‹ L'UniversChapitre 3 sur 27 · SIS · texte numérisé non relu

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la dictature , s’avançant sous le nom de république centrale , et redoutaient un régime semblable à celui de Francia ou des jésuites du Paraguay. Toutefois , on eut un moment dé calme, de calme apparent.

Mais l’esprit d’opposition était comrimé et non pas éteint ; il se réveilla ientôt au sein de ia capitale. On vit paraître vers cette époque un journal périodique, le Tribun, qui chaque jour signalait , et ce qu’il y avait d’illégal dans le mandat qu’exerçait Bustatnente , et les abus au moyen desquels se maintenait le pouvoir. Une autre feuille de l’opposition , le Phénix de la liberté , le prenait à partie comme l’assassin de Guerrero , comme le tyran du pays. A la même époque, Landero dénonçait, dans le Censeur de la Cera-Crux , la connivence de la faction militaire avec le gouvernement qui avait détruit les institutions et la liberté du Yucatan. A Zacatecas , le journal la Comète faisait une rude guerre au président et aux ministres.

Alors aussi, quelques États se réveillèrent, et commencèrent à manifester des symptômes d’indépendance. La législature de Zacatecas se distinguait entre les plus hostiles, et se préparait à la guerre en armant ses milices.

Cependant, malgré ces résistances et ces attaques partielles, le gouvernement , fort de l’asservissement du Congres, marchait avec fermeté. Il répondait par la presse salariée à la presse indépendante ; il cherchait à détourner les esprits du mouvement révolutionnaire par le mouvement de l'industrie ; il s efforçait d’engager le pays dans des intérêts purement matériels , et de le ramener ainsi à des habitudes d’ordre par d’utiles entreprises. Ses efforts et la lassitude des factions contribuèrent à donner au Mexique une année de repos. L’année 1831 fut comparativement heureuse; mais à la fin de cette année de trêve , Une circonstance fâcheuse pour le pouvoir vint compliquer sa situation , et donner à ses ennemis des armes plus fortes contre lui.

Un de ces hommes qui , dans les

révolutions , gagnent leurs grades et leurs honneurs en trafiquant de leur conscience avec tous les partis , commandait alors les milices de l’État de Jalisco. Cet homme s’appelait le général Ynclan, jadis champion de Pedraza. alors tout dévoué à Bustamente.

Il était détesté, et la presse ne l’épargnait pas. Une certaine brochure, en- tre autres, l’accusait d’indignes procédés envers une femme qu’il avait déshonorée. Ynclan , furieux , court chez l’imprimeur, et le somme de lui faire connaître le nom de l'auteur du pamphlet. L’imprimeur, que son courage a rendu célèbre, résiste, en s’appuyant sur le texte précis de la loi, qui ne l’oblige à une telle révélation qu’après le verdict du jury qui met l'auteur en cause. A ce refus , Ynclan répond par l’emploi de la force brutale: il fait arrêter l’imprimeur, il le fait jeter au cachot, et le prévient qu’il sera fusillé dans les vingt-quatre heures. Cette terrible menace mit toute la ville de tiuadalaxara en alarmes.

Le gouverneur de l’État , partageant l’indignation publique, enjoignit au général de suspendre toute action contre un citoyen qui n’avait fait qu’user de son droit. Ynclan se moqua d’abord de l’intervention du gouverneur; puis la peur des conséquences d’un aussi lâche assassinat survint. Toutefois , ne voulant pas céder aux ordres de l’autorité civile, il se fit demander la grâce de l’imprimeur Brambilia par l’évêque, et ne l’accorda qu’à l’autorité ecclésiastique, dont il recherchait la protection. Cette violence du chef militaire produisit dans tout l’État une soudaine réaction contre l'administration de Bustamente. La législature de Jalisco et le gouverneur de Guadalaxara abandonnèrent cette capitale, et se transportèrent à Lagos , déclarant qu'ils étaient contraints à cette démarche pour conserver leur indépendance. Ynclan fut rappelé; sa conduite fut seulement qualifiée d’imprudente par le ministre , et c’était une grande imprudence de sa part de se borner à une telle épithète. Comme il restait impuni , les législateurs de

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Jalisco , de Zacatecas et de Tamaulipis s’adressèrent au congrès pour le taire châtier. Le congrès servile garda son silence accoutumé; le ministre de la guerre Facio vint déclarer, au nom du gouvernement, qu’il n’existait pas de Toi pour mettre en jugement les commandants généraux. Un tel langage accusait la complicité des ministres; il augmenta le scandale et le mécontentement , et le mécontentement au Mexique se traduit vite en insurrection. La Vera-Crux fut encore Je foyer de cette nouvelle prise d’armes contre le pouvoir. Dans la nuit du 2 janvier 1832, les officiers de tous grades composant la garnison de la ville et de la forteresse se réunirent et rédigèrent un pronunciamiento où ils exposaient que la république marchait à sa ruine, et que le renvoi des ministres pouvait seul l'arrêter. On ne disait pas ce qu’on ferait plus tard du président, mais on laissait voir indirectement qu’on ne lui obéirait pas tant qu’il serait entouré de pareils conseillers. On les accusait hautement de centralisme; on adhérait au plan de Jalapa; enfin, on invitait le général Santa-Anna à prendre le commandement des troupes en lui donnant pleins pouvoirs de s’entendre avec Bustameute pour l’exécution immédiate de ce manifeste. Santa-Anna se trouvait alors dans sa célèbre retraite de Manga de Clavo. Il la quitta sur-le-champ pour se rendre à la Vera-Crux , ou il fit une entrée triomphante. Landero, dans son journal le Censeur, n’avait cessé de vanter ses éminents services, ses talents militaires; il comptait sur son dévouement au parti libéral; il aurait bien dû ajouter et sur son ambition. Elle fut, dans cette circonstance, habile et prudente. Santa-Anna se borna d’abord à dépêcher un exprès à Mexico avec le manifeste de la garnison , en invitant le président à accédera ses vœux,

3u’il croyait justes. La chambre des éputés lut saisie de ce pronunciamiento. Alaman vint défendre son administration, et finit par offrir la démission du ministère déjà présentée

à Bustamente, et déjà refusée par lui.

C’était la guerre résolue à là suite d’une hypocrite comédie. Le congrès, comme on s’y attendait , soutint le ministère , et autorisa le président à prendre tous les moyens nécessaires pour étouffer l’insurrection. Des tentatives de négociations inutiles précédèrent la lutte. La bonne position des insurgés les rendait difficiles. La Vera- Crux, leur quartier général, fut promp- .tement mise en état de défense. Ses murailles sont faibles, mais ses bastions, qui s’élèvent au milieu d’une solitude sablonneuse , la protègent assez bien. La garnison se composait de deux mille hommes de troupes de ligne; mais la popularité de Santa-Anna avait lait accourir sous ses drapeaux un nombre considérable de ces Rancheros qui sont toujours à cheval , et que la vieille épée de Tolède n’abandonne jamais. Le château de Saint- Jean d’ÜIIoa prêtait à la ville son puissant appui , et la douane lui assurait les moyens de solder l’armée. Elle n’avait pas moins de quatre cent mille pesos en caisse à cette époque, et plus d’un million de rentrées certaines.

Santa-Anna ne se lançait donc pas à la légère. Son ambition n’échappait pas aux États ; mais ils n’en faisaient pas moins des vœux pour le succès de son entreprise; ils craignaient moins son triomphe que celui du gouvernement. Celui-ci crut porter un coup mortel à l’insurrection en déclarant fermé au commerce tout port quelconque qui se serait soustrait à l’obéissance du gouvernement. Maig ce n’etait pas assez de lancer un tel décret, il fallait avoir les moyens de le faire exécuter, etc’estce qui manquait au président. L’amnistie qu’il publia ne lui réussit pas mieux: on s’en moqua à la Vera-Crux. Il réunit enfin à Jalapa quatre mille hommes de bonhes troupes , sous les ordres du vieux général Calderon, auquel on donna pour lieutenants deux vieux officiers, ce qui fit donner au parti ministériel le sobriquet de f 'iejos. de l'iejecitos , dénomination triviale, mais qui ne laissait pas que d’avoir sa signification politi-

que , puisque la guerre était de nouveau dirigée contre les vieux prinoipes, le parti dominant étant unanime dans toutes les traditions de l’ancien système espagnol. Santa-Anna se rappelait sans doute l'ancien adage : Qui frappe le premier frappe deux fois , lorsqu’il sortit de la Vera-Crux le 24 février , avec ces fameux Rancheros , pour attaquer un convoi de munitions et d’argent , dont il s’empara, après avoir tait prisonniers les trois cents hommes qui escortaient le convoi ; premier succès, que les journaux ministériels attribuèrent à la défection payée de quelques officiers et à la sympathie des autres pour la révolté. Ce qui est certain , c’est que l’infanterie avaitpassé tout entière du côté des insurgés. La cavalerie, après avoir laissé quelques hommes sur le carreau, en avait fait autant, et il n’avait fallu qu’une harangue de Santa- Anna pour opérer cette défection. Le ministère ne s’abusa pas sur la portée d’un tel événement. Convaincu au peu d’attachement de l’armée au gouvernement , il crut devoir l’épurer à la suite d’une enquête sur l’esprit des officiers. Cette mesure extrême rendit sa position plus critique encore en lui créant de nouveaux ennemis. Ses journaux jetèrent un cri unanime contre Santa-Anna , qu’ils accusaient de verser le sang de ses compatriotes pour s’emparer de la présidence ; ce n’était cependant pas chose nouvelle.

Si l’on excepte la première élection, les autres s’étaient faites à main armée, et la magistrature suprême avait été le prix du vainqueur.

Toutefois, le début brillantde Santa- Annane se soutint pas. Ce général, trop confiant dans l’inlluence de son nom, crut qu’il lui suffisait de se montrera la tête de toutes ses forces pour voir passer de son côté les troupes ennemies. Il alla au-devant du vieux Calderon, qu’il croyait rencontrera Puente- Nacional, et qui lui épargna la moitié du chemin en avançant jusqu’à Tolomé. L’armée ministérielle était rangée en bataille devant cette bourgade.

L’armée de Santa-Anna, épuisée ae fa-

tigue, accablée de chaleur, ne se soutenant qu’avec des liqueurs spiritueuses, fit la faute d’attaquer sans artillerie un ennemi plus nombreux , et qui avait su choisir une excellente position. La victoire ne fut pas indécise:

Landero, à la tête de l’avant-garde, fut écrasé, et mourut en brave (*)• Les Rancheros, qu’on n’avait jamais pu soumettre à aucune discipline , s’enfuirent aux premières charges; la réserve de Sauta-Anna , enveloppée par des forces supérieures, mit bas les armes. En deux heures , le héros de Tampico se trouva presque seul. La nuit protégea sa fuite. La victoire de Tolomé fut complète , et les conséquences en eussent été décisives, si Laideron eût marché rapidement sur la Vera-Crux, qu’il eût probablement emportée d’assaut; mais il employa le temps d’agir à rédiger un pompeux bulletin ; puis il fit halte à Santa-Fe; et quand il se présenta à Bergara, à une lieue de la ville , vers la fin de mars , ce n’était plus cette cité aux fortifications incomplètes , et sous l’influence des impressions d’une déroute récente , c’était une place véritablement forte , par les travaux extérieurs ajoutés, et par l’emploi qu’on avait su faire des terrasses des maisons, converties en citadelles. Sa garnison s’était augmentée de tous les citoyens en état de porter les armes, des habitants de la côte , accourus à sa défense, d’une centaine d’étrangers de toutes les nations, de soldats échappés à l’affaire de Tolomé, et de prisonniers détenus pour dettes ou pour des causes légères , auxquels on avait rendu la liberté. Mais ce qui achevait de donner à l’insurrection un caractère beaucoup plus grave, c’est qu’elle s’étendait alors sur une plus grande échelle, et que les États de Tamaulipas et de Tampico venaient aussi de prendre part au mouvement.

(*) On trouve dans le Censeur de la Vera- C.rux que Landero fut assassiné après s’être rendu. C’était un excellent officier, atni sincère de son pays. Son frère , également bon militaire, combattait dans les rangs de Bustamente.

