‹ L'UniversChapitre 80 sur 121 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

«OMNAlHe. — PB^flS DS L’HISTOtSE DE «O- HAMIIED-ALI. — NOTICES SDR SA FAMILLE. —

IRRAHIM-PACBA ISMAEl.-PACIIA. — TOUS-

SOUN-PACDA. SAÏD-PACnA. — ZOBRA-

PACBA. — ABBAS-PACBA. — AVENIR DE LA DÏNASTIE NOUVELLE. — AUHED — BET , DEP- TEBDAB.

Depuis le commencement du siècle un homme possède l’EfTyptc; il en dirige les mouvements politiques; il en .Tffélère ou suspend l’activité sociale : il en augmente ou diminue l'importance industrielle, commerciale et agricole; il en transforme à son grè la puissance militaire; il est le nerf, le cccur et la pensée de cette contrée mystérieuse et célèbre, dont le nomseméleaiiT plus vieilles de nos traditions religieuses , et dont la connaissance est restée l’arcane de la science moderne. Sous les regards inquiets de l'Curopc, attentive pendant plus de quarante ans, riieureux soldat macédonien e.st devenu la personnification du peuple soumis à son autorité, et, au fond, l’histoire du pays se résume tout entière dans la seule' biographie de Méhéinet-Ali. Examiner les phases de sa longue vie; saisir le fil conducteur qui l'a guidé au milieu de tant d’événements; suivre les voies diverses par lesquelles il est parvenu à l’apogée de sa fortune; enfin, projeter

fc [Jrrahoii. (Egvute Modeb;

une égale et paisible clarté sur les scènes tantôt sombres et tantôt magnifiques de cette destinée remarquable, c’est assurément faire un tableau complet de l’Égypte actuelle sous le point de vue le plus intime, le plus réel , et le plus frappant. Nous avons donc jugé nécessaire de rassembler d’abord ici, dans une sorte d’introduction, les principaux faits du régne du grand pacha , et , en indiquant les traits signilicatifs de son caractère, de signaler les particularités curieuses de sa conduite. Cette esquisse, à laquelle se rattacheront les détails contenus dans les différents chapitres de cet ouvrage, aidera le lecteur à mieux apprécrer l’état présent de la nation égyptienne, le rôle de l’homme célèbre sous la domination duquel elle se trouve placée.

Nous commencerons par dire quelques mots de l’origine et de l’enfance de Méhémet ou Mohammed-Ali, en dégageant la vérité, autant que possible , de tous les récits mensongers que les imaginations éblouies ont prodigué sur ses premières années.

Suivant la version la mieux fondée, Méhémet-Ali est né en 1768 ou I7t9 (1182 de l’hcgirc), à Cavala, ville maritime de la Turquie d’Europe (1). II

(I) Silure (lani la MacAIoine, qui fonne au- Jniinriiuî la partie ooculentale de la Roiimêlie, t'sl sur le (*oife du un' me nom, prés de

LTOIVERS.

/tait encore fort jeune lorsqu’il perdit son père, Ihralnin-Auha, qui était sarde de si'.iTlé des routes; et peu de ternps iipro l e premier mallieur, le seul parent (|iii lui restât. Toussoun - Agha , son oiieie, MuieseUim de Cavala, fut deeapiié par ordre de la Porte.

Ainsi privé de famille, le jeune Melié.nel fut recueilli par un ancien ami de son pi're, le lchorha<lji{2) de Praousta, rjui le lit cè ver avec suit propre lils.

Cet liormiie, réserve a de si brillantes deslinées, passa .sa pieinicre jeunesse ilans d'oliM-nres fonctions militaires, où ü trouva c pendant plusieurs occasions de déployer îreaoconp de sattacité et de bra\onrê; il rendit inèiiie de grands services a son protecteur pour la perception lies ini ôts, opération toujours diflicile en forpiie, et qui devient quelquefois une véritable expédition militaire.

