le surnom A'6l-Gezzâr ( le Boucher ), surnom qu’il n'a depuis rendu que trop fameux clans lepacnâlyk d’Acre, qu'il opprima pendant de si longues années. Tous les autres ennemis A’ Aly-Bey furent comprimés par la crainte; et il put espérer de régner désormais tranquillement sur l’Égypte, sans qu'aucune nouvelle intrigue osât éclater contre lui.
Cependant,craignantencorequelques nouvelles tentatives hostiles , Aly-Bey mit ses soins à se fortifier contre toute éventualité défavorable; et, dans cette vue, il fit conférer le titre de bey à dix-huit des mamlouks qui composaient sa maison.
Ces beys furent les suivants :
Boddoûân , son neveu , Aly-él-TatUAouy ,
Ismayl,
Khalyl,
Abd-ér-rahmAn,
BassAn,
Youssouf,
Zou-l-Fyqàr,
■dgyb,
MoustgjfA, tous les neuf Géorgienscomme lui ;
Ahmed-él-Oezzâr, d’Amasie;
Sétym et SoideymAn (1), l’un déjà aghA et l’autre AyaAÿd des janissaires; Lattyf,
OthmAn, tous deux Circassiens; Ibrahym et MourAd, également Circassiens , et (]ue nous devions retrouver se disputant le pouvoir en Én-pte;
Enfin Mohammed, le plus cneri d'eux tous, et qui bientôt devait se montrer envers lui si ingrat et si perfide.
(1) L'omiUé du cheykh Él-Mohdy m’ayant renda pouesaeur, en Eevpte, du sceau de Souleymân-Bry, qui avait été son premier protecteur, je crois devoir en joinara ici l'empreinte, qui pourra, en même temps, oITrir un ipécimen des sceaux et des cachets des orientaux.
r;ij.Mvi;Ks.
A son investiture, Mohammed-Bfy, que SJ cupidité insatinble avait déjà, lors qu’il n’était encore que /idcAçf, fait surirommer Abou-dahah Père de l’or), voulut ennoblir ce surnom ,et en faire oublier l’avilissante origine, en essayant d’en détourner l’application par une prodigalité jusqu’alors inouïe; au lieu des parais (1), que les nouveaux beys avaient coutume de répandre sur la foule, il fit jeter au peupledes quarts de sequins d’or (2).
Paisible possesseur de la suprême puissance, .4ly- Hey voulut prouver, par sa conduite administrative, qu’il en était réellement di^ne : il rendit une exacte justice à tous , purgea les provinces des Arabes voleurs , et s'appliqua à faire le bien des populations qui lui étaient soumises ; chacun le bénit d’avoir fait enfin succéder la tranquillité publique aux désastres d'une longue guerrede factions.
Mais déjà le cheykli-él-beled de l’Él^pte avait des vues plus étendues : mis deux fois en danger par les arrêts ou les sourdes menées de la cour ottomane , il aspirait à s’en rendre indépendant et à secouer tout joug de suzeraineté du sultan. Dissimulant avec soin ses projets ,il prit pouctantdès lors ses mesures en conséquence. Ainsi, sous divers prétextes, il destitua ou éloigna des emplois civils etmilitiires les chefs des corps des odjâqs , et les remplaça par des gens à lui; le seul corps qu'il protégeât était celui des janissaires ; mais il sut se les attacher et les tenir sous sa dépendance, de manière à les mettre hors d’état de rien entreprendre contre lui. La solde des autres corps fut à dessein arriérée, et payée en partie en rescriptions , qui perdirent bientôt jusqu’à quatre-vingt-dix pour cent : il en résulta un agiotage ruineux, dont il profita en faisant retirer cescé-
M) Leparaf, dont nous avoni déjà parlé dans la note 3 de la pa^e est moins une monnaie d'argent qu'une piêcedecuivreart^enté, formant la quarantiémo partie de la piastre turke ; du temps de notre expédition d'Egypte, il en fal> lait vingt-huit pour équivaloir a un franc de noire monnaie : celle monnaie est si mince et si légère, que, lorsque l'on compte une somme en paraU , 11 faut avoir soin de se mettre à l'abri du vent, qui. sans cAdle précaulion, enlêverail et d[>i>erseraU toules piéadles.
i3) Le &(t(|uin d’Egyple se nomme zer-moh- /tnuù oit f^eulcmcnl rriahboud ; le demi-sequiii, tfonsji-fnahôoMb ou nouêfi/èh ; enfin , le quart de se<|uui, roub’Uiahboub oo rvubyéh.
dules à vil prix, les odJàf//ys, voyant ainsi leur paye réduite au dixième, se dégoûtèrent du service militaire , et le
uittèrent peu à peu , pour embrasser
’autres professions plus lucratives.
