‹ L'UniversChapitre 12 sur 27 · RUINES DU YUCATAN · texte numérisé non relu

RUINES DU YUCATAN

La province de Yueatan forme, comme onsait,une péninsule qui se détache hardiment du sol de l’empire mexicain,

et s’avance , au milieu de la mer des Antilles, dans une direction nord-est et nord. Cette portion de terre, qui accidente d’une façon si singulière la région centrale de l’Amérique, a vivement excité l'attention des géologues et des érudits qui font de la géographie physique leur étude spéciale. En considérant l’ensemble des continents et des mers, on a remarqué que toutes les grandes protubérances et tous les grands enfoncements ont lieu dans un sens nord et sud. Cette observation est surtout juste pour les péninsules : en effet, l’Amérique méridionale, l’Afrique, l’Hindoustan , l’Indo-Chine, la Corée, le Kamtchatka, la Scandinavie, la Turquie, l’Italie, l’Espagne avec le Portugal , leGroënland , l’Acadie, les Florides, Alachka, la Californie , présentent au nord l'isthme qui les unit au continent, et au midi la pointe qui les termine. On ne peut citer que deux exceptions marquantes : le Jutland et le Yueatan. Mais, en étudiant la nature du sol de ces deux grandes presqu’îles, on a constaté que l’une et l’autre consistent presque entièrement en terres d’alluvion. L’exception n’est donc qu’apparente, et ne contredit en aucune manière le caractère général du phénomène que nous venons de rappeler. Quoi qu’il en soit, la péninsule de Yueatan constitue un des traits physiques les plus frappants du continent américain.

Au point de vue historique et archéologique, cette péninsule n’est pas moins intéressante, car elle est, pour ainsi dire, jonchée de ruines. Partout, dans cette p.irtiede l'Amérique, la poésie des souvenirs parle à l'imagination du voyageur. Malheureusement , ces curieux débris n’ont été que partiellement examinés, ce qui explique suffisamment l’incertitude où l’on est encore sur la filiation, les arts et les religions de ces peuples éteints Nul doute qu’une exploration complète de la province de Yueatan, au point de vue delà science et des arts, u’amenât des résultats positifs. Mais, en attendant, on en est réduit sur une foule dépeints de l'histoire des anciens Yu-

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catèques , à des conjectures plus ou moins ingénieuses.

A quelque distance de Campéche, près ae la rivière problématique de Champoton (*), et à douze lieues de la mer, on trouve , dans deux endroits différents, des ruines presque entièrement ensevelies sous une végétation puissante.

Il existe , à sept lieues au nord de Campéche, un très-grand tumulus autour duquel on a trouvé une quantité de terres cuites et de bouts de lances en silex artistement travaillé.

D’autres tumuli , d'un abord difficile dans la saison des pluies, se voient à quatre lieues plus loin.

Sur la route d’Équelchacan, on peut visiter d'immenses grottes faites de main d’homme, et des monuments en partie cachés par la végétation et par les fragments qui couvrent la terre autour d’eux.

Non loin du Rio- Lagartos , deux pyramides isolées élèvent sur le rivage leur sommet couronné d’arbres séculaires.

Au cap Catoche ( nord-est de la Péninsule), ce n’est pas un tumulus antique, ou quelques édilices épars, mais une ville tout entière , qui attend les investigations de l’archéologue.

Sur la côte située en face de file Cuzamil (Cozumel), on aperçoit une enceinte de monuments ruinés qui occupe une étendue de plusieurs lieues.

A la pointe de Soliman, et à la baie d’Espiritu Santo , les cartes les plus récentes indiquent d’autres vestiges de la civilisation yucatèque. Les tours u’on découvre au loin , sur la route e Bacalar, sollicitent aussi l’attention de l’observateur.

(*) On ne sait si elle vient de l’intérieur du pays ou bien si elle est formée ou plutôt simulée par la mer. A un certain endroit où la rivière forme un grand lac, les bords sont couverts de bois si épais et si impénétrables , qu’on ne peut s’assurer si le Champoton remonte au delà de ce point. On ne pourrait résoudre cette question qu’en faisant le tour du lac dans un bateau rempli de provisions pour toute la durée de l’exploration.

