‹ L'UniversChapitre 8 sur 27 · de gourdes (15,900,000 fr · texte numérisé non relu

de gourdes (15,900,000 fr

Le commerce avec la mère patrie et

avec les États-Unis peut être estimé , pour les importations annuelles , à

10.000. 000 de francs, et à pareille somme pour les exportations. Des bâtiments jaugeant 16,000 tonneaux sont régulièrement employés à ce commerce.

Malgré la variété des produits de

cet établissement , la coupe des bois forme sa principale richesse. Nous trouvons dans les Archives du commerce des détails intéressants sur cette importante exploitation. Nos lecteurs nous sauront gré , sans doute , de les leur faire connaître :

Les bords de la rivière de Balize étant dépouillés d’acajou , la coupe s’en fait principalement sur les autres rivières au nord et au sud. Depuis longtemps la coupe du bois de teinture a été considérée comme beaucoup moins importante que celle de l’acajou. En effet , les maîtres s’en occuent fort peu et la laissent en général

leurs esclaves , qui la font pour leur propre compte. Aussi , la plus grande partie de ce qui en est expédié à l’étranger vient de Bacalar , village mexicain au nord de la colonie. Le campéche qu’on y coupe est de meilleure qualité, nettoyé avec plus de soin, et vaut environ dix pour cent de plus.

Le bois d’acajou est donc le principal article d’exportation du Yucatan anglais.

Ce qu’on appelle les Travaux ( the Works) est un petit hameau composé d’une habitation pour les maîtres et de plusieurs cases pour les nègres , et situé sur les bords d’une rivière. De ce hameau part un chemin ouvert dans la forêt, jusqu’à l’endroit où se fait la coupe du bois qui a le plus de prix. Il devient, par conséquent, de plus en plus long à mesure que les arbres sont abattus. Les ouvriers sont divisés par bandes de 20 à 50 individus, qui travaillent sous la direction d’un commandant, souvent esclave comme eux.

Un des plus habiles , nommé le chercheur ( the hanier ) , s’enfonce dans la forêt pour chercher les acajous. A cet effet, la hache en main, il se fraie un chemin jusqu’à ce qu’il rencontre un terrain un peu élevé ; alors il monte au haut d’un arbre , et a soin de choisir le plus grand , afin que sa vue puisse planer au loin. Comme cette recherche a lieu au mois d’août , époque à laquelle les feuilles des acajous prennent une teinte rouge-jaunâtre, son œil exercé trouve promptement la

no L’UNIVERS.

place où cm arbres sont le plus abon- Arrivé aux Travaux , le bois est tlants. Il redescend, marche de nop- marqué des lettres initiales du proveau dans la forêt , dans des lieux où priétaire et jeté dans 1 eau , où il reste probablement le pied de l'homme n’n- jusqu’au retour de la saison des pluies, vait pas laissé d’empreinte, et découvre, Elles commencent en priai; et en juin avec une sagacité surprenante, l’objet les rivières ont assez d’eau pour perde ses recherches. Il va de suite eu mettre à l’acajou de descendre avec le instruire ses compagnons , qui se ren- courant ; les nègres le suivent dans de dent a l’endroit indiqué, pour y cou- petites chaloupes, afin de debarrasser per les arbres qu’ils jugent convena- les blocs des branches d arbres qui ides. Ordinairement on les scip à huit souvent encombrent le passage. Al emou dix pieds au-dessus du sol; à cet bouchure des rivières est place un areffet , les ouvriers se placent sur une bre qui empêche d’aller outre , et la, estrade qu’ils ont d’abord commencé les nègres séparent les differentes marpar élever. Une fois les arbres abattus, (lues. Us construisent alors des rails sont sciés de nouveau d’après leur deaux de ces bois et les conduisent longueur, en deux, trois, quatre mor- aux chantiers des propriétaires resceaux , pour en faciliter le transport, pectifs.