Jaloux de récompenser Mi bémet-Ali des services qu’il lui vendait, cl désireux sat's doute aussi de se l'attacher plus étroitement, le vieux tcliorbadji le maria avec une de ses parentes qui venait de divorcer, et qui possédait quelque bien. Ce fut le comineiieemeut de la fortune du jeune homme ; il avait , alors dix-huit ans. Des relations avec nn nésoeiaiit français de Cavala lui avaient donné le poiU du commerce; il s’y livra dès lors entièrement, et lit quelques opérations betirenses, notamment dans les tabacs, la plus riche production de son pays. Cette époque de sa vie n'a pasétc salis influence surfKpv'pte.caron sait combien le pacha s’est efforcé, dans son (toiivernemcnt, dedévelopper 1 s ressources industrielles et commerciales.

l^’invasion française le surprit nu milieu de ces occupations paisibles. La J’orte ayant fait alors une levée en Macédoine, le tcliorbadji de Pr.’ioiista reçut ordre de loiirnir un continrent de trois cents bommes. Il conlia le eomiiiandement de cette petite troupe à son

Hhilippl. autrefois Plillippps, ri à Irrnlp-flruT lieurs [ i29ki{iiiiictrr.s) nttrti'Hsl de Saioniitiir.

une pîiire fnrle, <jul a un port nsM’Z Imhi et assez ronjinercant el gne fxipiilalimi dVn\i* rtm huit ntille a'mes ^ pr«-î<itmî toute roniposi'e de mtiMilriL’inâ. entmahnn uni In comninn.l’t dépend «rlueUempiit du fiuuverneinenl de Salouii|Ue.

(•2) rr^or/'adyL capllainft i1« Jani.s.«aires aonnei on donne dinérents po«lea miliUires de refnptre.

Gis Ali-Agha, et lut donna pour lieutenant Méhémet-Ali, dont il avait déjà apprécié le mérite et l'expérience. Ces recrues maecdonicnnes joignireut l’escadre du capital) -paelia, et débarquèrent avec le grand vizir sur la presqu’île d'Aboukir, où liientôt re livra cette bataille si glorieuse pour la France et si désastreuse pour I armée du sultan.

Après cette défaite, démoralisé, comme beaucoup d'autres chefs turcs, Ali-Agha laissa sa troupe sous la conduite de Méhémet-Ali, et quitta l’armée.

L’Égypte était alors au pouvoir de la France. Bonaparte, De.saixct Kleber l’avaient conquise par leurs victoires.

Nous n’avons point 5 faire ici une histoire de la brillante campagne d’Égypte; et nous nous bornerons" à tracer un bref aperçu de l’état du pays au moment où fimpéritie du général Menou forçait la France à renoncer à cette rapide et aventureuse conquête.

D’un côté, l'Égypte était oecupée par les troupes du sultan, fortes de 4,000 Albanais, et par celles que l’Aiiglcterre venait d’y débarquer sous la conduite de l’amiral Keith; de l’autre côté, elle était disputée parles mamelouks; et l’on SC demandait si cette milice puissante recommencerait .à dominer l’Égypte comme avant l’invasion, ou si le pays retomberait sous la dépendance de la Porte. Mais les maiiielonks, épuisés par leurs luttes contre, l'armée française, avaient meme perdu la faculléde se recruter dans la Circassie et la Géorgie; la Porte, qui voulait faire gouverner l’Égypte par un vice-roi , empêchait ces contrées oc leur fournirdes soldats.

Les mamelouks avaient encore en eux-mômes une autre cause de destruction : leurs deux heys principaux, Osinan-Bardissy et IMoliammed l’Élfy, au lieu (le douhier leur force en partageant franchement le pouvoir, comme l’avaient fait Mour.nd et Ibrahim Beys avant l’occupation française, se laissèrent absorber entièrement, ainsi qu’on va le voir tout à riicure, dans une rivalité q ii détermina leur ruine et celle de leur corps.

Le premier pacha investi de la viceroyauté de l’Éuypte après le départ de l'armée française fut Mohammea-Khosrexv, qui avait mission de détruire le

fXYl'TiC .müdi:k>k.

reste de puissance que les inauieluijks conservaient encore.

Lo vice-roi servit la Porte avec fidélité; son administration lot ferme et zélée; mais les mesures qu’il prit con- , tre ses tiers antasoiiistes manquèrent de la suprême inteilisenee indispensable dans une mission si difie.ile.

