‹ L'UniversChapitre 37 sur 45 · DE TOUS LES PEUPLES · texte numérisé non relu

DE TOUS LES PEUPLES

DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, INDUSTRIE, COSTUMES, etc.

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PAR M. DE GOLBÉRY,

CORHESPOKDAHT DE i/lIVSTITÜT.

Ue pays , situé au sud de la Bavière , au nord de l’Italie, s’interpose entre les régions qui appartenaient à l'ancienne civilisation et l’antique Germanie. Les Alpes juliennes s’élèvent du sud jusqu'au Brenner, des portes de Vérone et des riantes contrées de Sirmione jusqu’aux sièges primitifs des Rhétiens, aïeux ou descendants des Étrusques , selon que la vérité appartient à l'un ou à l'autre des systèmes défendus avec une égale sagacité par des professeurs érudits. La Vindélicie était au septentrion , et s’étendait du Danube jusque sur la belle vallée de l’Inn. Dans le moyen âge,leTyrol réapparaît d’abord que comme un comté dont les possessionssegroupenÉhutourde Méran ; puis il devient principauté, change quelquefois de maîtres, et demeure désormais la propriété de l’Autriche, à laquelle le rattachent maintenant ses souvenirs, ses affections et d’héroïques sacrifices. C’est l’un des pays les plus remarquables de l'Allemagne, non-seulement

fiar les beautés de la nature , mais par e caractère original et naïf de ses habitants. La Suisse n’est pas plus belle, le courage des Tyroliens n’est pas moins inébranlable que eelui des défenseurs de la liberté; mais , au lieu d'em-

ployer leur énergie à s’affranchir, iis ont toujours fait consister leur principale vertu dans l’obéissance et la fidélité. En y comprenant le Vorarlberg, la principauté s’étend de l’Ulyrie jusqu’au lac de Constance, et contient cinq cent seize milles d’Allemagne carrés, ayant sept cent soixante - deux mille cinquante âmes de population , réparties en vingt-drux villes , trentesix bourgs et trois mille cent cinquante villages ou hameaux. Les montagnes occupent les cinq sixièmes de la superficie , et l’on pourrait appeler le Tyrol la Suisse de l’Allemagne, car il est, en effet, le prolongement des pays que nous venons de décrire : mêmes glaciers, mêmes gouffres, mêmes cascades : l’avalanche' menace des mêmes dangers , et cause des ravages et des malheurs pareils. Les roches sont de granit ou de calcaire primitif. Le Brenner, la plus célèbre des montagnes, n’en est pas la plus haute , car il n'a que six mille trois cent soixante pieds au-dessus du niveau de la mer. L’Orteles, aii contraire, est un des pics les lus élevés de l'Europe : on évalue sa auteur à quatorze mille huit cent quatorze pieds au-dessus du niveau de la mer; il s’eu faut donc de bien peu qu'il

n’atteigne la même élévation que le Mont-Blanc. On ne se souvient pas qu’il ait été visité plus d’une fois ; mais, en 1804, un chasseur de chamois, Georges Pischier, du village de Passever, y parvint après plusieurs essais infructueux ; toutefois il ne lui fut pas possible de s’y maintenir plus de quatre minutes; le sang lui sortait par tous les pores, ainsi qu’à ses compagnons. Les glaciers de l’OEtzthal sont presque de même hauteur; cette vallée, fort haute elle-même , offre peu de traces de végétation ; il y a des endroits où l'on n’est frappé que de la vue éblouissante de la neige; tel est le pic qui domine d’une part l’Inn, de l’autre l’Adige.

En général , ces glaciers forment une ligne transversale des sources de cette riviere jusqu’au Zillerthal. Du côté de Saltzbourg et des bains de Gastein , les Alpes s'enfoncent en lllvrie; et le grand Glokner, élevé de douze mille sept cent cinquante-quatre pieds , est comme une colonne majestueuse qui marque la limite du Tyrol , du Saltzbourg etdelaCarinthie’. Il y a quelques montagnes de moindre grandeur, qui s’abaissent en forme de collines, et sont entrecoupées de vallées fertiles et pittoresques. A l’ouest le Vorarlberg donne naissance au Lech. L’Adige, l’Eisach, l'Isar, la Sill , la Drave, la Sarca et la Brenta sont les courants qui naissent dans le Tyrol. L’Inn lui est envoyé par la Suisse; le Rhin baigne la frontière du Vorarlberg, enfin le lac de Garda enfonce dans ces montagnes sa pointe septentrionale. Gracieux et riant au midi , il prend dans le Tyrol les formes les plus sévères, tandis que le lac de Constance vient baigner Bregentz , sans perdre le caractère presque maritime

au’il a sur les bords de la Souabe et e la Suisse. L'air est très-froid dans les vallées , et les hivers sont très-longs, surtout dans Pusterthal. A Trente, à Rovérédo , et sur les bords du lac de Garda , les chaleurs de l’été sont souvent insupportables , au point que , pendant plusieurs mois , les habitants abandonnent leurs maisons pour aller se loger dans les crevasses de rochers. Le Sirocco ou Eœn produit les

mêmes effets que dans la vallée d’Uri ; il règne , surtout à la fin de l'automne; alors il fond les neiges, et les torrents grossis par les glaciers se jettent impétueux en dehors de leur lit. L’agriculture ne peut être florissante sur un sol presque tout entier composé de rochers;aussi ne doit-on admireren Tyrol que l'infatigable travail de l’habitant.

Ce n’est guère que dans le Winstgau , le Pusterthal et le pays de Sterzingen que réussissent les céréales et le mais : il s’en faut de beaucoup que l'on en recueille assez pour suffire à la consommation. Les districts italiens cultivent le tabac. On récolte dans les environs de l’Adige de grandes quantités d'un vin assez agréable, mais il a le défaut de ne se point conserver. Les pommes de la vallée de l’Inn et celles du pays de Méran sont fort vantées ; on exporte ces dernières jusqu'à Saint-Pétersbourg. Boltzano produit chaque année quarante-huit mille citrons , et le district de Riva trente mille. Le midi du Tyrol est fécond en fruits des pays chauds ; tels que la grenade , la figue, l’orange, etc., etc. La soie y réussit à merveille. Les montagnes recèlent de l’or, de l’argent, du cuivre, du plomb, du fer, de l’albâtre, etc., etc. L’industrie est assez active: il y a des fabriques de draps, de toile, de fleurs artificielles. Le désavantage des importations qui sont beaucoup plus nombreuses que les exportations, est compensé par le transit entre l’Italie et l’Allemagne, qui est très-actif, surtout à raison de la facilité du passage du Brenner, le moins élevé de tous les cols des Alpf% : on le franchit au moyen d’une route excellente, longue de quatre lieues , haute de quatre mille trois cent soixante et seize pieds.

Tous les ans , trente à quarante mille Tyroliens vont à l’étranger pour y vendre des images, des ouvrages en bois, des couvertures, etc., etc.; ils acquièrent ainsi des gains qu’ils envoient ou qu’ils rapportent annuellement dans leurs foyers. Il y » tant de loyauté chez ces bonnes gens , que souvent il arrive que plusieurs familles remettent leurs marchandises à un seul homme qui

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les emporte toutes ; puis à son retour, il fait avec un louable désintéressement le compte de chacun. La probité est la vertu la plus commune en Tyrol ; et le vol y est si rare que beaucoup de personnes n’ont pas même de serrure a la porte de leur maison. La majorité des Tyroliens est de race allemande;, les autres , au nombre d'environ cent soixante mille , sont Italiens. Les caractères de ces diverses populations varient beaucoup selon les nations auxquelles ils appartiennent. L’ancienne constitution, conûrméeen 1816, établit des assemblées provinciales.

Les états sont divisés en quatre classes, comme autrefois ; ce sont les prélats, les chevaliers , les bourgeois , les paysans. Quoique le Vorarlberg soit compris dans une même administration , il a ses états particuliers , sa diète et ses privilèges. Les revenus de l’État sont d’environ cinq à six millions. L’amour de la chasse est le caractère distinctif du Tyrolien , qui excelle dans l’art de viser juste , et s’exerce au tir dès sa plus tendre jeunesse. Le costume du chasseur est lort remarquable : un chapeau rond , surmonté d’une plume recourbée; une veste rouge sur laquelle descendent en se croisant des bretelles noires, peintes de diverses figures en argent, une culotte noire et un justaucorps de même couleur. Il en est qui passent pour être doués de qualités surnaturelles : celui-ci n’a jamais manqué un ours ; il les poursuit dans leurs tanières , les attend au passage , les combat corps à corps, et se rit de leur fureur; en vain ses armes seraient en défaut , il en triompherait toujours. Celui-la est préservé des atteintes de ses ennemis ; et les plus habiles tireurs ne l’atteindraient pas. La superstition est grande dans cette classe d’hommes. Les croyances aux génies , aux fantômes sont fort accréditées : que le vent agite le feuillage; que, sur les pôles lueurs de son reflet , la lune jette l’ombre vacillante d’un arbrisseau ; que dans le lointain l’oiseau de nuit fasse entendre un cri

filaintif, ce sont des esprits qui révèlent eur présence et qu’il faut conjurer.

Que des feux follets parcourent le marais , ce sont les âmes des filles qui n’ont point trouvé de maris: Chaque maison se pourvoit d’une image révérée, sauvegarde du domicile. Les vertus de famille sont pratiquées religieusement; rien n’égale le respect d’un fils tyrolien ; la veuve souvent porte pendant toute sa vie le deuil de l’époux qu’elle aimait. Les malheurs publics sont généralement sentis ; longtemps après la guerre de 1809, la nation tout entière a continué à se vêtir de noir. La lutte est fort en usage dans le Tyrol; et les lutteurs ont un costume particulier. L’adresse est autant que la force le but de leurs exercices ; ils se défont de ce qui pourrait entraver leurs mouvements, font entendre un cri de guerre, propre à le» faire reconnaître, et mettent autant de plumes à leur chapeau qu’ils ont remporté de victoires. Le Tyrolien est fort industrieux ; la mécanique n’a point de secrets qu’il ne puisse pénétrer; souvent le métayer ou le berger crée de petites machines hydrauliques pour battre le beurre; quelquefois aussi le berceau d'un enfant est mis en mouvement par une petite roue qui plonge dans le ruisseau voisin de la maison.

