‹ L'UniversChapitre 11 sur 27 · CHIAPAS. — DESCBIPTION DES RUI- NES DE PALENQUÉ · texte numérisé non relu

CHIAPAS. — DESCBIPTION DES RUI- NES DE PALENQUÉ

Nous nous abstiendrons ici de tous détails géographiques. Ce qui dans la province de Chiapas doit attirer particuliérement l’attention, ce sont les ruines qu’on y rencontre. Aussi nous bornerons-nous à une description purement archéologique. Nous entrerons même en matière sans préambule , ce que nous aurions à dire sur la localité où est située Palenqué n’étant pas de nature à offrir grand intérêt à nos lecteurs.

A l'est du Chiapas et près de la frontière du Yueatan, au milieu d’une forêt sombre et silencieuse, le voyaueurar rive à une ville en ruine dont la véritable dénomination est inconnue , et

GUATEMALA

qu’on appelle provisoirement Palenqué, par suite du voisinage d'une petite bourgade de ce nom.

Le monument le plus grandiose et le plus frappant, à Palenqué, est celui que les explorateurs nomment le Palais. On l’aperçoit de loin à travers les arbres de la forêt , et son aspect pénètre l’étranger d’un sentiment de surprise, mêlé d’admiration et de curiosité. Il est assis sur une. élévation de forme oblongue, ayant quarante pieds anglais (*) de la base au sommet, trois cent dix pieds par devant et par derrière, et deux cent soixante de chaque côté. Cette espèce de pyramide était autrefois revêtue de pierres ; mais la végétation a détruit cette enveloppe solide et en a dispersé les matériaux, qui gisent çà et là dans une confusion inexprimable.

La façade regarde le levant. L'édifice a deux cent vingt-huit pieds de long sur cent quatre-vingts de profondeur. Sa hauteur n’excède pas vingtcinq pieds. Tout autour règne une large corniche en pierre. On compte sur la façade quatorze ouvertures de portes, la’rges chacune d’environ neuf pieds. Les piliers intermédiaires ont de six à sept pieds de largeur. A gauche, huit de ces piliers n’existent plus ; il en est de même de la corniche à droite; leurs débris jonchent la terrasse dans une assez grande étendue.

Mais six pilastres sont encore entiers, et ont pu être dessinés par les voyageurs.

Le monument est en pierre, et il a été bâti avec de la chaux et du sable. La façade est entièrement revêtue de stuc, et elle était autrefois peinte de couleurs éclatantes. Les piliers sont ornés de bas-reliefs représentant des personnages diversement groupés.

L’un d’eux nous montre, une divinité ou un souverain debout et de profil, avec un angle facial d’environ quarante-cinq degrés. Le front semble avoir été artificiellement déprimé et allongé en arrière, sans doute par le

(*) Toutes les mesures désignées dans ce travail sur Palenqué et Usinai sont des mesures anglaises.

même procédé qu’emploient les Indiens Chactaws et quelques autres tribus américaines. La face offre un type qu’on ne retrouve plus dans ces contrées; et, en admettant que ces figures sont des porlraits ou des créations conformes à la beauté physique telle que la connaissaient et la comprenaient les artistes de Palenqué, on est conduit à cette conclusion, que la race qui peuplait autrefois ce pays est complètement éteinte. La coiffure se compose dedeux bouquets de plumes placés, l’un nu sommet de la tête, l’autre plus bas et en arrière. Les épaules sont couvertes d’une espèce de pèlerine divisée en petits carrés et ornée d'une garniture de grains sphériques. La tunique est formée par une peau de léopard dont la queue pend en arrière le long des jambes. Ces vêlements indiquent sans doute le costume de ce peuple inconnu. Le personnage tient dans sa main un bâton orné, ou plutôt un sceptre, le long duquel on distingue la place de trois hiéroglyphes tombés ou arrachés. Devant’ et derrière sont deux individus assis à la maniéré desTurcs, et dans une attitude suppliante. Le tout est encadré d’une bordure dont la richesse se devine aisément, malgré de nombreuses solutions de continuité. Dans la partie supérieure du tableau, et en dehors de la bordure, on aperçoit trois hiéroglyphes qui, sans doute, étaient destines à expliuer le sujet du bas-relief. Le stuc est ’une consistance extraordinaire, et paraît être aussi dur que la pierre. Il était eutièrement peint, ainsi que l’attestent des traces visibles de couleur rouge, bleue, jaune, noire et blanche.

Tous les autres pilastres sont ornés de figures du même caractère, mais ils ont été plus maltraités par le temps. Il est probable que cette série de tableaux retraçait l’histoire allégorique dequelque famille ou de quelquegrand événement. On peut se faire, une idée de l’aspect admirable que devait présenter de loin cette façade quand les ornements et les peintures qui l’embellissaient étaient encore dans tout leur éclat.

L’ouverture principale de la façade n’est indiquée ni par des dimensions plus grandes, ni par de plus riches détails de sculpture. Seulement on la reconnaît aux larges degrés de pierre qui y donnent accès dé la terrasse.

Les ouvertures sont dépourvues de portes , et l’on n’en a pas trouvé de vestiges. Toutefois, il existe à l’intérieur des trous dans la muraille, dont quelques-uns sont encore garnis de pierres en forme de gonds. Le long de la corniche qui entoure l’édifice et qui fait line saillie d’environ un pied, on remarque aussi des trous creusés dans la pierre. M. Stéphens suppose que le long de cette corniche était attaché un immense rideau de coton que les hôtes du palais levaient ou baissaient à volonté. Il paraît que ces rideaux, servant de porte, sont encore usités dans quelques haciendas ou fermes du Yucatan. Le haut des ouvertures a dû être carré, et, au-dessus de chaque porte, on voit, des deux côtés, des cavités évidemment consacrées à recevoir les linteaux. Ces linteaux sont tous tombés, et l'on n’en trouve pas de traces, ce qui prouverait qu’ils étaient en bois. Cette conjecture est suffisamment justifiée par la découverte de linteaux en bois dans les ruines d'Ocozingo et d’Uxmal.

