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des glaciers; il n’y en a pas moins de deux cent quarante et un, et, en une multitude d’endroits , ces glaciers, s'attachant aux rochers, descendent à plusieurs milliers de pieds au-dessous de la ligne des neiges. La plupart sont fort vastes, et forment de véritables mers de glace. L’Inn porte leurs ondes au Danube et à la mer Noire; le Rhin les entraîne vers l’Océan septentrional; d’autres alimentent l’Adige, et d’autres encore le Poschiavino, la Mera, la Mccsa, l’Adda, et rejoignent le Tésin, le Pô et l’Adriatique : géoraphie vraiment poétique, science sulime qui élève l’imagination et la reporte aux extrémités de l’Europe; mais bientôt elle se concentre de nouveau et s’attache sans distraction aux beautés dont on est entouré. Les alpes Rhétiennes ne le cèdent point au Saint- Gothard; elles traversent les Grisons; elles rejoignent celles du Tyrol et de la Carinthie. Une chaîne latérale s’étend du Crispait aux limites de Glarus et d’Uri jusqu’à l’extrémité du lac de Wallenstadt; une autre sépare de la Valteline Chiavenna, Rregell et la haute Kngadine. La mémoire, parmi tant de noms, retient ceux de l’ Adula, du Bernardin, du Splugen, du Septimer. Il y a beaucoup d’oiseaux dans les
Grisons, entre autres le læmmergeyer et l’aigle. Le sanglier et le cerf sont très-communs, ainsi que les loups, les chamois et même les ours, dont on mange la chair. Les eaux sont fort poissonneuses, et le saumon remonte jusque dans les torrents.
L’élève du bétail y prospère comme dans tout le reste de la Suisse; on compte environ quatre-vingt-dix mille bêtes à cornes, cent mille moutons, soixante et dix mille chèvres , et une quantité inOnie de porcs. Les chevaux n’y réussissent pas au même degré.
On cultive le seigle, le maïs, l’orge, le chanvre. Il y a des endroits où l’amandier et le figuier croissent fort bien; mais le cerisier est l’arbre le plus utile, à cause de l'excellente liqueur qu’on exporte en grande quantité; la vigne a aussi ses succès, mais seulement à Mayenfeld et à Coire. L’agriculture ferait plus de progrès s’il n’y avait pas tont de terres communales et de pâturages, si les propriétés étaient plus divisées. Le bois est très-commun ; on l'exporte en Tyrol et vers les lacs italiens; mais il y a un grand nombre de forêts dont on ne peut tirer parti parce qu’elles sont inaccessibles. Le transit est très-considérable, ainsi que le passage des voyageurs, qui, de Constance, se rendent en Italie. Du reste, l’industrie est peu prospère, et les mines mêmes sont incomplètement exploitées, encore ne le sont-elles guère que par des étrangers. Les revenus de P F.tat sont évalues à deux cent quinze mille neuf cent trente et un florins, la dépense à cent soixante-huit mille trois cent neuf; tel fut du moins le résultat des comptes présentés en 1829. Le nombre des habitants est de soixante et douze mille neuf cent quatre-vingt-deux , dont les deux tiers sont de la religion réformée; l'allemand est la langue parlée par environ vingt-six mille cinq cents ; dix mille sont Italiens; enfin tous les autres ont un dialecte roman qui est fort ancien, et dans lequel des savants , entre autres Niebuhr, veulent reconnaître l’étrusque primitif, supposant que la Toscane a été conquise, dans les temps que
l’histoire n'atteint pas, par les montagnards de la Rliétie, et que les Grecs venus d’Asie Mineure, et qui passent pour les fondateurs des villes étrusques, ne formaient qu’une petite minorité au milieu de ces grandes populations. D’autres auteurs pensent, au contraire, que les Rhétiens, et par conséquent une partie des Grisons, sont des Etrusques qui se sont retirés dans ces montagnes, lorsqu'ils furent expulsés de la plaine par les Gaulois Insubriens, fondateurs de Milan. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, la langue romane est exclusivement parlée a Ilanz et dans les environs.