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Les belles ruines de Chichenisa , près de Valladolid , ne renferment pas moins de trésors scientifiques que celles de Tichoualahtoun , situées à huit lieues de distance. Enfin , si l’on suit la chaîne de montagnes qui traverse la Péninsule, depuis Muna jusu’à Tecax, on rencontrera pour ainsi ire à chaque pas des traces intéressantes du séjour d’une nation puissante sur cette terre appauvrie et presque dépeuplée par la conquête.

Mais de toutes les ruines du Yucatan, celles d’Uxmal sont les plus importantes par leurs proportions , leur caractère, et le vaste espace qu’elles occupent.

A dix-sept lieues au sud de Mérida, capitale de la province, sur un plateau élevé, s’étend une enceinte de monuments ruinés, connus sous la dénomination à'Uxmal (*) , à cause du voisinage d’une hacienda , ou ferme, qui porte ce nom. Ces restes d’une cité puissante couvrent, suivant M. Waldeck, un terrain de plus de huit lieues; ils sont beaucoup mieux conservés que Palenqué , ce qui permet de les examiner en détail.

Uxmal est le nom moderne, le nom provisoire et emprunté. Quelle est la véritable dénomination de ces ruines?

En d’autres termes, quelle était la grande ville dont les vestiges jonchent aujourd’hui le plateau d’tlxmal ? Les documents positifs nous font défaut pour résoudre cette question importante.

M. Waldeck, qui a parcouru et habité le Yucatan pendant les années 1834 et 1836, hasarde une solution que nous devons faire connaître : il affirme que cette ancienne cité ne pouvait être qu’Itzalane ; et voici sur quelles considérations il se fonde :

Itzalane était lacapitaledesltzaexes; or, l’enceinte dont il est ici question, révèle une ville de premier ordre ;

Itzalane était positivement voisine de Mani. Or, les restes de Mani couvrent la plaine qui s’étend autour du plateau d’Uxmal;

(*) Prononcez ouchmal : ce nom signifie ancien , ou du temps passe. C’est à tort que quelques écrivains disent Oxmutal.

L’UNjypRS.

Les Itzaexes étaient le peuple le plus sanguinaire de ces contrées; or, le seul téocali , ou temple à sacrifices, quj, suivant M. Waldeck, existe dans tout le Yucatan, se trouve parmi les ruines qui nous occupent.

La seconde considération nous paraît la plus sérieuse. Toutefois , elle n’est pas assez puissante pour autoriser un jugement qui , vu l’absence de documents certains, nous semble quelque peu aventuré- Nous croyons donc, malgré l'autorité du savant'voyageur, devoir continuer le nom d'Uxmal aux ruines dont nous allons parler.

L'aspect des ruines d’Uxmal est beaucoup plus imposant que celui des restes de Palenqué. D’abord les monuments ont des dimensions beaucoup plus grandes; ensuite le soin qu’on a pris de les débarrasser tout autour et dans uq rayon assez étendu, des arbres qui en masquaient autrefqjs la vue, permet au vovageur d’en embrasser d’un regard l'ensemble majestueux; il en résulte une impression de surprise d’autant plus vive qu’on ne s’attend pas à une perspective aussi dégagée.

Nous commencerons, sans préambule, par la description du monument qui, autant par sa situation que par la hardiesse de ses proportions , fixe tout d’abord et irrésistiblement l’attention de l’explorateur.

C’est un édifice assis sur une élévation artificielle de forme oblongue et arrondie aux deux extrémités; la base de la pyraipide a deux cent quarante pieds de long et c,ent vingt de largeur; elle est entouree d’un revêtement de pierres carrées. Une rangée de marclies abruptes conduit à une plate-forme en pierre, large dé quatre pieds et demi , et qui règne tout le joug de la construction pyramidale. 11 n’existe pas de porte au centre de l’édifice, mais à chaque extrémité , une ouverture conduit a une pièce de dixhuit pieds fie long sur neuf de profondeur; entre les deux salles, on en trouve une. troisième de mêmes dimensions. Tout le monument est construit en pierre; à l’intérieur, les murs sont