Le Tyrol est comme une grande forteresse "avec cinq portes : l’une vers Vérone, l’autre au Pusterthal.prèsde Draubourg, la troisième est au col de Stelfs, la quatrième estledefilédeFinstermunz, enfin la Scharnitz, autre défilé gardé par des ouvrages militaires, ouvre un accès vers la Bavière. Des roches grises et nues , sans aucune végétation , deux ou trois petites maisons, un pont-levis et des débris de murailles avec des bastions nouveaux , tel est l’aspect qui avertit le voyageur qu’il va franchir une frontière. Le double aigle d’Autriche, et les douaniers qui gardent l’entrée, font connaître suffisamment sous quelle domination l’on passe :

quant a la visite qu’ils devraient faire, ils en dispensent volontiers pour quelques pièces de monnaie. Ce défilé s’appelle i'orta Claudia ; l’imagination se prend aux Romains, mais elle se trompe , car le fort avait été bâti par

la' duchesse Claudia ; il fut ensuite renversé parjes Bavarois. Quand on a franchi ce défilé si facile à défendre, la verdure reparaît , les rochers se cachent derrière la forêt , mais on est toujours dans la solitude , jusqu’à ce qu’enfin Ton aperçoive le clocher de Seefeld et les ruines du château de Schlosberg.

C’est de la hauteur de Zirl un singulier aspect que celui des habitations collées aux rochers ou placées dans quelque enfoncement de ees masses granitiques. Ces églises, ces maisons ressemblent avec plus de vivacité et de fraîcheur aux plus belles décorations de théâtre ; on ne peut concevoir qu’il y ait là des demeures, ni que l’on y puisse arriver sans risquer sa vie a de continuels sauts périllerix.Cependantquand on est parvenu dans ces lieux escarpés , quand on voit ces vastes plans inclinés , qui semblaient si étroits, s’étendre en plateaux, on est frappé de la douceur de l’atmosphère , de la chaleur des rayons du soleil. Les rosiers y sont plus abondants, les champs plus fertiles; tout se meut et s'agite dmne vie bien plus animée; ce n’est que dans ces hauts lieux que le voyageur peut connaître le véritable aspect du Tyrol.

La Martinswand ( paroi de Saint- Martin) est la plus belle des roches du pays : elle tombr perpendiculaire sur la rive gauche de l’Inn , et serre la route contre la rivière. A peu près au milieu de l’escarpement, ri y a un calvaire au-devant d’une caverne : nul accès ne conduit à cette grotte qui porte encore le nom de Maximilien. Le roi des Romains s’était laissé emporter à l’ardeur de la chasse aux chamois; son audace avait été poussée jusqu’à la témérité par la présence de quelques dames qui le regardaient du pied de là montagne. Il saute de rocher en rocher, se suspend aux moindres aspérités, et, sans tenir compte de la profondeur du précipice , ni de l’absence de tout point d’appui , il s'avance toujours au grand effroi de sa suite qui n’ose s’aventurer dans ces redoutables lieux.

Cependant les crampons de fer qui assurent ses pas se brisent et l’abandon-

nent ; il n’y a plus pour Ini de moyen d’avancer , et il ne peut revenir sur ses pas: ri hésite longtemps, veut atteindre à la grotte, hésite encore, et s’élance enfin vers cet antre sauvage.

Là plus d’espoir de retour; la consternation est générale : le pasteur de /. irl est sorti de son église à la tète de ses fidèles : du fond de l’abîme ri étend vers le roi des Romains la sainte hostie; aucun secours ne semblait possible; si Maximilien revenait , une chute liorrible briserait ses membres sanglants; s’il restait, la faim le consumerait avant qu’on prit le chercher; il y demeura donc plusieurs jours. Les dociles sonnaient l’agonie; le peuple agenouillé récitait les prières des mourants. Ne pouvant redescendre sur la terre , le prince implorait le ciel connue pour en obtenir un meilleur séjour.

Tout à coup le hasard , ou plutôt la faveur du ciel amène un audacieux chasseur. Lips était son nom; il apparaît au détour d’une roche ; et , surpris d’apercevoir un homme là où les chamois eux-mémes hésitent à sc hasarder, il s’écrie: Ik>la, que Jais-tu làt Puis, en voyant la foule prosternée, les bannières flottantes, les prêtres en prières , il brave tous les périls; et, d’une main assurée, ramena Maximilien jusqu’au pied de la montagne. Pénétré de reconnaissance , ce prince embrasse son libérateur. Que tan nom rapjtelte désormais ton action; je te fais, dit- il, baron de J/o/ienfelsen ( de H aide- Roche); et l’exclamation que t’inspira ma vue restera dans ce titre comme un monument du secours que tu m’as donné. Sois désormais le baron Hollauer de Hohenfetsen.

lorsque de la descente de Zirl on porte ses regards sur le cours de l’Ion et sur les prairies qu’elle arrose , on est frappé du contraste imposant de ce beau paysage , avec les montagnes sévères qui l’entourent: au sud, les Alpes et le Schoenenberg , croupe avancé du Brenner. Cette chaîne descend par degrés, et comme d’étage en étage; elle offre plusieurs ouvertures; quelques torrents sortent des vallées ,

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et , vers les prairies qui en bordent la base, s'arrondissent en amphitheiltre d'une riche verdure et d'un beau climat; quelques anses solitaires, délicieux refuse d’abbayes , de vieux châteaux et de charmantes maisons de campagne ; au nord , au contraire , il semDie qu'il n’y ait point de transition entre la roche' et la prairie : tout est perpendiculaire , ce sont des murailles sans régularité comme sans végétation; et les cimes tantôt échancrées, tantôt élancées ou recourbées, dominent a pic et à une prodigieuse élévation cette plaine étroite dont Insruck occupe toute la largeur depuis la ase d'une chaîne à la base de I autre.

Pardelà lesdeuxquartiersque rejoint le pont, se présente dans le lointain la jolie tite ville de Hall , au pied du Saltzrg; et, dans l'intervalle qui la sépare d'Inspruck, une multitude de villages; à droite , Ambras , maguitique château, autrefois le séjour heureux de Ferdinand et de Philippine Welser ; du haut de la montagne brillent ses vitraux et la galerie octogone qui recouvre le faîte de l'édifice ; à l’opposite, Weyerbourg. le château favori de l'empereur Maximilien; la couleur rouge de son toit se montre au milieu des vertes cimes des arbres et du feuillage de la montagne. Plus près de la ville, l’abbave de Wilten , avec son église et ses édifices semblables à des palais. Inspruck est comme le centre de belles avenues qui en partent vers toutes les directions. Cette ville est vraiment le type du pays dont elle est la capitale : elle a essentiellement le caractère montagnard : à la naïveté qui est ici le fond de toutes choses, se mêle un mouvement semblable à celui des grandes cités : ses rues sont populeuses; et, dans le costume le plus recherché des dames , comme dans le simple vêtement des paysannes, et même à travers l'imitation des modes étrangères, domine toujours la physionomie nationale.

On veut que l'abbaye de Wilten ait été construite sur remplacement du Veldidena, colonie de vétérans romains. Depuis la chute de leur empire jusqu’au huitième siècle, cette mal-

heureuse contrée fut sans cesse ravagée par les barbares. On vit se succéder les Huns, lesGoths, les Lombards, les Francs , les Slaves. Il parait que le caxtrum ad Breunes dont parle Venantius Fortunatus était à Wilten; mais le christianisme fut souvent banni de ces contrées. Dans la suite , l’usage des empereurs d’aller se faire recevoir à Rome amena beaucoup de commerce dans ces vallées. Ce fut le grand passage de l'Allemagne à l'Italie : un pont sur l'Iun devenait nécessaire; - autour de ce pont se groupèrent quelques maisons. Le village fut bientôt le marché auquel tout le pays venait s’approvisionner. Au onzienie siècle, Inspruck ou Insbruck (pont sur l’Inn) était florissante par le transit; cette bourgade sortait de l’obscurité de ses origines, mais sans les éclairer d'une lumière précise. Un prêtre de l’abbaye de Wilten desservait la petite église du lieu toujours restreint à la rive gauche. Enfin BertoIdd'Andeclis, margrave d'Istrie et seigneur de cette contrée, obtint de l'abbé la permission de transférer les demeures sur ses terres au delà du pont. Il n‘y avait plus de place entre l’Inn et Ie3 hauteurs de Hœtting. Othon l, r, duc de Méran, entoura la ville naissante d'un fossé, d’une muraille et de tours. Il y bâtit une résidence pour lui : ce futen 1234 , à une époque où Frédéric II , de la maison de Souabe, constituait dans tout son empire un grand nombre de villes impériales. Le château d’Othon était néanmoins sur la rive gauche; on veut l’y reconnaître encore dans une maison qu’on appelle Ottoburg (château d’Othon ) ; et le chiffre 1232, inscrit sur cette maison , prouve au moins que telle était l’opinion commune à l'é|>oque où on l’a tracé. La branche d’Andechs s’était éteinte en Igpersonne d’Othon II, qui mourut sans postérité ni descendance. Albert de Tyrol , son beaupère, lui succéda sur les bords de l’Adige. Apres diverses transmissions, InsprucK appartint à Meinrad deGcrrz , qui avait épousé la mère du malheureux Conradin, infortuné prince oui vendit toutes ses possessious d’Alle-

magne afin de pouvoir reconquérir son royaume de Naples , et ne trouva au lieu de la victoire que l'échafaud. Ainsi c’est dans ces belles contrées qu’une mère au désespoir pleurait son royal fils ; ce fut pour obtenir du ciel le salut de son âme que , d'accord avec Meinrad , elle fonda le couvent de Stams.

