I.AC U F. CKNFVK . OKNFKKSKK
SUISSE. 17
contentèrent du royaume d'Arles. Ar- hold eurent été mis à mort et leurs nolphe essaya d’abord de susciter une biens confisques, pierre à Rodolphe , mais il vint à Ra- Il parait que Rodolphe et Burghard tisbonne, et conclut une transaction se disputaient la possession de l’Argoavec les grands de la Souabe. Plus vie; le premier passa la Reuss, et vint
tard , quand A rnolphe entreprit une près des ruines de Vitodurum, non loin
expédition en Italie, Rodolphe com- du château de Ky bourg, où il fut prit qu’elle ne serait point sans dan- battu par les Soùabes ; mais le duc
per pour ses états, surtout à raison Burghard lui donna en mariage sa
delà protection que le roi d’Arles obte- Allé Berthe, qui fut plus utile a son nait au monarque allemand : il oc- peuple que ne l’eût été la conquête de cupa donc le col d'Ivrée dans les AI- beaucoup de provinces, ws. Aussitôt Arnolphe marcha contre Après avoir désigné Berthe comme lui par le Saint-Bernard, tandis que - la fille de Burghard, comme l'épouse de Zwentibold, son bâtard, remontait le Rodolphe, l’histoire se tait; à peine si Rhin pour faire diverson. Les Aile- les chartes font mention de la fondatrice niarids vinrent par Saint-Maurice à (|e Payerne, de la tour de Gourze, de Bex, et se répandirent le long du lac Wufflcns; mais les monuments ont sur tout le pays de Vaud ; mais ils ne traversé lesflfècjes : ils ont fixé la trapurentque le ravager, et furent obli- dition au pied de leurs antiques crégés de l'abandonner, parce que Rodol- neaux. la* nom de la reine Berthe est plie tira parti de la difficulté des lieux, toujours dans les souvenirs. la; peuple L’évêque de Lyon, qui l’avait beaucoup parle encore de cette princesse, de sa seconde, fut investi du comté du Va- piété, de sa haute sagesse, de son lais , dont la possession est impor- inépuisable charité , de son ardent tante et pour la Bourgogne et pour amour du travail. On la représente le Milanez. Rodolphe régna 24 ans, filant au milieu de scs femmes : YVufet transmit son royaume à son lits du tiens, dit-on, était sa principale résiméme nom. ' dence. Le merveilleux des récits popu-
Opcndant, depuis Pépin, la Suisse Inires n’a point abandonné cechâtcau. alémanique, comprenant Kybourg , L’ouragan quelquefois mugit à travers Zurich, Saint- G ail, Raperschwilii , ses vastes greniers et dans ses nômétait sous l’autorité des olticiers de la breuses tourelles : ici la nature est chambre qui gouvernaient la Souabe. grande, imposante , et l’aine accessi- #
Cette charge appartenait à Krchanger ble à la superstition s’effraye à la voix •
et Berthold,deux freres de la maison imaginaire des nocturnes visiteurs de •l'Astolfingen , qui , dans des temps ces lieux , fantômes presque millénaifort recules, possédait le duché de Ba- res , que chaque nuit ramène parmi vière. Krchanger et Berthold s’étaient les hommes, que chaque jour rejette vaillamment battus contre les lion- dans la tombe, effroi mystérieux de grois. Alors, se distinguait de tous ses la postérité, après avoir été l’auiour contemporains Salomon , évêque de des contemporains.