L’édifice offre deux corridors parallèles qui régnent sur ses quatre côtés. Ces corridors, larges d’environ neuf pieds , suivent la longueur du palais dans un espace de plus de deux cents pieds. La muraille qui les divise n’est percée que d’une porte située en face de l’entrée principale , et d une autre ouverture pratiquée dans la façade postérieure. Le plancher est en ciment aussi dur que celui des ruines romaines. Les murs , hauts d’environ dix pieds, sont enduits de plâtre, et , de chaque côté de la porte principale, ornés de médaillons dont il ne reste que les encadrements , circonstance regrettable , car ils offraient peut-être les bustes de la famille royale. Le mur de séparation présente des ouvertures dont quelques-unes sont en forme de croix , d’autres en forme de

tau égyptien ou de croix grecque, particularité qui a exercé, sans profit pour la vérité , la science et la sagacité des archéologues. Les corridors se terminent, dans leur partie supérieure, en forme de carré irrégulier ayant un côté oblique et déprimé au sommet,

ce qui prouve que les constructeurs ignoraient l’art de la voûte. Une couche de pierres plates occupe le haut du couloir, et les côtés étant recouverts de plâtre, présentent une surface unie.

En face de la porte centrale du corridor de devant, une rangée de degrés en pierre, occupant en hauteur un espace de trente pieds , conduit à uiié cour rectangulaire, longue de quatrevingts pieds et large de soixante et dix. De chaque côté de l’escalier , on remarque des figures gigantesques et hideuses, creusées dans la pierre en baSrelief , ayant neuf ou dix pieds dé haut , et dans une position légèrement inclinée, de la base des degrés au niveau du corridor. Ces figures sont ornées de riches coiffures et de colliers ; leur attitude est celle de l’inquiétudê et de la douleur. Le dessin et les proportions anatomiques sont fautifs ; mais la puissance et la justesse de l’expression prouvent que l’artiste n’était pas dépourvu d’imagination et de talent. Presque tous "ces personnages ont un bras ou tous les deux croisés sur la poitrine. Leur visage reproduit le type que nous avons indiqué : net arqué, front fuyant, et lèvre inférieure remarquablement épaisse. Tous sont assis les jambes ployées sous eux, à là manière orientale.

De chaque côté de la cour, le palais est divisé en appartements, sans doute destinés à servir de chambres à coucher. A droite , les pilastres sont détruits ; à gauche , ils sont encore debout et ornés de figures en stuc. Dans la chambre du milieu , et dans un des trous dont nous avons parlé , on voit les restes d’une longue perche de bois.

GUATEMALA

SU

C’est le seul morceau de bois trouvé à Palenqué; il était dévoré par les fourmis , et devait, au bout de quelques années , être réduit en poussière. De l’autre côté de la cour, on aperçoit une autre rangée de degrés en pierre , correspondant à celle de la face principale. Cet escalier est également flanqué de figures gigantesques, et les intervalles planes qui existent entre elles sont occupés par des cartouches d’hiéroglyphes.

| « Toute cette cour , dit M. Stephens (*), était couverte d’arbres et encombrée de ruines de grandes dimensions , mais si confusément éparses , qu’on n’en pouvait déterminer l’arrangement architectural. Comme nos lits étaient tendus dans le corridor adjacent , tous les matins en nous éveillant, et le soir, quand nous avions fini le travail de la journée, nous avions ces ruines sous les yeux. Toutes les fois que nous descendions les degrés, les hideuses et mystérieuses figures dont j’ai parlé semblaient nous regarder au visage , et cette localité du palais devint pour nous une des plus intéressantes. Nous désirions vivement faire des fouilles, écarter la masse des buissons et débarrasser entièrement la plate-forme ; mais c'était chose impossible. La cour était probablement pavée de pierres ou revêtue de ciment.

D’après la profusion d’ornements qu’on remarque dans les autres parties du palais , il y a lieu de croire qu’on trouverait dans cet endroit plus d’un morceau digne d’attention. Cette découverte est réservée aux voyageurs futurs; et, suivant moi , s’ils ne trouvent ici rien de nouveau, le seul spectacle de l’ensemble de cette cour les dédommagera de la fatigue et des frais qu’aura occasionnés le travail de déblaiement. »

La partie de l’édifice qui forme le fond aè la cour, et qui y communique par les degrés, consiste en deux corridors semblables à celui de devant, pa- VéSj revêtus de plâtre, et décorés d’or-

(*1 Incidents of trnt’èl in crnthii ametict , Chiapas and YStcatan, I. II , p. 3 1 5.

nements en stuc. Le plancher du couloir qui règne sur la façade de la cour était retentissant, et l’on y apercevait un trou qui semblait conduire à des appartements souterrains; mais il a été constaté que ce n’était qu’une excavation faite dans la terre , et complètement privée de murs.

Dans le corridor situé plus loin, les murailles sont détruites à certains endroits, et sont recouvertes de plusieurs couches superposées de plâtre peint; dans un endroit, on a compté jusqu’à six couches offrant chacune des traces de couleur. Ailleurs , on a cru découvrir une ligne de caractères tracés avec de l’encre noire. Ce couloir s’ouvre sur une seconde cour, longue de quatre-vingts pieds , sur trente seulement de largeur ; elle s’étend à dix pieds au* dessousdu niveauducorridor, et le mur qui l’en sépare est cou vert de pierres carrées chargées d’hiéroglyphes. Les piliers sont occupés par des figures en stuc , malheureusement en très-mauvais état.