Dans cette opération on cherche à D’après tout ce que nous venons de égaliser les charges autant que possi- dire de la colonie de Balize , on doit ble , en donnant plus ou moins (je trouver tout naturel que les Amerir longueur aux blocs , suivant qu’ils qains du Guatemala et du Mexique se sont plus ou moins gros. Le plus lourd montrent fort jaloux de cet établissequi ait jamais été envoyé à Balize avait ment formé à la porte de leurs Etats, 17 pieds de long , 57 pouces de large, et qu’ils conçoivent même quelques et 64 pouces d'épaisseur, faisant en- alarmes sur rusage que les Anglais semble une superficie de 5,168 pieds feront un jour de la concession de ce d’un pouce d’épaisseur, et pesant 15 petit territoire. Ils savent l’histoire tonneaux (30,000 livres). des empiétements de la puissance an-

Les blocs sont, en outre, dégarnis glaise dans J’Inde, et ils craignent , de leur écorce et des parties externes, avec raison , que leurs ambitieux voi* et coupés plus ou moins carrément , sins ne fassent dans l’Amérique cenautant pour en diminuer le poids que traie ce qu’ils ont fait en Asie , où la pour aider à les charger plus facile- possession de quelques villes niarir ment sur les chariots destinés au tintes leur a servi de point de départ transport. Après la coupe , en décem- pour la conquête d’une contrée aussi bre. On s’occupe de former un che- vaste qu’opulente, min propre au charriage ; cela constitue à peu près les deux tiers du tra- ai-ercu historique sur le GUATEMALA, vail. En février , la saison des pluies

cesse, et vers avril le sol est assez Avant de raconter la conquête dq ferme pour supporter le poids des Guatemala parles Espagnols, iHipchariots; c’est alors que le transport porte de donner un aperçu ae l’hiscommence. toire de ce royaume dans les temps

La distance de l’endroit où la coupe antérieurs , et de jeter un coup d’œil a lieu jusqu’aux Travaux est rare- sur les populations qui l’habitaient, ment de plus d’une à deux lieues ; Ce tableau est l’indispensable intromais on conçoit aisément qu’on n’a- duction au Guatemala moderne, varice qu’avec lenteur. Chaque eha- En suivant Juarros dans notre rériot est attelé de 12 à 14 bœufs. Le cit, nous puiserons à la source la moins charriage se fait le plus souvent la suspecte ; car cet écrivain a réuni les nuit et aux flambeaux; on évite, de témoigoagesdeshistoriens les plus rescette manière, la chaleur dujouretl’on pectables, et s’est inspiré de la vue des épargne les hommes et les animaux, localités les plus célèbres de sa patrie,

GUATEMALA

an

ainsi que des traditions nationales échappées au naufrage de la civilisation guatémalienne.

Sans chercher par quel peuple l’Amérique centrale était habitée avant l’invasion de ces hordes du Nord dont les premières migrations, sous le nom de Toltèques , remontent à la Un du sixième siècle ou au commencement du septième , et dont la seconde invasion se rattache à la peste et à la grande famine qui désolèrent quatre siècles plus tard le plateau mexicain, où ils s’étaient également établis , constatons que lors de la première arrivée de ces barbares dans l’Amérique centrale, ils trouvèrent cette riche contrée occupée par différentes nations , comme ils avaient déjà trouvé le Mexique colonisé par de nombreuses tribus. Si les Toltèques étaient la souche primitive, des peuplades qui existent actuellement dans toute cette partie de l’Amérique, il y aurait parmi elles unité de langage. Or , il n'en est pas ainsi ; et , pour ne parler que du Guatemala, tous les voyageurs ont été frappés de la variété des idiomes qui y subsistent encore. On n’en compte pas moins de vingt-cinq. Nous ne chercherons pas d’outre argument pour prouver que l’hypothèse d'une origine commune est inadmissible.

Les restes des tribus aborigènes furent sans doute relégués vers le sud , où ils existent peut-être encore.