Moliammed-Kliosrfcw, dont la rivalité avec Méliémet-Ali attirait il va (|iielques années les rettards de t’ICurope, allait, [>our la première fois, se trouver face à face avec son futur competiteur.

Cependant. Méhémet-Ali n’avait pas quitté l’Ép'ypte; parson activiléet l'importanre de ses services, il avait con- ([uis suceessiveinent les grades de bytibacUi, clief de mille hommes, et de capi-bou/oiik-bavhi ou chef de la police du palais. Kniin, il avait ohtenu de Mohammed- Khosrew-Pacha le çrade de serchinié, qui le mettait à la tete de trois à quatre mille Albanais.

Ainsi pourvu , et fort avant d’ailleurs tlans les bonnes grtle.es du vice-roi, le jeone ambilicux voyait devant lui les moyens de déployer iin jour son audace; il n'ignorait pas tout le parti qu’on pourrait tirer au besoin de ces soldats, nommes turbnientset pillards, toujours prêts à vendre leur dévouement. Kn attendant, le génie de Mèliemet ne restait pas inactif; et comme ses supérieurs n’avaient plus rien à lui prescrire, il s’occupait sourdement à elendre et à fortifier l'influence et le crédit dont il jouissait parmi ses subordonnés.

IJn événement imprévu vint seconder ses projets. A peine arrivé au pouvoir, Khosrew s’élait empressé de combattre les mamelouks; mais celte entreprise téméraire n’avait eu pour résultat que la défaite des troupes envoyées contre cu.x.

Le serchimé Méhémet-Ali-, qui faisait partie de fexpedition avec son corps il’Albiuuis, n’avait pu prendre part à r.action, à cau.se de son éloignement du champ de bataille; h' général, lionlenv et mécunlent d'une défaite, imagina d'en rejeter la respunsabdile sur son lieutenant Mehéinet, et faccus.a auprès de Kliosrevv. Celui-ci, dupe de cette accusation, ou feignant de l'être, s’en (inpara, et dos ce moment résolut la

perte de Méhcmet-Ali, dont il commençait à redouter l’infiuence.

Pour arrivera sun but, le vice-roi, sous prétexte d'avoir à faire au serckimé une communication importante, le manda an milieu de la nuit; Mébémet, (lénétrant aisément les intentions de Kliosrevv, se garda bien d’obtempérer à cette injonction. Mais la désobéissance allait le mettre dans une position critiijuc; pour se tirer d'un aussi mauvais pas, il fallait une occasion favorable; il la trouva dans l’insurrection des soldats, irrités du retard qu’éjirouvait le payement de leur solde. S'allier avec les mamelouks et leur ouvrir les portes du Caire, se joindre ensuite à Osman-Dardissy pour marcher contre Kliosrevv , fut pour kléliéniet-Ali 1111 projet aussi promptement conçu qu’exécuté. Il accule le vice-roi dans Damiette, s’empare de cette ville, et conduit son prisonnier au Caire, où il le confie à la garde du nestor des mamelouks, le vieil Ibrahiiu-Bey(1803).

La nouvelle de ces événements ne fut pas plutôt arrivée à Constantinople, que le sultan dépêcha en Égypte Ali- Cezairli-Pacha, pour remplacer Khosrew et chêlier les auteurs de sa chute.

La confiance de la Porte coûta cher au nouveau vice-roi. N’ayant pu réduire les mamelouks et les Albanais par la force, il eut recours à la ruse ; mais ses combinaisons, mal dirigées, le tirent tomber entre les mains de ses ennemis. Indignés de sa duplicité, ils le mirent à mort.

Ce triomphe ranima un peu les espérances des mamelouks; ce n'était néaiiiiiuins qu'un peu de gloire sans portée pour leur avenir. Au même moment, le second bey des rnaiiieluiiks, Mobainmejl-l’Elfy, revenait d’Angleterre. où il avait été réclamer un appui, et débarquait a Aboukir.

