INVASION DU GUATEMALA PAU LIS ESPA- GNOLS
Nous sommes amenés par une transition naturelle au récit de la conquête du Guatemala. Les circonstances de cetévénementsontgénéralement moins connues que celles de l’invasion du Mexique proprement dit : c’est pourquoi nous consacrerons quelques développements à ce fait historique.
A I époque où Fernand Cortez chargea un détachement de son armée, sous les ordres de Pedro Alvarado, d’aller conquérir le royaume de Guatemala , KicabTanub, roi des Quiches, était en guerre avec les Zutugiles et les Mams. La nouvelle de l’approche des Espagnols le surprit au milieu de ses opérations militaires , et excita vivement son attention. Son premier soin fut de faire un appel à ses voisins et de provoquer une coalition générale contre L’ennemi qui s’avançait; mais ses propositions furent rejetées. Sinacam, roi de Guatemala, se vengea des mauvais procédés de Kicab Tanub en se déclarant ouvertement l’ami et l’allié des feules ou dieux (c’est ainsi que ces peuples appelaient les Espagnols ).
Le roi des Zutugiles répondit Aère»
ment qu'il se sentait assez fort pour défendre son territoire contre un ennemi encore plus redoutable que celui qui menaçait le royaume. Kicab Tanuh se rit donc réduit à ses seules ressources; mais pendant qu'il s’occupait de ses préparatifs de défense, il tomba malade et mourut. Son (il» aîné Tecum Umam, à peine assis sur le trône, dut songer à marcher contre le lieutenant de Cortez. Il apprit que le tonati, ou capitaine espagnol, et ses teules, avaient quitté Soconusco pour aller assiéger Xelahuh ou Quezaltenango. Cette place était la plus importante et la mieux fortifiée de tout l’empire d'Utatlan; elle contenait une garnison de quatre-vingt mille hommes ; néanmoins la renommée des Espagnols était telle, que Tecum Umam commença à concevoir de sérieuses inquiétudes. Il sortit de sa capitale en grande pompe , entouré de tous les notables du royaume et à la tête d’une armée de soixante-dix mille hommes, commandés par son meilleur général, Ahzol. A Cnemequena, ou Totonicapan , le cortège royal fut grossi par J’adjonction de quatre-vingt-dix mille guerriers levés dans les villes et les villages environnants. De nouveaux contingents qui l’attendaient à Quezaltenango portèrent l’armée indienne à deux cent trente mille combattants. A cette force imposante, Alvarado n’avait à opposer que quelques centaines de soldats et quelques pièces de canon ; mais la discipline et la supériorité des moyens de destruction étaient du côté des agresseurs et égalisaient les chances. Le champ de bataille choisi par le roi des Quiches fut la plaine de Tzaccaha. Peu rassuré sur les résultats de la lutte , malgré le nombre et le courage éprouvé de ses soldats , Tecum Umam se fortifia autant que possible dans son camp. Il l’entoura d’une muraille volante bordée d’un fossé profond; en avant du fossé il fit planter plusieurs rangs de pieux empoisonnes, pour arrêter ia marche de l’ennemi ; puis il disposa tout pour faire aux Espagnols une réception formidable.
La petitearméed’Alvarado(*), après avoir traversé la province de Soconusco, pénétra dans In chaîne de montagnes appelée Palahunoh; elle s’y engagea hardiment, et prit sans beaucoup ae peine la ville et la forteresse de Xetulul ou Sapolitlan. Elle poursuivit ensuite sa marche, et rencontra, sur les bords de la rivière de Zomala , un corps nombreux d’indiens qui l’attaqua avec impétuosité. La grêle de flèches , de pierres et de lances que les Quiches firent tomber sur les Indiens auxiliaires des Espagnols, jeta d’abord quelque désordre dans leurs rangs; mais la mousqueterie rétablit bientôt le combat et les indigènes ne tardèrent pas à prendre la fuite. Ils se rallièrent cependant, et revinrent par trois fois à ia charge; mais chacune de leurs attaques fut repoussée, et ils finirent par abandonner le champ de bataille.
Ce n’était ià que les préludes de la campagne. Les Indiens n’avaient pas encore éprouvé d’une manière assez efficace ce que peut la discipline uni« au courage, contre des hordes étrangères aux principes de la science militaire.
Les Espagnols s’avançaient vers Xelahuh avec les plus grandes précautions , pour éviter une nouvelle surprise. Comme ils sa disposaient à franchir les montagnes nommées depuis Santa Maria de Jésus, ils virent tout à coup un nombre immense d’indiens qui leur barraient ie passage. Le sommet du plateau était aussi occupé par une multitude d’ennemis. Une nouvelle bataille amena une nouvelle victoire pour les Européens. Depuis, la Zamala jusqu’à la rivière d’OIiutepèque, il fallut repousser six fois les
(*) Celle division se composait de 3oo hommes d’infaolerie , r 3 5 cavaliers, aoo Tlascalans et Choltilans et mo Mexicains alliés : Alvarado avait avec lui 4 pièces de canon. Il devait, d’après les ordres de Cortès, employer avant tout les moyens de douceur et de persuasion , et chercher à se faire des alliés. Fra Barlholomc élait chargé de prêcher l’Évangile et d’umencr les peuples à la soumission en les déclarant libres au nom du Christ.
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masses indiennes. Le dernier de ces engagements eut lieu dans un défilé sur la rivière que nous venons de désigner; il fut tellement meurtrier que les eaux de l’OIintepèque se changèrent en flots de sang; aussi ce torrent reçutil, dès cette époque, le nom significatif de Xiquigel, ou rivière Sanglante.
Dans une nouvelle action , qui eut lieu bientôt après, les Quiches étaient tellement exaspérés, qu’au dire d'un historien digne de foi, quelques-uns d’entre eux saisissaient les chevaux des Espagnols par la queue, et cherchaient à renverser la monture avec le cavalier.
Leur général fut trouvé mort sur le terrain du combat , et des milliers de cadavres en marquèrent la place.
Trois jours se passèrent sans nouvelle agression de la part des Indiens.
Les Espagnols profitèrent de cet intervalle pour entrer dans la ville de Xelahuh, qu’ils trouvèrent déserteu Les habitants avaient pris la fuite, dans la crainte que les hommes blancs ne tirassent vengeance de la résistance qu’on leur opposait. Mais ils revinrent bientôt , et firent alliance avec Alvarndo, gui eut lieu de se louer de leur fidélité.
