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indigènes (*); si l’on ajoute

1.500.000 habitants pour les provinces qui formaient la vice-royauté de Buénos-Ayres, et 700,000 pour Quito, on ne trouvera en somme que 3,300,000 individus pour toutes ces contrées réunies; sur ce nombre les Indiens figuraient pour plus des deux tiers, c’est-à-dire qu’ils étaient 2 millions et demi , le reste se composant de sangmêlés à des degrés différents. Il faut dire que plusieurs autres causes de dépopulation se sont ajoutées à celle que nous avons signalée; ainsi l’usage et l'abus des liqueurs fortes qui , suivant Ulloa, firent plus de mal aux Péruviens dans une seule année que le travail des mines pendant un quart de siècle; ainsi la petite vérole, qui fit des ravages effrayants parmi ces tribus infortunées ; il faut aussi tenir compte d’une épidémie, qui, en 1750, dépeupla des villages entiers. Mais la conscription pour les mines n’en a pas moins été le lléau le plus redoutable et le plus destructeur dans la vice-royauté du Pérou ; elle a été pour les malheureux habitants de cette contrée ce que les célébrés Mamelucoes et d’autres aventuriers ont été pour les peuplades indigènes du Brésil, ce que l’esclavage a été pour les Indiens d«s Antilles (**).

(*) I.a population totale du Pérou, en 1796, s’élevait, suivant le Viagcro universal, à i,445,ooo âmes.

(**) «Ce n'est pas autant le travail que le changement subit de climat , qui rend la mita si pernicieuse pour la conservation des Indiens. Cette race d’hommes n'a point la flexibilité d'organisation qui distingue l’Eu-

Le repartimiento était un privilège accordé dans l’origine aux corrégidors ou gouverneurs de districts, et qui investissait ces fonctionnaires du droit de fournir aux Indiens, à des prix raisonnables , tous les objets nécessaires à leur consommation. Ce privilège, quoique réglé et limité par une loi , dégénéra , comme on pouvait le prévoir, en un moyen de tyrannie et d’exaction. Les indigènes furent exploités par les .autorités locales, avec une rapacité et un cynisme sans pareils. Non -seulement’ on les forçait d’acheter à des prix énormes des mules moribondes , des marchandises avariées, et d’autres articles de commerce sans valeur, mais encore, chose presque incroyable , on faisait entrer dans les approvisionnements qu’ils étaient contraints d'acquérir au poids de i’or, des rasoirs , des bas de soie , des lunettes et des articles de luxe, alors que les Espagnols savaient fort bien que les Indiens n’ont pas ou presque pas de barbe, qu’ils vont toujours nu-pieds, qu’ils ont la vue excellente , et que le luxe leur est étranger. La perception du tribut royal offrait aux corrégidors un autre prétexte à des exactions odieuses; et les prêtres, à qui le salut des Indiens était confié, leur enlevaient le peu que leur laissait l’insatiable cupidité des gouverneurs.

Cette conduite des vainqueurs à l’égard des Péruviens n’était pas seulement criminelle aux yeux de la morale, elle était encore éminemment maladroite et impolitique; car la patience des peuples a des bornes, et les tyrans payent cher quelquefois leurs caprices despotiques. Ici se place le récit de l’événement dont nous avons parlé. En

ronéen. La sanlé de l’homme cuivré souffre infiniment lorsqu'on le transporte d'un climat chaud dans lui climat froid , surtout lorsqu'on le force de descendre du haut de la Cordillère dans ces vallons étroits et humides où paraissent se déposer tous les miasmes des régions voisines. » (Humboldt, Essai politique sur le royaume de la NonveUe-Espagne, t. I , p. 338 de l’édition de i8a5.)

L’USlVERS.

1780, les indigènes, fatigués de ces actes de vol et de fraude, résolurent de secouer le joug. S’ils avaient pu hésiter , ils auraient été poussés à l’insurrection par l’inexorable avarice des corrégidors de Chayanta et de Tinta, qui , cette même année , eurent la cruauté d’imposer aux habitants de leur district trois repartimientos, dont chacun produisit environ 150,000 dollars. La révolte s’organisa donc sans autre délai. Les mécontents étaient dirigés par un cacique qui se disait descendant de Saïri Tupac et de Tupac Amaru ; pour donner plus d’éclat à son entreprise et inspirer à ses subalternes un respect utile à Ses desseins, ce chef avait pris le nom de son aïeul, le dernier liiea, et s’était entouré de toute la pompe et de toute la magnificence des rois ses ancêtres. Cet Ipsilanti Péruvien s’appelait réellement don José Gabriel Condorcanqui ; il était fils du cacique de Tungasuca, village de la province de Tinta, ou plutôt fiis delà femme du cacique , car, suivant M. de Humboldt, il était métis, et son véritable père était un moine.

Il avait reçu une éducation assez distinguée à Lima. Son attitude noble et fière, sa taille élevée et ses manières empreintes d’une majesté calculée , prévenaient singulièrement en sa faveur, et imposaient surtout à la foule ignorante de ses complices; il avait aussi les vertus qui honorent la vie privée, mais il manquait des qualités éminentes qui conviennent au libérateur d’un peuple et au régénérateur d’un empire. Au lieu de faire cause commune avec les Américains espagnols, qui, nés sur le même sol, croyaient avoir des droits égaux à ceux des Indiens, et qui, d’ailieurs, souffraient tout autant des exactions de leurs maîtres communs, il se montra aussi hostile envers eux qu’envers les hommes dont il voulait briser le pouvoir. Il se préparait ainsi une destinée qu'une politique moins étroite et plus intelligente aurait à coup siïr changée, ou, tout au moins, modifiée.

Toutefois, sa cause ne tarda pas à devenir populaire, et il vit accourir au-

tour de lui une multitude d'indiens indisciplines , qu’il ne pouvait ni armer, ni instruire dans la tactique militaire. Mais le courage de ces hommes qui combattaient pour la liberté, contre-balança pendant les premiers temps l’habileté de leurs adversaires. Les insurges conquirent les provinces de Quispicancbi , Tinta, Lampa, Azangara, Cararaja et Chumbivitcas ; mais après plusieurs combats dans lesquels ils résistèrent avec fureur à un ennemi redoutable par la supériorité de ses moyens d’attaque, Tupac Amaru fut fait prisonnier. On eut la barbarie de le rendre témoin du supplice de sa femme et de ses enfants; après quoi , il fut mis à mort, avec des raffinements de cruauté dignes des premiers conquérants du Pérou i*).

Ce traitement atroce etignominieux, loin de jeter la terreur parmi les insurgés , et de les décider , comme on l’avait espéré , à implorer merci , ne fit qu’exciter leur colère et augmenta leur nombre par l’aceession d'unefoule d'indigènes, restés jusque-là simples spectateurs de la lutte. Conduits par des chefs intrépides , ils firent aux Espagnols une guerre de désespoir et de destruction. Plusieurs détachements d’Européens furent taillés en pièces.

