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ZURICH

II est borné au nord-est par la Thurgovie, au sud-est par Saint-Gall, au midi par le canton de Schwvtz et celui de Zug; ses limites sont à l’ouest l’Argovie, au nord-ouest le duché de Iîaden et le canton de Scliaffhouse. Le territoire de Zurich s’étend l’espace de dix

à douze lieues sur une largeur de six à dix. Quand la ville entra dans la confédération, elle n’avait point de possessions, et toute sa richesse consistait en quelques droits sur le lac que lui avait conférés l’empereur Othon 1*'.

Nous avons vu ses guerriers combattre

à Morgarten contre les Suisses pour la maison d’Autriche ^ elle n’entra dans leur fédération qu'en 1331, après les massacres et les séditions occasionnées par la nouvelle, constitution que lui avait donnée Rodolphe Ilrun. Les terres de Zurich sont très-fertiles. Il y a cent trente-cinq mille arpents de champs labourables, quinze mille six cents de pâturages et soixante mille de forêts, sans compter celles des particuliers. La contrée est d'un aspect riant, dans l’une des plus belles parties de la Suisse; le climat y est rn général fort doux, excepté dans les hauts lieux, où la fertilité est aussi beaucoup moindre. Plusieurs chaînes de montagnes traversent ce canton ; les plus remarquables sont l’Albis, l’Allmann, dont le nom est significatif pour l'antiquaire, et la Laegcrberg. Sur le côté oriental du lac est une autre chaîne qui le sépare du lac appelé Greifensée. Aucun de ces sommets n’atteint la région des neiges, car les plus hautes montagnes n’ont que trois mille six cents pieds au-dessus du niveau de la mer; aussi ont-elles beaucoup de charme pour le voyageur, auquel elles offrent d'admirables points de vue, sans l’exposer à aucun des dangers qu’il court sur les glaciers et dans les alpes du Valais ou de l'Oberland. C’est aux limites du canton de Zurich que le Rhin se précipite en cascade impétueuse au-dessous du château de Laufcn. Outre ce lleuve, le canton possède la Réussi la Limmnth, la Tlmr, la Tôsz et la Glatt. Le lac est divisé en grand et petit : ce dernier à partir du pont de Rapperschwyl jusqu’à la pointe méridionale. Il ÿ a encore d’autres petits lacs, entre autres celui de Pfeifikon et celui appelé Ourler ou Turlersée :

les sites y sont fort pittoresques.

Quoique l’elève du bétail soit ici en grande prospérité, Zurich le cède en ce point à beaucoup d’autres parties de la Suisse : on y compte trois cent soixante-sept taureaux, dix mille trois cent quatre-vingt-cinq vaches, trente et un mille trois cent quatre-vingt-huit boeufs, huit mille quatre cent quinze veaux, deux mille nuit ceut vingt et

un chevaux , trois mille sept cent trente et un moutons, deux nulle sept cent dix-sept chèvres, quinze mille treize porcs, deux mille quarante-deux chiens.

Les rivières et les lacs sont très-poissonneux; on perfectionne beaucoup l’agriculture; néanmoins on s’occupe plus encore de l’industrie. La vigne réussit à Wintcrthur et sur les bords du lac. Il y a beaucoup d’eaux minérales. I.a population est de deux ccnt vingt-six mille huit cent cinquante-cinq habitants; c’est-à-dire, qu’elle a été portée au quadruple de ce qu’elle était dans les mêmes contrées vers la fin du quinzième siècle. Presque, tous professent la religion réformée; il n'y a de catholiques qu’à Dietikon et à Rlieinau. Le transit est d’un grand avantage pource canton , situé entre l’Italie et l’Allemagne. Dès le douzième siècle , Rlilan ayant été ravagé par Frédéric Barberousse , des ouvriers apportèrent leur industrie à Ziiricli. L’esprit du commerce et des affaires fit de grands progrès au dernier siècle. Aujourd’hui il y a près de cent soixante mille broches dans les filatures à la mécanique.

Zürich a de plus des teinturiers et des manufactures de drap, et depuis quelques années elle attire à elle les soieries de France et profite des desastres de Lyon.