Plus Aly-Bey diminuait le nombre des soldats ottomans, plus il augmentait ses acquisitions de mamiouks : il en porta , dit-on, le nombre jusqu’à six mille : en même temps il défendait aux beys Pt aux kâchrfs dont il n'était pas sûr. d'avoir plus d'un ou deux mamiouks en propriété.
Le pachâ qui résidait alors en k^'pte était Mohammed-Pachâ : ees innovations l'alarmèrent : il hasarda quelques observations ; Ahj-Bey n’en tin t compte. Alors le pachâ résolut de s’opposer à des opérations qu’il jugeait contraires aux intérêts de la Porte Ottomane; mais, n’osant y mettre obstacle ouvertement, il eut recours à l’intrigue et aux complots : il rechercha les anciens partisans à‘lbrahym-él-Tckerkassy , ranima en eux le désir de venger, par la moriiX'Aly-Bey, celle du chef de leur maison , s entendit avec eux , et réussit même à détacher quelques-uns de.s partisans du cheykh-él-beted, en stimulant leur jalousie ou leur avidité.
Comble des faveurs d'Aly-Bey, qui l’appelait son fils, et lui avait donné s.-) propre sœur en mariage, Mohammed- Bey-Ahou-dahab ne s’en joignit pas moins au complot formé contre son patron. I.æs conspirateurs n’osèrent pourtant attaquer Aly-Bey en face ; séduit par des sommes considérables , et surtout par la promesse de succéder ïi Aly-Bey dans la dignité de cheykh-élbeïed, son ingrat beau-frère s’engagea à l’assassiner.
Mais, après réflexion, ne jugeant pas l’occasion favorable, et trouvant l’entreprise trop hasardeuse , il se décida à devenir doublement traître, et courut dénoncer le pachâ à son maître. Aly-Bey aussitôt se hâta de se débarrasser de celui qui se montrait à la fois contrôleur incommode et fomentateur de troubles; il mit fin à ses intrigues en le chassant (lu Kaire, et en le forçant ignominieusement à reprendre le chemin de Constantinople. Du reste, la perfidie délatrice de Mohammed- Be y- AbottrfoAoô convainquit jilus que jamais. //y-
Dy VjOOglc
KGYPTB MODKR^E.
liry (le la fldélitc de son ancien esclave ; et, aveuelépar cette démarche, il se refusa par la suite à croire les preuves , (jui lui furent présentées, de son ingratitude et des complots dangereux ourdis par lui.
En l'an 1183 de l'hégire (1), la guerre fut déclarée entre la Russie et la Porte Ottomane. L’Egypte devait fournir aux armées de Constantinople un corps de douze mille hommes : le sultan demanda ce contingent au cheykhl'I-beted; les projets ultérieurs à'Mylleij n’étaient pas encore mûrs, et il s’empressa de faire acte d’ohéissance par la levée qui lui était demandée; mais ses ennemis surent proliter de cette occa.sion pour le perdre : ils attirèrent facilement dans leurparti le nouveau pachâ , qui avait été envoyé de Constantinople pour remplacer au Kaire celui (\\i'dhj-Bey avait expulsé.
Une lettre, signée du pacliâ et de tous les heys ennemis d’.^/y, vint l’accuser auprès du divan impérial de ne faire ces levées de troupes que pour .se Joindre aux Russes et se rendre indépendant en Égypte.
La réponse du divan ottoman fut l’ordre au pachâ d’envoyer la tête A'Aly- Hey aux pieds de Sa tlautesse.
l.e cheykh-H-beted fut promptement avisé du lirman fatal par un agent secret qu’il entretenait auprès du ministère de Constantinople, et se tint sur ses gardes. Un des beys de sa maison, Aly-Bey-él-Tantamiy , sur la lidélité duquel il pouvait compter, alla, avec douze mamiouks dévoués, déguisés en Arabes, se poster à quelque distance du Kaire, sur la route par laquelle devait arriver nécessairement le qapygy-bdchy, porteur du message de mort. L’embuscade eut un succès complet ; après trois jours d’attente, le. qapygy-bdchy parut avec, une suite de quatre hommes - seulement ; ils furent arrêtés, tués, dépouillés, enterrés dans le sable ; et le tirnian impérial dont il était porteur fut remis entre les mains A'Aly-Bey.