De l’autre côté de cette dernière cour régnent deux corridors qui terminent l’édifice dans cette direction.

Le premier est divisé en trois chambres , dont les portes s’ouvrent, aux extrémités , sur le couloir occidental.

Tous les pilastres sont debout , à l’exception de ceux du côté nord-ouest. Tous sont couverts d’ornements en stuc; un seul porte des hiéroglyphes.

Le reste présente des bas-reliefs dans lesquels, malgré les ravages du temps, on distingue le même type de figure, le même costume, la même coiffure et le même encadrement que ceux dont notre description a déjà donné une idée. Dans un de ces tableaux, on voit une femme assise sur un monceau d’objets indéfinissables, parmi lesquels oh reconnaît aisément le tau égyptien , une fleur semblable au lotus , une tête probablement symbolique, et une volute assez artistement contournée. En face de cette femme, est un personnage qui semble occupé à la coiffer, car il lui relève, de la main gauche une touffe de cheveux, ou peut-être un bouquet de plumes. Le troisième bas-

relief est plus original : il représente un individu qui semble se disposer à couper la tête à un criminel qui se tient à genoux dans une attitude suppliante. Le sacrificateur porte, en guise de coiffure , un masque couronné d’ornements bizarres , et dont la bouche laisse échapper quelque chose qui ressemble à une flamme.

Le bras droit supporte une espèce de sceptre ou d’instrument, dont l’extrémité supérieure se recourbe en forme de crochet , et offre une garniture de détails étranges.

Jusqu’ici, la partie du palais que nous avons décrite est distribuée de manière à ce que l’ensemble en soit facilement saisi ; mais sur la gaucbe, il existe plusieurs édifices distincts et indépendants, dont il serait difficile de donner une idée bien exacte. Nous citerons d’abord une tour située sur le côté méridional de la seconde cour.

Remarquable par sa hauteur et ses proportions, elle est peu intéressante quand on l’examine dans ses détails.

Elle a trois étages, qui reposent sur une base de trente pieds carrés. Elle renferme une autre tour parfaitement distincte, et un escalier de pierre tellement étroit , qu’un homme un peu gros ne pourrait y passer. Cet escalier n’a point d’issue à sa partie supérieure, car on remarque au-dessus de sa dernière marche un plafond en pierres. Il est absolument impossible ae deviner dans quel but il a été construit et à quoi il pouvait servir.

La tour entière est bâtie en pierres solides , et sa destination est tout à fait incompréhensible.

A l’est de la tour , est un autre édifice divisé par deux corridors, dont un est décoré de riches peintures, et renferme dans sa partie centrale un tableau de forme elliptique , bien conservé et très-remarquable. Ce bas-relief a quatre pieds de long sur trois de large, et l’on aperçoit tout autour les restes d’une belle bordure en stuc. La figure principale est assise, les jambes croisées, sur une espèce de lit ou de canapé dont les deux appuis de droite et de gauche sont formés par deux têtes

de léopards , et dont les pieds ne sont autre chose que les pattes du meme animal. L’attitude du personnage est aisée, naturelle, exempte d’efforts ; la physionomie est la même que celle des figures déjà décrites ; l’expression est calme et bienveillante. Le cou est entouré d’un collier de perles ou de grains sphériques, auquel est suspendu un petit médaillon contenant une figure qui n’est peut-être qu’une image du soleil. Comme tous les individus qui font le sujet des sculptures de Palenqué , celui-ci porte des boucles d’oreilles , des bracelets et une ceinture ; quant à la coiffure, elle diffère en ce qu’elle est privée de plumes. Derrière la tête , on voit trois hiéroglyphes qui expliquent indubitablement le sujet du tableau. Le second personnage est une femme , assise aussi les jambes croisées, mais sur terre, richement parée, portant une pèlerine et une robe couverte de broderies disposées en carrés symétriques. Cette femme paraît faire une offrande à la figure assise sur le lit. L’objet qu’elle lui présente est une espèce de bonnet assez singulier, et surmonté d’une aigrette en plumes.

Au-dessus de la tête et au bord du cadre , sont placés quatre hiéroglyphes, trois en ligne et un au-dessous du troisième. Ce tableau est le seul morceau en pierre sculptée qui existe dans le palais de Palenqué, à l’exception toutefois des bas-reliefs de la cour. Audessous, existait autrefois une table , dont on voit encore l'empreinte sur le mur, et qui, à en juger d’après les autres tables trouvées dans le palais, devait reposer sur deux pieds pleins , et être garnie d’une espèce de dossier le long de la muraille.

A l’extrémité du corridor dont il vient d’être question , existe dans le pavé une ouverture qui conduit par un escalier à une plate-forme, laquelle, par une porte couronnée d’ornements en stuc et s’ouvrant sur un autre escalier, mène à un passage étroit, obscur, coupé par des corridors transversaux. C’est là ce qu’on appelle les appartements souterrains; ces salles inférieures ont des fenêtres , ou plu-

GUATEMALA

tôt des soupiraux, qui donnent à la surface du sol; au fait, ce n’est qu'un rez - de - chaussée placé sous le pavé des corridors. Cependant , certaines parties de ces appartements sont si obscures qu’on ne peut les visiter qu’avec des torches. On n’y aperçoit ni bas-reliefs, ni ornements en stuc; on n’y remarque que des tables de pierre , dont une , longue de huit ieds, sur quatre de large et trois de auteur, est posée en travers du corridor. Un de ces couloirs inférieurs est percé d’une porte qui s’ouvre sur le côté postérieur de la terrasse. Dans deux autres endroits , des escaliers conduisent aux corridors du bas. On suppose que ces appartements étaient des chambres à coucher.

