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L’UN IV RR S

à la conservation de leurs monuments avec une louable fierté. l.e calme le plus profond règne dans les rues; à peine si l'on y entend quelquefois le bruit d'un chariot pour interrompre le murmure de ses jolies fontaines, ou faire diversion à la cloche de vêpres on de matines. La piété n’a point oublié encore saint Oswald, roi breton qui fut le patron de l’cglisc, comme en général la plupart des propagateurs de la foi dans ces contrées, en Souabe et en Alsace, sont venus d’Irlande, d’Écosse ou de l'Angleterre, dés les premiers temps du christianisme. Celui-ci est représenté à la tête d’une armée et dans ses habits pontiQcaux. La religion étant la principale affaire du pays, elle n’avait rien à souffrir d’une cérémonie burlesque que l'on célébrait encore il y a environ cinquante ans, sous le nom de procession de levêque , et que n’avaient pu anéantir les foudres des conciles. Saint Nicolas est le patron des écoliers; en conséquence, le 6 décembre de chaque année, ils s'abandonnaient à la joie la plus bruyante; celui qu'on jugeait le pfus savant prenait un costume et une mitre d'évêque; un chapelain, écolier comme lui, le précédait et portait la crosse. Il était suivi par un fou costumé à l'antique, et agitant une vessie pleine de pois; tous les autres étaient déguisés en chanoines; enfin venait une troupe vêtue militairement, avec armes, tambour et drapeau. On possède encore un vieux livre d’office où se trouve le cantique que l'on chantait pendant la messe célébrée par les écoliers euxmêmes. I.c prélat imberbe donnait ensuite sa bénédiction au son de nombreuses déchargés de mousqueterie.

Un banquet terminait la fête, et pendant ce temps le fou courait de maison en maison pour mettre à contribution les marchands de la foire et les habitants eux-mêmes. Chacun donnait volontiers sa pièce de monnaie. Qui ne se souvient à cette description de la messe de l'âne qu’on chantait encore sous Philippe-Auguste? elle était plus bizarre encore, car c’était un prêtre qui la célébrait en imitant le cri de

Pêne à chaque Dominas robiscum , et surtout à Vile missa est. Ces usages nous semblent ridicules, impies; mais dans ce siècle de simplicité primitive, le burlesque n’était point l’expression du doute et de l’ironie. Le culte des morts a survécu au philosophisme du siècle; le cimetière de Zug est comme un bosquet entrecoupé de parterres; chaque tombe a ses Heurs, ses couronnes , et dans l'ossuaire chaque crâne porte le nom de la personne à laquelle il appartenait.

Les costumes sont fort gracieux :

les jeunes gens se parent de rubans noués de mille manières diverses sur des vêtements de couleurs fort variées; leur chapeau de paille est couvert de (leurs; les culottes sont très-étroites; des bas à arabesques sont surmontés de jarretières rayées; enfin la chaussure écarlate est nouée avec des cordons jaunes. Au corset élégant de la jeune fille se placent des rubans d'un rouge vif; une longue chaîne de similor vient retomber sur un tablier à larges plis; le jupon c:,t court et serré. Tels sent les habits de fête de la population qui se livre à la danse avec passion le dimanche, après avoir travaillé sans relâche pendant toute la semaine. Le caractère général des physionomies, c'est la franchise et la gaieté. Nulle part on ne trouve autant de filles jolies, et leur coquetterie même est empreinte d’innocence. Il y a plaisir à les voir conduire une barque sur les ondes tumultueuses du lac, quand elles s’abandonnent à la vague qu’elles ne peuvent plus maîtriser sur un frêle esquif construit sans art et presque sans précaution. Il semble qu’à la vue de cette masse imposante du Rigi , auprès des désastres de Goldau, on admire encore plus ces simples et naïves créatures, qui sont comme la plus douce expression de la puissance divine à côté de ce qu’elle a manifesté de plus terrible et de plus grandiose. Ce sont ces délicieux effets de la nature, ces contrastes ravissants qui , à l’insu même de. l’habibitant, l’attachent si fortement au sol : il ne s’est jamais jeté dans l’aventureuse chance des émigrations. Il n’y a

SUISSE

point sur les rives lointaines de l’Ohio, ni sur le sol africain, de Suisses de Zug : le plus simple .villageois chérit le sol qui l'a vu uaitre; il en possède tout le passé, en retient tous les sonvenirs, en transmet toutes les gloires à la postérité, jaloux d’y ajouter quelque chose encore, si de nouveaux dan-

f;ers révélaient de nouveaux héros; leureux cependant de n’avoir point à le faire, et jouissant de tous les avantages de la paix.