Il y Int l’ordre meurtrier, et aussitôt il assembla le divan général des beys : leur montrant lelirmân, il s’effor(;a de
(I) O-llv aimée' a connnemy le mercredi is mai dé l'an nés de Père cbrclieniie.
les persuader, qu’en frappant la tête du divan , la cour ottomane voulait abattre le corps entier, et que sa mort serait le signal qui ferait successivement tomber leurs propres têtes.
Il les invita donc « à défendre leurs « vies, leurs droits et leur puissance;
• ajoutant que l’Égypte, gouvernée
• avant eux par d’autres dynasties de
• mamiouks, leur appartenait légitime- « ment, et que jamais occasion plus fa-
• vorable ne se présenterait pour .se- « rouer lejougquelapolitiquecriminelle » des sultans avait fait peser sur ce « beau royaume. •
I.e divan fut entraîné par cette éloquente allocution : les dix-huit beys de la création A'./ly-Bey l’appuyèrent fortement; et les beys ses ennemis, signataires de son accusation, n’osèrent s’opposer à l’assentiment général : surle-champ, le divan adressa au pachô l’ordre de quitter le territoire égyptien en deux jours . sous peine de la vie , et l'Égypte fut déclarée indépendante.
Lé cheykh Uàher reçut la communication officielle de la déclaration, avec l’invitation d’appuyer par son concours cetteaudacieuse entreprise. L’invitation fut accueillie ; le prince A'Akkah (Acre) joignit ses forces, avec celles de ses sept flis etde sesgendres, à celles A'Aly-Bey ; et en Syrie comme en Égypte on se prépara à la guerre.
Aux douze mille hommes, levés extraordinairement en Égypte pour le contingent, furent joints, non-seulement les six raille mamiouks de la maison d’Aty-Bei/, mais encore tous ceux qui composaiant les maisons des autres beys , même ceux des dissidents , qui se sentirent trop faibles pour en faire refus.
Le pachâ de Damas, qui avait reçu de Constantinople l’ordre d’accourir avec vingt-cinq mille hommespour s’opposer à la jonction des troupes de Syrie avec celles d’Égypte , fut battu par le cheykh Ddher, qui n’avait que six mille hommes, entre le mont Liban et lelacde /’oôorycA (Tibériade), l’an 1 183 de l’hégire (1).
Cette défaite sembla terminer la guerre avec la Porte Ottomane, qui n’envoya pas d’autres troupes, et parais-
(I) CrUe annt'e a mrornenrô \v. luiuli 7 mai (le i'ao I7C9 de notre erc.
sait avoir entièrement oublié me la Syrie et l'Égypte avaient cessé demi appartenir.
Rassuré par ce calme, qu’il attribuait à l’impuissance de ses ennemis de Constantinople, suffisamment occupés par leur guerre avec la Russie, ^ly-Bey tourna ses soins vers l’administration de son nouveau royaume, réforma des abus, rétablit l’ordre dans la capitale, diminua les impôts, les répartit d’une manière plus régulière , et mit à la tête de ses finances l’ancien administrateur des douanes , le Cophte Maallem- Alikhayl-Ferhâl, en remplacement du Juif 1 ousso«/-6en-/.eouy ( Lévi ) , qui paya de sa tête ses malversations.
Une administration sage protégea le commerce extérieur et les communications intérieures. Les tribusde Bédouins furent de nouveau comprimées et rejetées dans le désert et la tranquillité inusitée dont jouit alors l’Egypte valut à Jly-Bpy le surnom turk de Boulout-qapàn (destructeur des orages).
Des tribus dont il délivra l’Egypte, la plus redoutable était celle des Haouârah .-venue des environs de Tunis, elle s'était fixée entre Giryéh et Farchoul, surdes terres qui n’étaient pas cultivées ; puis elle avait fait l’acquisition de quelques villages , s’était emparée de vive force de quelques autres , et avait fini par occuper tout le territoire entre /iou et Kafr-Cheykh’Sélym. Leur cbevkh, Hamyn, profitant des désordres, s'était arrogé le pouvoir surtoutle pays, depuis Sâout jusqu’au delà A'Jssouyn, et en jiercevaitles revenus à son profit : l’impuissance où étaient les prédécesseurs iV Aly-Bey d’attaquer ce cheykh, et une redevance de deux cent cinquante mille ardebs de blé qu’il s’était soumis à payer, avaient fait fermer les yeux sur son usurpation.