Encouragé par ces succès, Andrès, neveu de José Gabriel Condorcanqui , mit le siège devant Sorata, ville située près de La Paz, et où les Espagnols des districts voisins s’étaient réfugiés avec leurs familles et leurs richesses. Les Indiens, mal armés et encore plus mal dirigés, ne pouvaient rien contre des fortifications, construites en terre, à la vérité, mais garnies d'une artillerie formidable. Lechcfdes assaillants parvint néanmoins à égaliser les chances par un stratagème qui aurait fait honneur au chef d’une armée européenne : au moyen d’une longue jetée qu’il fit construire avec une surprenante rapidité, il réunit les eaux qui tombaient des cimes neigeuses des montagnes d’Ancoma, et les dirigeant contre les

(*) On lui arracha la langue , puis on le fit étarteler.

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fragiles rempartsde la place, il vit bientôt crouler les murailles sous l’action dissolvante de la masse liquide. Dès ce moment, la ville fut à la discrétion des Indiens; ilsyentrerent transportés de fureur et en massacrèrent les habitants. Plus de 20.000 personnes tombèrent sous le couteau des vainqueurs et expièrent par le dernier supplice la mort si affreuse de Gabriel Condorranqui. A l’exception des membres du clergé, pas un individu du sexe masculin ne futépargné.

Mais la vanité des chefs, enflée par cette victoire , leur fit dépenser en vaines parades et en ridicules essais de royauté, un temps qu’ils auraient dd employer a des operations militaires propres à consolider un aussi éclatant succès. Il arriva ce que des esprits plus exerces auraient pu prévoir : les Espagnols obtinrent par ruse et par perfidie ce que la fortune des armes leur avait refusé, l.es deux principaux chefs indiens, par suite de certaines manoeuvres odieuses, furent livrés par leurs propres serviteurs à la vengeance de leurs ennemis; et, dès ce moment, l’insurrection, qui av ait duré deux ans, fut anéantie. Le seul bénéfice que les indigènes retirèrent de leur révolte, fut l’abolition du reparlimiento, cause unique de cette lutte sanglante Vingt ans plus tard , les Indiens du plateau de Riobamba se soulevèrent à

Îtlusieurs reprises, et renouvelèrent sur es habitants de race blanche les san-

flantes vengeances qui avaient signalé insurrection de 1789; mais ces mouvements populaires furent encore réprimés. La situation du Pérou ne devait changer qu’à la suite de la révolution politique que nous allons raconter.

EÉVOLCTION PÉBU VIENNE.

Les révolutions politiques à la suite desquelles l’Espagne a perdu ses colonies d’Amérique n’offrent pas ce caractère de grandeur et de majesté qu’on est habitué à observer en Europe dans des événements de cette nature.

Une faible population se soulevant contre la métropole; des hommes, la

plupart médiocres, se ruant à la curée du pouvoir et se disputant les débris de l’autorité royale; des années presque lilliputiennes se livrant une guerre acharnée en vertu d'idées souvent mal comprises ; rien de grandiose , rien d'imposantau milieu de tant de mouvements brusques et imprévus ; tel est le spectacle que présentent en général les révolutions de l’Amérique moderne.

Une seule physionomie héroïque domine ce pêle-mêle de personnages mirmidons et de faits presque imperceptibles : c’est celle de Bolivar. Cethoinme, par le rôle brillant et actif qu’il a jnué durant cette période historique, s’est acquis une. juste célébrité au milieu des individus et des choses médiocres auxquels il s’est trouvé, mêlé.

Le reste, à part deux ou trois hommes qui furent le reflet du héros de la Colombie, ne vaut pas l'honneur d’être nommé.

Toutefois, il est juste de reconnaître que jamais peut-être dans aucune entreprise humaine , les résultats ne furent en disproportion plus marquants avec les moyens d’action ; car ces luttes mesquines, et parfois ridicules, ont abouti à des conséquences d’une gravité incontestable. — Apres une crise dont les acteurs venaient à peine à la ceinture des révolutionnaires d’Europe, l'Amérique s’est tout à coup trouvée indépendante, et l’Espagne s’est vue dépossédée de colonies magnifiques. A l'époqueoù Si. de Ilumboldt voyageait dans le Mexique, les domaines espagnols du nouveau monde occupaient un espace de 79 degrés de latitude, égalant la longueur de l’Afrique, deux fois plus vaste que l'étendue entière des Etats-Unis, et beaucoup plus considérable que le territoire de l'empire britannique dans l’Inde. Quelques années s’étaient à peine écoulées que les rois de Castille et d’Aragon perdaient ce beau fleuron de leur couronne; fait immense dans l'histoire des nations aussi bien qu’en politique ét au point de vue commercial. Ce que la perte des États-Unis pour l’Angleterre, eteeltedu Mexique, du Pérou et de Buénos-Ayres pour

l’Espagne, ont apporté de changement des descendants de Louis XIV. Le 15 dans les bases du commerce européen, juillet 1808 , la population de Caracas dans la situation politique de l’ancien prit l’initiative en proclamant Fcrdimonde , et même dans l'avenir de nos nand VII ; le capitaine général et l’auvieilles sociétés, est, à proprement dience furent contraints de céder à la parler, incalculable. Les révolutions volonté des habitants, et de recevoir des deux Amériques furent donc un leserment d’obéissance prêté par acclaévénement considérable, et si l’on mation au monarque légitime. Un déexamine par quels instruments et par cret de Charles-Quint (1530), confirmé quels moyens elles se sont accomplies, par Philippe 11 , en 1503, autorisait, on restera surpris que des causes si dans le cas d’urgence, la convocation minimes aient enfanté un résultat des cortès ou de juntes générales, dans aussi formidable. les différents royaumes de l’Amérique

L’Europe a été presque aussi facile- espagnole La situation des affaires , ment vaincue par l’Amérique, que l'A- dans ce moment de crise, semblait mérique l’avait été, autrefois, par l’Eu- présenter un de ces cas de pressante nérope. Une poignée d’aventuriers avait cessitéprévus par l'ordonnance royale, conquis toute cette immense contrée L’autorité de la couronne était susque baignent les deux océans et qui pendue par l’emprisonnement du souavoisinc les deux pôles; une poignée verain, et le .seul moyen de préserver d’insurgés a chassé les maîtres de les colonies du joug de la France, était cette terre promise , si aisément sub- l’exercice du droit légalement et consjuguée; éloquentes représailles dans titulionnellement conféré aux juntes ; lesquelles se montre le doigt delà Pro- néanmoins, cette mesure, la seule videncc, et qui ont vengé les opprimés, propre à maintenir la tranquillité dans en même temps qu’elles punissaient les domaines transatlantiques de l’Es~ les coupables folies des oppresseurs. pagne, signala le commencement d’une C’est l’importance du fait définitif guerre sanglante et d’une révolution de l’indépendance américaine qui nous décisive.

