ADRE.SSE A SES SOLDATS RETRAITE DE L’AR
BÉF. EXPÉDITIONNAIRE. — DÉVASTATIONS QO’eLLE COMMET SDR SON PASSAGE. — ENTRÉE TRIOMPHALE DE BONAPARTE AU CAIRE; SES EFFORTS POUR DISSIMULER AUX VEUX DES ÉCTPTIEHS QUE l'eXPÉDITION DE STRIE H’a PAS ÉTÉ COMPLÈTEMENT COURONNÉE DE SUC- CÈS.
A la fin de janvier 1799, huit à neuf mois après être partiede Toulon, l’armée d’Égypte comptait encore plus de trente mille combattants. Bonaparte n’en détacha que moins de la moitié pour entreprendre l’expédition de Syrie.
Neuf mille neuf cent cinquante-deux fantassins , neuf cent quatre-vingt-huit cavaliers, treize cent quatre-vingt-cinq artilleurs , trois cent quarante soldats du
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génie, quatre cents des guides à cheval et à pied du général en chef, présentant un effectif total de treize mille soixantecinq hommes, telle fut la composition du corps d’armée expéditionnaire.
Bonaparte forma l’infanterie en quatre petites divisions , à la tête desquelles il plaça Reynier, Kléber, Lannes et Bon.
Lesdeux premiers bataillonsde la neuvième et de la quatre-vingt-cinquième demi-brigade de ligne composaient la division du général Reynier, qui avait sous ses ordres le général de brigade Lagrange ;
Les deux premiers bataillons de la deuxième demi-brigade légère, de la vingt-cinquième et de la soixante-quinzième de ligne , composaient la division du général Kléber, qui avait pour généraux de brigade Junotet Verdier;
Les deux premiers bataillons de la vingt-deuxième légère, de la treizième et de la soixante-neuvième de ligne, composaient la division du général Lannes, dont les généraux de brigade étaient Vaux , Robin et Rambaud ;
Enfin, les deux premiers bataillons de la quatrième légère, de la dix-huitième et de la trente-deuxième de ligne, composaient la division du général Bon, dont les généraux de brigade étaient Vial et Rampon.
La cavalerie appartenait à tous ceux des divers régiments de cette arme qui figuraient dans l'armée d’Égypte. Le général Murat en reçut le commandement.
I^s généraux üommartin et CafiTarelli-Duialga prirenteux-mémes la direction de l'artillerie et du génie.
^ Le parc d’artillerie comprenait quatre pièces de douze, trois pièces de huit, cinq obusiers de cinq pouces et trois moi^ers du même caUbre. £n outre, chaque division d’infanterie avait deux obusiers de six pouces, deux pièces de huit et deux pièces de trois. Le corps des guides avait deux obusiers de six pouces et quatre pièces de huit. Enfin, la cavalerie de Murat avait quatre pièces de quatre.
Ces différentes bouches à feu s’élevaient à une cinquantaine; mais ce n’était là que de l’artillerie légère , et probablement il faudrait de la grosse artillerie pour réduire plusieurs des places fortes syriennes. Or, comme le désert qui E.) 7
sépare la Syrie de l’Épypte est bien autrement difficile et bien autrement étendu que celui qu’on rencontre d’Alexandrie n Ramanieh, le transport des pièces nécessaires au siège des places fortes avait été jugé impraticable à travers les sables mouvants du désert ; et Bonaparte dut employer une autre voie pour les faire parvenir à leur destination. Cette autre voie , ce fut celle de la mer. Sans doute le projet de braver ainsi la croisière an-
§linse était d'une exécution bien hasareuse, et l’expérience ne l’a que trop prouvé ; mais le général en chef c’avait pas le choix des expédients. D’ailleurs, il ne négligea rien pour conjurer les chances daavorables du hasard : au lieu d’une seule flottille, il en équipa deux, et fit embarquer sur l’une et sur l’autre un matériel complet de siège. L’une, commandé par le contre-amiral Peiirée et composM des frégates /a Jmon, la Courageuse et C Alceste, devait partir d’Alexandrie; l’autre partirait de Damiette, ne compterait qu’une corvette et neuf petits bâtiments , c’aurait pas besoin de tenir la haute mer, et peut-être tromperait mieux la surveillance des Anglais. Toutes les deux devaient venir croiser le long de la côte ^ienne, notamment entre Gazah et Jaffa, et se mettre le plus tdt ssible en communication avec l’armée terre , dont la marche était calculée et indiqué jour par jour.