.4/y-Ztey envoya contre lui son favori, mohammed ■ Beu - Abou - dahab. Le i-lieykh Hamàn fut défait , vers la fin de I an 1183 de l’hégire (1770), et ses enfants s’estimèrent heureux de racheter leur vie au prix de toutes les richesses de leur père.
Mohammed-Bey-Abou-dahab profita de cette campagne pour sc gorger de trésors , et se hôta de revenir au Kaire; car, n’etant étranger à aucune des in-
trigues de la capitale, il avait appris,, par ses secrets émissaires, que Ahmed- Bey-êl-Gezzâr, son collègue, ourdissail quelques trames contre Aly-Bey.
Mohammed- Abou-dahab semblait vouloir se réserver, comme un monopole, toute tentative contre son bien> hiteur : dès lors Ahmed-él-Gezzâr fut regardé par lu| comme un rival dans cette carrière de crime et d'ingratitude : il résolut de le prévenir et de s’en défaire; mais sa tentative d’assassinat échoua. Ahmed- él-Gezzar possédait un sabre renommé par la finesse de sa trempe et la richesse de sa monture; un jour qu’il se trouvait avec Mohammed-Abou-dahab. O Prête-moi ton « sahre, lui dit celu-ci, pour quej’exa- « mine la trempe merveilleuse de sa « lame. >> — <> Mon sabre ne se tire du « fourreau, répondit y/Awed, que par « moi, et pour frapper de mort; » puis, se levant aussitôt, il quitta le Kaire.
f lassa à Constantinople , et y obtint par a suite le pachôlvk d’Acre , qu'il conserva pendant de longues années et jusqu'à sa mort.
victoires remportées dans le Sayd contre les Arabes donnèrent à Aly-Bey le désir d’entreprendre de nouvelles conquêtes. Celle de l’Yémen lui fut présentée comme aussi facile que profitable : Mohammed-Bey-Abou-dahab fut encore chargé de cette expédition. A la têtede vingt mille hommes, le bey favori traversa les plaines arides de l’isthme de Soueys (Suez), força les gorges difficiles d'él-Oqbah, renversa les Arabes qui voulaient lui barrer le chemin, tandis qu’/smay/-Be^,avechuitmillehommes, prenait possession de tout le littoral oriental de la mer Rouge, et que Hassan- Bey,ens’eniparantde Geddah, s’acquérait le surnom glorieux i'il-Geddâouy, sous lequel il fut connu depuis : en six mois la péninsule arabique fut conquise, la sainte ville de la Mekke prise et pillée, \echéryf, descendant du Prophète, d^ trôné, et remplacé par son cousin, l'émir Abd- Allah , qui témoigna sa reconnaissance à Aly-Bey, enfui adressant une patente qui l’investissait des titres de Sultan , Bol d'Fyyple, H üomhiateur des deux mers (I).
n) O clcrnler titre était particuliéremeot afftvte par les bultaiis oUouianb.
KGYPTE MODERNE.
Se voyant ainsi affermi, avec une apparence de légitimité, dans sa souveraineté , Aly-Bey voulut cons tater son indépendance, en ordonnant <]ue son nom filt proclamé dans les prières publiques du vendredi, et en faisant frapper au Kaire des monnaies à son propre coin, l’an 1185(1) de l’hégire (2).
Cette même année , Aly-Bey com^ul un plan plus vaste, et dans lequel il trouva les premières causes de sa perte. Il confia trente mille soldats à Mohammed-Bey-Abou-dahab , et le chargea d’aller soumettre toute la partie de la Syrie qui, dépendant encore du gouvernement ottoman, était un voisinage dangereux, non-seulement pour lui, mais encore pour le prince d’Acre, son allié et son ami. Il regardait d’ailleurs cette portion de la Syrie comme
(I) Cette année a commencé le mardi 16 avril de. IT7I de Tère clirêlieooe.
(U) On connaît deux monnaii^ différentes frappées « au K.alre, au coin dW/y-5ry, et j’en ipiodrai ici les empreintes.