engage a faire le récit de la révolu- Les mêmes sentiments de fidélité tion du Pérou. Isolés du résultat , les qui avaient amené la démonstration de incidents de la lutte mériteraient à Caracos, se manifestèrent presque sipeine de fixer notre attention. Toute- multanément sur tous les points des

fois il va sans dire que nous signale- colonies espagnoles; et ici , il est né-

rons seulement les phases principales cessaire, pour bien faire comprendre de ce drame historique. Si le Mexique, les événements qui survinrent dans le par le prix que la métropole atta- Pérou, de rappeler succinctement ceux chait à sa possession , exigeait que sa dont les États voisins furent le théâtre, révolution fût racontée en détail, le A Mexico, le vice-roi Iturriggrav,

Pérou, moins précieux à l’Espagne , appuyé par le cabildo , proposa de

sous certains rapports, peut être traité convoquer une junte; mais les Euroavec moins de façon. péens qui , dans la capitale, formaient

Tout le monde sait (jue l’invasion de le parti le plus influent, firent arrêter le l’Espagne par Napoléon fut le signal vieux vice-roi et l’envoyèrent prisonde l’émancipation de l’Amérique espa- nier en Espagne. Le projet de convognole. Il est étrange que le premier cation fut ainsi anéanti ; mais bientôt mouvement révolutionnaire du Pérou le sentiment qu’on avait un moment tire son origine de la fidélité enthou- réussi à étouffer, fit explosion, et siaste des habitants à l’imbécile Fer- amena une insurrection populaire. A dinand, et de la résolution prise par Caracas, la junte suprême s’assembla eux de résister à l’ordre expédié de le 19 avril 1809, et un de ses premiers Bayonne, de prêter serment d’ailé- actes fut de bannir le capitaine gégeance au frère de l’empereurdesFran- néral et les membres de l’audience, çais, intronisé par la victoire à la place Les juntes furent convoquées à La Paz

PEROU ET BOLIVIE

le 15 juillet de la même année, à Quito composée de neuf membres , présidée le 19 août, à Santa-Fé de Bogota le par don Cornelio deSaavedra,et ayant 25 mai 1810, à Buénos-Avres le même pour secrétaires dons Passo et Majour, et à Santiago du Chili le 18 sep- riano-Moreno. Cisneros fut ensuite tembre. exilé aux îles Canaries, et Liniers, qui

Buenos- Ayres a été appelé le berceau était devenu le chef de la faction espa-

de l'indépendance de l’Amérique du gnole, fut fait prisonnier près de

Sud ; cependant à l’époque de la pre- Cordova, et fusillé, mière invasion anglaise, en 1806, l'Es- Les premiers mouvements révolupagne n’avait pas de plus fideles sujets tionnaires du Chili s’accomplirent sans que les habitants des rives de la Plata. difficulté ni violence. Il y avait peu de Cela s’explique aisément : la métropole troupes espagnoles dans le pays, et les avait toujours témoigné plus de bien- deux partis militants, les royalistes et veillance a cette colonie qu’a ses autres lesi;irfê/jenrfn»/s,étaient moins animés possessionsaméricaines; elle l’avait do- l’un contre l’autre que les factions des tée d'une université; elle y avait permis autres États espagnols. Le 18 juillet la publication d’un journal littéraire, et 1810, le capitaine général Carrasco fut elle avait voulu qu’un service régulier déposé et le comte de la Conquête mis de paquebots rendît plus fréquentes à sa place. Sous l'administration de ce ses relations avec cette partie au nou- dernier, le plan de la révolution fut mûri veau monde. A la différence du Mexi- et sagement préparé. Le 18 septembre,

?|ue et du Pérou , aucune velléité révo- une junte futformée à Santiago, et son utionnaire ne s’était jamais manifestée autorité fut reconnue par toutes les à Buenos-Ayres ; le peuple de cette provinces. Cette junte proclama Fercontrée, exempt de misère et soumis dinand VII, et rien ne fut changé ni à un régime comparativement assez dans l'administration , ni dans le perdoux, semblait absorbé par le soin de sonnel des emplois civils et inihtaises troupeaux et la culture de ses res. Mais au moment où l’on croyait champs (*). Il était donc tout naturel à la stabilité de l’ordre de choses établi, que Buénos-Avres fût resté humble- une tentative decontre-révolution laite ment soumis à la couronne d’Espa- par le général espagnol Figueroa , gne. Mais l’invasion de la mère pa- éveilla dans le cœur des Chiliens des trie par les Français, nation généra- désirs d’indépendance. Le sang coula, lement détestée par les habitants de la et l’autorité royale en fut singuiière- Plata, changea complètement la na- ment ébranlée.” ture et la tendance du sen timent po- Pendant que ceci se passait au Chili, pulaire. Il se fornta un parti puissant les habitants de Buénos-Ayres avaient

qui demandait pour reine la princesse dirigé leur attention sur les provinces

régente du Portugal ; mais sur ces en- les plus éloignées de la vice-royauté,

trefaites arriva le vice-roi Cisneros L’opposition de Cordova ayant été neu-

(1809), qui épousa la cause de Ferdi- tralisée par l’exécution de Liniers, le

nand , et débuta par i’exil de Liniers , colonel Antonio de Balcarcefut chargé

l’intrépide défenseur de Buénos-Avres d’aller prendre possession du haut

contre les Anglais. La conduite de Pérou, attendu que les gouverneurs

cette espèce de proconsul fut telle , de Potosi et de Charcas s’étaient dé-

qu’elle exaspéra la population, et que clarés contre la révolution. Le 27 oc-

les partisans même de la princesse tobre 1810, le général royaliste IVieto

Charlotte, changeant de desseins, son- fut battu à Cotogaita ; le 7 novembre,

gèrent à lever le drapeau de l’iudépen- le colonel Cordova,également royaliste,

dance. Cisneros fut déposé, et le 25 eut le même sort à Tupiaza. Ces deux

mai 1810, on nomma une junte gou- suecè% rendirent Balcarce maître des

vernementale ( junta gubernativa ), provinces supérieuresjusqu’au pont de

l’Inca, sur le Desaguadero (*), où il (*) Caldcleugh, t I, p. aaa. (*) Dégorgement du lac de Titicaca.

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établit son quartier général , etoù il vit ses forces se grossir de plus de quatre raille partisans. Il fut bientôt rejoint par Castelli, républicain intraitable qui , disait-on, avait fait fusiller sur la place de Potosi , le gouverneur de cette province, le président de Charcas et un officier de marine, fils de l’amiral Cordova. Frappés de terreur après des actes aussi énergiques , les Espagnols abandonnèrent leurs positions à l'approche des patriotes; dès ce moment, toute opposition étant anéantie, la petite division qui avait récemment quitté les bords de la Plata , put célébrer le premier anniversaire de la révolution dans le palais des Incas, à Tiahuanaco, près de la frontière nordouest de la vice-royauté, à 690 lieues de Buénos-Ayres.

