DE TOUS LES PEUPLES
DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, COUTUMES, etc.
SUISSE
PAR M. DE GOLBÉRY,
CORRESPONDANT DE 1,’lNSTITUT.
Il est, au centre de l'Europe, un pays que la nature semble avoir destiné à représenter éternellement l'image des premiers âges du monde , un pays où ses phénomènes se répètent toujours avec une ineffable grandeur, où les nommes mêmes ont retenu quelque chose de la simplicité des anciens jours. La Suisse est comme le noyau de notre hémisphère, comme le réservoir de la Gaule, de la Germanie, et de l'Italie.
Iles roches amoncelées s’élèvent audessus de la région des nuages ; elles apparaissent inclinées , menaçantes pour le voyageur , et le sol de la vallée en est quelquefois obstrué. Magnifique et sublime désordre qui retient quelque cliose du chaos ! on dirait que dans la création ces matériaux épars ou entassés étaient demeurés sans emploi ; on se croirait dans le laboratoire de la Divinité. Au fond de ces crevasses profondes, grondent et mugissent des torrents d’écume; sur les incommensurables parois dont ils déchireut la base, croissent çà et là quelques arbres verts , et sur leurs cimes se pressent et se resserrent des forêts plus épaisses. Kulin la crête des Alpes présente aux feux du soleil sa robe de
1" Livraison. (Süissk. ) -
neige, et ses glaciers aux teintes blanches et rosées. Ils s'alignent majestueusement autour des vertes plaines de la Lombardie : depuis la Mediterranée jusqu’aux monts Kiiganéens, brille dans les airs cette resplendissante ceinture, limite abrupte , impénétrable et mystérieuse entre la civilisation antique et la barbarie, asile de peuples que l’histoire ne rencontre quepour prononcer leur nom, que pour dire quel sang ils ont versé, quelle conquête ils ont rêvée, ou quels Romains ont péri dans leurs défilés. Admirub.es avant d'être admirées, les beautés de la Suisse demeurèrent inconnues à la Grèce, et home ne pénétra que fort tard chez ces peuples alpestres, qui envoyaient leurs lleuves à toutes les nations. Le Rhône, le Rhin, leTésin, l’Adda , l'Adige étaient illustrés par des victoires, mais leurs sources, leurs affluents , les vallees profondes que parcourent leurs ondes, les lacs qu’elles traversent, les rocs que depuis le premier jour du monde agite à chaque minute le battement de leurs cascades, Rome semble ne' les avoir pas aperçus ; et même dans les lieux où ses légions ont pénétré , elles ont laissé
des vestiges de leur présence, mais rien, absolument rien qui altcstequ’ellesen aient emporte quelque souve ir, ni queee peuple si grand dans l'histoire ait été ému à l’aspect des solennités de la nature.
Il faut bien se garder d’appliquer le nom d’Helvétie a tous les pays qui composent aujourd'hui la Suisse. Ses vingt-deux cantons comprenaient autrelois dans lëur (tendue, la Rauracie, une partie de la Rhetie, les J.cpontii, les Seduni, les Véragres, les Nantuates et uue multitude d'autres peuplades gauloises ou germaniques.
On ne s'attend pas à lire ici les nombreuses dissertations par lesquelles on a recherché l’origine de chacune d'elles. Les premiers joursdes nations sont toujours perdus pour l'histoire ; trop heureux quand la tradition s’en empare; car si la tradition est incertaine et vaporeuse, si elle admet le merveilleux, si elle entoure le berceau des nations de lictions amusantes ou flatteuses , du moins elle retient des souvenirs et constate des croyances.
L’histoire d’un peuple sans tradition serait comme une journée sans matin.
La Suisse n’a point a rappeler ces naïfs récits ; toutefois elle pourrait revendiquer sa part" des fictions grecques sur les Hyperboréens : les vers échappés de la lyre de l’indare et l'ignorance des géographes favoriseraient cette prétention. Ces illusions mythologiques ne furent pasde longueduree; le Ligurien, le Gaulois des ri\ es du Pô, l’Ombrien, l’Etrusque apprirent que des hommes libres et belliqueux cachaient leur indépendance dans ces montagnes, et que des populations entières pouvaient menacer leur territoire, et bientôt, à la terreur des fictions" succéda un effroi plus fonde. L’existence de ces montagnards se révéla non plus par de vaines chimères, mais par des laits sanglants. A travers les défilés des Alpes, se précipita ent des flots de populations barbares; accourues des extrémités septentrionales du monde, elles refoulaient sur eliesménies, puis entraînaient vers le sud les uations intermediaires. La civilisa-
tion était menacée; sans la valeur des Romains, la nuit rimmérieiine esit dans sou obscurité enveVq>|« et la Grèce et l’Italie; d’épaisses ténèbres eussent à jamais séparé, les lumières de l’a .tiqu te des lumières des temps modernes, si l’Ktrurie, si Rome apres e,.e, u’av aient eu le loisir d'ecrire leurs minutes autrement que par des clous enfonces au temple du Capitole ou dans celui de Aortia; si, avant l'arrivée des barbares, le christianisme ue se fdt clevé sur le trône des Césars pour conserver a la ville éternelle une victoire intellectuelle, quand déjà la victoire des armées n’était plus |>ossible; enfin si cette rel don sublime n’edt fuit subir aux vainqueurs la loi des vaincus.
L’apparition des Cimbres n’est que le premier acte connu de cette grande émigVation ; l’histoire n’aiteint plus que par conjecture les primitifs mouvements du genre humain, et ces temps où les nations se répandaient surla terre et voyageaient comme voyagent les individus. Elle a retenu le nom des Celtes, nom que l’ignorance chez les Grecs, et chez les modernes un excès d’érudition, a doué d'une élasticité qui pourrait égarer. Pour la saine critique il ne peut englober les |Kipuiations germaniques; mais il appartient aux races gauloises , péuetrejusqu’au fond de l’I liérie, règne exclusivement sur la Bretagne, et s'établit sur la rive droite du Rhin. L’Iielvétie était peuplee de Celtes a l'ejioqiie glorieuse où Jules César parut; il ledit formellement : seshabjtants vers la Gaule étaient limitrophes des Séquuni, qui du Jura descendaient jusqu’aux limites actuéllcs des departements du Haut et du Bas-Rhin. La se constatait, #ur la presencedes Belges, un autre rcfq^ileinciit de nations, une migration dont la tradition avait retenu la date, quoique d’uneinanièrevagueet générale. Les Belges, dit César, ont passe le Bliin dans la plus limite antiquité; ils ont expulsé les nations gauloises : or res Belges sont pour la plupart des Germains d’origine. On ajoute que leur xnieur sut résister aux Cimbres, et ee grand lait de l'invasion cimbrique dans les Gaules commeuce
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pour nous l’histoire de la Suisse.
IJn canton helvrtien, lepagus Tigurinus, sejoignitaux Cimbrcs, aux Teutons, aux Ambrons, quand trois cent mille combattants vinrent des extrémités de l’Orient fondre sur la Gaule.
Les Gaulois, renfermés dans leurs villes, en étaient réduits à manger la chair de leurs vieillards. Les Barbares parurent près de Marseille, et Silanus fut battu. Alors, pour empêcher les vainqueurs de se répand’re en Italie, le consul Lucius Cassius franchit les Alpes Pennines, descendit la vallée d'Kntremont et passant sur le sol où est aujourd'hui Martigny, vint camper au bord du Léman. Là se trouvait le jeune et Caillant üivicon, le premier Helvétien dont la postérité ait retenu le nom. Pour Cassius , il y allait de la grandeur de Rome, pour Divicon du salut de la patrie. Ces Romains qu'il allait combattre avaient déjà soumis l'Italie, le trône d’ Alexandre était tombé devant eux , la Grèce leur obéissait et l’Asie jusqu'au Taurus; Carthage n'était plus, et de l’Oronte au Durius les nations obéissantes tremblaient devant les légions. Cette première action des tielvétiens précéda de quatorze cents ans l'époque où leur patrie devint une république digne par son héroïsme des temps fabuleux de la Grece et de l’Italie. La rencontre eut lieu en l’an de Rome 6tfi, et il est probable que ce fut à l'extrémité du lac, à l’endroit où s'élève Villeneuve, a l’aspect des Diableretset de la Dent du midi. La les bords du Léman sont entrecoupés de collines et le sol est mouvant sous les marais du Rhône. L’avantage des lieux était tout entier pour les indigènes : le consul Cassius périt, et avec lui son lieutenant L.