Laissons de côté la fable absurde d’une émigration de juifs égyptiens dans le Mexique. Ce conte puéril, qui lace le berceau des Mexicains sur les ords de la mer Rouge, ne mérite pas d’être discuté. Contentons-nous de dire, d’après des documents dont nous sommes loin, du reste, de certifier l’authenticité, que le premier chef des Toltèques fut un certain Tanub, et qu’il eut pour successeurs Capichoch, Calel Ahus , Ahpop et Nimaquiché. Ce dernier, cédant aux conseils d’un oracle , ou plutôt aux inspirations d’une sage politique, abandonna Tula, et se dirigea , à la tête de son peuple, vers le pays de Guatemala. Sans guide et presque sans ressource au milieu des

plaines et des montagnes qui accidentent le sol du Mexique, cette multitude erra pendant plusieurs années avant d'atteindre le but de son pénible voyage. Enfin , elle découvrit le lac d'Atitan, situé dans la province de Solola, et y fixa sa demeure. Le lieu choisi par les émigrants pour la construction d’une ville fut nommé par eux Quiché , en mémoire de leur souverain Nimaquiché, mort pendant ce long et douloureux pèlerinage.

Il avait été convenu entre Nimaquiché et ses trois frères qui l’accompagnaient, qu’ils se partageraient le pays : a l’un le gouvernement des Quelènes et des Chapanèques ; à l’autre Tezulutlan ou Verapaz ; au troisième , la souveraineté sur les Marnes et les Pocomanes ; quant au roi , il s’était réservé le gouvernement des Quiches, des Kachiquels et des Zutugiles. Acxopil succéda à son père défunt , et il se trouvait à la tête de la nation , lorsqu’elle s’établit à Quiclié. Il fut ainsi le premier souverain d’Utatlan.

Juarros croit que cette famille de rois était de la même race que les rois du Mexique, et Juarros a raison. Il est prouvé que les rois de Quiclié et de Mexico, rois de race toltèque et aztèque, appartenaient dans l’origine à ces hordes du Nord , qui parlaient la même langue, sortaient de la même contrée, et envahirent à des époques différentes , comme nous l’avons déjà dit, le plateau mexicain et les provinces de l’Amérique centrale. Mais le souvenir de cette commune origine avait dû s’effacer d’autant plus vite , que les Toltèques du Guatemala, en beaucoup plus petit nombre que les anciens possesseurs du sol , se fondirent promptement avec ces derniers , bien plus civilisés, dont ils adoptèrent les idiomes, tandis que les Aztèques conservèrent le leur avec d’autant plus de facilité qu’il était parié sur le plateau d’Anahuac par les Chichimèques, les Acolhues, et les autres tribus qui s’y étaient précédemment établies ou qui s’y rendirent dans le même temps.

S'il y eut quelques relations d’amitié entre les races royales d’Utatlan et de

Mexico , il faut en chercher la cause dans des intérêts politiques, indépendants de l’identité de race.

Acxopil ne tarda pas à voir ses domaines s’agrandir et le nombre de ses sujets s’accroître dans une proportion inespérée. Son territoire comprenait les districts qui, plus tard, ont formé les provinces de Solola , de Chimaltenango , de Sacatépèque , et une partie de celles de Quezaitenango et de Totonicapan. Devenu vieux, le roi, pour alléger le fardeau du gouvernement, qui, jusque-là, avait pesé sur lui seul , divisa son empire en trois seigneuries, si l’on peut se servir ici d’un pareil terme : ces trois fractions furent Quiché, Kachiquel et Zutugil.

Le vieux cacique se réserva la première ; il donna la seconde à son fils aîné Jiutemal, et la troisième à son second héritier Acxiquat. Les limites de ces territoires sont encore marquées par les idiomes. Partout où chacune des trois colonies a rayonné et s’est maintenue, la langue primitive s’est conservée intacte.

Ce partage eut pour premier effet d’éveiller l’ambition des fils du monarque. Acxiquat, chef des Zutugiles, prit I initiative des hostilités. Il manifesta hautement l'intention de s’emparer des possessions de son frère Jiutemal, et lui déclara la guerre. Arrêté dès ses premiers pas par l’armée kachiquèle , il s’enferma dans une forteresse dont l’enceinte était presue entièrement baignée par les eaux u lac Atitan. Peu s’en fallut qu’il ne fût pris dans cette retraite qu’il croyait inexpugnable. Son adversaire ravagea ses domaines et le tint étroitement bloqué dans la citadelle. Des torrents de sang arrosèrent le sol du Guate- 'mala, et les combattants ne déposèrent les armes que lorsque le vénérable cacique de Quiché interposa son autorité de père et de suzerain. Bientôt après, Acxopil mourut, et Jiutemal , l’aîné de la famille, réunit les couronnes de Kachiquel et de Quiché.