Constance, abbé de Saint-Gall, de La fondation de AVufïlens est repor- Pfeffers et de deux autres monastères, tée plus haut que l’époque où vécut La magniücence de ce prélatet les do- Berthe; mais cette opinion est sujette nations qu’il recevait de la couronne à contradiction. Le style d’architecexcitaient la colère des officiers de la ture est bien celui de son époque : une chambre ; ils le firent deux fois arrê- forme hexagone , un double château ter; et après des aventures assez ro- dans la même enceinte, des créneaux, nianesques, ils se virent contraints de des galeries et des tourelles en saillie céder. Burghard, comte de Souabe, supportées sur des contre-forts. Il va qui l’avait soutenu, fut fait duc, et l’ail- dans cette construction une originalité niinistrntion des officiers de la cham- que le dessin seul a pu faire connaître, bre cessa quand Erchanger et Bert- Du haut de ces galeries, la vue se re-
2' Livraison. (Suisse.) . 2
S ose sur de fertiles vignobles , et par elà les collines elle s'arrête sur la blanche surface du lac; dans ses profondeurs se reflètent les Jumelles, la dent Doehe , le roc il' Enfer , et tout ce que les Alpes du Chablais ont de plus sombre et de plus abrupt. Puis, à travers une échancrure de ces remparts de la nature, apparaissent le mont Blanc, et ses croupes neigeuses , et ses supports de rochers. Tel était le séjour de lierthe , quand les seigneurs italiens appelèrent Rodolphe à leur secours contre le roi Bérenger. Il y courut ; mais après des succès divers, il se vit trompe par les artifices delà marquise d’Ivrée, qui mit sur le trône Hugues, comte de Provence, dont elle était la sœur. F.n vain Burghard de Souahe assiégea Milan, cebeau-pèra®e Rodolphe pent assassiné. C’était le temps où les Magyares se répandaient sur l’Europe :
ils se chargèrent de venger Bérenger et ravagèrent la Lombardie, la Souahe et la Rhétie. On les appelait Turcs ou Hongrois , parce que ce dernier nom signifieétranger. Néanmoins Rodolphe agrandit ses états : Henri-l’Oiseleur lui donna une partie de la Suisse, alémanique, et notamment Mûri et Églisau.
Il mourut en 937.
A peine son fils Conrad eut-il été proclamé' roi à Chavornay, que de toutes parts les Barbares se précipitèrent dans ses états. Les Sarrasins venaient des côtes de France; les Hongrois arrivaient de la Rhétie; en pas:
sant «à Bâle , ils massacrèrent l’évêque. A leur approche , Berthe s’enfuit dans une tour , à l’endroit où est aujourd’hui Neulchâtel. Conrad eut recours à la ruse : il promit aux Hongrois son appui contre les Sarrasins ; puis il avertit ceux-ci de se garder des Hongrois; et quand ils se furent mutuellement exterminés, il eut bon marché du reste de leurs armées.
Cette apparition des Barbares décida Berthe à la construction de la tour de Gourze, que l'on voit à deux mille pieds au-dessus du lac , sur l’une des plus hautes cimes du Jorat : â l’opposite sont les roches de la Savoie; à l’est se présentent, au-dessus des
montagnes du Valais, les formes bizarres et dentelées des Diablerets, puis la large et blanche dent du Midi , qui ressemble à une forteresse aérienne. A la base de ces rocs immenses le Rhône s’ouvre un passage au milieu des broussailles. Il se glisse inaperçu dans le Léman , et le noble château de Chillon attire à lui seul l'attention du voyageur vers le fond de ce magnifique tableau.
Ces incursions des Barbares n’étaient, dans tous les esprits, que l’affreux prélude de l'accomplissement de la période millénaire, tenue fixé par Dieu même à la création. La piété des grands se manifestait par des fondations. Berthe éleva Paverne, abbaye de l’ordre de Cluny, et ia dota de son douaire. Les matériaux de l’église furent tirés d’Aventicum. La charte de fondation existe encore; les plus grandes imprécations menacent quiconque toucherait aux revenus du monastère.
« Que sa portion soit avec ceux qui « ont dit à l’Eteruel : Retire-toi de « nous. Qu’il soit avec Dathan et « Abiron , que la terre engloutit vi- « vants. Qu'il soit assimile à Judas,
« qui trahit son Seigneur , etc. , etc.»
Berthe s’était remariée à Hugues, roi d’Italie; mais ce second époux n’eut point de part à ses vœux : elle recommande l’amc de Rodolphe, son premier mari , son propre salut, et celui de scs Gis.
Alors aussi, Bernard de Menthon , moine de la vallée d’Aoste, vint s’établir sur la montagne de Jupiter Penninus. Le souvenir ae ce dieu se conserva long-temps dans le nom deMont-J oux(*).
Les richesses du monastère s’étendaient eu Sicile, en Italie, dans le pays de Vaud et dans le Valais. 11 en fut suc-
(*) Bernard de Mentlion passe pour !• fonda leur de ce couvent ; mais plus de cenl ans auparavant les chartes rappellent un Valgnire, abbé de Mont-Joux, un évêque do Lausanne , Hartmann , qui en fui aumônier. Enfin d, ms une convention de 85g,Lothaire, roi d’Austrasie, s'élail réservé cet hôpital. On voit que Bernard de Mentbon eu fut plutôt le restaurateur que le fondateur.