Cependant la population d'Inspruck croissait toujours. Les murailles ne renfermaient qu’un espace désormais trop petit: les faubourgs s’allongèrent vers ÂVilten ; les nobles y établissaient des jardins et’ des maisons; et cinuante ans s’étaient à peine écoulés epuis la construction des murailles que déjà il y avait une ville neuve (Neustadt). Mais, en 1292, un violent incendie dévora presque toutes les maisons d’Inspruck , la plupart de bois. Pour ne plus manquer d’eau , Meinrad lit creuser un canal à la Sill ; il est aujourd’hui garni d'usines et de moulins. En 1315, en l’année même où Morgarten abaissait l'orgueil des ducs d'Autriche , et peu de mois auparavant, on célébrait dans la prairie de l’abbaye de Wilten le second mariage de Henri de Gœrz , souverain du Tyrol , veuf de la reine Anne , soeur île Winceslas, avec Adélaïde de Brunswick; et, douze ans après, il se renlaria encore, dans le même lieu , avec Béatrix , comtesse de Savoie. La célèbre princesse, si connue sous le nom de Maultasche, ou bouche en sac, à raison de la difformité de son visage, était fille de ce Henri et d’Adélaïde de Brunswick. I.'histoire romaine ne proclame rien de la lubricité de Messaline que la Maultasche n’ait surpassé, et sa mémoire est encore dans toutes les traditions populaires, aussi vulgaire, aussi prodiguée qu’elle l’était ellemême. Ses vices n’avaient point encore éclaté à ce point lorsque Jean de Luxembourg, la voyant seule héritière du Tyrol et de la Carinthie, la rechercha pour son fils Jean Henri; pour l’obtenir, il donna à l’empereur Henri quarante mille marcs d'argent 1 Néanmoins le fiancé n'avait que huit ans, la fiancée était déjà nubile. Louis de Bavière et Frédéric , en nobles et gé-

néreux compétiteurs dont l’ambition laissa subsister l'amitié, étaient venus à Inspruck trois ans auparavant : la bataille de Muhldorf avait déjà terminé leur ri valité. U ne suite nombrmse les accompagnait , et des ambassadeurs accoururent de toutes les villes d'Italie. Un nouvel incendie fut pour Henri l’occasion de nouveaux bienfaits; il institua dans la ville neuve l’hôpital du Saint-Esprit, et mourut en 1335.

Trois ans apres, une calamité sans exemple jeta l'épouvante sur tout le Tyrol : au milieu des steppes brillants de l’Asie les feux du soleil firent éclore des nuées entières de cigales : leur vol obscurcissait le jour; elles passèrent sur la Hongrie, et s'abattirent toutes sur les vallées d'Inspruck et de Bolzano.

I.es plus riantes prairies et les champs les plus fertiles furent tout à coup dépouillés de végétation. En 1340, la ville fut encore réduite en cendres, et soixante habitants périrent sous les décombres. Alors le mariage de Marguerite (c’était le véritable nom de la Maultasche) était accompli; on l’annula, et l’empereur Charles IV transféra ses droits à son second mari , Louis de Brandenbourg. Celui-ci régla les institutions du pays; il renforça les murailles, et donna plus de hauteur aux tours. A sa mort, la princesse conserva la souveraineté de Hall et d’Inspruck : le fils qu’il avait laissé mourut à l’âge de vingt ans. Marguerite s’entoura d’un conseil de neuf seigneurs; mais ils ne songèrent qu’à s’agrandir à ses dépens : alors elle conféra le gouvernement à son lieutenant Ulrich de Matsch, puis elle institua pour héritiers Rodolphe, Albert et Léopold d’Autriche, petit-fils de la sœur de son père. C’est a dater de ce moment et en vertu de cet acte qu’un lien indissoluble, un attachement invariable unirent à cette puissante maison les fidèles sujets tyroliens : plus d'une fois ils ont prouvé que rien ne leur coûtait pour défendre leurs souverains. Le testament rédigé à Bolzano est de 1 3G3 ; en la même année encore elle quitta le pavs, délia les états du serment de fidélité, et partit pour Vienne.

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Cependant les dues de Bavière, jaloux de cette disposition , avaient envoyé des troupes dans In vallée de l'Inn ; et , sans les bourgeois d’Inspruck et de Hall , c’en était fait de Rodolphe. Léopold III, après le partage de l'Autriche , eut le Tvrol : ce fut lui qui périt à Sempnch , laissant quatre fils mineurs. En 1390, le feu fit encore des ravages affreux; il endommagea même l’enceinte et les tours.

Léopold IV, l'un des fils dont nous venons de parler , fut surnommé le Superbe; il succéda à Albert l’aîné, et fit place à Frédéric IV à la bourse vide { mit der leeren Tasche). Ce fut le premier des Habsbourg d’Autriche qui établit a Inspruck sa demeure permanente. Il construisit son château sur la place même , et le recouvrit ensuite d’un toit d'or. Gendre de l’empereur Robert , il perdit sa femme apres deux ans de mariage; puis il se trama contre lui une conspiration à la tête de laquelle figurait son grand bailli Henri de Uottenbourg: suscités par lui, les ducs de Bavière firent plus d'une incursion dans la vallée de l’Inn ; il fut enfin obligé de s'exiler, et n'obtint qu'à ce prix la vie et la liberté.

Ce même Frédéric reçut l’empereur Sigismond , en 1413, au passage de ce prince pour se rendre en Italie; mais il fut mal récompensé de son hospitalité et se vit à la fois excommunié et privé de ses États pour avoir favorise l’évasion de Jean XXII (d’autres historiens l’appellent Jean XXIII.

Nous suivons l’autorité de Jean de Muller). Lorsque ce malheureux pontife s'enfuit du concile de Constance, Frédéric le suivit et le protégea.

Ernest bardé de fer , auquel la noblesse déféra le gouvernement du Tyrol, prit sa place. Ce fut à Inspruck que naquit l'empereur Frédéric, son premier fils ; mais le généreux Ernest ne tarda point à remettre son frère en possession de ses États ; il contribua beaucoup à faire lever le ban de l’Empire et I excommunication sous le poids desquels gémissait l’infortuné prince. Il sut dompter les grands et réprimer leurs exces à une diète tenue à Méran ; mais Fré-

27* livraison. (Tvnoi..)

déric eut la douleur de perdre tous ses enfants. Il eut de sa seconde femme, Anna , duchesse de Brunswick , un fils , Sigismond ,qui fut son héritier, Ja perdit aussi et languit encore cinq ans.

Frédéric V d’Autriche fut désigné .par les états pour être le tuteur du jeune Sigismond , selon l’usage de la maison d’Autrichede conférer toujours ce soin au plus âgé. Ce fut celui-là même qui se fit couronner empereurd’ Allemagne, sous le nom de Frédéric IV, en 1440.

Deux ans après, l'empereur chanta l’évangile à la messe de minuit, en ualité de diacre. Après l’expiration u délai fixé pour la tutelle , Frédéric ne voulant point rendre la liberté au jeune duc, le Tyrol s'arma, nomma un général, et dépêcha une ambassade à Nuremberg, où se tenait la diète, pour revendiquer de l’empereur les droits du légitime souverain. Cependant il n’y fut fait droit qu’en 144G.

Lorsque Sigismond revint , il fut reçu avec enthousiasme ; bientôt il épousa dans Inspruck la princesse écossaise Eléonore , et confirma les franchises et les privilèges de la cité par un acte solennel; il y ajouta l’avantage de tenir plusieurs foires et de nombreux marchés.

l.es intrigues du cardinal Cusa compromirent bientôt cette prospérité des Tyroliens. Fils d’un pauvre pêcheur de Cus , dans le paysde Trêves , au bord delà Moselle, ce prêtre ambitieux était parvenu à écarter du siège de Brixen le chancelier du prince , Léonard Wissmayr, qui cependant avait été légitimement élu. Par suite de scs querelles avec Sigismond , il fit mettre tout le Tyrol en interdit par Calixte III. , Énéas Sylvius, qui succéda à Calixte, ■ sous le nom de Pie II , avait été le précepteur du duc; il ne l’en excommunia pas moins , et défendit à tous de communiquer avec le Tyrol , soit sous prétexte de commerce , soit pour toute autre cause : il fallut beaucoup de temps et de négociations pour apaiser ces différends.

Christian , roi de Danemark , s'arrêta à Inspruck avec toute sa suite dans un voyage qu’il fit à Rome en

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1474. Il y eut trois jours de fûtes et de réjouissances. En la même année , Sigismond réunit les états : on y rendit beaucoup de lois utiles sur les finances, la police, le droit civil , etc. Frédéric IV ayant élevé l’Autriche au titre d'archiduché, Sigismond s’appela désormais archiduc. En 1484 , il épousa en secondes noces Catherine , fille du duc de Saxe. Malheureusement il écoutait facilement de trèsmauvais conseillers qui abusaient de l’extrême bonté de son coeur : il en résultait d’énormes abus et des plaintes tous les jours plus vives. Aussi le vit-on abdiquer en faveur de Maximilien , roi des Romains , qui lui assura un gros revenu dont il jouit encore quelques années. Il avait fait battre monnaie en grande quantité , par suite de la découverte des mines d’Erbstollen et de Falkenstein, près de Schwatz ; aussi fut-il surnomme le riche.

Maximilien alla prendre possession du gouvernement en 1490: après un veuvage de douze ans , il épousa la fille de Galéas Sforce , duc de Milan : c’était une belle princesse; la noce fut magnifiquement célébrée le 16 mars 1494 ,dans le rhilteau d’Inspruck qui venait d’être construit. Ce prince y paraissait très-souvent , et dans les moments où on s’y attendait le moins. Il y reçut une ambassade turque, et y donna asile à Louis Sforce, à sa femme et à ses enfants , quand Louis XII les eut chassés de leurs États. L'empereur organisa , en 1511 , la défense du pays:

àjcet effet , il convoqua les états ; et , dans cette assemblée, fut rédigée la célèbre charte connue sous le nom de Landlibell, où l’on a réglé le nombre d’hommes que doit fournir chaque district ou quartier. Il convoqua de nouveau les états en 15)8, pour pourvoir à des embarras de finances. L’année suivante , il partit malade de sa résidence , et mourut à Wels, en Autriche.

L’empereur avait institué pour héritiers ses petits-fils Charles et Ferdinand. Le premier fut élu empereur; le second épousa, dans l’égfise de Saint- Jacques h tnsprucb , la princesse Anna, et fut investi du gouvernement du Ty-

rol ; à cette occasion , il vint visiter cette partie de l’Autriche.

La guerre, dite des paysans, qui suivit et accompagna 1er premiers mouvements de la reformation, étendit ses ravages jusque sur le Tvrol. Les habitants de la vallée de l’Adige obéissaient à un séditieux appelé Gaismayer; il osa présenter au prince une série de griefs et une demande d’abolition de toutes les redevances qui n’étaient pas perçues pour le souverain ; il remit cette pièce à l’occasion d'une diète convoquée a Inspruck en 1525, et à laquelle Ferdinand avait eu soin de n'appeler ni les nobles ni les prêtres si odieux au peuple. Il fallut céder, du moins en partie , aux exigences des insurgés; mais ies avantages qu’on leur avait conférés pour vingt- cinq ans cessèrent dès l’année 1532.