Dans l’ordre des préséances, le canton de Zürich est le premier : c’est l’un des trois Vororts ou sièges du gouvernement. On divise le canton en onze bailliages, savoir: Zürich, Knonau, AVædcnscInveil, Alcilen, Gruningen, Kybonrg,Greifensée, Wintcrthur, Andelfingen, Embrach et Regcnsbcrg. Il y a en tout vingt-six mille six cent quatre maisons , qui sont assurées pour cinquante-deux millions neuf cent cinquante-neuf mille trois cent quarante iiorins. La souveraineté est exercée, au nom du peuple, par le grand conseil , composé de deux cent douze membres. C'est ce conseil qui vote l'impôt et nomme les envoyés et les députés aux diètes ordinaires et extraordinaires. Il faut que le petit conseil ou conseil de gouvernement lui rende compte de son administration. C’est lui qui

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choisit ses propres membres, ceux du petit conseil, les conseillers d’État, enfin les deux chefs du canton ou bourgmestres. Dans la règle, le grand conseil s'assemble deux fois par an.

Le petit n’a que Vingt-cinq membres; il soumet au grand des projets de loi , et fait exécuter les lois existantes; il nomme aux emplois et rend la justice.

Les bourgmestres président les conseils chacun à leur tour et pendant une année. Le petit conseil se renouvelle par tiers tous les deux ans; le conseil d'État , composé de cinq membres du petit conseil, est un corps diplomatique; néanmoins il veille aussi à la silreté intérieure et à la police du canton; c’est lui qui , dans les cas urgents, prend des mesures extraordinaires.

Pour l’exercice de leurs droits politiques, les citoyens du canton sont répartis en soixante-cinq collèges électoraux ou tribus; la ville, qui seule avait autrefois des droits politiques, ne possède aujourd’hui que treize de ces tribus. Ces collèges ne nomment que soixante et douze membres du grand conseil, qui se complète lui-méme par l’adjonction de ccnt trente autres membres. Quant aux soixante et douze dus, ou les renouvelle par tiers tous les deux ans, mais ils peuvent être réélus. Les contestations passent d’abord en justice de paix; le bailliage en connaît en première instance; enfin un tribunal supérieur de treize membres connaît de toutes les affaires civiles en dernière instance et de toutes les affaires criminelles. Dans celles qui peuvent entraîner la peine de mort, on y adjoint, par la voie du sort, quatre membres du petit conseil. Il y a pour les contestations matrimoniales un tribunal mixte de laïques et d'ecclésiastiques. Zurich donne à l’armée fédérale trois mille sept cents hommes, et une quote-part de soixante et quatorze mille francs de Suisse. Chaque année, le synode, composé de dix enapitres ecclesiastiques, se réunit sous la présidence de l’antistes. On vante beaucoup l’etat de l’instruction primaire dans ce canton. Cette constitution, arrêtée en 1831 , portait en elle-même

une clause de’révision après six ans.

Ce terme étant écoulé, on présenta un nouveau projet qui la modilie : d’abord rejeté, il vient d’être adopté après de notables changements. Les privilèges dont jouissait encore la capitale sont entièrement supprimés; l’égalité politique de tous les citoyens est proclamée; la ville ne forme plus qu’un seul cercle électoral; chaque cercle envoie au grand conseil un député sur douze cents âmes de population, et toute fraction au-dessus de six cents est comptée pour le nombre entier; ensuite le grand conseil élit à son tour un député par vingt mille habitants.

Si la souveraineté du peuple n’est que représentative en ce qui concerne le canton, elle est entière dans le régime municipal : chaque commune nomme ses magistrats et vote ses charges.

Il y a dans le canton de Zürich beaucoup d’antiquités romaines : Oberwinterthur est l’ancien Vitodnrum de ritiuéraire, sur la route dcsalpcs Rhétiennes en Germanie; on eu voit de beaux vestiges entre Kloten et ltuchs.

Il y a des restes d’une autre voie entre Stæfa et Meilen, sur la rive orientale du lac. On a découvert çà et là des restes de bains, et les tru’ditions, les noms de lieux indiquent encore un culte d’Isis; prés de Benken sont même les restes d’un temple qu’on attribue à cette divinité égyptienne. Au siècle dernier, on trouva près de Buchs les débris d’un aqueduc et d’un bain de vapeur (vaporarium), et desconduits de chaleur en briques avec l’hypocauste, lieu qui servait de foyer pour toutes les baignoires; Kloten recelait une belle mosaïque et une inscription au génie du pagns Tigttrinus; enfin on retrouve à Y itodurum les murailles de l’antique Castellum. Les médailles abondent dans le canton de Zürich ; il n’est pas moins riche en antiquités du moyen âge, vieux châteaux démantelés, ruines d’édillces religieux : telles sont les fondations de la chapelle du sang sur le champ de carnage, où l’héroïque garnison de Grafensée fut si cruellement livrée au supplice.