N’oublions pas de mentionner dans une salle somptueusement décorée d’ornements en stuc , malheureusemèut en fort mauvais état , un autel oui ferait supposer que cette pièce était la chapelle royale. S’il est vrai que ce vaste édiûce ait été un palais, il est probable que la partie où nous venons de conduire nos lecteurs était consacrée aux cérémonies publiques, et que le reste du bâtiment était habité par le souverain et sa famille.

« A l’aide de ces données et du plan des ruines, dit M. Stephens, le lecteur pourra se conduire dans les détours du palais de Palenqué;il se fera une idée de la profusion des ornements qu’on y remarque , de leur caractère frappant et original, de l’effet lugubre de ces restes, entremêlés d’une végétation vigoureuse ; son imagination reconstruira devant ses yeux, dans toute sa splendeur et avec tous les objets qui l’embellissaient, cette résidence royale habitée par la race étrange dont l’image multiple est reproduite dans ces appartements déserts. »

Nous n’en dirons pas davantage sur le palais, et nous renverrons, pour de plus amples détails , aux ouvrages de Dupaix et de Kingsborough. Toutefois , la description que nous a fournie M. Stephens donne , à notre avis, une idée suffisamment exacte et complète de ce monument, et nous l’avons

adoptée d’autant plus volontiers, que l’exploration de ce voyageur américain nous paraît avoir été faite avec plus deconscience, de soin et d’intelligence, que celles de ses devanciers. Nous en exceptons cependant M. IValdeck, qui a résidé deux ans au milieu des ruines de Palenqué, et qui a rapporté en Europe de magnifiques dessins, dont il a bien voulu nous donner communication, mais qui, malheureusement, ne sont pas encore publiés. Les planches de l’ouvrage de M. Stephens offrant la plus frappante conformité avec les dessins de M. Walderk, ce contrôle de deux artisies l’un par l’autre nous donne la certitude que les gravures et la description qui nous ont servi de guide sont aussi exactes que possible.

Nous alloué passer aux autres édifices qu'on a découverts à Palenqué.

Il en est quelques-uns. comme on va le voir, qui sont dignes de captiver toute l’attention des archéologues.

On n’aperçoit de la terrasse du palais aucun autre bâtiment. La forêt qui l’entoure est trop épaisse et trop haute pour que le regard puisse rien découvrir dans ses ténébreuses profondeurs. Mais en suivant ce qu’on appelle le passage souterrain , on arrive au bas du côté, sud-ouest de la terrasse, où l'on trouve un édifice pyramidal qui paraît avoir été entouré d’escaliers sur tout le pourtour de sa base. Ces marches ont été soulevées et dispersées par la végétation , de sorte qu’on ne peut parvenir au sommet qu’en s’aidant de ses mains et en s’accrochant aux branches des arbres et aux angles des pierres. La pente est si rapide, que, si l’on déplace une pierre, elle roule jusqu’au bas et blesse les personnes qui viennent après vous,

A environ mi-ehemin de la montée, à travers le feuillage des arbres , on aperçoit un édifice dont l’aspect grandiose’, rendu singulièrement pittoresque par sa situation mystérieuse, remplit le voyageur de surprise et d’émotion. La construction sur laquelle est assis ce monument a cent aix pieds anglais d’élévation. Aucune description , aucun tableau , ne peut donner

«ne idée du spectacle qui se déploie sous le regard, en face de ces étranges ruines; rien ne peut rendre la sau* rage beauté de ce monde de pierres confusément entassées, de ce vaste bâtiment délabré, encombré de débris couverts de mousse, peuplé de figures bizarres, orné de sculptures extraordinaires, tapissé d’hiéroglvphes dont le sens est perdu, entouré èt couronné d’arbres gigantesques qui lui font comme une chevelure verdoyante incessamment agitée par la brise.

Si l’on dégage par la pensée cet édifice de l’inextricable végétation qui le dérobe à la vue de l’explorateur, et si on le restaure sur le papier, d’après l'examen de ses vestiges et conformément aux règles de l’art, on aura un bâtiment long et bas, posé sur une pyramide très-élevée , plus étroit au sommet qu’à la base, et couronné d’une espèce de galerie. Le monument a 76 pieds de long sur 25 de profondeur. Sa façade offre cinq portes et six piliers, te tout encore dans sa position primitive. Toute cette façade est revêtue de stuc , et richement ornée; les piliers des deux extrémités contiennent chacun un tableau d’hiéroglyphes divisé en 76 petits carrés. Les quatre autres pilastres offrent des figures humaines. Le premier cadre représente une femme debout, tenant un enfant dans ses bras, et vêtue d’une jupe élégamment brodée en losanges. La tête et la main gauche manquent. Dans le second on voit un personnage coiffé de plumes , et soutenant sur sa main droite un objet indéfinissable, mais qui semble n’être qu’un ornement de sculpture; à la ceinture sont suspendues des espèces de rubans qui flottent de chaque côté. Dans le troisième et le quatrième tableau, ce sont encore des femmes avec des enfants dans les bras.

L’intérieur de l’édifice est divisé en deux corridors parallèles, pavés avec de grandes pierres carrées, et se terminant dans le liant par un plafond presque en pointe. I,e couloir de devant a sept pieds de large; le mur de séparation est extrêmement massif

et percé de trois portes, dont ufte grande au milieu, et deux plus étroites sur les côtés. A droite et à gauche de l’ouverture principale, les constructeurs ont placé de vastes tableaux d’hiéroglyphes ayant treize pieds de long sur huit de hauteur, et divisés en deux cent quarante petits carrés contenant des caractères ou des symboles. Chacun de ces tableaux est scellé dans 1»

muraille et ressort de trois ou quatre pouces. Les sculptures sont en basrelief. Les tableaux se composent de deux grandes pierres plates et de plusieurs petites au centre Ils étaient en assez mauvais état quand M. Stephens les examina, et le lieu où ils se trouvent est tellement obscur, qu’on fut obligé de se servir de torches enflammées

fiour les éclairer de façon à pouvoir es dessiner.