Ifardissy vit avec une extrême inquiétude le retour de ce bey, son égal, qui venait partager et peni-être même lui ravir une position récemment conquise par des efforts personnels. Ces craintes ii'éiaienUjue trop fondées. Tandis que liardissy étayait sa pni.ssance sur scs armes, l'Elfy s’elait fait le protégé de l’.Aiistlelerrc; et, pour prix de (• ue pioiection, il avait pris des eiiga-

L'UXIVEIIS.

gcments do nature à compromettre l’avenir de l’Kgj’pte.

Méhémet-Âli, qui saisissait toutes les occasions capables de servir ses projets ambitieux, et qui avait d’ailleurs un grand ascendant sur l'espri tde Bardissy, attisait la jalousie du bey, et le poussait dans une voie funeste. Ce lut lui qui décida le chef mamelouk à se délaire de son rival par la violence; cédant à ces perlides suggestions, il l’attira en effet dans un guet-apens ; mais l’Elfy s’échappa , et gagna la Haute- Egypte.

Bardissy n’eut pas le temps dé se féliciter d’une retraite qui le laissait maître absolu du pouvoir; malgré l'éloignement de son compétiteur, il était plus près que Jamais de sa ruine. L’audace des Albanais, excitée parla scission ouverte de leurs chefs, venait de se reveiller tout à coup. Ils demandaient à grands cris huit mois de solde, et menaçaient Bardissy d'une révolte si leurs réclamations n’étaient pas écoutées.

Pour se procurer les moyens de les apaiser, le bey frappa les habitants du Caire de contributions énormes, et par cette mesure maladroitement rigoureuse, augmenta encore son danger, en soulevant le re.ssentiment de la population. Les révoltés, d’ailleurs, n'acceptèrent pas cette réparation tardive; conduits

far Méhéinet-Ali lui-môine, ils vinrent assiéger dans son palais , et Bardissy, après une vaine tentative de résistance, fut encore heureu.x de parvenir, grâce à son sang-froid et à son courage, à sortir sain et sauf du ('.aire, où il ne devait jamais rentrer (I804).

Méhémet-Ali, que cette révolution, dirigée avec autant d’habileté que de prudence, avait élevé au faite du pouvoir, voulut se servir de son crédit au- • près des oulémas pour faire rendre la liberté àKhosrew ; m.ais les autres chefs albanais n'approuvant pas cette mesure, le pri.sonnier fut dirigé sur Rosette , où on le fit embarquer pour Constantinople. Forcé de céder sur ce point, Meliémet-Ali montra, en général, dans ses autres actes une grande déférence pour la Porte. Il exigea que la vice-royauté fût conférée à un pacha turc, et lii nommer à ce poste Kourschid-Pacha, gouverneur d’Alexandrie. Il fut lui-méme désigné parles cheikhs et les chefs des troiqirs

pour remplir les fonctions de kaimakan.

Ces deux nominations, ratifiées par le sultan en 1804, révélèrent à Méhémet- Ali la haute influence qu’il exerçait déjà sur les affaires de l'Égypte.

Nous avons maintenant à décrire la conduite de Méhémet-Ali pendant les vicissitudes qu’éprouvèrent les prétentions rivales du corps des mamelouks et de la Porte, et la position qu’il se fit au milieu de cesdeux partis tour à tour triomphants ou vaincus.

Les mamelouks, décimés par trois ans de guerre, n’étaient plus cette nombreuse et redoutable milice qui avait glorieusement combattu l'armée de Bonaparte.

Le corps se composait alors seulement de six ou sept mille cavaliers, et l’argent manquait pour subvenir au recrutement. L’eiirùlcment de quelques rares transfuges des troupes turques, et les faillies tributs qu’ils percevaient enrare avec peine dans les provinces de la 'i'hébaide : c’étaient la toutes les ressources d'une puissance qui décroissait chaquejour.

U un autre eété, la force des Turcs n'avait ni base solide dans le pays ni homogénéité; leurs troupes , formées en grande partied’AlbanaisvenuseiiPigyptc pour repousser l’invasion française, irritaient les populations par leurs pillages, qui devenaient de plus en plus fréquents à me.sure que le payement de leur solde s’arricrait davantage.