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On y remarquait depuis longtemps des symptômes de mécontentement qui «'étaient contenus que par l’autorité des chefs civils et militaires dévoués à Bustamente. Ceux-ci cherchèrent à exploiter à leur profit la nouvelle de la défaite de Tolomé; mais cette nouvelle produisit un effet absolument contraire à celui qu’ils attendaient. La mort du colonel Landero , qu’on croyait avoir été assassiné, indigna toutes les populations, et l’idée de marcher au secours de Santa- Anna s’empara de toutes les têtes. Les troupes, qui, trois ans auparavant, avaient combattu dans les mêmes lieux sous les ordres de ce général, se déclarèrent pour leur ancien chef. Ramirez , le commandant de Pueblo Viejo, fut arrêté, et, le 10 avril , le pronunciamiento était général dans les deux Tempjco. Cet acte, par lequel les nouveaux États de l'Amérique ont toujours essayé de rendre légales tant de révolutions justes ou injustes, se borna à une adhésion pure et simple au plan de Santa-Anna. Le capitaine de cavalerie en retraite Rodriguez fut mis provisoirement à la tête des troupes; mais les principaux conjurés, Pérez , Garcia , Andrade et Lago , s’empressèrent de négocier avec le général Moctezuma, qui commandait à Altamira, pour le détacher du parti de Bustamente, et donner à l’armée un chef de quelque importance. Moctezuma , incertain de ce qu’il devait faire, finit par convoquer le conseil municipal d’Altamira , dont l’opinion, disait-il, devait régler sa conduite. Cette junte, tout aussi embarrassée que lui , n’osait prendre un parti. Tel était l’état des choses au moment de l’arrivée des députés Andrade et Lago. Ceux-ci furent plus heureux; ils parvinrent à déterminer le général à les suivre, pour juger luimeine de la force des révoltes. Ils étaient à cette heure en plein triomphe dans la ville de Tampico. Les agents de Bustamente, le commandant Ramirez et le gouverneur Mora avaient été arrêtés et envoyés à Vera- Crux avec tous ceux de leurs parti-

sans dont on craignait l’influence.

Moctezuma put donc se prononcer en toute sûreté, et il ne balança plus à prêter l’appui de son nom à l’insurrection victorieuse.

Pendant que ces choses se passaient, Calderon, qui avait investi la Vera- Crux , voyait son armée se démoraliser et se fondre sous l’influence combinée de la fièvre jaune, des défections, du manque de vivres et des rigueurs de la saison. Un jour, le 13 mai, tous ses gens , frappes d’une terreur panique, prirent la fuite, abandonnant malades, artillerie, munitions; Santa- Anna les fit poursuivre par sa cavalerie, et marcha de sa personne sur Mexico. De son côté, Moctezuma en faisait autant, et malgré les lenteurs habituelles des chefs mexicains, la capitale allait être emportée , lorsque Santa-Anna et Teran convinrent d’une suspension d’armes, pendant laquelle on négocia. Les prétentions des insurgés s’étaient augmentées avec la bonne fortune; ils ne demandaient pas seulement un changement de ministère , mais la déposition de Bustamente. On cherchait de part et d’autre à gagner du temps. Des commissaires furent envoyés vers Pedraza, alors aux États-Unis, pour hâter son retour, tandis que Bustamente , s’avançant vers le Nord, espérait surprendre la division de Moctezuma , et obtenir de meilleures conditions. Il le battit ; mais il fut presque aussitôt forcé d’accourir à la défense de Mexico, devant laquelle Santa-Anna se présentait enfin, après avoir rompu l’armistice et battu Facio, le successeur de Calderon, La capitale ayant tout à redouter de cette soldatesque sans discipline, était dans de vives alarmes. I.es gens riches l’avaient abandonnée pour mettre au moins leurs personnes à l’abri. Les marchands transformaient leurs maisons en citadelles, et la populace, se promenant seule dans les rues, attendait impatiemment l’heure du pillage.

Heureusement que Bustamente força les insurgés à se retirer sur la Puebla, où Pedraza venait d’arriver. Là s’ouvrirent de nouvelles négociations qui

montraient tout à la fois la lassitude des partis , la crainte des excès de la populace , et le peu de foi de tous les chefs dans un résultat prompt et décisif. Ils s’empressèrent de trouver un moyen terme d’arrangement. On stipula la confirmation de tous les actes législatifs, de toutes les nominations depuis 1828; on reconnut Pedraza comme président jusqu’au 1er avril 1833. Dans cet intervalle, on devait procéder à la nomination de son successeur et au renouvellement du congrès.

Si le général Santa-Anna ne s’opposa point à ce replâtrage, c’est qu’il servait son ambition en lui donnant le temps de se rendre plus populaire encore, de gagner de nouveaux suffrages, et fie s’assurer de plus en plus cette présidence tant désirée. Il fut enfin nommé.

Les trois généraux firent leur entrée à Mexico au commencement de janvier. à la tête de leurs armées réunies. Aucun acte de vengeance ne souilla cet interrègne des partis, pendant lequel le gouvernement se traîna sans agir jusqu’au jour de l’installation du nouveau président.

Le triomphe de Santa-Anna était en apparence celui du libéralisme démocratique. A la même opinion appartenait la majorité du congrès nouvellement élu. Les premières propositions faites à la tribune le prouvent assez. Il fut question de l’abolition des dîmes et des privilèges du clergé. On demanda que les corporations ecclésiastiques ne pussent ni acquérir à l’avenir, ni recevoir de legs; on demanda la liberté des cultes et l’entière liberté de la presse, c’est-à-dire, la presse dans tout son dévergondage, la presse sans répression, et cela, savez-vous pourquoi? En vue, disait-on.de propager les lumières. Belles lumières, vraiment, que celles qui n’avaient d’autre emploi que d’allumer toutes les passions, ae rendre tout gouvernement impossible ! On fit cependant quelques autres propositions plus raisonnables : on s’éleva contre le fardeau d’une armée permanente, plus coûteuse qu’utile , largement payée pour troubler périodiquement la république par ses

révoltes, ou pour parader sur les places publiques. Tandis que ces questions occupaient le congrès , le parti aristocratique , toujours actif dans l’ombre , conspirait contre un état de paix qui avait duré tout juste assez de temps pour donner aux vaincus le loisir de se reconnaître, aux mécontents les moyens de se rallier. Ces menées ne restèrent pas sans succès.

Au moment où l’on s’y attendait le moins, sur la fin de mai, un cri d’insurrection fut poussé dans l’État de Valladolid. Ce n’était plus un changement de personnes, c’était un chan-

fement de système dont il s'agissait.

In certain colonel Escalda proclama le président chef suprême de la cause nationale, et demanda la dictature au nom de la religion. D’autres officiers, à Cuernavaca et à Queretaro, au nombre desquels on remarquait le général Duran , en firent autant , et quelques garnisons séduites jurèrent de faire triompher ce pronuneiamiento.

Quelles que fussent les dispositions intérieures de Santa-Anna, il était troD habile pour les laisser entrevoir. Ü avait à ménager une ombrageuse démocratie qui le surveillait de près.

Il n’hésita pas à demander au congrès la permission de marcher contre les révoltés , et le congrès la lui accorda sans se faire prier , en louant même son patriotisme, qui le portait à combattre ses plus anciens amis. Il partit avec sa cavalerie , emmenant avec lui le général Arista , un allié de Duran , un des coryphées du arti d’Alaman; celui-ci ne tarda pas se montrer tel qu’il était : bon absolutiste, il proposa au président de se laisser nommer dictateur, et , sup son refus, il passa avec toute sa division dans les rangs de Duran. Ces deux chefs , voyant Santa-Anna inébranlable, le retinrent prisonnier, mais le gardèrent si mal qu'il parvint à s’échapper et à se rendre sain et sauf à Mexico, où il fut reçu avec des démonstrations de joie d’autant plus vives que les dispositions delà garnison étaient douteuses, et que bon nombrp d'hommes politiques n’avaient pas

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grande foi dans celles du président.

Cependant , lorsque le parti populaire fut bien convaincu qu’il n’acceptait pas la dictature , il reprit courage, et résolut même d’agir avec vigueur.

Alors vinrent les mesures extrêmes, ces mesures iniques qu'en tout temps de révolution on appelle mesures de salut public. Un décret expulsa pour six ans une trentaine d’adversaires du pouvoir actuel, au premier rang desuels on mit Bustamente; puis on onna au gouvernement le droit de répéter ces proscriptions quand il le jugerait convenable , d’éloigner tout ce qui lui paraîtrait hostile à la cause du peuple, ou, eiij d’autres termes, tout ce qui serait redoutable à la sienne.

C’était bien là aussi de la dictature.

Les absolutistes n’en auraient pas demandé davantage s’ils avaient triomphé. Leur temps n’était pas encore venu. Bien qu’au fond Santa-Anna ne leur fût pas hostile, et qu’il fût soupçonné de pencher pour un gouvernement central , il sentit le besoin de rassurer pour le moment l’opinion populaire , et de combattre de nouveau l’insurrection.

Avant de suivre cette guerre civile dans ses phases et sa fortune diverses, vo.vons les deux armées s’arrêter tout à coup devant un nouvel ennemi plus terrible que la mitraille, devant le choléra , qui fond sur elles et les décime. Ce fléau , dont l’Europe garde un si triste souvenir, avait passé l’Atlantique, et envahi cette partie des rivages du Mexique où la fievre jaune exerce ordinairement ses ravages. Il s’etait déclaré à Tempico; puis, s’avançant dans l’intérieur du pays, il enlevait sur son passage le quart et même le tiers des populations. Il parvint à Mexico dans les premiers jours d’août, et, comme dans nos villes d'Europe, il commença à frapper sur les pauvres , sur les basses classes du peuple, avant d'atteindre les riches. Les masures des faubourgs se remplirent de cadavres.

On dit que du 13 au 24, il mourait chaque jour à Mexico plus de dix-huit cents personnes. Ne trouvant plus d’aliments dans les quartiers qu’il avait

d’abord dépeuplés, il gagna le centre de la ville, et prit ses victimes dans les classes les plus aisées. Il s’affaiblit enfin vers le milieu de septembre, après avoir décimé la population. Vingt-cinq mille habitants sur cent cinquante mille succombèrent.

. Les pertes des deux armées furent dans des proportions plus fortes encore. Elles paralysèrent leurs opérations. Toutefois, Santa-Anna essaya de marcher au secours de Guanaxuato , sans pouvoir arriver à temps. Il fut même obligé d’attendre les renforts ue lui amenait Moctezuma pour prenre l’offensive, et forcer Duran et Arista à capituler et à s’expatrier. Sa conduite envers les vaincus ne fut point celle d’un ennemi ; on serait plutôt tenté dès ce moment d’y voir toute autre chose, d’y voir surtout beaucoup d’adresse. Le président ne pouvait se faire illusion sur les sympathies du parti militaire pour la cause qu’il combattait par ordre du congrès; la politique lui commandait de ménager un tel parti, le seul où son ambition. pouvait trouver un appui. De retour à Mexico, il se prononça pour des mesures de conciliation, èt pour un système sinon tout à fait rétrogradé, du moins beaucoup plus modéré. Le congrès, au contraire, prétendant qu'on devait marcher en avant dans la voie des réformes, supprima l’obligation de payer les’ dîmes, et laissa les religieux des deux sexes parfaitement libres de rester dans leurs couvents ou d’en sortir. Ces actes achevaient d’iudisposer le clergé. L’armée vit avec indifférence le decret qui ordonnait la translation des cendreg d’Iturbide au panthéon de Mexico, où reposaient celles des premiers héros de la guerre de l’indépendance. Sa veuve et ses enfants obtinrent la liberté de rentrer dans leur patrie et d’y jouir de la pension que la loi leur accordait.