Mais les avantages qui semblaient assurés par cette heureuse campagne, furent compromis et neutralisés par la conduite coupable de Castelli, qui, tandis qu’il rejetait les ouvertures tl’Abascal , vice-roi de Lima , se livrait à la débauche et négligeait toutes les précautions propres a mettre les patriotes à l’abri d’une attaque. Le vice-roi, lui, n’avait pas été aussi négligent. Le général Goyeneehe. nomme commandant des forces royalistes , tira 4000 hommes de Cuzco et d’Aréquipa , et alla prendre position sur la rive septentrionale du Desaguadero , à deux journées de marche des indépendants. Anté- „ rieurement à ces mouvements , une suspension d’armes avait été convenue et arrêtée; il restait encore six jours avant l'expiration de -l’armistice; mais Goyeneehe, dédaignant de tenir un engagementpris avecdes rebelles, attaqua et défit Castelli et Balcarce à Huaqui, le 20 juin 181 l.Lesdébrisdes forces indépendantes cherchèrent u n refuge d ans la ville de Jujuy, située a 236 lieues au sud du champ de bataille. Malgré la défaite de Balcarce, Goyeneehe rencontra, dans sa marche en avant, une vive opposition de la part des habitants de Cochabamba , de Santa-Cruz et de Chayanta, villes importantes, et dont la population , indignée des cruautés commises en son nom, lui avait voué

une haine implacable. Le général royaliste fut récompensé de sa victoire par le titre de comte de Huaqui. Castelli fut mandé à Buénos-Ayres et jeté en prison , où il mourut de honte et de chagrin, l’année qui suivit sa défaite.

Tandis que la liberté perdait du terrain au Pérou , elle marchait à grands pas dans le nord. Bolivar avait paru , et son courage avait fait changer la face des affaires. Après des alternatives de revers et de victoires que nous ne pouvons raconter ici, et qui, d’ailleurs, ont trouvé place dans d'autres parties de Y Univers pittoresque , le Vénézuela et la Nouvelle-Grenade avaient proclamé leur indépendance. Quant au Chili , il fut reconquis par le parti royaliste. Le Pérou donna des preuves manifestes de l'esprit révolutionnaire qui commençait à l’agiter. Les Indiens des provinces de Cuzco , Guamanga et Aréquipa, s’insurgèrent contre les Espagnols, et comme le projet hautement avoué de leur chef, Pumacagua, était de donner l'indépendance au Pérou tout entier, un assez grand nombre de créoles , séduits par ces patriotiques desseins , se rangèrent sous sa bannière. Mais les efforts de cette multitude sans armes se brisèrent contre la fougueuse activité du général Ramirez.

Pumacagua fut du nombre des victimes, et la terreur que répandirent au loin les sanglantes exécutions ordonnées par les maîtres du pays, produisit un calme apparent qui dura jusqu'à l’arrivée de San-Martin, en 1820.

Parmi les patriotes qui furent impitoyablement sacrifiés en cette circonstance, un historien signale un jeune poète d’Aréquipa, nommé Melgar, et dont la triste destinée excita des regrets universels. Miller l’appelle le Thomas Moore du Pérou , car il était dit-il , musicien habile et poète élégant; il a composé des mélodies dont I auteurde Latia Rookh aurait pu être jaloux. Un vif chagrin avait arraché à sa muse ces plaintes harmonieuses, que tout le monde connaît et chante encore dans sa patrie.

Abascal fut remplacé dans la viceroyauté de Lima par le général Pe-

PÉROU ET BOLIVIE

zuela (juillet 1816), et ce dernier eut pour successeur, dans le commandement de l'armée du haut Pérou, le général la Cerna, qui arriva d'Espagne dans le mois de septembre suivant, en meme temps que deux mille Espagnols débarquaient à Panama. La Cerna, impatient de montrer son habileté comme tacticien, entreprit deconduire une armée par terre jusqu'à Buénos- Ayres. Il se mit à la tête de quatre à cinq mille hommes, et pénétra jusqu'à Salta; mais il jugea prudent de rabattre sur Jujuy, à quatorze lieues dans le nord sur la route de Potosi, proche l'entrée des Pampas. Il ne put aller plus loin; quelques centaines de Gauchos , armés, les uns de fusils, d’autres de pistolets, d’épées, et quelques-uns même de couteaux et de lassos , tinrent en échec des troupes régulières inliniment supérieures en nombre. Ces Gauchos se cachaient dans les forêts pendant le jour, et, durant la nuit, attaquaient à l’improviste les postes avancés et même le quartier général des Espagnols. Ils étaient en relations continuelles avec les habitants, qui se joignaient à eux dans leurs expéditions nocturnes, et rentraient tranquillement dans leurs fermes aux approches du jour. Ce fut en vain que le général envoya contre ces espèces de guérillas de forts détachements; ses troupes perdirent tant de monde, sans le moindre avantage, qu'elles turent contraintes de se tenir cachées dans leurs retranchements. La manière dont les Gauchos conduisaient leurs opérations militaires mérited’être signalée; nous la trouvons ainsi décrite dans l’ouvrage de Miller : « Ils plaçaient des hommes au sommet des arbres les plus élevés, pour épier tous les mouvements des royalistes, ou apercevoir les signaux que leur faisaient leurs amis de la ville. Les Espagnols qui rôdaient dans les environs étaient infailliblement surpris et massacrés.

.. Sur d’autres arbres, ils suspendaient des dociles, et criaient, en les agitant, aux Espagnols : « Venez, venez entendre la messe. » Dans d’autres parties de la forêt, jjs plaçaient des tambours

sur lesquels ils battaient incessamment l’appel aux armes; enfin ils faisaient retentir nuit et jour les solitudes des bois du bruit provocateur de leurs cors de chasse. Si les royalistes approchaient , le Gaucho qui les apercevait aussitôt se laissait glisser du haut de son arbre, comme un écureuil, sautait sur sa selle, et, saisissant l’instant favorable, faisait feu sur l'ennemi, après quoi il fuyait au galop et s’enfonçait dans les profondeurs de la forêt. » Ce genre de guerre fatiguait et intimidait singulièrement les Espagnols. La désertion se mit dans leurs rangs, et bientôt les habitants leur refusèrent les approvisionnements indispensables. La Cerna fut lui-même réduit au désespoir. Arrêté à l’entrée des Pampas, par une poignée d'hommes indisciplinés, il eut la mortification de reconnaître que son plan de guerre régulière était inapplicable à ce pays. Il fut, en définitive, forcé d’abandonner Jujuy et de se retirer à Cotagaïta, pour éviter une destruction complète.