remarquablement polis; au dehors, on observe au-dessusfde la porte une corniche parfaitement travaillée, et, à partir de cette corniche jusqu’au sommet du bâtiment, toutes les faces du temple sont couvertes d’ornements aussi riches que compliqués, et formant une espèce d'arabesque. Le style et le caractère de ces sculptures diffèrent complètement de tout ce qu’on voit en ce genre soit en Amérique , soit ailleurs; elles n’ont même aucune, analogie avec les ornements de Copan et de Palenqué. Ce sont des dessins étranges et indéfinissables, laborieusement trtffcés , quelquefois grotesques, mais souvent simples, du meilleur godt et pleins d’élégance. Parmi ceux dont il est permis de se rendre compte, on voit des carrés et des pierres polyangulaires portant deé bustes d’êtres' humains, des têtes de léopards, des feuilles, des (leurs, et ces gracieuses bordures connues sous le nom de grecques. Tous les ornements sont différents les uns des autres; le tout forme un ensemble dont la richesse produit un effet extraordinaire. Ce qu’il y a de particulier, c’est qu’aucun tableau aucune pierre isolée ne représente séparément un sujet complet; bien loin de là, les pierres contiennent chacune une partie du sujet, et, placées l’une à côté de l’autre, concourent à produire un ensemble qui n’existerait pas si elles étaient détachées.

On pourrait dire que c’est là une espèce de mosaïque sculptée.

Devant la porte principale de ce singulier monument, un pavé de ciment très-dur conduit à la partie supérieure d’un autre édifice construit plus bas sur la pyramide artificielle dont il a été question. Il n’existe ni escalier, ni aucune autre communication visible entre les deux bâtiments.

On est obligé de se suspendre aux broussailles qui poussent çà et là, et l’on finit par trouver une porte qui donne accès dans une piède coupée par des corridors. Tout l’extérieur de cet édifice est semblable à celui du temple dont nous nous sommes occupé tout d'abord.

GUATEMALA

A Uxmal , comme dans la plupart des villes ruinées de l’Amérique, les Indiens donnent à chaque monument un nom particulier. Celui dont nous venons de parler s’appelle, dans le pays, la Casa del .-inano, ou la maison du nain. Cette dénomination tire son origine d’une légende merveilleuse encore en crédit parmi les simples habitants de ces contrées.

Il en est un autre que l’on suppose avoir servi de couvent à des religieuses qui auraient passé leur vie, comme les vestales du Mexique, à conserver le feu sacré. Pour cette raison , on l'appelle Casa de las Monjas , ou maison des nonnes. Il est également situé sur une élévation artificielle d’environ quinze pieds de hauteur. Sa forme est quadrangulaire, et sa longueur est de quatre-vingts pas. Il offre à l’extérieur des ornements sculptés, sembla- }>les par leur richesse, leurs détails compliqués et leur caractère indéfinissable, à ceux dont il a été déjà question. L’entrée principale est large et s’ouvre sur une belle cour couverte de gazon , mais débarrassée des arbres qui l'encombraient. La façade intérieure est beaucoup plus ricne d’ornements et plus travaillée que celle de l’extérieur ; elle est aussi mieux conservée. D’un côté règne une série de pierres à facettes, sculptées avec goût et simplicité. A l’extreinité de la cour, deux serpents gigantesques, dont les têtes gisent sur le sol, s’enroulent, dans des directions opposées, le long de la façade.

En face de la maison des nonnes est un autre édifice bâti sur une plus petite élévation , offrant le même caractère, et connu sous la dénomination de Casa de Tortugas, à cause des tortues sculptées au-dessus de la porte. De larges crevasses dans ses murs feraient croire que ce monument a été ébranlé par un tremblement de terre. Il se trouve à peu près au centre des ruines, et l’on y jouit d’une vue magnifique.

Tout à côté, et un peu sur la droite, on aperçoit un bâtiment auquel on ne parvient qu’en escaladant deux hautes

terrasses. Le corps du monument n’a rien qui le distingue essentiellement des autres; mais la façade est surmontée d’un mur élevé, couvert d'ornements, et ayant cette forme singulière

-Cette disposition lui a fait donner le nom de Casa de Palomos, ou maison des pigeons, désignation fondée sur la ressemblance qu’il offre, à distance, avec un pigeonnier.

Vis-à-vis s’ouvre une avenue bordée de ruines, qui conduit à un monceau de pierres, tristes restes d’un ancien monument; derrière ce tas informe, on découvre un grand édifice précédé d’une cour dont le sol retentit sous les pieds du voyageur. On a constaté qu’il existait au-dessous de cette cour un souterrain revêtu de ciment, et qui a peut-être servi de grenier.