Cependant, vaincue dans ses deux chefs , l’insurrection n’était point éteinte. Elle reparut dans les provincef du Sud, moins forte, mais non pal moins active. Un général de haute ç| populaire renommée , le général Bravo,

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se mit à la dirieeb et lui fit faire de nouveaux progrès. On envoya contre lui des troupes de Mexico qu’il battit d’abord; puis la fortune l’abandonna, et il finit par déposer les armes en conservant ses grades et son traitement. A la fin de l’année, le Mexique se débattait encore entre deux partis extrêmes, l’un qui voulait une démocratie toujours révolutionnaire , l’autre qui cherchait à centraliser le pouvoir, en lui donnant pour appui la double influence de l'Église et de l’aristocratie. Dans cette lutte , industrie , commerce , agriculture, disparaissaient; le pays s’appauvrissait à vue d’œil , et se trouvait si mal d’une république fédérative, que le moment semblait arrivé de tenter avec succès l’établissement d’un autre système politique.

Cetté disposition des esprits servait trop bien les projets du président pour qu’il ne s’empressât pas d’en profiter, et de rompre ouvertement avec les fédéralistes, dont il avait jadis assuré le triomphe. Le 31 mai 1834, il prononça la dissolution des chambres et annula tous les décrets hostiles au clergé; il fit rouvrir les églises et les couvents, et rappela tous les individus bannis comme Espagrfols. Appuyé par l’armée , par les prêtres et par les classes élevées, il comprima facilement quelques soulèvements du parti démocratiue. Il dirigea les élections dans le sens e cette révolution. La majorité du nouveau congrès lui fut acquise. Il changea le ministère. Alaman , dont la tête avait été mise à prix, reparut sur la scène politique. Ce fut une réaction complète qui trouva peu d’opposants.

Les États du Nord seuls , attachés au rincipe fédéral, tentèrent de résister.

1s furent battus dans les plaines de la Guadalupe par ce même Santa-Anna qui récemment marchait à leur tête. Le champ de bataille, s’il en faut croire le bulletin officiel, était horrible à voir après le combat. On fit aux révoltés trois millp prisonniers; ils perdirent tout leur matériel, canons, armes et bagages. Cette journée accrut encore la renommée militaire du président, ainsi que la confiance des centralistes.

Alors on demanda de toutes parts une modification dans les institutions fédérales. Au Mexique, à toutes les époues, les chambres ont eu mission 'achever les choses faites. On les mit encore à l’œuvre. La discussion fut longue. Quelques députés essayèrent de défendre les institutions de' 1824.

Cette opposition sans force devant la volonté de l’armée n’eut que le mérite du courage civil. La majorité du congrès formula un nouvel acte constitutionnel qui , tout en conservant les formes républicaines, consacrait la centralisation du pouvoir suprême dans la capitale. L’exercice de ce pouvoir continuait à être partagé entre le président , le congrès et une haute cour de justice. Le territoire national était divisé en départements à raison de la population. A la tête de chacune de ces nouvelles circonscriptions, un gouverneur nommé par le président exerçait le pouvoir exécutif, ayant une junte pour conseil, et celle-ci chargée de diverses fonctions financières, municipales, électorales et législatives, mais dans cés dernières matières soumise au congrès. Le principe de l’élection populaire subsistait, mais modifié. Toutefois le président, les membres du congrès et des juntes, étaient nommés par le peuple directement ou indirectement et pour un temps limité.

Toute l’action gouvernementale partait de Mexico, et l’impôt n’était plus à la merci du bon ou au mauvais vouloir des provinces : il était établi par une loi générale. Le clergé, dans ce grand changement, n’était pas oublié: sans lui donner une action politique , on augmentait son influence, on respectait ses privilèges et surtout ses propriétés. On lisait, en tête de la loi fondamentale, que la nation mexicaine ne professe ni ne protège que la religion catholique romaine, et ne tolère l'exercice d’aucun autre culte. Enfin ce nouvel ordre de choses créait un pouvoir plus fort, plus aristocratique que celui qui venait de succomber, sans donner plus de sécurité pour l’avenir; car l’armée restait toujours maîtresse des destinées du pays.

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Pendant que ces événements s’accomplissaient, le Mexique se voyait sur le point de perdre une partie de son vaste territoire. La plus orientale de ses provinces, celle dont le gouvernement espagnol semblait ignorer la valeur, que la république mexicaine ne jugeait pas digne de former un État séparé, et qu’elle laissait coloniser par ses industrieux voisins les Américains, le Texas , dont la population avait déjà pris à cette époque un accroissement rapide, était en travail de son indépendance.

Avant de le suivre dans sa lutte révolutionnaire, courte, sanglante et glorieuse pour lui , avant d’assister à son triomphe , l’un des faits les plus extraordinaires de notre époque, il convient de jeter un coup d’œil rapide sur l’ensemble de cette grande contrée. Scs frontières naturelles sont la Sabine à l’est, la rivière Rouge au nord, une chaîne montagneuse qui encadre de vastes prairies à l’ouest, puis du même côté en allant vers le sud , le cours du Rio Bravo del Norte , enfin, de l’embouchure de cette rivière jusqu’à celle delà Sabine, le golfe du Mexique. Le Texas touche donc aux États-Unis par l’est et le nord , et au Mexique par l’ouest. Nul pays n’est mieux arrosé :

on n’y compte pas moins de neuf fleuves ou rivières considérables portant à la mer leurs eaux grossies d une infinité de courants secondaires qui répandent sur tous les points la vie et la fertilité. Tous sont assez profondément encaissés dans les couches meubles de la prairie pour ne jamais former ces épanchements qui se transforment en marais fétides ; il est fâcheux que des rapides y viennent si fréquemment arrêter la navigation.

Le Texas peut se diviser en trois zones bien distinctes. La première, inclinant légèrement de l’intérieur à la côte, sur une profondeur de 80 à 80 milles, offre à l'œil un pays entièrement plat et d’immenses prairies dont les horizons ressemblent à ceux de la mer. Là, des lignes boisées dessinent le cours des rivières ; là, des forêts se montrent plus nombreuses dans '5e Lü'raiison. (Mexique.)

l’ouest qu’à l’orient. Tout ce terrain d’alluvion est d’une grande richesse; pas une seule pierre ne s’y rencontre.

Son climat est celui de la Louisiane; aux grandes chaleurs de l’été succèdent les mois humides ; puis, au printemps, sous cette double influence d'humidité et de chaleur, des fièvres intermittentes , quelquefois fatales aux nouveaux venus, se déclarent. La seconde région, le liolling, comme on la nomme dans le pays, forme la transition du terrain plat au terrain montagneux. Le sol s’y élève par ondulations semblables à ces longues houles laissées sur l’Océan par les vents d’hiver.

C’est la plus belle portion du Texas; plus boisée que la première, plus tempérée , plus riche d’eaux fraîches et pures, de paysages accidentés et de cultures variées. Le Rolling, qui s’étend entre le San-Jacinto et le Colorado, monte jusqu’à cent cinquante milles dans l’intérieur, où il rencontre la région montagneuse, formée parla Sierra-Madre, branche des Cordillères ; cette troisième zone est presque entièrement inconnue.

Le littoral du Texas , de la Sabine au Nueces, n'a pas moins de trois cent soixante milles d’étendue; il est singulièrement festonné et présente une suite de bassins intérieurs ou de lagunes. Il est presque partout bordé d’îles ou de presqu’îles, d’une forme trèsallongée, qui le serrent de près et semblent comme une seconde côte qui protégerait la première contre les vagues de la haute mer. Là, malheureusement, un seul point excepté, les barres qui s’élèvent a l’embouchure des rivières ne permettent point aux grands bâtiments d’approcher : il y a trop peu de fond pour eux. La seule baie de Galvçston admet des navires tirant plus de douze pieds d’eau. Ce port semble appelé à devenir le débouché de la plupart des produits que le Texas exportera directement pour l’Europe (*).

(*) La baie de Galvestou est un bassin beaucoup plus grand que le lac de Genève. Son életidue est de ri lieues du sud au nord , sur 5 à 7 lieues de l’est à l'ouest,

loogle

La partie cultivée du Texas est com-

f irise entre le 96" et le 100' degré de ongitude occidentale du méridien de Pans. Elle s’étend du bord de la mer au 32" degré de latitude, et même plus loin vers le nord, jusque dans le voisinage de la rivière Rouge. Pour la production du coton le Texas est sans rival. Le coton y est à la fois plus beau, plus abondant sur la même étendue de terrain que dans les États les plus favorisés de l’Union américaine.

On n’y peut craindre que l’excès de la production. La canne, variété d’Otaîti, y vient à merveille; elle fournit la substance sucrée dans le cours d’une végétation de cinq à six mois, et donne deux récoltes. Le mais y réussit parfaitement. On a constaté que les prairies élevées qui entourent San-Antonio de Bejar, sont très-propres à la culture du blé. Ajoutons, que la culture du mûrier, du tabac et de [l’indigo a été essayée avec succès , et que parmi les arbres forestiers , le chêne vert se

firésente comme un des meilleurs pour a construction des navires.

La constitution géologique du Texas offre d’admirables facilités pour l’éducation du bétaiî. Ses belles prairies, parées pendant six mois d’une herbe verdoyante , sont couvertes d’innombrables troupeaux errants en liberté et portant seulement ou la marque ou le chiffre de leurs propriétaires. Au temps où l’Espagne possédait cette contrée, des bandes de chevaux sauvages parcouraient aussi ces solitudes eu maîtres fiers et libres; rien n’était plus imposant que ces escadrons, sans cavaliers, lances au galop, imitant dans leur marche rapide le bruit du tonnerre. Cette race appartenait à la race arabe; on la rencontre encore aujourd’hui dans les prairies. Mais une autre race introduite, celle des Etats-Unis , lui est préférée pour sa vigueur.

Sa profondeur est de i5 à a5 pieds, mais seulement dans la partie qui avoisine l'îiê dé San -Luis , partout ailleurs elle varie de 3 à 8 pieds. En général la plupart des baies du Texas sont imparfaitement conuties.

Si le Texas n'a pas comme le Mexique des mines d’or et d’argent , il possédé ce qui est bien plus précieux pour le travail et la civilisation , le fer et le charbon de terre. Au nord de la Sabine, tout le long des hauteurs qui commencent au N. O- et vont se joindre aux monts Ozarks, on rencontre des mines de fer très-abondautes, qui contiennent, dit-on, .cinquante pour cent de métal. Le lit du Rrazop est extrêmement riche en grès ferrugineux , et dans la plaine qui s'étend entre le Brazos et le Colorado, tous les ravins sont remplis de fer hématite en grains. Le fer et le charbon doivent contribuer puissamment à la prospérité du Texas, où les rivières et ieschemins defer établis sur des troncs d’arbres, comme aux États-Unis, sont les seules voies de communication, les seules par lesquelles il lui soit possible de faire écouler ses produits.

C’est aussi sur les bords des principaux courants du Texas que nous trouvons ses établissements industriels, ses grandes exploitatious agricoles, ses villes anciennes , celles qui n’ont ue quelques années , quelques jours e date , celles même qui ne sont enr core que dessinées. Nous remarquons Sur le San-Antonio aux eaux salubres et limpides , Goliad et Bejar, cités espagnoles qui furent longtemps importantes, la dernière surtout comme point intermédiaire entre la Louisiane et le haut Mexique. La guerre a frappé de tous ses fléaux les petites villes de Victoria et de Gonzalès, mal

fdacées sur le rapide Guadalupe que es steamers ne peuvent remonter.

C’est sur les bords du Brazos , du Colorado et du Buffalo Bayou qu’il faut chercher les villes les plus importantes. Là , Son-Felipe de Austin , berceau de la révolution texienne , peuplée de plus de 6000 habitants, traitée sans pitié parles Mexicains, et qui se relève aujourd’hui plus grande , plus riche et plus jolie; Houston , dont le sort fut le même pendant la guerre et dont la physionomie nouvelle atteste les progrès de la civilisation, du luxe et ht rapide prospérité du pays. Encore quel-

MEXIQUE. 217

ue temps et nous verrons la capitale u Texas, Austin, placée sur le haut Colorado en avant de tous les établissements existants, se développer sur une vaste échelle et offrir à l’Amérique du Nord une grande et belle cité de plus.

Quels ont été les progrès de la colonisationdans leTexas depuis le moment de sa découverte, jusqu'au jour où il a déclaré qu’il était libre et indépendant? Quels sont les événements qui ont amené ce dernier résultat? C’est ce qu’il nous faut maintenant raconter.