Nous passerons sous silence les évé- .

nements peu importants qui eurent lieu dans le Pérou jusqu’à l’année 1819. A cette époque, lord Cochrane était arrivé au Chili, et avait été nommé commandant des forces navales de ce' pays. Les premières opérations de l’escadre qui lui était confiée furent dirigées contre les vaisseaux espagnols mouillés dans la baie du Callao. La flottille se composait de quatre bâtiments , VO’Higgins, de quarante-huit canons, et portant pavillon amiral, le San Martin , le Lautaro et le Cluicabuco. Le 16 février, Coehrane arriva à la hauteur du Callao. Le plan de l’amiral était d’enlever -brusquement les deux frégates espagnoles qui se trouvaient à T’ancre, et ensuite de se rendre maître de la ville par surprise; mais des circonstances aussi malheureuses qu’imprévues firent avorter ce hardi projet. Au moment où lord Cochrane entrait dans le port, un brouillard épais se répandit tout à coup sur la mer, et fournit aux autres vaisseaux un pretexte pour ne pas obéir à ses or-

dres ; il se dirigea donc seul vers le mouillage, sous le canon des batteries de terre et au milieu de l’escadre espagnole, composée des frégates Esmeralda et Ferganza, et de deux bricks de guerre. L'amiral ouvrit un feu des plus vifs contre la principale batterie; mais il se trouva que, ce jour étant celui où le vice-roi du Pérou faisait son inspection annuelle dans les forts et sur les vaisseaux de guerre du Callao , les batteries et les bâtiments étaient tous prêts à risposter. Pezuela, vice-roi du Pérou, était lui-même à bord d’une des frégates , lorsque Cochrane entra dans le port. Quand YO’Higgins parut, les artilleurs des forts étaient à leurs pièces, et les équipages des navires de guerre à leurs postes respectifs. En conséquence, l'amiral chilien fut reçu tout autrement qu’il ne l’avait pensé; il essuya un feu terrible tant des fortifications, qui étaient armées de trois cent soixante canons, que des vaisseaux espagnols

?iui comptaient plus de cent bouches à eu. Il fut exposé à ce double feu pendant deux heures, le calme l’empêchant de battre en retraite. Obligé de se défendre sans assistance contre des forces si supérieures , il dirigea une canonnade foudroyante contre les batteries , et réussit a détruire un angle d’une des fortifications; enfin, la brise s'étant élevée, il en profita pour gagner le large. Les Espagnols s’imaginèrent avoir été attaqués par la flotte chilienne tout entière; mais Je brouillard s’étant tout à coup dissipé, ils furent grandement surpris de voir qu’ils n’avaient eu affaire qu’à un seul bâtiment, leur ancienne frégate la Marie- Isabelle. Ce fut l’opinion générale que, si cette entreprise avait eu lieu tout autre jour de l’année, et si Cochrane avait été secondé par le reste de sa division, il aurait infailliblement pris la place d’assaut. Tel fut aussi l'avis du vice-roi, car il fit en toute hâte démanteler ses vaisseaux de guerre, et attacher les uns au bout des autres leurs mâts et leurs esparres , de manière à former une double chaîne autour du mouillage, et à empêcher

ainsi tout bâtiment ennemi d’approcher des batteries. Lord Cochrane bloqua le port, cherchant à attirer les vaisseaux espagnols; mais toutes ses ruses furent inutiles; les royalistes avaient prudemment résolu de se tenir sur la défensive.

Si cette expédition avait réussi, il est probable qu’elle eût suffi pour révolutionner le Pérou. Il existait déjà dans ce pays des germes de mécontentement qui devaient produire tôt ou tard une explosion formidable. L’exemple des patriotes du Chili , qui continuaient si vigoureusement la lutte, et faisaient au dehors une active propagande , stimulait les Péruviens et leur inspirait un désir encore assez vague, mais incontestable, de liberté et d’indépendance. Cochrane le savait; aussi continua-t-il à croiser sur les côtes du Pérou. Manquant de vivres, il mit à contribution les localités voisines de la mer. Quelques villes lui en ayant refusé, il s’en empara; Payta, Supé, Guambacho , Guarunev et d’autres places du littoral furent ainsi châtiées. Toutefois , il faut ajouter que l’amiral ne rançonnait, dans les places prises , que les propriétés espagnoles, et qu’il respectait les biens des gens du pays.

C’est ainsi qu’il parvint à jeter la terreur parmi ses ennemis, tandis que la douceur de ses procédés envers les indiènes et les créoles lui faisait de noinreux amis parmi les opprimé-. Cette adroite conduite porta les fruits que Cochrane en avait espérés; on put apprécier ses heureux résultats quand l’armée du Chili entra dans le Pérou, sous le commandement de San Martin.

Le pays parcouru par l’amiral fut le théâtre des principales opérations de l’armée libératrice, et les habitants de ces provinces accueillirent leursvoisins avec un joyeux et cordial empressement.

Tandis que Cochrane parcourait les côtes, l’amiral Blanco était chargé de maintenir le Callao en état de blocus.

Mais l’escadre venant à manquer de vivres, Blanco fut forcé de s'éloigner et de regagner Yalparaiso. Traduit devant un conseil de guerre ,

PÉROU ET BOLIVIE

cet amiral fut honorablement acquitté.

Cependant l’amiral anglais n’avait pas renoncé à ses desseins contre le Callao. Après les préparatifs nécessaires, et notamment après avoir fait confectionner un certain nombre de fusées à la Congrève , il mit de nouveau à la voile dans lebutd’aller bombarder la ville péruvienne. Cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse que la première; soit que les projectiles eussent été mal confectionnés, soit ue les instructions de Cochrane lui éfendissent toute attaque par trop aventureuse, l’escadre quitta le port, au grand désappointement des patriotes de Lima. Quelques jours après , la ville de Pisco fut le théâtre d'un débarquement opéré par le colonel Charles et le major Miller, opération difficile et qui amena la perte de plusieurs officiers de mérite.

Cependant, San Martin, qui rêvait toujours l’indépendance du Pérou, s’était occupé sans relâche de l’organisation de son armée. Le manque d’argent et d’autres difficultés avaient causé un retard de plusieurs mois. Enfin , dans la première quinzaine d’août, toute l’armée se rassembla à Valparaiso, et, le 21 du même mois, la flotte qui la portait mit à la voile pour le Pérou. Le nombre total des troupes , y compris celles embarquées plus tard à Coquimbo, ne dépassait pas 4,500 hommes, avec (2 pièces de canon , tandis que les forces royalistes à Callao et a Lima s’élevaient à 7,815 soldats, et le total des troupes espagnoles cantonnées dans le Pérou, à 23^000 combattants. Mais San Martin, qui n’ignorait pas cette effrayante disproportion, comptait sur l’appui de l’opinion publique; d’ailleurs, en entreprenant la délivrance des Péruviens, il n’avait pas en vue la conquête de leur territoire. Ceci explique sa politique adroite et lente, ainsi que ses discussions avec Cochrane qui voulait marcher brusquement sur la capitale et bâcler l'affaire par un coup de main. L’homme d’État et le militaire se révélaient merveilleusement dans ces vifs démêlés.

Malgré le petit nombre d’hommes que le Chili envoyait au secours de la liberté péruvienne, ce n’en était pas moins un effort héroïque de la part d’un État encore si chancelant, si faible et si pauvre. Sous ce rapport , on doit admirer le sentiment qui dicta au Chili une pareille conduite.

