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L’U MYERS

rnntie à l’intérieur du pays, la sollicitude du pacha se porta sur une entreprise toujours diflicile à accomplir après de longues crises; il avisa au moyen de favoriser et de régulariser la rentrée des impôts, sans gêner les opérations financières des particuliers, déjà entravées par la rareté du numéraire. Dans ce but, il rétablit l’usage de percevoir le tribut en nature. Grâce à cette mesure, et à de sages combinaisons administratives, les affaires reprirent bientôt leur cours. A l’aide du tribut payé en nature, il organisa le commerce d’exportation. Mille barques, construites à ses frais, .sillonnaient en tous sens les eaux du Nil, et portaient les produits de l’f^ypte sur les bords de la Méditerranée, où d’immenses magasins servaient d’entrepôts aux marchandises destinées aux pays étrangers.

Mébéinet-Ali entretenait des relations suivies avec les négociants européens ; le pays dut à ce contact bienfaiteur beaucoup d’heureuses innovations, et l'agriculture s’enrichit de quelques productions jusques-là inconnues. Un fran- <;ais, M. Jumcl, introduisit en Égypte la culture du coton à longue soie , tandis que M. Drovetti, reste l’ami du pacha, lui facilitait, par des conseils intelligents et expérimentés , l’établissement des manufactures, et l’aidait de sa connaissance des hommes et des choses. Bientôt on vit s'élever des Glaturesde coton, des fabriques de draps, d’indiennes, de tarbouches, une rafünerie de sucre, une distillerie de rhum, dessalpétrières par évaporation, etc., etc.

Le commerce extérieur emportait par année jusqu’à sept cent mille ardebs de céréales, et plus de six cent mille balles de coton. En échange, les millions de l’Europe arrivaient dans les coffres du pacha industriel, et les revenus de l'Egypte, qui, jusqu’à cette époque, n’avaient jamais denassé trente millions, étaient plus que doublés en 1816.

Le peu de succès que .Méhémet-Ali avait obtenu à la tête des troupes irrégulières, lors de sou expédition contre les redoutables ’Wahabys , le décida à réaliser l’idee, qu'il nourrissait depuis longtemps, d’une organisation militaire a l’européenne. Ce fut dès lors l’occupation unique de l’audacieux pacha , et le

but exclusif de sa persévérance. Le Nizam-Djëdyd fut proclamé au mois de juillet 1815, et toutes les troupes reurent l’ordre de s’organiser sur le moèle de l’armée française. Cette entreprise qui , en 1807 , avait coûté la vie a Sélim ill, faillit aussi être fatale à Méhéinet-Ali.

L’existence de certains préjugés religieux particuliers aux musulmans et d’une indiscipline consacrée par une longue impunité, la force des habitudes invétérées, toutes les circonstances de la situation enfin, devaient faire pressentir la désobéissance. Les premières démonstrations de mécontentement ne firent qu’irriter le désir de Méhémet- Ali; il se montra inébranlable, et prit des mesures énergiques, qui portèrent bientôt l’exaspération au comble. Une insurrection terrible éclata parmi tous ces étrangers mercenaires qui composaient presque entièrement l’armée les troupes , furieuses , marclièrent contre le tyran , contre le giaour; le palais fut pillé, et le pacha eut à peine le temps de s'enfermer dans sa ciLidelle. Pour sauver sa vie et ressaisir l’autorité, sa seule ressource fut une promesse solennelle de renoncer à ses projets. Méhémet-Ali ajourna donc l’accomplissement de ses vues sur l'organisation militaire, et se réserva d’en faire d’abord l'essai sur les indigènes, hommes plus faciles à manier que des étrangers turbulents, nourris des vieux principes des okaz et des m.amelouks. La guerre qui continuait en Arabie lui permit de se défaire des hommes les plus indomptables, qu’il envoya dans le Hedjaz, sous le commandement d’Ibrahim-Pacha , son fils aîné.

Un succès vint à celte époque consoler Méhémet-Ali de l’échec qu'avaient reçu ses tentatives réformatrices. Ibrahim, après une longue suite de désastres, parvint, en 1818, à faire prisonnier le chef des AVahabys, Abd- Allah- Ebn- Sououd, qu’il envoya au Caire porter au grand pacha ( titre qu’un donne souvent à Méhémet-Ali en Égypte) une partie des bijoux enlevés au temple de la Mekke. Ce malheureux fut ensuite conduit à Constantinople , où son supplice témoigna de la victoire, mais non de la clémeuce des orthodoxes. Pour

ÉGYPTE MODERNE. g

réfompenser ]brahiin de ses services, le sultan lui envoya une pelisse d'honneur, et le nomma pacha de la Mekhe, litre qui lui conférait le premier raii!’ parmi les visirs et les pachas, et le phn^ait nié.ine au-dessus de son père dans la hiérarchie des dignitaires de l'empire turc. Il eleva en même temps le viceroi à la dignité de khan , attribut de la maison ottomane, et dislinction la plus insigne qui prtt être accordée à un pacha, puisqu’elle était auparavant réservée aux seuls souverains de la Crimée.