Les Grisons se divisent en trois ligues : la grise, celle de la maison de Dieu , et les dix justices. Celles-ci sont encore divisées en une infinité de petits États, ayant chacun sa constitution particulière. Ce eanton est donc une fédération de républiques dont le pouvoir souverain est le produit de la majorité de tous les suffrages collectifs. Les dix justices élisent leurs magistrats pour l’administration de la justice et de la police inférieure dans les communes. On y établit telles lois que l’on veut, pourvu qu’elles ne soient pas en opposition avec les lois générales qui régissent le canton ; elles disent leurs membres au grand conseil , et jouissent du -droit d’accepter ou de rejeter les lois , les traites , les alliances qui ne leur conviennent pas.
Chacune des justices peut changer sa constitution si les trois quarts des citoyens en sont d'avis : on soumet alors les dispositions nouvelles au grand conseil. Celui-ci est composéde. soixantecinq membres ; le petit conseil assiste à ses délibérations avec voix consultative. Le grand conseil nomme les employés et les représentants du canton; il est juge souverain des contestations entre les communes, et reçoit les comptes du petit conseil. Il *y a de plus une commission du gouvernement de neuf membres, aussi nommés par le grand conseil. Le petit n’a que trois membres qui exercent le pouvoir exécutif, administrent le pays et veillent à sa sûreté. Il y a un tribuual
)gle
SUISSfc.
d’appel général pour tout le canton , ce qui n’empêche pas que, pour certains cas et dans certaines localités , il n’en existe d’autres. Il règne aussi quelque complication de compétence pour les affaires criminelles. On jouit des droits de citoyen dès ou’on entre dans sa dix-septième annee; mais il faut vingt et un ans pour être éligible. Les deux tiers des dignités et des emplois appartiennent aux réformés. Les Grisons donnent deux mille hommes au contingent fédéral et douze mille francs de Suisse. Les communes ont le droit de conférer les places de pasteurs; mais un synode examine les sujets, et peut les suspendre et les exclure. Il y a un évêque à Coire; il dispose des cures, à l’exception de celles de Pusclave et de Briis, qui appartiennent à l'évêché de Corne. Le canton a fait d’énormes dépenses pour l'établissement des routes du Splugen et du Bernardin ; on a bâti aussi un très -beau pont sur la Blessure, à Coire.
Cette ville , appelée Quera en langue romane , et Cliur en allemand , a quatre mille cinq cents habitants; elle est assez mal bâtie ; les rues en sont étroites , les maisons irrégulières. Le alais épiscopal fait à lui seul toute la aute ville; il a son enceinte particulière dans l'enceinte générale , et les tours du moyen âge dont elles sont flanquées produisent un bel effet au milieu de ces hautes montagnes dont la ville est dominée. L’église passe pour être du neuvième siècle; on cite aussi celle de Saint-Martin , qui sert aujourd'hui aux réformés. On soutient que Coire renferme des monuments romains; entre autres, les tours appelées Mascrl et Spinvil : on gratifie la première d’une ridicule étymologie; Masoel serait Mars in oculis. Celle du nom de la ville est au moins plausible : Curia Rhætorum. Constantin le Grand l’aurait ainsi appelée pendant son séjour. Il paraît certain que l'évêché y fut établi dès le milieu du cinquième siècle. Coire est la patrie d’Angélica Kaufmann , dont les tableaux sont si recherchés ; elle y naquit en
1741 ; son père était meunier dans la forêt de Brigenz.