Mais Je monument le plus remarquable d’Uxmal est celui que les Indiens nomment ta maison du gouverneur. C’est le plus vaste, le plus digne d’attention, sous le rapport de l’architecture, et le mieux conservé. Il est construit sur une série de terrasses superposées qui lui donnent une assez grande élévation. La première, en commençant par la base, n’a pas moins de six cents pieds de long et cinq de hauteur. Elle est revêtue de pierres, et se termine en une plateforme de vingt pieds de largeur, sur laquelle repose une seconde terrasse de quinze pieds d’élévation. La grande plate-forme qui s’étend au-dessus est cultivée par le propriétaire des ruines et plantée en blé. A l’angle sud-est de cette plate-forme on voit une rangée de piliers arrondis, ayant dix-huit pouces de diamètre et trois ou quatre pieds de haut; ces piliers occupent un espace d’environ cent pieds en longueur. On ne peut pas dire préci-

ized b)

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sèment que ce soient là des colonnes, niais on ne peut se refuser à constater l’apparence d’analogie. Ce sont, du reste, à ce qu'il parait, les seuls fragments qui pourraient, à la rigueur, faire supposer que la colonne n’a pas été inconnue aux architectes de l’ancienne Amérique. Au milieu de la terrasse, le long d’une avenue qui aboutit à une rangée de degrés, on aperçoit un autre pilier rond, brisé, et dans’une position inclinée.

A deux cent cinq pieds du bord de la plate-forme, s’élève un escalier en pierre, large de plus de cent pieds, composé de trente-cinq marches, et conduisant à une troisième terrasse.

Celle-ci est à quinze pieds au-dessus de l’autre, et à trente-cinq pieds du niveau de la plaine; et comme le paysage environnant est parfaitement dégagé, la vue, du haut de cette vaste éminence, se promène sur un superbe panorama. Il est évident que la seule construction de ces terrasses superposées a été un travail immense. C’est sur la troisième plate-forme que s’élève le majestueux palais dont les habitants ont fait la maison du gouverneur. La façade a trois cent vingt pieds de longueur. Situé sous un climat moins pluvieux et dans un lieu moins humide que Palenqué, cet édifice a conservé ses murs presque aussi intacts que quand ses hôtes l’abandonnèrent ou furent exterminés. Tout le bâtiment est en pierre; il est nu jusqu’à la corniche qui règne au-dessus de la porte; mais dans le haut, il est orné de sculptures aussi riches et aussi bizarres que celles des autres monuments d’tJxmal. Bien loin de pouvoir reprocher à son plan et à son exécution architecturale cette espèce d’étrangeté et de barbarie qu’on observe dans d’autres palais en ruine, on remarque dans ses proportions une grandeur et une symétrie tout à fait conformes aux saines règles de l’art.

En contemplant cette magnifique construction, il est impossible de se persuader qu’on a devant les yeux l’œuvre d’un peuple dont l’épitaplie, tracée par les historiens, l’accuse d’avoir été d’une

ignorance profonde en matière d’art, et d’avoir vécu jusqu’au jour de sa destruction, d’une vie grossière et sauvage. A coup sûr, d’après le témoignage des voyageurs les plus véridiques, ce vaste palais peut soutenir la comparaison, sous le rapport de l’architecture, avec les restes de l’art égyptien, romain et grec.

Il faut signaler une particularité qui constitue une singulière anomalie dans un monument aussi complet et aussi régulièrement construit : c’est que tous les linteaux étaient de bois.

Ces linteaux étaient des poutres pesantes, avant huit ou neuf pieds de long, dix-huit ou vingt pouces de large, et douze à quatorze pouces d’épaisseur. Le bois en est excessivement dur et résiste au couteau. Comment expliquer l’usage du bois dans un édifice si solidement bâti en pierre?

Serait-ce que ce bois ne se trouvant que dans le voisinage du lac dePéten, et le transport en étant aussi long que difficile â une pareille distance, on le considérait comme un objet de curiosité, et comme un ornement digue de la demeure des souverains? Quoi qu’il en soit, le fait est hors de doute.

Ajoutons que la position des linteaux leur imposait la charge d’un mur de quatorze à seize pieds de hauteur sur trois ou quatre d’épaisseur. Il en devait résulterqu’à la longue, quelle que fût la dureté du bois, ils ploieraient sous un pareil poids. C’est ce qui est arrivé pour quelques-uns. Il en est qui sont brisés par le milieu, et soutiennent encore le mur, qui ne tardera pas à s’écrouler; d’autres sont tombés, entraînant dans leur chute tout ce qui reposait sur eux ; enfin, quelquesuns sont dévorés par les fourmis, et seront bientôt réduits en poussière.