SUISSE
SUISSE
cessivement dépouillé. Les religieux, placés sur le point le plus élevé du passage (à 7476 pieds au-dessus de la mer) , parcourent ces déserts de neige, où le froid, pendant sept à huit mois de l’année, est de 22 degrés, où il gèle chaque matin , même en été. Ils sont suivis de chiens dont l'intelligence et le dévouement seraient incompréhensibles, si l’expérience n'était là pour confondre notre incrédulité. Ces animaux explorent les vastes solitudes de neige dont le monastère est entouré; iis se mettent à la recherche des voyageurs , les découvrent au fond des précipices , les retirent du milieu des avalanches , les ramènent et les uident; et si ces infortunés sont ors d’état de les suivre, les chienscourent au couvent, avertissent les religieux, et le secours ne se fait pas attendre. C’est, de toutes les pieuses fondations, la plus salutaire; car il passe annuellement de sept à huit mille voyageurs au mont Saint-Bernard. Il y a souvent plusieurs centaines de personnes nourries et abritées dans ce refuge ; et malgré toutes ces précautions, il périt beaucoup de malheureux , dont on range les corps à côté les uns des autres dans une chapelle située au-dessous du monastère. La rigueur du climat les préserve de la putréfaction, et ils se dessèchent après avoir été reconnaissables pendant plusieurs années. Dans le cours de cette histoire, nous rappellerons quelles armées ont passé le Saint-Bernard : Desaix y repose, et sur le sommet des Alpes’ il garde pour la postérité le grand souvenir de Marengo ; il atteste le passage héroïque et presque miraculeux de l’armée française , dont il commandait une division. Bonaparte s’esi arrêté dans ces lieux : qu’importe qfl’on leur conteste la présence d'Annibal !
lo maison prévôtale du couvent est à Martignv, l’Octodurus des Romains, sur- le lieu même où les Veragres , les Nantuates et les Seduni assiégèrent autrefois Sergius Galba. Ce bourg, situé à l'entrée de la vallée d’Entremont, a été souvent ravagé par les eaux de la Dranse. En 1818, I Europe fut .
effrayée d’une lamentable catastrophe.
L’écroulement des glaciers avait arrêté la rivière dans la vallée de Bagnes : un lac s’était formé : tout à coup cette barrière se rompit , plus de 500 bâtiments furent renversés, Martignv fut inondé : la violence des eaux détruisit tout un faubourg; l’on se souviendra toujours de ces terres amoncelées, de ces rochers éboulés ; les débris des maisons, les arbres déracinés gisent encore sur le sol,’ et Ton voit, de nos jours, la trace du limon sur les murailles de quelques habitations. Des travaux ont été entrepris pour prévenir le retour de ces malheurs , qui , déjà dans les siècles précédents, avaient porté la désolation sur ces belles contrées.
Le Saint-Bernard et Martignv nous ont, un instant, éloignés de Conrad et des dernières années du royaume de Bourgogne. Le règne de ce prince n’offrit rien de remarquable. Quand il mourut , après un règne de 57 ans, les Bourguignons se réunirent à Lausanne, et nommèrent pour roi son fils Rodolphe III.