Loin d'embra.sser ouvertciiieiit l'un ou l’autre de ces partis, Méheinet-Ali se contenta d'entretenir leur rivalité. Ce grade de chef albanais, qui lui donuait l'air d'un subalterne, facilitait beaucoup le rôle qu'il voulaitjouer.

Il travailla silencieusement avec uno persévérance et une souplesse infinies.

Flattant l’ambition des uns, nourrissant le ressentiment des autres; gagnant les faibles par ses caresses , imposant aux forts par son autorité ; présidant à toutes les révolutions du Caire ; s'atuachant à la cause des pachas quand il fallait soutenir les mamelouks, et quand les pachas acquéraient une certaine force s'alliant avec les mamelouks contre ses alliés de la veille ; du reste, ne négligeant rien pour trouver dans le peuple un appui, et se. servant, pour y arriver, des cheikhs et des oulémas, qu’il se conciliait, les

tGYPTE MODER>’E.

uns par des deliors religieux, les autres par son amour apparent du bien public , il se maintint ainsi pendant les nombreux cliangements qui amenèrent tel ou tel parti au |K>uvoir. Enlin, aucommenceiiient du mois de mars 1805, comme le peuple se fatiguait de commotions aussi violentes que fréquentes, il s’engagea envers les cheikhs a tout ramener dans l'ordre s’ils consentaient à le servir de leur concours et de leur influence. .Sdr des oulémas, il fomenta une révolte, assiégea Kourschyd-Paclia dans la citadelle, se rendit maître du Caire dans l'espace de queloues Jours , et compléta son œuvre en enassant les mamelouks.

Il fut aussitôt proclamé pacha parles Albanais et les oulémas, qu'avaient séduits sa valeur ou ses artiflees. Fidèle à son système de prudence, et pour se créer un nouveau titre aux faveurs delà Porte, Méhéinet- Ali feignit de refuser. Après bien des hésitations, qui cédèrent devant de inagniflques présents, ou peut-être devant la considération des difficultés rencontrées J usqu’alors pou r établ i r régulièrement l'autorité des pachas, le gouvernement turc .se détermina à sanctionner le choix du peuple égyptien. Méhémet-Ali reçut le flrman d'investiture le $> juillet 1805; mais pendant les sept années qui suivirent il ne commanaa quedaps la Basse-Égypte : encore Alexandrie demeura-t-elle tout ce temps soumise à un oflicier délégué par le sultan. Quant à la Haute- Égypte, elle était restée l'apanage des beys mamelouks, qui avaient su se maintenir d.ms le.Saïd.

Dès que Méhémet-Ali fut arrivé au pouvoir, l’Elfy, qui avait reformé son parti dans la Haute- Egypte, mit tout en œuvre pour renverser le nouveau pacha.

11 offrit d'abord à Rourschyd son alliance pour l'aider a reprendre son poste ; il promit sa soumission à la Porte si elle voulait chasser le nouveau dignitaire, puis il se tourna vers l'Angleterre, et n’eut pas de peine à s'assurer son concours en promettant de lui livrer les principaux ports de l'Egypte. Cette négociation, que M. Drovetti, consul de France à Alexandrie, lit échouer une première fois auprès du capitan-pacha, en dépit des menaces d’invasion proférées par les agents anglais, se renoua

quelques temps après, sous l'influence de l’ambassaaeur d’Angleterre, qui demanda, au nomdç son gouvernement, le rétablissement dès mamelouks, prenant sous sa responsabilité la lidélité de l'Elfy.' La Porte envoya aussitôt une flotte en Egypte porter à Méhémet-Ali uiiHrman qui le nommait au pachalik de ,Salonique. Dans cette conjoncture, le viceroi, se sentant soutenu par les cheikhs, qui l’avaient aidé à s’emparer du pouvoir, ne chercha qu’à temporiser; il rencontra bientôt un nouvel appui dans les beys mamelouks du parti de Bardissy , qui oublièrent leurs griefs personnels pour se venger de l'ennemi commun.

En même temps, vingt-cinqmamelouks franç.-iis(l), gagnés par .M. Drovetti, quittèrent les drapeaux de l’Elfy pour ceux de .Méhémet-Ali.