En 1544, une incursion subite des troupes de la ligue de Smalcalde força les états à entretenir à Zirl un corps de douze mille hommes, et la famille régnante à se retirer : vainqueur à la bataifie de Muhlberg, Charles - Quint fit prisonnier l’électeur Jean Frédéric et Philippe de Hesse; il conduisit le second a Inspruck. Maurice de Saxe cependant s»' jeta à l’improviste dans la vallée de l'Inn, après s'être emparé du passage d'Ehrenberg : il fallut que, dans la nuit du 19 au 20 mai 1552, l’empereur, le roi des Romains et Jean Frédéric de Saxe lui-même prissent la fuite : l’empereur était malade , maij ne put s’arrêter qu'à Villach. Maurice entra dans Inspruck ; d'abord l’ordre fut observé; mais, quand l’électeur fut parti pour Passau , ses soldats se livrèrent à toutes sortes d’excès , pillèrent les églises et les couvents ; ouvrirent et profanèrent les tombes ducales de Stams. Après la convention de Passau, l’empereur revint à Inspruck. C’est dans le château de cette ville qu’il médita profondément sur les soins de la monarchie, sur l’inutilité de ses efforts, sur la vanité des choses humaines. C’est a Inspruck qu’il arrêta le projet de déposer la couronne des Césars, pour se réduire à l’etat de simple religieux. En 1558 , Ferdinand fut

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proclamé empereur. Cinq ans après, il vint à sot) château avec Maximilien, l’alué de ses fils , déjà élu roi des Romains, et couronné roi de Bohême; en même temps l’empereur présenta aux états son second hls , Ferdinand , comme devant être leur souverain.

Une peste épouvantable désola la ville en 1504: le gouvernement se retira à Ster/.ing; les princesses à Méran. En 1560, lusprtick fut totalement submergé , et l’on parcourait ses rues en nacelle. A cette epoque, la population, non compris les bourgs de Uoettingen et de Wilten, était de cinq mille cinquante âmes.

Un tremblement de terre de quarante secousses ébranla, en 1572, les murailleset tous les édilicesd'Inspruck:

hommes et animaux , tout s’enfuit dans les champs. C'était le 4 janvier; et, quoiqu'il fit un froid très-rigoureux , l'archiduc passa la nuit dans une grange : sauf quelques intervalles de repos, cette calamité dura cmiron uarante jours. Elle fut suivie d’une isette. I.a bienfaisance de Philippine VVelser se manifestait partout; Ferdinand avait choisi sa première épouse dans la classe bourgeoise; il avait écouté son cceur, et dédaigné les obligations de son rang ; et la fille d'un négociant d’Augsbourg partageait avec lui la puissance suprême. Le Tyrol est encore plein des souvenirs de cette heureuse union: on montre, on révère tous les lieux où séjourna Philippine. Il semblerait, à entendre les éloges qu’on lui prodigue , que ses bienfaits ont soulagé des infortunes récentes. A Ambras , est la chambre où la princesse se baignait ; à Inspruck , la chapelle d'argent où elle repose.

Ferdinand y est aussi ; mais il s'était remarié deux ans après avoir perdu Philippine. Ce fut a Inspruck qu’il épousa Anne Catherine, fille du duc de Milan , Guillaume. Ce mariage était probablement commandé par des raisous politiques, car il ne cessa de pleurer amerement sa première femme.

Maximilien, puis Léopold V furent les archiducs successeurs de Ferdinand. En 1622 . Eléonore de Mantoue

vint à Inspruck, où elle épousa l’empereur Ferdinand II. I.a cérémonie eut lieu à l’église du château. Quatre ans plus tard , Léopold, institué souverain héréditaire au Tyrol, y reçut Claude de Médicis , veuve du duc d'Urbin, qu'il épousa. On vante beaucoup la magnificence des fêtes dont ce mariage fut accompagné. Inspruck rit alors la première illumination. L’approche des Suédois jeta la terreur dans le pays ; on recourut à des emprunts forcés, à des levées extraordinaires.

L’archiduc courut à Ehrenberg pour aviser aux moyens de défense; mais l’ennemi ne vint point, et tout rentra dans l'ordre. Apres une minorité, Ferdinand-Charles gouverna et épousa la princrsse Anne de Toscane, nièce de sa mère nui, déjà malade, épuisée des fatigues lie la régence , mourut deux mois après la signature du traité d’OsnabrucK , voyant s’accomplir enfin les \ ceux qu’elle faisait depuis si longtemps pour le repos du monde. Ferdinand- Charles fit bâtir le théâtre : sous son gouvernement Inspruck fut visité par la reine Christine de Suède ; il alla au-devant d'elle à cheval, avec toute sa suite. Un nonce du pape avait précédé son arrivée : il était accouru de Rome pour recevoir son abjuration; et, le 3 novembre 1654, cette cérémonie s’accomplit solennellement dans l’église du château à Inspruck.

François Sigismond , frère de Ferdinand-Charles, lui succéda à défaut d'héritiers directs; on pense aujourd'hui que ce prince mourut empoisonné par son médecin Agricola , en haine de ce qu’il avait éloigné tous les Italiens de sa cour. I.opinion générale était que Sigismond s’etait rendu malade en buvant frais à la chasse dans un instant où il était fort échauffé.

L’archiviste Primisser a prouvé, il n’y a pas longtemps, qu’un poison lent devant operer a point nommé , avait été administré à ce prince. En lui s’éteignit la race des souverains autrichiens du Tyrol, auxquels cette prtl* vince était spécialement affectée.

L’empereur Léopold I*r régna Sué l’Autriche antérieure; il Vint à InS»

prurk en 1665 , et reçut le serment des Etats. Les inondations et les tremblements de. terre reparurent en Ki0>9 et en 1670. La terre semblait prête à s’ouvrir; le vent mugissait avec furie; les animaux hurlaient , les cloches agitées sonnaient d’elles-mêmes , comme si elles eussent annoncé la (indu monde. Pâles et tremblants , les habitants attendaient le moment suprême. Il n'y avait pas une maison qui ne Alt endommagée , et plusieurs étaient tombées en répandant leurs décombres sur le sol. La terreur fut telle qu’elle occasionna des maladies graves à quelques personnes ; d’autres périrent écrasées. La nature ne reprit son cours que lentement : les secousses se représentaient de temps à autre comme si la cause du mal subsistait toujours; elles se renouvelèrent pendant un an , mais sans produire d’autre effet que la consternation de ceux qui jugeaient l’avenir par le passé. Les princes , pour se garantir de pareils malheurs , tirent construire, en 1675, un palais de bois. Pendant les années suivantes, les états du Tyrol furent souvent convoqués pour voter des subsides à l’empereur , qui leur donna pour gouverneur son frère Charles de Lorraine.

En 1669, un cruel et désastreux tremblement de terre lit beaucoup de victimes et renversa beaucoup de maisons. Les édifices publics furent plus maltraités que les autres. La guerre de la succession d’Espagne fut une nouvelle calamité; Maximilien Emmanuel de Bavière prit de vive force Kufstein et Rattenberg, et fit son entrée à Inspruck le 26 juin 1703. Il voulait gravir le Brenner pour opérer sa jonction avec le due de Vendôme, mais son avant-garde fut massacrée, et lui-même avec son corps d’armée fut contraint de céder à la résistance des paysans. Il ne put même faire connaître son arrivée au général français ; tous ses émissaires étaient pris , et pas un Tyrolien ne voulut consentir a s’enrichir au prix de la trahison.

Averti en même temps du mauvais état de ses garnisons de Kufstein et de Scharnitz , il se replia du Brenner sur

Inspruck , et bientôt il quitta cette ville pour rentrer dans scs Etats.

En 1 7 1 1 , Inspruck reçut dans ses murs l’empereur Charles VI et le prince Eugène : ils y méditèrent leurs pians de campagne. Désormais le Tyrol n’eut plus qu’une simple administration de régence : aussi la capitale perdit beaucoup de son éclat. Marie -Thérèse y vint en 1736 avec le grand-duc son époux et Charles de Lorraine. Devenue impératrice, elle consacra aux provinces du Tyrol une sollicitude particulière. En 1763, elle y célébra le mariage de son fils Léopold, grandduc de Toscane, avec l'infante Marie- Louise d’Espagne. Deux ans après, on vit à Inspruck l’empereur François I,r et Joseph, roi des Romains, ’l.e 18 aodt, en revenant du spectacle, ce souverain tomba mort dans les bras de son fils : les fêtes furent remplacées par un deuil général. Cet événement fut suivi et précédé de beaucoup d'autres calamités. Joseph II, empereur, s'arrêta à Inspruck au retour du voyage qu’il avait fait en France sous le nom du comte de Falkenstein.l’ieYI, revenant de Vienne par Munich et Augsbonrg, fut accueilli dans Inspruck avec enthousiasme. Le gouvernement de Joseph II ne fut pas très-favorable à cette ville ; peu à peu il fit transformer tous les couvents en casernes , et il transféra à Clagenfurt le siège de la cour d’appel. La dernière assemblée des états eut lieu sous Léopold II, son successeur ; on y résolut le rétablissement de l'université, et le souverain rappela la cour de justice. Il réparait toutes les plaies de ce pays quand la mort l'enleva le 1er mars 1792. En 1 796 , a l’approche d’une division française de l’armée d'Italie, le trésor a’Ambras, les archives et les collections furent emportes à Linz. D’un autre côté, l’aile droite de l’armée de Moreau s’avancait ; elle était déjà à Bregenz et à Fussen. I.es Tyroliens

f>ri rent les armes , se défendirent vailantment , et , cette fois , leur pays fut préservé d'invasion. Mais, en 1797, Joubert pénétra jusqu’au Brenner : le traité de Campo-Formio mit fin à ces

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inquiétudes. Deux ans après, les généraux Dessolles et 1, oison entrèrent dans le pays ; le tocsin sonna dans ces vallées , et tout prit les armes ; mais les Français étaient victorieux sur tous les points. Le traité de Lunéville amena la seule délivrance possible. La paix ne fut pas de durée ; à la fin de l’année 1805, le maréchal Ney célébrait un Te Deum en l’honneur de la soumission générale du Tyrol. Le traité de l’resbourg en disposa en faveur du roi de Bavière, Maximilien l"; ce fut un bouleversement total des usages et du gouvernement. Le Tyrolien , sans doute, ne pouvait être insensible aux vertus d'un si digne monarque; mais il était blessé dans son attachement héréditaire à la maison impériale , froissé dans ses habitudes. L’orgueil militaire s’accommodait mal de cette soumission à une puissance toujours détestée. Aussi , quand les Autrichiens reparurent à Brixen en 1800, le peuple se souleva , accourant en foule a Inspruck , dont le gouverneur se défendit en héros ; ce brave périt en voulant se fairejour pour opérer sa retraite; mais ces joies ne furent pas de durée. Leduc de Dantzig et le général de Wrèdc emportèrent d’assaut la position de Steub ; ils entrèrent dans Inspruck , ce qui ne mit point fin à la guerre, car les Bavarois eurent encore bien des combats à soutenir. 11 fallut quitter et reprendre la capitale ; on l’entoura de trois camps ; on se fit rendre toutes les armes du pays. Le duc de Dantzig étant allé à Stërzingeu où il fut battu, le soulèvement fut universel. Les Bavarois, assaillis de tous côtés , furent obligés à la retraite. L’aubergiste de Sand, André Hofer de Passcyer, était l’Ame de tous ces combats. Les chefs de l’insurrection avaient tous rendu hommage à son héroïsme; tous s’étaient ranges sous ses ordres.