Ces deux flottilles cbargèroit également la majeure partie des munitions et des vivres ; le surplus, plaé sur deux à trois mille chameaux et sur sept à huit mille ânes, s’achemina par le désert , à la suite des différentes colonnes.
L’expédition de Syrie dura , noos le verrons, toute la fin de l’hiver et une partie de l’été de l’anné 1799. Pendant ce temps, ladivision Desaix, forte detrois àquatre mille hommes, et principalement tdrmée de la vingt et unième légère , continua, nous l’avons déjà vu, à opérer dans l’Êgypte-Supérieure. Ia reste de l’armé, c’est-a-dire (a soixanteninième et la quatre-vingt-huitième de ligne tout entières, les troisièmes bataillons des onze demi-brigades dont les deux premiers suivirent le général en chef, la légion nautique, la légion maltaise et les dépdts des régiments de cavalerie, fut ou demeura cantonné dans les places du
Caire , d’Alexandrie , de Rosette , de Damiette, et dans les autres villes principalesdelaMoyenneetdela Basse-Égypte, de manière à former non-seulement des arnisons, mais aussi des colonnes molles, qui devaient à la fois retenir les provinces dans l’obéissance et les protéger contre les incursions des Arabes. Bonaparte , avant de s’éloigner, ne négligea d’ailleurs aucune des mesures propres à affermir la tranquillité du pays. Le général Marmont, qui débutait dans la cai^ rière des armes , et qui jusque-là avait toujours fait preuve de courage et d’activité,preuvededévouementetde patriotisme , fut appelé à l’honneur de remplacer Kléber dans le commandement de laville et de la province d’Alexandrie. Le commandement de la province du Caire fut confié au général Dugna ; celui de la capitale même resta au général Destaing.
Le général Menou continua aussi de commander la province de Rosette et partie des cdtes de la Méditerrané. Les généraux Belliard, Lanusse, Fugières, Leclerc, Zayonschek, Almeyras, Boyer, commandaient les autres provinces.
Du 1*' au i février, la division Reynier et partie de la division Kléber, qui étaientdestinées à servir d’avant-garde à l’armée expéditionnaire, se réunirent au village de Katieh. Ce village est situé, devers la Syrie, sur l’extrême limite des terres habitables de l’Égypte. Depuis quelque temps Bonaparte l'avait fait fortifier; depuis quelques jours il y faisait établir des magasins considérables, et semblait avoir lésolu de le prendre pour base d’opérations.
Le 6, l'avant-garde française se miten mouvement pour traverser le désert et atteindre le fort d'El-Ariscb , qu’occupaient deux mille hommes environ des troupes du pacha Djezzar et du bey Ibrahim. Elle bivouaqua le soir au puits de Bir-el-Abd, et fut obligée d’y faire sa provision d’eau pour le lendemain, car elle ne devait plus en trouver qu’au puits de Messoudieh, où elle n’arriva que le surlendemain 8 vers midi. Quelques partisd’Arabes et quelques e.scadrons de mameluks de la garnison d’El-Arisch se présentèrent en avant de ce puits ; mais ils furent vivement repoussés par les tirailleurs français.
Ces trois premières marches avaient
déjà fatigué cruellement nos soldats. La chuleur, la soif, la réverbéralinn du soleil sur le sable, avaient renouvelé pour eus les souffrances qu’ils avaient subies une première fois dans le trajet d’Alexandrie à Ramanieh. Haletants, é{)uisés, ils avaient besoin d'un assez long repos.
Aussi , Re}[nier ne quitta le puits qu'à la chute du jour. D’autre part, l'avantgarde, longeant dès lors la côte qui est peu distante de Messoudieli, ressentit bientôt les salutaires effets de la brise de mer, et put, grâce à ce secours inattendu, avancer si rapidement, qu'à minuit elle établissait son bivouac dans un bois de palmiers qui se trouve près de l’embouchure du torrent d’El-Ariscb, à quelques portées de fusil du village et du fort de ce nom.