Le 8 septembre., un débarquement fut opéré sans opposition dans le voisinage de Pisco. La ville ayant été abandonnée par les Espagnols , à l’approche des patriotes , San Martin y entra le 13 et y établit son quartier général. Le 22, le colonel Alvarado marcha en avant et prit possession de deux villages, le haut et le bas Chincha. Le marquis de San Miguel ui possédait de vastes domaines ans cette localité, se réunit aux indépendants et fut nommé aide de camp du général en chef. Le 28 , à la demande expresse du vice-roi Pézuéla, une suspension d’armes de huit jours fut convenue, et les envoyés des deux partis tinrent une conférence à Miraflorès , près Lima , dans le but de combiner une pacification basée sur l’indépendance du Pérou ; mais le viceroi n’avant pas voulu adhérer aux conditions des patriotes, les hostilités recommencèrent. Le 5 octobre, le général Arénalès quitta Pisco , à la tête de deux bataillons d’indépendants et d’un petit corps de cavalerie; il fit son entrée dans la petite ville d’ica , dont les habitants l’accueillirent avec enthousiasme; les sentiments de la population étaient tellement prononcés en faveur de l’armée libératrice, que deux compagnies de la milice, officiers et soldats, passèrent sous les drapeaux d’Arénalès. Le reste des troupes royales abandonna la ville et fut poursuivi par un détachement de cavalerie qui surprit les Espagnols et fit une centaine de prisonniers. Le 20, Arénalès s’avança vers l’intérieur du pays , laissant à' Ica une compagnie chargée de veiller sur la province. Les troupes chiliennes se rembarquèrent, le 25, à Pisco, et le 29, l’escadre jeta l’ancre dans la baie de Callao. Les bâtiments de transport ,

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sous la protection de San Martin, se rendirent à la petite baie d’Ancon , à quelques lieues au nord de Lima , où l’on mit à terre quelques troupes , à l’effet de reconnaître le pays. Une escarmouche eut lieu près dé Cliancay, et les patriotes furent obligés de se retirer devant les forces supérieures des royalistes.

Pendant ce temps , lord Cochrane s’occupait des moyens d’enlever là Esméralda, et se préparait à cette entreprise d’autant plus hardie, que la frégate espagnole était protégée par les forts du Callao, par une Corvette, deux bricks de guerre, plusieurs vaisseaux de commerce bien armés, et une vingtaine de bateaux portant de l’artillerie.

Le 5 novembre, à 11 heures de la nuit, 180 matelots et 100 soldats de marine, formant deux divisions, s’embarquèrent dans les chaloupes de l’escadre , sous le commandement de l’amiral Cochrane en personne. Ils approchèrent de VEsmêralda sans être aperçus, et S’avancèrent jusqu'à ce qu’ils fussent hélés paruhè sentinelle placée sur un bateau armé , à l’arrière de la frégate. — « Silence, ou tu es mort! » répondit Cochrane, et quelques secondes après , les chaloupes accostaient f Esmératdà à tribord et à bâbord. Les patriotes montèrent résolünlent sur le bâtiment entfbmi , qui fit d’abord une vive résistance. Le combat dura Une heure et demie.

Enfin à une -heUre du matin, la frégate fut an pouvoir de l’amiral. On coupa les câbles, on mit à la voile, et l' Esméralda , en compagnie de deux bateaux armés , fut conduite à uh autre ancrage. Il se trouvait précisément dans le port une frégate anglaise, f f/ypérion, et un bâtiment des États-Unis, le Macédonien; les commandants de ces vaisseaux , en voyant ce qui se passait, lancèrent des fusées, ainsi qu’ils en étaient convenus avec le gouverneur de la place , afin qu’on ne tirât pas sur eux , en cas d’attaque nocturne. Cochrane, devinant le motif de ces signaux , eût l’heureuse idée d’en faire de semblables , pour empê-

cher les Espagnols de distinguer les neutres de leurs ennemis. Cette ingénieuse ruse de guerre réussit à l’amiral. Son bonheur toutefois ne le suivit pas jusqu’au bout. Il fut atteint d’une balle à la cuisse. Quant aux Espagnols, ils eurent, à bord de l’Esmèralda; 150 hommes mis hors de combat.

Les patriotes perdirent une cinquantaine des leurs.

La garnison du Callao fut tellement irritée du résultat de ce hardi coup de main, que, dans un moment d’exaspération, elle massacra l’équipage d’une embarcation envoyée à terre dès le point du jour , par la frégate américaine fe Macédonien; ces forcenés prétendaient que Cochrane h’aurait jamais pu réussir, s’il n’avait pas été assisté par lès bâtiments neutres qui stationnaient dans la baie.

Le 6, à dix heures du matin, l’amiral envoya un parlementaire chargé de demander un échange de prisonniers , proposition qui fut agréée par le vice-roi.

Ainsi que les chefs de l’expédition révolutionnaire l’avaient espéré, ce succès électrisa la population péruvienne. Quelques jours après, la ville de Huanuco se déslara pour les indépendants. Encouragé par cette acquisition si importante pour la cause, libérale, lord Cochrane mit à la voile, et laissant quelques bâtiments pour tenir le Callao étroitement bloqué, il fit route pour HUaeho. où les troupes furent débarquées le 10 novembre.

Le quartier général fut établi à Huara, situé à quelques milles dans l’intérieur et à 28 lieues nord de Lima.

Là, San Martin, ne se croyant pas en mesure d'attaquer les royalistes, se tint sur la défensive, cherchant à augmenter ses forces en recrutant des volontaires. Son attente ne fut pas 'trompée : le 3 décembre, le bataillon espagnol de Numance, fort de 650 hommes, passa tout entier, et avec ses officiers, sous la bannière des indépendants. Le 8, trente-huit officiers et quelques sous-officiers s’échappèrent de Lima et rejoignirent les postes avancés de l’armée libératrice. Pen-

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dant ce temps, le général Arénalès avait exécuté une marche audacieuse dans l’intérieur et avait pénétré jusqu'à Tarma; il avait livre combat à des forces supérieures commandées par l’Irlandais OReilly, et avait remporté, dans les environs dePasco, une victoire si complété, que le chef ennemi était resté son prisonnier.

Malheureusement, trompé par de faux avis, Arénalès, au lieu de se maintenir sur le champ de bataille, s’était décidé à traverser de nouveau les montagnes, et avait éprouvé , dans le trajet , des pertes sensibles; pour comble de disgrâce, les Indiens insurgés, dès lors abandonnés par les patriotes, et livrés à leurs propres ressources, furent battus en plusieurs endroits par le général espagnol Ricafortc, qui massacra sans pitié tous les malheureux qui tombèrent pntre ses mains.

Mais les indépendants furent secourus par un auxiliaire sur lequel ils n’avaient pas compté : la discorde éclata tout à coup parmi les chefs des royalistes. Le général La Cerna, maigre sa mésaventure avec les Gauchos, avait été nommé lieutenant général, et avait obtenu du vice-roi la formation d’une junte directrice composée de généraux, et chargée de surveiller les opérations de la guerre. La majorité de ce conseil suprême étant favorable à La Cerna, il en résulta que celui-ci devint, en fait, le dictateur militaire du Pérou. Néanmoins, ce général, ne sachant pas se servir du pouvoir presque illimité que lui avait tacitement conféré la junte, sembla s'appliquer à entasser fautes sur fautes. Pour peu que lui ou ses collègues eussent été, sinon habiles, du moins actifs et clairvoyants, nul doute que la petite armée de San Martin n’edt été repoussée et acculée a la mer. Mais les mesures décrétées par la junte se bornèrent à conliner les troupes royalistes dans Amapugin, position détësiable, et où il était fort difficile de se maintenir en cas d’agression. San Martin, croyant à l’imminence d’une attaque générale, alla s’établir le 18 janvier sur la rive droite de la Haura , et fortifia les en-

droits où la rivière était gaéahle.