La collégiale de Zurich est en style

byzantin, et date du dixième ou onzième siècle ; la nef est fort élevée , et les piliers qui la séparent des bas-côtés sont carrés et très-massifs. Il paraît que le chœur n'a été construit qu’au treizième siècle; il repose sur une crypte ou église souterraine haute de douze pieds; la tour est ornée de la statue de Charlemagne. On n’a point oublié les ornements bizarres aux chapiteaux et aux corniches : ce sont des animaux et des oiseaux fantastiques, etc. , etc. L'église abbatiale du chapitre est du treizième siècle; elle est soutenue par de grands contre-forts; les fenêtres du chœur sont en plein cintre, celles de la nef en ogive. Il y a encore d’autres édifices religieux qui méritent l’attention du voyageur, et sont les uns du treizième, les autres du quinzième siècle. Lu Wassei'kircbe(eglisedePeau) a eu une destinée bizarre. Charlemagne étant à Zurich , voulut rendre la justice à tous; il lit accrocher une sonnette à la colonne qu’il avait fait ériger en l’honneur des saints martyrs Félix, Régula et Exsuperans, qui avaient été décapités sur le lieu même. Quiconque avait un grief a soumettre à l'eiupereur, devait agiter la clochette pendant son repos. Un jour qu’elle venait de retentir à son oreille, on y court; il n’y a personne; le bruit redouble, l’on vient encore et personne n’apparaît; mais on aperçoit un énorme serpent suspendu au cordon. Charlemagne le suit jusqu’au bord de la Limmath, où il voit le trou du reptile obstrué par un hideux crapaud. L'empereur le lit tuer, et le lendemain le serpent reparut apportant un riche diamant : c’était un talisman qui conférait à son possesseur l’art de plaire. Charlemagne en fit don à l’impératrice, qui le jeta un jour dans une source d’eau minérale.

Telle fut l’origine d’Aix-la-Chapelle.

L’empereur lit aussi bâtir une église à l’endroit où le serpent avait son asile. Au quinzième siècle, Wnldmann en lit, après Morat, un temple de la victoire.

La bibliothèque publique fut fondée en 1028, et contient plus de soixante mille volumes; elle possède beaucoup de lettres originales de Zwinglc et de

Jeanne Gray, qui écrivait purement le latin, le grée et l’hébreu, quoiqu’elle n'eût que dix-huit ans quand le cruel Henri VIII la fit périr. Quintilien ne nous a été conservé que par le manuscrit qui est dans la bibliothèque de Zurich ; il y a aussi un plan en relief des montagnes de la Suisse par M. Muller d’Engclberg, dans les mêmes proportions que celui du général Pfvffer.

RI. Meister, auteur fort spirituel, auquel on doit une bonne partie de la correspondance de Grimm, a publié un livre assez curieux, sous le titre de Voyage de Zurich à Zurich : il y dépeint les mœurs de ses concitoyens , et ces habitudes qui les éloignent de la société des femmes |iour les concentrer dans un nuage de fumée, au milieu de la boisson, de la politique et des affaires. Il dit : « C’est assez de « trois à quatre chaises pour douze à « quinze personnes, qui , deux à deux , « la pipe à la bouche, ne font qu’ar- « peu ter la chambre en long et en large , « ou former de petits groupes quand il <■ s’agit de nouvelles d'un intérêt gé- « néral; mais c'est au défaut même de « cet esprit de société et du genre de « culture qu’il procure, qu’il faut attri- « huer un bon nombre de bonnes qua- « lités : une application plus infatigable « à différents objets d'art et d’indus- «trie, des goûts plus domestiques et « plus constants, une manière de voir «.et de sentir plus variée, plus singu- « lière, plus franche et plus vraie.