Apres avoir détruit Darycli, capitale du Nedj, et dispersé les schismatiques, Méhémet-Ali avait formé le projet d’étendre ses possessions dans l’intérieur de l’Afrique et de soumettre le pays des Noirs, où il espérait trouver de grandes ressources. Cette contrée passait pour receler de très-riches mines d’or, situées dans les environs du Kalir-cl-Azraq (le lleuveBlcu). Stimulé par l’envie de posséder ces trésors, il organisa une armée d’expédition, dont il dunna le commandement à Isinaël-Pacha , un de ses (ils; cinq mille hommes de troupes irrégulières, dix pièces de canon et un mortier partirent donc pour le Sennaar eu 1820.

La seule peuplade capable d’opposer quelque résistance aux forces égyptiennes était celle des Par-Chayiiyan ou Chaylayés, tribu d’origine étrangère, ■nais établie en Nubie depuis un temps immémorial, selon l’historien Abd-Allah Ben-Ahmed. Aussi bons cavaliersque les mamelouks, et comme eux combattant presque toujours à cheval, les Chaylayé, qui comptaient environ dix mille hommes, étaient devenus, à cause de leur caractère belliqueux , la terreur des tribus voisines. Néanmoins, n’ayant pour toutes armes que leurs cljellabés , ou épées à deux tranchants, un poignard , et des javelines qu’ils lancent avec une grande dextérité, ils ne purent résister lunglempsàl’artilleriedeMéhémet Ali. Apres deux combats, où leur adresse à lancer la javeline ne les empêcha pas de perdre beaucoup de monde , le melek Chaoiis , leur chef, vint avec sa tribu faire sa soumission à Ismaël-Pacha. Le général égyptien prit alors possession du Sennaar, et pénétra jusqu’à Fazoql, où il crovait trouver des mines d'or, but essentiel de cette aventureuse expédition.

Les maladies et les privations de tout genre avaient beaucoup diminué les troupes d’Ismaël, lorsqueson beau-frère, le defierdar Ahmed-Bey, viiii le rejoindre avec trois mille lioinmes pour continuer les opérations. Ismaël prolita surle-champ de cette circonstance pour laisser son armée à Métama et descendre jusqu’à Ciiendy, où il voulait lever quelques troupes et de l’argent. • Je veux, » vint-il dire au iiiélek Nemr, « je veux qu’avant cinq jours tu remplisses ma barque d’or, etque tu me fournisses deux mille soldats pour mon armée. « Sur une observation du mélek, le pacha consentit néanmoins à réduire le tribut à 20,000 piastres ( I ) fortes d' Espagne ( 1 1 0,000 f. , environ). Mais, comme le mélek demandait un plus long délai , Ismaël jura , en le frappant de sa pipe au visrige, qu’il le ferait empaler s’il ne payait ponctuellement. D’autant plus furieux de cet outrage, que sa soumission u'avait été pour lui qu’une source de vexations, et u’avait fait que l'exposer à des actes arbitraires, Nemr résolut de se venger. Ayant facilement soulevé une population aussi mécontente que lui de la domination égyptienne, il lit apporter près de la résidence temporaire d’Ismaël une gr.ande quantité de paille et de tiges sèches de doura , sous prétexte de nourrir les chevaux du pacha. Le soir, une foule d'hommeset de femmes, assemblés autour de cette maison, commencèrent à exécuter, au son du tambourin et des chants, une de ces danses solennelles et graves particulières au pays. En entendant ces cliauts, que les conjurés composent pour la circonstance, toute la tribu se jointaux danseurs, et répète les refrains menai^aiits. Tout à coup, à un signal donné, les gardes du pacha sont attaqués à l’improviste, et refoulés dans sou habllatioii. Alors les noirs entassent autour de cette masure les matières combustibles qu’ils ontpréparées, et mettent le feu de tous les cotés a la fois. C’est en vain qu’Ismaël, ses mamelouks et sea Serviteurs essayent de sc frayer un pas-

(I) Il «'agit ici de la piaatre eapasnole oa gourde, la seule monnaie qui, av<-c les sicles u’ur, avait alors cours dans le Sennaar. lat gourde ou colonnade vaut aujourd'hui de 20 a 21 piasirea égyptiennes, soft environ cinq francs ou cinq francs 2a ccnUincs.