Pison ; l’élite de l'armée romaine mourut en combattant : pour elle les communications étaient impossibles aussi bien que la retraite, il fallut négocier , donner des otages et passer sous le joug.
Les Helvétiens sont mêlés aux autres événements de la guerre des Cimbres : une armée consulaire de quatrevingt mille hommes fut taillée en piè-
ces. Ces désastres rappelaient aux Romains effrayés les jours néfastes où Rrenmis leur fit payer une rançon.
Heureusement les (ambres perdirent en excursions, au pied des Pyrénées , un temps que Rome sut mieux employer : à leur retour ils trouvèrent Marius nui ies dispersa, et remporta sur eux la célébré victoire d’Aix.
Ce n'était point cependant la dernière expédition des Cinabres ; unis aux Tigurini, que commandait Divicon, ils franchirent le Brenner, battirent le consul Catulus , et vinrent camper dans les champs appelés Raudiens, non loin de Vérone. Marius accourut; il était consul pour la cinquième lois avec Manius Aquilius. A la lin de juin, en l'an de Rome 662, il parut sur les bords de l’Adige : les timbres se formèrent en carré ; iis occupaient, en tout sens, un espace de trente stades. Leur cavalerie, bardée de fer et remarquable par la beauté de son armure, composait un corps séparé; elle prit la tuite devant les Romains; mais ceux-ci, trop ardents à la poursuite , donnèrent imprudemment dans le piège. Le corps de bataille des (ambres les prit en queue, tandis que la cavalerie faisait volte face. Déjà ces vallees retentissaient des eris de victoire des Barbares : c’en était fait des lois, des arls, de la civilisation.... Marius alors voua des victimes au grand Jupiter, et le soleil vint diviser le bro .illard et frapper ies Cimbres au visage; éblouis et aveuglés par la poussière qu’un vent impétueux leur envoyait, ils ne purent plus tenir. Les Romains se montrèrent dignes de leurs ancêtres dans cette mémorable journée, et les Cimbres moururent.
Cependant les Tlelvétieus gardaient les deliles de l’Adige : ils quittèrent les gorges du Tyrol et rentrèrent dans leur patrie. Protégée par les Alpes, par le Jura, par le Rhin, elle était inexpugnable; mais cette patrie, qui contient aujourd'hui plus de douze cent mille habitants , était alors trop étroite pour quaire cent mille. Les rives des lacs étaient cachées par d’im-
pénétrables forêts , la nature sauvage ne cédait qu’aux efforts de la culture, et une nation belliqueuse s'accommodait mieux de la conquête et des expéditions lointaines que de défrichements opérés sans suite, sans intelligence et par conséquent sans succès. Ce fut (loue un excedant de population qui , cinquante ans après {'expédition des timbres, lit concevoir à toute la nation la pensee funeste de l’émigration. Ce n’etait point d'ailleurs un vaincaprice, une extravagante manie de courses. Le Nord n’avait point repris son immobilité; il envoyait sans cesse de nouvelles générations au bord du Rhin. Il y avait alors chez les Helvétiens un homme puissant, ürgetorix; il possédait plus de dix mille esclaves , et gagnait les pauvres par ses largesses. Chef militaire , il suscita la guerre pour s'emparer du pouvoir suprême qui , durant .a paix, appartenait aux magistrats. Onjetorii s était assuré le concours aes Séquaniens et des F.duens ; la noblesse était à lui. Il parut doue dans l’assemblée de la nation et dit qu’il était indigne de guerriers qui avaient vaincu les Romains et les Germains de cultiver péniblement une terre ingrate, et de se retrancher derrière leurs montagnes quand ils pouvaient fixer eux-mêmes leurs limites , et sans autre rempart que leur valeur, occuper à leur choix les plus riches contrées de la («aille. La proposition fut agréée, et les quatre cantons résolurent de quitter le sol habité par leurs aïeux : hommes , femmes, enfants, troupeaux , tout devait se mettre en marche ; l’époque de l’exécution fut fixée à la troisième année, il fut décidé aussi que l’on inviterait à l'aire partie de l'expédition les Rauraques, qui habitaient avec le canton de l Ale une partie de la Haute-Alsace et delà Souabe, puis les TiiliugienS et les Latobriges, peuples dont le territoire n'est pas bien déterminé, enfin les Itoïeus, qui étaient établis sur les bords du lac de Constance.
Mais Orgetorix ne vécut pas jusqu’au temps fixé pour l’exécution du
projet qu’il avait inspiré ; on l’accusa d'affecter la souveraine puissance , on se saisit de sa personne; et lui, l’homme élu par la nation, l’ambassadeur du peuple auprès des Séquaniens et des Eduens , dédaigna de répondre à l’accusation, et prévint le supplice par sa mort, ainsi que l'indique une expression d’Orose (*). O funeste événement n’arrêta point l’élan national : a l"epoque qu'il avait fixée, les Helvétiens se réunirent, une dernière fois, en assemblée generale , et marquèrent le jour du départ. Chacun rentra dans sa demeure , on chargea sur des chariots les veillards impotents, les femmes, les e.ifuuts et des vivres pour trois mois; puis on mit le feu àNlouze villes, à quatre cents villages et à tous les édifices du pays. Après cette destruction on marcha au rendez-vous:
c’était le lieu où le Rhône s’élauce avec impétuosité du sein du lac. où l’on admireaiijourd'hui la superbe Genève. Il y vint aussi vingt-trois mille Rauraques, hommes et femmes , vingtsix mille Tulingieus, quatorze mille Latobriges e. trente-deux mille Boïens.
Mais le corps le plus nombreux était celui des véritables Helvétiens, qui comptaient deux cent soixante-trois mille personnes. A leurtête on revoyait Devico.i qui, cinquante ans auparavant, avait vaincu le consul. Toute la Gaule était dans la stupeur ; mais J ules César commandait la Province, et déjà il était accouru vers le point menacé.
A Genève deux envoyés des Helvétieus le vinrent trouver; ils demandaient passage à travers les terres des Romains, pronie. tant de n’y causer aucun degAt. Dans ce moment, César ‘ne pouvait opposer qu’une seule légion a quatre-vingt-douze mille hommes; il dit qu'il y réfléchirait. Au bout de quelques jours, les Helvétiens ayant renouvelé leur demande, César répondit catégoriquement qu’il ne le souffrirait pus. Déjà il avait élevé sur la rixe méridionale «lu Rhône une muraille haute de se ze p eds , longue de neuf imllc pas et flanquée de tours :
(*) Ad mortem coachu.
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de toutes parts il avait réuni des levées. Après de vains efforts pour rompre cette ligne de défense , les Helvétiens marchèrent à travers le territoire des Séquaniens que leur ouvrit Duinnorix, le gendre d’Orgetorix. Ce Duuu.orix voulait aussi s'emparer du pouvoir et régner sur ses compatriotes les Séquaniens. Trois passages peuvent avoir été livrés par cette "nation : on cite celui où est aujourd'hui le fort l’Écluse, les Clefs et Sainte- Croix. Il est plus probable que l’on choisit le premier : le Rhône y laisse à peine la place qu'il faut à un char, et sur la rive opposée des parois de rochers retombent a piedaus ses ondes bouillonnantes. La troupe s'avança lentement à travers mille difficultés et parvint enlin jusqu’à ia Saône , elle y fabriqua , tant bien que mal , des nacelles et des radeaux. En vingt jours tro:s cantons franchirent la rivière, les Tigurini ferma eut et couvraient la marche. Enfin on partit pour les fertiles contrées de la Saintonge.
César, apprenant que les Helvétiens se dirigeaient vers le nord de la Province pour s’établir dans le voisinage, laissa le commandement du pays des Allobroges à Labiéuus, courut en Italie,)' leva deux légions, en retira trois des quartiers d’hiver, et revenant par la vallée d’Ossola, il dispersa lesCentrones , les G raïocèles et les Caluriges , peuples des Alpes qui voulaient empêcher son passage. Hientôt il reparut, chez les Vocontiens et les Allobroges, franchit le Rhône chez les Ségusicns (dans le Bugey), et rejoignit l'arrièregarde des Helvétiens. De toutes parts lui arrivaient des plaintes amères sur les ravages qu’ils eommetta ent. Les Ëduens, ces anciens amis du peuple romain, imploraient vivement son secours. Ce secours ne se fit pas attendre: Labiéuus, qui était resté près de Genève , accourut et attaqua dans la nuit le.s Tigurini , qui étaient encore sur la rive gauche, et le lendemain il fit sa jonction avec César.