En descendant du Saint - Gothard vers l’antique abbaye de Dissentis, on marche à travers d’arides et profondes vallées, dont les flancs dépouillés n’offrent que de tristes pâturages. Le petit lacd'Oberalp est au pied de l’imposant glacier de Baduz , qui , de l’autre côté, envoie ses ondes h la source du Rhin antérieur. La naissance de ce fleuve majestueux a quelque chose de mystérieux ; il semble que sa destinée , soit de n’avoir ni origine , ni embouchure bien connue : il se perd à sa fin, et ne se trouve pas quand on recherche le lieu d’où il sort; produit du tribut de ruisseaux et de glaciers , il part, majestueux déjà, de Kcichenau ; mais c’est quand il a rassemblé toutes ses ressources et réuni dans un seul lit ses ondes éparses, à la différence du Rhône qui jaillit île son glacier et court à travers le Valais, sans déguiser son origine ni son nom. Trois noms divers et tout autant de branches du fleuve se confondent en un seul.
D’almrd dans la vallée de Dissentis, non loin de l’abbave, et quand les prairies ont pris la place du sol pierreux des montagnes , on voit accourir le Mittel-Rhein ou Rhin du milieu, qui se joint au Vorder-Rhein ou Rhin antérieur, issu des lacs de Toma et Paiidulca, et grossi par les torrents de Cormica et Kàmerthal. D’autres courants encore descendentde la vallée deSumvix et de celle de Lughez; mais la plus belle partie du Rhin , le Hinter-Rhpin, s’élance du Rhinwald, derrière le Muscheilhorn et le Bernardin, reçoit à Tusis l’Alhula qui vient de Da'voz et de Domlessch , et va rejoindre aussi Reichenau. Le Rhin , qu'on me passe l’expression , y est constitué à Coire; il prend la Pléssure, à quelques lieues plus loin la Lanquart , et désormais il sert de limite à la Suisse, et la sépare du Tyrol et du Vorarllverg jusqu’au lac de Constance. Les lieux que nous venons de nommer sur son passage méritent tous d’être visités, surtout la vallée de Lungnetz et les bains de Perd , situés
au fond d’un*! gorge étroite; ils ne sont guere fréquentés que par les habitants du pays. La vallée de Saint- Pierre est richement boisée : la Glenner mugit au fond d’un précipice affreux dont les bords sont revêtus de broussailles, ce qui empêche que l'escarpement ne donne des vertiges : c est le chemin du Bernardin ; il faut, pour y parvenir, marcher souvent dans une neige ramollie; et, tandis que le soleil «larde ses feux brillants sur la tete du voyageur, il souffre du froid, et perd la respiration à cause de la raréfaction de l’air. Là sont rassemblées , comme des débris de la nature , des roches en décomposition, à travers lesquelles s’infiltrent les eaux. Enlin on arrive à une grande route ; et , dans ces solitudes même , on retrouve la civilisation. Celle du Bernardin vient de la vallée appelée Rheiuthal , et redescend dans celle de Misocco vers la Maesa; elle est partout à l’abri des avalanches, et partout la pente est douce et facile. J j hauteur du col est de six mille quatre cent trente pieds ; vers le sud est le village du Bernardin , consistant en dou/e ou quinze misérables maisons seulement; mais il y a des bains très-frequentés dans la belle saison. Il n’a pas fallu moins de cinquante-deux ponts sur les précipices de Reichenau jusqu’à la Mæsa ; ils sont tous en pierre. I,e roi de Sardaigne a contribue pour une forte somme a toutes ces dépenses, ui ont été principalement à la charge es cantons des Grisons et du lésin.
La route du Bernardin communique avec ce canton et le lac Majeur; mais il en est une autre encore qui se sépare de celle-ci , longtemps apres avoir quitte le Rheinthal au village du Splugen . et descend dans les Etats d Autriche en Lombardie. L une aboutit au lac Majeur et à Bellinzona, l’autre au lac de Corne et à Chiavenna. Toutes deux sont des chefs-d'œuvre de I art; elles s’appuient à des murs de revêtement, passent dans des galeries de rochers , se plient et se replient sur elles -mêmes. Souvent un obstacle subit empêche d’en juger la direction; le voyageur croirait alors que sa
voiture va se précipiter dans ces abîmes, dont il ne devine pas encore le fond.