Conrad laissait de plus trois filles :
les alliances qu’elles contractèrent, ayant eu beaucoup d’influence sur les destinées du pays , l’histoire ne peut les négliger. Gisèle, c’était l’aînée, épousa Henri , duc de Bavière, et lui donna pour fils l’empereur Henri II ; Berthe fut mariée à Odon de Blois et de Chartres , comte de Champagne , et après sa mort elle s’unit au roi de France Robert ; enfin Hermann II, duc de. Souabe, fut l’époux de Gerberge, troisième fille de Conrad. Le nouveau roi était d’un caractère timide et efféminé ; à ce défaut il joignait l’injustice. Il entreprit de dépouiller un de ses seigneurs. Les grands craignirent que cet exemple ne leur devînt funeste : ils avaient élu Rodolphe , ils s’armèrent pour le déposer : déjà il avait été vaincu, c’en était fait de sa puissance... Il ne dut la conservation de sa couronne qu’au respect inspiré parles vertus d’une femme. Adélaïde, fille de la reine Berthe, était veuve de l’empereur Othon-le-Grand : sa parole fut
toute-puissante , et la paix fut donnée à Rodolphe. Il continua donc son règne triste et languissant: alors un roi n'avait de puissance que celle qu’il savait acquérir ; mais quand il régnait avec supériorité, sa puissance n’avait plus de bornes que la confiance de la nation. La couronne de Bourgogne n’était pas-riche;de plus, on administrait mal ; on vendait même les biens héréditaires du roi : il ne vivait guère que des réserves qu’il avait établies sur ses donations aux monastères. Ce fut lui qui donna au chapitre de Lausanne Ivonant, à celui de Bâle Moutier-Granval, Arguel et Saint-Ursanne. Il restitua aussi dans leurs droits et possessions les abbavesde Romain-Moutier et de Saint-Maurice; mais il n’y avait dans tout cela rien de magnanime : la haine et la crainte étaient les seuls mobiles de la conduite de Rodolphe. Toujours faible , toujours défiant , il cherchait ses appuis au dehors; il imagina donc d’instituer pour héritier l’empereur Hénri II, le fils de sa sretir Gisèle. Cet acte alarma le comte de Champagne, autre neveu de Rodolphe, qui avait des prétentions au trêne, et peutêtre des droits sur les biens de sa succession. D’autres grands s’opposèrent à l’accomplissement de cette volonté, ui blessait manifestement le principe lec.tif : on se préparait à la guerre:
mais Rodolphe s’enfuit à Strasbourg, où était Henri II , et là il lui fit solennellement la remise de sa couronne, comme s’il en edt été le maître absolu, comme s'il ne l’eût pas obtenue du choix libre de la nation! Les Bourguignons refusèrent donc de reconnaître i’cmpereurqu'ilsn’avaient point élu roi.
Celui-ci envoya une armée commftndée pnrWcrner, évêque de Strasbourg.
Ce prélat était accompagné de ses freres Radbod de Habslxnirg et du chevalier Laneelin : on marcha jusqu’au lac de Genève ; là il y eut une bataille où le comte de Poitiers , général de l’armée bourguignone, fut complètement battu.
Il fallut donc subir le joug et se soumettre à l’empereur.
Pour la première fois nous avons prononccle grand nom de Habsbourg ;
nous devons un souvenir à l’origine de cette maison; les destinées de la Suisse ont été long-temps balancées par son influence , et cependant elle doit sa naissance à un proscrit. Contran, issu de la famille des ducs d’Alsace, et l’un des descendants d’Éticlum, avait encouru la disgrâce de l’empereur Othon. Landgrave d’Alsace et du Brisgau , ce Contran avait pris part à la révolte de Henri-le-Querelleur, d’Kberhard, duc de Franconie, et de Giselbert, duc de Lorraine:
ils étaient soutenus par louis d’Outremer, roi de France. Eberhard et Giselbert périrent au combat d’Andernach : Contran , dépouillé de ses dignités. se retira dans les terres qu’il possédait en Argovie, et s’appela comte. d’Altenbourg et de Vindisch. Alors régnait sur la Bourgogne Rodolphe II, qui lui avait fait don de IMoutier- Granval et de presque -tout l’Arguel ; mais Conrad II, d’accord avec Othon, lit décider, par une assemblée de seigneurs et de prélats, que ces doniàrités ne pouvaient appartenir à un laïque: ils lui furent retires. L’auteur de l’illustre lignée dont la puissance s’étendit jusqu’à l’Indus et aux (’.ordilières , s’occupait humblement à se faire des vassaux de tous les campagnards voisins des seuls domaines qui lui fussent restés. Il se permit mainte usurpation, et, plus d’une fois, il convertit en prestations, des usages , des services dus à la seule bienveillance. Son (ils Laneelin se conduisait de même envers les habitants de Mûri, qui l’avaient choisi pour protecteur. Rathod, petitfils de Contran, celui-la même qui prit part à l'expédition de Werner , pour Henri 11 , s’unit à Ida , fille de Ferri , •diig de Lorraine, qui était par sa mere la nièce de lingues Capet. Mûri fut son douaire et devint une abbaye fondée pour expier les exactions de Laneelin et de Hatbod. Rathod bâtit le château du Habsbourg, dont le nom a beaucoup exercé Iesétymologistes : on donne la préférence à l’opinion que l'idee de bien Héréditaire ( terra aciatica) y est exprimée au moyen du changement du v en b; hurg , comme on sait, signifie
SUISSE
château. Habsbourg est au-dessus de l’Aar, sur une colline boisée ; la tour, d’environ 73 pieds d'élévation, domine les bains sulfureux de Schintznach , magnifique établissement où les baigneurs se rendent en foule. Au sud les collines se divisent , la vue s'étend au loin sur les plaines de l’Argovie; un mamelon isolé en occupe le centre, et sur son sommet l’antique résidence des cdmtes de Lenzbourg , prévôts des monastères de Zurich et descendants des AVelfes de Ravenskourg ; dans le fond du tableau, l’immense et blanche barrière que les glaciers donnent pour limite au monde germanique; l'Aar, qui en est descendue, occupe a elle seule le fond du vallon ; et lorsqu'on s'approche de ces bords , lorsqu’on pénétre dans la forêt de Wulpelsberg, on se croirait dans le lieu le. plus retiré, et ce pays, que la Limmath, la Reuss sillonnent, a peu de distance de l’Aar pour s'écouler avec le Rhin vers l'O^eau septentrional, n’offre plus qu’un paysage agreste, étranger aux grandes scènes de la nature comme aux souvenirs majestueux de l’histoire (*).