Il est probable que le Texas fut traversé en 1536, par Cabeea de Vaca, lorsqu’il se rendit de la floride aux rovinces septentrionales du Mexique, lais ce courageux voyageur ne laissa dans le pays aucune trace de son passage , et son récit est tellement vague et tellement obscur, qu’on ne peut suivre sa route. C’est au célèbre et infortuné la Salle qu’il faut attribuer le premier établissement sur les côtes du Texas et la prise de possession du pays. On sait que l’intrépide explorateur, trompé sur l’embouchure du Mississipi qu’il croyait bien plus à l’ouest, entra dans le Colorado, et bâtit un fort sur la lagune de San- Bernado, entre Velasco et Matagorda.

On sait encore qu’il pénétra , à deux reprises, dans l’intérieur, et fut lâchement assassiné en essayant de gagner à l’est les terres du Mexique. C’était là le véritable but de son expédition.

Jusqu'alors le gouvernement espagnol, loin de s’assurer la domination des côtes du Texas par une chaîne de forts non interrompue, depuis Tampico jusqu’à l’extrémité de la Floride , n’avait encore rien fait pour empêcher le premier venu de s’établir entre cette même Floride et le Rio Bravo del Norte; tout ce vaste territoire était abandonné aux sauvages. Le même gouvernement ignorait la découverte du Mississipi , et n’obtint qu’en 1684 les premiers renseignements sur le départ de la Salle pour le golfe du Mexiqoe, où il Je fit inutilement cheicner. Toutefois, le vice-roi Mon-

clova , craignant que les Français ne vinssent à s’introduire dans là Nouvelle-Espagne par le nord-est, fonda parmi hs Indiens de la province de Cohahuila le fort ou le présidio qui porte son nom. Là, il établit une première colonie de cent cinquante familles, qui comptait deux cent soixante hommes en état de porter les armes.

Il dut s’applaudir de ces précautions, en apprenant dans l’année 1688, que trois Français étaient arrivés à Santa - Fé, capitale du Nouveau-Mexique. Ce fut par eux, très-probablement, qu’il connut la fin tragique de la Salle et le point sur lequel il avait débarqué. Le détachement espagnol envoyé à sa recherche ne trouva plus que les débris d’un fort de construction récente, et les cadavres de plusieurs Français percés de flèches ou tués à coups de massue. Cinq Français étaient eneore en vie parmi les Indiens. Les gens du vice-roi s’en emparèrent et les conduisirent à Mexico, d’où on les fit passer en Espagne. Puis, toujours dans la crainte des mêmes tentatives , on vit les Espagnols envoyer dans l’intérieur du Texas des soldats et des missionnaires, et à partir de la lagune de San-Bernado, multiplier les forts ou présidios. Depuis la paix d’Utrecht jusqu’en 1764 , ces établissements, quelquefois abandonnés, mais toujours relevés, arrêtèrent les incursions des Français de la Louisiane.

L’Espagne avait encore quelque chose de mieux à faire , et son inaction est d’autant plus étonnante qu’elle savait à quoi s’en tenir sur les belles plaines, sur les grandes rivières du Texas, sur ses bois de construction , sur son climat , sur sa fertilité; et cependant toujours indifférente pour les choses étrangères aux mines d’or et d’argent, elle ne faisait rien pour coloniser cette immense étendue de territoire. Au commencement du siècle actuel, sa population était insignifiante et seulement concentrée sur quelques points.

Il était alors facile de prédire de quel côté elle devait arriver. M. de Humboidtl’indiquaitdansles premières années du dix-neuvième siècle, avec

tous les ménagements que sa position lui prescrivait. Il y avait déjà longtemps que les citoyens de la Louisiane traversaient le Texas dans toute sa largeur pour se rendre dans les provinces septentrionales du Mexique.

Les habitants des deux contrées étaient liés par des relations de commerce. Plus tard, pendant la première période de la révolution mexicaine, les insurgés appelèrent des bandes de volontaires anglo-américains pour les aider à planter au Texas le drapeau de l’indépendance.

Cette courte campagne contribua à répandre, aux Etats-Unis, des notions plus exactes sur l’intérieur d’un pays où jusqu’alors l’étranger n’avait pu résider. Ce fut après la chute de Hidalgo qu’un de ses partisans, don Bernardo Gutierrez, riche habitant de Revilla, près le Rio-Grande, se voyant exposé a la vengeance des Espagnols , s’échappa aux Etats-Unis , où il parvint à réunir un certain nombre d’aventuturiers qu’il conduisit au Texas. Son début fut heureux. Il surprit les petites villes de Salcedo et de la Baliia del Spiritu Santo, aujourd’hui Goliad. Ses rangs grossis par d’autres volontaires , il se' vit assez fort pour se porter sur la principale ville du Texas, San-Antonio de Bejar, le grand dépôt des Espagnols. Ceux-ci essayèrent d'arrêter sa marche , mais ils furent battus, et la ville se rendit. La capitulation garantissait aux prisonniers tous les bons traitements que l’on doit au courage malheureux. Cette capitulation fut indignement violée. G utierrez Cil massacrer le commandant Salcedo et treize de ses principaux officiers. Cette exécrable boucherie révolta les volontaires américains. Ils déclarèrent hautement que Gutierrez était indigne de les commander. Il savait mieux assassiner des ennemis vaincus que profiter de la fortune. La prise de San-Antonio et la déroute complète d’Élisonda et des milices de la Nouvelle-Biscaye, qui suivit l’entrée des insurgés dans la capitale du Texas , auraient puissamment contribué au triomphe de leur cause ,

si, passant aussitôt le Rio-Grande, Gutierrez avait pénétré dans les provinces voisines où l’insurrection comptait de nombreux partisans. Mais au lieu de prendre l’offensive, il s’occupa d’organiser un gouvernement provisoire pour un pays qu’il ne possédait pas. Son inaction permit au gouverneur des provinces intérieures de réunir des forces suffisantes pour le combattre. Obligé d’en venir aux mains avec elles , il futcomplétement battu le 20 juin 1813. Cette affaire le perdit tout à fait. Ses compagnons d’armes ne virent plus en lui "qu’un homme cruel , un ambitieux de bas étage, sans talents militaires. Réunis à la junte et aux notables de San-Antonio de Bejar, ils lui donnèrent pour successeur, un autre officier espagnol, don Alvarez Toledo , qui arrivait des États-Unis avec un certain nombre d’aventuriers de diverses nations, avec des armes, des munitions et quelques pièces de canon.

Les affaires des insurgés, malgré ces renforts, n’étaient pas brillantes; le gouvernement de Mexico, voulant en finir définitivement avec eux , avait dirigé sur le Texas le régiment d’F.stramadure, commandé par Arredondo, et d’un autre côté les milices de l’État de Cohahuila. Les républicains bien inférieurs en nombre n’avaient dans cette grave circonstance que deux partis à prendre, ou fortifier San-Antonio et s’y renfermer, ou empêcher la jonction des deux corps ennemis en les attaquant séparément. Malheureusement elle était opérée avant que Toledo eût pu les atteindre. Les deux armées, si l’on peut donner ce noin a des divisions aussi faibles, se rencontrèrent, le 13 août, près de Mcdina.

Elles se battirent avec un égal acharnement, et leurs pertes étaient telles , à la fin de la journée, que chacune d’elles se disposait à quitter le champ de bataille comme des vaincus, lorsque les Texiens se virent trahis par une partie de leur cavalerie. Ce fut par ces transfuges que les royalistes apprirent le pitoyable état de leurs adversaires, épuisés par la cha-

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MEXIQUE. .... 229

leur, manquant d'eau et forcés d’abandonner leur artillerie engagée dans les sables. Sur la foi de ces renseignements , Arredondo revint à la charge.

Les insurgés furent écrasés. On ne leur fit aucun quartier. Ceux qui échappèrent à ce massacre se dispersèrent dans toutes les directions.

Ce fut le dernier effort sérieux de l’insurrection , et les tentatives qu’elle fit l’année suivante ne servirent qu'à constater son impuissance. Cette lutte n’eut d’autre résultat que la dépopulation du Texas et la destruction de ses établissements agricoles. Ce beau pays fut livré à la discrétion de la force militaire concentrée à Bejar, la Bahia et Naeogdoches. Cet état de choses se prolongea pendant toute la durée de la domination espagnole, et finit à la seconde révolution mexicaine.

Pendant cette triste période, ce qui restait de cultivateurs texiens se vit continuellement exposé aux attaques des Indiens-Comanches, auxquels les marchands de N’atchitoches fournissaient des armes , de la poudre et du plomb. Ces infâmes pourvoyeurs des sauvages se rencontraient surtout parmi les vertueux patriotes mexicains, réfugiés à la Louisiane, et l’on remaruait, comme l'un des plus actifs et es plus avides, ce Gutierrez que nous avons vu tout à l’heure si ardent pour la liberté du Texas.

Enfin de meilleurs jours se levèrent.

Le gouvernement des États-Unis ayant renoncé, par le traité de 1819, à ses prétentions sur le Texas, un citoyen du Missouri, M. MosesAustin, qui avait passé sa vie à diriger des exploitations de mines dans son pays natal et dans les parties les plus éloignées’ de la Louisiane, jeta les yeux sur le Texas, et vit qu’il se prêtait merveilleusement à des entreprises de défrichement. A cette époque, les citoyens des États-Unis n’avaient point encore pénétré , au delà de la Sabine et de la rivière Rouge, sur un territoire dont la législation coloniale de l’Espagne les repoussait. Austin se dévoua tout entier à une mission sainte et pacifique. Il conçut le projet d’éta-

blir sur ce territoire, au milieu des Espagnols , une colonie de ses compatriotes, par les voies légales. Il obtint du cabinet de Madrid l’autorisation d’v amener trois cents familles de colons industrieux, mais catholiques : c’était une condition expresse. Austin mourut au milieu des préparatifs de sa noble entreprise; à son fils échut l’honneur de la poursuivre et de l’exécuter. Le Mexique avait alors repris les armes pour la cause de l’indépendance , et cette fois il avait triomphé presque sans combattre. La révolution de 1821 s’était accomplie; Iturbide venait d’arriver au pouvoir; ce fut à lui qu’Austin s’adressa pour obtenir la confirmation des concessions faites à son père. Elle lui fut accordée sans peine. Le Mexique n’avait pu passer à l’état d’indépendance, si nouveau pour lui , sans subir l’influence de quelques-unes des idées libérales qui accompagnent toujours de pareils mouvements.

Austin arriva , en 1821, sur le Brazos avec les premiers émigrants. Cette colonie eut beaucoup de peine à s'établir parmi les Indiens. Cependant , en 1824, elle avait fait assez de progrès pour être en mesure de châtier ces sauvages , quand ils commettaient des déprédations sur les défrichements.

Cette émigration de quelques familles à l’ouest des États-Unis et au delà de la rivière Rouge , n’eut aucun retentissement en Europe; et comme le remarque parfaitement M. Leclerc dans I ouvrage que nous avons déjà cité, il est probable que parmi les témoins, les auteurs et les promoteurs de l’entreprise , bien peu en apprécièrent la portée. C’est la marche et la loi de toutes choses en ce monde : un commencement inaperçu, une source cachée souvent inaccessible, des premiers pas incertains, des progrès ignorés, puis uu grand fait qui éclate, un empire qui se révèle, une nation qui prend hardiment sa place , une révolution qui triomphe de toute résistance. C’est l’histoire de la colonisation et de l’indépendance du Texas.

Le congrès ne vit pas toute la porté*

i30 L’UNIVERS.

de la loi du 4 janvier 1823; il crut qu'en ouvrant la porte aux étrangers, et surtout aux Anglo- Américains, il allait établir une concurrence salutaire et hâter à son profit les progrès de la culture et de la civilisation. C’étaient là de grandes erreurs ; c’était mal connaître les populations mexicaines et celles des États de l’Union : les premières, paresseuses, sans industrie, sans activité; les secondes, hasardeuses , entreprenantes et douées au plus haut point de «ette persévérance nécessaire à l’œuvre de la colonisation. En appelant de pareils hommes, c’était leur livrer le pays et constituer son indépendance dans un avenir plus ou moins prochain. La politique du Mexique était de maintenir entre lui et les États-Unis des déserts infranchissables. Cela ne fut point fait, et la colonisation se développa paisiblement pendant les présidences ae Victoria et de Guerrero qui se succédèrent de 1824 à 1830. L’état du Mexique, ses luttes intérieures ne permettaient pas aux ambitieux de s’occuper d’autre chose que d’eux-mêmes. On se souciait assez peu de ce qui se passait dans les solitudes du Texa3, hors du centre d’action de la guerre civile. Quelques années suffirent pour donner une force irrésistible d’expansion à l’élément étranger que le Mexique avait admis dans son sein. Les concessions de terres à vil prix se'suceédèrenti le besoin d’argent parlait plus haut à Mexico que toutes les considérations d’une politique d’avenir.

