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diverses sommités des Alpes juliennes , mais elles n’ont pas ce caractère grandiose qu’on ne peut sc lasser d'admirer en Suisse. Quelques croix placées sur la descente du Brenner rappellent des malheurs arrivés aux voyageurs; et, chose étrange, il y en a quelques-unes qui sont destinées à abreuver les passants ; ainsi , l’un de ces crucifix rend un beau filet d’eau par le nombril ; près de Sterling , on montre une chapelle devant laquelle l’armée française a été frappée d’immobilité; si bien que, voulant marcher, elle ne faisait que marquer le pas. Plus loin, il y a si peu de place pour la route entre l’F.isach et la montagne, que l’on a taille dans le roc des abris où les voitures peuvent se retirer en cas de rencontre pour se donner un passage libre.
A une lieue de Matils, on établit une forteresse destinée à rendre le Tyrol imprenable ; des milliers de Croates travaillent à démolir une montagne , à briser ses blocs pour livrer ces matériaux à ceux qui en font des tours et des remparts et des aqueducs. Toute cette population provisoire campe ici dans des baraques de bois ; les fours , les cuisines, les allées, les venues des hommes qui travaillent, des femmes qui préparent leurs repas , rappellent les descriptions qu’on avait faites des ateliersdelatourde Babel. Il faut, [tour pénétrer dans les nombreux souterrains déjà creusés, une permission du gouverneur d’Inspruck. I.a forteresse nouvelle est voisine du village d’Unterau, sur le chemin de Brixen.
Cette ville est dans une belle situation ; la vallée s’élargit , les coteaux sont fertiles. Les clochers sont presque aussi nombreux que les habitations :
leur forme et leur disposition ont quelque chose d’original : ainsi l’on voit s’élever à côté de la double flèche de la cathédrale , la flèche d’une autre église ; et , contre l’usage qui veut que le chœur soit tourné vers l’orient, les deux nefs s’en vont en sens inverse l’une de l’autre. Le point de vue le plus favorable est au confluent de la Rienz et de l’Eisach. Brixen est très - petite , et n’a tout au plus que
trois mille cinq cents habitants. Cependant elle est le siège d’un évêché, d’un grand chapitre, d'un séminaire, et l’on n’y compte pas moins de cinq couvents ; il n’est donc pas étonnant de voir désertes les rues d’une cité qui ne compte presque pour habitants que des reclus. On veut que saint Cassian ait fondé cet évéché dès l'an 360. Le nom italien de Brixen est Bressanona.
Déjà le climat se rapproche de celui de l'Italie; la vigne réussit; toutes les habitations sont ombragées de beaux arbres ; le noyer et le châtaignier bordent les chemins. La ville est mal biltie, et surtout mal pavée. Il y a, dans l’église cathédrale , un beau Christ de Sehcepf et quelques autres tableaux du peintre allemand Unterberger, qui vécut à Rome , et qui est connu des artistes sous le nom de Christoforo. C'est à Brixen que se tint le concile qui , en 1080, déposa Grégoire VII.
De Brixen on se rend dans la vallée de Puster et dans l’Enneberg, où l’on parle une langue assez semblable à celle du pays de Grœden : le nom local de la vallée est Maro, en latin Marubium, que l’on fait dériver de Mons Mariæ; il n’y a entre elle et Grœden que les districts de Cufidaun et Koliusehg. Là se voient des merveilles ni n'appartiennent qu’au Tyrol : les olomites , ainsi nommées parce que le naturaliste Dolomieu fut le premier à les décrire. Ce sont des roenes élevées verticalement du sein de la terre, à pointes acérées , ciselées , dentelées comme des scies, et d’une couleur trèsblanche. On en peut voir la description dans une lettre qu’il adressa à la Pérouse; il parait que ces produits volcaniques ont été lancés comme ceux du Vésuve, comme les blocs du lac d'Albe. Léopold de Buch a consacré de savantes recherches à ce sujet. L’aspect de ces masses étonne toujours :
d y a des obélisques , des tours , des murailles à face polie, qui cependant dépassent les montagnes de plusieurs milliers de pieds. Les crevasses de ces roches ressemblent à des ouverture»
de fours immenses. Ces beautés de la nature s'étendent jusqu’à la vallée (te
Fassa .qu'elles dominent entre Grœden et F.nneberg , en s'élevant de neuf h dix mille pieds dans les airs ; mais la dolomite se retrouve dans toute la chaîne méridionale jusqu’au lac de Garda, quoique sous des formes moins grandes. Tout le sol de l'Enneberg est volcanique , et les secousses sont toujours fréquentes : souvent les arbres éclatent, les roches se brisent, des ouffres se forment ; cependant les Imitants chérissent une patrie qui ne leur offre que des périls , la cultivent sans relâehe ,et vivent sans souci d’un avenir auquel ils paraissent ne pas penser.
Sur la limite de la vallée d'Ampezza est le célèbre Sasso di Stria , ou Roche des Sorcières, que l’on appelle aussi Sas de Glatseha, parce qu'il portait , dit-on , un glacier. Le ruisseau Ru da Ganna a vu autrefois une bande de sauvages nés des amours du diable avec les sorcières. Le héros de cette vallée est un archer habile, un chevalier de la fin du dix-septième siècle ; on cite de lui le trait suivant : il se rendait souvent au château de Beutelstein pour y voir sa damé; et, pendant ce temps, il abandonnait ses guerriers campés dans le voisinage. Ses ennemis l’observèrent et coupèrent un pont sur lequel il fallait qu’il franchît un abîme de mille pieds; quand il arriva, il hésita ; mais , voyant derrière lui cette troupe hostile , il enfonce ses éperons dans le liane de son cheval ; le robuste animal atteint de scs pieds de devant la rive opposée , et parvient à se hisser d'efforts en efforts au haut de l'escarpement. Le chevalier s’arrête alors , descend et baise les pieds du cheval en raillant ses ennemis décontenancés. Qui s'attendrait à trouver à Campolongo une précieuse relique de l’art du Titien ? Pendant un voyage d’hiver, ce grand peintre se vit retenu au col de San I.ucea par le danger des avalanches; il habita leWidum, maison curiale, et paya l’hospitalité par une belle peinture a fresque représentant la mort qui moissonne toutes les grandeurs humaines. Malheureusement ce chef - d’œuvre a été re-
peint; on a vainement essayé de faire disparaître le badigeon ; il n’y a plus guère du Titien qu'un pied de la mort et quelques couronnes, l'ne compagnie qui établit des routes et des canaux a acheté les bois voisins .
de Brixen, et s’occupe de canaliser l'Eisach: on y établit des écluses et des digues; on en ôte les rochers afin de rendre la rivière flottable ; seize scieries façonnent les troncs d'arbres qui doivent ensuite être portés par le courant jusqu’à l’Adige. Toutefois on reproche aux entreprises particulières peu de solidité; et les protestations des propriétairesduvignoblcont prouvé déjà que les fonds sont .menacés par le défaut de précaution et l'imprévoyance des ingénieurs italiens.
À l’endroit ou la vallée de Brixen se resserre est lebourgdeKIausen (Chiusa de Bressanonc), appelé au moyen âge Clausina ou Clausium ; ce n’est qu'une longue et étroite rue sur le bord de l’Eisach ; et du haut de la roche se présente une vieille tour aux créneaux pittoresques, c’est le château de Sehen , au-dessous duquel est un couvent de capucins, où l’on fait voir de beaux tableaux. En face, sur la hauteur opposée, est le beau castel de Gricsbruck. Le passage qui suit Klausen est assez dangereux ; souvent des morceaux de rochers, que l’infiltration des eaux détache, tombent dans le précipice où marche le voyageur. Ces vallées profondes, ces Vieux châteaux, et Colmann et Trotsbourg , et le bruissement de l’Eisach, sont fort beaux, tout cela n’est pas le Tyrol ; mais le Tyrol , ce sont les hautes plaines dont l’étranger ne soupçonne pas même l’existence , plateaux’ presque aériens , plages supérieures qui reçoivent la culture sur ces pics que l'on prend pour des sommets isolés ; là sont des ruisseaux , des rivières , là, des villages et des champs, là des montagnes sur les montagnes , des glaciers sur les roches, et des aiguilles sur les glaciers; mais les descriptions de ces lieux inconnus ne nous arrivent jamais, pree que la curiosité s'arrête devant ('obstacle, pareequ’on ne suit que la route,
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parce qu’il faut des auberges à ces amis de la nature, et qu'on ne les arrache pas facilement à leur guide imprimé, dont la loi est invariablement de passer de l’Adige à la Piave, à la Rrenta , ou de remonter le cours de l'Eisach, le Brenner, ou de se diriger vers le Glockner et Gastein.
Avant de continuer notre description du Tyrol, nous dirons quels sont ces bains si pittoresques qne tous les étrangers veulent connaître. Au milieu de sauvages vallées, dans un lieu humide de ia poussière d’un torrent, au fond d'une retraite où tout est solitude et désert, la masse immense du Graukogel laisse échapper de ses flancs de gneiss et de granit trois sources bouillonnantes. Dans un temps où 'la foi naissante s’entourait de mythologie, un conte populaire a mêlé la voix de la tradition au fracas dont une triple cascade fait retentir l’écho des rochers. Grâce à ce que ces lieux ont d'imposant, il semble que dans la solennité des nuits d’été cette tradition se raconte d’elle-même, car le merveilleux des faits trouve moins d'incrédulité devant le merveilleux de la nature.
Dans les premiers temps du christianisme, un cerf blessé avait dérobé sa trace à l’avide chasseur; on le vit un jour tremper et retremper ses plaies dans ces eaux salutaires, et l’homme, instruit par l’instinct de l’animal, y établit d’abord un ermitage où saint Primus et saint Félicien , qui sont les patrons de Gastein, chantèrent les louanges du Seigneur; aussi furent-ils tout-puissants pour maintenir l’abondance de cette source; et le diable s’étant avisé de vouloir la transférer à Hof ou à Radenbrücke, où l’air est moins humide, où les promenades seraient plus commodes, le malin esprit n’y put faire oeuvre. On assure que ['intérêt des aubergistes a merveilleusement secondé la résistance que les saints n’ont cessé d'opposer aux projets du démon. Les eaux minérales de Gastein ont la limpidité d’une source.
Celle de l’édifice épiscopal, que l’on appelle ambitieusement le palais, a trente-trois degrés ; celle de l’auberge
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en a trente-sept, et il lui en reste encore vingt-huit quand on l’a laissée toute ia nuit dans le bassin. Quant à leurs vertus, ces eaux se rapprochent beaucoup de celles de Pfeffers, avec lesquelles elles ont d’ailleurs plus d’un rapport. On y accourt pour se purifier le sang, pour guérir d'anciennes plaies mal fermées; salutaires pour les suites de la guerre, elles corrigent aussi les effets d'un amour trop sensuel; enfin Iles promettent une postérité aux poux stériles. Pour mettre tant de bienfaits à portée de ia classe pauvre, il a été fondé un hôpital où, depuis le quinzièmfe siècle, on reçoit les étrangers moyennant un salaire modique; on y donne même de l’argent à ceux qui sont privés de toute ressource. La cascade est entourée de quelques chétives cahutes qui reposent sur le rocher; on lui accorde jusqu’à quatre cents pieds d’élévation.
Replaçons-nous au centre du Tyrol :
il est difficile de trouver quelque chose de plus original que la petite plaine de Bolzano qui divise toutes les montagnes de l'Eisach, de la Telfer, de l’Adige. On voit devant soi les antiques tourelles de cette cité moitié germaine, moitié italienne. Au fond de ia vallée de l’Adige, des sommités chargées presque toujours d’une neige récente, dont la blancheur fait d’autant mieux ressortir les roches noirâtres qui s'élèvent derrière Méran. En face de Bolzano, sur les sommets du sud , l’antique castel de Sigmundskrone, ou couronne de Sigismond. Les montagnes de la rive droite de l’Adige enserrent le lit de eette rivière, et plongent presque verticalement sur la route ; mais , chose bizarre, les vallées, au lieu des’ouvrir, comme partout, à la base des montagnes, apparaissent toujours au haut de quelque roche : ce sont comme de longues fissures depuis le sommet jusqu’au milieu de l’escarpement. Toujours une chapelle, un vieux château , et souvent l'un et l'autre, sont placés sur une aire étroite en avant de ces galeries, comme pour en dérober l’entrée à tous les regards.