En réalité, si l’on excepte le couvent, les dégradations observées dans les monuments d’Uxmal ont été, pour la plupart, occasionnées par la destruction de ces poutres. Si les linteaux avaient été de pierre, il n’est pas douteux que les principaux édifices ne fussent encore presque intacts. Il est évident que les construc-

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leurs de ces temples et de ces demeures somptueuses croyaient qu’il y aurait toujours des mains empressées à réparer les dégâts occasionnés par la fracture ou la chute de ces pièces de bois.

La façade du palais qui nous occupe est tournée au levant. Au centre, et vis-à-vis l’escalier qui conduit à la terrasse, sont trois entrées principales dont une plus large que les autres. La porte du milieu s’ouvre sur une salle de soixante pieds de long sur vingtsept de profondeur; cette pièce est divisée en deux corridors par un mur épais, percé d'une porte de communication. I.e plan de ce corps de logis est le même que celui du couloir de devant dans le palais de Palenqué, à l’exception qu’ici le corridor n’occupe pas toute la longueur du bâtiment, et que celui du fond n’a pas de porte de sortie. Le pavé est composé de pierres carrées, et les murs sont également construits en blocs de même forme, parfaitement joints et merveilleusement polis. Le plafond se termine presque en pointe comme celui des corridors de Palenqué.

La division des autres ailes du palais correspond à celle de l’appartement central, et l’on observe une grande uniformité dans les ornements. Dans certaines pièces, les murailles sont revêtues de plâtre aussi fin que celui qu’on emploie à Paris.

Il importe de remarquer qu’on ne trouve ici ni peintures, ni ornements en stuc, ni bas-reliefs, ni décorations d’aucun genre.

Un vovageura trouvé un objet fort intéressant dans une salle de la Maison du gouverneur : c’est une grosse solive longue de dix pieds, très-pesante, et qui était tombée sur terre du haut de la porte où elle était placée. Sur le devant de cette poutre on voit une ligne de caractères creusés ou

empreints dans le bois, presque effacés, mais cependant assez visibles pour qu’on ait pu constater que c’étaient des hiéroglyphes analogues à ceux de Copan et de Palenqué. C’est peut-être le seul document qui puisse mettre sur la trace du passé de cette ville en ruine, car on ne trouve à Uxinal ni idoles comme a Copan, ni figures en stuc, ni tableaux sculptés comme à Palenqué , rien enfin de ce qui pourrait aider les investigations de la science moderne.

Il est un ornement qu’on retrouve dans presque tous ces édifices : c’est une tête de mort avec deux ailes étendues et des deuts saillantes. Le tout a deux pieds de large, et s’attache aux murs à l’aide d’un crochet fixé par derrière.

Quant aux autres ornements dont la multiplicité étonne à Uxmul, et qui forment, comme nous l’avons dit, une espèce de mosaïque sculptée, aucune description ne pouvant en donner une idée, nous renvoyons le lecteur aux gravures qui les représentent.

JNous ne devons pas omettre un fait assez étrange qu’on a remarqué à Uxmal : c’est qu’on n’y a jamais connu d’eau. Les Indiens i qui fréquentent cette localité, affirment qu’il n’y a pas un seul ruisseau, pas une fontaine, ni même un puits , et que, pour trouver de l’eau, il faut aller à la ferme du propriétaire, qui est située à un mille et demi. 11 est probable que les sources qui alimentaient la ville sont taries , les citernes détruites , et les ruisseaux desséchés. Cependant les habitants éclairés des environs pensent que la face du pays n’est modifiée en rien ; il faudrait donc qu’il existât des réservoirs souterrains, destinés à conserver des eaux cachées elles-mêmes dans les entrailles du sol. C'est là une uestion qui n’est pas sans intérêt, et ont la solution n'est pas aussi facile qu’on le croirait au premier abord.

Les ruines d’Uxmal sont connues en Europe depuis peu de temps, et elles le sont encore fort mal ; il n’est donc pas surprenant qu’une foule de profclèmes qui s’y rattachent aient été jusqu’àcejour à peine posés. Les ruines de

L’UNÎVERS.