Cependant le bruit se répandit que les naturels, réunis en masses formidables, se disposaient à faire repentir les Espagnols de leurs premiers succès. Aussitôt le chef de l’expédition sortit de la ville, et alla prendre position dans une vaste plaine. Le premier choc fut terrible; mais dès le début de l'action , la supériorité des troupes réglées fut constatée par l'inutilité des efforts désespérés des Indiens. Au plus fort du carnage, le roi Tecum Umam. se porte en personne à la rencontre d’Alvarado. Un duel acharné s’engage entre les deux chefs.
Le cheval du général espagnol tombe mortellement frappé; Alvarado, désarçonné, s’empare de celui d’un de ses “ officiers , et marche de nouveau contre son adversaire. Le roi l’gtta-; que avec fureur, et les soldats d’Al-.
varado craignent un pioment pour les jours de leur capitaine; mais au mO’ ment où Tecum Umam va terrasser
l’Espagnol, il est lui-méme renversé d'un coup de lance, et il expire en maudissant le Dieu qui a donné la victoire à son ennemi. Furieux de la mort de leur souverain, les Quiches se précipitent tête baissée contre la cavalerie espagnole ; la mêlée devient terrible; les chevaux se heurtent contre des monceaux de cadavres ; mais bientôt le découragement s’empare des indigènes; persuadés qu’ils luttent contre des hommes invulnérables , ils jettent leurs armes et s’enfuient épouvantés.
Cette journée fut décisive. Aussi les Indiens, convaincus que la résistance à force ouverte serait désormais superflue, eurent-ils recours à la ruse .
pour se défaire de leurs ennemis.
Dans un conseil tenu à Utatlan par ordre du roi Cliignauivcelut, successeur de Tecum Umam , il fut résolu qu’on chercherait à attirer les Espagnols dans un piège, et que, ne pouvant les vaincre en bataille rangée, on en viendrait à bout par l’assassinat. En conséquence, le roi envoya à Alvarado une ambassade solennelle, pour lui offrir un riche présent en or, et lui annoncer la soumission du royaume- Les ambassadeurs engagèrent le général à visiter la ville, où, disaient-ils, le roi serait charmé de le recevoir, et où il pourrait se reposer de ses fatigues. Alvarado, qui désirait la paix , et qui vit dans ia démarche du roi une occasion de la rétablir, reçut les envoyés avec distinction et bienveillance ; il leur promit de se.
rendre à Utatlan, et les congédia après leur avoir donné quelques menus objets de fabrique espagnole, fort estimés des Indiens. Le jour suivant , l’armée se dirigea, en effet, vers la capitale, remplie de joie, car elle croyait la guerre terminée. Mais quand les soldats eqrent remarqué les fortifications et tes fosses dont elle était entourée, ie peu de largeur des rues, l’absence de femmes et d’enfants , et l’extrême agitation des habitants, ils commencèrent à soupçonner quelque trahison. Leurs craintes furent bientôt confirmées pat les révélations des In-
diens de Quezaltenango qui les avaient accompagnés; ils avaient découvert que les habitants d’Utatlan avaient le projet de mettre le feu à la ville pendant la nuit et d’exterminer les Espagnols; ils savaient quede nombreux détachements d’ennemis étaient cachés dans les défilés voisins, pour tomber sur les étrangers quand ils chercheraient à fuir l’incendie. Des indices certains convainquirent Alvarado de l’exactitude de ces renseignements. Il convoqua un conseil de guerre, et représenta à ses officiers les dangers de la situation et la nécessité de quitter la ville immédiatement. Quelques instants après, et sans aucune apparence d’agitation ni de crainte, les troupes sortirent en bon ordre et gagnèrent la plaine. On donna pour prétexte à ce brusque départ l’habitude qu’avaient les chevaux de paître en liberté dans la campagne. Le roi , feignant une grande bienveillance et une courtoisie empressée, accompagna l’armée dans la plaine; il ne se doutait pas qu’il courait à sa perte : à peine Alvarado le vit-il à ses côtés qu'il le fit prisonnier, et après un procès sommaire dans lequel sa trahison fut complètement prouvée, on le condamna à être pendu.
Le général s’était flatté que cet exemple terrible frapperait l’imagination des sujets du monarque défunt, et les déciderait à une soumission sincère. Il se trompait ; la mort ignominieuse de leur roi ne fit qu’exalter le ressentiment des Quiches. Ils attaquèrent les Espagnols avec une fureur inouïe, et les assaillirent en même temps de tous côtés. Il fallut employer la mitraille pour balayer ces hordes exaspérées. Le combat ne dura pas longtemps; les Indiens ne pouvant résister à l’artillerie qui les foudroyait , se rendirent à discrétion, et implorèrent la générosité des vainqueurs, qui furent des lors les maîtres de l’empire d’Utatlan.
Cette dernière victoire fut remportée le 14 mai 1524. Une petite chapelle fut construite à la hâte sur le champ de bataille, et le lendemain,
jour de la Pentecôte, la messe y fut célébrée solennellement. Ce fut l’inauguration du culte catholique dans le Guatemala.
Alvarado ne voulant pas priver la race royale de Tanub du privilège de l’hérédité , ou plutôt ne voulant pas heurter les sentiments de la population , plaça sur le trône Sequechul , successeur légitime de Chignauivcelut.
Il séjourna une semaine à Utatlan, et profita de ces quelques jours de repos pour explorer et soumettre le pays environnant. Comme il s’y attendait, d’après les précédents dont nous avons parlé, Sinacam, roi des Kachiquels , lui envoya des ambassadeurs chargés de prêter entre ses mains serment de fidélité, et de lui offrir tous les secours dont il aurait besoin. Le général confia à Juan de Léon Cardona le commandement d’Utatlan, et partit pour Guatemala avec une escorte de deux mille Kachiquels pour éclairer la route. Les Espagnols n’étaient pas sans appréhension sur les intentions de ces nouveaux alliés, mais ils ne tardèrent pas à reconnaître que ces craintes n’étaient pas fondées. Sinacam vint au-devant d’eux dans sa litière richement ornée d’or et de plumes de quetzals; les deux chefs s’avancèrent alors à la tête de leurs troupes vers la capitale, située , suivant l’historien Fuentès, à l’endroit appelé aujourd’hui San -Miguel Tzncualpa, nom qui signifie ville vieille.
Les conquérants reçurent chez le monarque guatémalien l’accueil le plus empressé, et goûtèrent un repos qu’ils avaient acheté par de longues fatigues.