L’église est presque une cathédrale
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en miniature; il y a beaucoup d’élégance dans ses proportions; el le est recou verte de tuiles vernissées en diverses couleurs , et son toit jette beaucoup d’éclat sous les feux du soleil. Les places sont assez bien bâties, ainsi que les rues principales. 11 règne beaucoup d activité industrielle à Bolzano; las chaudronniers vous assourdissent et les fabricants de chandelle vous empestent dans certains quartiers. Tout se fait dans les rues ; là sont les blanchisseuses , Içs tailleurs, les barbiers, etc. , etc., tous aux portes de leurs maisons. La vie est bien moins domestique que publique. Le dimanche attire sur la route et sur les promenades la population entière : on voit alors les costumes tout à fait bizarres de jeunes femmes coiffées d’un chapeau d’homme et vêtues d'ailleurs comme on l’est généralement n la ville depuis que la mode a si fort étendu son empire. Néanmoins les anciens et les vieilles conservent encore les vêtements nationaux , en sorte que le même groupe, la même famille offrent un mélange singulier de costumes appartenant à différentes époques et à différents pays, et que souvent même, dans une seule personne, on voit régner à la lois In mode et l’usage du lieu. La bonne compagnie paraît fort nombreuse pour une ville aussi petite. Le commerce a enrichi beaucoup de négociants, qui ne manquent pas de se faire appeler Herr von, se gratifiant ainsi de la noble particule, et joignant, par une sotte manie, une noblesse usurpée à une richesse légitimement acquise.
Il y a beaucoup de maisons d'une architecture extraordinaire : les appartements sont rangés autour d'une immense salle ouverte par lehaut jusqu’au toit; du milieu partent des colonnes ' que supportent un autre toit central supérieur à celui du pourtour, en laissant place entre 1 un et 1 autre aux rnvons du soleil et à l'air, de même qu’à la neige et à la pluie. Les chaleurs sont insupportables en été, parce qu’il n’y a presque pas de courants d’air dans la vallée, et que le vent du nord passe de l’Eisach 5 l'Adige en effleu-
rant à peine Bolzano. L’hiver .exagère aussi ses rigueurs, à cause des hautes montagnes qui environnent ce bassin.
Le Telferbach , qui vient du Saruthal , nasse près de la ville. Ce torrent brave toutes les digues et se jette dans l’Eisach, qui elle-mcme s’écoule dans l’Adige à une lieue plus loin.
I jt caractère des habitants est encore allemand ; cependant il s’v mêle quelque chose d’italien qui si.ed bien aux femmes; c’est une double nationalité, des connaissances plus variées, des études plus faciles. Il en est ainsi de tous les pays frontières où la basse classe ne sait d’une langue que ce qu'il lui enfautpour l'empêcher de bien posséder l’autre, tandis que l’éducation multiplie les moyens et les ressources intellectuelles dé la classe moyenne.
La société est fort animée et fort gaie; on a surtout la passion du théâtre et de la danse ; mais , au commencement de l’été, on s’empresse de quitter la ville pour se réfugier sur les hauteurs et y chercher le frais : on appelle celte jouissance la fraicheur d'été ( Sommer frische) , et elle est prescrite , comme moyen d’entretenir la santé, surtout aux femmes et aux enfants , ne fût-ce que pour huit ou quinze jours. On gravit ces montagnes a cheval; on se rend à Oberbotzen, où il y a de charmantes maisons et de très-bonnes auberges.
Là, tout se passe dans la plus entière intimité, et toute circonstance devient fête. Les chefs de famille, retenus en ville par leurs affaires , emmènent leure amis daus le sein de leurs familles dès qu’ils en ont le loisir. C’est un véritable besoin pour eux. Les Tyroliens qui sont loin de leur patrie font souvent de fort longs voyages pour jouir quelques jours seulement de la Sommer/ ruche.
Ce genre de vie est fort coûteux , parce qu’i l faut tout faire venir, à grand’ peine et à grand prix , par des sentiers difficiles.
Quoique le commerce' de Bolzano soit déchu de ce qu’il était autrefois, il y a encore beaucoup de riches : ils aiment avec passion les parties de (xmipague, et c’est une chose bien originale quede voir les dames élégantes ei les hommes
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en frac noir danser, à une hauteur de quatre mille pieds, les valses de Strauss, puis revenir, à la rouge lueur des flambeaux, sur le bord (les précipices, et se perdre dans les étroites vallées comme des gnomes et desespritslutins.
Toutefois les processions, les chants religieux et les prédications en plein air sont d'un effet bien plus majestueux.
Les parures des dames, les vêtements des paysans endimanchés , les drapeaux flottants, le son des boites et les échos lointains composent un ensemble impossible à décrire. Dans le fond, l’Eisach s’écoule comme un filet d'argent, et sur la route qui la borde d'imperceptibles voitures courent à travers le pays, emportant les voyageurs qui s'imaginent le connaître sans avoir rien
vu de ces admirables scènes, ni de ses mœurs, ni de sa religion.
Une des plus belles excursions que l’on puisse faire est celle de la vallée d’Eppan : on s’approche des rocs pittoresques de Mendola , masse de porphyre près de laquelle s'ouvre un défilé
Îui semble ignoré du reste de la terre.
Fne série non interrompue de jolies habitations s’étend l’espace de plusieurs lieues jusqu'au château de Haut- Eppan, qui domine toute la vallée de l’Adige jusqu’à Meran, et d’où la vue se porte vers le pays de Passeyer.
De l’autre côté, on aperçoit les montagnes de Trente, et derrière Epnan est le majestueux calvaire d’où l'on admire les coteaux fertiles qui entourent le val de Fiemme et la haute paroi qui le sépare du val di Fassa. Vers le sud, se présente une montagne bien noire, rest le Griinmerjoch, puis un grand édifice à la façade blanche, c'est le couvent de Weisr’nstein, pèlerinage très -fréquenté. Si de sombres nuages chargent le ciel, si la clarté en est obscurcie, ce paysage prend une teinte sombre et mélancolique, dont tous les peintres seraient jaloux de bien rendre l'effet.
Sigmundskrone est l’un des nombreux châteaux bâtis par Sigismnnd :
en abdiquant en faveur de Maximilien , il s’était réservé Sigmundsbourg, Sigmundskrone, Sigmundseck, Sigmumis-
ried , Sigmundsfreud et Sigmundslust ; c’étaient tout autant de résidences pour ses plaisirs : la plupart sont accessibles; le premier sert de magasin à poudre et de garnison à quelques invalides. Griess est presque un faqbourg de Bolzano; il a une des plus belles églises du Tyrol; on y visite de très-belles peintures à fresque. La superstition n’a point encore permis d'abandonner le dangereux usage de sonner les cloches pendant l’orage : à Moritzing, la foudre frappa les sonneurs, perça la voûte de la nef, renversa le tableau du maître-autel, éteignit la lampe éternelle, fit sauter une porte de fer, et traversa de part en part un missel. Les ordresde l’autorité ne purent anéantir l’usage; seulement , pour se préserver, les sonneurs se placèrent en dehors de l’église, derrière un rempart de terre, et tenant à la main un câlile qui leur permettait de rester à une distance comenable. Cette fois, le câble servit de conducteur, et la foudre vint les chercher dans leur asile. Ce double avertissement n’empêche pas qu’on ne sonne encore, en dépit de toutes les prohibitions.
A quelque distance de là est un vieux château dont on ne peut concevoir ni la construction ni l'existence. Comment imaginer, en effet, que depuis des siècles il se maintienne au haut d’une aiguille de rocher? Les habitants affirment qu’il est impossible d’y monter.
Le Greifenstein, c’est son nomv est connu dans toute la contrée sous le nom de Sau-Schlbss,ehâtcau du porc; en voici la raison. Guillaume de Starkenbourg, l’un de ses maîtres, portait dans tout le Tyrol le meurtre, I incendie, la dévastation; nul n’osait l’attaquer dans ce lieu redoutable qui lui servait de retraite. On lui dépêcha un jour le bourgmestre de Bolzano pour lui présenter une humble supplique :
quoique Guillaume lui eût donne on sauf-conduit, il le fît précipiter dans l’abîme par des cens secrètement apostés pour le guetter à son retour. La ville envoya dix citoyens au château pour s’informer de la cause de son absence; on pensait que Guillaume le retenait
mais, chemin faisant, on aperçut son cadavre sanglant et mutilé, et on le rapporta avec de grandes démonstrations de douleur. L’orgueil et les excès du chevalier grandissaient toujours; il avait accueilli un Italien ?Ppelé Jacomel qui se vantait d’avoir inventé une nouvelle manière de tuer, et qui accompagnait partout son hôte.
Cependant les habitants de Bolzano entreprirent un blocus, dans la vue d’affamer le château; mais le seigneur, pour leur prouver qu'il ne manquait de rien, lit jeter du haut des remparts un pore gras, aux grands éclats de rire de ses soldats. Le château du porc a été construit dans la haute antiquité de la Rhétie; il a appartenu aux seigneurs d’Eppan ,Duis aux évêques de Bolzano, aux Greifcnstein, enfin aux Starkenbourg. Guillaume, délivré de ses ennemis, fit incendier Meran et Bolzano; après quoi , le duc Frédéric d’Autriche lui. fit subir un siège de deux ans. Il s’évada pendant une nuit uébuleuse, et ses soldats se rendirent. Plus d’une fois, il essaya d’empoisonner Frédéric, mais ce fut en vain. Il lui intenta ensuite un procès à Vienne et le gagna.
Leduc d’Autriche n’en tint compte, et depuis lors Greifenstein resta entre les mains des souverains du Tyrol.
De Bolzano, on va visiter Groeden, en passant par Steg, le long de l’Eisach , et de là on gravit la chaîne centrale où l'on découv re comme un monde nouveau : ce sont de vastes plaines entrecoupées de colliHes, peuplées de nombreux villages, parcourues par d'impétueux torrents, qui se précipitent ensuite de toute la hauteur des rochers dans la resplendissante Eisach, qui se montre à une immense profondeur, et promène dans la vallée ses longues et brillantes sinuosités au milieu de hautes parois de porphyre. Celles-ci, que du fond de la vallée on regardait avec une véritable frayeur, n'apparaissent plus ici que comme le support, ou , en quelque sorte , le contre-tort de ce paysage en relief qui occupe le sommet des montagnes : c’est comme un pays superpose à un autre. Plus on «'élève, plus à ('opposite, «ur l’autre
chaîne, se découvrent de beautés : là sont le Ritten et scs beaux pâturages, là les jardins de plaisance des habitants de Bolzano, là les forêts de la Mendola et les montagnes du val di Non, le Tobal à la cime crochue, les roches du A'intzgau et les glaciers de l’Orteles; enfin le pittoresque Schlern, qui pèse sur la chaîne que l’on gravit, élevant au-dessus des arbres de la forêt sa double crête.
Le bain de Ratzes est situé si haut, que l’on ne conçoit pas que les malades puissent rassembler assez de force pour y parvenir. Il y a néanmoins de petites voitures à l’usage de ceux qui ne peuvent se mouvoir; on les appelle bàndl;deux roues supportent le siégé; celles de derrière sont remplacées par un arbre traînant qui crée un obstacle à la rapidité desdescentes. On peut juger des secousses qui font sauter à chaque pas le patient. Le bâtiment renferme jusqu’à soixante baigneurs, la plupart campagnards; le beau monde li a point ici d’accès. On prétend que, snr six cents personnes environ qui ont recours chaque année aux bains de Ratzes, la cure est efficace pour au moins quatre cents. Il y a une source ferrugineuse et une source sulfureuse : on voit les malades entourer celle où l’on boit, et se remplir d’eau à grandes rasades.