Plus étonnés qu’épouvantés de la rapidité de ces operations, les Uclvétieus dépêchèrent a César le vieux l)i-
vicon, qui lui demanda de désigner luimême le pays dont sa nation prendrait po session. Le langage de ce noble guerrier fut orgueilleux ; il mêla la ménace à la prière ; il avertit César de ne point compter sur un succès éphémère, lui rappela le rousul Cassius , et lui dit que ce lieu pourrait acquérir, par sa défaite, une célébrité funeste aux Romains. Le langage de César ne fut pas moins hautain : il exigea que le dommage causé aux Éduens et aux Allobroges fût réparé sur-le-champ, et demanda desotages. es Helvétiens, répliqua Divicon , ont appris de leurs pères a en recevoir , non a en donner, et les Uomains devraient s’en souvenir. »
César suivit donc l’armée helvétienne. [lavait quarante mille hommes; sa cavalerie, forte de quatre mille, fut d’aliord mise en fuite par cinq cents cavaliers que dirigeait Dumnorix, Éduen du parti contraire aux Romains. Après quinze jours de marches et d’escarmouches , César fit un mouvement vers la droite, et s’avança sur Bibracte. Lps Helvétiens le suivirent; aussitôt il rassein: la son infanterie, et dis|>osa son ordre de bataille. Il eut soin de mettre en première ligne ses vieilles bandes, plaçant derrière elles , et les légions de nouvelle levée et le.s Gaulois, auxquels il ne se fiait pas. Les Helvétiens entourèrent de chariots tout leur bagage, y placèrent les femmes, les enfants, les vieillards , et donnèrent à leur corps de bataille une grande profondeur.
D’abord ils chassèrent la cavalerie romaine qui inquiétait leurs mouvements. Au moment de la rencontre, César descendit de cheval , commanda à tous ses cavaliers de l’imiter, et de réserver les chevaux pour la poursuite.
Aussitôt la lutte s’engagea : d’abord les javelots des Romains, lancés de haut, s'attachaient aux boucliers de l’ennemi, qu’ils embarrassaient de la longueur de leur manche. Profitant de cette circonstance, César ordonna à ses soldats de mettre le glaive à la main , ils pénétrèrent dans les rangs à la faveur du désordre. La position des
l’umvebs.
Romains était trop avantageuse ; les Helvétiens se retirèrent à mille pus ; mais, pendant queCésar les suivait, les Tulingiens et les Boïens l'attaquèrent en (lanc. I n même temps le corps de bataille, qui s' était poste sur le revers d’une montagne, profitait , pour une nouvelle attaque, de la supériorité de sa position; César lit faire une conversion a sa troisième ligne pour soutenir l’effort des lioïens etdesTulingiens.
L’action dura la journée entière': des deux côtés même courage, même acharnement. Le soir, les Helvétiens, apres avoir éprouvé des pertes immenses, se retirèrent, les uns sur la montagne, les autres vers les chariots, où se trouvaient leurs biens les plus précieux.
Là , le combat se prolongea jusqu au milieu de la nuit. Les femmes et les enfants s’enfuirent vers la montagne en poussant des cris lamentables ; enfin la poursuite dura quatre jours et quatre nuits, jusqu’au paysdes Lingones. César ne se mit en marche que le troisième jour, et lit avertir les Lingones qu u tes traiterait en ennemis, s Us accueillaient les Helvétiens : réduits au desespoir , ceux qui avaient survécu a leur malheureuse nation implorèrent la pitié du vainqueur. César répondit aux envoyés que les Helvétiens eussent à l’attendre : il vint en effet; et il exigea non-seuleitn nf des otages , niais la remise de toutes les armes, l'.fl rayés de se voir ainsi sans défense, six mille hommes du Patfus I rbiyeiius prirent la fuite, se dirigeant vers le Rhin.
Les Gaulois les ramenèrent, et ils lurent massacrés. Alors les Helvetiens et les Latobrigesohcirent aux ordres de César; ils étaient au nombre de cent dix mille. Le général romain leur commanda de rentrer dans leur patrie , de rebâtir leurs villes et leurs villages; il promit de pourvoir à leur subsistance, et les abandonna au gouvernement de leurs propres magistrats, les déclarant amis et alliés du peuple romain. Mais pour garder les défiles du Jura, il fonda a Noviodunum (Mon) une colonie équestre. Désormais le nom de Rome protégea l’ Ile) vétie contre les Germains, et i'itahe
s'en fit un boulevard : car cette nouvelle alliance rendait les Alpes impénétrables à ses ennemis.
On s'étonne qu'un peuple si vanté dans les temps modernes par l'amour du sol qui l’a vu naître, npp raisse pour la première fois dans I histoire comme avant abandonné sa patrie; néanmoins il ne se trouvait dans cette émigration aucun des ancêtres des libérateurs du moyen âge. On ne voit pas que le montagnard d’I ri soit descendu des sombres vallées de la Reuss, ni que le pâtre de Schxvvlz ait abandonné les bords de son lac. Ce nom , qui est devenu celui de la Suisse, était inconnu aux habitants de 1 Helvétic.
César dompta les Véragrcs et les Kantuates , |>ouplcs du \ niais qui gênaient les communications et rançonnaient les négociants. Sergius Galba prit chez, eux ses quartiers d hiver avec la yy légion, li s’établit a Octodurus (.Martignv). bourgade située au débouché de la Dranse dans la vallée. Le camp fut fortifie sur la droite de la rivière. Cependant les Véragres .avaient résolu d'exterminer les Romains : un jour ils parurent avec le> Seduni sur tontes les hauteurs et tondirent avec impétuosité sur le camp de Galba.
Ses valeureux soldats avaient a lutter contre (les adversaires toujours plus nombreux ; iU-|U ils étaient presque tous blessés; déjà le lusse était comblé et le rempart entamé. coup Sex-
ti us BacnlüS et Volusenus conseillèrent ■ une sortie audacieuse, qui fut exécutée il la fois par toutes les portes du camp. Les Véragres n’avaient point encore compris le projet des Romains quand ceux-ci étaient maîtres des hauteurs.
Dix mille Barbares tombèrent sous leurs coups, le bourg fut réduit en cendres , et le pays demeura aux vainqueurs , qui néanmoins accordèrent à ces montagnards les droits que le Latium n’avait acquis qu’après de longues guerres et en vertu de son antique alliance avec Rome.
Sous le règne d’Auguste le pays appelé aujourd’hui canton des Grisons, ceux (I l ri . deSaint-Gall , d’Apenzell , auront subi le joug en même temps
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que la Rliétie et la Vindélicie. Il est inutile de recommencer l’histoire généralede l'empire , nous ne rappellerons que les laits qui ont un rap|rort direct à la Suisse. Munatius Plancus fut envoyé chez les Ruuraques, qui haletaient les h irds du Rhin, à l’endroit où le fleuve se recourhe vers le Nord pour servir de frontière a la Gaule. Il y fonda une colonie sous le nom d’Augusta Rauracorum. Les ruines de son enceinte, son théâtre , les vestiges de ses temples sont encore visibles ; c’était une cite vaste et populeuse, un poste militaire, qui devait à la fois surveiller la Germanie, observer les Rhetienset garder les délités du Jura ; on lui conféra lesdroits des villes italiques. Un général les llehétiens jouirent de tous les avantages compatibles avec l’etat de soumission. Chaque cité avait deux magistrats ( duumviri ), la nation se réunissait en assemblée (iclitiqiie; Noviodunum d’une part, Kbrodunum; ) Verdun) de l’autre, envoyaient leurs bois de construction vers les deux mers, par le Rhône et par le Rhin : Cully avait son Baechus, et la vigne était’ fertile déjà sur les bords du Léman. Du Coté de la Germanie, le pays se gardait au moyen d’un fort occupé par ses propres troupes. Cependant toute la contrée prenait, sous le patronage romain, une physionomie romaine.