Je ne connais rien d’étonnant comme la route de Chiavenna. A peine on a échappé à ces horreurs , que l’on se voit en Italie, sous un ciel du Midi. La ville est bien bâtie; elle a six églises, un vieux fort que la tradition donne aux Gaulois, que les Lombards ont agrandi , un beau cnôteau , puis des caves dans le rocher; usage assez général dans ces régions où il se fait des crevasses profondes, et des grottes dont les ouvertures servent d’abri et de lieu de repos aux propriétaires de ces jardins suspendus aux flancs des montagnes. Un route du Splugen est garantie contre les avalanches ; elle est si douce que rarement il faut des chevaux d’aide.
L’hospice est devenu une douane où les Autrichiens visitent les voyageurs.
La vallée d’Avers offre aussi un passage, mais il n’y a pointde route. I,a paroisse de Crista est à prés de cinq nulle pieds au-dessus du niveau de la mer.
La Via Mala est commune à l’une et à l’autre route; elle conduit au Splugen aussi bien qu’au Bernardin : on v entre du côté de Tusis, ou plutôt on s’y glisse entre deux parois de rochers immenses, presque inclinés l’un vers l’autre. Ce sont comme les portes de cette terrible solitude. Le Rhin disparaît en certains endroits; c’est à peine si l’on voit l’ouverture de Pabhné au fond duquel ses ondes se brisent sur les pierres ; et il est descendu si loin dans ce gouffre , que souvent l’on voit , sans les entendre, bouillonner ses flots rt son écume. En beaucoup d’endroits, I ouverture qui permet de le deviner plutôt que de l'apercevoir, semble n avoir que deux ou trois pieds de large : des troncs d’arbres renversés se prennent entre les rochers, et, couvrant le fleuve, font obstacle à la vue qui ne le retrouve qu’à quelque distance de là. Cette route est l’une des plus grandes merveilles de la Suisse; ses ponts sont effrayants d’audace. I^s travaux exécutés près de Tusis pour la construction de la nouvelle route, n’ont pas été favorables à ce que cette partie de h Via Mala avait de grandiose et de pit-
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toresciuc. C’est un ravissant contraste que l'aspect subit de la vallée de Bomlescng , l’une des plus vertes et des plus jolies des Grisons. Le Kliin, comme fatigué d’avoir été brisé et lancé de roc en roc , semble s’y reposer; il promène son onde avec quelque lenteur. Vingtdeux villages garnissent ses bords et le pied des montagnes, ou se disposent en amphithéâtre sur le Heinzenberg.
Ce site romantique est animé encore
Îiar les vieux châteaux dont les ruines mposantes ont quelquefois reçu des habitations modernes : les manoirs de la plaine n’ont point été détruits, et les plus beaux sont ceux que baigne le Rhin. L’on arrive ainsi par Raezuns et Bonaduz jusqu’à Reichenau. La position de cette petite ville est impossible à décrire : le château est au confluent des deux Rhins; à la (in du siècle dernier, le bourgmestre de Coire , Tscharner, y établit un pensionnat :
le célébré Zschokke, l’historien de la Suisse , y donnait des leçons. Un jour , un jeune inconnu se présente , et de--
mande à être reçu ; il portait un petit paquet au bout d’un bâton. La fatigue, dont il paraissait accablé, l'interët qu’inspirait un extérieur simple mais distingué, le flrent accueillir; et M. Chabaud devint maître de littérature française et de mathématiques. Le duc d’Orfeans demeura longtemps dans cette maison toujours ignoré, toujours sous le nom de M. de Chabaud-Latour, commaudautdes gardes nationales du Gard, comme lui fugitif, comme lui retiré en Suisse : les élèves qui étaient si fort attachés à lui, étaient loin de penser qu’un jour leur maître devrait à son patriotisme et àseshautes qualités plus encore qu’à sa naissance, l’honneur de présider aux destinées de la grande nation pour laquelle il avait déjà combattu, et dont les armes alors jetaient la terreur dans ces vallées. Le souverain garde soigneusement encore dans les archives de la famille royale, le certificat délivré au professeur Chabaud , et sa bienveillance s’est attachée à un nom qui fut le sien.