Baar est le principal village du canton; il compte plus de deux mille habitants. Sur sou territoire, on voit encore les belles ruines du château de Wildenbourg, dont les maîtres autrefois fatiguaient la contrée de leurs excès; enfin, en 1355, un événement y mit fin. Le seigneur avait exigé d'une jeune fille qu'elle vint a un rendezvous; forcée d’accéder à ses vœux , elle en avertit son pere. Celui-ci , à la faveur de l'obscurité, revêt les habits de sa fille et se présente au lieu indiqué. Sansdonnpr le temps au séducteur de le reconnaître, il se précipité sur lui, le frappe et l’étend mort à ses pieds. Aussitôt il court a Zug , agitant au-dessus de sa tète la hache encore sanglante et appelant le peuple à la liberté. L’indignation s’empare de tous les esprits; ou marche au château , on l'attaque, et l’impétuosité des agresseurs triomphe de la résistance. AVildenbourg fut mis en cendres; mais la tradition survit et s’agite encore dans les souvenirs des générations qui passent sur ces ruines; ta simplicité populaire s’attache à l’opinion qu’elles renferment des trésors cachés, croyance assez générale dans tous les lieux où les vieux châteaux ont attiré l’attention du vulgaire.

Menzingen n’a de remarquable que le Finstersée, très-petit lac dont les bords sont fort élevés. Lorsque le soleil ne l’éclaire pas ou que le ciel est couvert de nuages, ses eaux noirâtres reflètent les bosquets et les pâturages qui l’entourent, et il parait d'un vert foncé; mais si la lumière du jour fait

briller son onde , il ressemble à un beau miroir sans tache. Un autre lac, appelé Bibersée ou lac des Castors, rappelle que les naturalistes du pays, entre autres le célébré Gessner, affirment qu'autrefois ces animaux habitaient les bords de la Reuss, de la Sihl et de l’Aar. La découverte des bains de Walterschwvl, au seizième siècle, a quelque chose d’etrange. Des pèlerins s’étaient rendus à Jérusalem, et avec eux un chevalier appelé Schwartzmaurer de Zug. Celui-ci fit la connaissance d’un médecin juif qui lui apprjt qu'il pourrait se guérir d’une maladie déclarée incurable, en recourant à une source qui, d'après un manuscrit hébraïque, devait se trouver dans la montagne appelée Baarbourg. Le médecin juif prétendit que, quatre siècles auparavant, il y avait sur la montagne un château habité par des Israélites de sa tribu. De retour dans sa patrie, Schwartzmaurer chercha et retrouva la source, et l’on y construisit des bains qui, jusqu’en 1748, ont appartenu à I abbaye de Wettingen; elle les entretenait'en fort bon état, tandis que les nouveaux propriétaires laissent dépérir rétablissement.

Le canton de Zug a fourni à l'histoire suisse des hommes distingués; outre les deux Collins, nous rappellerons Waldmann, le vainqueur de .Moral, ce tyrannique bourgmestre de Zurich, qui expia par le supplice et sa gloire et ses torts; 'Werner Steiner, qui triompha à Dornach et fut l’un des héros de Marignan; il a laissé de précieux manuscrits sur les guerres d’Italie. Les beaux-arts ont cté cultivés avec succès par les deux peintres Muller, auxquels on doit de beaux vitraux; Wickhard construisit le beau pont de Sins sur la Reuss. N’oublions pas le sculpteur Christen, simple montagnard, qui d'abord ciselait le bois avec la pointe de son couteau, et le général Zurlaubcn , qui a écrit une histoire militaire des Suisses au service de France.

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