A New-York , et sur d’autres points des États-Unis, on agiota scandaleusement sur ces ventes d'immenses territoires, dont vendeurs et acheteurs ne connaissaient pas les limites, et que réclamaient quelquefois deux propriétaires également porteurs de contrats en bonne forme. Dans cette colonie naissante , toute préoccupée des soins de son enfance , nuis projets politiques ne se mêlaient aux travaux de défrichements. Le Mexique se montrait, pour les premiers colons faibles •Jt disséminés, bienveillant et protecteur. Lui qui proscrivait la traite des

nègres pour son compte , permit l’introduction des esclaves dans le Texas.

Il croyait n’encourager que la culture des terres , et ne réfléchissait pas qu’il créait, entre les deux parties du meme État, des intérêts entièrement opposés. Car, par la constitution fédérale, le Texas était réuni à la province de Cohahuila , où dominait exclusivement l’élément espagnol.

Huit ans s’étaient écoulés depuis le jour où les Anglo-Américains avaient mis le pied dans le Texas , et déjà ils en composaient presque toute la population , ils en possédaient presque toutes les terres cultivées. Entre leurs mains, le pays commençait à changer de face; leiirs concitoyens des États de l’ouest et du sud savaient par eux ce qu’il valait. Rien alors, cependant, chez ces colons industrieux et appliqués au défrichement , ne faisait pressentir le projet d’une séparation , et leurs vœux se bornaient tout au plus à former, par la suite, un des États de la grande confédération mexicaine.

L’ambition du cabinet de Washington était d’une tout autre nature. Lui ne cachait pas le désir de porteries limites de l’Union jusqu’aux bords du Rio bravo del No rte. Tous les États à esclaves n’étaient pas moins empressés d’acquérir le Texas. On parlait tout haut d’en traiter avec la république mexicaine; on spéculait sur sa détresse financière, sur ses dissensions inter rieures. Il parait que le ministre Poinsett fut chargé de cette négociation , qui échoua complètement malgré l’adresse et l’activité du diplomate. Le sentiment national réunissant dans une même pensée tous les parfis qui se disputaient le pouvoir, se révolta contre les prétentions du cabinet de Washington, Voici en quels termes le secrétaire d'État mexicain signalai! devant le congrès la politique de ce cabinet 2 « Les Américains du Nord, dit-il, commencent par s’introduire dans le pays qu’ils convoitent, sous prétexte d’opérations commerciales ou de colonisation, avec ou sans l'autorisation du gouvernement auquel ils appartient. Ces colonies grandissent, se

multiplient, deviennent bientôt l’élément principal de la population, et aussitôt ce fondement posé, les Américains du Nord commencent à élever des prétentions qu'il est impossible d’admettre. Leurs manœuvres dans le pays qu’ils veulent acquérir se manifestent ensuite par l’arrivée d’explorateurs qui s’y établissent , la plupart , sous prétexte que leur résidence ne préjuge pas la question de souveraineté. Ces pionniers excitent peu à peu des mouvements qui troublent l’état politique du territoire en litige. Puis viennent des mécontentements et des collisions calculés de manière à fatiguer la patience du légitime propriétaire , et à diminuer les avantages de la possession. Quand les choses en sont arrivées à ce point, ce qui est précisément le cas du Texas, alors commence le travail de la diplomatie.

L’inquiétude excitée dans le pays, les intérêts des nouveaux coions , les révoltes qu’ils provoquent parmi les aventuriers et les sauvages, l’obstination avec laquelle ils soutiennent leurs ^rétentions a la propriété du nouveau erritoire, deviennent le su jet de notes, < 'ù la modération et la justice ne sont 1 îspectées que dans les mots , jusqu’à o ique, grâce à des incidents qui ne il anquent jamais de se présenter dans le cours de pareilles négociations, il se co 'dut un arrangement aussi onéreux pouf une des parties que favorable pour l’autre. ; ?

« Et quand les États-Unis ont réussi de cette façon à introduire leurs citoyens en majorité dans le pays qu’ils convoitent, ils profitent généralement, pour faire valoir leurs prétendus droits, du moment où leurs adversaires sont plongés dans les plus grands embarras.

Telle est leur politique dans l’affaire du Texas. Leurs journaux se sont mis à examiner la convenance de l’acquisition de cette province, ils ont déclaré que le Rio Bravo est la limite naturelle des deux républiques, et ce qui est remarquable* c’est qu’ils ont commencé cette discussion lorsqu’ils ont vu le Mexique tout occupé à repousser l’ invasion espagnole, persuadés proba- -(f-'ü’t . i ; ••• «i* •? •

blement que nous ne pourrions de longtemps songer à aucun autre ennemi. »

Ce document nous montre le gouvernement mexicain parfaitement instruit du danger dont il était menacé; il voyait enfin l’avenir du Texas , et les colons américains étendant leurs spéculations au delà des bornes de cette province. Déjà les fils de Moses Austin et leurs compatriotes s’apprêtaient à remonter le Rio Bravo sur des bateaux à vapeur; iis se proposaient d’attirer à eux |e commerce des provinces septentrionales de la confédération mexicaine : gigantesque entreprise qui préparait une double invasion de l’État de Santa-Fé par les habitants du Missouri et du Texas. Le ministère Alarnan crut arrêter ces ambitieux projets et le développement de la colonie en prohibant toute émigration ultérieure des Anglo-Américains. Tel fut l’objet de la Toi rendue le 6 avril 1830 : loi tardive et impuissante, qui ne fut respectée ni des Américains de la Louisiane et de l'Arkansas, ni des habitants des États voisins. Tous continuèrent de s’établir au Texas , malgré la surveillance de quelques postes mexicains jetés aux deux extrémités de la province ; et la colonisation ne s’arrêta pas. Si quelque mesure pouvait la paralyser , c’était bien certainement l’abolition immédiate de l’esclavage dans toute l’étendue de la république mexicaine, ordonnée par Guerrero. Son décret du 15 septembre 1829, rigoureusement exécuté, eût ruiné le présent et empêché les citoyens des États-Unis de franchir plus tard la rivière Rouge et la Sabine ; mais ce décret fut révoqué, en ce qui concernait le Texas , par le gouvernement qui succéda à celui de Guerrero. Toutefois Bustamente ne cessa d’avoir l’oeil sur la nouvelle colonie. Convaincu qu’il aurait bientôt à lutter avec elle , il se préparait en silence au combat. Il dirigeait successivement sur ce point, et *sous divers prétextes , de petits corps de troupes qui se montaient ensemble, en 1832, à douze cent

soixante-huit hommes; force assez faible , mais suffisante pour contenir une population peu nombreuse , disséminée et sans expérience militaire.

Toutefois la présence et l’insubordination de ces troupes étrangères entretenaient dans les esprits ces vives et profondes irritations qui n’attendent qu’un prétexte pour se transformer en révolte. Les événements vinrent bientôt en aide à ces dispositions hostiles.

Ceux qui précèdent la révolution du Texas se rattachent intimement à l’histoire intérieure du Mexique depuis 1830 jusqu’en 1834.

On était alors sous l’empire de la constitution fédérale de 1824; ehaque province sous le nom d’État possédait sa législature , son gouverneur électif, son budget, et prétendait souvent à l’exercice sans contrôle du pouvoir souverain. De là les lois particulières en opposition à la législation générale , de là la prétention d’admettre ou de repousser toute .disposition du congrès qui semblait contraire aux intérêts locaux. Le décret du 6 avril 1830 déplaisait fort à l’État de Cohahuila et Texas ; ne l’exécuter qu’en partie parut un droit à son gouverneur. Dès l’année 1831 , il nomma un commissaire pour mettre quelques émigrants en possession de terres qui leur avaient été précédemment concédées. Le gouverneur général des provinces orientales, mécontent de ce qu’il regardaitcomme un acte de désobéissance, fit jeter brutalement le commissaire en prison.

Une autre fois, ce même gouverneur prononça la dissolution d’un corps municipal légalement élu, en établit un autredeson autorité privée, etdéfenditde procéder à de nouvelles élections sous peine d’exécution militaire. Dans le même temps , le commandant d’Anahuac fit arrêter plusieurs colons anglo-américains. A ce dernier abus de la lorce, leurs concitoyens établis dans cette partie de la province prennent les armes , paraissent devant la forteresse et somment le commandant de rendre la liberté à ses prisonniers.

L’officier espagnol promet de l’accor-

der, mais demande deux jours pour remplir quelques formalités et mettre sa responsabilité à couvert. Il emploie traîtreusement le délai consenti à faire venir en toute hâte, à son secours, la garnison de Nacogdoches. Elle arriva au moment où les insurgés se retiraient confiants dans la parole donnée.

Cette perfidie n’eut point de succès.

Les insurgés revinrent sur leurs pas, et tirent si bonne contenance que le commandant du détachement de Nacogdoches s’estima fort heureux d’éviter le combat en garantissant la mise en liberté des colons , qui furent relâchés sur-le-champ.

Ces insurgés texiens étaient encore en armes quand ils eurent connaissance du pronunciamiento de la Vera- Crux (janvier 1832) et du soulèvement des troupes de Santa-Anna contre l’administration de Bustamente , dont les délégués, par des actes arbitraires, venaient de provoquer leur ressentiment. Le système fédéral qu’il s'agissait de protéger avait toute leur sympathie. Ils redoutaient le triomphé du centralisme , dont ils ne pouvaient jamais attendre la reconnaissance du Texas comme État séparé , acheminement au gouvernement du pays par lui-même, vers lequel les populations anglo-américaines sont attirées comme par instinct. Le Texas fut donc unanime en faveur du fédéralisme. Les colons du Brazos, au nombre de cent dix-sept, furent les premiers à prendre les armes, Avec John Austin à leur tête. Ils se mirent en marche pour rejoindre les insurgés d’Anahuac, et chemin faisant, ils s’emparèrent du fort de Velasco , qui fut bravement défendu par son commandant Ugartechea. Assiégeants et assiégés firent ici des prodiges de valeur. Aux coups de canon de la forteresse, les Texiens répondaient par des coups de carabine.

Les excellents tireurs de l’ouest coupaient les mains des artilleurs à mesure qu’ils se montraient pour charger leurs pièces. Ugartechea, ne trouvant plus d’hommes pour cette besogne, se mit lui-même à l’œuvre. Son héroïque dévouement fit l’admiration des

MEXIQUE

Texiens qui , pouvant lui mettre une balle dans l’œil, cessèrent le feu. Le brave commandant vit aussi qu'il avait affaire à des gens trop résolus, pour continuer une défense désormais impossible: il se rendit.

Cependant, Santa-Anna vit autre chose dans cette insurrection qu’un mouvement en faveur du fédéralisme.

Le but réel ne lui échappa pas , et loin de se lier aux apparences, il dépêcha le colonel Mexia avec quatre cents hommes, pour rétablir au Texas l’autorité de la république qu’il supposait fort ébranlée. Les cnefs texiens appelèrent à leur secours ce que la diplomatie nomme adresse , habileté. Sous leur influence , l’assemblée générale des colons désavoua toute intention hostile au Mexique.

Elle expliqua la dernière prise d’armes par le besoin de se défendre contre les actes arbitraires des agents de Bustamente, elle chercha à la rattacher encore au mouvement de la Vera- Crux , et protesta de son dévouement à la politique de Santa-Anna.