Ce canton , le seizième de la fédération , a pour limites , à l’est , le canton de Zurich ; au sud , Zug et Lucerne; à l’ouest, Rerne, Soleure et Bâle; au nord, le Rhin qui le sépare du grand-duché de Raden. Sa sujierficie est de trente -huit lieues carrées; le nombre de ses habitants de cent soixante-neuf mille neufcentquarantecinq ; le sol est , en général , fort montueux, mais très-fertile. Le Jura s’abaisse toujours plus . et les cimes les
Elus élevées sont ici le Gysellluh et iWasserfiuh, dont aucune ne dépasse deux mille neuf cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Les principales rivières sont : l’Aar, la Limmath et la Reuss; il n’y a qu’un lac, c’est celui de Uallwyl. On récolte beaucoup de fruits , de vin et de céréales : le enanvre et le lin réussissent bien , et les prairies artificielles, jointes aux pâturages naturels, permettent d’élever un
£and nombre de bestiaux. Dans les stricts de Mûri et de Baden il y a de
la tourbe : le fer et les carrières de marbre et d’albâtre produisent des richesses minérales Les eaux de Schinznach attirent un grand nombre d’étrangers; enfin de nombreuses voies de communication rendent le commercé florissant. Le drap , la toile , les rubans, les indiennes occupent les fabriques. Les habitants sont trèsactifs, mais on leur reproche un esprit trop processif. Il y a deux cent quarante - trois communes qui, en y ajoutant les demeures isolées , comptent vingt mille cinq cent trente-trois maisons ; les protestants sont en majorité. On a quatre mille trois cent soixante -quatre chevaux, vingt- sept mille cent dix-neuf vaches , sept mille neuf cent vingt-trois bœufs , quatre mille six cent quarante-quatre moutons , vingt-six mille cinq cent soixante et quatorze porcs , et environ dix-huit cents chèvres. En 1832, les revenus de l’État s’élevèrent à six cent dix-huit mille neuf cent cinquante-six francs,
L’UNIVF.RS.
provenant des domaines, de la dîme , delà rente foncière, des impôts, droits régaliens, etc.
République indépendante dès l’année J 803 , Aarau entra dans la ligue , mais n’y fut incorporé que plus tard. Cecanto’n , tel qu'il est aujourd’hui , se compose de l’Argovie inférieure, du comté de Baden, des bailliages libres du district de Zurich, appelé Kelleramt, euün du Frickthal réuni à la Suisse en 1802. U y a en tout onze districts. Le gouvernement est une démocratie représentative ; le grand conseil exerce la souveraine puissance. Avant 1830, il se composait de cent cinquante membres , dont moitié catholiques. Les électeurs de district en nommaient quarante-huit; le grand conseil luimême cinquante-deux ; enfin cinquante étaient élus par un collège électoral composé de trente membres. les fonctions étaient conférées pour douze ans, de manière à ce que tous les uatre ans il sortît du conseil le tiers es membres; mais, apres une révolutiondedouzeans, le renouvellement devenait intégral. Dans l’Argovie, comme, dans le reste de la Suisse, le grand conseil délibéré sur les projets de loi , reçoit les comptes du petit conseil , vote les impôts , nomme les députés à la diète. Les réunions ont lieu deux fois par an dans Aarau; mais, à moins de prorogation prononcée par le petit conseil, elles ne peuvent durer plus d’un mois. La présidence appartient au bourgmestre en fonction ; à son défaut, à son collègue. Le petit conseil est composé de treize membres élus pour douze, ans dans le sein du grand conseil ; il faut qu’il y ait au moins six catholiques et six reformés.
Il exerce le pouvoir exécutif et administre; à raison de quoi ce petit conseil se partage en commissions ou sections , selon la nature des affaires.