La première, en argentaUié, conserve encore le loÿhrâ (chiffre) du sultan ^fousUlfâ‘bcn^
une dépendance naturelle de l’Égypte , et qui lui avait toujours appartenu, lorsûu'elle avait eu des souverains indépenaants, tels que les Toulonides , les Ayoubltes, et les diverses dynasties des inamiouks , ses prédécesseurs.
Aly-Bey chercha en même temps à s'assurer d’autres appuis dans des alliances plus éloignées avec les ennemis naturels de Constantinople. l.e négociant italien Rosetti avait déjà traité pour lui avec les Vénitiens, et lui promettait leur amitié et leur coopération.
Un Arménien, nomméEa^qp nu) aqoufr, fut chargé de sonder le comte Alexis Orloff, commandant en chef des forces russes dans la Méditerranée et la mer ?ioire , sur la possibilité d’un traité offensif et défensif avec la czarine Catherine II. Une réponse favorable fut faite
Ahmed (Moaslafa III), avec la date de «ou ioauguraUon ( 1171 de l'hégire).
Mais on a ajouté, au revers, le nom d'Ahj-Betj, avec la date 85, abrégé de celle de 1185.
Cette pièce est une ghrouche.o\i piastre de 40 médins.
La seconde, également en argent allié, est a ne piastre de vingt médins, sur laquelle la dale de rinauguratloD du sultan est supprimée, et remplacée par la date de Tan 1183 de l’héglre. que nous avons vue d-dessos être l'époque a
laquelle/tffy-^ey déclara, pour la première fols, son Indépendance.
Celte espèce de pièce porte en arabe le nom d'acherynyeh, et ca tufk celui de ygnermylig^ ou ydrmiltk.
I/ÏJNIVKRS.
;i CPS niivprtures ; mais les négociations traînèrent en longueur, à cause de l’éloipneinent respectif des deux centres d’affaires.
Cependant , le succès accompagnait les armes SAly-Bey en Syrie : les troupes de son lieuienant Mohammed- Be.tj Aboli • dahah , réunies à celles du cheykh Ddher, son allié, s’étaient emparées heureusement de Ghazzah , de Jiamiéh , de Ndàlous, de Jérusalem , de Yaffd, de Saijdah ( rancienne Sidon ) , et vinrent enfin assiéger Damas, ipii ne tarda pas à se rendre.
Maître de cette grande ville et de la Syrie presque entière, Mohammed-Bey
ih-w dahab sentit sa cupidité lui conseiller de garder pour lui-méme ses conquêtes, en trahissant son bienfaiteur. Bien plus, son avarice et son ambition lui inspirèrent la résolution d'enlever à Aty-Bey l’Égypte elle-même; il paraît qu’il fut encouragé dans son ingratitude par les suggestions du divan de Cunstantinojile, avec lequel il avait noué une correspondance secrète par le canal du nadiS déposé, et qui se hâta de l’enivrer des plus séduisantes promesses.
Dès lors, Mohammed-Bey -Aboudahab cessa de s’avancer sur les terres ottomanes; retournant en arrière, il augmenta ses forces de toutes les garnisons qu’il avait laissées dans les villes conquises, et qu’il en retira pour les réunir à son corps d’armée.
Il marcha à grandes journées vers ri-igypte; mais il n’osa cependant se (lorter de suite au Kaire, où il savait que les Janissaires et les antres odjùqs ne lui offriraient que des ennemis , dont il s’était attiré depuis longtemps la haine. Tournant par les déserts , il parvint avec son armée dans la haute Égypte ; et, les derniers jours de l’an de l’hégire 1185 (1772), il s’empara de la ville de Syout, appela à lui les mécontents, se lit joindre par quelques tribus arabes, et força les beys du Sayd à se réunir à lui.
Alors, proclamant hautement ses intentions de détrôner Aly-Bey , il se dirigea vers le Kaire; et, dans les premiers jours de l’an 1I8G de l’hégire (1), il arriva, avec des forces considérables, sur
<l) Celle année a commencé le sarawll l avril do l'an 177'i de notre ère.
la rive gauche du Nil , en face d'él-Bas satyn, village situé un peu au-dessus du Vieux-Kaire.