Mexia , satisfait de cette déclaration , repartit avec tout son monde. A peine eut-il quitté le sol du Texas, que les colons de Nacogdoches attaquèrent la forteresse de ce nom , la prirent et chassèrent la garnison. A la (in de l’été 1832, il ne restait pas un soldat mexicain dans la partie du Texas où se trouvaient établies les colonies anglo-américaines. Ce fut alors qu’elles se mirent à l’œuvre , et ne dissimulèrent plus leurs véritables projets. Elles se réunirent en convention dans la ville naissante de San-Felipe. Cette assemblée, qui n’avait rien de légal, passa plusieurs mois à rédiger une constitution pour le Texas, et Unit par consigner dans une pétition au gouvernement de Mexico , les motifs qui la portaient à désirer une séparation de l’État de Cohahuila.

Mous nous plaignons , disaient les Texiens dans cette pétition, moins de quelques abus , que de l’absence totale de ce qui constitue un gouvernement.

Il nous faut aller chercher à sept cents milles de nos demeures les tribunaux

chargés de rendre la justice. Cetéloignement laisse de grands crimes impunis, et nous prive, en certainescirconstances, de l’exercice de nos droits civils et politiques. Aucun fonds n’est voté pour l’instruction du peuple, et nous en gémissons, nous , anciens citoyens des Etats-Unis, qui mettons l’éducation des hommes au premier rang des devoirs d’un gouvernement. Les Texiens déploraient encore le régime fiscal en vigueur ; ils le montraient comme ayant pour but de protéger le monopole des pitoyables manufactures du Mexique, et d’arrêter l’importation des choses les plus nécessaires à la vie civilisée. Le mauvais emploi des impôts n’était pas épargné, pas plus que les droits «ont l’argent monnayé était frappé dans la circulation. Mais ce qui révoltait surtout les colons, c'était d’être laissés sans défense contre les attaques des sauvages, et d’être obligés (le se garder eux-mêmes. Les colons demandaient encore que les lois cessassent d’être promulguées dans la langue espagnole; qu’égale protection fût accordée aux protestants ; qu’ils fussent affranchis légalement de l’obligation de se soumettre aux pratiques de la religion romaine, qui répugnaient à leur conscience, et dont, a la vérité , ils s’étaient eux-mêmes affranchis.

On voit par cette longue suite de griefs, que ce n’était point seulement la question de l'esclavage, comme on l’a mal h propos supposé, qui portait les Texiens a cette séparation; il y avait encore un motif qu'ils n'avouaient pas. Trop peu nombreux pour leurs projets d’avenir, ils voulaient, une fois constitués en État souverain , appeler leurs compatriotes de l’Union du Mord à prendre part à l’œuvre de la colonisation , en leur garantissant des droits politiques et civils dont la législation mexicaine se montrait fort avare. Ils chargèrent le général Stephen Austinde se rendre à Mexico et d’y négocier avec le gouvernement. Austin mit tout en œuvre pendant l’année 1833 , pour obtenir la séparation demandée , ou du moins la

réforme des abus. Il représenta en termes très-vifs et presque menaçants,

ue si l’on ne voulait pas s’occuper

es affaires de cette province, et prendre ses griefs en considération, la population se chargerait elle-même de ce soin. Le ministère tout entier aux basses intrigues des partis qui divisaient la république, et qui le divisaient lui-même, ne üt aucune attentention aux demandes du Texas.

Austin, fatigué des lenteurs qu’on lui faisait subir, écrivit à la municipalité de Bejar le peu de succès de ses démarches. Il accompagnait cette communication de conseils aux colons; il les engageait à prendre patience, à procéder parles voieslégales, à organiser pacifiquement une administration locale.

Cette lettre tomba entre les mains de ceux des membres de la municipalité opposés aux vues des colons anglo-américains ; ils la firent passer au gouvernement central qui la trouva séditieuse.

Austin avait déjà quitté Mexico et n’était pas loin du Texas, quand il se vit arrêté , reconduit dans la capitale et jeté en prison. C’était d’autant plus fâcheux pour lui , qu’il n’était point du tout d’avis d’un mouvement insurrectionnel et ne partageait que très - faiblement l’impatience de ses concitoyens. Sa captivité fut longue sans être sévère. C’était un de ces hommes qui suivent les grands mouvements politiques , mais qui ne les arrêtent ni ne les dirigent. Il fut rendu à la liberté dans l’année 1835. 1

Le jour de la lutte n’était pas éloigné. Le Mexique, sans cesse en travail d’une révolution , venait de renverser sà constitution de (834, et de lui substituer un gouvernement central, œuvre de l’Eglise et de Tanmée , que fit triompher ce même Santa- Anna , cet ambitieux vulgaire; toujours avide du pouvoir suprême; toujours ignorant des devoirs qu’on s’impose quand bn veut commander à ses semblables; toujours ébloui de l’éclat de la puissaOCa sans en comprendre la grande!#', et qui finit par se jeter dans les -bras dès cent mis-

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tes , après les avoir combattus , lorsqu’il se crut assuré de la faveur populaire.

Cette révolution ralluma le feu de la discorde dans une partie du Mexique. Les opinions se partagèrent suivant les intérêts. Au Texas, le mécontentement fut général, taudis que les autorités de Cohahuila se montraient favorables à la contre-révolution; mais bientôt une question d’argent changea leurs dispositions. Le trésor de la province était vide; le gouverneur proposa de le remplir en vendant une étendue considérable de terres du Texas. Des spéculateurs nombreux, Texiens et Anglo-Américains, se présentèrent; leurs offres furent acceptées. Mais les hommes qui les avaient faites étaient suspects à Mexico: le président refusa de sanctionner le traité , sous prétexte que l’État de Cohahuila n’avait pas le droit d’aliéner le domaine public, et moins encore de s’emparer du prix de ia vente avant d’avoir versé dans le trésor de la république l’arriéré considérable qu’il lui devait. L’État de Cohahuila, qui se souciait fort peu de solder cet arriéré, ne tint pas compte de l’opposition du gouvernement central.

Celui-ci, qui redoutait de voir la population du Texas s’accroître d’Anglo- Américains , résolut d’employer la force pour se faire obéir. Le général Cos, commandant supérieur des provinces orientales , reçut de Santa- Anna l’ordre de marcher avec sa division sur la capitale de l’État, et d’expulser ia législature rebelle. Le gouverneur et plusieurs députés furent arrêtés, et les spéculateurs prirent la fuite ; mais en rentrant au Texas , ils portèrent de rudes coups à l’ennemi commun. Ils allèrent de ville en ville, d'habitation en habitation , proclamant la guerre comme Tunique moyen d’échapper au despotisme de Santa- Anna. C’était promener l’étincelle sur une traînée de poudre. La guerre était populaire au Texas; on ne s’y faisait point illusion sur ses terribles chances; mais on n’ignorait pas qu'une victoire devait affranchir le pays et le

MEXIQUE

délivrer pour toujours des vexations et de: l’avenir que la hainè’ jàlouse du Mexique lui préparait. Le 16 août 1835, l’étendard de l’insurrection fut

filànté dans les plaines de San-ïacinto, à où il devait triompher quelques mois plus tard. Au même moment, le général Cos passa le Rio del Norte, et la lutte commença.

Stephen Austin reparut alors au milieu de ses concitoyens; et dans une assemblée tenue à Brazoria le 8 septembre, il recommanda la réunion immédiate d’une convention générale de toute la province, et la discussion des bases d’une constitution. Son langage était encore empreint de cette modération oui accompagne presque toujours le début des révolutions. Il n’en fut pas longtemps ainsi; et ce même Austin se vit bientôt entraîné à des actes hostiles , à des résolutions compromettantes qui laissent tout rapprochement impossible. Informé des mouvements du général Cos, il ne tarda pas à les faire connaître au peuple par une circulaire; il ajouta que la ruine du Texas était décidée, et qu’il ne lui restait d'autre ressource que la guerre. Alors il s’établit à San Felipe un comité de sûreté publique nui prit aussitôt, par la force des cho s'es , l’attitude d’un comité central D’un bout à l'autre du Texas, des co mités locaux s’organisèrent. Ce fut dans ce premier moment d’énergie patriotique qu’un détachement de la garnison de Bejar eut l’imprudence de s’avancer vers Gonzalès , sur les bords du Rio-Guadalupe, dont la population demanda du secours au comité de San-Felipe. Celui-ci dirigea sur le point menacé un petit nombre de volontaires, commandé par Austin.

On en vint aux mains le 2 octobre, et les Texiens manoeuvrèrent si bien leur urtiqué canon , que le détachement mexicain se vit obligé de battre en retraite sur Bejar avec une perte de quelques hommes. Ce fut le premier1 engagement dans l’ouest du Texas. 'LMùouvement qui éclatait ici gagna tout Je pays avec la rapidité de rineendiè: Le» comités de Jiacogdo- *>:::• »-/>■ i ■■'Z'H. t vi i

ches et de San-Augustine levèrent des troupes et les mirent sous les ordres de Samuel Houston , dont le nom est désormais inséparable de la gloire du Texas. Les habitants de la Louisiane, apprenant la marche des Mexicains, organisèrent un comité pour correspondre avec le gouvernement provisoire des insurges, pour recevoir des souscriptions, enrôler des volontaires.

En peu de jours, deux compagnies armées et équipées, apportant 7,000 dollars, se mirent eu marche pour se réunir aux Texiens, et concourir au succès de leur noble cause. Ceux-ci ne perdaient point le temps en vaines paroles. Hommes de résolution et d’action , ils prenaient audacieusement l’offensive avec un semblant d’armée, dont la faiblesse du chiffre est à peine croyable. Un de ces détachements s’empara tout d’abord du fort de Goliad , où il trouva de quoi armer 300 hommes , et des provisions pour une valeur de 10,000 dollars. Le 28 octobre, deux chefs d'insurgés , Fannin et Bowie , attaquèrent un parti de Mexicains bien supérieur en nombre , qui perdit 32 hommes et 1 canon. Le 3 novembre, les Mexicains furent encore battus, et le 8, le général Cos se vit assiégé dans Bejar.

Cependant les délégués de toutes les municipalités de la province , réunis à San-Felipe de Austin, se constituaient en consultation générale, sous la présidence de M. Archer. Cette assemblée adopta, le 7 novembre , une résolution qui n’était point une déclaration absolue d'indépendance. Elle s’en tenait encore à la constitution fédérale de 182-1 , et offrait son appui au Mexique pour reconquérir ses libertés. Toutefois, elle organisa Un gouvernement provisoire, à la tête duquel elle mit un des colons les plus influents, M. Henri Smith, qui l’emporta de neuf voix sur son concurrent, le général Stephen Austin.

Samuel Houston fut noimnc major général de l’armée. Le 14 novembre, après une session de onze jours , la réunion termina ses travaux.

La grande affaire des insurgés était

MEXIQUE

hommes , tandis que la division de Urrca en comptait dix-neuf cents. Attaqué dans la prairie, manquant de vivres et de munitions , il n’en soutint pas moins le choc pendant toute une lournée avec un héroïque courage.

Mais tout espoir de salut devenant impossible, il accueillit les propositions du général mexicain , et mit bas les armes aux conditions que lui et ses soldats seraient traités en prisonniers de guerre, et que les volontaires américains seraient embarqués pour la Nouvelle-Orléans aux frais du gouvernement mexicain. Ces conditions furent violées avec la plus abominable perfidie. Santa-Anna, qui se trouvait encore à Bejar, ordonna le massacre des prisonniers; et le 17 mars au matin, jour des Rameaux, ils furent tous, au nombre de près de quatre cents , égorgés non loin de Goliaa, entre cette tille et la mer. Sur la tète de Santa- Anna pèse tout l’odieux de ce lâche assassinat. Ses généraux s’y opposaient, Urrea surtout; il étouffa leurs voix; lui seul le voulut; il signa la sentence de mort et la fit partir lui-même. Cet homme de sang espérait quelque chose de ce moyen de terreur ; la Providence permit qu’il tournât contre lui. Loin de glacer les courages , ce crime fit naître dans tout le pavs une soif ardente de vengeance. I.'éncrgie des insurgés y puisa de nouvelles forces.

Ce fût à l’époque de ces désastres que la convention nationale, convoquée à Washington , sans se laisser intimider par la mauvaise fortune, répondit aux menaces du vainqueur par une déclaration de droits et par le cri détinitif d’indépendance. Elle rédigea, ou plutôt elle improvisa une constitution dont nous donnerons bientôt une rapide analyse. Elle créa un pouvoir executif par intérim , et décréta toutes les mesures d’urgence que la gravité des circonstances réclamait.