C’est un beau coup d’œil que celui des pointes du Schlern dorees par l’aurore, et dans le fond ces vallées encore assombries par la nuit, on distingue les créneaux du vieux castel de Hauenstein assis sur les flancs de la roche opposée. La vivait un troubadour allemand , un prédécesseurdeFrançoisdeSeekingen, un guerrier comme lui : c’était Osuald de AVolkenstein. Dans l’obscurité, on voit de blanches robes passer rapidement à travers les ombres, puis i’on entend retentir les cordes d’un instrument. Au temps des victoires d'Appenzell, l’enthousiasme de la liberté avait gagné les Tyroliens : alors Oswald de AVolkenstein possédait deux châteaux, celui de Hauenstein et celui de Kastelruth; Aicbach et Trostbourg appartenaient à ses frères Léonard et Michel.
Ils entrèrent tous trois dans la ligue.
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de roches acérées jetées dans les nues; on les voit au fond du précipice, et l’on n’y descend qu’avec étonnement.
Il n’y a plus alors qu’une seule montagne à franchir, et l'on revoit Trente
2ue l'on avait quittée pour le lac de rarda.
Le val di Non est au nord-ouest de Trente; c’est celui que parcourt la Noce, qui se jette dans l’Adige près de Saint-Michel. La naturey est fort belle; mois les habitants ont une réputation de brigandage qui a fait dire que ce pays était un morceau du ciel tombé sur la terre, mais que si l’un de ses habitants avait affaire à dix diables, il sortirait vainqueur de la lutte. Se commet-il un meurtre, un .assassinat dans la vallée de l’Adige, on est à peu près sûr, à l’avance, que l’auteur du crime est sorti du val de Non. Il s'en faut de beaucoup que le Tyrol méridional soit, comme la Suisse, un pays de sécurité; il est fort dangereux île s’y aventurer ia nuit. La superstition a établi ici quelque chose d’analogue au célèbre Blocksberg, résidence des sorcières allemandes. Le diable tient aussi sa cour près de Revo, sur le Roveno, à peu près au centre du val di Non. Il y a d’autres traditions merveilleuses : une nobledame, Anne d'Alessandri , assassinée par son mari , le 5 mai 1615, était ressuscitée quinze jours après; elle habita d’abord Coredo, mais elle rentra dans son château di Non.
L’évéque de Trente envoya un inquisiteur pour constater le fait. Des témoins gagnés ayant attesté le sortilège, la malheureuse fut condamnée au feu.
On ajoute que ce forfait est dû à l'accusation d’un mari cruel, qui choisit cet horrible moyen de se debarrasser d’une compagne qu’il haïssait. La Noce sépare la langue italienne de la langue allemande : un village appelé Metzo fjombardico, un autre du nom de Deutsch-Metz portent chacun les caractères de la nation à laquelle ils appartiennent. Ici propreté, aisance et gaieté, là misère, saleté et malice. Au-dessus de Deutsch-Metz est un vieux château, celui de Kron-.Metz :
sur ses créneaux éboulés surplombent
des roches pesantes, comme si elles allaient échapper à l’instant même pour écraser les débris de ces tours: mais il y a des siècles qu’elles font vainement cette menace.
Près des sources de la Noce est le val di Sol, en allemand Sultzberg, puis le val Rabbi, où il v a des eaux minérales assez semblabfes aux eaux de Scltz. On est aux limites de la Valteline, sur le versant méridional de la chaîrie qui se rattache à l'Orteles : là sont les derniers glaciers tyroliens. Le château moderne des comtes de Brandis est près de Tisens , sur le Gampen.
Les débris de l'ancien château rappellent un récent désastre : encore habitée il y a cinquante ans, la vieille tour s'écroula sur les habitants, écrasant la mère, les enfants, leur précepteur et tous les domestiques. Le maître du logis étant absent, ne connut son malheur qu’à l’aspect* du désastre. On passe devant ce séjour de deuil pour se rendre à Meran, véritable métropole , premier anneau de la chaîne généalogique du comté. Aujourd’hui encore la vallée supérieure de l’Adige est appelée Mutterltindrhen , petite patrie, ou Landl, diminutif de pays, d’où vient que l’on a donné le nom de land/er a «es airs de danse tyrolienne dont la mélodie est si fraîche et la mesure si vive. Meran était appelée la ville, comme les Romains disaient urbs en parlant de Rome. Le comté primitif ne s’étendait que sur une partie du territoire de Rolzano, et de l’autre côté jusqu'à Pontalto dans l’Engadine. Le val de Meran est entouré de hauteurs boisées ; il est fertile et présente au voyageur qui descend du Gampen un magnifique aspect.
L’Adige n’est encore qu’un ruisseau.
Meran est adossée à la montagne; elle est flanquée de vieilles tours ét entourée d’antiques castels. Le plus remarquable est celui de Tiriolis ou Teriolis. Ce nom est devenu celui de tout le pays , à mesure que les seigneurs de ce canton ont étendu leur domination :
toutefois il y a quelque divergence sur l’orthographe et l’etymologic. Beaucoup d’anciens titres écrits portent Ty-
rolis; et c’est là, nous le pensons, la véritable orthographe, celle qui rappelle le plus fidèlement les origines : aussi les meilleurs écrivains l'ont-ils adoptée, sans tenir compte de l’i qui veut expulser Vy. Je ne sais même si l'on ne pourrait pas prétendre que les Tyrrhéniens sont pour quelque chose dans le nom du Tyrol. S'il est vrai que les ancêtres des Étrusques en sont sortis, ou si les Étrusques, chassés des rives du Pô par les Gaulois, sc sont retirés dans la vallée de l’Adige, ils ont pu y porter leur nom ou le conserver : ainsi , dans l’une et l'autre hypothèse, la principale syllabe aurait passé dans le nom du peuple antique, qui est resté si original aux environs de Grneden. Au surplus, c’est une question sur laquelle les historiens ne donnent pas de solution , pas plus que les chartes du moyen âge. ("est en 1140 que Teriolis paraît pour la première fois sous la forme actuelle. Il n’y avait pas beaucoup de positions romaines dans la contrée; on ne cite guère, entre Teriolis, que Veldidena et Massiacum : toute notre science, à cet égard, est due aux itinéraires ; or, ii parait que .Massiacum était près de Schwatz , dans la vallée de l’inn. Au centre du Tyrol, près de Meran, était le castrum Majensê ou Maya, dont quelques-uns font une colonie romaine , et qui occupait le sol sur lequel est maintenant Obermnïs; elle fut détruite par un éboulement de montagne. Meran est exposée aux vents du Yintsehgau et de la vallée de Passcyer; cependant le climat y est fort doux; les matinées sont fraîches et les journées trèschaudes. l.a ville n’a guère qu’une rue longue et étroite avec des arcades suriiai'sees : les faubourgs sont plus jolis. Les habitants se promènent sur une terrasse qui domine la Passer: peu sociables entre eux , ils accueillent volontiers les étrangers. Du pont de la Passer, près de la ville, on aperçoit une multitude de châteaux, Tyrol, Aur, Josepbsborg, Forst, Zenôberg, Lœwenberg, Brandis, Fragsbourg, Katzenstein, Ncubcrg, Schenna, Kubein, Rametz, Knillcnberg, Winkel, La-
bers, et à l’extrémité de l’horizon, à l’endroit où la chaîne de la Mendola présente les formes les plus grotesques, s’avance sur une saillie le château de IIohen-Eppan. Telle’ est l'historique ceinture aes forêts : les bas-fonds sont garnis de villages; là sont Algund, Gratsch, Saint-Pierre, Tyrol , Marling et les charmantes fermes du Freiberg.
Néanmoins il n’y a guère de promenades que l’on puisse entreprendre autrement qu’à pied. On visite voloi)r tiers le triple village de Lana, au pied du Gampen, à l’entrée de la vallée d’Uiten, dans laquelle sont des bains très-fréquentes, quoiqu’ils soient encaissés dans les rochers au point de ne permettre aucun exercice aux promeneurs. On a découvert à la Toell (Teloneum; beaucoup d'antiquités romaines. Au dixième siècle, cette montagne avait encore ses inscriptions et ses pierres inilliaires. On les fit transporter au château de Marœtsch, près Bolzano :
elles étaient relatives à la construction de la route au temps de Drusus. En 1700, il y avait un autel de Diane au sommet; il est maintenant à la bibliothèque d'inspruck.
Le château appelé Saint -Zenôberg ou de la montagne de Saint - Zenon , a été la résidence de Henri , qui prenait le titre de roi de Bohème, a cause des prétentions de sa femme, Anne de Bohême. Ce fut le père de Marguerite, la célèbre Maulta$che,qui naquit d’un second lit, et eut pour mère Adélaïde de Brunswick. Nous avons déjà parlé de ses difformités physiques et morales; toutefois il y a "quelque doute sur les premières. La tradition, qui la fait si laide et la gratifie d'une bouche en sac , se fonde uniquement sur le nom lui-même; mais ce nom existait avant elle, et déjà il était celui d’un château qui lui appartenait dans les environs de Terlan , et dont elle affectionnait beaucoup le séjour. D'autres disent que le nom de Maultasche est resté à Marguerite d'unsouffiet qu'elle avait reçu de son beau-frere, parce que , dans le langage du pays , on appelle ainsi les soufflets. Quant à ses vices , la tradition en a perpétué le sou-
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venir : beaucoup de chroniqueurs lui imputent ce que l’on a reproché à plusieurs princesses du moyen âge : elle, avait , dit -on , choisi quelques jeunes gens dont elle se servait pour satisfaire sa lubricité; et quand elle s’était rassasiée de plaisir, elle les étranglait de sa main dans le lit où elle les avait reçus. On montre encore , dans le château de Saint-Pierre, une chambre obscure où la fit renfermer son premier mari qui voulait reprimer ses désordres; mais elle parvint à s'évader.
Saint-Zenoberg et Tyrol ont chacun un beau portail, décoré de figures emblématiques : l’illustre M. de Damner, auteur des Sources de F Orient, a prouvé que ces représentations ne sont pas de vaines imaginations des artistes , pas plus que celles du même genre qu’on voit dans les églises du douzième et du treizième siècles; ce sont de véritables symboles d'une doctrine mystérieuse, d’un gnosticisme opposé aux enseignements publics de la révélation. Les lions, les hyènes, les griffons sont des allégories au pouvoir temporel et à l’Église. I-e dragon dévore l'homme, qui périrait si la scjpnce de la Gnosis ne le sauvait : le bon principe, le serpfcnt, est opposé au mauvais principe, le dragon. Le gnostique est toujours représenté combattant ; il terrasse un lion et un sanglier : l’uii le pouvoir temporel , l’autre' le pouvoir spirituel. Le centaure indique le gnostique se mêlant aux créatures de ce monde , en tant qu’il peut s'en servir pour parvenir à son but.
Les reliefs de ces portails méritent d’être visités. L'intérieur du Tyrol n’a plus rien qui soit digne d’attention. ‘
Schenna, vieille résidence des comtes de Lichtenstein, à l’entrée de la vallée de Passeyer, est encore habité;
• ses rondes murailles et ses terrasses s'élèvent fort haut sur les flancs d’une immense montagne. Ce castel a encore ses ponts, ses portes, ses voûtes profondes ; les salles d'armes , les cachots et les remparts semblent construits d'hier. Non loin de là le vieux donjon de.Rametz a été converti en une villa
italienne. Fragsboiirg (Trifragium)domine encore les châteaux réunis de Katzenstein et de Neuberg; mais ils ont tous changé de maîtres, à l’exception de celui de Tyrol qui appartient encore aux empereurs d’ Autriche. L’intérieur de Fragsbourg est toujours ce qu’il était au moyen âge, avec ses meurtrières, ses petites fenêtres, ses portraits de famille. Les bancs entourent les murailles; les tables sont fixées devant ces sièges, immobiles comme eux, et les dimanches une messe dite dans la chapelle, à côté de ce grand salon , appelle les paysans d’alentour, et l’après-dinée est consacrées des danses, dont le châtelain permet le divertissement à sa suite rustique et aux amis qui le viennent visiter. Du reste, la vie est fort solitaire ’et fort calme : les mœurs simples et naïves des campagnards sont d'un autre âge et contrihuent à cette illusion de féodalité antique.