Palenqué, découvertes et explorées bien longtemps auparavant, renferment une multitude de choses qui sont encore des mystères pour nous. Ces débris d’une civilisation éteinte ont si peu occupé l’attention des hommes compétents, qu'on peut dire que le champ des antiquités américaines est encore à défricher.

On s’est livré aux conjecturés les plus hasardées sur l’origine des ruines de l’Amérique septentrionale et centrale ; on a fait des rapprochements plus ou moins ingénieux entre les monuments du nouveau monde et ceux de l’ancien. Qu’y a-t-il de fondé dans ces hypothèses si péniblement élaborées ? Il est d’abord certain que lès ruines américaines n.’ont ni le caractère cyclopeen, ni aucune analogie avec les monuments grecs et romains; rien en un mot ne peut leur être comparé en Europe. Quant aux monuments antiques de la Chine et du Japon, qu’on a voulu faire entrer comme éléments dans l’cxemen (lu problème, ils sont assurément trop peu connus pour pouvoir fournir matière à une discussion sérieuse. On a parlé de l’Inde. Mais on ne trouve pas dans toute la partie de l’Amérique que nous venons de parcourir, une seule de ces cavernes dans lesquelles les Hindous aimaient tant à placer le sanctuaire de leurs idoles.

Les Américains, loin de profiter des nothbreux accidents de terrains , qui auraient si puissamment Favorisé les travaux d’excavations, plaçaient leurs édifices sur des élévations 'artificielles construites à grands frais. Si les ruines de I'àlciiqué étaient d’origine indienne, comment pourrait-on supposer que leiirs constructeurs eussent brusquement renoncé à leurs habitudes et aux principes de l’art national? Les sculptures ne diffèrent pas moins. En Amérique, point de ces figures hideuses , contournées, difformes, décapitées ou à plusieurs têtes , comme celles qu’on remarque sur les monuments de l’antiquité hindoue. L’analogie observée dans la pose des personnages, dont v quelques-uns sont assis à la manière des Asiatiques , ne suffit pas pour ser-

vir de base à un système de rapprochement.

Quant à l’Égypte, la ressemblance ne paraît pas mieux, établie. On àbeaucoup insisté sur le système pyramidal adopté dans les deux pays. Mais l’idée de la. pyramide est naturelle a tous les peuples et nepeut prouver la communauté d ’origine. D’ailleurs les pyramides égyptiennes diffèrent essentiellement îles pyramides d’Amérique. Les premières ont un caractère particulier, uniforme, et furent toutes construites dans un même but; elles sont carrées à la base, et leurs faces offrent des degrés qui vont en diminuant jusqu’au sommet, oui est toujours en pointe. Les pyramides américaines sont toutes bblongues, arrondies aux quatre coins, et tapissées d’un revêtement de pierres unies:

en fait de degrés, elles n’en ont qu’au centre et quelquefois derrière. Il en est qui sont coupées par de larges terrasses ou plates-formes superposées, communiquant les unes aux autres par des escaliers. En second lieu, les pyramides de l’Égypte sont creuses, elles ont des chambres intérieures, et, indépendamment des autres usages auxquels elles pouvaientservir, elles étaient des lieux de sépulture. Les pyramides américaines, au contraire, sont des solides parfaitement pleins , sans ouvertures ni excavations. Mais ce qui constitue la différence la plus frappante, c’est que les pyramides d’Egvpte sont complètes en elles-mêmes , tandis que celles d’Amérique n’ont été élevées que pour servir de fondements à des édifices. Il n’existe pas en Égypte une seule pyramide supportant un temple ou un palais; il n’en est pas une seule en Amérique au sommet de laquelle on n’aperçoive un monument.

Ajoutons que les Égyptiens se servaient, dans la construction de leurs édifices, de pierres de dimensions colossales; en Amérique, il n’en a pas été de même ; tous les édifices sont bâtis de pierres de grosseur très-ordinaire, on n’en trouverait pas une qui fût digne de figurer dans un mur égyptien. Comparera-t-on les obélisques de l’Égypte aux idoles de Copan et de Quirigua,

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lesquelles sont sculptées sur des pierres isolées et placées debout comme des obélisques ? Mais des blocs aussi médiocres n’ont jamaisété employés en Égypte que dans la çonstruction des murs les plus insignifiants; les obélisques qui servent d’ornements aux portes des grandes villes ont jusqu'à quatre-vingtdix pieds de hauteur, et sontdes géants auprès des pierres de Copan. L’imitation serait donc tout à fait ridicule, et il est beaucoup plus naturel de croire qu’il n’y a aucun rapport entre ces deux échantillons de l’art américain et de la sculpture égyptienne. La colonne, qui forme un trait distinctif des temples que baignent les eaux du Nil, n’existe pas non plus en Amérique.