« De tous les arts cultivés, et sou- « vent avec succès, celui dont le goût « paraît le plus généralement répandu, « c’est la musique. Celle faculté con- « traste singulièrement avec le langage «des habitants de Zurich, le moins « musical et le moins mélodieux de tous « ceux que je connaisse. »

Un usage singulier, c’est de faire annoncer la naissance d'un enfant par la plus jeune et la plus jolie servante de la maison. Elle se pare de ses plus beaux habits, et doit porter sous son bras un énorme bouquet composé des plus belles Heurs de la saison, et nul ne peut se dispenser de lui donner une bonne récompense. Les Zurichois sont

«de

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grands fleuristes, et n’ont guère de rivaux en ce genre que les Hollandais.

On se marie fort jeune à Zurich, et l'on met ordinairement un long intervalle entre les fiançailles et le mariage. Pendant ce temps', on laisse toute liberté aux fiancés, et ils font ensemble des voyages assez longs, sans qu’il en résultejamaisd’inconvénient. Du reste, les sexes sont complètement séparés, et le voyageur Simon , ne voyant jamais aucune femme dans les maisons où il était reçu, s’écria qu'il était assurément dans une ville dont tous les citoyens avaient le malheur d’étre veufs ou célibataires.

Zürich est, du reste, la ville qui jouit au plus haut degré des avantages intellectuels; on l’a surnommée l’Athènes de la Suisse, et elle a donné le jour à beaucoup d’hommes 'célèbres. Dès le treizième siècle, il y avait une confrérie de poètes qui se réunissait chez le célèbre Rudger Manesse, chevalier valeureux dont l’histoire répète les exploits, dont les Minnesinger ou troubadours allemands ont retenu les chants. Après lui vient l’infortuné Hadloub , poète chaleureux , amant dédaigné, dont les vers rappellent encore les chagrins. Au siècle dernier, Bodmer a fait un poème de Noé qui n’est pas sans mérite , et le célèbre Lavatcr sut acquérir aussi une gloire toute poétiue. Les sciences s’honorent encore es travaux de plusieurs Zurichois : au treizième siècle , Conrad de Mûri donna un vocabulaire poétique. Il y eut parmi eux de nombreux philologues : nous citerons Hottinçer, l’éditeur de la Divination de Cicéron, et surtout Orelli, qui a comblé tant de lacunes de la littérature classique et publié tant d'inscriptions négligées. I.’un des chroniqueurs les plus remarquables était un moine appelé Jean, connu dans le monde savant sous le nom de f'itoduranusf c’est-à-dire de W inter thikr. Au quinzième siècle, Edlibach écrivit une bonne histoire de Zürich. Bullinger, l’auteur de la Chronique helvétique, était aussi de cette ville, ainsi que Haller , son continuateur, et Hottinger, le savant auteur de l’Histoire ecclésias-

tique. Il serait injuste d’oublier Bodmer, qui a donné les Scriptores de rebus ffrlrctiorvm ; Flissli, nui a fait de si bonnes recherches sur l'histoire de sa patrie; enfin .Meyer de Kiionau, à qui l’on doit un abrégé de l'histoire de Suisse, une statistique du canton de Zürich et d’autres excellents ouvrages. La philosophie nomme Sultzer, la politique Uesteri, la pédagogie Pestalozzi, enfin l'histoire naturelle s’enorgueillit du beau nom de Conrad Gessner. Le tombeau de Salomon Gessner le poète est au bord de la Limmath, à l’extrémité d’une belle promenade. Le Premier Navigateur, la Mort d’Abel , sont de charmantes compositions; les idylles sont entachées d’afféterie, et c’est à tort qu’on a surnommé Gessner leThéocritc de l’Allemagne. Pendant longtemps, on ne connaissait en France de la littérature allemande que ces compositions bizarres, et ron condamnait toutes les productions d’une nationdont Gessner paraissait l’unique représentant ; ces temps d’ignorance sont passés.

Dix-huit grands villages et une multitude de hameaux garnissent les deux rives du lac, et la variété des points de vue est inépuisable : toutefois on ne jouit guère de l’aspect de plus de trois lieues d’étendue, à moins de se placer surunehaute montagne. G’est par ce lac ue se fait le transport des marchandes qui arrivent de l’Italie, et Zurich comprend tellement l’importance de ce transit, qu’elle va établir un chemin de fer qui la mettra en communication plus rapide avec Bâle et l’Alsace. Aux jours de marché, les eaux disparaissent en quelque sorte sous la multitude des embarcations. Ebel conseille de visiter le lac en passant à Oberrieden , qu’habita Lavater, a la presqu’île de l’Au, célébrée, par Klopstock ; grands souvenirs en présence d’une nature si grande elle-même. Dans sa statistique, Meyer de Knonau a fait des itinéraires pour l’herboriste, le géologue, l’artiste, le négociant, et surtout pour l’historien.