L UMVHRS.

saae au milieu des llamines, ils sont étouffés et brûles aux cris de joie d'une foule immense, qui pendant trois jours, ne pouvant se rassasier de, vciigean e, continua d’insulter à leurs cor[is dcllgurés. En même temps la rcvollc- s’organisait à Metama, où l’oncle de Neutr massacra le reste de la suite d’Ismacl.

I.e bruit de cette horrible nouvelle fit accourir le defterdar du Kordofan; il parut avec sa petite armée, et délit complètement les troupes bien plus nombreuses d’un ennemi qui, dans l’ivresse d’un triomphe réeenlcneorc, dédaignant une guerre de partisans où seulement se trouvaient pour lui lies chances de succès, avait voulu essajer scs lorecs eu rase campagne, et accepter un combat régulier. Le defterdar avait Juré sur le cadavre de son beau frèrede faire tomber vingt mille tètes pour venger sa mort; investi du cummaiidement en chef du Sennaar et du Kordofan, il poursuivit avec la deruiere rigueur l’cxeculiou de sou vœu. Danssou acharnemeutimplacable, il inventa pour ses xictimesdes r.ifünemeiils de torture et de nouveaux supplices, et tint si cruellement sa parole, qu’il devint un objet de terreur non-seulement pour les naturels, mais encore pour scs propres soidats. Il resta en possession ducommaudementjusqu’à l'année 1824, durant laquelle Uiistemüey vint avec de.s troupes réatees le remplacer dans le gouvcriieiiieiit dea'S contrées.

Les armes du conquérant ont ruiné, pour longtemps l’agrieullure et le commerce dans le Seuiiaar et le Kordofan, et depuis qu’elles sont rangées sous la domination du grand pacha ces deux provinces ne sont plus guère que le marché central où les Turcs s'appruvisioiinciit d’esclaves.

Méhémet-Ali n’avait pas oublié ses projets d’organisation militaire; mais il avait vu combien il serait imprudent d'en occuper de nouveau la capitale, qui s’était violemment déclarée, en 1815, contre ses (irétentioiis novatrices; il se décida priidi nimeiit à préparer en secret les bases de celle grande réforme, qu’il liouvait introduire plus facilement dans les conjonctures présentes.

l.es ex[ié.litioiis du Sennaar et du Kordofan av.nieut alors purgé près pie

entièrement l’iïgypte d’une soldatesque faetieiise, ;i laquelle toute idée de discipline devait être absolument insupportable.

Mélicmet-Ali envoya donc à Assouan , sur les frontières de l’Egypte, quelques centaines de iiiamcloiilts faisant partie tant de sa maison que de celle de quelques grands de sa cour; et là uii oflicier français, nommé Sève, depuis .Soliman-Pacha, fut chargéde leur éducation militaire. Apres avoir surmonté des difficultés et bravé des dangers de tout genre, Seve parvint à former avec ces mamelouks les cadres de plusieurs régiments que des fellahs et des nègres vinrent aussitôt remplir. Pendant que ces nouveaux régiments appreiuient les manœuvres européennes, I œuvre d’organisation se poursuivait a la fuis, sans perte de temps, sur tou.s les points du royaume et sous toiiti-s les formes : à Alexandrie, on formait et on instruisait une marine; au Caire, uii Français montait une fabrique de fusils et une fonderie de canons, tandis que l’iiupiiai militaire d’Aboiizabel , l’c.olc d’ctit-major de Kaiika et l’artillerii* égyptienne s’organisaient siinultüuémeut' par les soins de trois autres de nos compatriotes.

Toutes CCS innovations exigeaient des dépenses énormes, et contraiguaient Meliémct-Ali à augmenter de beauroup tes impôts, aux murmures de la population. Les fellahs, arrachés à leur famille, à leurs cliauips, pour peupler les régiments ou les fabriques, maudissaient ces institutiniis de.s inlidcles qui les opprimaient sans leur apporter ou leur faire entrevoir .aucune compensation, aucun avantage.

Le méauitentcmciit était général. Ce fut dans le Said que remculc éclata au commciiceiiieiil de l’amiée I.S24; un chef marabout de Deraveh liaraiigiia le. peupleala prièredii vendredi, et fanatisa toute l’assemblée. Le hasard voulut que plusieurs haUiillous des nouvelles troupes, expédiées au .Sennaar pour remplacer le reste des milices irrégulières, se rencontrassent avec les mceoiilents; ce fut un puissant renfort pour les in.surgés; leur uarli, encore grossi par une centaine de fellahs, se trouva bientôt fort d’environ vingt mille hommes.

Cette iiisiirr. elion , formidable en appa-

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