Le couloir de derrière, sombre et humide, est divisé en trois pièces dont deux, celles des extrémités, ont chacune deux étroites ouvertures de trois pouces de largeur sur un pied de hauteur. On n’y voit aucuns vestiges dé sculpture, de peinture, ni d’ornements en stuc. Dans la pièce du milieu, sur le mur du fond, vis-à-vis la porte prim cipale, est un autre tableau d’hiérogly*

fihes ayant quatre pieds six pouces de arge , sur une hauteur de trois pieds six pouces. Celui-ci est dans un parfait état de conservation , bien que la pierre soit brisée au centre dans lé sens de la longueur.

M. Catlierwood , compagnon de voyage de M. Stephens, est le premier qui ait dessiné et fait connaître au public ces curieuses fables hiéroglyphiques. Soit incapacité chez les artistes qui les accompagnaient , soit indifférence pour ces documents archéologiques, Del Rio et Dupaix Se sont contentés d’en parler en très-peu dé mots. M. Stephens a donc rendu un vrai service à la science en faisant copier ces pierres si intéressantes.

Il est une remarque qu’ri ne faut pas omettre : c’est que ces hiéroglyphes sont absolument semblables ’à ceux découverts à Copan et à Qmrfgua , autre ville ruinée dé l’Amérique

GUATEMALA

ôl.J

centrale. Or tout le pays intermédiaire est aujourd’hui habité par des tribus d'indiens parlant des langues différentes, et ne se comprenant pas entre elles. Cependant tout donne lieu de croire que cette contrée a été autrefois occupée par une seule et même race, parlant une seule et même langue, ou, du moins , se servant des mêmes caractères d’écriture. Quelles révolutions ont pu changer à ce point la face de ce pays, tout en y laissant subsister des peuplades indigènes?

Il n’y a aucune trace d’escalier communiquant du rez-de-chaussée au premier étage de l'édifice qui nous occupe , et l’on ne parvient aux pièces supérieures qu’en grimpant aux arbres dont les branches couvrent le monument. Le toit est incliné, et les revers sont couverts d’ornements en stuc, malheureusement trop détériorés par les pluies et par les envahissements de la végétation pour pouvoir être observés et dessinés; toutefois on peut juger, par ce qui en reste, que lorsque ces ornements étaient entiers et revêtus de couleurs éclatantes, ils devaient offrir un aspect aussi imposant que gracieux. Sur le sommet de l’édifice régnait , comme nous l’avons indiqué, une galerie de petits piliers ayant dixhuit pouces de haut et douze d’épaisseur, faits de pierres scellées avec du mortier, et enduites de stuc. Une Couché de pierres plates faisant saillie couronnait cette espèce de balustrade, qui devait être d’un effet merveilleux.

Il est inutile de dire que la destination de ce monument est' aussi énigmatique que celle du vaste édifice décrit dans les pages précédentes. Les Indiens de Palenqtié croient que c’était une école, et l’appellent ainsi ; d’autres personnes, après avoir visité ces localités, prétendent que ce devait être le palais de justice. Pions ne prononcerons pas , on le pense bien , entre ces deux opinions.

Au pied de la pyramide, et en face de cet édifice , coule un ruisseau qui alimente un aqueduc construit près du palais. Si l’on traverse ce torrent, on arrive à une terrasse d’environ

soixante pieds d’élévation en pente.

Sur l’esplanade qui s’étend au sommet, et qui n’a pas moins de cent dix pieds de longueur, on voit une autre construction pyramidale, ruinée et dévorée par la végétation : elle a cent trente-quatre pieds de hauteur, et supporte un édifice caché, comme le précédent, par les arbres qui ombragent ses débris.

Ce bâtiment a cinquante pieds de façade , et trente et un de profondeur.

Trois ouvertures y donnent accès.

Tout le devant était autrefois couvert d’ornements en stuc. Les deux piliers extérieurs offrent des hiéroglyphes ; un de ceux situés à l’intérieur s’est écroulé; l’autre porte une figure en bas-relief presque entièrement détruite. Le monument est divisé, coinrm l’autre, en deux couloirs parallèles, avec des plafonds également en pointe, et un pavé de pierres carrées qui porta les traces des brèches qu'y a pratiquées le capitaine I)cl Rio. C’est dam une salle fie cet édifice que se trouve ce fameux bas-relief de la croix , qui a fourni matière à tant d’étranges dissertations. Ce tableau avait originairement dix pieds huit pouces de lareur, et six pieds quatre pouees de auteur; il était formé par trois pierres juxtaposées. La pierre qui occupe la gauche en face du spectateur est encore en place ; celle du milieu a été enlevée par un curieux qui voulait l’emporter, mais qui a été obligé de la laisser sur le bord du ruisseau dont il a été question; c’est là qu’elle gît actuellement, exposée à [‘humidité et aux injures de l’air. Le fragment de droite est malheureusement à peu près détruit; plusieurs morceaux ont disparu; mais d’après ceux qu’on a retrouvés devant le monument, il n’est pas douteux que cette partie du batrelief ne contînt des lignes d’hiéroglyphes correspondant à celles qu’on remarque dans le fragment de gauche.

Malgré cette dispersion des parties intéressantes de ce tableau, on a pu le rétablir au complet sur le papier. Le dessin que nous en donnons dans ce volume ne reproduit que les deux

L’UNI VF. R S.

tiers de l'original. Dans l’ouvrage de Del Rio, il n'est pas du tout représenté; dans celui de Dupaix, on le voit non tel qu’il existe, mais tel que se l’est représenté l’imagination de l’artiste par sien, c’est a-d ire formant un ensemble pariait; le sujet y est renversé, la croix est au centre, et on n’a figuré qu’un rang d’hieroglyphes de chaque côté. Probablement a l’époque où Dupaix vit ce tableau, il y a trente-sept ans, il était entier; mais les six rangs d’hiéroglyphes placés derrière chacune des deux figures principales, et contenant de chaque côte cent deux pierres symboliques, n’existent pas dans le dessin publié à Paris. On comprend d’autant moins cette omission, que Dupaix, dans son texte, renvoie expressément à ces nombreux hiéroglyphes.