L'empereur Henri mourut avant Ro- ’ dolphe; Conrad II , duc de Franconie et bis d' Adélaïde d’Egisheitn, lui succéda. L’impératrice Gisèle sa femme était nièce de Rodolphe. Odon, comte de Champagne, renouvela ses préten • tions : il était plus proche parent; mais Conrad prétendit qu’en (tonnant a Henri II la Bourgogne , c’était a l'empire et non au lils de sa sœur aînée que Rodolphe avait fait cette libéralité. Il avançait encore d’autres raisons 'qui n’étaient guère plus solides. La meilleure de toutes fut la prépondérance que lui donnait la couronne impériale. Il vint à Rôle, où Rodolphe se rendit aussi: là, sur les supplications de sa nièce Gisèle, le roi de Rourgogne institua pour héritiers l’empereur Conrad, et Henri , le fils qu'elle lui avait donné.
Cependant Ernest de Souabe était
O Notre planche 7 représente un autre fhili-au de la famille de Habsbourg, situe >u bord du lac de Lucerne.
aussi (ils d’une sœur de Rodolphe, il entra dans l'Argovie, mais il futbattu; une st ronde tentative eut une issue plus défavorable encore; Ernest et Werner y périrent. Rodojphc, qui n’avait plus de la royauté que le titre, mourut en 1032 : avec lui finit le royaume de Bourgogne.
Odoh de Champagne s’empara tout aussitôt de la Suisse française , et monta sur le trône d'Arles. Dès que Conrad l’apprit, il accourut; mais; faute de machines de guerre, il ne put assiéger ni Morat, ni Neufchâtel. Le froid était d'ailleurs excessif. L'empereur se rendit à Payeroe, où il se lit élire roi par ses adhérents. La discorde et la guerrp exerçaient partout leurs ravages. Le clergé interposa sa bienfaisante in- fluence. Hugues, évêque de Lausanne , réunit à Romont les archevêques d’Arles, devienne et de Besançon, et tous les évêques de ces contrées : il fut décidé que nul chrétien ne prendrait les armes contre un chrétien, à partir du mercredi, au coucher du soleil, jusqu’au lundi matin; la même défense lut faite pour l’Avent jusqu'au jour qui suit 1'F.piphauie; enfin ou excepta aussi le temps qui s'écoule depuis la Septuagésime jusqu'au 8* jour après Pâques. On déclarait exclu de la communauté chrétienne quiconque, après trois sommations de l’évêque, persisterait a enfreindre ce règlement.
La paix est un don de Dieu ; l’Eglise se montrait digne de sa sainte mission
Cependant Odon lit de nouvelles tentatives, et l’empereur revint avec une armée sur les bords du Léman ; il y fut rejoint par Héribert, archevêque de Milan , et le margrave Boniface , qui passèrent le Saint-Bernard. L’empereur s’empara de Genève et soumit Odon ; mais cet infatigable adversaire reprit encore les armes et périt colin dans une bataille que lui livra le duc de Lorraine auprès de Bar-le-Duc.