Les noms propres, les dignités civiles et militaires, les clientèles, tout reparaît dans les inscriptions, roinme dans l’Italie, connue dans le reste de de In Gaule, et l'histoire du pays se confond aveeoellede l’empire et s'écoule vers le moyen dgc sans caractère distinctif, comme sans origine connue.
Tandis que Rome voyait succéder Galba à Néron, Otlionà Galba, Vitellius à Othon , les légions de la Germanie supérieure s'agitaient de perpétuelles séditions. I.es Helvétiens avaient unegarnison à Vindonissa ; la X X 1* légion s'empara violemment de la solde qui lui était destinée. \ imlonissa était située sur la frontière septentrionale, au confluent de l’Aar et de la l.inimnih, Don loin du Bœt/.bcrg , embranchement septentrional du Jura. Cette vio-
lence n’était qu’une première manifestation du mouvement préparé en faveur de Viteilius. Les Helvétiens interceptèrent des lettres qui le prouvaient : fidcles a Galba, dont ils ignoraient la mort, ils arrêtèrent les traîtres qui portaient ces lettres a l'armée de Pannonie. Aulus Cécina servait dans ces contrées , homme d’une taille élevée , d’un caractère belliqueux , audacieux dans ses entreprises, sans respect pour les dieux ni pour les hommes, mais cher aux soldats, parce qu’il livrait au pillage les villes Pt les campagnes. Cécina voulut punir les Ilelvctiens de ce qu’il appelait un attentat , et mit tout à leu et à sang.
Les bains de la ville moderne de Baden attiraient déjà un grand concours d’étrangers; ses eaux salutaires étaient sous la protection d’isis; tout fut détruit. Cependant les Helvétiens se donnèrent un chef , Claudius Sévérus, et défendirent leur forteresse; niais sans connaissance de l’art militaire, iis ne prirent pas soin de garder leurs passages.Tout a coup un corps de réserve les prit en queue au détour d’une nu nlagne : e’ étaient des Rhétiens formés à l'école des Romains. Les Helvétiens avant à se défendre contre les légions qui leur faisaient face et contre ee nouvel ennemi, furent saisis de terreur, et jetant leurs armes, ils cherchèrent à gagner le Bœtzberg ; mais ils furent suivis par une cohorte de Thrace, accoutumée à vaincre les difficultés des lieux.
Dans cette occasion, ils [verdirent des milliers de guerriers. Lorsqu’on sut à Aventicum toute l’étendue de ce désastre, Julius Alpinus, qui gouvernait la nation , envoya des députés pour se soumettre au vainqueur. Aulus Cécina exigea le supplice de Julius Alpimis, et déclara que l'empereur seul pouvait pardonner à la nation. Tout était dans le deuil et dans le desespoir : Julia, jeune prêtresse de la divinité tutélaire d’ Aventicum, se rendit au camp romain et se jeta aux genoux de Cécina. Ce fut en vain, il fit mourir le |>ère de cette jeune fille.
1 ne touchante inscription retrouvée dans les ruines rappelle sa barbarie :
c’est l’épitaphe de cette infortunée.
Je repose ici, moi Julia Alpinuia, fille malheureuse d'un malheureux père , prêtresse de la déesse Acentia.
Je n'ai pu écarter la mort qui menaçait mon père ; il était dans sa destinée de périr cruellement. J'ai vécu AA l/l ans.
Cent vingt-cinq ans après avoir imploré la clémence de César, les Helvétiens envoyaient leurs ambassadeurs aux pieds de Vitcllius; pour arriver jusqu’à lui, il leur fallut traverser les rangs d'une soldastesque insolente, qui leur tenait le poing sous le visage, et demandait à grands cris qu’on exterminât un peuple qui avait osé porter les mains sur des Romains. Mais Claudius Cossus, le chef de la députation, fut si pathétique dans l’expression des malheurs de son pays, il sut si bien amollir ces cœurs endurcis, qu’ils se joignirent à lui pour supplier Vitellius, et la nation fut sauvée.
Le père de Vespasien avait fait sa fortune en Helvétie : le régne de cet empereur fut favorable au pays. Il établit à Aventicum une colonie de vétérans; elle fut appelée colonia Flavia , pia, constans, emerila, A r entir um llelvetiorum ; elle eut ses deux décemvirs ou curateurs, et ses décurions. Cette cité devint le siège du commerce et du luxe. Les temples y étaient nombreux ; outre la déesse Aventia et le génie d’Aventicum , on
Î révérait Apollon, Jupiter, Auguste.
I y avait un collège de médecins et d'autres professeurs, line inscription aujourd'hui encastrée dans l’égliseparoissiale d’Avanchçs l’atteste formellement.
Une longue paix régna sur l’IIelvétie, la Ilhétie, le Valais, l’industrie et le travail pénétrèrent dans les Alpes : on sut tirer partie de leurs arbres , de leurs plantes , de leurs oiseaux ; on arracha le marbre des entrailles de la terre; on gravit le roc, asile des chamois; et de la profondeur des lacs on retira des poissons inconnus. Dès lors le lait des vaches suisses était renommé, les fromages avaient de la célébrité; l’agriculture faisait des
essais : on perfectionna la charrue, et la vigne de Kliétie produisit un jus rival du Falrrne. Le soleil, sous le nom de Retenus, la lune, sous le nom d’Isis , étaient particulièrement révérés. Les sylphes protégeaient les hommes, et les dieux mânes eurent aussi leur culte.
Les pays qui composent aujourd'hui la Suisse étaient répartis entre différentes provinces; l’Helvétie proprement dite appartenait à la Gaule , la Rauracie à la Germanie supérieure , la Rhétie à l’Italie. Sous Adrien, l'Helvétie fut adjointe à la Séquanie, et le Valais conlié à l’autorité du gouverneur de Rhétie , qui commandait jusqu'au conllurnt de l'Inn et du Danube. Genève avait toujours appartenu aux Allobroges. Ces divisions, étant fondées sur la disposion des lieux , ont survécu long-temps à l’empire. La .Yotitia im péril et les itinéraires indiquent beaucoup de lieux d'habitation.
tVintertliur s'y retrouve sous le nom de Vitodurum; Coire sous celui de Curia. Soleure est l'antique Saloduruin, Biennc était appelée Petinesca; Vevay, Viviscum, Lausanne, Lousonium, et sur le revers méridional des Alpes, Clavenna se retrouve dans Chiavenne, etc., eîc.
De nombreuses inscriptions rappellent les travaux du grand peuple. La colonied’Aventicum avait tait construire des routes; sur les frontières des Kauraques, à l'endroit ouest aujourd’hui Tavannes, on admire une roche percée que le vulgaire appelle pierrepertuis ; le cintre sous lequel passe la route a été, selon la tradition, vodté par les Romains; l'inscription que nous allons transcrire semble confirmer cette opinion. Toutefois, la plupart des auteurs attribuent cette singularité à la nature même, et se prévalent surtout de l’inutilité du trava 1 en ce qu'il était possible de passer à côté du roc.
Dans une dissertation spéciale j’ai établi qu'il convenait de lire l’inscription ainsi :
Aurai ni augustorum via facta per M. D minium Paternum duumviri co -
VALAIS. WAJ.LIS.
Sl'ISSE.
Ionise Helveticse : c^qnc l'on peut traduire convenablement : A la divinité des Augustes , les duumvirs de la colonie helvétique qui ont fait faire ce chemin par M. Dunnius Paternus.
On se demande de quels Auguste# il est question. De ICO à IC9, Marc Aurele et Verus ont régné ensemble ; c'est à eux que je m’arrêterais de préférence, quoiqu'on ne puisse le oécider d’une manière absolue. Caracalla et Geta ont aussi gouverné ensemble de 2U à 212; enfin Balbienus et Pupiénus, en 216; mais il ne régnait pas entre eux la même concorde. D’ailleurs les noms de Marc Aurele et de Verus apparaissent fréquemment sur les monuments de l'Helvétie. Il y a lieu de croire que de 160 à 169, on fit d'une grotte un passage , qu’on y établit la route pour communiquer avec la Rauracie et la Séquanie , et qu'on dédia le tout aux Augustes qui avaient ordonné ces travaux.