Il y a dans chaque district un grand bailli pour l'exécution des lois et la surveillance des employés inférieurs, et, de plus, un juge de paix qui juge et qui concilie. Le tribunal de première instance se compose du grand bailli et de quatre autres membres ; le tribunal
d’appel de treize magistrats, chaque religion devant y avoir au moins six membres. Le canton d’Argovie ne connaît ni privilège de naissance, ni privilège personnel ; le service militaire est obligatoire pour tous. Il fournit deux mille quatre cent dix hommes au contingent fédéral , et cinquante-deux mille deux cent douze francs de Suisse.
Le clergé dépendait autrefois des évêchés de Bdie et de Constance ; aujourd’hui il est soumis à un conseil ecclésiastique. Les célèbres abbayes de Mûri et de Wettingen existent toujours. Les pasteurs réformés se réunissent tous les ans sous la présidence du bourgmestre de leur religion. Le gouvernement fait de grands sacrifices pour l’instruction publique. La maison de correction a Baden , et celle des aliénés à Kœnigsfelden , sont très- bien tenues. Aarau possède une école militaire pour l’exercice des troupes ; et les bataillons de la milice y passent, chacun à son tour, un temps déterminé.
Le G décembre 1830, la ville fut occupée par des citoyens armés de Mûri, Bremgarten, Baden et Lenzbourg; ils amenèrent avec eux leurs orateurs; et, sans commettre aucun désordre, ils exigèrent des changements dans la constitution , mais surtout le rapport d’un décret du grand conseil qui s’était constitué l’arbitre de ces changements : ce conseil fut obligé de s'assembler sur-le-champ et de se déclarer provisoire , en attendant que les élections eussent produit une assemblée constituante. Dés que cela fut fait, les insurgés se retirèrent en bon ordre : leur volonté fut exécutée , et voici quelles furent les principales modifications opérées par cette révision : souveraineté du peuple, égalité des citoyens , aptitude de tous aux emplois , à moins qu’étrangers à la Suisse ils n’aient pas encore six ans de résidence. Le nombre des membres du grand conseil est porté à deux cents.
Chacun des quarante-huit districts en élit quatre : or, il faut que l’un de ces quatre puisse prouver qu’il possède une fortune de six mille francs, le second de quatre mille, le troisième
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de deux mille : quant au quatrième , il n’est pas nécessaire qu’il ait aucune ressource. Le grand conseil lui-méme choisit les huit membres qui manquent encore au nombre total , en observant le plus possible de maintenir la balance égale entre les deux religions. Il n'y a point de cens électoral; on n’exclut du droit de voter que les faillis , les mendiants et les repris de justice. Le grand conséil nomme le petit dans son sein, et les membres des tribunaux en choisissant indifféremment .parmi tous les citoyens; c'est lui qui lixe les traitements et les émoluments de tous les fonctionnaires. Si, dans le temps prescrit, le petit conseil ne rédige pas les projets de loi que lui a demandés le grand conseil , celui-ci a le droit d’initiative; il élit un président qui a toujours le droit de le convoquer , quoique cette attribution appartienne plus spécialement au petit conseil. Ce dernier a neuf membres, y compris le lamlamman et le gouverneur; ils ont tous séance au grand conseil , mais ils ne peuvent en être ni président ni vice-président. On a mis à la tête de chaqqp district un administrateur. Le tribunal supérieur n'a que neuf membres , non compris les suppléants. Au bout de dix ans, In constitution sera revue, modifiée et soumise de nouveau à l'approbation du peuple.
Le chef-lieu du canton paraît une fort jolie ville quand on n'en voit que les quartiers situés en dehors des murs; mais tout ce qu’ils renferment est vieux et hideux ; elle est nu miliep d’une plaine étroite, resserrée entre deux lignes de inontagne> aux formes bizarres, et dont les roches se dessinent avec beaucoup de hardiesse en croupes et en pointes d’un aspect fort agréable.