Les arts mécaniques sont instinctivement pratiqués par fes Tyroliens de la vallee de Meran : on cite un cultivateur d’Obermaïs, Antoine Immhofer, qui excelle à fabriquer des instruments* a vent en ébène et en argent dont il invente toutes les pièces, ce qui ne * l’empêche pas de servir de valet de ferme à son père. Un autre, qui des l’âge de quatre ans perdit la vue, se mit à découper du bois : dès son enfance, il fit des petits chevaux et des jonets. Un jour, il voulut sculpter un crucifix, et il y parvint en observant les formes du Christ par le Seul moyen du toucher; enfin il réussit si bien qu’il en fit son métier, et que les commandes se succédèrent pour diversouvrages d’art, tels qu’un saint Charles Borromée pour l’évêque de lirixen , statue de trois pieds et demi dont on vante beaucoup la beauté. Aujourd’hui Kleintianns (Petitjean) vit heureux et dans la pratique de la vertu aux environs d’inspruck pù il a amassé quelque bien. Le Tyrolien est également bon peintre; la’ nature lui a donné d£ si beaux modèles, qu’il en est aisément inspiré; mais. le plus souvent il se borne à décorer de ses tableaux les églises du voisinage.
Cest par Saint-Léonard, chef-lieu de la vallée de Passever, qu’il convient d’aller aux glaciers de l’OKtzthal : d’abord de petits coteaux boisés conduisent à Rabenstein, au pied du Timbl- Joch, ou col du Timbl. I.e long d’épouvantables rochers sc glisse un sentier qui atteint le village de Zwiselsstein. Dès lors on sent que l’on est arrivé dans une autre atmosphère.
l’Achenbach, qui se précipite de chute en chute dans ees lieux sauvages , est un courant produit par la fonte des neiges; il nasse sous les voûtes de glace, et le bruit de sa course retentit comme gronde le tonnerre; c’est à peine si l’on s’entend a côté de ce torrent. Il faut le suivre l'espace de trois à quatre lieues. Près de ces glaces éternelles est le triste village de Fend, souvent détruit par les avalanches.
Tout est grand et solennel dans ces solitudes, le mugissement du vent, le bruit des eaux, les pentes resplendissantes des glaciers. La cloche du soir et les derniers rayons du jour! impressions magiques, sujet de profondes méditations qui ne sont pas dans le * domaine des hommes quand ils vivent loin de ces grandes scènes. Qui croirait qu’un lac qui semble dormir immobile au milieu de ces frimas, jette parfois de terribles inondations dans les vallées. De là au glacier du Finail, il n’y a plus qu'une demi-lieue : les guidés usent ordinairement de la.précaution . d'attacher les voyageurs les uns aux autres. On voit devant soi comme une muraille de cristal*entouréc d’un tapis de neige. A une. lieue plus loin est une petite chapelle de pierre avec une cheminée où l’on fait du feu pour se chauffer. Enfin cette nier de glace se termine par le lac de Gurglen avec ses vagues ballantes et ses jolis îlots, tandis quetians le lointain sont les glaciers de Stubay. Le tableau est entouré de nombreux pics abrupts, sombres, déchirés. Les glaciers du üebatsçh De sont que la prolongation de ceux de l’OEtz , et font.comine eux, amphithéâtre autour du Fendertlial ; on ne voit d’ailleurs que le ciel qui paraît beaucoup plus bleu, et la neige sur la-
quelle on marche : l’impression en est terrible. Ce n’est qu’après être arrivé avec beaucoup de difficultés sur le Rattenkdgel qu'on peut apercevoir une vallée , et l’exclamation du voyageur est à peu près celle du marin, quand après une longue navigation il s’écrie avec enthousiasme terre! terre!
Lorsqu’on pénètre dans la vallée de Passeyer, vers le château de Jauchenberg, on voit sur la grève, à côté du torrent , l'auberge célèbre que le héros du Tyrol, André Hofer, avait reçue de ses pères. C’était un homme vertueux, mais pauvre, obligé, pour nourrir sa famille, à des courses et à des travaux multipliés. La profession d’aubergiste n’y suffisant pas, il avait entrepris de transporter à dos de bêtes de somme les hommes et les marchandises qui devaient gravir le Jauchen. Hofer était d’un caractère loyal, d'un courage éprouvé, mais il avait dans l’esprit quelque chose d’aventureux et d'inspiré : âgé de quarante ans au moment où l’Autriche voulut insurger le Tyrol, il fut choisi pour agent et bientôt pour chef. Il alla secrètement à Vienne. Le conseil de guerre s’assembla sous son humble toit; les paysans coururent aux armes, et bientôt le succès répondit à leur enthousiatme. Après quelques actions glorieuses, Hofer entra dans Inspruck; il habita le château impérial, fil battre monnaie, exerça tous Mes droits de la souveraineté, mais ne prit d’autre titre que monseigneur l’aubergiste de Sand. Il ne changea rien à son genre de vie, se faisant apporter à dîner d’un petit cabaret voisin , et recevant à sa table des gens de sa classe. Il ne voulait pas aller au théâtre, mais n’en empêchait pas ses officiers, sauf à les faireappelerquand il avait besoin d’eux.
Les actes de son gouvernement ont quelque chose de noble et de rustique à la fois. H se croyait appelé à la ré1 forme des mo urs èt de la décence publique. Une daine avait à lui présenter un placet; malheureusement la mode présidait à sa toilette, et sa robe ne montait pas assez haut : fa t'habiller, s’écria le souverain villageois, et tu retiendras ensuite me parler. Il
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Oswàld avait visite la terre sainte et le nord de l'Afrique; il parcourut avec l'empereur Sigismond plusieurs contrées de l’Europe. Plus tard, il fut assiégé dans Greifenstein par Frédéric d'AUtriche : en repoussant un assaut, il fut atteint d’une llèche qui lui creva l'œil droit; puis il fit la guerre aux Uussites... enfin , dans sa retraite, à Hauenstein, le génie de la poésie l’inspira; il chanta surtout la reine d'Aragon. Il reste deux volumes in-folio de poésies d'Oswald de Wolkenstein.
Après avoir tourné la base du Saltria et du Buflatsch, sommités rivales du Schlern, ou descend par Puffels dans une vallée profonde sillonnée par trois torrents : tout à coup la roche blanchâtre se cou vrede jolis tapisde verdure; là sont de rustiques maisons aux vitres luisantes , aux portes vertes , aux toits rouges; elles apparaissent de côté et d’autre sur les hauteurs : c’est le village de Grœden, le berceau ou le refuge de l’Étrurie, selon les divers systèmes des savants. Mais cette révolution pourrait bien avoir une date plus recente; on serait tenté de le croire au seul nom de la langue qui sert de preuve à ces hypothèses : en effet, on l’appelle ladiiie, et on y retrouve une multitude de formes et d'iuflexions qui ont plutôt rapport au type des langues romanes qu’a aucune de celles de l’antiquité ; il y a même des traces de l'article dont nous nous servons encore en français; ainsi l'œil est I ’ouecU; le corps," l 'corp; le père, l 'pèr; Tours, la lors, etc., etc.
Les habitants se distinguent par l'adresse et la promptitude avec laquelle ils découpent en bois les diverses ligures d’animaux, qui se vendent ensuite comme jouets d’enfants à tous les marchés de l’Allemagne. Cette industrie, qui date de 1703, n’est point guidée par l’art du dessin : le goilt et le sentiment du vrai sont les seuls guides de» ces Phidias rustiques, et ils ne parlent qu’avec dédain de l'école de dessin u’ou a récemment fondée pour eux, isant que leur talent s'inspire et ne s’apprend pas. Cependant leurs devanciers, devenus leurs maîtres, avaient
pris à Venise des notions des arts d’imitation. La spéculation fut un puissant stimulant, et dans la vallée il n’est presque pas une main qui ne se soit mutilée ou cicatrisée par quelque maladresse d’apprentissage. Il y a des dépôts de ces sculptures à Venise, à Messine, à Cadix, et jusqu'à Philadelphie. Non loin de Grœden est le village de Castelruth , dont la tour élancée domine, sur une descente rapide, la vallée de TEisach.Là se fait adorer une singulière sainte, une sainte barbue, dont la statue même pousse et repousse la plus longue barbe dont puisse triompher un rasoir. Le habitants ne racontent le fait qu’avec réserve et mystère. Sainte Kumnemlss était, au moyen âge, une danseuse entourée d'homma-
fes; les amants ne ces>aient de tendre es pièges à sa vertu; pour les punir, elle supplia le ciel de la rendre laide, et il eut la générosité de la gratifier d’une barbe de sapeur qui la rendit à une parfaite sécurité. On a la prétention de rattacher à la période romaine Toriginedu village. De là , on redescend à Colmann ou a Trostbourg; mais le chemin est effrayant d’escarpement, et Ton préféré ordinairement revenir à Bolzano par un assez long détour.
La route de Trente par Salurn, le long de l'Adige, offre plus d’une singularité; à l’ouest, les rouges déchirures d’une inculte et haute paroi de porphyre, et les flancs rocailleux delà grande Mendola, où quelques vieux châteaux se présentent sur des corniches. Celui.de Salurn, au contraire, repose sur une roche qui naît subitement du sol , comme si elle se fdt élancée , à la manière des décorations de théâtre, pour recevoir les majestueuses murailles dont la base ' s’identifie avec elle. A Topposite, des coteaux cultivés, des habitations et la jolie vallée de Fiemme. La langue italienne remplace l’allemand après Salurn , et l’Adige, compagne inséparable de la route , jette ses ondes contre les roches qui encombrent son lit.- Ici le bourg de Caldern , la celui de Tramin.
La vigne est la principale richesse du pays; le raisin y est excellent. Les vil»
lages sont moins pittoresques et surtout moins rustiques que dans la partie allemande : c’est le plus souvent une longue rue de maisons de pierres noircies par le temps et fort malpropres; l’aspect en est triste, parce que les fenêtres sont la plupart dépourvues de carreaux. L’habitant, mal vêtu, a du moins le mérite de la sobriété; mais, dans son orgueil, il se croit supérieur au Tyrolien allemand, qu’il appelle dédaigneusement porco tedesco. Ici commence la culture du milrier, qui souvent se montre dépouillé de feuilles, car elles sont arrachées pour la nourriture du ver à soie. Ces squelettes végétaux font un triste contraste avec la fraîcheur du paysage.
Quelques relations nous disent que les Alpes des environs de Trente , couvertes de neige toute l’année , sont si hautes et si "escarpées, qu’elles semblent inaccessibles et paraissent toucher aux cieux. Cependant les nombreux clochers de cette ville célébré se présentent au milieu d’une plaine fertile dont les Alpes semblent respecter la culture, en n’élevant autour d’elle que des montagnes d’une médiocre élévation. La tradition remonte aux anciens Tusci pur les honorer de la fondation de la ville ; Pline, Strabon, Ptolémée en font mention. Les Goths, les Lombards s’y sont succédé , puis les empereurs, les ducs de Bavière, jusqu’à ce que l’évêque de ce siège, devenu prince, en fit un petit État indépendant de soixante et dix lieues carrées, et de cent cinquante mille habitants. Il a été depuis englobé dans les possessions autrichiennes. Une haute muraille entoure Trente; l’Adige forme un des côtés de cette enceinte.