Quelque temps après, Alvarado, cédant aux conseils ae son hôte , entreprit de soumettre la tribu si belliqueuse des Zutugiles. Il se dirigea vers le village d’Atitlan, et trouva l’ennemi prêt à le recevoir. Deux ou trois avantages sanglants sur les Indiens suffirent pour assurer le succès de l’expédition. Alvarado reprit alors le chemin de Guatemala. Arrivé le 24 juillet au lieu nommé Atmulunra , ou Almolonga {eau jaillissante), il s’ar-
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rêta et considéra avec un étonnement mêlé d’admiration la beauté du site qui se déroulait sous ses regards.
L’aspect pittoresque de ce lieu , les riches prairies qui s’étendaient au loin , arrosées par mille ruisseaux d’eau vive, les hautes montagnes qui s’élevaient des deux côtés du paysage, et dont l’une laissait échapper de ses lianes d’innombrables torrents éoumeux, tandis que l’autre était couronnée d’une auréole de flammes et de fumée, tout cela charma si bien les yeux et l'imagination des Espagnols, qu’ils résolurent de s’établir à l’endroit même de leur halte. Aidés par les Mexicains et les Tlascaltèques qui les accompagnaient, ils commencèrent les premières constructions. Le 25 juillet, jour de la fête de saint Jacques, patron de l’Espagne, les troupes assistèrent au service divin dans l'humble église qu’elles avaient élevée à la hâte.^ La fondation de la ville espagnole fut célébrée par des réjouissances qui durèrent trois jours consécutifs. Le 29, les alcades et les régidors furent installés; le 12 août, les fonctionnaires publics et d’autres personnes, au nombre de quatre-vingt-dix-sept, furent enregistrés comme citoyens. C’est ainsi que fut fondée la ville de San Jago de los Caballeros de Guatimala.
L’Espagne était maîtresse de l’Amérique centrale ; quelques centaines d’hommes, aidés par de confiants auxiliaires , la lui avaient donnée.
Installée au cœur du Guatemala , elle allait commencer l’exploitation de ce riche pays , qui promettait de lui payer largement ses frais de conquête."
Dans la seule année 1524, Alvarado avait so.umis les trois principales nations du royaume, les Quiches, les Kachiquels et les Zutugiles. Le pas le plus difficile était fait; il ne s’agissait plus que de s’arrondir aux dépens des voisins , comme un propriétaire avide qui empiète frauduleusement sur le domaine limitrophe.
L’année suivante ne fut pas moins fructueuse; les indigènes eux-mêmes
s’empressèrent de favoriser l’insatiable ambition des conquérants : au moment où Alvarado rêvait de nouveaux succès et de nouvelles richesses , plusieurs caciques de la nation des Pipils vinrent faire leur soumission entre ses mains. Ils l’engagèrent en même temps à punir quelques tribus de leur nation, notamment les Indiens d’Escuiutla, de leurs intentions malveillantes. Les Espagnols ne pouvaient pas être servis plus à souhait; l’étrange aveuglement des naturels allait au-devant de leurs désirs. Une expédition fut aussitôt organisée; elle se composait d’une poignée de soldats européens et d’un corps nombreux d’auxiliaires kachiquels. Cette participation des Indiens à toutes les entreprises qui avaient pour but de subjuguer leurs compatriotes doit être remarquée. N’est-ce pas un spectacle aussi singulier qu’affligeant de voir les populations du nouveau monde aider les Européens à conquérir leur propre pays , et verser leur sang au profit de quelques aventuriers qui ne devaient leur offrir, en compensation de leurs sacrifices, que la servitude et la misère? On voit que les Espagnols ont joint l'ingratitude à la cruauté et à l’avarice. C’est un trait caractéristique du tableau que nous esquissons.
La province d’Escuintla s’étend sur l’océan Pacifique dans une longueur de trente-deux myriamètres sur douze environ de largeur. La proie était digne d’être convoitée. Alvarado surprit les habitants pendant la nuit et dans leur propre village. Néanmoins ils soutinrent un combat de cinq heures qui força les troupes espagnoles à se retirer* Le général eut alors la barbarie de mettre le feu à la bourgade et de menacer les Indiens de la tribu de ravager leurs plantations de cacao et de maïs, s’ils ne se rendaient pas à discrétion. Intimidés par ces menaces, les malheureux habitants d’Escuintla accoururent se prosterner aux pieds des agresseurs, qui prirent possession de leurs demeures à moitié détruites. Pendant les huit jours qui suivirent ce facile triomphe , les populations des vil-
lages voisins firent leur soumission, et grossirent , par leurs présents , le trésor d'Alvarado.
Les Espagnols se remirent en campagne, et, après quelques escarmouches, qui coûtèrent la vie à un certain nombre de leurs auxiliaires, ils s’emparèrent d’Atiquipaque et de Taxisco.
Guazacapan tomba aussi en leur pouvoir, mais les Indiens de cette localité ne se soumirent complètement que dans le courant de l’année suivante. A propos de cette tribu, Juarros nous fait connaître un usage qui paraît lui avoir été particulier et qu'il est bon de consigner ici : les guerriers combattaient avec des sonnettes attachées à leur poignets. On ne peut expliquer cette singulière coutume qu’en supposant que le bruit des sonnettes excitait l’ardeur des combattants ; encore cette explication n’est-elle pas complé-. tement satisfaisante. La prise de Pazaco offrit des difficultés plus sérieuses. L’ennemi, entre autres obstacles destinés à arrêter la marche des assaillants, avait couvert la route de chaussetrapes armées de pointes empoisonnées. Tous les hommes blessés par ces pointes moururent dans des tourments affreux. Arrivés dans le voisinage de la ville, les Espagnols trouvèrent les Indiens prêts à défendre vigoureusement leurs foyers menacés.
Il fallut leur livrer bataille et avoir recours à toutes les ressources de la tactique pour triompher de leur hé- , roïque résistance. Les habitants de Texutla, ville située à 16 kilomètres de Guazacapan, effrayés par le sort de Pazaco , qui avait été saccagée, implorèrent la bienveillance d'Alvgrado, et lui jurèrent obéissance.