Aarnu est entourée de belles maisons de campagne ; les quartiers neufs sont propres, spacieux , les maisons très-élégantes. Le pont couvert de l’Aar est fort bien construit; uncseuleég1ise.reçoitles deux cultes. Les fabriques donnent un rand mouvement à la population. La ibliothèque publique est riche en manuscrits, et il existe une grande quan- 25' Livraison. (Suisse. )
tité de collections particulières d’histoire naturelle et d’objets d’art. Les sociétés savantes s’occupent de l’histoire nationale et de la propagation des connaissances usuelles. Aarau est la demeure du célèbre Zschokke , auquel on doit tant de bons écrits , et qui esta la fois romancier, historien et littérateur distingué. C’en est assez pour expliquer l’impulsion donnée à tous les genres de travaux. L’État a acquis la belle collection d’oryctognosie de M. Wanger, si riche en cristaux et en pétriOcations. Les cabinets zoologiques et ornithologiques s’augmentent chaque année des dons que leur font les membres de la Société d’histoire naturelle. On y peut étudier des espèces que l’on chercherait en vain dans de plus grands établissements.
Des squelettes d’oiseaux ontétéajoutés à cette collection.
Les palais du gouvernement et du grand conseil ont été bâtis tout récemment ; ils sont d’une noble simplicité. Ce fut dans Aarau que, le 2£ janvier 1798, pour consolider la fédé ration contre l’idée révolutionnaire, les treize cantons et leurs alliés, moins celui de Bêle , tirent de nouveau le serment mutuel. Plus tard , quand cette ville eut été le siège du gouvernement helvétique, elle devint l’objet de la haine publique; et ce ne fut pas sans peine que, dans l’insurrection de 1802 , les chefs parvinrent à empêcher qu’elle ne fût mise a feu et à sang.
N’oublions pas de dire que la Gazette d’Aorau jouit d’un grand crédit en Suisse et eu Allemagne, et qu’elle est presque la rivale de celle d’Augsbourg.
I.e Frickthal est, sous ie rapport pittoresque, fort peu digne de faire partie de la Suisse : rien de plus monotone et même de plus maussade que la route de Bâle à Seliaftliousen , si l’on en excepte toutefois Rhcinfelden.
La situation de cette petite ville au milieu du lleuve , la vieille tour du château qui repose sur la pointe de l’île, et semble écraser le pont, comme si elle en chargeait les piliers, et la course rapide du Rhin , composent un fort joli tableau. Plus loin on
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admire aussi l'aspect de Seckingen, qui se présente avec son double clocher sur la rive badoise , au milieu d’une riche plaine que domine la route assez élevée du rivage suisse. C’est la patrie de l’illustre François de Seckingen, de ce chevaleresque héros de la reformation, dont rhistoirc du seizième siècle a tant vanté les lumières et les exploits , et qui remplit toute l’Allemagne de sa renommée. A quelques lieues plus loin est Lauffenbourg , où le Rhin, encaissé et interrompu par des roches de granit, s'élance en écumant vers le bassin inferieur. Ce n’est point , il est vrai , une chute , c’est un gouffre de tourbillons et de mousse se brisant contre une multitude de rochers. Les saumons qui remontent le Rhin franchissent ces obstacles; quelquefois on les voit bondir, et, (l’un vigoureux coup de queue, s’élancer vers la partie supérieure. C’est la qu’est organisée la capture de ces aventureux voyageurs ; la ville même y a établi une pêcbe, qui rapporte environ quinze cents francs, ce qui supposequ’il passe un nombre considérable de saumons : car beaucoup d'autres encore se font prendre dans les pays qui sont vers les sources du fleuve et dans les rivières aflluentes : or il faut , pour cela , qu'il en arrive des caravanes fort populeuses. Le passage de Louffenbourg n'interrompt pas la navigation d'une manière absolue comme la cataracte de Schaffhousen :
on attache à un câble les embarcations qu’on veut faire descendre; à force de précautions on parvient à rétablir les communications. la ville est partagée eu grand et petit Lauffenbourg : un pont les rejoint. La double enceinte et les tourelles du moyen âge qui l’entourent sont d’un effet tres-pittoresque.