Cou rad v i nt ensuite à Soleu re, ville que, depuis Pépin, le monastère de Saint- Ours rendait florissante ; il fit élire son lils, Henri, roi de Bourgogneet lui donna la couronne ; c’était le troisième du nom. Henri IV porta à son tour toutes
* les couronnes de son père. Quand il fut excommunié ; quand les évéques , les chapitres, les grands, les villes se partagèrent en factions; quand les uns se déclarèrent les défenseurs du saint-siège , les autres ses implacables ennemis, Rodolphe, fils de Cunon de Rheinfelden , gouvernait la Souabe et la Bourgogne cisjurane. Berchtold de Zàhringen , l'un - des plus puissants seigneurs de la forêt Noire, s’était d’abord montré son ennemi acharné; mais tous deux se réunirent contre l’empereur. L’évêque de Lausanne, ceux de Bâle, Sion et Constance, suivirent le parti contraire. La Rhétie était impériale, Coire papiste.
Berchtold et Rodolphe occupèrent les cols des Alpes ; mais à Vevav , Henri négocia avec Adélaïde, veuve d’Odon; Amédée, comte et abbé de Saint- Maurice, l'escorta jusqu'en Italie, où il alla faire pénitence à Canossa. Ces divisions se prolongèrent quand l’anti-César Rodolphe fut élevé au trône par la diète de Forzheim. Le comte de I.enzbourg, seigneur de Baden et de Zug, fidèle a Henri, prit les légats du pape qui revenaient de l’élection. C’étaient un abbé de Marseille, un savant italien nommé depuis évêque d’ A versie, et environ six cents moines qui leur servaient d’escorte. En récompense de sa fidélité, l’évéque de Lausanne eut les terres impériales et les domaines de Rodolphe dans la Suisse romande et devint chancelier du royaume d’Italie. Ce fut alors que l’ancienne Aventicum fut relevée et entourée de murailles.
Berchtold de Zàhringen ravagea les terres de l’évêché de Bâle , qui avait été considérablement enrichi par les donations de Henri III ; mais u mourut de dépit en apprenant les victoires de l’empereur. Sou fils , aussi appelé Berchtold, était gendre de l’anti- ■ César Rodolphe, et continua la guerre.
C’était un guerrier intrépide; il détruisit de son glaive les donations faites à son préjudice à l’évêché de Bâle. L’adversaire le plus puissant de ce seigneur était Ulrich d’Eppenstein, abbé deSaint-Call , qui fit preuved’une fermetéet d’un courage à touteépreuve.
Après s’être bien défendu, il se retira à Agen, et tous les religieux s’enfuirentdans lesAlpes. Rodolphe ayant nommé pour abbé un moine appelé Luttold , on brisa les insignes de sa dignité, plutôt que de les lui remettre. Dès que Rodolphe fut tombé , Ulrich d'Eppenstein reparut, battit le comte de Tockenbourg et se remit en possession de ses terres.
Le château de Tockenbourg s’élevait sur un rocher entre Lutisbourg et Wyl : on le croyait imprenable; Ulrich d’Eppenstein s’en empara : alors les seigneurs résolurént de -punir l’abbé de son audace. Berchtold ae Zàhringen vint des bords du lac de Constance; les troupes de Diethelm de Tockenbourg suivirent le cours du Rhin.
Mais Ulrich sut se débarrasser de ses redoutables ennemis, et ce fut lui qui leur donna la paix. Saint-Gall grandit sous sa longue administration 5 jamais cet homme extraordinaire n’était abattu
Ï>ar l’infortune, jamais le succès ne ’égarait à des entreprises au-dessus de ses forces.
Après la fin malheureuse de Rodolphe , son fils Berchtold de Rheinfelden eut à disputer le duché de Souabe à Frédéric de Hohenstaufen, gendre de l’empereur Henri ; il mourut, et ses biens passèrent à Berchtold de Zâhringen, son beau-frère... Mais le succès de ses armes était douteux, la lutte avait été bien longue, les peuples étaient fatigués. Berchtold de Zàhringen se conduisit en homme sage et juste ; il se rendit à Mayence , où était l’empereur, et fit volontairement la remise du duché de Souabe à Frédéric de Hohenstaufen. L’empereur, en récompense, l'investit de ses droits sur la ville et le monastère de Zürich.
Tel fut le commencement de la puissance bienfaisante des Zàhringen sur la Suisse.