Il fit à Inspruck son entrée solennelle. Mais l’armée bavaroise revint en force, et pénétra par tous les points dans le Tyrol. Les Tyroliens prirent ensuite une forte position sur l’Isel.Elle fut emportée d’assaut; le courage ne pouvait rien contre la supériorité de la tac-

tique et la prépondérance de l’artillerie. Il fallut reconnaître la souverainetéde la Bavière; Inspruck perditalors son université. Enfin, en 1814 seulement , ce pays retourna à ses anciens maîtres; et souvent l’empereur François II vint convertir en véritable enthousiasme la joie sincère de ses fidèles sujets. On ne peut s'empêcher de reconnaître que , sous ce régime si paternel, le Tyrol a beaucoup gagné; et la prospérité publique se manifeste en toute chose. Si la police autrichienne est sévère, incommode, ce n’est que pour l’étranger : l’habitant profite du repos assuré par sa vigilance ; et , comme il est d'un caractère paisible et peu soucieux d’agitations, il ne s’inquiète pas beaucoup des entraves apportées a l’introduction des journaux. Les conversations de table d'hôte sont fort réservées : il ne serait pas prudent d’y discuter les questions qui agitent l’Europe, ni de prôner le régime constitutionnel ; on pourrait avoir à terminer sa démonstration à la police, et recevoir l’intimation d’aller prêcher la propagande un peu plus loin. Mais ces désagréments , on ne les éprouve que par sa propre imprudence.

11 n’y a pas bien longtemps encore, les rues étaient malpropres, les auberges détestables, et le voyageur, une fois qu’il avait visité l’église des F’raneiscains, n’avait rien de mieux à faire que de s’éloigner promptement. Les maisons avaient en bas, des arcades surbaissées et des boutiques sombres, en haut, des gouttières qui versaient leurs eaux jusqu'au centre de rues étroites; des quais sans pavé, et, pour ornements, des amas de fumier et des cloaques; la ville neuve offrait seule quelques rues spacieuses et des maisons de bonne apparence. Aujourd'hui , Inspruck est presque belle; déjà elle est propre, grâce à un pavé neuf et aux égouts qui emmènent les immondices ; elle a aussi de bons trottoirs. Les rives de l’Inn sont plantées de promenades publiques, et quelques édifices en construction promettent un aspect tout nouveau à ses

principaux quartiers. Déjà le voyageur s'y coin niait, et choisit cette cité pour centre ae ses excursions vers les différentes parties du Tyrol septentrional.

La principale auberge, celle de l’Aigle d’or, présente à l’extérieur des peintures originales et antiques; ses appartements "et les corridors même sont tapissés de discours prononcés, à la fenêtre de cette maison, par le célèbre André Hofer : on y voit aussi des collections de papillons et de minéraux; partout on retrouve la mesure d’un géant du val di Ledro, qui fut autretois domestique de l’auberge.

La carte que l’aubergiste distribue en forme d’adresse, présente la topographie du Tyrol, avec un quatrain qui signifie qu’en ce inonde chacun a ses prôneurs et ses détracteurs, et qu’à cet egard l’hôte de l’Aigle a le sort commun de tous les mortels. En général, on fait fort mauvaise chère dans le pays; les aliments sont substantiels , mais grossiers et mal accommodés : il est juste d’ajouter que les prix sont fort bas, et qu’il est assez difficile de dépenser six francs-dans sa journée quand on se borne à ses repas.

Inspruck ne compte pas plus de dix mille âmes, mais l’on ne vit jamais tant de monuments dans une ville de si peu d’étendue. Les églises sont tellement nombreuses, qu’il serait fatigant de les nommer toutes. La curiosité des étrangers se porte principalement sur celle dite de la Cour (Hoflurch)ou des Franciscains. Le tombeau de Maximilien décore le centre de la nef: sur deux rangées parallèles s’alignent, jusqu’au choeur, de nombreuses statues d’airain : images de souverains de tous les temps, de tous les lieux ; imposants par leur taille sévère, par la sombre couleur du métal , ils font , sur quiconque se présente au milieu de leur majestueuse assemblée, une indicible impression, surtout quand les derniers rayons du jour, affaiblis encore par les vitraux, éclairent la blauche et suppliante image de marbre de Maximilieu , et quand cette lueur lugubre jette du vague sur les fantômes d’airain dont la gigantesque stature se

confond dans les ténèbres, et devient plus incertaine à mesure que la nuit devient plus noire. Les visières sont mobiles; les rois et les reines ne sont point exaltés sur un piédestal : vous en ôtes entouré, et, pour ainsi dire, pressé, et cependant le silence et l’immobilité ont un caractère sinistre, mystérieux, que la fraîcheur de ccs voûtes sévères convertit en un véritable frisson. Il n’y a pas d’exemple’ je Crois, d’une pareille assemblée de rois : ce serait le sujet des très-beaux dialogues des morts. Nous allons décrire le monument où Maximilien voulait reposer, où cependant ses restes mortels ne sont pas encore. Si puissant quand il régnait, sa suppliante statue n’obtient pas môme rentrée de son tombeau; il reste à 'VVienerisch-N'eustadt.

Le style de l’architecture n’est pas remarquable : l’église fut bâtie au seizième siècle par ordre de Ferdinand l*r ; te portail est en colonnes de marbre; dix autres colonnes de marbre rouge séparent la nef des bas côtés. Mais l’art du fondeur et celui du statuaire ont rivalisé d’efforts pour l’illustration de ce lieu de dévotion.

Le tombeau de Maximilien repose sur trois degrés en marbre; il est haut de six pieds deux pouces, long de treize et large de sept pieds trois "pouces.Une bellegarniturede métal se compose d’armes et de trophées rangés autour des marches supérieures; au haut du monument, qui est aussi de marbre, l’empereur Maximilen est agenouillé sur un coussin. Cette statue fut d’abord modelée en bronze par I.ouis del Ducn, Sicilien, en 1582. Aux angles sont des génies qui représentent les quatre vertus principales : la Justice, la Prudence, la Force et la Tempérance : ccs chefs-d’œuvre sont de Lendenstrcich.

Les côtés ou faces des monuments sont divisés en divers carrés ou champs par seize piliers de marbre noir, et, sur une double rangée, ils offrent aux regards vingt-quatre tableaux , chacun de deux pieds de large sur un et demi d’élévation ; ce sont des bas-reliefs qui rappellent les plus mémorables actions de Maximilien. Au-dessus de chacun est

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une inscription tracée sur un cartouche, en forme de bouclier ; les cartouches sont de marbre noir et supportés par deux génies. Le tout est entouré d’une grille de fer, ouvrage étonnant d’un simple serrurier bohémien, lequel y a figuré toutes les armes des divers pays soumis à l'Autriche.

Les scènes tracées sur les bas-reliefs nous donnent Maximilien à tous les âges de sa vie, et la progression est toujours observée. D’abord il épouse, à dix-huit ans, Marie de Bourgogne, puis on le voit, à la bataille de Guinegate, chargeant à la tête de l’infanterie bourguignonne, et, dans le lointain, ses troupes vont occuper Cambrai. Son entrée dans Arras est remarquable par le fini et la beauté d’une figure de vivandière placée sur le premier plan.

Le couronnement de l’empereur à Aixla-Chapelle vient ensuite. Le cinquième tableau est la bataille de Caliano : on voit dans le lointain la ville de Rovérédo, et, sur le premier plan, la torrentueuse Adige serre le chemin et le rétrécit; les Vénitiens se précipitent sur un pont de bateau et tombent dans ses eaux. L’entrée de Maximilien à Vienne avec sa noble suite, la prise de Stuhlweissembourg en 1490, le retour de la princesse Marguerite, après que Charles VIII lui eut manqué de foi, l’expulsion des Turcs de la Croatie, la ligue conclue en 1495, contre la France, avec Alexandre VI, la république de Venise et le duc de Milan , l’investiture de Louis Sforce , enfin le mariage de Philippe le Beau, fils de Maximilien, avec Jeanne, héritière d’Aragon et de Castille. tels sont les sujets qui occupent les douze premiers tableaux.