A la lia de décembre la campagne était entièrement terminée; le général retourna, couvert de gloire et chargé d’or, à la capitale des Kachiquels. Dans cette expédition, aussi surprenante pgr lu rapidité des opérations que par la facilité avec laquelle Àlvarado vainquit des populations formidables, la petite armée avait parcouru un espace de plus de cent soixante myriamètres , et subjugué les importantes provinces de
Zonzonate, de Cuscallan (aujourd'hui San Salvador), et de Chaparrastique ou Saint-Michel. Désormais la majeure partie du littoral du grand Océan reconnaissait l’autorité de la couronne d’Espagne. C’était un magnifique ré-:
sultat et Alvarado avait bien mérité de ses patrons.
Pendant que le général était au plus fort de sa guerre contre les Pipils, son frère Gonzalo battait les Indiens Mams dans plusieurs rencontres, s’emparait, après un siège meurtrier, de l’importante forteresse de Soc.oleo, prenait possession de Güégüeténango , et portait ses armes victorieuses dans toute la province de Totonicapan. Antonio de Salnzar , officier plein de bravoure, et d’habileté, anéantissait et dispersait une coalition menaçante, formée dans, la vallée de Saoatépéques , voisine de.
Guatemala.
Malgré la négligence des historiens, qui ont oublié de déterminer la date de la prise de Mixco, nous croyons que cette victoire des Espagnols eut lieu durant l’année dont nous venons de rappeler les événements les plus mémorables. Cet épisode de la guerre de 1525 mérite d’être raconté avec, quel-, ques détails.
La forteresse de Mixco occupait le sommet d’un rocher extrêmement élevé et dont les flancs abrupts rendaient l’escalade impossible. Oui n'.v parvenait que par un sentie? rapide et tellement étroit, qu’un seul uofouie; pouvait}' passer. Un faibledétacbement placé sur les remparts suffisait pour défendre ce poste militaire contre, foute une armée, rien qu’en jetant des quartiers de rochers sur les assaillants.
Aussi Mixco passait il dans tout Iq pays pour imprenable.
Ce fut là précisément le motif oui détermina les Espagnols à se rendre maîtres de cette place; ils jugèrent qu’il ne fallait pas habituer les indigènes a, l’idée qu’ils étaient en sûreté dans ces retraites fortifiées, et ils voulurent leur prouver, dès les prymieçs tençp^j qu'aucun obstacle n’arrêtajt lq yglç^ir des. hommes blançs.
ÛS corps de trouves eurçijpèennç*
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et d’indiens alliés fut dirigé sur la forteresse avec ordre de la réduire. A la vue de ce nid d'aigle, suspendu sur un rocher isolé, l’armée fut frappée de surprise et saisie de découragement.
Quand elle eut reconnu qu’il n’existait d’autre communication avec la place que le sentier dont il a déjà été question , et qu’elle eut éprouvé les effets meurtriers des pierres roulées du sommet de la montagne par les Indiens, elle songea à abandonner la partie et à porter la guerre dans les environs.
Mais l’arrivée de Pedro Aivarado au camp espagnol changea la face des choses. Un conseil de guerre, présidé par l’intrépide général , décida que le siège serait vigoureusement poussé, et tout fut disposé pour une attaque. On essaya d’abord u’un stratagème : on simula une escalade sur un point du rocher dans l’espoir d’attirer de ce coté toutes les forces de l’ennemi et de lui faire abandonner la garde du sentier. Mais les Indiens, accoutumés à ces sortes de ruses , surent éviter le piège, et firent bonne contenance partout où se montrèrent les assaillants.
Accablés par l’avalanche des rochers et par la grêle de flèches empoisonnées que les assiégés faisaient tombe* sur eux, les Espagnols, après les pertes les plus sensibles, furent contraints de battre en retraite.
La position était devenue singulièrement critique: lever le siège, c’était s’avouer vaincu, c’était détruire le prestige qui avait jusqu’ici protégé toutes les entreprises des Européens, et encourager les naturels à une levée de bou-; cliers qui pouvait être fort dangereuse; d’un autre côté, continuer à s’escré, mer contre ce roc escarpé, c'était, s’ex-r poser à une défaite encore plus honteuse et à des pertes qu’il serait impossible de' réparer. Pour comble d’embarras, les Indiens Cbignautccos, alliés des Mixquenos , attaquèrent à l’improviste la petite armée combinée.
Il s’ensuivit une bataille dans laquelle les Espagnols durent faire des prodiges de courage pour échapper à, une entière destruction. Le moment était donc venu de prendre un parti' décisif.
Aivarado n’hésita pas ; il ordonna la continuation du siège.
Par un bonheur inespéré, trois jours après la bataille dont nous venons de parler, les caciques dé Chignaufa vinrent demander la paix au général espagnol, et l’informèrent qu’il existait un passage souterrain conduisant de la citadelle au bord d’une rivière voisine, et par lequel les Mixqurnos pouvaient s’échapper, si l’on parvenait à entrer dans la place. Cet avis n’était pas sans importance ; on verra que les Espagnols surent en profiter.
Une attaque générale fut résolue; mais comme le sentier en question était le seul chemin praticable pour arriver au sommet du rocher, il fallut trouver un moyen de. suivre cette unique voie de communication. Après mûres réflexions , voici celui auquel on s’arrêta : un homme couvert d'un bouclier, devait s’avancer en tête de la colonne et protéger un arbalétrier auprès duquel sè tiendrait un soldat qui ferait feu de son mousquet sur les assiégés; après ce premier groupe, en viendrait un second, et ainsi de suite , jusqu’à ce que toute la troupe des assaillants eût gravi l’éminence qui conduisait à la furteres.se.
Bernardino de Arteaga, homme d'une insigne valeur et d'un sang-froid q toute épreuve , sollicita l'honneur dé conduire la colonne dans le redoutable sentier. L’armée se mit en marche sous sa direction. A peine était-elle engagée dans l'étroit chemin, que la garnison fit pleuvoir sur elle une nuée de pierres et de traits empoisonnés; tuais, grâce aux boucliers qui protégeaient les arbalétriers et les fusiliers, ceux-ci pouvaient, sans péril, faire un feu meurtrier sur les Indiens. Les Espagnols avaient déjà parcouru de cçtte façon une distance considérable,, lorsque, à un endroit où le sentier s'élargissait un peu , un énorme filoc de rocher lancé du haut de la citadelle^ renversa Arteaga et lui brisa la jambe. H fut immédiatement remplacé par Diégo Lopez Villanueva, et la colonne, dont eet inçident avait redouble l’ardeur, reprit son ascension, la. lin.
parvenus à une espèce de plate-forme où ils pouvaient se réunir en peloton , et faire usage de la tactique ordinaire, les assiégeants attaquèrent si vigoureusement l'ennemi . que le désordre commença à se mettre dans ses rangs.