Le Texas était alors dans un temps de préoccupations tristes et douloureuses. Sou avenir se présentait sombre comme celui des vaincus. On voyait les progrès de l’invasion sans apercevoir les moyens de résistance. Il y avait

de l’enthousiasme, mais point d’organisation régulière. Le commandant en chef, Houston , n’arriva lui-même sur le Ouadalupe que deux ou trois jours après la chutede l’Alamo, et n’y trouva que trois cents hommes. La prudence l'obligea de se replier d’abord sur le Colorado , puis sur le Brazos , et à continuer successivement son mouvement de retraite, dans la direction de l’est , laissant à découvert San Felipe, que les habitants abandonnèrent après y avoir mis le feu. Cette tactique de Houston ne manquait pas d'habileté ; en se repliant, il augmentait chaque jour sa petite armée de nouvelles recrues, tandis que le général mexicain en le poursuivant, laissait toujours quelques-uns des siens en arrière. Il parait qu’en se rapprochant de la frontière des Etats-Unis , Houston comptait sur quelque secours du général Gaines, qui s’etait avancé jusqu’à Nocogdoches, sur le territoire texien, pur ordre du président Jackson.

Attiré sur les pas d’un ennemi qui semblait redouter le combat, plein de confiance dans ses premiers succès, pénétrant dans le pays, comme pour en prendre possession après la victoire, Santa-Anna, parti de Bejar le 31 mars, se trouvait le 20 avril dans les plaines deSan-Jacinto. Ce n’étaient plus des fuyards qu’il aperçut alors , c’était un petit corps de troupes, pas plus nombreux qu’un de nos bataillons d’infanterie, qui marchait rcsolùment à sa rencontre. Houston le commandait en personne. Santa-Anna venait de recevoir un renfort de cinq ccnls hommes , sous les ordres du général Cos, ce qui portait ce qu’on appelait son armée à quinze cents hommes effectifs. Les lexiens n’en comptaient que sept cent quatre-vingt-trois, dont soixante et un cavaliers. La bataille entre çes ennemis acharnés eut lieu le 21 août. Les Texicns s’avancèrent dans un profond silence. Tout à coup Houston s'écrie : Amis , souvenezvous de l’Alamo. A ce cri de guerre, un feu terrible porte le désordre dans les rangs mexicains, qui sont aussitôt abordés à la baïonnette et culbutés.

« Dix-huit minutes après le commencement de l’attaque , dit le rapport officiel du général Houston , nous étions maîtres du camp de l’ennemi , de ses drapeaux, de ses équipages, de ses provisions, de ses armes, de ses bagages.»

La déroute fut complète et le carnage fut grand : six cent trente Mexicains, dont un officier général, quatre colonels, restèrent sur la place ; deux cent quatre-vingts furent blessés , et sept cent trente faits prisonniers. Cette victoire ne coûta aux Texiens que deux hommes tués et vingt-trois blessés , dont six mortellement. Le colonel Lamar, depuis président de la républiue , commandait la cavalerie , et fit es miracles de bravoure.

Santa-Anna prit la fuite , et on le trouva le lendemain tout tremblant, caché dans de hautes herbes. Il fut découvert par un détachement de Texiens envoyés à la poursuite des fuyards. Il baisa la main du premier soldat qui se présenta, et chercha à les corrompre tous, en leur offrant de l’or et des bijoux. N’y pouvant parvenir , il se prit à pleurer. Conduit devant le général Houston, qui dormait au pied d’un arbre, la tête appuyée sur sa selle , il lui dit en espagnol : Je suis Antonio Lopez de Santa-Anna, président de la république mexicaine, et général en chef de l’armée d’opération. Puis laissant échapper une bouffée d’orgueil , il ajouta : Vous n’étes pas né pour les choses ordinaires ; vous avez vaincu le Napoléon de l’Ouest. Il s’enquit avec anxiété du sort qu’on lui réservait, et chercha assez maladroitement à excuser les crimes et les massacres qui lui étaient reprochés. Il paraît que Houston se laissa aller à la pitié, et lui accorda sa protection. Il agissait ainsi en homme d’Etat qui cherche à tirer le meilleur parti des circonstances , et qui croit qu’un meurtre inutile est tout ce qu’il y a de plus mauvais en politique.

Il était facile de prévoir, d’après le système de modération adopté par le général et legouverhement provisoire, qu’une convention avec Santa-Anna ne se ferait pas attendre. Déjà l’ordre

de se replier sur Bejar avait été donné par ce dernier. Peu de jours après , le 14 mai, deux traités, l’un patent, l’autre secret, furent signés à Véiasco.

L’article qui stipulait là mise en liberté du président mexicain rendit ces traités tout à fait impopulaires. L'armée surtout continuait à demander sa mort , en représaille du massacre de Goliad. Elle était également mécontente du gouvernement provisoire , dont elle se croyait négligée , et peu s’en fallut que l'officier qu’elle avait chargé de porter ses représentations à Velasco ne mît le gouvernement en prison. Le président allait être arrêté, lorsqu’il fut défendu par les citoyens de la ville , qui finirent par épargner un tel scandale aux vainqueurs de San- Jacinto. Toutefois, le gouvernement, trop faible pour braver l’opinion publique, prit le parti d’ajourner la sanction du traité, et de retenir Santa- Anna prisonnier. Cet homme , qui n’avait certes aucun droit à la bienveillance des Texiens , s’avisa de protester contre sa captivité et les privations qu’il endurait. Vraiment il était bien à plaindre de n’être pas aussi parfaitement traité que dans son palais de Mexico , lorsque les principaux personnages du Texas manquaient de tout. Le président Burnet lui répondit avec dignité : J’ai sacrifié à votre bien-être celui de ma famille malade ; si nous manquons de com/ort , c’est à votre visite chez nous qu’il faut vous en prendre. Il nous paraît tout simple que vous souffriez un peu de nos maux.

Le vainqueur de Santa-Anna était en ce moment le héros du Texas. Son, nom éclipsait tous les autres noms, même celui du fondateur de la nationalité texienne. Aussi Houston remporta-t-il sur Austin pour la présidence : il obtint trois mille cinq cent quatre-vingt -cinq suffrages, trois mille de plus que son concurrent. Le colonel Lamar fut élu vice-président par un pareil nombre de votes. Cette réunion d’électeurs se déclara en même temps pour l’incorporation dii Téxàè aux États-Unis. De puissants motif?

empêchèrent alors le cabinet deWns- été improvisée par des Anglo-Amérihington de proposer au congrès une cains. Elle devait donc ressembler à (elle admission. Il craignit mi’elle ne celles de la plupart des États de l’U- (détruisît l’équilibre entre les Etats agri- nion. Elle est purement démocratie coles du sud , qui maintiennent l'es- que; le pouvoir exécutif est entre les clavage , et les États industriels du mains d'un président , auquel on a nord , qui le proscrivent. Toutefois, laissé le moins de pouvoir possible. Il il reconnut l'indépendance du Texas, possède cependant le veto suspensif. Celui-ci, mécontent d’avoir été re- Son traitement annuel est de dix mille poussé par Van Buren , mit alors tout dollars. Il est élu par tous les citoyens son orgueil à former une république pour trois ans, et non immédiatement séparée. Houston ne partageait pas un rééligible. La législature se compose tel désir ; il persistait à rattacher le de deux chambres : un sénat , renom pays à l’Union américaine. Cette cir- vêlé tous les trois ans, ayant à sa tête constance , ses différends avec le con- le vice-président de la république , une grès , pour la disposition des terres chambre des représentants , renouvenationalesetl’organisation delà milice, lée tous les ans. Ces deux chambres son peu d’aptitude pour les affaires, son gouvernent, dans toute l’étendue du peu de goût pour le travail, ses liabi- mot , et nomment à la plupart des tudes sans dignité , tirent prompte- places. Leurs membres reçoivent une ment oublier de grands services. Il indemnité , et ne peuvent occuper de se dépopularisa plus encore, en ne te- fonctions salariées. A leur tour, les nant aucun compte de la résolution ministres des différents cultes ne peudu congrès au sujet de Santa-Anna. vent remplir de fonctions législatives. Cette assemblée, a la suite d’un rap- Le pouvoir judiciaire réside dans une port remarquable (*), s’était prononcée cour suprême et dans une cour de juscontre la mise en liberté du président tice appliquant les lois anglaises, promexicain. Houston crut son honneur visoirement en vigueur. L’institution engagé à l’exécution du traité qu’il du jury et la liberté des cultes se trouavait signé ; il fit conduire son prison- vent écrites dans cette constitution à nier aux États-Unis. Cet acte, d’un côté de l’esclavage à perpétuité, loyal soldat , mais non d’un homme II faut nous arrêter a cette partie politique, mit le comble à son discré- de l’histoire du Texas; le moment n’est

dit. Abandonné par b’opinion publi- pas venu d’en écrire la suite. Nous

que, lors des élections présidentielles laissons cette grande contrée triomoe 1838, les suffrages se portèrent sur pliante de ses ennemis, indépendante Mirabeau Lamar , partisan déclaré et libre, développant son organisation d’une séparation complète et d’une politique et tous les éléments de sa existence nationale indépendante. Le prospérité. Le temps et l’espace sont Texas crut de sa dignité de reti- pour elle : l’Europe a déjà su prévoir rcr sa demande et de rester lui- les destinées qui l’attendent , et la même. Il a montré qu’il avait la cons- France a été la première à les devi-

cience de ce qu’il valait et l’intelligence ner. Elle a signé avec ce nouvel État ,

de ses destinées futures. Sa constitu- le 25 septembre 1839, un traité de tion n’a pas demandé de profondes mé- commerce et de navigation. Ce bon ditations. Nous avons vu qu’elle avait exemple a été suivi par la Hollande et (•) Le» dernières lettre» de ee rapport |? Belgique , et dernièrement par contiennent sur le caractère , la vie polit»- Aï, irre"

que e! la moralité de Santa- Anna des obser- L est à cette dernière puissance que valions très-sévères et malheureusement très- le Texas parait avoir eu recours pour justes: jamais peut-être le chef légal d'un amener le Mexique à reconnaître son gouvernement étranger h’a été l’objet d'une indépendance. La Grande-Bretagnfe , pareille critique dans un document public fidèle à sa politique , a profité de cette émané d’un autre gouvernement. circonstance pour se donner un nou-

veau débiteur, {dus solvable que le premier. Créancière du Mexique, elle a stipulé que dans le cas d'un traité de paix dû à sa médiation, le Texas prendrait à sa charge un million de livres sterling de la dette étrangère mexicaine. Cette circonstance explique l’empressement du Texas à contracter un emprunt, devenu pour lui une nécessité d’autant plus impérieuse que ses dépenses et l’intérêt de sa propre dette exccdent ses revenus. Il est dans cet état de transition où le présent doit s'engager pour assurer l’avenir.

Son papier-monnaie , créé pour remédier à la pénurie des espèces métalliques et à la difficulté des transactions, bien qu’hypothéqué sur les terres de l’État, est fort déprécié. Les principales ressources du gouvernrt ent se trouvent dans la vente n'in.mcnses terrains et dans le produit des douanes. Ce produit était, en 1838 , de 1,390,670 fr.; en 1839, ci ■ 1, 950.000 fr.; et en 1840, de 2.930.000 fr. Un tel mouvement progressé vient en preuve de l’essor rapide de l'agriculture et du commerce, et du merveilleux accroissement de la population : elle augmente dans une proportion qui dépasse tout ce qu'on a vu jusqu’ici. Le îlot d’émigrants qui arrive chaque année sur le sol texien ne saurait désormais s’arrêter; mais, comme il se répand inégalement sur une immense surface, aucun recensement ne pourra s’exécuter de longtemps avec quelque degré d’exactitude (*). Cet accroissement, qui dépasse toutes les prévisions, a permis au gouvernement de cesser, à partir de 1841 , l’encouragement qu’il avait jusqu’alors accordé aux émigrants. La constitution assurait à chacun d'eux , après un séjour de six mois , la possession de cent

(*) Sans adopter entièrement le chiffre donné dans lin aperçu statistique sur le Texas dernièrement publié, nous croyons qu'on peut porter sa population pour 1X41 à 3ào,ooo âmes . elle u'élitil que de y ou 10,000 au commencement du siècle, et de 70,000 Mriron à l’époque de la déclaration d indépendance.

vingt-deux hectares et demi de terres.