Aly-Bey se repentit alors d’avoir fermé l’oreille aux avis des amis lidèles qui depuis longtemps l’avaient averti de l’ingratitude et des perfides desseins de Alphammed-Abou-oahab: il rassembla à la hôte trois mille hommes, et les confia à Ismayl-Bey, pour disputer à son ingrat agresseur le passage du lleiive; mais Ismayl-Bey , enrayé de In supériorité de l’ennemi qu’il avait u combattre, et séduit par les protnesse.s accompagnées de menaces, que lui fit parvenir Mohammed-Bey-, fbou-dn/iaO, abandonna le parti d' Aly-Bey, et remit ses troupes à la disposition du rebelle qu’il était chargé d’attaquer. Mohammed-Abou-dahab fut reçu, au milieu des acclamations, dans le camp d' Ismayl-Bey, dont la défection enlevait au malheureux Aly-Bey ses dernières ressources.
A cette nouvelle désespérante, Aly- Bey s’était retiré dans la citadelle dii Kaire, avec ses trésors, son harem, ses amis et ses partisans. Il annonçait l'intention des’y défendre jusqu’aux dern ières extrémités; mais , trois jours après, craignant de se trouver cerné par les troupes de Mohammed-Bey- Abou-dahab, il céda au conseil qu'il reçut du cheykh Ahmed, quatrième fils du cheykh Daher, qui l’engagea à abandonner le Kaire et à chercher de nouveau un asile auprès du prince d’Acre, son père.
La même nuit , avant que les troupes de Mohammed-Bey-Abou-daliab eussent pris possession de la ville, Aly- Bey sortit de la citadelle , avee ses partisans, se dérobant, par une fuite accélérée, le long du Gebel-él-.-lhmnr ( la montagne Bouge ) ; il gagna par le désert les frontières de la Syrie, d’où il espérait qu’un revirement’de fortune
f louerait bientôt le rappeler au Kaire et e rétablir dans son ancienne puissance.
C’estainsi qu' Aly-Bey quitta l'Éigypte, pour la troisième fois, dans la nuit du 9 du mois de .Moharrem de l’an 1 1 8G de l’hégire ( 12 avril 1772). Le peu de troupes qui l’accompagnait ne montait pas à six millehommes, tant combattant s que gens de service : son trésor coutenai t
ca O ;oÿlc
EGYPTE MODEllNE.
n peine huit cent mille sequins, c'est-àdire environ six millions de notre tnonnaie ; ses bijoux et effets précieux pouvaient avoir une valeur quadruple.
On marcha jouret nuit ; mais, enarrivant,trois jours après, à A'Adn-1 ounes, on s’aperçut que cinq des vingt-cinq chameaux qui portaient le trcsornvaieiit été détournés et pris par les Arabes, et que quelques corps de troupes avaient déserté,avec)o«ssou/-A'àa;em/a/’,dans cette retraite nocturne et précipitée.
Lelendemain, on entra dans6'àn.s:(7A, asile peu sûr et dévoué à Mohammeddbou-dahab ; sans s’y arrêter, on arriva, en huit jours, à Acre, où Aly-Dey fut accueilli avec toute l'amitié d’un allié fidèle; mais les coups imprévus des infortunes qui avaient assailli et accablé ce malheureux prince, avaient altéré sa santé, et il n’arriva à Acre que dangereusement malade.
Cependant une escadre des Russes parut devant Acre ; ils apprirent les désastres à’.4ly-Bey , et de nouvelles négociations se renouèrent. Ces négociations ne furent pas infructueuses ; de l'artillerie, des munitions, furent données par les Russes, et un corps de trois raille Albanais, qui était au service de la Russie, fut mis à la disposition A'.4ly~Bey.
Ce renfort et la jonction des troupes du cheykh Dàher permirent à Aly-Bey de rentrer en campagne : toujours retenu à Acre par sa maladie, il envoya , trois mois après, Aly-Bey-Sl-Tanlàouy, dont la fidélité n’avait pu être ébranlée , reprendre Sour ( l’ancienne Tyr ), Saydah , et plusieurs autres villes importantes du littoral de la Syrie, qu'avaient réoccupé^ des gouverneurs ottomans , après l'évacuation des garnisons de Mohammed- Abou-dahab.
Bientôt il serait lui-même en marche avec tout le reste de ses troupes , et attaqua YaJJA, qu’il prit, après cinq mois de siège, pendant la durée duquel la ville de Chazzah avait été emportée d'assaut; et celle deRandéh, ainsi que celle de AouiêffaA (l’ancienne Lydda), s'étaient volontairement rendues. YafJA fut remise en la possession du cneykh Dâher; Hassan- Bey -él-Grddaouy fut chargé de commander à 4jüuddah, et Setym-Bey fut nommé gouverneur de Itamléh.