L'histoire des incursions de Barbares est commune à tout l’empire , et ce fléau atteignit la Rhétie dès l’an 162. Deux cent soixante-quinze ans s’étaient éroulés depuis les tentatives des Cimbres, lorsque Gallien partageait l’empire avec trente tyrans, il y eut une grande irruption <fe Barbares. Au pays de Glarus ils trouvèrent des positions fortifiées par Adrien, Castra -Misrtica. Aujourd'hui encore le nom de Gastern rappelle ces souvenirs, aussi bien que Terzen, Quarten, Quinten; mais les positions furent enlevées par Kroch , chef des Alemanni, qui, en 265, pénétra jusqu'à Ravenne avec une armée de cent mille hommes.
Les expéditions de Claudius, d’Aurélien , ae Probus, passèrent sur la Suisse, mais sans y laisser de souvenirs plus spécialement applicables à ce pays. Qui voudrait compter ces flots de Germains, de Bourguignons, d’Alernanni , d’Iiérules qui se répandirent tour à tour sur toutes les provinces de l’empire? Rappelons seulement que Constance Chlore battit les Alemanni auprès de Vindonissa.
Aon loin de St.-Mausice, les monta-
gnes qui pressent les bords du Rhône s'écartent et s’arrondissent en ain-
fihithéôtre. Au-dessus du fleuve s’é* ève l'incommensurable et neigeuse f )ent de Morclaz ; la plaine semble s'affaisser .sous le poids de cette masse immense. A gauche, sur le revers de la Dent du midi, s’allonge une suite de rocs alignés contre la base de ces hauteurs, cômme une muraille d’enceinte.
Là, sont les débris de l’antique chapelle de Verolliez; plus haut l'ermitage de Cex, et partout les souvenirs de saint Maurice et de la légion thébéenne que l’histoire conteste, que la légende retient et que la critique ne détruit point. Ecoutons ce récit :
En 30!, Constance Chlore voulait passer en Bretagne, et craignant quelque irruption du côté de la Germanie, il pria Maximien de veiller sur cette frontière. Maurice commandait une légion levée dans la Thébaïde; elle s’appelait Jovia Thebea Félix , et on la disait composée des plus vaillants soldats de l’empire. L’armée marchait à travers le Valais, et cette légion était près d’Agaunum quand fut donné le signal d’une grande persécution contre les chrétiens. Maximien Hercule lui ordonna vainement des massacres , elle était chrétienne et s’y refusa. L’empereur la fit par deux fois décimer, mais toujours les soldats résistèrent à l'exécution de ses ordres impies.
Enfin , sans tenir compte d’une sublime allocution des chefs delà légion, il la fit passer au fil de l’epée. Saint Maurice, Exupère, Candide moururent sans résistance, et l’on raconte que les martyrs Lirse et Victor reçurent la mort à Salodurum. Au milieu de ces majestueuses vallées on aime à ressaisir de grands souvenirs , à célébrer les premiers jours du christianisme dans les lieux où la puissance de l’Étemel se révèle par les plus grandes beautés. Cette légion de six mille six cents hommes était sans doute cantonnée entre Agaunum et Octoduruin ; là se précipitait, à sa vue, l’admirable cascade qui du haut des Alpes jette la Sallenche dans le Rhône. Il semble que , pour rejoindre le sol , cette rj-
vière ait voulu creuser dans ces montagnes un lit profond ; mais arrivée à ces parois qui dominent verticalement les marais du fleuve, elle se précipite brusquement de trois cents pieds d'élévation, parce que le lit qu’elle sYtait fait lui munque subitement : forte de l’impulsion qu'elle a reçue, elle se soutient encore quelque temps dans les airs; enfin , quand cette masse d'eau cesse d’obéir à ce mouvement , el.e décrit une courbe majestueuse dans laquelle des nappes d’argent roulent et se meuvent sur elles-mêmes. Qu’un rayon du soleil vienne à frapper cette chute , les couleurs de l’arc-en-ciel s’v peignent; mais au lieu de l'immobilité qu'elles gardent au firmament, elles reçoivent de la course de l'onde un mouvement toujours renouvelé : elles courent, s’agitent et se croisent avec la cascade, dont le poids fait rejaillir du bassin et ramène en sens inverse une poussière humide qui remonte en colonne frémissante le long de la rande gerbe, reçoit, comme elle, ces elles couleurs natives, et les mêle selon le mouvement des gouttes aériennes à travers lesquelles s’élance le torrent. On dirait qu’il vient d'enlever aux roches du Valais les pierres es plus précieuses, on croirait voir s'agiter une poussière mélangée de topaze, de rubis et d’émeraude. Pour mieux jouir de ce spectacle, il faut se placer entre Miéville et la cascade: mais l’effet général est plus surprenant pour ceux qui viennent de Martigny ; parce qu’ils ne voient pas arriver la Sallencne , parce qu’à leurs yeux elle paraît s'élancer du roc comme la source salutaire que la baguette du législateur divin lit jaillir miraculeusement de la pierre d’Iloreb.
Les modernes ont donné l’ignoble nom de Pisse-vache à cette merveille.
A quelques pas plus loin un torrent s’échappe au niveau du sol; une fissure partage la montagne du haut en bas.
Le Trient, qui en sort, n’a point de bords, point de rivages; H arrive mystérieux ; il semble interdire toute recherche sur son origine, sur les lieux qu’il a parcourus , et se bâte de rega-
gner le Rhône, comme s’il éprouvait quelque gêne a couler en plein air sans etre protégé par cet immense escarpement , comme si le voisinage de la majestueuse Satlenche était pour lui un sqjet d’humilité.
Ces beautés sont éternelles ; le sentiment religieux se fortifie à leur aspect , et la légion théhéenne en a pu concevoir une foi plus ferme. A.
peu près vers le temps où les marais du Rhône se rougissaient du sang des martyrs, Sion recevait des établissements nouveaux. Le fort Valérie prenait le nom de la fille de Dioclétien épouse de Galère; à en juger par une inscription , ce fort aurait été construit vers le 12* consulat de, Dioclétien.
D’autres prétendent, aussi sur la foi d’une inscription, qu’il tient son nom d’une autre Valérie, mere de Campunus, préfet du prétoire de Maximien.
Les restes d'antiquités y abondent, et l'on remarque encore une belle galerie percée dans le roc.
Postérieurement à cette époqup, le pays est qualifié de désert, et c’est sans doute dans ce temps que périt Aventiciim, car dès la fin de ce siècle (le quatrième) Ainmien Marcellin parle des ruines d’Aventicum. On voit encore son enceinte , et dans une prairie s’élève une colonne qui atteste la magnificence du temple de Junon. L'amphithéâtre est recouvert de gazon; mais les fragments de statues , d’autels , les tombeaux, les inscriptions se présentent en foule à l’observation de l'antiquaire.
L’expéditiond’Arbétion eut lieu peu de temps après que Constance, fils de Constantin, eut accordé la paix aux lîarbares. Ce général fut envoyé vers Brcgenz; il passa les Alpes à Chiavcnna, descendit au Splugen et vint sur les bords du lac de Constance, qlors entouré d’épaisses forêts. Il devait combattre les Aleinanni Lentienses, qui infestaient sans cesse les frontières de l'empire. Arbétion s’engagea dans les défilés au milieu d’une forêt qui, du lae, s’étendait jusqu’à l’Arleuberg.
Les Lentienses, profitant d’un brouillard, sortirai de leurs embuscades ,
SUISSE
tt
taillèrent en pièces un grand nombre de Romains et dix tribuns , et donnèrent l’assaut au camp; mais une sortie heureusement exécutée le sauva. En 354, Julien lit marcher vingt cinq mille hommes à travers le désert des Itelvétiens pour le venir joindre chez les Rauraques. Il est évident qtéalors Augusta n'existait plus. Les victoires de cet empereur auront pour quelque temps garanti l’Helvetie , comme le reste d l’empire, dont elle partagea la faiblesse et les malheurs. Plusieurs peuphuh s étrangères s'établirent ou furent établies en Suisse à l’époque de la grande émigration des peuples.