Non loin de WinterthürTsont les res-

E retables ruines des châteaux de Kyourget doLandenberg ; Ky bourg sein-

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ble renaître de ses ruines; la famille de seigneurs guelfes auxquels appartenait ce donjon faisait remonter son origine au delà du septième siècle; elle a confondu son sang dans celui des Habsbourg et des ducs d’Autriche. On a vu comment Sigismond céda, au quinzième siècle, ce château à la ville de Zürich. On y conservait une généalogie des comtes, morceau curieux de paléographie qui a disparu dans les guerres de la révolution.

Hegensherg, située au haut du I,ægerberg, est une petite ville fort remarquable par la beauté de sa situation ; la tour du vieux château domine au loin le pays; elle fut autrefois redoutable aux Zurichois, alors que ses seigneurs harcelaient cette ville de guerres continuelles. Il y a dans le château un puits de deux cent seize pieds de profondeur. Les comtes de lîegcnsberg , <jui avaient fondé les couvents de Ruti, de Fahr, et l'abbaye de AYettingen, s'éteignirent dans la première moitié du quatorzième siècle. Tout le nord du canton de Zurich se ressent du voisinage de l'Allemagne: ce n’est plus celte physionomie rustique de l'habitant des petits cantons, ce n’est plus ce langage guttural d'une population primitive, la civilisation a passé son niveau sur l’antique originalité des populations; plus de caractères tranchés, plus de ces coutumes piquantes et bizarres qui distinguent le midi de ce même canton. Nous ne parlerons donc pas de Laupen, dont nous avons décrit le château et la cascade dans le cours de cette histoire, et nous reporterons nos pas vers Uiehlenschwyl, joli bourg ou débarquent les pèlerins qui ont pris des bateaux a Zurich pour se rendre à Kinsiedeln. I.à sont les jolies îles de Luzelnu et d'Ufcnau, dans laquelle on voyait autrefois le tombeau du célébré réformateur Ulrich de Ilutten, ami d’Érasme, poète, guerrier,

homme du monde, qui vint finir ses jours dans cette fie délicieuse.

Strasbourg en a reçu la visite d’argonautes d’une nouvelle espèce : on avait regretté que Zurich en fût trop éloignée pour lui porter secours en cas de danger; par une bravade des

filus originales, un Zurichois s'écria que a distance n’était pas telle qu’on ne pût y porter une bouillie encore chaude. I,e là juin 1576, Jean Z iegler conçoit l’idée de rejoindre, en seul jour, des tireurs zurichois qui assistaient à des fêles à Strasbourg. Les jeunes gens s’assemblent; on choisit un costume élégant, un pilote habile. Le plus riche habitant de la ville est pris pour chef; cinq sénateurs, six membres du grand conseil, quarante citoyens l’accompagnent. line marmite du poids de cent vingt livres renferme une bouillie de quarante livres de millet, et l’on part en ayant soin de poser la marmite sur la ce'ndre chaude. La Limmath , l’Aar, le Rhin reçoivent tour a tour l’audacieuse caravane, qui ne tient compte de la chute de Lauffenbourg, ni des écueils de Seckingen. Fn vain un repas est préparé sur le pont de Bâle, les navigateurs triomphent, à force de rames, delà paresse du fleuve entrecoupé d'iles; ils sont à Brisach à deux heures après-midi; à neuf heures, ils entrent dans Strasbourg aux acclamations des habitants, et la bouillie est distribuée aux principaux citoyens.

«Amis, dirent les Suisses, vous le voyez, nos secours peuvent vous arriver en moins de temps qu’il n’en faut pour refroidir une bouillie. » Des repas . des promenades , des fêtes répondent à leur empressement, et les navigateurs sont encore fêtés à leur retour.

La marmite, portant le nom de ceux qui l’avaient apportée, était encore à I arsenal de Strasbourg au siècle dernier.