Avant de continuer le récitdes événements, jetons les yeux sur quelques établissements où l’esprit religieux ouvrait unasileà la prière. Nous avonsdit comment Meinrad autrefois s'établit au milieu des solitudes et des bois. Non loin du lac dont les nombreuses sinuosi-
SUISSE
tés séparent Schwytz d’Unterwalden, au pied du Mythen , qui élève dans les airs sa pyramide de roc, et du Hacken, dont la cime se recourbe comme une corne effilée, saint Grégoire, fils d’un roi d’Angleterre, beaufrère de l’empereur Othon, vint terminer sa vie; il avait fui le tumulte de la cour , et s’était prosterné près de la tombe des apôtres , puis il partit de Rome, pourcacnersa viedaus le désert et le recueillement; ce fut vers la lin du X* siècle. L’empereur fit bâtir un couvent à la place de sa cellule. Dès lors ce couvent reçut beaucoup de nobles dépouillés par le droit d’aînesse , beaucoup d’hommes repentants des erreurs de leurs jeunes années. L’image de Marie attirait les pèlerins par milliers; ni la barbarie, ni les horreurs de la guerre ne purent les arrêter, et Notre-Dame-aes- Ermites, dont le nom (Einsiedeln) rappelle la solitude , demeura l’un des plus célèbres pèlerinages du monde, et fut pour la Suisse ce que Delphes était pour la Grèce ; mais la foi remporte sur l’erreur et le culte du vrai Dieu perpétué d’âge en âge, se propage de nation en natiou.
On voit dans la cour circulaire du monastère les costumes les plus variés; on y entend s’y mêler et se confondre les langues les plus diverses. Les croyances ajoutent aux vérités de la religion quelques fables chrétiennes; ainsi Jésus imprima ses cinq doigts sur une plaque d’argent le jour même de la dédicace , et les pèlerins ne manquent
{)as de faire entrer leurs doigts dans es cinq trous. Ils boivent aux quatorze tuyaux de la fontaine, parce que Jésus s*est, dit-on, désaltéré à run de ces tuyaux. La cour est entourée de boutiques où les chapelets abondent, où les petites figures de la Vierge se vendent à la livre. Quand le saint-siège et l’empire se combattaient, Einsiedeln reçut de nombreuses donations , et il n’y avait guère d’infortuné qui n’y cherchât un asile. Le seigneur de Wollbausen ayant vu périr ses fils dans une inondation, se consacra à la vie religieuse, devint abbé de Notre- Dame-des-Ermites , et mourut après
avoir élevé le monastère à un haut degré de prospérité.
Nous avons parlé de l’abbave de Mûri fondée par Ida de lorraine, qui voulut expier les usurpations et les cruautés de sonépoux Ratbod. Suivant les conseils de Wcrner, évêque deStrasbourg , frère de Ratbod , elle consacra toutes ses possessions à saint Pierre.
L’advocatie devint un fief féminin de la famille de Habsbourg. Les comtes y rendaientla justice; mais, en cas d’oppressiim, l’abbé pouvait choisir pour protecreur du couvent un autre membre de leur famille. Les premiers religieux de Mûri furent envoyés d’Einsiedeln et le premier prévôt lit venir des cloches de Strasbourg. On enrichit la maison de manuscrits des saintes Écritures. Le livre de la Sagesse y arriva de Saint-Gall, Reichenau fournit le livre des Martyrs. Dans la suite, la bibliothèque devint fort riche, et l’abbé fut , au siècle dernier , élevé au rang des princes de l’empire. A une lieue de Mûri , l’un d’eux acquit une maison de campagne remarquable par la beauté du site; la vue s’y promène au loin sur les cantons de Zug et de Schwytz, au sud, jusque sur la ligne des glaciers ; au nord , jusque sur les montagnes de la foret Noire.
En l’an 1083, pendant que Henri IV assiégeait Grégoire VII dans Rome, Conrad de Seldcnbüren bâtit le couvent d’Engelberg au canton d’Unterwald, dans une sauvage vallée des alpesSurènes. Là sont leAValenstock, l'Arm, le Geinspiel , le Spitzstock et tant d’autres pics à la cime glacée. Il est des jours où le soleil ne se montre point aux habitants de ce gouffre profond; mais quand les autres contrées sont déjà plongées dans l’obscurité, le Titlis fait encore briller sa couronne rosée pardessus les glaciers d’alentour. Des sentiers escarpés conduisent au canton d’Uri et dans l’Oberhasli. Dieu seul apercevait les pieux bénédictins qui, dans cette solitude, venaient prier pour la terre. Conrad de Seldenbüren leur donna des biens en Thurgovie,et les illustres nobles de Honstetten comptent aussi parmi les premiers bienfaiteursde