I.c treizième nous montre les Bohémiens battus à Ratisbonne; Maximilien, dont Je cheval s’abat, est sauvé par le duc F.ric de Brunswick. Une autre action de la guerre de succession de Bavière, et pareillement de l’an 1504, est le siège ou beau château de Kufstein; on y voit un trait retenu par l’histoire : le commandant Pinznauer balaye de sa main les remparts, en dérision de l’artillerie ennemie. De ce côté de l'Iun, Maximilien met lui-méme le

feu aux pièces énormes qu’il a fait venir d’Inspruck. Le quinzième bas-relief est la soumission du duc Charles de Gueldres,qui, la tète nue, se jette aux pieds de l’einpereurà cheval. Laseenese passe dans un pays boisé, et, dans le lointain , on voit Arnheim en grande partie détruite. Une ligue formidable se conclut dans le cadre suivant : le roi d’Espagne, le pape, le roi de France et Maximilien, traitent à Cambrai de la perte de Venise. Les hautes parties contractantes se donnent allégoriquement la main ; dans le fond , on ajierçoit une ville que des troupes vénitiennes abandonnent en fuyant. L’occupation rapide des États de Venise, et Maximilien recevant les clefs des cités auprès de Padoue, viennent ensuite comme conséquence de la ligue; enfin , dans le dix-huitième tableau, Sforce est réintégré dans Milan; les Français partent d'un côté, les Suisses et Maximilien arrivent de l’autre. La seconde bataille deGiiinegate, du 17 août 1513, est représentée dans le vingtième; l’empereur commande en personne la cavalerie, Henri VIII est à la tête de l’infanterie d’Angleterre. Après cette action , on voit les deux armées impériales et anglaises opérer leur jonction devant Terouenne déjà ébréchée. Dans le lointain, Tournai est la proie des flammes.

Le vingt et unième sujet nous reporte à Vicence : les Impériaux et les Espagnols forcent un défilé gardé par les Vénitiens, dont l’armée prend la fuite. I.e vingt-deuxième est une sortie vigoureuse de la garnison allemande de Murano, sur le rivage de la mer.

Le vingt-troisième représente les négociations pour le mariage de Ferdinand, netit-lils de Maximilien, avec la fille de vVladislas. Ce roi et l’empereur lui-même y figurent; mais la tête de Maximilien a été brisée par un vandalisme inexcusable, dans les agitations qui désolèrent Inspruck. Le dernier tableau est consacré à la belle défense de Vérone, par les Impériaux, contre les Vénitiens et les Français.

Ces quatre derniers ont été exécutés les premiers par les frères Abel de Co-

logne, en 1563. On ne saurait croire jusqu’à quel point on est frappé de la transition, et cependant il y a du mérite dans ces compositions , qui , si elles étaient vues avant les autres, pourraient plaire davantage. Malheureusement on suit l'ordre des faits, et l'on a déjà contemplé les ouvrages d'Alexandre Colin quand on arrive à ceux de ses deux prédécesseurs. Cet artiste, né à Matines, en l’année même où se commençait le chef-d’œuvre qu’il était destiné a terminer, fut appelé à 1nspruck par l’empereur Ferdinand et s’y établit. Il mourut à l’âge de quatrevingt-six ans; son portrait et celui de sa femme, sculptés par lui-même, sont attachés à la grille : on ne saurait louer assez dignement les chefs-d’œuvre de Colin. Il n’a pas mis moins d'art à conserver le type des physionomies nationales, qu'à préserver de confusion ces groupes innombrables : on distingue très-bien les Allemands des Français et des Italiens; les Turcs seraient reconnaissables sans le secours des costumes, qui sont néanmoins d'une grande précision. Les sièges et les batailles se multiplient sans monotonie, les armées se pressent sans désordre, et, sur le premier plan, tout est plein de vie etti'énergie; il suffit d’un nom pour que l’histoire parle en quelque sorte d'elle-même.

Les statues colossales qui entourent le tombeau sont au nombre de vingthuit posées sur deux Ries, sans ordre chronologique : la plupart appartiennent à la maison d’Autriche, et en particulierà la famille de Maximilien. Files ont été fondues par Georges Lœller de Feldkirck et par ses Ris. Il avait été arquebusier de Charles-Quint , et mourut à Inspruck dans un âge fort avancé.

Clovis ouvre cette série de héros; le second est Philippe le Ilcau, (ils de Maximilien, et roi d'Espagne. Rodolphe de Habsbourg, Albert le Sage, duc d’Autriche, etThéodoric, roi desOstrogoths, vainqueur d’Odoacre, Ernest, surnommé l’Homme de fer, duc d’Autriche, grand-père de Maximilien, Théodebert, duc de llourgogne, Arthur, fondateur de la Table ronde,

Sigismond , archiduc d’Autriche , Blanche-Marie Sforce, duchesse de Milan, seconde femme de Maximilien, l’archiduchesse Marguerite, fille de cet empereur, Cymburgisde Massovie, femme d’Ernest d'Autriche, et enfin Charles le Téméraire, composent la première moitié de cette imposante assemblée.

Son père, Philippe le Bon, Jeanne d’Aragon, inconsolable veuve du fils de Maximilien Philippe le Beau, Ferdinand le Catholique, Cunégonde, fille unique de Frédéric IV, mariée à Albert de Bavière, Eléonore de Portugal, épouse de Frédéric IV, Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, Élisabeth de Bohême, femme d'Albert II, puis, tout à coup, un souvenir des croisades personnifié dans Godefroi de Bouillon; un autre pour l’histoire suisse, Albert I" d'Autriche, assassiné par Jean , son neveu ; après cela , le malheureux Frédéric à la bourse vide, mis au ban de l'empire et excommunié pour avoir fait évader le pape au concile de Constance, Léopold le Pieux, duc d’Autriche, Rodolphe le Grand, père de Rodolphe de Habsbourg, Léopold le Saint, devenu le patron de l’Autriche , dont il était margrave, l'empereur Frédéric IV, et enfin Albert II l'empereur, mort au village de Nesinel.

Un grand nombre de ces bronzes date de 1513, époque à laquelle n’était point construite l’église dans laquelle on les voit, car elle ne fut commencée qu’en 1553. Ferdinand les a fait compléter. Ce n’est pas tout encore : on admire au-dessus de la frise du chœur une multitude de saints dont les petites statues font face à la nef, et semblent protéger la tombe de Maximilien. Il n’est pas une de ces puissances célestes qui n'ait aussi régné sur la terre : on y retrouve Clovis et saint Richard d’Angleterre; il y a cependant quelques prélats et quelques prêtres. Lorsqu'on a fait le tour de ce tombeau et que déjà l’on est revenu près d’Albert II , on se trouve posé sur une pierre sépulcrale, où le nom vénéré de Hofer, héros villageois, marque la place accordée à ses restes ; sa statue en marbre blanc

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est placée tout près de là, dans une niche, et cette fois l'humble paysan, tombé pour la patrie, est devenu dans la mort l’égal des rois dont il' a défendu la cause. Ce monument fut inauguré le 5 mai 1834; il est très-beau, et cependant le voisinage de tant de chefs-d'œuvre ne lui est pas favorable.

L’impression de l’étranger était plus profonde lorsque, apres avoir passé en revue ce régiment d'illustres héros couronnés, on lui disait : « Vous êtes sur la sépulture de Hofer. »

Alors il s’inclinait vers l'inscription à demi-effacée , il en déchiffrait avec soin les caractères, et ce néant d’une luire récente (variait à son imagination ien plus haut que ne le fait le monument lui-méinc ; André llofer était grand, même de l'absence de son effigie. Un artiste, dont la conception avait été rejetée par l’empereur, eut la faiblesse d'en mourir de chagrin. Le bon François néanmoins avait eu raison de ne point vouloir de ce genie de la Renommée couronnant pompeusement le héros; il valait mieux cent fois le montrer à la postérité dans son vêtement de paysan. On reproche à la statue référée le défaut absolu de ressemlance ; il y a , du reste, quelque mérite dans l’exécution ; l'ouvrage est du professeur Sehaller.

En face de la statue de Hofer, à droite du portail, est l’escalier qui conduit à la chapelle d'argent, ainsi nommée à cause d'une statue de la Vierge et de quelques ornements du nialtre-autel ; on y arrive au moyen de vingt-cinq degrés de marbre blanc.

L’archiduc Ferdinand fit construire cette chapelle, en 1558, pour y disposer un lieu de sépulture pour luimême et pour Philippine Welser. Un marbre noir, appliqué à la paroi de la chapelle , se recourbe en forme de voûte et reçoit l’image de ce prince, sculptée en marbre blanc. Il est couché et revêtu de ses insignes d’archiduc, les mains levées au ciel. Le piédestal est fort bas et chargé d’écussons. Une inscription latine au-dessus du monument rappelle toutes les actions de Ferdinand. Un calvaire est au sommet

de la voûte; la Vierge, saint Jean, saint Léopold, etc., sont près duChrist. L’archiduc est encore représenté à genoux et priant devant son propre tombeau.

Philippine AVelscr est du même côté; c’est aussi un beau marbre blanc placé dans une niche de marbre noir. Les génies de la mort renversent leurs torches. L’archiduchesse est couchée, vêtue des habits qu’on lui avait mis à son lit de parade. Quelques inscriptions d’un style simple rappellent ses bienfaits. Les deux sépultures sont dues encore au ciseau de Colin. Près de là est un bel orgue de bois dont le pape Jules II avait fait cadeau à l'archiduc.

Un nouveau musée appelé le Ferdinandeum réunit de précieuses collectionsd’histoirenaturelleet surtout d’oryctognosie.llyadebellcs pétrifications de mammifères et de coquillages; ki flore du Tyrol et les papillons attirent l’attention'des connaisseurs. On garde, comme, singularité, un pigeon empaillé à quatre ailes. Ce musée possède des objets curieux sous le rapport industriel; par exemple, le fusil fabriqué par un paysan du Pusterthal; il y a incrusté des ouvrages d’ivoire qui révèlent . ainsi que les ciselures, un goût parfait joint à une grande habileté. On rapporte que des Anglais qui avaient trouvé ce paysan à l’ouvrage lui en offrirent des" sommes considérables; mais le patriotisme de ce bon villageois n’en était point satisfait; il fallait que ce chef-d’œuvre appartînt à son pays. Quand il l'apporta au musée, on lui demanda quel prix il y mettait; il déclara y avoir employé un an , et se contenta d’un florin par jour. Chaque contrée y a livré avec empressement ses produits : près des ouvrages en bois de Grœden, on admire les soieries de Rovérédo. Les artistes tyroliens qui sont à l’étranger s'empressent d’envoyer leurs tableaux : c’est là seulement ou’on peut voir un portrait de Hofer bien ressemblant.