La paix fut violée par l’infatigable souverain des Zutugiles, et cette nouvelle lutte se prolongea pendant tout

le régne de Jiutemal et une partie de celui de son fils Hunahpu. Enfin Acxiquat dut céder à la supériorité d’un adversaire dont il avait méconnu la puissance, et, si l’on en croit les historiens, la paix se maintint pendant les dernières années du règne de Hunahpu et toute la durée de celui de son successeur Balam Kiché.

Balam Acan, cinquième roi de Quiché , arriva au pouvoir sous les plus heureux auspices , et ses qualités précieuses promettaient à ses sujets de longs jours de prospérité; mais uu orage imprévu vint troubler la tranquillité de l’empire. Le roi des Zutugiles, abusant de la générosité de Balam Acan , séduisit sa fille Ixcunsocil , et l’enleva du palais d’Utatlan. Pour comble d’outrage, un favori de Zutugilebpop enleva en même temps la nièce du roi. On dit qu’à la nouvelle de cette double injure, Balam Acan, dans un accès de fureur, livra aux bourreaux plusieurs des serviteurs qui l’entouraient, et que ce paroxysme de colère fut suivi d’une grave et longue maladie. Quoi qu’il en soit, une guerre terrible, acharnée, ramena sur les champs de bataille les populations des deux royaumes limitrophes. Balam Acan marcha en personne à la tête de son armée; il se faisait porter dans une espèce de palanquin orné d’or et étincelant de pierres précieuses ; sur son front brillait un triple diadème, et la splendeur de son costume répondait à la magnificence de son entourage. Les plus nobles personnages de sa cour briguaient l’honneur de porter sa litière sur leurs épaules* Moins fastueux dans son appareil militaire , le chef des Zutugiles s’avança, suivi de près de cent mille hommes ,’ à la rencontre de son cousin. Nous n’entrerons pas dans les détails de cette lutte meurtrière ; nous dirons seulement que des milliers de combattants furent moissonnés dans les diverses batailles dont le territoire des deux royaumes fut le sanglant théâtre. Dans l’une d’elles, au moment où l’armée coalisée des Quiches et des Kachiquèles, cernée de toutes parts, prenait la fuite en dé-

GUATEMALA

sordre, les porteurs de Balam Acan laissèrent tomber la litière au plus fort de la méiée. Le roi n'eut pas Je temps de se relever; il fut immédiatement entouré d’ennemis, et impitoyablement égorgé sur le lieu même de sa chute.

Cette lutte opiniâtre, motivée par l’enlèvement de deux femmes de sang royal , atteste que chez ces nations le point d'honneur était tout aussi exieant qu'il l'est chez les peuples moernes et civilisés. C’est l’épopée grecque avec un père outragé pour Ménélas.

La guerre ne s’éteignit point dans le sang de Balam Acan ; elle devait se perpétuer jusqu’à l’arrivée des hommes blancs, et servir ainsi au triornphedes Européens par l’affaiblissement des populations indigènes.

Maucotah hérita du trône et de la haine de Balam. Il battit complètement Zutugilebpop, qui mourut de honte et de douleur. Un jeune homme de dixneuf ans, nommé Rumal Ahaus, prit sa place à la tête de ses armées. Sommé par Maucotah de rendre deux de ses principales forteresses , il lui envoie une réponse outrageante, et bientôt les deux ennemis en viennent aux mains.

Au milieu de la bataille, ils se livrent un combat singulier, à la manière antique. Rumal Ahaus est vaincu et s’enfuit hlessé du champ de bataille. Mais Maucotah meurt au sein de la victoire, chargé d’années et entouré de l’admiration de son peuple pour ses vertus guerrières.