Quelques minutes après, les Espagnols étaient sur le plateau supérieur ; mais là les attendait un nouveau danger : ils furent tout à coup entourés par un corps d’indiens tenu jusque-là en réserve. Il fallait recommencer la lutte; elle fut sanglante, mais de courte durée. Les enseignes espagnoles flottèrent enfin sur la citadelle de Mixco.
Les vaincus se précipitèrent en foule, avec leurs femmes et leurs enfants, dans le souterrain dont leurs anciens alliés avaient indiqué les issues au général espagnol. Parvenue au bout du passage, la troupe fugitive fut surprise et faite prisonnière par un détachement aposté tout exprès.
Le premier soin des vainqueurs fut de détruire la citadelle, afin d'ôter aux Indiens la possibilité de s'y retrancher de nouveau. La petite armée regagna ensuite son quartier général , répandant partout, sur son passage, la nouvelle de son dernier exploit.
•• Tout le pays était soumis dans un rayon très-étendu , et dans toutes les directions autour de Guatemala. Pedro Alvarado crut avoir assez fait pour son pays, et résolut de retourner en Espagne, pour raconter lui-méme à l’empereur Cliarles-Quint ses rapides conquêtes. Mais comme il se disposait à partir, on lui annonça que Fernand Cortès venait d’arriver dans la province de Honduras. C’était pour lui un devoir d'aller présenter à son supérieur la nouvelle assurance de son respect et de son dévouement. Il partit dans le courant de février 1526, espérant revoir dans quelques jours le conquérant du Mexique. A son arrivée à Choluteca, il rencontra un détachement de troupes espagnoles venant de Honduras, et il apprit que Cortès était retourné à Mexico. Il ne pouvait le suivre aussi loin ; il reprit en conséquence le chemin de Guatemala.
Pendant son absence, le royaume.
qu’il avait laissé dans une tranquillité parfaite , avait été le théâtre des plus graves événements. Ce pays, qu’il venait de traverser si paisiblement, et dont les habitants lui avaient rendu les honneurs dus à son titre de capitaine général, il le retrouvait en proie à une agitation fiévreuse et animé des sentiments les plus hostiles contre tout ce qui portait le nom d’Espagnol.
Son étonnement fut extrême; il ne lui fut pas difficile de voir qu’il s’agissait d’une insurrection générale; ma:s comment ces populations, naguère si résignées, avaient-elles été poussées à la révolte? C’est ce qu’il lui était impossible de deviner.
Voici, en résumé, ce qui s’était passé pendant le court intervalle écoulé depuis son départ de Guatemala :
Avant de quitter la capitale des Kachiquels, Alvarado avait confié le gouvernement du royaume à son Irère Gonzalo. Celui-ci, homme cruel et d’une avarice insatiable, voulut profiter de l’absence de Pedro pour s’enrichir aux dépens des habitants. Parmi les impôts dont il les accabla, il en est un qui mérite d’être particulièrement cité : il réunit deux cents enfants, de dix à douze ans, et ordonna à chacun d’eux de lui apporter, tous les jours , 90 grains d’or. Les enfants se rendaient bien au lieu indiqué pour leur collecte quotidienne, mais ils revenaient souvent avec une provision incomplète du précieux métal; alors Gonzalo obligeait les parents des délinquants , sous peine du dernier supplice, à parfaire ce qui manquait. Ce despotisme cupide et d’autres exactions non moins barbares produisirent un vif mécontentement parmi toutes les classes de la nation. On menaça le lieutenant gouverneur de signaler ses extorsions à son frère Pedro; mais voyant que cette menace ne faisait aucune impression sur Gonzalo , on recourut au roi Sinacam , à qui l'on lit un tableau lamentable de la position du peuplé. Le monarque dépossédé , qui commençait à ouvrir les yeux sur les desseins des Espagnols, accueillit avec empressement les doléances de
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ses anciens sujets. L'occasion lui sembla propice pour secouer le joug qu’il s’était si complaisamment impose. Son premier soin fut de délivrer Sequechul, roi de Quiché, prisonnier à Guatemala depuis l’année 1524. Tous deux s’occupèrent activement d’organiser une coalition contre les étrangers; les caciques de Pctapa, de Pinuïa et un grand nombre d’autres répondirent à leur appel ; bientôt une armée considérable d’insurgés se trouva réunie sous les bannières des deux anciens maîtres du royaume ; la lutte était engagée, tout était de nouveau mis en question pour l’Espagne.
C’est dans cet état d’agitation que le capitaine général trouva le pays à son retour de son voyage à Honduras.
Conservant toute sa présence d’esprit au milieu des périls qui l'entouraient , il marcha droit à l’insurrection avec la poignée de soldats qui lui servait d’escorte. Ses lieutenants n’avaient pas attendu ses ordres pour se mettre en mesure de faire face aux terribles nécessités de la situation; ils avaient divisé en plusieurs détachemonts le peu de troupes placées sous leur commandement , et ils étaient allés au-devant de l’ennemi. Malgré les succès qu’ils avaient obtenus dans les premiers engagements, ils n’en étaient pas moins bloqués par les hordes insurgées. La subite apparition d’Alvarado leur rendit la confiance qui semblait les avoir abandonnés. Sommés par le capitaine général de rentrer dans l’obéissance, Sequechul etSinaeam répondirent qu’ils étaient décidés à périr plutôt que de reprendre les chaînes de la servitude.
On se battit avec fureur et à plusieurs reprises. Les Indiens ne s’étaient jamais montrés aussi hardis dans l’attaque ni aussi opiniâtres dans la résistance ; mais la tactique et la discipline, jointes h l’immense avantage que les armes à feu assuraient aux Espagnols, l’emportèrent encore une fois sur la bravoure inexpérimentée des indigènes. Le 22 novembre 1626, une bataille générale décida du sort des rebelles ; la victoire des Espagnols fut complète, et les deux rois indiens restèrent
prisonniers entre leurs mains. Les malheureux princes expièrent par quinze ans d’une dure captivité le crime impardonnable d’avoir voulu reconquérir leur indépendance.
Le danger auquel les Espagnols avaient échappé fut le dernier de cette nature; leurautorité, désormais mieux consolidée, n’eut plus à essuyer aucun échec sérieux de la part des indigènes.