On ne comprend pas pourquoi l’armée royaliste, forte de plus de 3,000 hommes, s’abstint de prendre l'initiative contre les patriotes. Il fallait que la junte directrice, et surtout La Cerna, fussent frappés d’aveuglement, ou intimidés par les dispositions d’une grande partie de la population. Du reste, on pouvait aisément s'apercevoir que les membres du conseil considéraient les révolutions de Guaya-

3n i I et deTruxillo. ainsi quela défection u régiment de Numance , comme des symptômes formidables. Soit poltronnerie, soit incapacité, les chefs royalistes se tinrent dans une inconcevable inaction. Ils finirent par se diviser, si bien que Pézuéla , à qui les mécontents attribuaient le fâcheux état des affaires, fut, un beau jour, déposé à la suite d’une émeute militaire (29 février 1821), et l,a Cerna fut nommé vice-roi à sa place.

Le 24 janvier, une centaine d’habitants de Lima passèrent aux patriotes; dans le nombre se trouvaient le colonel Gainarra et deux lieutenants-colonels. Dès ce moment , San Martin jugea que les déserteurs étaient assez nombreux pour être enrégimentés à part, et pour rendre des services efficaces à la cause de la liberté. En conséquence, il forma un bataillon péruvien. Cette augmentation de forces ne le fit pas renoncer à son système de temporisation : six mois s’écoulèrent encore sans aucun engagement sérieux. « San Martin , dit le capitaine Basil Hall (*), ayant jugé, dès le principe, de quoi son armée et sa flotte étaient capables , résolut de s’appuyer beaucoup moins sur les opérations militaires que sur les résultats d’une propagande active. A l’aide de publications politiques , et grâce au zele de ses agents, il parvint à s’assurer un grand nombre de partisans, non-seulement dans les provin~es, mais encore dans la capitale; au bout d’un certain temps, il réussit, par ses intelligences avec les habitants des districts voisins

de Lima, à intercepter l’arrivée des approvisionnements destinés à cette ville. D’un autre côté, le port de Callao étant étroitement bloque par lord Cochrane , la capitale ne pouvait plus recevoir de vivres ni par terre ni par mer; il en résulta que les habitants furent réduits aux plus cruelles extrémités, tandis que le reste du royaume jouissait de la liberté et de l’abondance. » EnGn, le 12 mai, La Cerna, pris par la famine, et d’ailleurs menacé par les progrès de l’esprit révolutionnaire, proposa un armistice.

Pendant ce temps, San Martin s’était avancé jusqu’à deux lieues de la ville. Le 23, on signa une suspension d’armes pour 20 jours. Le général et le vice-roi eurent une entrevue à Punchauca , et La Cerna donna son adhésion personnelle aux conditions qui devaient former la base d’un traité de paix définitif; mais deux jours après son retour à Lima , il écrivit à San Martin, pour le prévenir que les chefs de l'armée royale, consultés sur les propositions en question, les avaient jugees inadmissibles. Au fait, il s’agissait, ni plus ni moins, d'une déclaration d’indépendance , et San Martin savait bien que le cabinet de Madrid ne ratifierait jamais un pareil traité ; mais son but secret était de compromettre les chefs royalistes de façon à ne leur laisser d’autre parti à pre’ndre que de se réunir à lui.

Incapable de rester plus longtemps en possession de la capitale, cerné par les bandes de Montonero qui rôdaient autour de la place et interceptaient les convois de vivres, le vice-roi se décida à abandonner la ville. Il en sortit le 6 juillet; mais ce ne fut que quelques jours après que les patriotes y entrèrent. L’épouvante se répandit parmi la population. Des milliers d’individus craignant la vengeance des patriotes, allèrent se réfugier au Caliao. Le capitaine Hall, qui se trouvait en ce moment dans le port de cette dernière ville, et qui se rendit immédiatement à Lima , pour protéger les intérêts de ses compatriotes, fait ainsi le tableau de cette fuite précipitée :

« Ce n’était pas sans difficulté que je m’avançais au milieu de cette foule de fugitifs’ qui venaient dans une direction contraire à celle que je suivais. Des hommes de tout âge et de toute condition, des femmes et des enfants montés sur des mules ou sur des chevaux, une multitude d'esclaves chargés de lourds bagages et surtout d’objets précieux , tout cela marchait ou plutôt courait sur la route dans une confusion et avec un tumulte vraiment indescriptibles.

« Dans la ville, la consternation était au comble. Les hommes marchaient dans les rues comme des insensés, ne sachant que résoudre; les femmes fuyaient dans toutes les directions vers les couvents , et les rues les plus étroites étaient littéralement pleines de charrettes chargées, de mules et de gens à cheval. Cette confusion dura toute la nuit , et au point du jour, le vice-roi sortit avec ses troupes, ne laissant pas une seule sentinelle à la porte de la poudrière. Jusqu’à ce moment, une foule d’individus n’avaient pas cru qu’un tel événement fût au nombre des choses possibles. Aussi, lorsque le dénoûment arriva, leur désespoir fut inexprimable et ils prirent la fuite comme le reste de la population. Une heure ou deux après le départ du viceroi, les rues furent remplies de monde ; mais dès midi on n’apercevait plus dans la ville un seul individu; dans le courant de l’après-dîner, j’accompanai un négociant anglais l’espace 'environ un mille, à travers les quartiers les plus populeux de Lima , et je ne rencontrai pas une âme; toutes les portes étaient fermées, ainsi que les fenêtres , et la capitale ressemblait à cette ville des morts dont parle le poète.

« Une crainte vague de quelque terrible catastrophe était la cause principale de cette panique universelle; mais il y avait, en outre, un motif d’alarme mieux déterminé : c’était l’opinion habilement prppagée par quelques agitateurs, et grossie par la peur, que les esclaves de Lima profiteraient de l’absence des troupes pour

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s’insurger en masse et massacrer les blancs. Cela était de tout point invraisemblable , car les esclaves n’avaient jamais eu le loisir de combiner un pareil plan; ils n'étaient habitués ni à s’associer dans un but commun, ni à tenter rien d’audacieux, car ils servaient tous en qualité de domestiques, et étaient disséminés sur la surface d’une ville immense, n’avant aucune occasion de se réunir ni de se confier leurs projets et leurs espérances. »

Le vice-roi, en quittant Lima, avait nommé le marquis de Montmiré gouverneur de la ville, choix aussi judicieux que conforme au sentiment des habitants. Le marquis s’empresse de réunir les plus notables citoyens, parmi ceu* qui n’avaient pas émigréau Callao, afin de délibérer sur les mesures à prendre dans une conjoncture si éminemment critique. L’assemblée offrit le plus étrange spectacle qu’on puisse imaginer. Des gens ahuris, effrayés, pariant à côté ae la question , s’agitant dans le vide , s’étourdissant par le bruit de leurs paroles inutiles, causant sur un ton animé et en fumant leurs cigares, laissant lire sur leurs visages des signes non équivoques de terreur , et en définitive ne décidant rien , telle fut cette réunion appelée à prononcer sur les destinées de la capitale du Pérou.