Les hostilités ne s’étaient pas un seul instant ralenties; mais Iquibalam, le nouveau souverain des Quiches, ne vécut pas assez longtemps pour développer ses rares talents militaires et abattre la puissancedeson antagoniste.

Presque en même temps qu’il léguait la couronne à Kicab, Rumal succombait de son côté et cédait le trône à son lieutenant Chichiahtulu ; ce dernier périt subitement à la veille d’une attaque générale contre les Quiches ; il mourut à propos , car la victoire échappa à son armée, qui fut taillée en pièces par Kicab.

Depuis cette époque mémorable

18” Livraison. (Guatemala.)

dans les fastes de l’ancien Guatemala, on n’a aucun détail sur les opérations militaires qui eurent lieu dans ce pays. Silence complet des historiens et absence de traditions sur les règnes des sept rois qui montèrent sur le trône d’Utatlan après Kicab. On sait seulement que les chefs des populations guatémaliennes étaient encore en guerre quand les Espagnols envahirent leurs Etats. Quant aux sept souverains quiches, leurs noms nous ont été transmis. Ce furent Cacubraxechein, Kicab II, Iximche, Kicab III, Kicab IV, Kicab Tanub, et Tecum Umam. Deux autres princes quiches occupèrent le trône, mais ils ne furent que les ser- . viteurs obéissants et les tributaires des Espagnols. L’un, Chignauvcelut, nommé roi par le conquérant Alvarado, fut pendu , comme un brigand, pour crime de trahison. Après lui , Sequechul ne régna que deux ans; indigné de se voir réduit au rôle de vassal , il se révolta en 1526; le sort des armes ne lui fut pas favorable. Il fut fait prisonnier et passa le reste de sa vie dans les cachots.

Juarros prétend que le Guatemala n’a jamais été soumis aux rois du Mexique. Il raconte qu’Ahuitzotl, huitième roi de Tenochtitlan, envoya aux différents souverains du Guatemala une ambassade pour tâcher de les attirer dans une alliance avec lui , alliance dont il voulait profiter pour soumettre plus tard ces souverains à sa domination ; notre historien ajoute que les ambassadeurs reçurent partout un fort mauvais accueil , et que le roi de Quiché, pour couper court à toute négociation, leur dit qu’il ne comprenait pas la langue qu’ils parlaient. Il n’y a nulle trace dans l'histoire d’une conquête permanente du Guatemala par le Mexique, nulle preuve que le premier ait dépendu du second.

Si dans les dernières années du règne deAlmitzotl, c’est-à-dire vers 1500, Tliltototl, son général, porta la guerre au delà des frontières du Guatemala, il dut se borner, dans cette campagne, à faire des prisonniers et à lever des contributions, car aucun historien ne

parle de fàccopatidn dû pays et de sa réunion à l’empire, dont les frontières de ce côté, à l'époque de l’arrivée fies Espagnols , n’allaient point au delà de Xoconocho. Torquemada, liv. ÏV, chap. 21 , semble indiquer une expédition dans le Nicaragua par les Mexicains , au temps de Moctezuma ; mais le même historien , liv. ni, ch. 10, nous apprend que celte expédition n’était point d’une nature guerrière, mais qu’il s'agissait d'une colonie qui avait quitté les terres voisines de Xoconocho pour aller s’établir sur les bords du lac de Nicaragua. Bernai Diaz, qui nous trace les limites des garnisons mexicaines au sud et au sud-ouest, cite Soconuseo comme un des points occupés par les soldats de Moctezuma , d’où ils surveillaient les frontières du Guatemala et du Chiapa. Il y avait sur cette, ligne plusieurs autres places fortes bien gardées; d’où l’on peut conclure que , si l’empire s’était éteudu au delà, dans l’intérieur du Guatemala, ces garnisons eussent été parfaitement inutiles et auraient été reportées aux points extrêmes des pays conquis.