Les rues sont spacieuses, mais irrégulières; on y voit encore des maisons fort antiques : leurs vieilles peintures contrastent avec les façades des palais modernes; puis, de distance en distance, apparaît au milieu de la rue une tour dans le genre de belles du moyen âge. Ce n’est point, comme le dit le voyageur Mercey, une série d’innombrables palais, de terrasses, de dômes resplendissants , de Bêches
élancées, etc., etc. C’est une Vieille ville entrecoupée de constructions plus modernes; c’est un mélange de différents âges , de goût et de v étusté , d’élégance et de laideur; et les débris du passé ne sont pas séparés, relégués dans ce que partout on appelle la ville vieille; la ville neuve n'est pas un quartier; elles sont l’une et l’autre confondues, dans la même rue, sur le même alignement. Le plus beau monument que l'on doive visiter n’est pas l’église de Sainte-Marie Majeure, où se tint le concile , où l’on voit encore tous les portraits des prélats sur le tableau de cette illustre assemblée. L’antiquaire et l'architecte se dirigeront vers la cathédrale , qui est l’un des ouvrages les plus remarquables du style lombard ou byzantin. Cependant il s’y trouve aussi quelques ornements du style gothique , tels qu’une magnifique rosace au-aessus du portail, et une chapelle pratiquée dans l’un des bas côtes , mais elle est trop surchargée d’ornements. Le portail serait la plus belle partie de cette église , s'il n’offrait trop de disparates : ainsi l’on voit s’ élever une tour de son flanc gauche, tandis qu’à la droite la façade s’abaisse sans grâce , et même sans solidité. En énérâl, le côté droit est déparé par es constructions d’assez mauvais goût ; mais les bas côtés de la gauche sont surmontés par de belles rangées d’arceaux à plein cintre; et d’élégantes galeries s’en vont rejoindre un vieil édifice qui est au moins contemporain de la cathédrale même. Le chœur se termine en une triple abside. Trois rangs d’arceaux le décorent, et ceux de l’étage supérieur se séparant de l’édifice , composent une belle galerie semblable à celle du latéral gauche; enfin une tour octogone s'élève majestueusement au-dessus de la croix. L'intérieur n’a pas un caractère moins grandiose : la nef est haute et étroite; les bas côtés ont plus d’élévation qu’on ne leur en donne communément ; l’ensemble est sombre et religieux. Partout ailleurs, les piliers qui séparent la nef des bas côtés sont lourds et écrasés; ici, au contraire, iis s'élancent
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si haut qu’ils sont d’un très-bon effet , et leurs colonnes engagées paraissent se diriger avec beaucoup de grâce vers les arceaux qui se dessinent en festons entre les bas côtés et la nef. Telle est la métropole où fut célébré l'accomplissement des destinées de l’Église; c’est dans ce lieu, en effet, que le concile termina les séances qu’il avait commencées à Sainte-Marie Majeure; et Pou alla proeessionnellement de l’une à l’autre pour rendre à Dieu de solennelles actions de grâces d’avoir à jamais repoussé les doctrines nouvelles.
La cathédrale est dédiée à l'évêque et martyr saint Vigile, qui vécut à la fin du quatrième siècle : on le célèbre avec une- pompe extraordinaire le 26 juin : Trente prend alors l’aspect d’une grande ville. Des cafés s'ouvrent sur les promenades; il y a feu d'artifice, opéra , équipages ; tous les campagnards sont dans la ville; on se presse autour des boutiques. Les dames rivalisent de parure ; on court , on crie , on se heurte , on se Youle dans les rues ; le vin et la bière coulent à grands flots ; l’église est ornée de tapis , le chœur de draperies : là esf le trône du prince evêque ; là sont les vases précieux et les saintes reliques exposés aux regards du peuple.'
A Saint-Lierre, on conserve la sèche momie de saint Simonin , enfant de trois ans , que les juifs , s’il en faut croire la tradition , ont étranglé il y a plusieurs siècles , tandis qu’une vieille le piquait avec un stylet pour recueillir son sang dans un vase. Ce sujet est représenté en sculpture à la maison que l’enfant habitait, puis encore à Celle où se commit le crime : la superstition et la haine populaire ont fait subir d’affreux supplices aux juifs accusés de ces infamies, et ces massacres ont eu lieu dans beaucoup de pays ; Je quatorzième siècle a vu périr ainsi des populations entières. "La bêtise dégénère souvent en férocité. L’orgue de Sainte-Marie Majeure a été cause aussi d'un grand malheur; on veut que le diable se soit fait le collaborateur de l’ouvrier, et ils accomplirent un chef-d’œuvre; mais les habitants de
Trente firent crever les yçux de l’artiste, dans la crainte qu’il n’enrichît une autre ville d'un instrument aussi parfait. L’artiste dissimula sa colère , et demanda, pour toute grâce, d’être conduit encore une fois à l’orgue pour réparer un petit défaut que lui seul connaissait; mais, dès qu'il y fut arrivé, il brisa et dérangea plusieurs tuyaux... On l’emmena de force , et ce chef-d’œuvre resta pour l'admiration de tous , jusqu’à ce qu'enfin le feu du ciel le réduisit en poussière. L’instrument qu’on y a substitué est un des meilleurs de l’Italie; on croirait entendre le. hautbois, la flûte, la clarinette; l’orchestre est complet, et l’illusion ne permet pas de supposer qu’il n’y ait pour la produire qu'un orgue.
Le théâtre a quatre rangs de loges, garnies de rideaux et de glaces, éclairées par des bougies et meublées comme des boudoirs ; mais l'éclat de ces loges fait remarquer plus désagréablement l’obscurité qui règne dans la salle. Ofl en voit d'autant mieux les dames; quant aux hommes du parterre, ils vont et viennent , parlent et rient sans égard pour ceux qui voudraient écouter le récitatif; et le silence ne s’établit que pour les morceaux favoris. C’est à peu près comme dans les débats parlementaires, où le peuple législatif se met en continuelles ailées et venues , en conversations bruyantes , pendant qu’un orateur sans crédit occupe la tribune. Qu'une voix puissante annonce l’harmomcdela parole, c’est le moment solennel; à la chambre comme au théâtre d'Italie,' chacun reprend sa place en attendant un nouveau récitatif ou un nouveau discours écrit qui rende à chacun sa vagabonde et bruyante liberté.
Les cérémonies religieuses l'emportent de beaucoup à T ren te sur toutes les autres : le jour de Saint-Vigile on a soin de faire venir le prédicateur le plus célèbre des environs : après le sermon, l'église se vide rapidement ; chacun court à 1a place où il pourra le plus commodément voir défiler la procession , tandis que du portail principal sortent les bannières flottantes et les longues files
du cortège. Les capucins marchent les remiers , leur croix est ornée des plus elles fleurs; après eux viennent les franciscains encore plus nombreux,
Îiuis les séminaristes , enfin les curés, e chapitre et le prince évêque , qui n’est que le fils d'un simple cultivateur. Les chanoines portent chacun des vases précieux renfermant des reliques de saint Vigile : un écrin de cristal contient la langue de ce bienheureux , qui fut si éloquent et si assidu à la conversion des païens. On promène aussi le cercueil d'argent sous un baldaquin . La main est d'une énorme dimension, ainsi que la langue ; et la légende dit que de cette main le saint se fit une ouverture à travers les rochers, et les partagea pour se frayer un passage au moment où il était poursuivi dans une impasse. Ce passage sert encore à ceux qui vont visiter Stenico ; et , à cet égard , Vigile fut le bienfaiteur de Trente qui en tire ses meilleures provisions. Les représentations populaires qui attirent la foule sur la place publique, ont aussi pour sujet diverses scènes de la vie du saint ; c’est une biographie peinte sur toile, c’est une tenture en forme de temple; au centre est le cercueil ; et du faîte de l’édifice improvisé, Vigile distribue sa bénédiction : le tout est entouré de fusées et de pièces d’artifice ; et , quand vient la nuit , les Imites , les pétards , les soleils partent , se meuvent , et vont se perdre dans les nuages , aux acclamations générales. L’aigle du Tyrol , le chiffre de l'empereur , enfin le temple lui-même resplendissant et coulant en torrents de flamme, forment le bouquet dont la bruyante explosion laisse ensuite tout le monde dans l’obscurité.
Une fondation pourvoit a ces frais, quoiqu’une narration vulgaire prétendfe qu’ils sont supportés par les habitants d’une vallée voisine, descendants des meurtriers de saint Vigile.
La route de Trente à Roveredo a le caractère du paysage italien. La vigne grimpe jusqu’au sommet du mûrier, et suspend ses festons d’un arbre a l’autre. Le saule pleureur et l’acacia bordent le chemin , et la tête des cy-
près se montre élancée comme un minaret de l’Orient. Déjà l’on voit çà et là des oliviers : les maisons assez négligées paraissent ne servir que d’abri momentané eontre le mauvais temps ; le ciel est si bleu , le soleil si chaud , qu'il semble que chacun veuille vivre uniquement pour la nature et d'une vie toute extérieure. On n’entend plus parler allemand, on se nourrit de pâtes et de riz. Le commerce s'agite dans ces vallées ; et de grands bâtiments aux fenêtres multipliées, aux étages superposés, reçoivent les produits du ver a soie; ce’ sont des jilandes. L’Adige devient navigable ; mais les murs dons lesquels le chemin est emprisonné dérobent souvent le paysage au voyageur ; et, lorsqu’il veut voir outre chose que les hauteurs, il faut qu'il se dresse dans sa voiture. C’est ainsi qu’il arrive à Roveredo sans connaître beaucoup les châteaux pittoresques au pied desquels il a passé. Là, du moins, quand il a traversé le Corso il admire les palais Alberti et Federigottl ; maigre leur magnificence ils sont tristes : presque tous les volets sont fermés , quelquefois les vitres sont brisées; on trouve la demeure déserte; cependant, par une porte latérale, on monte à un étage supérieur , où vit dans la solitude le vieux seigneur ou la douairière avec ses filles, pendant que l’héritier du nom achève de se ruiner au service d'Autriche, sur la frontière de Turquie ou de Russie. Les appartements splendides sont montrés aux voyageurs, qui ne voudraient pas de la paiivre retraite où languissent sous un toit ceux dont il envie l’opulence de parade. Il en est ainsi de la plupart des palais que l'on montre dans le nord de l’Italie , à Gênes, à Milan, à Vicence, à Venise.
Les faubourgs de Roveredo sont fort agréables , mais l'intérieur de la ville est mal bâti : il y a cependant une place Saint- Marc, et même une rue de Rialto, comme à Venise, noms ambitieux appliqués à l’angle de quelques masures. La salle de spectacle est à l’auberge de la Couronne, et elle est fort jolie. Le vin d’Iscra ,
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tout près de Roveredo, fait la gloire du Tyrol; on y boit aussi le vino santo , ainsi nommé parce qu’on ne le fait qu’à Noël ; le Montepulciano et PAleatico, qu’on recherche en Bavière , ne sont pas antre chose que des vins du Tyrol. Les femmes sont charmantes ail Corso : partout elles effacent les beautés des environs, et c'est grand dépit parmi celles de Trente uand elles arrivent aux solennités de aint-Vigile, car les regards ne sont plus que pour elles. Plus de vingt mille personnes vivent ici du commerce et de la fabrication de la soie. C’est d’A la , petite ville voisine, qu'est venue d’aoord cette industrie. Au seizième siècle , le curé fit à deux Génois fugitifs la proposition ‘d’exercer chez lui leur profession , et ils établirent la première filature au presbytère. Cent ans plus tard , il y eut déjà trois cents métiers ç mais, sous Joseph II, des restrictions de tout genre firent dépérir IX prospérité d’A la; Roveredo gagna ce que perdit sa rivale : toutefois elle ne fabrique point l’étofTc ; c’est à Milan que sont envoyés les produits des Filandes , c’est là que se font les tissus.