Le 9, Reynier marcha, dès le lever du soleil, à l’attaque du village et du fort. Les troupes de Djezzar et d’ibraliim occupaient là une position extrêmement avantageuse, extrêmement difficile à leur enlever. Les tiiaisons d'El- Ariseb , construites avec beaucoup plus de solidité que la plupart de celles des autres villages égyptiens, étaient groupées en avant des aeux faces principales du fort. Le rempart de ces deux faces dominait les maisons, et facilitait ainsi la défense du village , dont toutes les issues étaient fermées de portes épaisses , toutes les toitures crénelées. Les troupes syriennes étaient distribuées tant derrière les créneaux du fort que derrière ceux des habitations particulières. Leurs drapeaux, qui flottaient de toutes parts , pouvaient faire juger et de leur nombre et de la vigoureuse résistance qui attendait les assaillants.
Evidemment il fallait s'emparer du village d'KI-Arisch , avant de songer à entreprendre le siège du fort. Reynier croit qu’un double assaut, tenté avec vigueur et sans retard , jettera la confusion parmi les soldats ennemis. Il eugagedonc l'action par une terrible canonnade ; puis, divisant ses troupes en deux colonnes , il les lance au pas de charge contre le village. Taudis que, pour tourner El-Arisch, Lagrange, à la tête de trois des six bataillons de l’avant-garde , d’un détachement de sapeurs et de deux pièces d’artillerie, se porte avec rapidité sur les hauteurs sublouneuses qui
dominent la gauche du village et du fort , Reynier lui-même conduit le reste de ses troupes à l’attaque de front.
Partout l’ennemi résiste vivement et longtemps. Enfin, quelques brèches sont pratiquées, et les murs franchis par escalade. Chargés à la baïonnette, les défenseurs de ces murs se laissent ou percer ou assommer, plutôt que de se rendre. Les vainqueurs se précipitent alors dans le village, et déjà ils s’en croient maîtres;, mais de nouvelles luttes et de nouveaux périls les y attendent à chaque pas. En effet, le.s rues sont étroites, les impasses nombreuses, et les soldats ennemis qui n’ont point péri sur les remparts se sont barricadés dans les maisons, d’où ils font pleuvoir sur nos braves non-seulement une grêle de balles, non-seulement une grêle de pierres, mais encore toutes sortes de matières enflammées. N’importe, nul obstacle n’arrête les Français, nulle difficulté n’abat leur courage; ils envaliissentetfouillentsuccessivement toutes les maisons, et ne prennent de repos qu’après avoir massacré tous les Syriens. Ils n’eussent pas demandé mieux que de faire des prisonniers, mais un carnage général devint nécessaire , car, nous l’avons dit, pas un des soldats de Djezzar ne voulut de quartier; et comme tout moyen de retraite leur était interdit , attendu que dès le commencement du combat, le commandant du fort avait pris la précaution d'en fermer les portes , ces malheureux , animés par la fureur du désespoir, sedéfendirentjusqu’au dernier soupir...
Le fort a’Et-Ariseb , qui avait pour enceinte un gros mur de maçonnerie haut de huit a dix mètres et flanqué de tours, se trouvait, par conséquent, à l'abri d’un coup de main. Reynier, maître enfin du village , essaya de prati-
?|uer une brèche dans une des faces du ort avec des boulets de huit; mais, comme le parc d’artillerie n’était pas arrivé , les munitions et les projectiles manquèrent bientôt. On se borna donc à bloquer exactement la place jusqu'à ce qu’un eût les moyens de commencer un siège en règle. En attendant, les troupes françaises s’établirent dans 1e village et derrière le fort.