Le lendemain même résultat que la veille. Enfin, un jeune républicain, indigné de cette puerile inaction et de ces ridicules délais, proposa d’écrire à San Martin pour rengager à entrer dans la ville, et pour le conjurer de la protéger contre tout péril imminent.

Cette proposition fut adoptée , et le message immédiatement adressé . à San Martin. Au fait, ce n’était pas seulement des esclaves et de la populace que les habitants avaient peur; ils étaient aussi épouvantés , et avec plus de raison, de la multitude d’indiens armés qui occupaient les hauteurs environnantes. On connaissait ces hommes indisciplinés et sauvages, et l’on ne doutait pas qu’en dépit des ordres du général , dès que

les Espagnols auraient quitté la ville, ils n’y fissent une désastreuse irruption.

La réponse de San Martin fut à la fois adroite et digne : le général fixait les conditions auxquelles il consentait à entrer dans [a place avec son armée, si toutefois le désir des habitants était de se déclarer indépendants. Il affirmait n’avoir pas l’intention d’entrer à Lima en conquérant, et ne vouloir même s’y rendre que sur l’invitation expresse de la population entière. En attendant, toutefois, afin de prévenir toutdésordre dans la ville, et d’assurer aux habitants la sécurité nécessaire pour rélléchir mûrement sur ses propositions, il envoyait, disait-il, aux troupes qui entouraient Lima l’ordre d’obéir aveuglément au gouverneur qui , dès ce moment, pouvait disposer d'elles , suivant son bon plaisir, sans avoir à en référer au général en chef.

Les habitants de la capitale furent singulièrement surpris de cette réponse; il leur fut même difficile de croire à une conduite aussi chevaleresque de la part d'un homme qu’ils avaient toujours considéré comme leur ennemi. On se réunit, et quelques membres de l’assemblée émirent des doutes sur la sincérité du général ; l’un d'eux alla même jusqu'à dire que c’était une jonglerie et que dans quelques instants San Martin entrerait à Lima à la tête de ses troupes pour piller et dévaster la ville. Le petit vieillard qui, d'une voix aigre, accusait ainsi le chef des patriotes , ajouta que pour mettre la loyauté de San Martin à l’épreuve, il serait à propos que le gouverneur envoyât un ordre quelconque aux troupes rangées autour des faubourgs; on verrait, par le résultat de cet essai, si le général avait en effet délégué ses pouvoirs au gouverneur. Ici, vraiment, nous ne pouvons nous empêcher de signaler le caractère de frivolité qui a marqué plusieurs événements de la révolution du Pérou : ce général s’obstinant à rester dans une inaction complète, bien que son armée se fût considérablement

L’UHIVERS.

recrutée , et que le résultat d’une tentative vigoureuse fût si facile à prévoir; ce vice-roi et ees chefs de l’armée royaliste laissant, de leur côté, les patriotes s’établir et se fortifier autour de la ville, leur permettant de propager tout à leur aise les idées d’indépendance et de s’entourer de prosélytes empressés; cette capitale tombant tout a coup dans un état de confusion et de terreur dont il serait difficile de deviner le vrai motif; ces réunions de citoyens tremblants brusquement transformés en hommes d’État; ce petit vieillard conjurant ses concitoyens de se méfier des fourberies de quelque nouveau Sinon et du danger de quelque nouveau cheval de Troie; cette ruse inventée pour mettre à l'épreuve la sincérité de la réponse de San Martin, tout cela forme un spectacle dont nous autres Européens ne pouvons voir que le côté ridicule, et qui jette sur les événements ne nous racontons un certain vernis 'enfantillage assez propre à provoquer le sourire des hommes politiques.

Mais hâtons-nous de le répéter : si les moyens à l’aide desquels les idées de liberté et d’indépendance triomphèrent au Pérou furent souvent mesquins et futiles, le résultat définitif n’en fut pas moins sérieux et important au point de vue de la politique générale et des intérêts de l’Espagne en particulier.

Reprenons notre récit.

L’avis ouvert par le vieillard soupçonneux fut chaudement applaudi et adopté séance tenante. En conséquence le gouverneur envoya à l’officier commandant le régiment de cavalerie le plus rapproché de la rapitale , l’ordre de rétrograder jusqu’à la distance d’une lieue. Grande fut l’anxiété des hommes d’fttat royalistes pendant l’absence du messager, plus grandes encore leur surprise et leur satisfaction , quand à son retour, ils apprirent que l’officier avait immédiatement quitté son poste , et s’était retiré àvec son régiment à la distance fixée par le gouverneur. Aussitôt la nouvelle s’en répandit dans la ville, et la certitude que le général avait bien réellement

délégué son autorité au gouverneur dissipa toute idée d’insurrection et de pillage de la part, des esclaves et de la populace. Comme on le pense bien * une heureuse réaction s’opéra en faveur de San Martin , et l’on commença à désirer vivement sa présence. Néanmoins ce fut seulement lorsque la tranquillité eut été complètement rétablie dans la ville, grâce à l’organisation d’une police vigilante, que San Martin permit a ses troupes de s’approcher des faubourgs et de communiquer avec les habitants.

Un jour ou deux suffirent pour remettre la ville dans son état ortlinaire; on vit les boutiques se rouvrir ; les femmes sortir des couvents pour regagner leurs maisons; les hommes s’enhardirent jusqu’à fumer gravement leur cigare sur la plaza ; les rues se remplirent de gens retournant à leurs demeures, et de mules chargées de ballots, de caisses, de bahuts et de toutes sortes d’ustensiles de ménage ; les cloches sonnèrent à toute volée; les crieurs publics hurlèrent comme d’habitude, et la grande cité retrouva son bruit et son agitation accoutumés.

Le jour suivant, une députation composée des habitants notables de Lima fut envoyée à San Martin pour l'engager à entrer dans la capitale; ses conditions étant définitivement acceptées, le général défera au vœu des citoyens, mais retarda néanmoins son entrée jusqu’au 12. Suivant Miers (t. 1 , p. 49) , le prudent général craignant quelque trahison de la part des Espagnols, attendit jusqu’au 9 pour ordonner à ses troupes d’avancer , et quant à lui, il se rendit dans un schoonerau Callao. Pendant ce temps, la population de Lima, laissée huit jours sans gouvernement et par conséquent exposée à tous les périls d’une émeute populaire, fut obligée, comme l’avait espéré le général , de recourir à la protection du commandant anglais qui se trouvait en ce moment dans le port voisin.

San Martin jugea que ce qu’il y avait déplus urgent, c'étaitde chercher à ins-

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