Lorsque les Francs parurent dans la Gaule pour la première fois, A étius, général romain, se niéliant des dispositions des Bourguignons, que les empereurs avaient replis au bord du Rhin , leur assigna pour demeure les terres autrefois occupées au pied des Al|>es par les Allobroges et les Ilclvétiens. Quelques années après , en 450 , parut le fléau de Dieu, Attila; sur-lechamp tous les Barbares s’unirent à Aétius pour le combattre. Lue grande bataille fut livrée; les historiens different : le roi des Bourguignons , Gundnhnr, périt-il dans cette lutte?
ou bien faut-il rap|>orter à 436 le désastre éprouvé par ce peuple? On veut que son (ils ait trouvé la mort dans la bataille de 450. On compare les textes de Jornandès qt d’Idacius et les récits poétiques mais traditionnels du célèbre poème des Niebelungen sur la vengeance de Cbrenihield ; mais en ne prenant que les faits historiques, on fait aux Bourguignons étanlis en Suisse une large part des conquêtes qu’après la mort d’Aétius et d'Attila ils tirent de concert avec les Visigoths, ceux-ci en Espagne, ceux-là en Provence. Les pays de Berne et de Fribourg , le Valais, la Savoie, le Dauphiné étaient couverts de leur population. Ces contrées avaient été long-temps presque désertes ; ils purent se les pirtagersans obstacle. Alors l’Helvétie romaine retenait peu de traces deson ancienne splendeur : le Léman vovait -Novioduniii»
abandonnée par son évêque; Aventi-
cum avait perdu jusqu'à son nom pour s'appeler l’agus ViUiacensis , ou ni* lacligau, et sauf quelques chalets du Jura, le désert s’ etendart jusque vers Romain-Moutier : c’t st ce qui explique comment les plus anciennes familles sont de race bourguignone; comment sur les deux rives du Jura les mêmes noms se répètent ; comment enfin il y a dans la langue tant de mots étrangers au latin ; mais la race alémanique occupait de plus vastes contrées. En Suisse , on la trouve assise au-delà du pays appelé Uechtland , que baignent les lacs de Keufcliàtel , de Berne et de Bienne.
I.’ Argon, les rives de la Reuss, le lac de Constance, la RJiétie, enlin tout le (ours du Rhin jusqu'à Cologne obéissaient aux Aleiuanni. Ceux-ci étaient jâtres, les Bourguignons agriculteurs.
Les Alemanni n’avaient que des troupeaux et des armes; ils détruisaient 1rs villes, ils exerçaient le pillage et servaient chez les ppuples voisins.
Aussi la Suisse bourguignone se civilisa, tandis qu’il fallut à la Suisse alémanique une nouvelle invasion.
Les Francs alors se tenaient vers le Rhin inférieur, dans des pays que les Romains -n'avaient jamais soumis complètement; ils se jetèrent sur la Gaule. Le siège de I empire était à Byzance. L’autorité de son chef était dé peu de secours contre l’oppression des tyrans romains. Il arriva donc souvent que les villes elles-mêmes en appelèrent a Chlodowig , chef des Francs :
a sa première bataille il avait à peine l’âge d’Alexandre au Graniquc. La victoire de Tolbiac ne fut qu’un choc entre les Francs et les Alemanni , qui se disputaient Cologne : les Alemanni firent place aux Francs.
Les Ostrogoths avaient obtenu de Zenon la concession de l’Italie; uhe multituded’ Alemanni vaincus par Chlcdowig se dirigea vers le Pô et vint dans es terres du roi Didier. La Rhétie fai- .* ait partie du gouvernement d’Italie;
( lie comprenait le Tyrol, une partie de ta Souabe, 1rs Grisons, les Alpes d’Appenzrl ,de Glarus et d’Lri jusqu’à un rocher, limite de la Bourgogne,
sur lequel Dagobert , roi des Francs , fit tailler une demi-lune. Didier confia le commandement de la Rbétie à Servatus; il avait pour sold ts une milice locale, les Bréones, sévèrement disciplinés. .Nous ne savons nas assez quelle était alors la langue des Goths pour juger s'il s’en est conservé quelque chose dans le dialecte suisse. Depuis deux mille ans, environ , les nations les plus diverses se sont répandues dans ces contrées, et il n’v a guère plus de trois cents ans que l'fiistoire est écrite par des indigènes ; il nous est donc impossible de discerner ce qui dans chaque vallce, depuis le Prettigau jusque vers Vérone , est d’origne taurisque, rhétienne , cimbrique, alémanique , gothique ou germanique.
Ainsi dans le cinquième siècle la Suisse romane était bourguignone, la Suisse allemande était alémanique et franque, et la Hhétic obéissait aux Ostr 'goths. Les rois francs étaient catholiques ; l’arianisme dominait en Bourgogne et en Rhétie.
La Bourgogne ne fut pas exempte des ravages des Visigoths; elle subit aussi des dissensions intestines. Gondehaud avait fait décapiter Cliilpéric , son frère , qui avait essayé de le détrôner. Ce Chilpéric était le pètp de Clotilde. L’histoire de France nous la fait connaître : elle nous dit comment l'espoir de venger son père et le désir de convertir le roi des Francs lui firent accepter la main de Clovis; elle décrit son départ et l’incendie des bourgades qui signala son passage; enfin elle rapporte la victoire de Clovis, la soumission, puis la révolte de Gondebaud , qui s’empara de tout le pays situé entre Aventicum et l’Aâr, et qui poussa même ses incursions jusqu'au Tésin et aux rives du Pô. Mais l'événement le plus remarquable de ce règne est l’assemblée tenue à Genève pour mettre des bornes à l’autorité royale. Ces lois de Gondebaud y furent solennellement abrogées en la 30* année de son régné ; et bientôt l’on fit un code nouveau qui régit aussi les Suisses, et dans lequel on remarque, à travers beaucoup d'ignorance et de
superstition, des germes féconds de civilisation et de progrès.
Genève, deux fois détruite sous les empereurs, fut restaurée par Gondebaud. On retrouveencore les fondations de ses murailles dans lesquelles se rencontrent beaucoup de débris plus anciens. A la même époque s’élevèrent, au-dessus de Lousonium, les premières cabanes prèsdesquelles se forma bientôt Lausanne. Prote*ius,leVénitien, fuyant l'aspect de l’Italie ravagée, était venu chercher un asile sur le Sauvabelin.
Les ermitages se multiplièrent dans les valléesdes Alpes et du Jura, et ces contrées s'ouvrirent à de plus nombreuses populations , comme si les hommes s'associaient plus volontiers à ceux qui semblent les fuir.
Gondebaud, déjà vieux, réunit sa cour à Quadruvium, non loin de Genève. Ce lieu est aujourd'hui appelé Quarne.
Là son (ils fut élevé sur le bouclier et proclamé roi. Gondebaud avait régné 50 ans. Le premier soin du nouveau roi fut de déférer au vreu du pape. Il réunit les prélats de ses états à F.paone, et dans ce conrile furent réglés plusieurs points de discipline ecclésiastique et de dogme, mais Sigmond n’eir iut pas pour cela meilleur. Il avait épouse, eu premières noces, une fille de Didier, roi des Ostrogoths, et il en avait eu un fils ; après la mort de la reine, il épousa une femme de sa suite, et sur les instiga'ionsde cette femme, offensée par le fils de son ancienne maîtresse, il l’avait fait tuer. Didier envoya, pour venger cet attentat, Tolonic et une armée considérable , et Sigmond n’eut d'autre ressource que de fuir à Saint-Maurice, où il alla se prosterner au pied des autels. Mais Clotilde vivait encore; elle n’avait point oublié la mort de son père; elle avait pour fils quatre rois, et il y en avait trois qui régnaient sur des peuples francs; elle lesexcita doncà reprendre l’héritage de leur aïeul, a se venger sur le lils du meurtrier. Chlodotnir d'Orléans, Clotaire de Soissons et Chiidebert de Paris s’allièrent avec Didier.
La victoire ne fut pas douteuse : Sigmond , découvert parmi les religieux ,
iogte
fut emmené à Orléans, op lui, sa femme et ses deux fils furent décapités. La Suisse alors ohéit pour la plus grande partie au roi des Ostrogoths. Godcmar combattit encore plusieurs années contre les Francs-, et la chute du royaume de Hourgog^pjut consommée par sa défaite. KihsI? les Francs étendirent leur domination sur toute la Suisse; la Rhétie même fut conquise par eux.
A partir de cette époque, il y eut un patrice chargé du gouvernement de la Bourgogne ; son autorité s'étendait sur la Savoie, Genève, le Valais, Berne, Fribourg et Soleure. La partie alémanique de la Suisse obéit a un duc, et lu Rhétie eut un président. Les habitants de ces provinces prirent, avec; les autres Bourguignons, une part active à la vengeance des Ostrogoths contre Milan, en 538. Cette malheureuse cité expia sa révolte par le massacre de tous ses habitants, et les femmes furent emmenées en captivité.