L’arc de triomphe qui décore l’entrée méridionale de la ville est consacré à la gloire de Marie-Thérèse et de Joseoh II; il est orné de belles colonnes

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d’ordre ionique et construit en marbre rouge, dans lequel sont incrustés de beaux médaillons en marbre blanc. Du côté de la ville sont les efligies de Marie- Thérèse et de Joseph II; et à l'opposite les portraits de l’infortunée Marie-Antoinette et de Marie-Christine. Ce monument fut élevé par l’inenieur Walter, en 1-765. Quant aux as-reliefs, ils sont dus à un artiste qui jouit de quelque célébrité : ce fut Hagenauer qui les posa en 1774. Depuis, on a changé la destination de la façade intérieure : tout y rappelle la mort de l’empereur François I". Audessus de l’attique , une femme abaisse sur la tête de cet empereur une couronne étoilée; Saturne est assis à côté de lui : ce dieu laisse tristement tomber sa faux, comme si lui-même obéissaità regret à l'inflexible destin. A peine le voyageur a-t-il admiré ce monument, à peine a-t-il fait quelques centaines de pas dans la ville, que ses regards sont frappés de la vue d’un autre objet mémorable: la colonne de Sainte- Anne qui s'élève entre deux fontaines, et qui est destinée à perpétuer le souvenir de l'évacuation d'inspruck par les Bavarois, pendant la guerre de la succession d’Espagne. Pour se délivrer de ces I lûtes incommodes, les états du Tyrol avaient fait vœu d’ériger ce monument en l’honneur de l'immaculée conception. La Vierge est sur la colonne , et la base est ornée des portraits de saint George, de saint Vigile, dp saint Cassian et de sainte Anne : cette dernière lui a donné son nom, parce que l'inauguration eut lieu le jour de la fête de cette sainte.

Il y a peu de sites aussi agréables que celui du petit village de Hœtting, au delà du pont de ITun; il fait presue partie de la ville, tant il est près u quartier qui s’élève sur la rive gauche; a peine si quelques prairies l’en séparent. Hœtting est au pied de la rande paroi de rochers qui borde le cuve : son église est fort ancienne, et l’on y remarque le tombeau de Lcefler, de celui qui a fait la plupart des bronzes de l'eglisc des Franciscains. Le tombeau est l’ouvrage de son (Ils; il

renferme aussi les cendres de sa femme : c’est un très-beau travail. Le Père éternel apparaît dans toute sa majesté au milieu des génies; plus bas, le Sauveur est attaché sur la croix : on y voit saint Jean, la Vierge et la Madeleine, puis, dans l’attitude de la prière, le fondeur Lœdcr et sa femme.

On visite encore à côté de l'église l’atelier de cet artiste célèbre. Quand les cloches s'ébranlent, la tour éprouve un balancement si violent, que l'on croirait qu’elle va s’écrouler : les habitants sont les seuls qui n'en soient pas effrayés. Hœtting est le lieu d’où l’on jouit le mieux de la vue d’inspruck et des montagnes méridionales.

L’antique château de Weyersbourg attire les étrangers, qui viennent v admirer les belles sculptures d’Alburt Durer et les peintures de Hollbein. La tradition parle d’un revenant terrible dont l'ombre haletante fait chaque nuit le tour des murailles, et demande des prières qui assurent enfin son repos.

Non loin de là, un serpent élève sa crête verdâtre au-dessus d’un étang :

ce reptile à l'œil enflammé. à la dent venimeuse, présente la clef d'un trésor aux passants effrayés. Maximilien préférait ce séjour à toutes scs autres rcMdences. Ambras est un château que l’on aperçoit de toute la confrée. Avant de se confondre dans l’Inn, la Sill se précipite en cascade des hauteurs avancées du Brenner; elle est entourée d’une belle végétation. Il y a non loin du château un lieu appelé Tuinmelplatz, parce qu’au moyeu âge les chevaliers y exerçaient leurs chevaux. Aujourd'hui uû souvenir affreux domine cette tradition et l’efface : on se rappelle seulement qu'en 17110 un hôpital existait à Ambras, que les morts étaient enterrés sur cette colline, et que trop souvent des fournisseurs avides ont fait ensevelir avec les morts des malades et des mourants; dans l'horreur des nuits, c’en était assez de la première pelletée de terre pour mettre un terme à leurs cris importuns. La crainte de l'épidémie était un merveilleux auxiliaire à ces cruautés. Ainsi furent inhumés plus de huit mille indi-

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vidus, la plupart étrangers ou inconnus. Aujourd’hui, tous les arbres portent des ex vota; il y a partout des pierres sépulcrales, des croix et d'autres ornements funéraires; une chapelle découverte et un calvaire sont placés sous le dôme formé par des chênes et des tilleuls. La foi attire les pèlerins; on les voit souvent agenouillés à la prestigieuse clarté, de la lune.

Ambras est du treizième siècle; ses murailles sont bien conservées; les portes, les fenêtres, les appartements paraissent encore habitables; nulle part il n’y a de ruines, rien n’est abandonné; Ambras semble conserver le moyen Age tout entier. Là se trouvaient les trésors de l’histoire; mais, à l’approche des Français, on retira toutes les collections qtie Ferdinand y avait amassées ; les plus belles années de cet archiduc s’écoulèrent dans Amhras.

A ladièted’Augsbourg.en 1 518, il avait connu Philippine Welser; âgé de dixneuf ans seulement, il l'epousa en secret, et cette union, qu’il nosa révéler de longtemps , dura trente et un ans. Tout est rempli de souvenirs de cette femme bienfaisante autant qu’elle était belle ; là sa tour favorite, tà le cabinet des bains, où une tradition affligeante prétend qu’on lui donna la mort en lui ouvrant les veines. On voit encore de beaux tableaux à Ambras, et surtout des portraits; ils occupent toute une galerie fort longue. On montre près de la une fenêtre d’où l’illustre Wallenstcin encore enfant se laissa tomber pendant son sommeil. Peu s’en est fallu que l’un des plus illustres guerriers de l’Furope ne périt ignore sur le plancher de cette galerie, mais il se releva sans avoir éprouvé le moindre mal. Tout est en général si bien disposé, qu’on croirait le propriétaire absent, et qu’on serait moins étonné peut-être de le voir rentrer avec son chevaleresque cortège, que d’apprendre que trois siècles nous en séparent.

Il y a dans la cour une grande salle d armes antique, puis une autre où sont rangés des chevaux empaillés : là se trouve celui que montait Maximilien a Guinegate, celui de Charlcs-Quint,

celui de Ferdinand. Leurs états de service sont dans la mémoire du concierge , et l’idée que ce corps que l’on touche est celui-la même qui agissait, qui chargeait dans ces grandes batailles. a quelque chose de saisissant; les âges semblent se rapprocher; la pose noble et hardie de ces chevaux , le souvenir précis qui se rattache à leur nom plaisent à l’imagination, et donnent à l’histoire une action que les livres ne peuvent lui rendre. Le château est octogone; sur la crête du toit on a -pratiqué une galerie sur laquelle on en fait le tour. Il serait impossible d’imaginer une plus belle vue ; l’oeil s’arrête alternativement sur Hall, sur Inspruck, sur la pelouse si verte que traverse l’Inn de l’une à l’autre ville, enfin sur ces âpres rochers qui séparent cette vallée de la Bavière. On a quelque peine à descendre de ce lieu, et Von se décide avec regret à reprendre le chemin d’Inspruck.

Les souverains du Tyrol avaient trois palais dans cette ville : l’un, appelé Ottoburg, est une vieille tour pentagone, ainsi nommée parce que Otton I", duc de Méran, la fit construire. La seconde résidence est la maison qu’on appelle encore aujourd’hui dat gokiene Datchli , le [vêtit toit d’or, parce que Frédéric à la bourse vide, voulant prouver qu’il ne méritait pas ce nom, lit dorer les tuiles d’une aile de son château. Trois statues représentent Maximilien Ier et ses deux femmes , Marie de Bourgogne et Marie- Blanche de Milan. I.e troisième palais est sur la place publique qui sert de roinenade; il n’a rien de remarqunle, non plus que la statue équestre de I.éopold V, l’époux de la duchesse Claudia, fondue en bronze par un artiste tyrolien, en 1797.

Les représentations théâtrales ont un caractère singulier; c’est de l’histoire traditionnelle entremêlée de sujets religieux, c’est une poésie naïve et populaire qui est à peu près semblable a ce que nous conjecturons des atellanes de l’Italie antique; mais dans le village de Büchsenhaufen , lieu de plaisance voisin d’Inspruck, il y a un

théâtre où les filles seules sont admises à jouer : elles s’acquittent fort bien des rôles de chevaliers, de tyrans ou de vieillards. La plupart des sujets sont pris à la lîible ou à la légende; c’est par exemple sainte Geneviève ou la vertu de Joseph en Égypte. La directrice, veuve d’un cordonnier, est ellemémc l’auteur des pièces, et les représentations ont lieu dans l’après-midi.

Des tableaux -mimiques occupent le public pendant les entr’actes.

La partie inférieure de la vallée de l’Inn est fort'agréalile et surtout trèsbien cultivée; les bases des montagnes s'écartent, la plaine s'élargit. Les montées sont bien boisées; il n’y a plus de ces formes heurtées, de ces roches arides; à l’exception du Saltzberg, tout est vert. Le fleuve lui-méme prend un caractère plus imposant par sa largeur; les villages se pressent les uns contre les autres, interrompus seulement par des vergers et des champs : tout annonce l’aisance et la propreté. Les petites villes de Hall, de Schwatz et de Rattcnberg, sont en harmonie avec l’aspect général du pays, et la pittoresque citadelle de Kûfstein ferme la vallée vers la frontière de Bavière.

Hall a un aspect antique; à l'exception de quelques réparations, tout est resté dans le même état, et si , par une subite résurrection, les citoyens du quinzième siecle pouvaient y reparaître, ils croiraient avoir dormi seulement quelques heures. Les murailles et les tours n’ont rien perdu de leur hauteur; les rues sont toujours aussi étroites; les portes, garnies de leur défense, semblent attendre l’ennemi et le défier ; enfin les fossés ont conservé toute leur profondeur. L’exploitation des salines est la principale industrie; on y fait venir, au moyen de conduits, le sel dissous dans l'eau : il arrive du Saltzberg à plus de trois lieues. Les chaudières qui le remettent à l’état solide ont chacune la grandeur d’une chambre; on les remplit d’eau salée à huit pouces de haut, et, pendant trois heures, elle cuit sans interruption jusqu'à ce qu’elle soit réduite , ou plutôt évaporée à deux pouces

et demi ; alors on attire vers les bords, au moyen d’une pelle de bois, le sel qui s'est posé au fond. Chaque opération donne de vingt à vingt-quatre quintaux, de sorte que chaque chaudière peut en produire enunjourccnt soixanteetdix.