Cette peuplade, dont nous rappelons l’émigration, d’après Torquemada, est peut-être celle que les historiens du Guatemala désignent sous le nom de Pipils, et qui s’établit d’après eux sur les côtes du grand Océan dans les provinces de Zonzonate, de San - Salvador et de Saint-Michel. Elle était probablement d’origine mexicaine, puisqu’elle parlait la langue aztèque. D’abord peu nombreuse, elle multiplia

firodigieusement en peu de temps; on 'accueillit comme une troupe de marchands, puis on finit par s'én défier, et l’on prit avec elle une attitude hostile. Ce qui l’obligea à s’organiser militairement, à se mettre sur la défensive, et à se donner une organisation régulière.

Si l’on compte les peuples de l’Amérique centrale par le nombre des idiomes en usage, on trouve vingt-six uations différentes. Il est permis de croire que la civilisation des Quiches étendit sa bienfaisante influence sur la plupart de ces tribus éparses, et éta-

blit parmi elles une espèce d’unité.

Nous nous servons à dessein du mot civilisation; il n’est certes pas trop ambitieux pour exprimer l’état de société organisé par les maîtres d’Utatlan. Ceux qui ont vu les Indiens de cette partie du nouveau monde , qui ont observé leur misère actuelle, leurs mœurs rudes et grossières , qui ont pénétré dans leurs pauvres et sales demeures, croiront difficilement que ces peuplades aient eu autrefois des villes bien fortifiées , des palais splendides , des citadelles habilement construites, et des édifices majestueux.

Le contraste est frappant, en effet.

L’Indien le plus riche aujourd’hui n’a qu’une seule cabane , divisée en pièces irrégulières , dénuée de tout ce

?|ui constitue le conjortable, et ofrant le mobilier le plus exigu. Il n’y a pas un seul exemple d’un indigène possédant une maison passablément bâtie et meublée. En présence d’un pareil mépris des besoins réels ou factices qu’enfante la civilisation, comment croire à cette ancienne magnificence dont nous parlent les historiens ? comment se persuader que ces pauvres gens presque abrutis ont eu le goût et le sentiment des grandes choses?

Rien n’est plus vrai , cependant ; et si le témoignage des hommes nous manquait pour le prouver, nous en appellerions aux vestiges matériels de cette civilisation éteinte. Le grand palais d'Utatlan dont on admire encore les débris, les villes de Tecpanguatemala , de Mixco , de Xelaliuh , de Chéinéquêna, de Patinamit, d’Atitlan, les forteresses de Parraxquin , de Socoleo, d’Uspantlan , deChaicitan, et plusieurs autres dont le nom nous échappe ; le vaste palais de Copan, la célèbre caverne qui l’avoisine ; tout cela parle aux yeux, tout cela constate que les peuples de cette contrée ont eu leur* arts, leurs sciences, l’instinct du beau et du grandiose, des habitudes de luxe et des besoins de bien-être qui n’existent plus chez eux.

Don Francisco de Fuentès, l’un des historiens du Guatemala, nous a laissé

GUATEMALA

uns description des antiquité* d’Utntlan , et ce qu’il en dit vient à l’appui de notre opinion Sur la grandeur et ta magnificence de cette capitale. La ville était construite sur une élévation , afin que le précipice qui l’entourait lui servît de rossé ; on n’y pouvait arriver que par deux passages trèsétroits défendus par un château. Cette situation admirablement choisie attestait dans les fondateurs d’Utatlün tme intelligence éclairée par des connaissances positives en matière de fortification. Au centre de la capitale se trouvait le palais du roi, entouré des maisons des Indiens nobles. La population était si nombreuse, que le roi tira d’elle seule 72,000 soldats pouf Combattre les Espagnols. Parmi leà édifices, on remarquait surtout, poür l’étendue et la division, le Séminaire, qui recevait jusqu'à 6,000 jeunes gens, nourris, habillés et instruits aux frais de l’État; 60 directeurs ou précepteurs y étaient employés à l’enseignement. Indépendamment des châteaux spacieux d’Atalaya et de Resguardo, qui pouvaient contenir de nombreuses garnisons, le grand palais du roi de Qu iché servait à la défense de la ville; on assure qu’il le disputait en magnificence au palais de Moctézuma à Tenochtitlan et à celui de l’inca de Cuzco. Sa façade, de l’est à l’ouest, avait 376 pas’ géométriques , et ses côtés 728 : il était construit en pierres de diverses couleurs et dans d’élégantes proportions.