Une croix fait le principal sujet du bas-relief. F.lle est surmontée d’un ornement bizarre que quelques personnes ont pris pour un oiseau. Les deux bras et la pièce verticale sont chargés de dessins indéfinissables et où l’on retrouve le caractère des ornements qui accompagnent les figures du palais. Les deux personnages, dont le rang éminent se devine à leur costume, sont d’un bon dessin, d’un galbe très-correct, et comparables, pour la proportion des formes, aux ligures sculptées sur les murs des temples de l'Égypte. Leurs vêtements diffèrent de ceux que nous avons précédemment décrits, et les plis qu’on y remarque attestent qu'ils étaient eu étoffe souple, telle, par exemple, qu'un tissu de coton. Les deux figures sont tournées vers la croix qui est entre elles; l’une, affublée, d’une coiffure baroque , et portant une espece de cravate dont les bouts pendent le long du dos, en grosse torsade, tient à la main un instrument qu’on peut prendre

Eour un sceptre; l’autre personnage, eaucoup plus simplement vêtu, semble présenter une offrande ; l’objet qu’il tient sur ses bras nous paraît complètement indéfinissable , bien

Îu’on ait affirmé que c’était un enfant.

, 'ensemble du tableau a un caractère

moins barbare que les bas-reliefs des autres édifices de Palenqué; malgré la bizarrerie des ornements, on y observe une plus grande régularité dans le dessin, plus de symétrie et plus de grâce dans les contours. On a pensé avec raison que ces figures pouvaient représenter des prêtres dans l’exercice de leurs fonctions sacerdotales. Sans aucun doute, les hiéroglyphes donnent le mot de l’énigme ; il faut même remarquer que d’autres caractères symboliques, placés dans l’intérieur du tableau et lout près des figures, rappellent l’usage adopté par les Egyptiens d'indiquer d’une manière analogue le nom, l'histoire, les fonctions ou la qualité de l'individu représenté.

Ce bas-relief a, comme nous l’avons dit, donné lieu à une foule de conjectures. Dupaix et ses commentateurs, assignant à l’édifice qui le renferme une haute antiquité, ou du moins une date de beaucoup antérieure à l’avénement du Christ, affirment que c’est là une véritable croix, telle que , suivant eux, elle était connue et usitée comme un emblème chez les peuples anciens, longtemps avant qu’elle devînt le signe de la foi chrétienne.

D'autres y ont vu la croix chrétienne elle-même, attribuant sa présence dans un temple de Palenqué à certain voyage, tant soit peu fantastique, du peuple de Dieu dans le nord du nouveau continent. Les moines d’Amérique, dans un excès de zèle, ont écrit, sur la foi de chants populaires probablement fabriqués par eux-mêmes, que la venue du Messie, chréiim avait été prédite de toute antiquité dans le nouveau monde, et dès lors se trouverait naturellement expliquée la croix de Palenqué. Il est fâcheux que toutes ces dissertations soient plus ingénieuses que fondées en raison. M.

AValdeck nous parait plus près de la vérité quand il croit retrouver dans cette prétendue croix un instrument de supplice usité par- le peuple de ces contrées (*). Toutefois,

(*) Voir le Voyage archéologique et pit toresque dans la péninsule de Yuoatan, par M. Waldeck.

GUATEMALA

nous jugeons qu’il est sage de s’abstenir en pareille matière, car aucun rayon de lumière ne peut jusqu’à présent percer l’obscurité qui entoure les emblemes et le culte de ces nations éteintes.

Absence complète de traces d’escaliers dans le monument dont il est question comme dans celui qui précède. Les arbres qui croissent le long de ses murs sont le seul moyen de communication avec la partie supérieure. Il se termine tout autrement que l'édifice voisin : le toit est incliné, et ses revers sont chargés de ligures, de plantes et de fleurs en stuc, aujourd’hui presque méconnaissables. Parmi les débris de cette toiture se trouvaient les fragments d’une belle tête et de deux corps presque comparables, pour le dessin et les proportions . aux modèles de la statuaire grecque. Le sommet du toit s’élargit en plate-forme, et supporte, dans cette partie, deux étages superposés. Cette plate-forme n’a que deux pieds dix pouces de large, et le premier étage a sept pieds cinq pouces d’élévation ; la hauteur du second est de huit pieds cinq pouces.

On monte de l’un à l’antre par une série de pierres carrées faisant saillie les unes au-dessus des autres. Ledernier étage est couvert de pierres posées à plat, et ressortant de chaque côté.

Les deux faces de cette étroite construction sont décorées d’ouvrages en stuc entremêlés d’emblèmes variés, de figures humaines, de jambes, de bîas dispersés dans un desordre étrange, le tout offrant des ouvertures de distance en distance , et comme percé à jour ; autrefois d’élégants ornements en relief rehaussaient l’éclat et la valeur de ces détails de sculpture. L’aspect de ces deux étages devait être, a distance, celui d'un treillis gracieux. On ne voit rien de semblable dans les autres monuments de Palenqué , lesquels sont eux-mêmes uniques dans leur genre. Peut-être cette galerie supérieure était-elle destinée a servir d’observatoire ou de belvéder, car, à travers les arbres dont les branches arrivent jusqu’à cette

hauteur, le regard embrasse un magnifique panorama, dans lequel la forêt, le lac de Terminos et le golfe du Mexique sont les objets les plus remarquables.