Pendant plus de deux ans, les nouveaux maîtres de l’Amérique centrale s’occupèrent de l’organisation des provinces qui leur étaient soumises, et ne cherchèrent pas à augmenter leurs domaines. Les Indiens semblaient se façonner au joug de leurs vainqueurs et" n’entravaient pas' leurs mesures d’administration. Cette situation faillit être funeste aux Espagnols par sa tranquillité même : l’ambition des lieutenants d’Alvarado , excitée par la richesse du pays, avait eu le temps de combiner et de mûrir des plans audacieux ; peu à peu l’anarchie leva la tête, et un commencement de guerre civile sembla promettre aux indigènes une vengeance qu’ils étaient loin d’espérer. Ce qui favorisait la cupidité des gouverneurs, c’était la mauvaise délimitation des frontières des différentes provinces. Quand il existait dans le voisinage un district produisant de l’or, c’était à qui l’enclaverait dans son territoire. De là des contestations qui allaient quelquefois jusqu’à l’effusion du sang. C’est ainsi que les gouverneurs de Honduras et de Nicaragua se disputèrent avec acharnement la vallée d’OIanché, dont les mines étaient célèbres dans tout le royaume. Vers la fin de l’année 1529, un fait d’une plus haute gravité prouva au capitaine général la nécessité de couper court à des abus qui pouvaient compromettre sérieusement l’autorité de l’empereur:
Pedrarias Davila, gouverneur de Nicaragua, désirait depuis longtemps adjoindre la province de San Salvador à celle dont l’administration lui avait été confiée. Pour exécuter son projet, il ordonna à Martin Esteté. d’envahir , à la tête de deux cents hommes, le territoire en litige. Le capitaine fran-
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chit , en effet , la frontière ,, et ayant rencontré le gouverneur de San Salvador, il le fit prisounier. Il marcha ensuite hardiment vers le chef lieu, et y pénétra sans coup féfir. Chassé de la ville par les habitants indignés, il se retira à quelque distance, commença la fondation d’une capitale, et mit au pillage toute la contrée environnante.
Bientôt cependant le gouvernement central de Guatemala apprit ce qui se passait à San Salvador ; il chargea un corps de troupes, commandé par des officiers dévoués, d’aller châtier les insurgés. Mais F.steté n’attendit pas l’ennemi; il prit la fuite et abandonna lâchement ses soldats, qui obtinrent heureusement une capitulation honorable. Ce dénoilment intimida les autres gouverneurs , et ajourna pour quelque temps leurs projets d’usurpation.
La même année fut marquée par un événement également fâcheux pour les Espagnols, ^t dont une éclatante victoire ne put réparer les funestes effets. Une expédition tentée contre la belliqueuse tribu d'Uspantan échoua par la faute du gouverneur de Guatemala, qui, au milieu des opérations d’un siégé difficile, rappela auprès de lui le chef de l’entreprise. Cet échec jeta un désastreux discrédit sur les armes des Espagnols, jusqu’alors toujours victorieuses. On renouvela la tentative, afin d’avoir raison des Indiens ; on y réussit, mais le mal était fait , et les indigènes de quelques autres localités, enhardis par la défaite des feules , qu'ils avaient crus invincibles, prirent les armes contre eux.
Parmi les insurgés , les Indiens de Chiquimula de la Sierra furent les plus difficiles à réduire. Cependant on prit possession de leur ville principale (avril 1530 ), et, dès ce moment, la tranquillité régna dans ce district. Il ne s'agissait plus que de punir l’instigateur de cette rébellion. On savait qu’elle avait été conseillée par le cacique de Copan, nommé Copan Calel, et l’on marcha contre lui.
Riche et vaste cité , renommée de toute antiquité dans le royaume, à
cause de son opulence, de son admirable position militaire, des curiosités historiques et des somptueux édifices qu’elle renfermait. Copan devait tenter singulièrement les Espagnols ; aussi croyons-nous devoir attribuer leur résolution plutôt au désir de faire une magnifique capture, que de se venger du cacique qui avait soufllé le feu de la révolte. Ils trouvèrent la place défendue par trente mille hommes et approvisionnée pour plusieurs mois. Notre intention ne saurait être d'entrer dans les fastidieux détails d’un siège; nous nous bornerons à dire que les premières attaques des assaillants furent repoussées avec succès par les Indiens, inébranlables sous les balles de leurs adversaires. Après plusieurs assauts infructueux, les Espagnols, découragés, étaient sur le point d’abandonner la partie, quand Chavès, leur commandant, résolut de tenter un dernier effort. L’action fut des plus sanglantes; longtemps la victoire resta indécise; mais un intrépide soldat nommé Juan Vasquez de Osuna fit pencher la balance du côté des siens : enfonçant ses éperons dans les flancs de son cheval , il franchit le fossé qui entourait la ville, et l’animal, emporté, par son élan, renversa la palissade, puis, effrayé par le tumulte qu’il entendit autour de lui , il s’élança tête baissée dans les rangs des Indiens stupéfaits. Cet audacieux exemple fut suivi par quelques autres cavaliers qui pénétrèrent egalement dans les fortifications. La vue des chevaux qui s’avançaient droit sur eux terrifia les défenseurs de la place à tel point, qu’ils s’enfuirent en poussant des cris d’effroi. Après un dernier acte de courage et de désespoir tenté par le cacique. Copan ouvrit ses portes à la petite troupe de Chavès.
Ce succès, comme tous ceux qui avaient consolidé l’établissement des Espagnols dans l'Amérique centrale, fut obtenu avec une poignée de soldats et quelques centaines d’auxiliaires indigènes. C’est une chose vraiment merveilleuse que la facilité avec
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làquèîlé IfeS compagnons d'ÂlVarado firent la conquête des provinces les pins populeuses. Quelquefois trente dii quarante hommes , sous là conduite d’un officier subalterne, entraient en campagne contre des huilier)! d’indiens , et triomphaient de teur résistance en moins de huit jours. C’était beaucoup quand les Espagnols mettaient en ligne de bataille cent hommes, tant fantassins que cavaliers. L’usage des armes à feu et , l'emploi des chevaux expliquent ces Singuliers avantages. Sans doute le champ de bataille était quelquefois vivement et longtemps disputé; mais l’indécision de la victoire tenait seulement au ndmbré presque imperceptible des agresseurs. Nous ne doutons pas que si Alvarado cdt eu à sa disposition mille soldats de plus, il ft’efit accompli la conquête de toute cétte partie de l’Amérique en une seule année. C’est là un fait important à constater, pour montrer avec quelle complaisance le nouveau monde S’fest livré à l’Europe; on n’en sera qufe moins disposé ensuite à excuser fts crimes de celle-ci envers les peuples conquis.