Il se divisait en sept parties distinctes. La première servait de quartier à une troupe nombreuse de lanciers, d’archers et d’autres soldats d'élite formant la garde du roi. La seconde était destinée à l’habitation des princes et parents du roi , qui , pendant tout le temps de leur célibat, y étaient somptueusement entretenus. La troisième était la demeure du roi lui-même. Dans cette partie du palais se trouvaient le trésor royal , le tribunal des juges du peuple et" un immense dépôt d’armes.

La quatrième et la cinquième division du palais servaient à l'habitation des femmes et des concubines du monarque, qui toutes étaient traitées comme

reines, ayant chacune un appartement séparé, avec jardins, vergers, bains, volières, etc. La sixième division était une sorte de collège réservé aux princesses du sang royal.

Ce n’est pas seulement par les grandes cités du Guatemala et par les édifices qu’elles renfermaient que nous voulons prouver la civilisation des Américains durant ces siècles reculés; nous trouvons dans la législation de ces

S des des arguments non moins sicatifs. Pour ne parler que des lois de l’empire d’Utatlan, elles suffiraient seules pour attester une organisation féconde en résultats précieux. Nous allons en donner un aperçu qui complétera la démonstration.

Le gouvernement était une monarchie entourée d’une aristocratie puissante, mais soumise. L’ordre de succession au trône était réglé comme dans les États modernes; seulement, si l’un des héritiers de la couronne était incapable de gouverner , on le forçait à se contenter toute sa vie de son’ titre de élect ou de chef. Cette sage exception au principe d’hérédité était une garantie pour la nation, qui était ainsi assurée de n’étre jamais Soumise aux volontés d’un idiot ou d’un fou.

La royauté était assistée d’un conseil d’État composé de vingt-quatre ihembres , et chargé de délibérer avec le souverain sur toutes les affaires politiques et militaires. Parmi les privilèges et les distinctions affectés au titre de conseiller, figurait le droit , alors fort envié, de porter la litière du roi sur les épaules. Comme compensation des honneurs réservés à ces hautes fonctions , le moindre délit commis par les conseillers était puni avec une extrême sévérité. Indépendamment des affaires politiques et des intérêts de l’armée, l'administration de lâ justice et la perception des revenus de l’empiré faisaient partie des attributions de ces espèces de ministres-jugés. Ainsi les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, et même l’administration, étaient confondus. Ce vice d'organisation sc retrouve chez la plu-

part des nations à demi civilisées.

Le roi nommait des gouverneurs dans les principales villes de l’empire. Ces délégués étaient également assistés d’un conseil composé de nobles. S’il fallait délibérer sur quelque importante affaire relative à l’armée, les guerriers les plus expérimentés et les plus braves étaient consultés.

Depuis le titre de gouverneur et les fonctions de conseiller jusqu’à la charge de concierge du conseil , toutes les places étaient exclusivement réservées a l’aristocratie. Il n’y avait pas un seul exemple d'un emploi public quelconque donné à un individu ne faisant pas partie de la noblesse ; aussi les membres de cette aristocratie conservaient-ils avec un soin jaloux la pureté de leur lignage. La loi même venait a leur aide : elle voulait que si un cacique , ou seulement un noble, épousait une femme d’un rang inférieur, il fût dégradé, relégué dans la classe des mazeguals , ou plébéiens, obligé de porter le nom de sa femme , et soumis à toutes les fonctions abjectes qui étaient le partage des roturiers; en outre, ses biens étaient confisqués au profit du roi, et on ne lui laissait que le strict nécessaire. On reconnaît dans cette sollicitude pour la pureté du sang noble la rigueur avec laquelle les brahmes veillaient à ce que leur caste n’ouvrît ses rangs à aucun membre d’une classe inférieure.