Les Suisses auront fait partie aussi de l'expédition de Bucelin et de Lantahar contre Marsès; ils auront éprouvé les mêmes malheurs après avoir exercé sur l’Italie les mêmes pillages. Bientôt les Lombards vinrent prendre la place des Ostrogoths. Ils trouvèrent ou b;1tirent Belfinzona, pénétrèrent jusqu’au Saint-Gothard, et passèrent dans le Valais où ils éprouvèrent plusieurs défaites, entre autres, près de Bex, en
Lorsque le faible Thierry succéda à son père Childebert, Protadius acquit la dignité de maire du palais; en haine de la noblesse qu’il voulait opprimer, il suscita une guerre contre r Australie, mais il périt dans une sédition.
Brunehaut, qui l’aimait, ne se contenta point de le pleurer, elle le vengea en faisant périr Welf, son ennemi. Theudclane, petite-fille de Brunehaut, reçut d’elle le pays de Vaud et l'Lchlland.
Cette reine' altière éprouva dans ses vieux jours les effets de la vengeance des nobles. Thierry n’existait plus ; elle vivait chez cette même Theudelane au château d’Orbe , dans un déOlé du J ura , sur des roches escarpées. Tout-à-
coup elle fut arrêtée et livrée au roi des Francs. — Les maires du palais devinrent de plus en plus puissants.
Alors Alethée, patrice des Alpes, de la race des anciens rois, entreprit de chasser les Francs du pays. Il était déchiré d’une violente passion pour Bertrade, femme de Clotaire. La cour était à Marlenheiin , en Alsace.
Alethée y envoya l’évêque de Sion, qui prédit à Bertrade que , d’après l’observation qu’il avait faite des astres, son royal époux n'avait pas une année a vivre , et que le patrice Alethée ressaisirait le sceptre de Bourgogne et le déposerait à ses pieds. L’evéque termina en offrant à Bertrade de fuir dans son château de Sion ; mais la reine révéla cette conversation, et le .patrice fut décapité, tandis que l’évêque fut confiné pour le reste de ses jours dans un cloître.
Au temps de Dagobert, vivait, dans les vallées du- Jura, un Trévirois de noble race, nommé Gerinanus, que peut-être on appelait ainsi à cause de son origine. Il fonda, au milieu de ces forêts , de ces roches bizarres qui s’alignent en forteresses ou qui descendent parallèles vers la Birse, un monastère dont nogs ne voyons plus que le portail. Dans une autre vallée, non moins pittoresque, Vandergesils, riche et noble, vint fuir le monde et la cour, offrant l'hospitalité à quiconque hasardait ses pas sur le sentier périlleux qui conduisait a sa retraite, voisine des sources du Doubs. Telle est l’origine des abbayes de Moutier et de Sainte- Ursane. C’est dans ce même temps que saint lmier vint avec Albert, son valet , fertiliser les environs de Porentrui et l’Arguel, déserts qui appartenaient alors à l’évêque de Lausanne, successeur de ceux a'Avcnches. Saint lmier fit ensuite un pèlerinage en Terre-Sainte, et quand il revint, ses établissements sur les bords de la Suze, au pied du majestueux Chasserai , étaient dans l’état le plus prospéré.
Il n’y avait point de villes sur les rives du lac de (tienne; quelques fermes étaient répandues autour de celui de Morat, et plus loin, vers le sud, s’of-
L’UNIVEJIS.
frait le triste aspect des mines d’A venticum. Non loin de là vivait Marins, auteur d'une chronique, noble bourguignon, qui passait l'ete à la culture, l'hiver à faire des vases sacrés. l.a maison et l'église qu'il bâtit donnèrent naissance à la ville de Paverne.
Nommé évêque d’Avenches, il transféra ce siège à Lausanne. Le Léman , si riche d’habitations, n'avait alors, sur ses bords les plus fertiles, que des débris plus tristes que la roche qui retombe dans la profondeur de ses eaux, plus déserts que les sommetsdes Diablerets ou la croupe rocailleuse de la Dent d’Oche. D’une part, les ruines deLousonium;àl'opposite.versSaint-Gengolf, celles de Tauretunuin, engloutie dans le lac avec les flancs de la montagne qui s’y précipita; vers le midi, Noviodunum aussi ravagée. F.n un jour de désastre, le lac s'éleva subitement à aine hauteur telle , qu'il couvrit les villes, les villages et les églises, et que des po-
fmlations entières périrent. Il rompit e pont de Genève, à l'autre extrémité du Léman. Le diocèse de Lausanne avait alors une immense étendue : il comprenait, d’une part, tout le Jura, de l’autre, tout le cours de l’Aar, jusqu’à son embouchure, et par suite de l'ancienne réunion de ces pavs avec la Séquanie, il ressortissait a l'archevêché de Besançon. Bientôt, après Marins, vint Donatiùs, qui prêcha le christianisme dans les montagnes et fonda Romnin-Moutier dans le Jura. Quand des solitaires écossais se répandirent sur la France pour y prêcher leur religion, saint Colomhan , chassé de Luxeuil où il avait fondé une abbaye, obtint du roi d’Austrasie la permission d'annoncer à l’Ilelvetie les vérités du christianisme. Ascapha était le nom du lieu où depuis s'est élevé Schaffhouse; à Zurich il n'y avait qu’un château fort, et la Suisse alémanique n'avait guère «pie des bourgades eparses.
Les solitaires les parcoururent. Saint Gall trouva beaucoup de résistance ; on lui répondait que jusqu’à ce j ur les dieux du pavs avaient su dispenser, comme il le (allait, la pluie et les beaux jours, et qu'ou leur demeurerait lidele.
Alofs saint Colomban et snintGall mirent le feu au temple ^précipitèrent les offrandes dans l'eau et s'enfuirent à Arbon, au Ixird du lac de Rregentz.
Là se trouvait un temple de W odan.
Ces pieux voyageurs brisèrent les idoles, consacrèrei^une église et plantèrent un jardin dt^ntqjfet arbres fruitiers. Peu sensibles à ees bienfaits, les Barbares obtinrent du duc l’expulsion des religieux. Gall se retira donc chez le prêtre AVilleram, car il était malade : Colomban partit avec Sigebert pour le pays des Lombards, mais il resta dans les plus affreuses solitudes des Aljies, et non loin des sources du Rhin, il fonda Disentis, tandis (pie son compagnon créait auprès d'Arlxin l’abbaye de Saint-Gall. Il n’y avait encore que dps cellules quand il mourut, et le couvent s’éleva, 65 ans plus tard, sous la protection de Pépin d'Héristal, maire du palais.
Long-temps avant l'arrivée de saint Gall, ï'ridolin, également venu d’Écosse, avait établi dans une île du Rhin le couvent de Seckingen. Deux seigneurs, lîrso et l.andulpbe , lui donnèrent, dans le milieu des Alpes, près de la source de la Liminath , de vastes pâturages : e’était le pays de Glaris, qui fut ainsi nommé parce que Pridolin établit, près de la principale habitation, une église de Saint - Hilaire. La prononciation locale de Hilarlns produisit (.taris et (.tarins.
Ce pays lut donc une dépendance de l'abbaye de Seckingen. Il était cultivé depuis l'époque des Romains, qui, pour couvrir la Rliétie, avaient un camp sur le bord du lac de AYalilenstadt :
une charte de 065 qualifie encore cette position de P.rtus Kivanus Nous avons déjà cité les noms deTerzen, Quarten, Quiiiten , qui indiquent les numéros de cohortes ; . mais les populations effrayées s’étaient enfuies dans les montagnes. Depuis Ig chute de l’empire , ce n'était plus qu’un désert; le christianisme seul put rappeler dans les vallées, autour des couvents, les habitants dispersés.
L'origine de Ziirirh çst contemporaine. Deux frères , Rupreclit et AV io-
ogle
SUISSE
kerd, l’un duc, l’autre prêtre, avaient des domaines sur i'Albis. Le lieu où s’écoule la Liinmatli avait toujours été fréquenté par les marchands qui traversaient la Rliétie pour se rendre d’Itaiie dans la Gaule, mais les ruines des anciennes villes étaient couvertes de broussailles ; ies forêts s'étendaient de ce désert jusqu'au pays d’Arbon ; les Alemanni en combattant l'empire, les Francs en subjuguant les Alemanni, avaient tout dévasté. Ruprecht commença par établir un monastère à l'endroit où la Limmath devient fleuve.