Depuis le 18 décembre 1527, Pedrô Alvarado n’était plus soumis à l’autontc de Fernand Cortès. Des lettres patentes de l’Cmpereur Charles-Quinl lui avaient accordé le titre de capitaine général , par lequel nous l’avons déjà désigné plusieurs fois. Ce titre, ni impliquait une véritable indépennuee à l’égard du vice-roi dü Mexique, était la légitime récompense des efforts et des succès presque fabuleux de ce conquérant. Les historiens ne nous disent rien sur les actes de son administration relatifs aux indigènes; niais il est plus que probable qu’ils portèrent le cachfetae la cupidité étdfi despotisme , passions dominantes à cette époque parmi les Européens établis dans le nouveau monde. Les traitements infligés aux Américains pour satisfaire la soif des richesses qui dévorait leurs vainqueurs’, n’ont pas besoin d’historieus ; ils se devinent aisément.
En 1537, nous voyons la religion venir en aide à la politique, et entreprendre aussi des conquêtes , nonsèulement au profit du catholicisme, triais encore au profit du roi des Castilles. Les vues des missionnaires se portèrent d’abord sur la province de Tuzulullan, qui devint plus tard celle de Vera Paz. Cette province , située sur la baie de Honduras, entre le lac de Peten au nord, et le golfe de Dulee au midi , avait repoussé trois invasions des Espagnols, et mérité qu’on la désignât sous le nom de Tiérra de guerra (la terre de la guerre). Ce que n’avait pu faire la force des armes fut accompli par la parole. Quelques missionnaires dominicains, sous la conduite de l’intrépide Las Casas , pénétrèrent hardiment dans la province si redoutée, et réussirent à convertir les caciques et la majeure partie des habitants. Le changement du culte fut pour ces peuplades , autrefois si farouches, le signal de leur asservissement. Leur territoire accrut le domaine de la couronne d’Espagne. C’est par les mêmes moyens ue furent soumises les provinces ’Alcala (1552), de la Manché (1606); de Tologalpa (1604 - 1679) , de Taguzgàlpa (1619 et suivantes), d’une partie de la province de Costa-Rica (1660 et suivantes), et d’autres districts qui avaient opiniâtrement résisté aux soldats espagnols. Ces triomhes pacifiques furent obtenus au prix e bien des efforts et de bien des dangers. Mais le zèle des missionnaires ne connaissait pas d’obstacles.
Plusieurs de ces hommes dévoues payèrent de leur vie leur empressement à prêcher une religion nouvelle à des peuples idolâtres. Le martyrologe des missionnaires chrétiens' en Amérique est peut-être la page la plus respectable et la plus touchante de l’histoire du genre humain.
. L’année 1541 fut marquée par un événement qui devait faire époque dans les fastes de l’Amérique centrale : nous voulons parler de la mort du conquérant de cette vaste et riche contrée, de Pedro Alvarado. Après
lui, un décret impérial, daté du 20 novembre 1542, établit une audience ou tribunal suprême, dont Alonzo de Maldonado fut nommé président. Le siège de cette cour fut fixé à Valladolid de Comayagua; mais, sur les justes observations des habitants européens, on le transféra dans la ville de Gracias-a-Dios, qui était beaucoup plus centrale. Plus tard, en 1555, Yauaicncia fut transportée à Guatemala, puis à Panama , pour être bientôt rendue à la capitale du royaume. Philippe II étendit ses attributions, et en fit une cour prétoriale indépendante du viceroi du Mexique. La juridiction de la chancellerie royale de Guatemala s’étendait, du côte de l’océan Atlantique, depuis la côte de Belize, dans le haut de la baie de Honduras, jusqu'à la petite île déserte nommée Escudo de Veraguas , sur la côte de Veraguas; du côté de l’océan Parifique, depuis la barre du Paredon, dans la province de Soconusco, jusqu’à l’embouchure de la Boruca, dans celle de Costa-Rica.
Le territoire compris entre ces limites offrait une longueur d’environ 900 milles anglais; sa largeur, d’une mer à l’autre, variait de 180 à 500 milles.
Sa surface était de 200,500 milles carrés. Ces évaluations, que nous avons lieu de croire exactes, peuvent donner une idée de l’étendue de cet ancien domaine de l’Espagne.
L’esprit d’independance, que la sévérité d’Alvarado avait comprimé, se réveilla parmi les gouverneurs espagnols du pays, vers la moitié du seizième siècle.’ La province de Nicaragua, conquise et colonisée, en 1523, par PedrariasDavila, était gouvernée, depuis l’année 1534, par Kodrigo de Contreras, qui ne le cédait pas à ses collègues des antres districts pour l’avarice et la cruauté. Ce gouverneur eut quelues démêlés avec la justice, et profita e l’occasion pour tenter la réalisation de ses desseins ambitieux. Ses fils furent ses dociles instruments; l’un d’eux, Hernando, marcha sur Panama et s’en rendit maître; son frère et lui devaient , en cas de réussite , se partager le Pérou et l'Amérique centrale.
C’était une conspiration en règle, et des succès inespérés dans les premiers temps avaient accru l’audace et l’orgueil des rebelles. Ils finirent par succomber devant les troupes royales envoyées contre eux. Une prompte fuite leur épargna la honte du châtiment dû à leur crime. Tout rentra dans l'ordre à Panama et à Nicaragua ; mais cette sédition eut un long et funeste retentissement dans ces deux provinces.
On s’étonne que l’autorité des Espagnols n’ait pas été plus souvent menacée par l’insurrection, et surtout que les Indiens n’aient pas cherché sérieusement à se délivrer de ce joug intolérable. Le spectacle des misères de l'Amérique , à l'époque qui nous occupe ici, montre à quel point les hommes peuvent pousser la patience et l’oubli des injures, quand iis sont dominés par un respect absurde pour leurs tyrans. Il est vrai que les conquérants avaient usé du meilleur moyen pour réduire leurs sujets à l'impuissance; ç’avait été d’abord de leur interdire, sous des peines sévères, le port d’armes quelconques, de les déshabituer ainsi de la guerre; ensuite de leur inculquer de fausses idées de résignation, en leur expliquant, à leur manière, les préceptes d’humilité contenus dans l’Évangile; enfin de les abrutir par l’excès des boissons alcooliques.