Non loin de ce curieux monument, M. Stephens a découvert une statue qui n’avait pas été aperçue par ses devanciers, et qui était à moitié enfouie sous un monceau de terre et de déhris. C’est la seule qui ait été jusqu’ici trouvée à Palenqué. On est frappé de l’expression calme de la pose et de la physionomie , ainsi que de l’analogie singulière qui existe entre ce morceau et les personnages dps temples égyptiens, bien que cependant on ne puisse pas le comparer, sous le rapport de la taille, aux gigantesques figures trouvées sur les rives du Nil. Cette statue a dix pieds six pouces de haut ; la coiffure est haute, et s’élargit des deux côtés de la tête ; à la place des oreilles, il y a des trous qui étaient peut-être ornés de pendants en or ou en perles.

Le cou est entouré d’un collier; la main droite tient appuyée contre la poitrine une espèce d’instrument dont la partie supérieure est dentelée.

La main gauche est posée sur un hiéroglyphe au-dessous duquel on voit des ornements probablement symboliques. La partie inférieure du vêtement a une ressemblance malheureuse avec un pantalon moderne. Le personnage est debout sur un hiéroglyphe qui rappelle encore l’usage égyptien de consacrer de cette façon le nom et les fonctions du héros ou de la personne représentée. Les côtés sont arrondis, et le derrière de la statue est en pierre non travaillée , ce qui prouve que cet intéressant débris était encastré dans un mur.

Au pied de l’élévation qui supporte l’édifice dont nous venons de nous occuper, existe une autre construction de forme pyramidale, ayant à peu près la même hauteur, et également couronnée d’un monument. Telle est l’épaisseur de la forêt dans cet endroit, et même sur les flancs de la pyramide, que, bien que ces deux bâtiments soient séparés par une distance insignifiaute,

518 t’UNIVERS.

on ne peut, du sommet de l’un, apercevoir l'autre.

La restauration de ce temple sur le papier, d'après l’examen de ses restes, nous montre un monument de vingthuit pieds de profondeur, et dont la façade, longue de trenteiuiit pieds, offre trois ouvertures, dont une, celle du milieu, plus large que les deux autres. Les pilastres des deux extrémités sont décorés d’hiéroglyphes en stuc, et de deux larges médaillons gracieusement divisés en compartiments. Les iliprs intermédiaires sont revêtus de as-reliefs marqués du même cachet que la plupart de ceux que nos lecteurs connaissent.

L’intérieur est divisé tn deux corridors exactement semblables aux autres. En dehors et en dedans on remarque, en différents endroits, des trous qui servirent peut-être à recevoir tes perches formant les échafaudages penaant la construction de l’édifice, et qui n’ont jamais été bouchés (*). A ^extrémité du couloir est une de ces fenêtres sur lesquelles on a tant disserté, à cause de leur analogie avec le (au égyptien.

Le corridor de derrière est divisé en trois pièces. Celle du milieu renferme un bas-relief de neuf pieds de large sur huit de hauteur, et que l’on peut considérer comme le plus bel échantillon de sculpture qui existe à Palenqué. Ni Del Rio ni Dupaix n’ont donné le dessin de ce tableau , et nous le trouvons pour la première fois dans l’ouvrage de M. Stephens. Il se compose de trois pierres juxtaposées. Le travail de sculpture est irréprochable, et les caractères ainsi que ITîs figures ressortent nettement et distinctement.

De chaque côté l’on voit des séries d’hiéroglyphes. Les deux principaux personnages sont les mêmes que ceux qui occupent le bas-relief de la croix : ils portent le même costume ; mais ici tous deux font des offrandes à la divinité, et sont debout sur le dos de deux êtres humains, dont un s’appuie

(*) Ou observe des trous semblables dans tous les corridors des temples de Paleuqué.

à terre sur ses genoux et sur ses mains, : tandis que l'autre, conclus sur le sol , semble écrasé sous le poids qu’il supporte. Entre eux et au bas du tableauon remarque deux figures accroupies et les jambes croisées , toutes deux s’appuyant d’une main par terre, et soutenant de l’autre une espèce d'appareil dont les deux extrémités reposent aussi sur leur dos. Ces figures sont d’un excellent mouvement , et leur attitude exprime on ne peut mieux le, fatigue et la souffrance physique. Elles sont richement vêtues , et portent un jupon de peau de léopard. Sur l’appareil , au centre duquel l'artiste a placé un ornement assez bizarre , sont posés deux bâtons croisés en x, soutenant, à l'endroit de leur jonction , un masque hideux , dont les yeux, figurés par deux volutes, sont démesurément ouverts, et dont la langue pend jusque sur la bordure qui entoure cette tête monstrueuse. Ce masque , emblème de quelque culte perdu, semble être l’objet auquel s’adressent les offrandes des deux principaux personnages. Quant à ces offrandes, elles consistent en deux enfants nouveau-nés, ayant tous deux des visages de monstres à aspect fantastique. Comme dans le bas-relief dç la croix , le dessin des deux grandes figures est d’une rare élégance , ce qui est digne d’attention.

Chacun des piliers entre lesquels s’ouvre la porte de cette salle, présente un tableau en pierre avec des figures creusées en lias relief. Ces tableaux ont été enlevés de leur place primitive et transportés dans une maison du village de Palenqué. Les deux personnages sont debout en face l’un de l’autre : l’un , qui représente évidemment un vieillard aux formes amaigries, a le nez et les yeux fortement marqués ; mais cette particularité n’est pas si étrange qu’elle puisse indiquer une race différente de celle que nous connaissons déjà. La coiffure est singulière et compliquée : elle consiste principalement en feuilles de plantes , parmi lesquelles on remarque une espece, de cactus ; une fleur s’y trouve mêlée et pend derrière la tête. Au nombre des

GUATEMALA

ornements on distingue le bec et l«$ yeux d’un oiseau, ainsi qu'une espèce de carapace ressemblant à une tortue.