Le Rhin embellit d’ailleurs toutes les contrées qu’il parcourt.
La route de Krick et de Homussen , vers Aarau ou vers Brugg, n’a pas de compensation à son aridité : il semble que jamais ou n'arrivera. Mais, au bout d’une journée de marche, on retrouve la Suisse dans toute sa majesté.
Rien n’est plus beau dans la nature.
plus grand dans l’histoire, que les confluents des rivières qui se réunissent dans l’Aar avant de porter au Rhin le tribut des Alpes. Non loin de Brugg, la Reuss s’avance avec calme versïe grand fleuve ; ce n’est plus cette onde torrentueuse qui faisait mugir les Schellenen , ni cette riv ière qui renaissait tout à coup avec vigueur dans le port de Lucerne; elle coule maintenant le long de collines boisées, et forme, avec le bassin de i'Aar, une sorte de presqu’île. Là sont les vestiges de l'antique Vindonissa, honorée d’une mention de Tacite : c'était comme la capitale des Romains dans ce pays. Les ruines en attestent la grandeur : elle couvrait tout le sol sur lequel sont aujourd’hui Brugg , Ko-nigsfelden , Altenbourg , Fahrwindisch , Gebis- (Jorf et Hausen. On voit les restes d’un vaste amphithéâtre, et les aqueducs romains conduisent encore I eau de U montagne de Rraunieg au couvent de Kœnigsfclden, à plus d’une lieue. On a découvert à Windiseh , village dont le nom est évidemment la corruption de Vindonissa, des statuettes d'or et M’argent , et une immense quantité de médaillés des empereurs, principalement de Vespasien.
Attila et ses Huns détruisirent cette vaste cité : cependant ii en resta encore une assez grande partie pour que l'on pdt en faire le siège d’un évêché. En 594 , le roi franc , Chddebert , en acheva la destruction, et l’évêche fut transféré à Constance. On continue à faire des découvertes , à déchiffrer des inscriptions. On peut lire à ce sujet le bel ouvrage du savant Haller sur les antiquités de l’Helvétie; mais il est de 1811, et depuis, les objets les plus précieux pour la science ont accru les collections d'antiquités. Vindonissa figure dans les itinéraires sur la route de Milan à Mayence. Le couvent de Kœnigsfelden est eu partie bâti de ses ruines. C’est là que la redoutable vengeance d’Agnès mêlait à la dévotion les sentiments les plus haineux : à quelques pas plus loin périt Albert, assassiné par son neveu : les lieux n’ont presque pas changé d’état , et le voya-
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geur, qui s’est fait un compagnon de route de Jean de Muller, peut ranimer toutes ces scènes et ressusciter à son choix les temps les plus éloignés.
A quelque distance de là on rencontre la Limmalh , dont le nom rappelle toujours Masséua et la bataille de géants qui délivra la Suisse de l'armée russe. Cette rivière est belle lorsqu'elle s'écoule par une pente assez rapide au pied des débris du château et devant les maisons élégantes du uartierdes bains. C'est dans ce vieux onjon que deux Léopold méditèrent , l’un au commencement, l'autre à la lin du quatorzième siecle, la perte des Suisses. Le premier s’enfuit de Morgarten , le second demeura sur le champ de bataille de Sempach. Baden a aussi ses ruines et ses souvenirs romains. La chaleur des eaux est de 37 à 38 degrés. Les grands bains, situés sur la rive gauche, sont destinés à la bonne compagnie; ceux de le R. rive droite ont de plus vastes bassins où se plongent pèle - mêle paralytiques et blessés. Ces pauvres gens sont secourus par le pasteur qui reçoit des dons de toutes les parties de la Suisse... Le* femmes, qui veulent devenir enceintes, doivent aller s’asseoir dans le bain public sur le trou de sainte Vérène, et y rester plusieurs heures, la mai-