Enlin, le pacha d’Egypte avait dans l'ambassadeur français à Constantinople un zélé défenseur auprèsdu capitan-paclia. Ce dernier, voyant que la scission des mamelouks les mettait dans l'impossibilité absolue de jamais reconquérir leur ancienne puissance, plaida la cause de .Méliémet-Ali auprès ae la Porte, et en obtint un flrman qui le rétablissait dans sa vice-royauté, à la seule condition (3) de payer un tribut annuel de 4,000 bourses (5,000,000 fr., environ).

La piii.ssance de Méhémet-Ali commençait à se consolider, et la mort presque si multanée d'Osman Bardissy et de Mohammed l’Elly (novembre 1806 et janvier 1807) semblait lui promettre une certaine tranquillité pour l’avenir, lorsque le 17 mars suivant les Anglais, mécontents de sa réconciliation avec la Porte, débarquèrent en Egypte sept ou huit mille hommes, dans l'intention du réveiller les mamelouks, qui s’endor-

(I) Lors du d(ip.vrl de l’armée franç.vlsp, huit (vnts Hotiiat» environ, (1r IouIps armés, (Irmeurèrentpi) Kgyple. (relaient tlR8roalad<*s,di** traîneurs, d(*s maraudeurs, qui furciil (orcos dVuiiirasscr l'isUtuii.simiel incorporas dans les m<irnclouks. La guerre et les ninlai)i<*s U*s ont dédmés, et il n‘en reste plus mijounl'hui que cinq ou six, qui vê;4ctRnt inUeraliiemenl.

(2i On lui iin()osa IVUIluntioa dVmoycr aux lieux saints les présents tant en vl>n»s

qu'en argent, et de ]ais.ser nu sultan les revenus des éciielles d'Alexanflrie, du Itosetteet de Damiette. Méliémet-Ali donna 4,nOU bourses ouc ce tribut, et expédia ardebs de lé à Djedda. L’ardeb éfjuivanl a IS2,|2 liircs.

L’UiMVERS.

inaiont dans des divisions de famille et de palais, et de leur prêter main-forte.

IJne partie des troupc.s anglai.se^, sons la conduite du général fraser, s’empara d’Alcsaiidrie , où les Anglais demeurerentsix moissans avoir pu tenter aiicime autre entreprise; le reste de la petite armée, dirige sur Rosette, fut taillé eu pièces par une poignée d’Arnautes.

Ainsi échoua cette expédition ; le viceroi, qui au commencement de la campagne avait donné des preuves d'une véritable cruauté orientale, et envoyé au Caire plus de mille têtes anglaises pour orner la place de Roumiyeh, termina ses opérations par un acté de générosité européenne, et rendit ses pri.sonniers sans rançon. Le plan de défense adopté par le paelia était l’œuvre de M. Urovetti, auquel revient par conséquent une part de la gloire de ce rapide triomphe.

Méhémet-Ali, n’ayant plus à s’inquiéter des Anglais, qui avaient évacué l’Egvpte depuis le 14 septembre 1807, comiiieiiçnit a donner essor a scs idées d’ambitioli, lorsque la politique ombrageuse de la Porte trouva prudent d’envoyer l’astucieux pacha contre les Wahahys (1), qui menaçaient d'envahir les saints lieux. Avant d’obéir à ces ordres, le vice-roi comprit que pour s'engager dans une guerre aussi périlleuse, et qui exigeait un rassemblement de forces imposant, il devait préserver l’Égypte des dangers que l’éloignement des troupes allait rendre plus imminents. Or, l’Égypte n'avait pas de plus grands ennemis que les mamelouKs; depuis 180S ils avaient repris les armes , et tenaient le pays dans une constante agitation.