Gracieux autour de Roveredo, le paysage reprend son escarpement , ses forêts, -ses vieux donjons sur la route d’A la. Le vieux château de Sabionera, le joli village au clocher effilé, qui s’interpose sur une verte pelouse entre lui eUl’Adige, les habitations du rivage, les barques qui suivent son eours , contrastent si bien avec les cannelures et les pointes des montagnes ! Et par delà ces montagnes l’imagination cherche déjà le golfe septentrional du beau lac de Garda; mais on. reste encore dans la vallée de l’Adige. On traverse le village de Péri , on arrive sur le célèbre plateau de Rivoli ; et Napoléon , Massena , les exploits des soldats franîs, et ces batailles de géants du mps de la république, élèvent l’âme aux plus sublimes impressions. C’est ici que le brave Lasalle répondit au vieux général autrichien qui l'interrogeait sur l’âge de Bonaparte : H a l àge qu'avait Scipion quand il vainquit j4nnibal;et trois armées autrichiennes
trouvèrent des défaites dignes d’étre comparées à celles de Zama ; admirables campagnes, commencements d’une gloire qui ne finira jamais.
Entre Ala et Pieve sont les effrayants débris d’une chute de montagnes qu’on appelle Lavini di Marco : beaucoup de savants ont disserté sur cette avalanche; mais le Dante lui a imprimé un caractère d’éternelle célébrité : il dit , dans le douzième chant de son Enfer:
Quai ft quHIa ruina che ncl flanco
Di qui cia Trenlo I’ Ad.tr pcrco&ie.
O iM*r tmnanto, o per oostrgno tnanco
Cbe «la ciina drl monte, nml« ti mosje
’ Al piano e ti la roccia discnvcfsa
Cb‘ alcuua via d.trrcbbe a ihi su fosse.
Ces fragments de roches remplissent tout le fond de la vallée sur l’espace de quatre milles d’Italie, et jusqu’à Mon. Il a fallu , pour ouvrir une route à travers les ruines de la nature et pour ressaisir un peu de terrain propre a la culture, les efforts de plusieurs générations. La terre végétale y a été amenée par les pluies , et le travail des habitants a contribué à cette amélioration par la direction laborieusement donnée aux eaux des vallées afïluentcs.
Toutefois c’est un sol bien aride; et, s'il porte quelques ceps et quelques mûriers , le contraste n’en est que plus frappant , surtout quand on détourné les regards de cet éboulement pour les porter sur les coteaux opposes où la végétation est si belle , où les cultures les plus variées s’élèvent d’étage en étagf. Mariani , chroniqueur du septième siècle, attribue ce désastre à un tremblement de terre , dont il reporte la date à l'année 3(ü); mais il y a lieu de douter de l'assertion , faute d’autre mention qui confirme la sienne ; tandis que l’histoire a retenu le souvenir d’une commotiof) générale arrivée sept ans plus tard, en 37G. Alors furent renversées beaucoup de villes; des lies disparurent sous les eaux ; la nier franchit ses limites et jeta ses flots sur la côte. 11 serait possible, néanmoins , que l'éboulement de San-Marco remontât à l’an 2 17 avant Jésus-Christ.
On v rapporte un passage de Cicéron sur les prodiges qui marquèrent cette
époque; et l’on a pour narrateurs Valere Maxime, Tite-Live, Florus, Silius Italicus. De cette époque au douzième siècle, la conjecture a de quoi s’exercer , mais elle ne sait où se fixer. Les récits sont très-nombreux , les traditions très-flottantes. Le comte Giovanelli a résumé les unes et les autres dans un excellent mémoire, où sont réunies aussi les opinions des géologues sur les causes de la catastrophe: la conclusion est que la chronique de Fulde dit vrai, en attribuant l’événement à l’an 883; Ce fut alors, ajoute-t-il , que P A dige refoulée forma un lac , et que la vallée prit le nom de Lagarina, nom dont la racine est évidemment Lago.
Après ces impressions de la nature, de la poésie et de l'héroïsme, on arrive à la Chiusa deValorgne, étroit passage où les montagnes se rapprochent de PAdige , et se tranchent perpendiculaires en rocs murailles, comme si on eût démoli une enceinte pour se frayer, à travers une brèche, l'accès de cette forteresse qu’on appelle le Tvrol. L’aspect de cette vallée Lagarina est bien différent des vertes prairies de l'Inn.
La porte du Tvrol est assez semblable à une coulisse Je théâtre: une cascade, une chapelle sont près de là. La scène change à l’issue du défilé : tout est plaine; l’étendue succède presque sans transition à une sorte de captivité : on est en Lombardie , pays admirable de richesse, de fraîcheur, qu’aucun obstacle n’empêche de parcourir en tout sens , taudis que les Alpes d’où l’on vient de s’échapper retombent à- pic sur le sol , sans que l’on puisse à quelque distance reconnaître- l’ouverture d’où l’on est sorti.
Pour visiter le lac de Garda et les sombres rives qui l’enserrent du côté du Tvrol , il convient de faite une excursion 3 Vérone, et dese diriger ensuite sur Deseuzano et Pc-chiera. Et comment ne se point arrêter devant les monumentsde la grandeur romaine.’ L’amphithéâtre antique de Vérone est encore un magnifique édifice, quoique l'enceinte extérieure soit considérablement endommagée : des arcades qui surmontaient lé pourtour, deux
seulement sont encore debout; mais à l’intérieur tout est conservé , tout est majestueux. Les souterrains circulaires, où se tenaient les gladiateurs, où l’on entretenait les animaux destinés au combat, sont intacts: les derés où se plaçaient les spectateurs seinlent disposés pour leur arrivée : avec un peu d'illusion on se croirait le premier venu ; on attendrait la foule empressée qui doit garnir l'immense étendue de l’édifice; mais souvent un théâtre en bois, une salle provisoire détruisent l’illusion ,*ct nous rappellent que la grandeur des temps passés a fait place à Polichinelle. D’ailleurs on a surchargé le sugsestum du magistrat romain d’une laide balustrade ; et les monarques des congrès se sont assis il v a peu d’années , à l’endroit où se plaçaient , il y a beaucoup de siècles, les chefs qui dirigeaient les destinées du peuple-roi. Ou, aime , à Vérone, les souvenirs mélancoliques de Roméo et Juliette; et même la tradition a dépassé la réalité; dans un faultomsg lointain, on vient visiter une pierre assez semblable à une auge, ue l’on décore du nom de cercueil e Juliette. Les tombeaux des familles de ces deux amants laissent au Voyageur des impressions plus profondes; ni la vue de l'arc de triomphe de Gallien, ni les créneaux de l’enceinte du moyen âge ne donnent une si agréable rêverie Si de la patrie de Catulle on se rend au lac de Garda, on admiré, après un trajet de quelques lieues , cette onde si limpide qui se repose en quelque sorte sur les prairies et les vergers de Desenzano jusqu'à Peschiera ; elle entoure et réfléchit dans sa douce transparence -la délicieuse presqu’île de Sirmione , dépositaire des tendres inspirations du poète romain et des ruines de sa maison. Des colonnes de marbre rappellent le séjour de Julien.
L'histoire est riche dans ces contrées; elle a possédé des empereurs de la maison de Souabe ; et des rois et héros français, Louis XII, Bayard, Gaston , sont venus à Peschiera. Bonaparte a combattu dans ses env irons , à Lonato , à Castiglione. Quand la nuit
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s’abaisse des cimes du Monte -Baldo sur les ondes du lac, quand l’oiseau aquatique rase leur surface de son aile rapide, il est doux de se placer sur les remparts de cette forteresse : seulement on regrette de voir la sentinelle autrichienne se promener au bord du Mincio, qui *s’ écoule du lac vers la patrie de Virgile.
Au nord , c’est un tout autre spectacle, le lac y est âpre et sévère; il divise les basés énormes des monts du Tyrol , se glisse dans leurs anfractuosités, baisne de ses ondes rembrunies les rochers du Monte-Baldo, reçoit le Ponal et la Sarca , et se rétrécit incessamment jusqu’au vieux castel de Penede , d'où la vue s’échappe à travers une double roche et plonge sur •es derniers récifs. Ici les souvenirs sont vagues et confus : c’est la sauvage Rhétie dont l’histoire n’a retenu qîte le nom. A Nago, une montagne blancne, escarpée, descend verticale surla rive; là sont le port de Torbole, la vallée de la Sarca; et plus loin, sur les bords de Cette rivière , le château et le village d’Areo, dont le climat est snlutaire, où les orangers, les citronniers croissent en pleine terre. La route de Riva est tout à coup interceptée par une roche qui descend dans le lac ; on ne •ait pas où l’on passera , et l’on est fort étonné d’apercevoir une percée dans cette roche , et une grille dont un douanier garde la clef ; sa maison est taillée dans la pierre , et n’a de maçonnerie que la façade. En général, rextérieur de ces petites bourgades italiennes est fort joli , mais l’intérieur n’y répond jamais : ce sont des rues étroites, des maisons noires et sales, et cependant on lit en grosses lettres les noms les plus harmonieux , la Contrada di Nereidi , la Florida, etc., etc.
Le lac est souvent agité de tempêtes qui naissent on ne sait pourquoi.
Le Toscano et le Sovero sont les vents qui produisent les plus grands dégâts ; les vagues se lèvent alors presque aussi grandes que celles de la mer : l’obscurité produite par les nuages permet à peine de distinguer les objets les plus voisins , excepté quand les éclairs sil-
lonnent la surface des eaux en furie :
c’est un horrible spectacle , et le danger est souvent bien grand. Cela n’empêche que le lac ne soit parcouru par un joli bateau à vapeur, et que de nombreuses barques ne le visitent en tout sens. L’effet apparent est plus terrible que la réalité , et les malheurs sont fort rares.
La Sarca apporte beaucoup moins d’eau dans le lac qu’il n’en rend par le Mincio; ce qui a fait soupçonner à Pline que celui-ci était le produit de sources souterraines; celles de la Sarca sortent du glacier qui domine le val di ?ion , au delà d’Arco. Les seigneurs d’Arco ou de l’arc ont fondé ce castel au douzième siècle; en 1413, l’empereur Sigismond érigea leurs terres en comté. La famille d'Arco est aujourd'hui en Bavière. Le Ponal est une rivière qui passe du lac Ledro dans celui de Garda ; il s’y précipite en cascade, dont la masse, grossie parles eaux pluviales, frappe l'onde avec une telle violence qu’il est imprudent d’approcher de trop près. C’est un tonnerre perpétuel; la course est si impétueuse qu’elle entraîne des rochers dont la chute produit de violentes secousses.
Souvent on gravit la hauteur pour mieux jouir du coup d’œil de ce phénomène et de la vue du lac si agité sous les pieds de l’observateur, si tranquille, si plqcide au delà du cercle d'action du Ponal.
Il est bien rare que le voyageur qui a traversé le Tyrol ne fasse' point une excursion du lac de Garda vers Venise, en traversant Vérone, Vicanoe , Padone, en suivant les bords enchantés de la Brenta , où sont tant de beaux édifices dus au génie de Palladio, et que l’on est d'autant plus empressé de contempler qu’on sort des rues étroites, sales et sombres de Padoue. Cette ville n’a 'guère d’autre mérite que d’avoir été la patrie de Tite-Live, dont on prétend posséder la dépouille mortelle dans l’immense salone de l’hôtel de ville , tombeau mensonger, relique sans réalité, offerte à la crédulité des ignorants. Mais c’est un. jour à jamais solennel, et qui doit marquer
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avait avec lui une garde de beaux hommes, tous de la vallée de Passeyer, et les chargeait de toutes les commissions les plus délicates : se déclarait-il une querelle, c’était un de ces chasseurs qui allait l’apaiser, car on les respectait, et nul n'aurait osé opposer de la résistance à leurs ordres. Ce sont ces mêmes chasseurs aussi qui coupaient impitoyablement les boucles de la chevelure des dqmes, et cela ne se faisait pas toujours avec beaucoup de ménagement. Un jour, Ilofer, ému des larmes d'un plaideur qui avait perdu son irocès, cassate jugement; mais ce fut lien autre chose quand accourut la partie adverse; de nouvelles larmes amenèrent une nouvelle décision ; la sentence du juge fut confirmée. Il portait h sa bretelle une image de la Vierge en guise d’amulette, et priait souvent avec une véritable ferveur.