Le 9 du mois de Dou-I-Qadéh de cette même année 1186 de l'hégire (3 mai 1773), Aly-Bey était à Ÿaffà, lorsqu’il vit arriver auprès de lui des envoyés d'Egy'pte : ces députés lui étaient adressés par les janissaires , les autres odjàqs et les principaux habitants du Kaire.
Il apprit par eux que Mohammed- Bey-Abnu-dahab, qui, aussitùtaprès la fuite à.' Aly-Bey, s’etait fait proclamer cheykh-él-beled , surpassait en vexations tous le.s oppresseurs qui avaientdéjà pe.sé sur l’Égypte. Il avait doublé une partie des impôts, triplé une autre partie.
Un droit d'une nature étrange et d’un genre nouveau avait été établi, relui de reja-^l-mozzalem (exemption de la tyrannie), institué en apparence pour racheter les contribuables des actes arbitraires exercés jusqu’alors par les kdchefs, et les remplaûnt au profit de Mohammed-Abou-dahab; mais l'impôt nouveau avait été exigé, et les actes arbitraires avaient continué avec plus de violence encore. Du reste, les proscriptions, les confiscations étaient intolérables.
Les députés ajoutèrent que, fatiguée du gouvernement vexatoire et spoliateur de Mohammed- Abou-dahab , ne pouvant plus longtemps supporter sa tyrannie et son brigandage, l'Égypte entière appelait Aly-Bey, comme son sauveur, et que la ville du Kaire était prête à rouvrir ses portes à son ancien souverain , à s'armer même pour lui , si Mohammed- Abou-dahab tentait quelque résistance contre ces vœux universels.
A ce message, /f/y- Bey sentit renaître toutes ses espérances; il quitta aussitôt Y'afjd, et se mit en route pour le Kaire.
Les forces qui étaient alors auprès A' Aly-Bey ne formaient qu’environ deux mille cinq cents hommes; mais il retira, pour se renforcer, les garnisons de Louddah et de Ramlih; puis il réunit autour de lui les troupes du cheykh Dâher, du fils aîné de ce prince le cheykh Tcheltby , de son gendre le cheykh fCerym, et de Hassàn, cheykh deAowr; il avait aussi acheté les services de trois mille chiq cents .Moghrebins; le tout formait environ huit mille combattants.
la* 11 du mois de Mohnrrem de l'an
L’UNIVKRS.
1187 (1) (le l'hé^re (4 avril 1773), la petite armée arriva à Ahân-Younes ; et le 16 de Moharrem ( 9 avril ) auprès de Salahyéh.
Deux jours après, Aly-Beyyfat attaqué par l'avant-garde des troupes de Mohammed- Abou-dahab, fortede près de douze mille hommes. Après un combat de quelques heures, Jly-Hey, malgré l'infériorité de ses forces, battit l'ennemi, et lui tua un grand nombre d'hommes.
Cette première victoire lui lit ouvrir les portes de Salahyéh ; mais il apprit bientôt qu'il ne devait plus compter sur les partisans qu'il avait espérés dans le Kaire ; il/oAamme(/-//6ou-claAa6 avait harangué les odjâqs et lescheykhs, leur avait dépeint Aly-Rey comme ayant apostasié la foi musulmane par son alliance avec les Russes et d'autres Ktats chrétiens : lefanatismeet quelques distrihutions d'argent faites à propos avaient changé les dispositons (les od- Jiiqs , qui s'étaient d'abord déclarés en faveur à'Aty-Bey : les seuls janissaires avaient refusé constamment de s'armer contre lui.
Rassuré sur les dispositions du Kaire, et ne craignant plus d'y laisser derrière lui des ennemis (langereux, Mohammed- Abou-dahab en était parti lui-méme , pour attaquer en personne son rivai.
Le chagrin quéprouva Aly-Bey à cette cruelle nouvelle, les fatigues et les chaleurs excessives qu'il avait supportées en traversant une partie du désert, se joignant à une blessure assez grave qu'il avait reçue au combat de Salahyéh, lui causaient une Qèvre violente; et il était hors d'état de se montrer à cheval, à la tête de ses troupes, quand le mardi 20 du mois de Moharrem (13 avril) l'armée entière de Mohammed- Abou-dahab fut en présence, et offrit le combat.