Cette libéralité n’est plus nécessaire.

Le Texas , comme Rome dans ses premiers temps, n’a pas assez de femmes; toutefois , cette disproportion entre les deux sexes tend chaque jour à disparaître. Les Américaines redoutaient de s’allier à de rudes défricheurs de terres, qu’on appelait des aventuriers sans patrie. Aujourd’hui ces aventuriers ne sont plus pour elles des hommes sans existence politique. La victoire les a réhabilités aux yeux du monde , et des épouses viennent avec orgueil partager la fortune des fondateurs d’une grande république.

Devant eux se dispersent les tribus sauvages dont les ancêtres faisaient trembler les premiers colons : les Cushattes , qui s’étendaient jusqu’à la Louisiane, les Lapans, qui occupaient les bords du Rio-Grande , ont totalement disparu ; et les Comanches euxmêmes, ces féroces ennemis de la civilisation , sont allés grossir cette bande de peaux rouges que la civilisation a chassées devant elle. Le Texas leur jette un déli en plaçant sa capitale à l’ extrémité des terres cultivées, et comme aux frontières de leurs solitudes. Eux, redoutant une lutte inégale , ont rapproché leurs tentes de Santa-Fé; c’est au nouveau Mexique à les craindre aujourd'hui.

Le Texas et sa révolution nous ont longtemps arrêtés, four cette révolution, notre sympathie est grande, car elle n’a point à rougir devant le monde, car elle s’est montrée pleine de modération et désireuse de toute transaction raisonnable à son origine, brillante de courage sur les champs de bataille , noble et généreuse après le combat. Elle peut être fière de son drapeau. Il nous en coûte de nous arracher à un tel spectacle , de quitter un pays où régnent une industrieuse activité, l'amour de l’ordre et de la liberté, une foi vive dans l’avenir, un sentiment religieux aussi tolérant que profond, pour retourner au milieu de ces luttes mexicaines si tristes, si personnelles , si dépourvues de patriotisme et de grandeur.

Mi

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Les Texiens comptaient bien sur fut plus heureuse. Les Indiens y pricette situation politique de leurs enne- rent part. Des troupes envoyées pour mis et sur le caractère des partis qui la combattre se rangèrent sous son les divisaient, lorsqu’ils avaient rendu drapeau, qui entra vainqueur à Santala liberté à Santa-Anna. Ils regardaient Fé, dont un colonel, Gonzalez, chef cet homme au milieu de ses compa- de ce mouvement, fut nommé goutriotes comme un élément dediscorde, verneur. On remarquait encore dans et la guerre intérieure au Mexique le Yucatan des symptômes de méconcomme un gage de tranquillité. Tou- tentement. On s’y préparait à une scistefois, ils se trompaientsur l’influence sion et tout faisait présumer que l’inde l’ex-président ; sa popularité s’était dépendance ne tarderait pas à être proévanouie avec le prestige de sa gloire clamée les armes à la main, militaire. Bien informé de cette dis- Occupé à se défendre sur tant de position des esprits à son arrivée à la points, il fut impossible au président Vera-Crux, il se hâta d’aller cacher sa de diriger contre le Texas aucune opéhonte dans une de ses terres , après ration sérieuse. Quelques bataillons avoir fait parvenir au gouvernement vinrent, il est vrai, parader un mocentral des déclarations très - pacifi- ment sur ses frontières ; ils se retirè-

ques. Il put se convaincre, quelques rent sans les dépasser. Le Mexique

jours après, à quel point il était aban- était trop épuisé et trop tourmenté

donné. Lors de l’élection pour la pré- dans son intérieur pour entreprendre

sidence, il n’obtint que cinq suffrages, une guerre d’invasion. Sa marine ne tandis que Bustamente en réunit cin- fit pas mieux. Envoyée sur les côtes quante-sept, Bravo cinquante-cinq, et du Texas pour les surveiller, elle s’y Alaman quarante-cinq. empara d’un transport de la Nouvelle-

Bustamente signala son installation Orléans, chargéd’armesetde munitions par un manifeste belliqueux. Il promit pour Galveston. La croisière des Etatsdc venger la patrie de ses derniers re- Unis prit fait et cause pour le bâtiment vers, de rétablir l’intégrité du terri- capturé; une de ses corvettes attaqua toire, ou de succomber dans les champs par. représailles un brick mexicain qui

du Texas. « Pour accomplir une telle fut forcé d’amener son pavillon, et enmission, disait-il, je me suis arraché voyé à Pensecola. Le camnetdeMexico aux douceurs d’une vie tranquille en adressa de vives remontrances au cabi- Europe , et j’accepte avec empresse- net de 'Washington, qui, lui, se plaignit ment la première magistrature de à son tour des avanies, des pertes, des mon pays. » Puis venaient les lieux confiscations que les Américains éproucommuiis, les protestationsde civisme, vaient au Mexique. L’affaire du brick de respect pour la légalité , pour les s’arrangea, mais la question beaucoup chambres, pour le peuple souverain, plus grave des indemnités fut réservée, cortège obligé de semblables haran- Cette question n’était point particugues. lière aux États-Unis. D’autres plaintes

C’était une rude tâche que prenait s’élevaient pour les mêmes causes. Bustamente, car les affaires du Texas Entre les plus légitimes , celles de la n’étaient pas les seuls embarras du France étaient en première ligne. Les Mexique. La Californie s’agitait aussi Français établis au Mexique soufpour son indépendance. Une autre in- fraient depuis longtemps de cette surrection en faveur de la constitu- haine jalouse que le Mexicain faition fédérale était en progrès à San- néant nourrit contre l’étranger qui Luis de Potosi ; un beau nom , celui porte chez lui son industrie. Pour deMoctezuma, s’était rangé du côté appuyer ses réclamations, la France des insurgés. Ces deux révoltes, arrê- fit partir de Brest une escadre chartées à temps, n’amenèrent aucun nou- gée de croiser devant la Vera-Crux et veau démembrement. Une troisième les autres ports du golfe. Son attiinsurrection dans le Nouveau-Mexique tude n’avait cependant rien d’hostile;

tS" Livraison. (Mexique.) 16

elle montrait, au contraire, la patience de la force, et supportait, dans des vues toutes pacifiques, les formes tortueuses, les dénégations mensongères et les lenteurs calculées d’un cabinet astucieux. Toutefois, cette généreuse longanimité devait avoir un terme. Le moment de parler haut était venu. Le baron Deffaudis fut chargé de signifier au gouvernement mexicain {'ultimatum de la France. Ce document résume les principaux griefs de cette puissance. De lâches assassinats j sont d’abord signalés; on voit à Atencigo, en 1833, des Français, jouissant de l’estime générale, exerçant une industrie utile au pays, égorgés, coupés par morceaux au cri de Meurent les étrangers, et les auteurs de ce crime restent impunis; à Tampico, d’autres F'rançais sont traqués dans une cour et tués à coups de fusil en présence d’officiers applaudissant à ce massacre ; un autre encore condamné sans aucune preuve par un juge de la capitale à dix ans de présides, sur un simple soupçon d’homicide; à Colima, un médecin de la même nation attaqué en pleine rue, et percé de coups d’épée par un colonel Pardo, le commandant même de la place, auquel il avait refusé de prêter quelque argent.

Puis viennent les pillages, les destructions de propriétés, les emprunts forcés, les confiscations de cargaisons, les fermetures d’établissements industriels, les exils, les emprisonnements arbitraires ; longue suite d’avanies exercées contre les négociants français établis au Mexique.

De semblables crimes exigeaient une éclatante réparation. Six cent mille dollars furent réclamés dans le même ultimatum à titre d’indemnité; on y demandait également la destitution et la punition des officiers et magistrats coupables envers les Français, et pour ceux-ci le droit que leur garantissaient les traités antérieurs, de s’établir sur tout le territoire de la république, d’y taire librement le commerce de détail; l’exemption des impôts extraordinaires de guerre et de tous emprunts forces, auxquels ils avaient été soumis

contrairement aux conventions qui réglaient les rapports des- deux États.

Ces demandes pleines de modération furent repoussées avec hauteur.

Le gouvernement mexicain, fidèle à son système dilatoire, voulait traîner les négociations en longueur. LC temps était pour lui le meilleur des auxiliaires. il lui donnait pour alliées les tempêtes du nord et la fièvre jaune qui ne le servirent que trop bien.

L’escadre , commandée par le capitaine Bazocbe, eut à souffrir du scorbut, déterminé par la privation d'eau douce, de vivres frais, par la nécessité de laver le linge à l'eau de mer et par le plus pénible des services sur une côte brillante. La fièvre jaune' y fit aussi de cruels ravages. l'Iphigénie perdit quarante-cinq matelots et cinq officiers; Cllerminie ne fut pas plus épargnée; et si proportionnellement elle eut moins de morts, elle compta plus de malades : il en fut ainsi des autres bâtiments. Sur la terre de Sacrificios reposent pour toujours ces nombreuses victimes du fléau, ces jeunes Français qui rêvaient, en quittant le sol natal, la gloire pour leur nom et le cbamn de bataille pour lit mortuaire. Là s’élève une pyramide en pierre où leurs noms sont gravés. Des croix de bois indiquent la' place que chacun d’eux occupe; un mur entoure ce dernier asile, placé sous la sauvegarde de la religion (*).

Malgré les ravages de l’épidémie et les plus dures privations, l’escadre ac-

(*) Ce petit îlot à base de coraux , de madrépores et de sable apporté par les vents et les marées , s’élève dans le voisinage de Saint-Jean d'Ulloa. On l’aperçoit à une lieue environ à gauche de la forteresse. Sa surface est aride, rocailleuse; on y remarque quelques roseaux jaunis pdV un soleil ardent , de rares nopals et de plus rares aloès, ainsi qu’une mare d'eau saumâtre. Ce banc de sable à cause de sa désolation et de son aspect lugubre, avait paru aux indigènes un lieu propre aux sacrifices humains. Grijalva qui le découvrit y aperçut des traces récentes de eet horrible culte, ce qui l'engagea à lui donner le nom qu'il porte encore aujourd’hui.

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complissait sa mission arec un zèle soutenu. De son côté, le gouvernement mexicain mettait tout' en œuvre pour intéresser l’orgueil national ; un violent manifeste Ju président appelait tous les citoyens a défendre la dignité et l’honneur du pays. Il se plaignait amèrement des exigences de la France au sujet de l’indemnité, des destitutions de fonctionnaires et des autres concessions demandées;' il s’adressait au patriotisme des masses pour repousser un ennemi puissant, et ne dissimulait point les périls de la situation.

Ce manifeste, c’était la guerre. Le congrès se réunit, et ,1e ministre des finances, en rappelant devant cette assemblée les efforts de M. Canning pour assurer l’indépendance du Mexique, exprima le regret de ne pas voir l'alliance de la Grande-Bretagne et de la république se resserrer en présence des événements actuels. C’était uniquement de ce côté que le Mexique attendait protection; et comme son intérêt était d'accord avec celui du commerce britannique, l’intervention anglaise devenait dès lors chose probable.

Cependant le temps fixé par V ultimatum s’étant écoulé sans que satisfaction eût été donnée à la France, tous les ports de la république furent déclarés en état de blocus. Les exaltés du congrès, dans un premier moment d’effervescence , proposèrent l’expulsion de tous les Français, mesure qui ne fut point repoussée, mais seulement ajournée; aussi ceux qu’elle concernait, redoutant les exces de la populace et la faiblesse du gouvernement, s’empressèrent-ils d’adresser aux consuls de France l’inventaire de leurs propriétés s’élevant à onze millions de dollars. Tout prit au Mexique, un aspect guerrier : on fortifia les points vulnérables de la côte, on réunit quelques troupes dans les environs de la VeraCrux, et l’on jeta une garnison de cinq cents hommes dans le fort de Saint-Jean d’Ulloa , défendu par une nombreuse artillerie. Ces grands préparatifs se faisaient contre une esca-

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