Le s épaules et le dos sont couverts d’une peau de léopard qui pend jusqu’à moitié jambe. Des manchettes entourent les poignets, et les ebevilles sont couvertes d'un ornement semblable.

Çe personnage a dans la bouche un chalumeau , de l’extrémité duquel s'échappe une flamme qui rayonne en haut et en bas. Ne serait-ce pas le souffle de la vie, et cette figure ne serait-elle pas destinée à représenter le dieu qui donne l’existence, c'est-à-dire le Créateur ?

L’autre personnage, placé dans le tableau à gauche du spectateur , a le profil qui caractérise tous ceux de Pa* imqué. Sa coiffure se compose d’un bouquet de plumes, du milieu duquel se détache un oiseau tenant dans son bee un poisson ; deux autres poissons sont mêlés aux plumes de derrière. Le costume consiste en une palatine brodée, en une large ceinture avec une tête d’animal au milieu , en sandales «t en jambards montant jusqu’aux genoux. La main tient, par-devant, une espèce de palme qui pend jusqu’à terre. A la ceinture est suspendue une sorte de chaîne, qui soutient un enfant grotesquement dessiné. Des hiéroglyphes garnissent la partie supérieure du cadre.

Ces deux figures, avec le grand tableau qu’on aperçoit au fond, sont une des choses les plus remarquables à Palenqué, tant à cause de leur état de conservation , que de la finesse de l’exécutipn et de l’aspect singulier que présente cet ensemble de sculptures.

Nous passerons sous silence deux ou trois autres monuments découverts à Palenqué, mais qui ne renferment rien d’important, et sont d’ailleurs si ruinés, qu’ils n’ont pu donner matière qu’à des dessins insignifiants.

Quoique résumée dans le plus court Wpace possible, la description de Patenqué, que nous venons d'essayer, est assez complète pour donner une idée exacte de ces intéressantes ruines.

Nous avons consacré plusieurs pages

à cette description , parce que cette localité de l'Amérique centrale est une de celles qui tiennent constamment en éveil la sollicitude de la science, et que ce qu’on en sait se trouve jusqu’à présent contenu dans de gros ouvrages rendus par leur prix exorbitant inaccessibles à la masse du public. Nous aimons à croire que nos lecteurs uous pardonneront l’aridité des détails descriptifs, en considération de l’intérêt du sujet. Il ne nous reste plus que quelques mots à dire sur Palenqué.

On est sans doute curieux de savoir quelle étendue de sol occupent ces ruines- Suivant M. Waldeck, on en trouvedans l’espace de plusieurs lieues; • suivant M. Stephens, le rayonque couvrent ces restes d’une ville inconnue e$t assez circonscrit. Ce qu'il y a de certain , c’est que, quand les maisons au milieu desquelles s’élevaient ces

fialais et ces temples existaient eucore, a ville devait s'étendre sur une surface immense. Telles qu’elles sont, les ruines de Palenqué remplissent le voyageur d’une respectueuse admiration, et i’étonneut par leurs dimensions , par la profusion et le caractère excentrique des ornements qui les décorent, par leur position sur des constructions pyramidales, enfin par la majesté de leur ensemble et le mystère de leur passé- « Ce que nous avions sous les yeux, s’écrie M. Stephens dans un élan d’enthousiasme, était grandiose, intéressant, remarquable sous tous les rapports; c'étaient les traces matérielles de l'existence d’un peuple à part, qui a passé par toutes les phases de la grandeur et de la décadence des nations, qui a eu son âge d’or , et a péri isolé et inconnu. Les liens qui l’unissaient à la fa-, mille humaine ont été brisés, et ces pierres muettes sont les seuls témoignages de son passage sur la terre.

Nous vivions dans les ruines des palais de ses rois; nous explorions ses tem pies dévastés et ses autels renversés; de quelque coté que nous jetassions nos regards, nous retrouvions des preuves de son goût, de son habileté dans les arts, de sa richesse, de sa puissance.

Au milieu de ce spectacle de destruction, nous faisions un retour vers le passé ; nous faisions disparaître en imagination la vaste forêt qui dévore ces vestiges respectables; nous reconstruisions par la pensée chaque édifice, avec ses terrasses, ses pyramides, ses ornements sculptés et peints, ses pro-

fiortions hardies; nous ressuscitions es personnages qui nous regardaient tristement du milieu de leurs encadrements; nous nous les représentions parés de riches costumes rehaussés par l’éclat des couleurs, coiffés de gracieuses aigrettes ; il nous semblait qu'ils gravissaient les terrasses du palais et les degrés des temples ; ces évocations fantastiques réalisaient pour nous les plus brillantes créations des poètes orientaux. Dans le roman de l’humanité, rien ne m’a plus vivement ému que le spectacle de cette cité, autrefois vaste et splendide, aujourd’hui bouleversée, saccagée, silencieuse, trouvée par hasard, couverte d’une végétation absorbante, et n’ayant pas même conservé son nom, aussi inconnu que son histoire; triste et solennel exemple des révolutions de ce monde ! »

Nous ne quitterons pas la province de Chiapas sans mentionner une autre enceinte ruinée découverte dans le voisinage d’Oeozingo. Mais la description de ces restes d'une grande ville nous entraînerait trop loin. Bornons-uous à dire qu’on y remarque des édifices grandioses assis sur des pyramides él vées, et renfermant des details de sculpture analogues à ceux qu'on observe à Palenqué , mais beaucoup moins intéressants.

Quant à l’antiquité et au caractère particulier des ruines du Chiapas, nous reviendrons sur cette question après avoir fait connaître à nos lecteurs l’ancienne cité d’Uxmal , qui ne doit pas être mise à part dans l’examen de ce curieux problème.

Page 1