La seconde insurrection lui fut en quelque sorte imposée ; il prit le commandement, reparut dans Inspruck et en fut bientôt repoussé. Pendant longtemps, il se tint à Sterzing, refusant de croire à la paix, espérant toujours l’arrivée des Autrichiens , et taxant de mensongères toutes les nouvelles qu’on lui apportait. Obligé de fuir, il s’était retiré dans les montagnes , en échelonnant des gardes pour le prévenir en cas de danger. On a accusé un prêtre appelé Donay d’avoir indiqué sa retraite; mais cette accusation , accueillie par plusieurs ouvrages, est injuste : personne en Tyrol ne l’admet , et l'on sait qu'un de ses ennemis, qui habitait aussi le val de Passeyer, s’est seul rendu coupable de cette indignité. Hofcr, arrête avec sa femme et un jeune enfant , fut conduit h Mantoue par des soldats italiens. Rejoint par sa Famille dans la solitude, il avaitrenvové ses quatre tilles à Saint-Martin, dans la vallée. Il se conduisit avec une rare fermeté : Priez, disait-il à son secrétaire et à sa femme, priez, souffrez avec patience , c'est le moyen que Dieu vous remette vos péchés. A Bol /.a no, on sépara Hofer de sa femme et de son üls; son secrétaire seul fut emmené avec lui et plongé dans un même ca-
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chot. Le captif conservait toute sa résignation, et surtout sa dévotion à la Vierge. Il inspirait beaucoup d’intérêt aux habitants de Mantoue, et l’on dit que la ville offrit cinq mille écus pour racheter sa vie. Dans un mémoire de son secrétaire, on lit que le commandant lui promit sa grâce s’il consentait à entrer au service de France, et que Hofer s’y refusa. Le conseil de guerre tint sa séance dans la prison même, et le secrétaire fut traîné dans un autre cachot. Le 20 février, au point du jour, des prêtres entrèrent dans ces réduits ; ils passèrent de celui de Hofer àceluide Dcenninger, apportant àceluici de l’argent et un billet par lequel le condamné annonçaitqu’il allait mourir.
A onze heures dtî matin , son malheureux ami entendit la détonation, et le jour suivant la grâce parvint au commandant... tardive clémence , dont l’arrivée plus prompte eût sauvé d’une tache sanglante un règne qui n’aurait pas dû punir l’héroïsme. Heureux celui au nom duquel s'accomplissait cet attentat, si, quelques années plus tard, il eût trouvé beaucoup de Hofer parmi les citoyens dont il avait fait ses sujets , s’il n’eût éteint dans la plus vaillante nation de l’univers jusqu’à la volonté de défendre une patrie qui n’appartenait plus qu’a lui seul. Hofer ne (verdit pas un seul instant sa fermeté : quelques heures avant sa mort, il écrivit à M. de Puhler, à Neumarkt, une lettre que l’on conserve encore au Ferdinandeum,à Inspruck; elle est absolument sans orthographe ; le héros recommande à cct ami sa femme et ses enfants: C’est à neuf heures, dit -il, qu’avec l’aide de tous les saints j'irai vers Dieu.
Pendant longtemps, et surtout après les événements de 18M, les Anglais voyageurs visitaient ardemment l’auberge de Ilofer, où vit encore sa veuve anoblie par l’Autriche. La maison a été décorée; il y a même à l’extérieur des bustes et des portraits de son héroïque maître. Une enseigne, au bout d’un long bras de fer, porte ces noms : André de Hofer et Anna de Hofer. née Ladumer. Ses filles sont élevees à
Vienne , et écrivent : A madame N annette de llofer, à Passeyer. On ne se fait point à l’idée d’une correspondance en français, entre ces victimes du despotisme français , et quoique , sans doute, notre langue ne fût employée que sur l’adresse, c'est un déplorable contresens. La veuve a dans sa vieillesse une rande dignité de caractère; elle se érobe volontiers aux importunités des curieux, quoiqu’elle dirige toujours son auberge, dont un gendre est le propriétaire. Tous ces détails sont empruntés à l’excellent voyage en Tyrol de M. Auguste Lewald.
En remontant le cours de l’Adige, deux issues s’offrent au voyageur qui ne craint pas d'affronter les escarpements de montagne : l'une conduit, à travers l’antique Vintschgau (Finisgoxve), vers le col de Bormio et dans Ki Yalteline; l’autre est le chemin du Vorarlberg. Quand on se dirige vers l’ Italie, il faut gravir la rocailleuse vallée de Stelfs , et s’avancer vers le Giogo di Sti I vio : c’est ainsi que l’on nomme dans le pays ce passage, plus généralement connu sous le nom de col de Bormio. La route est l’une des plus étonnantes que l’on connaisse; partout l’on est garanti du danger et du vertige par des enrochements de rocs immenses. Stelfs est, avec ses jardins et ses maisons collées perpendiculairement les unes au-dessus des autres à ces masses géologiques , comme uu bourg peint sur toile, comme une tapisserie suspendue» la roche. Les avalanches ravagent tous les ans ces tristes habitations; plus on s’avance et plus elles sont rares, et, peu à peu, s’évanouit la végétation; enfin il n’y a plus que des pierres, qu’un gazon grisâtre et stérile, un torrent qui ronde en s'échappant des glaciers, et es ponts bien solides qui en assurent le passage. C’est dans ces lieux qu’est le petit village du Trofoi, qui a bien son église, mais qui est obligé d'enterrer ses morts à Stelfs, le sol refusant de s’ouvrir pour eux. Il faut faire venir de cinq lieues toutes les provisions. La route se courbe et se recourbe cent fois, toujours soutenue par des murailles , et toujours de nouveaux es-
carpements appellent de nouveaux détours. Dans le fond sont des roches couvertes de neige; il faut les franchir aussi; mais tous les obstacles sont vaincus devant ce chef-d’œuvre de l’art. On voit à ses pieds, à une immense profondeur, la chapelle des Trois-Fontaines au-dessous de l’Orteles : on aperçoit jusque dans les airs les belles et vertes crevasses du glacier, qui se dessinent si audacieuses sur la blancheur des neiges. Les eantonnières ou maisons de refuge s’échelonnent jusqu'à l’autre versant du col : on y trouve les employés de la route et un asile avec quelques rafraîchissements. Des glacis ou remparts sont placés de distance en distance pour rompre les avalanches . et leur donner une direction. La pointe de l’Orteles est si blanche, si reluisante, si gracieuse dans sa majesté, qu'on la croirait poliedemain d'homme.
Cependant les galeries couvertes se succèdent; elles ont des meurtrières, comme dans les vieux châteaux; niais ici le principal but est de donner du jour à ces souterrains artificiels. Là, sont des toits robustes, des contreforts, des poutres assemblées par des barres de 1er, précautions nécessaires à la sécurité publique. Il y avait autrefois une poste dans ces lieux : en une nuit d’hiver le maître de la maison reposait sur son lit, au premier étage; deux valets veillaient au rez-de-chaussée. A son arrivée, le postillondc Rormiotrouva cette habitation couverte de décombres et de neige, et sur le maître s’était écroulé, avec les débris de la maison, un énorme rocher. Les valets avaient été préservés par les poutres de l’étage supérieur; car en s’abattant, elles les avaient couverts comme le ferait un toit en tuiles inclinées. On a transféré, depuis , cet établissement sur le plateau; la limite du Tyrol et de la Lombardie est marquée par une colonne en cône tronque. L’église solitaire de Santa-Maria et le village de Spondnlonga sont toujours au milieu des neiges : enfin reparaît la région des rochers; ce sont les mêmes gouffres, les mêmes ouvrages que de l'autre côté.
Spondalonga est entouré de belles
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cascades, et, de distance en distance, on aperçoit dans le roc des ouvertures comme 'des bouches de canon : ce sont les galeries qu'il faudra traverser, véritables tunnel , toujours plus belles, toujours plus étonnantes. La source de i’Adda est à la troisième; elle est d’un aspect fort pittoresque, et la verdure qui commence à renaître, l’aspect de la Valteline qui se développe de plus en plus aux regards du voyageur, l'indemnisent richement des fatigues qu’il a si longtemps éprouvées. On arrive aux sources des bains de Rormio, séjour peu agréable, misérables huttes, mais beaucoup plus fréquenté depuis l'achèvement de la route.
Il est une autre route non moins remarquable, celle qui conduit du haut Vinsehgau h l’Kngadine. Cette partie du Tyrol était , au temps de Drusus , habitée par les Venonètes ou Venostes , et les modernes ont fait de ce nom Vintzgau,puis Vinsehgau. Drusus y-fit passer une route qu’il fortifia de tours et de remparts : souvent on découvre des médailles et des vestiges d’antiquité. Les noms mêmes ont quelque chose d’étrange, et il est aisé d’apercevoir que de ceux de Mais, Glurns, Naturns, Nanders, il s’est échappé quelque voyelle : au moyen âge Glurns est appelé Gelurnum ou Glorium. Le haut Vinsehgau est boisé, autant que la route de Bormio est aride; l’Adige, simple ruisseau, naît dans les alpestres prairies de Resehen, et bientôt forme trois petits lacs sur une étroite plaine de bruyères comprise entre les montagnes. On appelle cette petite vallée Malserhaide. Les lacs se suivent de très-près sur la gauche du chemin, et sont régulièrement disposés entre Glurns et iNanders. Ici s’élève l'Orteles avec toute la série des glaciers. C’est chose impossible à décrire que le son des cloches du soir, quand un ciel chargé de nuages dérobe à la vue les sommités des glaciers, quand le tintement des sonnettes agitées par la course des chèvres annonce que le troupeau dispersé se réunit et se rapproche pour échapper à l'orage. Ici les habitations sont assez pressées les unes contre les
autres, les terres sont cultivées et les bois épais; le contraste avec les autres parties du Vinsehgau est complet.
Glurns est entouré de murailles; sur la montagne qui domine le bourg est le vieux château de Rotund,puis le village de Laatsch, enfin Mais, où l'on garde encore les pièces d’un procès intenté, en 1519, contre les souris.
Nous avons déjà cité les faits relatifs aux vuares excommuniés à Lausanne.
Celui-ci est à peu près semblable. Un particulier de Stelfs était le demandeur; il conclut, pour commencer , à ce que le juge nommât un défenseur aux souris, ce qui fut fait avec la plus grande solennité. Un bourgeois de Glurns fut chargé de ce soin, et il en fut rédigé acte formel devant témoins. La commune de Stelfs, au nom de laquelle s'intentait l’action, fut également pour\ue d’un avocat, et Ton fixa pour l'audience le jour de Saint- Simon Saint-Jude. Les souris furent hautement accusées de dégâts notables aux récoltes; il y eut enquête, plaidoirie, défense; enfin les souris furent condamnées à délaisser dans la quinzaine les champs des plaignants. On eut soin toutefois d’épargner les souris enceintes; on ménagea aussi l’enfance.
Mais est assez bien bâti. On fait volontjers des excursions, dont cette ville est le point de départ, soit vers les Grisons, soit vers les jolies vallées de Planait et de Matsch, terminées par un beau glacier, le Langtaufer. Il n’y a ue peu de distance de Matsch à Sulen, où sont de gigantesques niasses de glaces semblables à des cristaux.