Le Saltzberg est percé intérieurement de longues galeries, que l’on parcourt à la lueur de la lampe, non sans quelque frayeur : ce sont des roches brillantes, des plaines immenses recevant et renvoyant la lumière aux yeux éblouis de' l’étranger. Quand les masses brisées par le mineur gisent sur le sol en suffisante quantité, on dirige les sources vers ce point; elles dissolvent le sel , en séparent les parties terreuses et s’écoulent vers la ville. Souvent, lorsque dans une avenue souterraine on est paisiblement occupé à contempler les cristaux, il se fait un bruit sourd lointain, mais toujours grossissant; enfin on dirait qu’un torrent mugit sous ces grottes mystérieuses; effrayé, l’on interroge son guide, et celui-ci, pour produire plus d’effet, entraîne le questionneur en le saisissant par la main, et le collant à la muraille, il lui interdit le moindre mouvement. Tout à coup on voit passer, avec la rapidité de l’éclair, une suite de chars emportant des matériaux : ils sont conduits par des jeunes gens auxquels il ne faut pas moins d’audace que d'habileté. Les roues courent dans des rainures dans lesquelles il faut les maintenir; le moindre accident, le moindre choc jette le conducteur à bas de son char, et il est rare alors qu’il ne soit pas grièvement blessé ainsi que ses successeurs; car la rapidité de la descente est telle, qu’il est impossible d'arrêter le convoi.

Autant les contrées sont belles , autant est horrible la partie comprise entre la vallée de l’Inn et le l’inzgau; ce ne sont que tourbes, marais, misère et maladies. Il vaut mieux s’arrêter dans l’Achenthal, qui a un beau lac, ou dans le Zillerthal, l'une des plus délicieuses parties du Tyrol. Sur le chemin qui y conduit, entre Inspruck et Hall, ou voit, à l’ouest du village de Sollstein, une roche singulière : elle

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ressemble à une Femme assise qui s’inclinerait pour donner le sein à son enfant. On l'appelle la femme lliitt, et voici ce que rapporte la tradition à cet égard : C'était une princesse puissante qui régnait sur le pays, à une époque où tous les fruits dii Midi enrichissaient le sol. Fière de ces richesses, elle ne connut plus de homes à ses dépenses; et pour donner accès à son château , qui était à ce même endroit où on la voit immobile aujourd'hui, elle fit accaparer tous les fromages de la vallée et en fit construire un escalier; elle se servait de pain blanc pour nettoyer les langes de son enfant. Lé ciel cil fui si courroucé, qu’il la changea en pierre. Les avalanches de rochers et les torrents dévastèrent la vallée, qui demeura longtemps inculte, et, bien que la culture en ait repris possession, la fertilité ancienne n’est jamais revenue.

Aussi la femme lliitt est toujours à la meme place, et derrière elle , à la frontière de Bavière , une aride vallée sans habitations et sans végétation , où l’on ne voit que des débris et des pierres qui en encombrent le fond.

Une des plus belles contrées du Tyrol est le Zillerthal , dans lequel ôn pénètre près de Schwatz , jolie ville située sur la rive de l'Inn. Non loin de la , à Strass, deux grandes roches semblent avoir été séparées par une commotion du globe ; c’est comme le portail de la vallée : elle est assez large et entourée de collines d’une riche verdure, car la culture tapisse les montagnes jusqu'au sommet. Dans le lointain est le village de Sclditters; mais la vue n’est jamais fort étendue, à cause des détours fréquents que fait la route en montant et en descendant à la base de ces hauteurs. On aperçoit successivement plusieurs villages; enfin , après avoir traversé Zeli, le paysage se rétrécit , et bientôt deux embranchements s’enfoncent l’un à droite , vers l'agreste village de Duehs, l’autre vers l’abrupte paroi de Gerlos. Les habitants de ces vallées ont un caractère de physionomie riant, ils sont gais et communicatifs : on les considère généralement comme les plus beaux

hommes du Tvrol ; mais eette grande taille va mal aux femmes; leur gorge est pendante et comprimée sous une large pièce d'estomac ; leurs camisoles sont évasées et si larges que , de la hanche aux épaules , elles paraissent être tout d’une pièce; sur un vêtement d’un bleu foncé est un fichu noir, le tout surmonté d’un chapeau d’homme.

La population du Zillerthal jouit en général de l'avantage d'avoir de fort belles dents , à la différence des habitants des autres parties du Tvrol ; mais ils mâchent, pour les entretenir, une sorte de poix d’un godt fort désagréable. L’émigration des hommes est trèsfréquente; ils parcourent l'Allemagne, l’Italie , et font souvent de très-bonnes affaires. L’un d'eux rapporta , il y a deux ans , le corps d'un saint que’ le pape lui avait donné : le clergé du pays vint le recevoir au son des cloches, et il rentra triomphant dans le village de ses pères. C’est quelque chose de fort animé que la fête patronale de Zell.

La jeunesse d’Jnspruck y court en joyeuse confrérie qui se donne le titre dé peuple (dasVolK);on y exécute des danses extraordinaires. Tout se fait ici avec une vivacité étonnante; soit que le Tyrolien danse ou travaille, soit qu’il se réjouisse ou s’afllige, c’est toujours avec une sortcdepassion.il a des instants d’extase, et les cris de joie qui lui échappent lorsque , frappant du pied , il part avec sa danseuse , le montrent dans toute son originalité , non moins que les ondulations du chant qui se répètent d’une montagne à l’autre; ils prennent , reprennent une même ihrase musicale, la reproduisent en ’ausset, et la renvoient aux échos des vallées. La foi antique a été fort ébranlée dans le Zillerthal : il renferme une grande quantité de séparatistes : c’est ainsi qu’on nomme ceux qui ont demandé le culte protestant. La rigueur ni la persuasion n’ont eu d’effet : on leur a signifié qu’ils pourraient émigrer vers celles des provinces d’Autriche, où le culte protestant est toléré ; mais , ne voulant pas s'expatrier, ils sont entièrement en dehors de toute religion , et ne font ni bapti-

ser leurs enfants , ni bénir leurs mariages : aussi le gouvernement a-t-il soin üe ne nommer a cette cure de Zell qu’un prêtre fort oonciliant. La vallée de Zell garde un usage bien bizarre : on se passionne pour une sorte de lutte qu’on appelle liau/en; elle consiste à entraîner violemment son adversaire, en ne se saisissant mutuellement que par le doigt du milieu ; chacun emploie ses efforts à ne pas bouger de sa place. Souvent un homme seul dans les montagnes fait retentir un cri aigu et provocateur ; ce cri ne s’adresseà personneen particulier, mais il interroge quiconque en aura l’oreille frappée, et c’est un point d'honneur d’y repondre quand on l’a entendu ; alors les deux adversaires marchent l'un sur l’autre; ils s’avertissent du chemin qu’il faut suivre en répétant encore leur provocation. On rapporte qu’un jour l’un de ces jeunes gens qui acceptent les défis marchait dans la société d’un vieillard ; la voix lointaine appelle à la lutte ; il répond : mais, au détour d’une roche, il reconnaît son intime ami , celui dont il veut épouser la sœur; il hésite, mais il n’était pas seul , une fausse honte le gagne. La lutte commence sans hostilité d’abord; le témoin encourage, conseille, excite : on se traîne, on se tire à droite, à gauche, on s’abaisse, on se relève; enfin on s'échauffe , il y a un vainqueur; mais le vaincu, saisi par le milieu du corps et jeté sur terre , mord dans son dépit le nez de son adversaire. L'impassible témoin juge dans son expérience qu’il est conforme aux règles du combat de s’emporter le nez , non moins que de se crever un œil ; et , tandis que le nez de l’un reste entre les dents de l'autre, le pouce du vainqueur défiguré éborgné le rancunier vaincu. L’impassible vieillard déclare qu’il a été satisfait à l’honneur. Cela est-il beaucoup plus absurde que leduel? Les habitants du Zillertlial ont eneore une autre manie bien étrange, c’est de faire combattre entre eux des béliers; et, de commune à commune, il y a un grand orgueil à posséder le plus beau; il faut qu'ils aient des

cornes et une barbe à l’abri de la critique ; et les combats de coqs ne sortt pas plus de faveur en Angleterre. En 1834, Zell et le village de Fugen engagèrent environ mille écus dans un de ces paris ; les béliers étaient d’égale force , la victoire resta indécise , mais In bataille devint générale et sanglante pour les spectateurs. Le Tyrolien aime ia gageure; souvent les procès se jugent par un coup dedé ; on appel le aumo/K*n cette manière de juger les contestations. Les peintres accourent de tous côtés dans le Zillertlial , et l’on fait volontiers une excursion de Munich à Kufslcin, Schwatz , Hall et Inspruck, pour rentrer en Bavière par l’Oberint liai , Reuten et Ftissen.

La route du Brenner est tantôt pittoresque, tantôt aride; elle est belle tant qu’on s’élève au-dessus de la vallée de l’Inn , et que, dans le fond des forêts, au-dessus de la ciine des arbres, on voit dans les airs briller les glaciers du Stubay. Après avoir gravi l'Isel , on monte le Schœnberg ; on passe à Mattrey, à Steinnch, enfin l’on est au pied du Brenner, que la route contourne plutôt qu’elle ne le franchit. Sur le versant méridional est un petit lac assez poissonneux:

mais rien n’est pittoresque dans ce coi des Alpes ; la vue est toujours bornée, et le principal mérite de ce passage est d’être sans danger et d’être praticable en toute saison , ce qui est d’autant plus important que c’est la grande route de Hambourg à Vérone. L’Efsach , qui donne son nom à toute la vallée jusqu’à Bolzano (en allemand Botzcn), descend écumeuse et mugissante des sommités du Brenner, se brise contre les rochers qui souvent se rapprochent au point de lui disputer le passage : aussi la route s’établit-elle à côté de belles pelouses, dé bosquets entrecoupés de prairies.

Avant de descendre a Mauls, assez joli village, on a passé à Sterzing, vieille liourgade aux toits pointus , aux gouttières bizarres et prolongées. A droite sont les hauteurs qui conduisent au

flic du Jauehen ,d’ou l’on peut gagna a vallée de Passeyer. On entrevoit

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