Sept fois le jour, ses religieux devaient louer le Seigneur. Wickard, de son côte, fonda l'abbaye de Saint-Léger, à l’endroit où le lac de Lucerne rend la Reuss .à son cours ; cette rivière reparaissait d’abord sous la forme de marécages malsains et inaccessibles à la navigation. On conçut l’heureuse idée d'agrandir le lac ; une digue accomplit ce projet, et ce lac fut ouvert aux communications, jusqu’il l'endroit ou la Reuss prend un cours déterminé.
Telle est l’origine de Lucerne, qui appartient, comme celle de Ziirich, comme celle de Glarus, de Sainl-Gall, de Dissentis, à ce septième siècle, a cette renaissance de l’humanité, qui semblait s’éveiller à la voix du christianisme pour ressaisir les bienfaits de la civilisation, que le découragement lui avait fait abandonner.
Les conquêtes des Arabes ébranlaient l'Kurope; la bourgogne, et par conséquent la Suisse, en furent menacées, jusqu'à la victoire de Charles Martel. D’un autre cité, une peu-
{ilade venue, de Hongrie pénétra dans a Rliétie et voulut franchir le Saint- Gotliard ; mais elle fut cernée et taillée en pièces par les habitants , dans les environs de Dissentis. La puissance des maires du palais grandissait chaque jour : les ducs se révoltaient quelquefois contre leur autorité : dans une de ces séditions, Saint-Gall fut ravagé par les troupes du duc Godefroi. Ce fut à la suite d’une autre révolte que Pépin abolit le duché d’ Alemanie. Des comtes administrèrent ce pays, sous la surveillance de Mi»si
cameræ, envoyés de la chambre. Les évêques conservèrent- leur dignité , mais ils négligèrent leurs devoirs , et perdirent leur im|>ortance. H se passe deux siècles sans qu’on entende parler de ceux de Lausanne. On ignore pendant près de quatre cents ans ce qui concerne les chapitres de Râle et les évêques du Valais. L’histoire semble muette depuis la lin du règne de Dagobert, d'-crite par F rédégaire, jusqu’à l'époque où les chartes jettent quelque jour sur les annales des peuples.
Sous le règne de Charlemagne s’établit la puissance des évéquesde Coire; l’abbaye de Dessentis prit des accroissements considérables. Confondue dans le reste de l’empire, la Suisse ne fournit point à l’histoire de faits spéciaux; seulement on se souvient qu’Isambert, comte de. Thurgovie, sauva l’empereur, menacé par un sanglier , à une chasse près d'Aix-la-Chapelle. Dans ce temps , les comtes de Lenzbourg rappelaient, en perdant leur origine dans la nuit des temps, les anciens Alemanni Lentienses. Ils couvrirent l’Argo\ie de fondations. Les couvents, les villages, les villes semblaient naître à leur voix. Les vallées de Schwytz et d’Lnterwalden reçurent aussi leurs établissements. Meinrad, (ils du comte de Hohenzollern , avait pris dans le couvent de Keiehenau le goût de la.
vie retirée; il s'établit d'abord près du . lac de Zug; puis, après des jeûnes et des prières, il s’avança dans le désert, au pied du mont Etzel , et y demeura de longues années, jusqu’à ce qu’il fut assassiné par des brigands qui furent livrés au supplice. Quatre-vingts ans après l'événement, l’abbaye de Aotre- Dame-des-F.rmites s’établit au milieu des ronces et des bois qui avaient recouvert le sol cultivé par Meinrad.
Déjà Saint-Gall avait pris des accroissements notables; la science v était cultivée ; les religieux lisaient les meilleurs écrits des Pères de l'Eglise. Sans eux nous serions privés de beaucoup d’ecrits de Cicéron , nous n’aurions ni Quintilien, ni Ammien Marcellin.
Le monastère de Lucerne était placé sur la frontière de la Thurgovie et de
l’Argovie. Pépin l’avait donné à l’abbaye de Murbarh en Alsace. Les domaines de ces religieux sont ensuite devenus le siège de villes assez considérables , telles que Sarnen , Stanz, Alpenach , Kusnacht. Il paraît que Pépin se réserva le pays qui , des Alpes et de l’Aar, s'étend au Jura, car on l'appela Comitatus Pippinen&is. Ces possessions étaient fort importantes
frour surveiller les Aiemanni et garder es passages de la France et de l’Italie. L’éveque de Lyon gouvernait le Valais. Les prélats et 1a noblesse allaient à la diete de l'empire.
En 827, lxtuis-le-Débonnaire donna à son lils Charles-le-Chauve la Rhétie, la Souabe et l’Alsace, dont les frontières s’approchaient alors beaucoup des Alpes. Lothaire, après avoir fait la guerre à ses frères et à son père, joignit au royaume d’Italie le Valais, lé pays de Vaûdet l’Alsace. Après qu'il se fut retirédans le monastère de Prum , ses trois tils se réunirent à Orl>e pour y partager ses états, ils ne purent s'entendre; mais plus tard la Rhétie et l'Italie furent attribuées à Ixiuis; Sion, Genève, Lausanne et le comté de Pépin à Lothaire, tandis que Charles eut Lyon et la Provence, bientôt Lothaire céda ses possessions à Louis , mais il garda le couvent du Saint-bernard et le comté de Pépin. Lothaire avait épousé la fille de boson , comte de bourgogne, et la dédaigna pour une concubine. Alors Hubert, son frère, se révolta pour la venger; mais les troupes de Lothaire lurent victorieuses dans un combat livré près d’Orbe. Ce prince étant mort, Louis prit l’Alsace, bàle , le pays de Soleure et Lucerne , dépendance ’ de Murbach ; Charlesle-Chauve eut Lyon, Genève et Lausanne.
Après la mort de Louis-le-bègue , les prélats de bourgogne se réunirent et députèrent vers iioson , pour le prier d’être roi. Doué d'un grand courage militaire et de qualités aimables, ce seigneur s'était élevé a la iaveur de la passion que Charles-le-Chauve éprouvait pour sa sœur Richilde. Il avait reçu de ce prince le gouvernement de la
Provence , du comté de Vienne, de l’abbaye de Saint-Maurice et du Valais.
Lorsqu’on lui offrit la couronne, il se montra incertain, irrésolu; enfin il accepta, et fut couronné par Aurélien, évêque de Lyon. Il y avait 345 ans que les Francs avaient détruit le premier royaume de Bourgogne. Mais Louis et Carloman se liguèrent avec Charles-le-Gros , et vinrent assiéger Vienne, qui fut prise, ce qui n’einpécha pas que Charles ne donnât à boson l’investiture du royaume , Soit en sa qualité de tuteur de’Charles-le-Simple, soit qu’il considérât la Itourgo-
ne comme un ancien patriciat de
empire. C’est de la sorte que les empereurs acquirent un droit sur le royaume d’Arles, cette ville étant la principale du territoire de Boson.
A cette époque les évêques de Lausanne continuèrent à être élus par le peuple, sous la présidence du clergé.
Le pape Jean V 1 1 1 , prétextant sa souveraineté sur tous ces sièges, défendit d’introniser un évêque de Lausanne sans son consentement. Il le donna pourl’évêque lliéronyme, et le soutint quand Charles-le-G rds voulut l'expulser comme partisan de Boson. Ce même pontife s’engagea dans une querelle avec l'archevêque de Vienne. Un légat de Genève voulant maintenir l’évêque Optandus qu'il avait consacré, et que Iioson et l'archevêque ne reconnaissaient point; ce dernier le fit jeter dans les fers, jusqu’à ce qu'il cédât luimême aux excommunications fulminées par le pape.
Apres neuf ans de règne, Boson mourut, laissant un fils mineur appelé Louis. L'empire était alors usurpé sur Charles-le-Gros, par Arnolphe. , lils illégitime de Carloman. La France, l’Italie étaient arrachées aussi à leurs souverains. La Bourgogne ne fut pas plus tranquille. Rodolphe, fils de Conrad, qui avait vaincu Hubert près d’Orbe, se créa roi de tout le haut pays; il assembla des prélats et des seigneurs à Saint-Maurice dans le Valais, et par l’intluence de l’évêque de Lyon l'assemblée lui conféra la couronne. Louis et scs descendants se -
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