Ix résultat de cette propagande et du désarmement général répondit merveilleusement a l’attente des vainqueurs : « A présent , dit le missionnaire anglais Thomas Gage, qui résida 12 ans dans le Guatemala, de 1625 à 1637, à présent les Indiens sont devenus sans cœur, en sorte qu’ils tressaillent de peur lorsqu’ils entendent tirer un mousquet; ce qui vient de ce qu’ils sont désarmés et opprimés par les Espagnols. » Nous trouvons dans le naïf récit du même voyageur un tableau poignant des souffrances des indigènes sous la domination espagnole, ‘tableau qui vient à l’appui de ce que nous avons dit plus haut. Nous conservons dans lq citation qu’on va lire le vieux français du traducteur de Thomas Gage; le style du dix-septième
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siècle a une énergie mêlée à une simplicité qui rend la pensée ou l’image dans toute sa vérité et dans toute sa force.
«En cette manière, dit le pieux missionnaire , l’on vend les Indiens, chaque semaine, comme des esclaves , pour deux sous six deniers chacun , sans qu’on leur permette le soir d’aller voir leurs femmes, quoique leur ouvrage ne soit pas a mille pas du village où ils demeurent ; mais il y en a d’autres qu'on mène à trois ou quatre lieues au delà, et n’oseraient s’en retourner que le samedi au soir, après avoir exécuté tout ce qu’il aura plu à leur maître de leur coinman-
tiér I! n’y a pas de bon chrétien
qui ne fût touché de douleur de voir comme ces pauvres misérables sont mal traitez par certains espagnols , pendant la semaine qu’ils sont a leur service. Il y en a qui vont abuser de leurs femmes, lorsque leurs pauvres maris sont occupez à labourer la terre; d’autres qui leur donnent le fouet, parce qu’ils leur semblent trop paresseux à travailler, ou qui leur donnent des coups d’épée, ou leur cassent la tête pour s’être voulu excuser contre leurs reproches, ou leurdérobent leurs outils, ou les privent d’une partie ou du total de leurs gages. J’en connaissais quelques-uns qui avaient accoutumé lorsqu’ils avaient semé leur froment, et qu’ils n’avaient presque plus affaire des Indiens, de retenir chez eux tous reux qui leur avaient été donnés pour leurstermes,et sachant bien l’affection que ces pauvres gens avaient de retourner en leurs familles, après leur avoir fait couper du bois, le lundi et le mardi , leur demandaient , le mercredi, ce qu’ils leur voulaient donner pour les laisser aller, et ainsi en exigeaient des uns une réale, et des autres deux ou trois, de sorte qu’ils se fesaient non-seulement fournir de bois pour leurs maisons, mais ils en tiraient aussi assez d’argent pour acheter de la viande et du chocolat pendant quinze jours, vivant de la sorte oisivement aux dépens de ces pauvres Indiens Ils font porter à
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ces pauvres misérables , un jour ou deux, sur le dos, des malles qui pèsent cent livres, en les attachant avec des cordes de chaque côté à la ceinture, et passant sur le front une large courroie de cuir attachée à la malle , qui fait que toute la pesanteur de ce fardeau tombe sur leur front, au-dessus des sourdis , qu’ils ont la plupart du temps tellement marqués, qu’ils sont aisés à distinguer des autres habitants des villages, et parce aussi que cette ceinture de cuir leur mange tout le poil et les rend chauves sur le devant
de la tête J’en ai connu quelques-
uns qui, après être revenus du service des Espagnols, dont ils n’avaient reçu our tout salaire que des coups et dès lessures, venaient se mettre au lit, résolus de mourir plutôt que de mener plus longtemps une vie si pleine de misères, et refusaient tous les aliments que leur femme leur présentait, aimant mieux se laisser mourir de faim, que de mener une vie si malheureuse. »
Nous n’ajouterons rien à cette peinture si naïve et si vraie.
Voilà ce que les Espagnols avaient fait des Américains un siècle seulement après la conquête !
Il paraît qu’ils ne traitaient guère mieux les créoles. Quant à eux-mêmes, ils semblaient se soucier peu de ce qui pouvait donner à leur domination la force et la durée. Ils se livraient avec fureur aux vices les plus honteux. Le libertinage le plus éhonté régnait dans toutes les villes de la capitainerie. La corruption chez les hommes et chez les femmes était à son comble. Le vol était applaudi et honoré; la justice n’était qu’un vain mot , et la vénalité des magistrats mettait aux enchères la culpabilité ou l’innocence des accusés. Au dire du voyageur dont nous avons rapporté le ténioignage , les juges trouvaient le moyen d’augmenter, .dans une proportion considérable, par les présents qu’on leur faisait et par leurs rapines, le traitement qu’ils recevaient du gouvernement. Thomas Gage dit que, durant son séjour à Guatemala il y eut un nombre prodigieux
de vols, de meurtres et autres crimes et délits; que, néanmoins, pas un seul coupable ne fut puni, attendu qu’ils se tiraient tous d’affaire à prix d’or.
Ces quelques mots peuvent donner une juste idée de la société européenne installée en Amérique sur les débris de la civilisation indigène.
Depuis l’époque dont nous avons parlé dans les paragraphes précédents, jusqu’aux temps modernes , nous n’avons à signaler que quelques faits historiques qui , sans être d’une importance majeure, méritent cependant d’étre mentionnés :
La prise de Truxillo, dans la baie de Honduras, par les Hollandais, au commencement du dix-septième siècle; la terreur que ce hardi coup de main répandit parmi les Espagnols, et la joie qu’ils éprouvèrent quand l'ennemi se retirât*), prouvent combien leur puissance en Amérique était précaire et facile à renverser;
La tentative peu fructueuse faite en 1674, et pendant les années suivantes , pour convertir et soumettre les sauvages tribus des Tcholes, des Lacandons et des Mopans;
Une insurrection de trente- deux villages de la province des Tzendales , insurrection réprimée en 1712 , sans grande effusion de sang ;
Enfin, l’invasion des Anglais, en 1780; invasion motivée pan le désir de s’emparer de la communication d’une nier à l’autre , et qui eut de funestes résultats pour la Grande-Bretagne.
Parvenus à ce point de notre résumé historique, les limites que nous nous sommes tracées nous font un devoir d’arriver d’un saut, et sans transition, aux événements qui ont changé la face de l’Amérique, et préparé son indépendance.
(*) Ils firent des processions publiques pour rélébrer cet heureux événement, qu'ils considéraient comme une véritable délivrance.