Ces glaciers gagnent souvent du terrain dans les vallées étroites d’alentour, sur le flanc.de l’Orteles, au nordest; et il y a peu d’années qu’un déplacement subit, une commotion violente jeta la terreur dans l’âme des pauvres montagnards. Après le village de Haid la végétation s’affaiblit. Graun est situé au bord du troisième lac : on y jouit de la vue de la vallée de Langtaufer, galerie étroite entre de rocailleuses et arides montagnes. Plus loin que Resehen , quand on a passé les sources de l’A-
dige, tout devient sauvage; les pics se succèdent, se dépassent et se croisent dans les formes les plus heurtées et les plus bizarres; enfin l'on aperçoit Nanders et son château, siège du tribunal du pays. On est à plus de trois mille pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Les légumes ne sont pas encore à leur maturité au mois de juin. Nanders est fort joliment bâti, comme presque tous les bourgs de la vallée supérieure de PInn. Quand on a dépassé celui-ci, la route commence à descendre; elle est serree entre des rochers toujours plus hauts, toujours plus âpres; tel est le défilé de Finstermunz , que l’on vient de fortifier encore par des ouvrages d’art construits avec une inconcevable audace. Souvent les ingénieurs s'aventurent sur des pointes de rodiers d’où il leur est fort difficile de redescendre, et l’on en cite un pour lequel s’est en quelque sorte reproduite l’aventure de Maximilien à la Martinswande. Cet officier était arrivé si haut, qu’on ne l’entendait pas crier:
heureusement il fut aperçu par quelques voituriers qui allèrent le secourir. C’est un coup d’œil bien pittoresque que celui dont on jouit au détour d’un rocher, quand les habitations bizarres de Finstermunz se présentent aux regards : on voit deux maisons serrées contre PInn, et sur un rocher la demeure du préposé à la surveillance de la route. Sur la rivière est un pont couvert d’où s’élève une haute tour, défense de cette limite sauvage, entre le Tvrol et PKngadine. Les sentiers sont tous interdits : la prohibition est écrite sur le territoire autrichien ; elle a pour but d’empécher la contrebande, qui ne s’en fait pas moins avec beaucoup d’audace. Lorsque l’on continue à suivre les bords de PInn, on arrive à Martinsbruck , charmant village suisse dans une délicieuse situation. L’architecture n'est plus celle du Tvrol; déjà les petites fenêtres se succèdent de manière à occuper toute la façade; déjà les toits aplatis sc chargent de tuiles; il y a plus d’aisance, plus de politesse, plusde gaieté. A une lieue et demie plus loin regne la langue romande.
Au contraire, si l’on descend vers Lnnderk, l’Engadine devient de plus en plus gracieuse : les roches se retirent peu à peu. F.n passant le pont de PInn, on se trouve sur le champ de bataille de Flies, où les Tyroliens défendirent vaillamment leur patrie en 1703. La route de Landeck à l'ouest varie beaucoup les sites; toujours étroite, toujours collée à la montagne, elle s’élève et s’abaisse tour à tour.
Imst était célèbre au dernier siècle par le commerce que ses habitants faisaient de serins des Canaries qu’ils élevaient avec un soin extraordinaire : ils emportaient ensuite leurs élèves emplumés dans toute PKtirope; mais cette industrie a cessé; les grandes guerres qui se sont succédé à la fin du siècle ont mis fin h ces courses qui se faisaient par qticlqués-uns pour tous.
Lorsqu’un voyageur revenait, tous les propriétaires étaient convoqués à Pauberge, chacun recevait son compte, puis on allait à l’église; après le service divin, un repas terminait 1a liquidation.
La route se divise bientôt : l’un de ses embranchements s’attache au cours de PInn, et va rejoindre Insprurk; l’autre , non moins pittoresque, gagne la Havière par Nassereith et Kempten.
Non loin de Füssen est le couvent de Stams, que l’on aperçoit au fond d’une sombre vallée. On rap’porte un singulier effet d’avalanche : la maison du chasseur, à deux lieues au-dessus du couvent, servait d’habitation à unefamille; il n'y était resté que de jeunes enfants. Leur frère, qui a quelque expérience déjà, croit apercevoir des pronostics de danger; il observe, il passe la nuit à veiller; tout à coup il court réveiller ses sœurs; à peine est -il entré dans la maison qu’elle est écrasée. Il semblait que ces infortunés fussent perdus sans ressource ; mais au couvent on remarque que le torrent s’est • arrêté, phénomène qui annonce toujours une perturbation de la nature.
L’abbé envoie à la petite maison , elle a disparu sous les neiges , on n'en retrouve plus la trace. Pendant deux jours on la cherche , et toujours de
•lu * A.L
rYKOI.
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nouvelles avalanches dispersaient les travailleurs : nul n’osait s’aventurer au secours de ces infortunés, ensevelis déjà depuis quatre jours. Cependant la piété de l'abbé ne se rebute pas : on n’a pu sauver les vivants, on enterrera du moins les morts ; enfin , le cinquième jour, on retrouve le toit; on le découvre avec précaution; et d’abord on est frappé de la vue de deux jeunes filles dont les cadavres sanglants annoncent qu'elles ont péri au premier choc. Dès lors plus d’espoir : on travaille avec ardeur ; la hache sépare les poutres , lorsqu’au milieu du bruit les accents plaintifs d’une voix éteinte révèlent l’existence du jeune hchnme. Il craignait qu’on ne l’atteignit; on travaille avec d’autant
filus de soin ; enfin on le retire de ce ieu d’horreur. I-e malheureux ne savait ce qq’était devenue sa sœur aînée : néanmoins on la trouva dans sa chambre en un indicible état de faiblesse.
Un paysan eut l’audace de se glisser sous les décombres pour en retirer un autre enfant ; le saisit par les pieds , mais ne put plus reculer; il fallut encore travailler pour les dégager tous deux. Le jeune homme raconta qu’au moment de la chute, il avait voulu grimper sur le fourneau ; mais que sa jambe se trouva prise, en sorte qu’il demeura quatre-vingt-quatre heures suspendu dans cette position. Ses membres gelés furent atteints de gangrène, et il mourut peu de jours après sa délivrance. Les deux filles se rétablirent. Avant de mourir, l’infortuné raconta que le temps lui avait paru si court qu’il pensait avoir été délivré la nuit même où s’était passé l’événement; il se nourrissait en suçant de la neige à travers une crevasse.Quand on parvint jusqu’à lui, il crut voir le ciel entr’ouvert, et l’assemblée des saints. La jeunefilledisait avoir éprouvé une sorte d’engourdissement qui ne laissait point d'accès au désespoir :
seulement elle espérait que l’on rendrait les derniers devoirs à son corps.
Le couvent de Stams est fort beau ; l’église a quelques bons tableaux et renferme la tombe du fondateur Mein-
hard , duc de Carinthie , comte de Tyrol , qui bâtit cet asile en 1272.
Le Vorarlberg signifie pays situé devant l’Arlberg ; cette montagne est appelée en Tvrol Adlerberg , ou Montacne de l’aigle ; on la franchit aujourd’hui par une assez belle route : au quatorzième siècle, un homme pieux, orphelin trouvé autrefois dans la désert, y fonda un hospice: Je fus, dit-il dans l'acte de fondation , trouvé dans ces lieux par un bon vieillard qui avait neuf enfants; je fus le dixième.
Il nous ordonna de voyager pour gagner notre vie. J’allai garder des troupeaux pour deux florins par an. Cependant j’étais tous les jours témoin de malheurs causés par les avalanches; on trouvait sans cesse des cadavres déchirés par les oiseaux de proie, défigurés par la gelée. J'offris quinze florins que j’avais gagnés par plusieurs années de travail, à celui qui voudrait établir un asile au haut de l' Adlerberg : tous s’y refusèrent. J’invoquai donc saint Christophe, et je me dévouai.
Dès la première année je sauvai sept personnes , et Dieu m'a fait la grâce jusqu’idd'en conserver cinquante.
Léopold, duc d’Autriche, s'associa à cet indigent bienfaiteur de l'humanité, et le secourut. Le livre des statuts de la confrérie est un des monuments les plus curieux de cette époque : il est écrit sur parchemin; beaucoup de princes y ont accédé en y faisant peindre leurs sceaux. Le fondateur, qui se nommait humblement Yenfant trouvé, parcourut la Croatie, la Bohême, l’Allemagne, pour v recueillir des aumônes qu’il distribuait ensuite aux malheureux qu’il retirait des neiges, car il faisait, avec son valet, des rondes nocturnes pour sauver les imprudents voyageurs. Modeste mais sublime origine d’une fondation pieuse, par un homme qui ne possédait pas de quoi se nourrir lui-même.
Les jeunes gens de t'F.ngadine ont, comme ceux de la Suisse, l'habitude de faire <à leurs maîtresses des visites lointaines et nocturnes; mais, quand la malice s’en aperçoit, on ne négligé rien pour surprendre les amants. Une
agle
fois qu'on les a découverts, on élève sur une perche des habits de la couleur et de la forme de ceux que porte le galant, et l’on plante cette perche à côté de la demeure de la jeune fille qui est fort confuse de voir son scfcret divulgué.
Quand un étranger vient au village pour y courtiser une paysanne, on le laisse arriver paisiblement ; mais on le guette au départ, puis on l’accable de risées, et on entasse sur lui les branches de sapin qui sont devant chaque maison , comme provision de bois de chauffage ; apres sa mésaventure , il n'en est que plus aimé de sa maitres.se. Aux environs de Bregenz on est plus rude : l’amant qui n'est pas du village est plongé dans la fontaine la tête la première; puis on le chasse anrès lui avoir attaché au cou une eloenette de vache.
On traverse Biudenz, plusieurs villages et Bregenz, et l’on est au bord du lac de Constance, aux limites de la Suisse et du Vorarlberg. Il y a deux ans que la montagne de Samt-Gebhard menaça Bregenz de l’écraser sous ses débris : des bruits souterrains mugissaient pendant les nuits ou retentissaient comme les éclats d’une forte canonnade; et chaque matin, pendant plusieurs semaines , on voyait de nouveaux fragments éboulés. L’autorité a fait faire des investigations sur la cause et les suites probables de ce phénomène , et tout est rentré dans I ordre.
La vue dont on jouit sur le Gebhardberg est magnifique : on distingue les glaciers de l’Arfberg, le Sentis, les montagnes de Saint-Gall et tout le lac de Constance. On garde à Bregenz les tableaux faits par Angélica Kaufmann, lorsque, âgée de quatorze ans seulement , elle essayait son talent dans la maison paternelle.
Avec un peu d'ambition de langage on appelle ce lac la mer de Souabe; puis l’on compare I.indau à Venise, parce que cette ville est bâtie au milieu des eaux , et ne tient à la terre que par un |«>nt ; mais elle n’a ni les façades du Palladio ni les belles coupoles de
Sansovino, ni cet aspect majestueux d’une vaste cité s’élevant au milieu des lagunes. Telle qu’elle est, elle présente encore assez de beautés : tout l’espace qui la sépare de Bregenz est bordé de jardins et de jolies villas. Il y a dans ces contrées beaucoup de mouvement, beaucoup d’étrangers.
Nous avons parcouru les nombreuses vallées du Tyrol du nord au sud , du sud à l’est, puis nous nous sommes avancés vers l'Engadine, et nous avons retrouvé la Suisse après avoir touché d'une part l’Italie , de l’autre le Vorarlberg. Il est difficile de se faire de toutes ces contrées si étroites , si variées, une idée d’ensemble. Les montagnes ont ce caractère mystérieux qui échappe à la pensée générale; elles ne comportent que des souvenirs aussi vagues qu’ils sont imposants. Les cartes du Tyrol peuvent seules y suppléer ; il faut incessamment s’y reporter ; il faut rapprocher ses Impressions de l'habile tracé d'un berger, dont les observations et les mesures servent encore de base à toutes les études géographiques du Tyrol. A Oberporfés, village voisin d’inspruck, naquit, en 1723, Pierre Anich, fils d’un simple paysan ; il passa les vingt-huit premières années de sa vie à seconder son père dans ses travaux rustiques, maisil avait un goût décidé pour la science. Les jésuites d'Inspruek lui donnèrent des notions de mathématiques et de mécanique. Ce jeune homme entreprit un globe céleste et un globe terrestre , et fabriqua lui-même plusieurs instruments : recommandé a Marie-Thérèse pur ses maîtres, il fut chargé par elle de faire la carte du Tyrol septentrional. Toutefois l’entreprise offrait encore d’autres difficultés que celles de la science : les montagnards superstitieux y résistaient; la vie de Pierre Anich fut plus d'une fois en danger.
Ge travail ne parut que huit ans après sa mort, arrivée 1er* septembre 17GU :
il n’en fut point récompensé, et l’on n’accorda qu'un tombeau à celui que le génie n’avait pu préserver du besoin.