Bien inférieure en nombre, celle A' Aly-Bey n'hésita cependant pas à se ranger en bataille pour recevoir le choc ; les deux ailes, commandées, l'une par Aly-él-Tantaouy et les autres beys , l’autre par le fds et le gendre du cheykh Oàher, eurent d'abord un succès qui pouvait devenir complet ; mais
( I ) OUe année a commencé le Jeudi 25 m an de l’an 1773 de notre «re.
Mohammed- Abou-dahab avait, par des émissaires secrets, acheté la défection d&s Moghrebins et de plusieurs des beys ui jusqu'alors avaient suivi le sort 'Aly-Bey, entre autres celle A'ibrahym - Bey et de Mourâd-Bey : ce dernier avait mis pour condition à sa perfidie qu'on lui donnerait pour récompense le harem et les biens de son maître, et que la femme eXtérie A’ Aly-Bey , SlUéh- N^sséh, Géorgienne également remarquable par son esprit et sa beauté, deviendrait son épouse. Les Moghrebins et les beys déserteurs passèrent sous le.s drapeaux de Mohammed-Abou-dahab au moment décisif du combat; alors le désordre se mit dans les corps A' Aly- Bey, déjà presque vainqueur; bientôt la déroule fut entière.
\je\tey Aly-él-Tanlaotty et le cheykh Tcheleby furent tués. Le cheykh Kerym et (e cheykh Hassdn échappèrent, avec Roddouân-Bey, au massacre du champ de bataille; ils accoururent au camp iX’Aly-Bey lui annoncer ce terrible désastre, le suppliant de monter à cheval avec eux, et demir vers Càa;a2a/t, où le cheykh Ddher était resté avec quelques troupes.
Aly-Bey se montra inflexible à leurs prières : assis à la porte de sa tente, il déclara fermement qu'il y resterait, préférant à la fuite la mort la plus certaine; puis, il ordonna impérieusement à tous ceux qui voulaient sauver leur vie de prendre la fuite avant l'arrivée de l'ennemi , et de l'abandonner seul à son sort. Son neveu et ses autres partisans se virent forcés de lui obéir, et , s'élançant sur la route AeKhAn- Younes, ils en repartirent en toute hâte pour ' Ghazzah, où ils trouvèrent le cheykh Dûher, que l'annonce de la perte de son fils plongea dans le désespoir.
Peu (Theures après ^'Aly-Bey eut fait à ses amis ses derniers adieux , cinquante hommes, ayant à leur tête le kyahyâ ou lieutenant de Mohammed- Abou-dahab, s'étaient précipités à l’entrée de la tente où ce prince s’était retiré. Les dix mamiouks qui étaient restés seuls auprès de leur maître avaient été à l’instant massacrés ; Aly- Bey, faiUe et malade, avait cependant saisi son cimeterre; d’un seul coup il avait tué le premier des assaillants , et
ÉGYPTE MODERNE
blessé deux autres d’entre eux. Les autres, n’osant l'approcher, déchargèrent sur lui leurs (pistolets , et le blessèrent à son tour grièvement, au bras droit et à la cuisse.
Il combattait encore vaillamment; agenouillé, et , tenant son pistolet de la maih gauche, il abattit le kyahyA luiméme; enOn, atteint encore au bras gauche, renversé à terre par plusieurs autres blessures , baigné dans son sang, mutilé, accablé parle nombre, il fut saisi vivant , et porté aux pieds de Mohammed-.-ibou-dahab.
Celui-ci le flt conduire au Kaire, où, quelques jours après, le malheureux Abj- Bey avait cessé d'exister.
L’opinion publique accusa alors, peut-etre sans injustice, Mohammed- Abou-dahab , d’avoir fait empoisonner l’appareil appliqué aux blessures de son illustre prisonnier.
La mort A'Aly-Bey sembla cependant exciter, dans le cœur de l’ingrat Mohammed- Abourdahab, quelques remords et une apparence de repentir : du moins, il lit donner au bienfaiteur qu’il avait si indignement trahi une sépulture honorable au Kaire , et il ne souffrit pas que sa tête fdt portée, comme un hideux trophée, à Constantinople, ainsi que le prescrivaient les ordres du sultan Abdêl-Hamyd-ben - Ahmed, qui venait, cette même année, de succédera son frère MouatafA III (t).