Jusqu’à présent on n’a pas trouvé une seule colonne proprement dite dans les ruines du Mexique, du Yucatan et de l’Amérique centrale. On n’y voit pas non plus le dromos, le pronaos, et P adytum, qui caractérisent aussi les temples égyptiens. Enfin il est impossible de soutenir sérieusement, comme on l’a fait, que. la sculpture américaine offre de l’analogie avec la sculpture des anciens habitants de l’Égypte. On s’en convaincra aisément en comparant entre eux des bas-reliefs des deux pays. On verra que l’usage du profil dans le dessin des personnages est le seul trait de ressemblance; encore faut-il observer que le dessin en profil se retrouve dans presque toutes les bonnes sculptures en bas-relief.

Les monuments américains n’ont donc nulle part leurs analogues. Ils sont d’une originalité complète , sans modèles, sans tradition; ils sont le produit d’une civilisation isolée, inconnue du reste du monde , et absolument indigène. M. Waldeck croit bien avoir reconnu sur les édifices d’Uxmal la trompe de l’éléphant asiatique et d’autres détails qui attesteraient, suivant ce voyageur, une origine indienne; mais, à en juger par ses propres dessins, à l’exactitude (lesquels nous avons toute raisonde croire, c’est là une conjecture très -aventureuse. Nous ne voyons donc rien qui infirme notre conclusion, et nous pen-

sons, comble M. Stèjjhens , que l’art américain est tout à fait exceptionnel, sans lien avec les œuvres des autres peuples.

Quelle date faut-il donner à ces vieux monuments du ndiiteaù inonde ? Doiton en faire remonter l’origine au delà des siècles historiques, ou les regarder comme le produit des derniers temps de l’Amérique indépendante ?

Cette ténébreuse question a fait naître des conjectures fort diverses et fort opposées, qu’aucune preuve historique ne vient appuyer. Lord Kingsborough a rattaché a une migration de juifs la vieille civilisation de l’Amérique centrale. M. Dupaix suppose à ses ruines une origine antédiluvienne , tandis que M. Stephens leur assigne une époque comparativement récente. Il y a , entre de tels systèmes, l’immense intervalle de quelques milliers d’années.

Nous n’avons garde , comme on le pense bien, de prendre parti pour l’une ou l’autre de ces conjectures. Nous croyons qu’il n’y a nul moyen d’établir historiquement, ou même per»

simple analogie, l’âge dans lequel florissait le peuple qui fit ces grands travaux. M. Waldeck pense que la dynastie et la civilisation palenqueennes étaient éteintes longtemps avant l’établissement des Aztèques dans l’Anahuac.

Nous le croyons aussi, et tout tend à établir que les monuments de construction aztèque, tels qu’ils existaient au moment de la conquête, ne furent que des copies fort altérées des grands et anciens édifices civils de l’Amérique centrale. Les conquérants, gens peu versés dans les détails de l’art, purent très-bien les confondre dans leurs descriptions, sans que la ressemblance fût parfaite; mais, par leurs récits même et par les traditions mexicaines, il reste constant qu’il y avait alors des temples, des pyramides et des palais en ruine, et qu’on regardait comme l’œuvre d’un peuple qui n’existait plus.

Toutefois, quel que soit le point de vue sous lequel on envisage ces questions, le nom de ce peuple, sa patrie , ses lois , ses mœurs , son culte religieux primitif restent un pro-

fond mystère. Ce qu’on ne peut méconnaître , c’est qmil a laisse de merveilleuses traces ae son passage sur la terre d’Amérique (*).

Ç) M. Lacroix, jeune littérateur plein

de savoir et l’un des collaborateurs de t’UiuvERS , a pris part à notre rédaction du ■ïiicatan et du Guatemala , nous lui adressons ici nos remerciments pour les curieux renseignements qu’il nous a fournis.

LARElSAtJDlïRE.

PÉROU ET BOLIVIE

Par M. FRÉDÉRIC LACROIX.

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