Méliémel-Ali .se détermina donc à extirper les racines mêmes de la guerre civile, et l’extermination complcle de cette milice, redoutable fut promptement arrêtée dans son esprit. Il ii'y avait pas à liésiler sur le choix des moyens. La guerre ii’avait pas pu réus.sir, il ne restait que le meurtre, et le vice-roi adopta cet effroyable parti. Il invita donc le cor|)S entier des mamelouks à une fête qu'il avait l'intention de donner dans le palais de

(I) I.es Wahaby» sont des sectaires qui yen- Inni MlUHntT la A la simplicité du

Kornn ; ils p4Mi\rnt Hr** jubli jrienl qualilii*s, par aitalo;:!»*. proli^.-vlaiits de rislamismt*. Ils oc* cu(>tMil toute la partie de r.\raiue appelée le pays de NudJ.

la citadelle en l'honneur du départ do Toussoun-Paclia pour la Mecque.

Cepalaisestbâti surleroc, et ony arrive par des clieuiius encaissés à |iic dans des quartiers de rochers. Le 1" mars 1811, jour Cxé pour la solennité, Mehémet-Ali reçut lui-même ses invités avec un luxe royal, et une cordialité faite pour dissiper les soupçons si les mamelouks en avaient conçu*. La fête sc passa sans accident fâelieùx. Lorsqu’elle fut terminée , on lixa l’ordre de la sortie , et on donna le signal du départ , après les cérémonies d’u.sage; les janissaires précédaient immédiatement les manieîucks. A peine les premiers avaient-ils atteint la porte de Roumiyeh que Saleh- Kock, le chef des Albanais, donna ordre de tirer sur les mamelouks engagés daus ledélilé. En même temps, les soldats embusqués derrière, les murs de la citnilelle commencèrent un (-image d’autant plus affreux, que la défense était complétenierit impossible dans cette gorge étroite et sans issue; les chevaux une fois engagés ne pouvaient plus manccuvrer :

après avoir résisté aux plus vaillants soldats du monde, après tant de faits d’armes célèbres, il fallait recevoir là une mort obscure, sans gloire, et sans vengeance. Quelques mamelouks cependant jetèrent leurs jubés, et, le sabre à la uiaia , tentèrent de frapper les Albanais po.sté'S sur les rochers; ceux-là moururent du moins en combattant.

Chahyn-Bey tomba devant la porte du palais de Salah-Ed- Üiii ; .sou corps fut traîné dans les rues par la soldatcsipie. .Soleiinan-Bcy , demi-nu et couvert de blessure.s, parvint jusqu’aux terrasses du han>m,oùil implora vainement protection; il fut sai.si et décapité. llassan-Bey , le frère du célèbre KIfy, préférant aller audevant de la mort , lança son cheval au galop, franchit les parapets et tomba tout meurtri au pied des murailles, où quelques Arabes l’arrachèrent à une mort certaine en favorisant sa fuite. Le petit nombre de ceux qui échappèrent au carnage se réfugia eu Syrie, ou daus le Dongolah.

Pendant que cet linrrible drame se passait au Caire, des scènes analogues complétaient la cata.strophe dans les diverses provinces, dont les gouverneurs avaient reçu l’injonction expresse d’e-

Digi;i£Hd by Coogic

ÉGYFrE MODERNE.

jiorger jusqu’au dernier des mamelouks disséminés sur la surfaee de ri-.gypte.

Pres()ue tous périrent, et ce corps célèbre fut à jamais anéanti, cor le peu (i’Iiomines qui survécurent étaient iinpui.ss;ints à le reconstituer.

Les mamelouks français, qui se trouvaient à cette époque (Inns la capitale, et qu’on n’avait pas les memes raisons de redouter, furent seuls esceptes du massacre d’après les ordres formels du pacha.

Ainsi linit, en un seul jour, cette lutte si longue; cette série de combats, de vengeances et de représailles, fut couronnée par un de ces grands forfaits, nombreux dans riiibtf'ire, et que la politique excuse ueot clie malgré l’extrènie horreur qu'ils ins|)imit toujours Tel fut aussi la lin tragique du puissant corps des janissaires , qiiehiucs années plus tard : seulemeiil, ’léiumiet-Ali sembla résoudre et exécuter sa terrible sentence avec une pusillatiimité que la nécessité inéluctable put seule vaincre, tandisque Mahmoud présida en personne à l’accomplissement de se^ ordres avec l’horrible sang-froid d'un tiéros(l). Du reste, ces sanglantes omvres do l'ambition et de rantagunisme ne sont pas une manifestation particulière aux mœurs asiatitiques ; les fastes de nos potentats européens sont illustrés par des exemples analogues de barbarie. Sans parler de la Saint-ltartbélemy, qui eut bien sa majesté, d'infamie, nous pouvons citer la destnictiüu des strclitz, qui tombèrent victimes des calculs monarchiques du czar Pierre le Grand ; et de nos jours, dans la guerre acharnée, atroce, qui,