Le même jour on avait signalé dans
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le désert, sur la route de Gnzah, un corps d’infanterie et de cavalerie escortant un convoi destiné à l’approvisionnement du fort, et le bruit s’était répandu qu’lbrahim en personne s’avan- <»it au secours de la garnison. En effet, des cavaliers ennemis , qu’on reconnut pour des mameluks du bey , ne cessèrent les Jours suivants de rôder autour d’El- Arisch et de chercher à surprendre quelque parti du camp fran^is. Reynier était sur ses gardes, et les mameluks f^urent partout repoussés avec perte ; cependant, soit qu’il ne se crdt point en forces suffisantes , soit plutôt qu’il voulût inspirer une trompeuse confiance à Ibrahim et l’enhardir a s’approcher davantage, Rejmier s’en tint d’abord i la défensive. Ce stratagème, si c’en était un, obtint le succès désiré. I..e bey, renforcé chaque jour par de nouveau.\ détachements , et fier bientôt de sa nombreuse cavalerie, se rapprocha chaque Jour aussi d’El-Arigch, et osa enfin, le 14 , venir se poster à une demi-lieue du fort, sur un plateau couvert par une espèce de ravin.
Presque à la même heure, Kléber, avec le gros de sa division , rejoignait l’avant-garde de l’armée française. Reynier, dès lors , résolut d’aller, sans plus de retard , attaijuer dans leur camp les troupes d'Ibrahim. Dans la nuit du 14 au 15 , il se mit en mouvement, à la tête de quatre bataillons, et dirigea leur marche de manière à tourner la gauche du ravin qui couvrait le camp ennemi.
Déjà il ne se trouvait plus qu’a deux ou trois portées de fusil d’un des flancs du camp, lorsque divers indices lui font soupçonner que l’ennemi est pi^t à le recevoir de ce côté. Il veut le maintenir dans l’erreur. Attaquer sur ce point n’entrait pas dans le dessein primitif du général français ; mais il ordonne à deux compagnies de grenadiersde s’y porter au pas de charge et la baïonnette en avant. Lui-méme, pendant ce temps, continue à s’avancer sur les derrières avec le reste de sa troupe, qu'il forme en colonnes serrées. Les mameluks se tenaient si bien sur leurs gardes , qu’ils n’avaient pas même débridé leurs chevaux pour la nuit; nos grenadiers , néanmoins , fondent sur eux si impétueusement qu’ils les surprennent, et en massacrent un grand nombre.
Les autres cherchent, mais en vain, à s’enfuir par In plaine de Gazah; Reynier leur barre le passage. La panique s’empare alors de toute cette cavalerie, et pour se soustraire à une mort qui leur semble inévitable, les mameluks se précipitent dans le ravin qui borde leur camp; mais, si habiles cavaliers qu’ils soient, ils ne peuvent arrêter leurs chevaux, qui, entraînés par la pente, roulent les uns sur les autres. A l’épouvantable scène de désordre dont le fond du ravin est d’abord le théâtre, succède bientôt une horrible boucherie, car nos soldats, poursuivant leurs adversaires la baïonnette dans les reins , sont descendus après les mameluks, et ils égorgent tous ceux qui refusent de se rendre. Ibrahim essuya une déroute complète; il fit des pertes immenses; et s'il échappa lui-même, non sans beaucoup de peine, à la mort ou à la captivité, ce fut pour fuir presque seul.
En effet, nombre de ses meilleurs soldats , nombre de ses officiers principaux , nombre de ses collègues même, mordirent la poussière du champ de bataille ou furent faits prisonniers. Nombre de chevaux et de chameaux, abondance des munitions et de vivres, neuf étendards, de magnifiques armures et tous les équipages des mameluks, tombèrent en outre au pouvoir des Français.
Le lendemain 16, Reynier, de concert avec Kléber, fit de nouveau battre en brèche les murailles du fort d'El-Arisch, commencer quelques boyaux d'approche, et sommer le commandant. Ibrahim-aga (ainsi se nommait-il) ne daigna filtre aucune réponse à cette sommation. Reynier serra alors la place de plus près ; mais pour agir avec vigueur il attendit les ordres de Bonaparte, qui devait arriver leiour suivant.
Parti le 10 (lu Caire, Bonaparte arriva en effet le 17 devant El-Arisch. Il avait reçu le 9, veille de son départ, une dépêche du général Marmont, qui l’instruisait ue le 3 la croisière anglaise, renforcé 'une petite escadre turco-russe, s’était mise à bombarder la ville et le port d'Alexandrie. Bonaparte avait pensé, non sans raison, que cet acte d’hostilité n’avait pas d'autre but que de le faire renoncer à l’expédition de Syrie, dont les Préparatifs alarmaient rivement les An-
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