Le canVin de Zug (il faut prononcer Zotig) est. le septième pour le rang qu’ii occm'e dans la fédération, mais

c’est le plus petit de tous : il fut incorporé dans In ligue en 1352. On le partage en bailliage intérieur et exté-

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rieur : celui-ci comprend Menzingen , Égeri et Baar ; le bailliage intérieur se compose de Zug, de Chain, de Huncnberg, de Steinhausen, de Risch et Walschweil. I.a constitution est purement démocratique; il n’y a point de privilèges; le peuple seul est souverain, et sa souveraineté se manifeste soit à l’assemblée générale , soit dans les communes, soit enlin dans le triple conseil. Tout citoyen qui est parvenu à sa dixneuvième année vote à l’assemblée générale; mais il y a de nombreuses exceptions; on en exclut : 1° les ecclésiastiques; 2° les faillis tant qu’ils n’ont pas payé leurs créanciers; 3° ceux auxquels la participation à l’assemblée générale a été formellement interdite; 4“ ceux qui ont subi une peine infamante; 5“ ceux qui sont poursuivis criminellement, dont les droits restent suspendus jusqu’après la décision du tribunal; 0° les interdits et même les prodigues; 7“ ceux qui reçoivent l’aumône et leurs enfants. Les habitants sont au nombre de treize mille sept cent trente-huit , tous catholiques ; mais ils different beaucoup entre eux par leurs mœurs, leurs costumes et le genre de leurs travaux. Ils sont généralement bien faits, se distinguent par leur

fihysionomie franche et ouverte, et se ivrent avec zèle au travail. Dans les environs de Menzingen et d’Égeri, il n'y a guère qu'une population de pasteurs. La vigne, les céréales, l’élève du bétail occupent les parties les plus riches du canton. Les prairies sont trèsproductives; on exporte beaucoup de fruits secs, et la récolte des châtaignes est fort abondante. La pêche et les ruches constituent une autre branche de revenu. Il y a beaucoup d’ecclésiastiques dans le canton , et depuis 1 728 les prêtres séculiers constituent un ordre de l’État. Deux couvents de religieuses et un de capucins ont survécu aux révolutions.

La ville de Zug est située à l’est du lac, au pied du Zugerberg ou montagne de Zug, au milieu d’une contrée délicieuse entrecoupée de collines et de vergers, entourée ae jolies maisons de campagne. Elle ue compte guère que

deux mille huit cents habitants, y compris les faubourgs. L’industrie et le commerce , entretenus par la communication de l'Italie avec I Allemagne, lui promettent de prochains et rapides accroissements. L’église de Saint-Oswald est d'une remarquable beauté : on vante surtout un tableau de Jean Rrandenberg, peintre de Zug. Près de là sont les tombes des Zurlauben et des Collins, grands magistrats et valeureux guerriers morts pour la patrie.

Le couvent de capucins poss:<le un chef-d’œuvre de Carrache représentant l’ensevelissement de Jésus. On garde toujours a l’arsenal le drapeau de Bcllinzona,que les deux Collins arrosèrent de leur sang. De grandes calamités ont souvent affligé la ville de Zug et ses environs. En 1435, deux rues , dont les maisons étaient adossées à un rempart de terre, s’abîmèrent dans le lac. On s’aperçut un soir que le sol commençait à s’affaisser, et que plusieurs maisons étaient ébranlées. Ixts habitants s’enfuirent emportant leurs effets; quelques-uns cependant, croyant que ce n’était qu’un tremblement de terre ordinaire, restèrent chez eux : tout à coup rempart, terres et maisons, descendirent sous les Ilots. Au milieu de ce désastre, le berceau d’un enfant fut comme miraculeusement déposé par les eaux clans la chapelle de Saint-.Nicolas. L’effroi des habitants ne se dissipa une quelques semaines après, et, quand ils redescendirent des montagnes où ils s’étaient réfugiés, ils bâtirent la ville neuve à l'opposite du lac. Lescrovanres populaires attribuent eet affreux événement aux poissons qui, disent-ils, s’étaient logés dans les interstices des murs et lézardaient le rempart. Quoi qu’il en soit, d’autres maisons eurent le même sort en 1594.

En 1705, un incendie consuma une partie de la ville. L’ancienne partie offre un aspect gothique fort original : l’architecture en est sévèré; les âges ont donné à l’ensemble une teinte historique; c’est comme la cité d’un autre siècle : toujours des fortifications , toujours dos murailles épaisses. Les citoyens de cette place d’armes tiennent

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