(l)OnailUqne pendant celle rpouyanlahie scène (tr meurtre Mclictnet-Ali sVlail placé sur line li rraï.w d'uu il pouvait tout voir, et i|ii'as..iseur deeuinidueux ta;>ia,a(i milieu de scs conlideolN dcvoui's, il rumait IranquiUeinent son fictie nargnileli. Os dèlaiis sonl inexacts. Mi'* tiéinet Ali n'avait mlsttans le secret que Mctiéinel-Hey.l.ar.miqluu, son intime ami, et Saleti- Kocli. clad des lani.ssairis. Au mnment de l'exèciiliun, U s'enferma dans le divan, ou il avait ri-çn les prii>cit<aux ctiefsdes mamelouks; quand ceiix-ci furent sortis, on congédia tout le monde, cl le pacha demeura seul. H.AIe, défait, silencieux, le regard llxe, il avait quitté sonr.lilclié. An plus tort de la fnsillade, son émotion lui si profonde, qu'il seiitil son errur défaillir, , t demand.i un peu d'eau. On a dil ans.si que les mameiniiks furent tués au milieu d'une vaste cour, il n’en esl rien ; ils furent assaillis dans un clien<'n elcuil , escarpé et inontueux, ou ils ne puient se défend re.

de 1810 à tS.3C, a ravagé l’Esp.igne,Ferdiiiaml Vil lit tailler eu pièces, sous ses yeux, des soldats <|u'il avait liii-méme poussés à la révolte , — boucherie plus îiidcuse que celle des mamelouks et des jiipissaires. et fruit d’une des trahisons les plus exécrables qui se puissent imaginer. En fait de perfidie et de cruauté , l'Occiih'iit ne le cède en rien à l'Orient.

Bien que Mchémet-Ali ne se méprît pas sur Ic.s intculions qui avaient suggéré à la Porte l'expédition contre les \Vahabys , il s’empressa de faire les prén.iratifsde cette longue guerre, pemlaut laquelle Toussoun et Ihrahiin Pachas, ses deux fils, ne parvinrent en plusieurs amiées qu'à afiaihiir les redoutables sectaires qui dé,solaicnt l’Arabie et interrompaient les pèlerinages; lui-même commandait une armée dans le lledjaz, lorsque Lotif-Pacha arriva muni d’un firman d’investiture au paehalik d’Egypte. Heureusement, Mchémet-Ali avait laissé pour vekyl„àsou départ, un homme de cœur dévoué à sa cause, Méhémet-Bey. Le fidèle ministre feignit de favoriser les prétentions de l'envoyé du divan, s’empara de sa personne, et le lit publiquement décapiter.

C’est de ce moment que date véritablement le règne de Mchémet-Ali. Paisible possesseur d’un pays fertile, il avisa promptement aux moyens de réparer le mauvais état des linâiiees, et enmprit toutes les ressources qu’on pouvait tirer de l’agriculture et du commerce pour la réalisation de ses vues ambitieuses. Il fallait tout mener de front dans le gouvernement d’un p.ays penilant tant d’années théâtre d'une guerre incessante :

ramener le paysan <|ui avait abandonné les terres pendant les troubles ; fonder un ordre politique et civil pour rassurer les habitants, et faire reprendre les travaux depuis longtemps délaisses.

La chose la plus imporlanle était de réprimer les courses déprédatrices tics Bédouins; pour s'as.surer l'obéissance de ces hordes jusipics-là insoumises, il retint leurs chi'lkhs en otage; en même temps il imposait un frein aux malversations des Coptes . entre les mains desquels se trouvait de temps immémorial J administration des terres.

Une paix stable ayant été ainsi ga-

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