C’est surtout dans la législation pénale que se révèle le degré de civilisation d’un peuple; c’est dans les lois criminelles que se réfugient les dernières traces de barbarie. Cette partie du code des Quiches portait dans quelques-unes de ses dispositions l’empreinte de moeurs quelque peu sauvages.

C’est ainsi que nous voyons la peine de mort infligée aux voleurs surpris en récidive. Le rapt était également puni du dernier supplice. L’esclave qui avait pris la fuite payait, pour la première fois, une amende à son maître; mais la récidiveentraînait la peine capitale. Le sacrilège, l’insulte aux ministres du culte étaient aussi punis

de mort , et , de plus , la famille du coupable était déclarée infâme.

Dans les autres lois nous trouvons plus de raison et de sagesse , surtout dans toutes celles qui concernent les fonctionnaires publics. Le roi encourait pour ses actes répréhensibles une sérieuse responsabilité : on pouvait le mettre en jugement, et s’il était convaincu de s’etre montré cruel et despote, il était préalablement déposé par les ahaguas , ou nobles, réunis en conseil secret. L’héritier direct de la couronne était proclamé à sa place.

Quant au coupable, on prononçait la confiscation de ses biens , et quelquefois même on le condamnait à être décapité {*). Dans le châtiment des reines adultères, on retrouve des traces d’une barbarie que la raison d’Etat ne justifie pas complètement : si l’adultère avait été commis avec un individu de la classe noble , la coupable et son complice étaient étranglés ; mais si l’épousedu monarque, oubliant sa dignité, s’était dounée à un plébéien , elle était précipitée du haut d’un rocher.

Si les ahaguas empêchaient la perception des tributs , ou conspiraient contre l’Etat , on leur tranchait la tête , et les membres de leur famille étaient vendus comme esclaves.

Enfin les crimes contre le roi ou contre les libertés de la nation , ainsi que l’homicide, entraînaient la peine capitale, la confiscation des biens et l’esclavage de la famille.

Comme il n’y avait pas d’appel à une juridiction supérieure, quand l’accusé avouait son crime, il subissait immédiatement sa peine. S’il s’obstinait à nier, on le soumettait à la torture:

on le dépouillait de ses vêtements, on le suspendait par les pouces, et, dans cette situation cruelle, on le fustigeait jusqu’au sang, et on brûlait sous lui du piment, pour rendre ses plaies plus douloureuses.

Si l’on s’en rapporte aux renseignements, à coup sûr fort incomplets, que les historiens nous ont transmis sur

(*) Torquemada , a' partie , cliap. 8.

GUATEMALA

l’antiquité du Guatemala, les mœurs des nations de ce pavs n’avaient rien de bien original : elles offraient un mélange singulier de douceur et de sauvagerie , de simplicité grossière et de recherche fastueuse. De pareils contrastes ne sont pas rares ; l’histoire de l'humanité fournit plus d’un exemple de ce phénomène social; quelquefois même on a vu chez le même peuple les extrêmes de la barbarie et de la civilisation. La Chine pourrait à plus d’un titre figurer dans cette catégorie, car elle présente des contradictions et des anomalies dont il est difficile de se rendre compte.

La civilisation du Guatemala n’était peut-être pas de nature à fournir une longue carrière, mais elle aurait assurément ménagé aux indigènes un avenir moins douloureux que celui que les Espagnols lui ont fait. Les conquérants ont si cruellemeut abusé du droit du plus fort, qu’entre leurs mains le christianisme , si favorable aux progrès de l’esprit humain, s’est changé en un instrument d’oppression.

S’il est vrai , comme tout porte à le croire, que près de trente nations, toutes nombreuses et pleines d’énergie, aient été autrefois répandues sur la surface de cette contrée, on peut se faire une idée de la funeste influence exercée par la domination de l’Espagne, en considérant ce qui reste aujourd’hui de cette ancienne population. On dirait qu’un fléau destructeur a passé sur ces tribus belliqueuses et n’a laissé après lui que ruines et misère. Il est difficile de trouver un spectacle plus lamentable et plus significatif.

Ce qu’il a de poignant ressort encore mieux en présence du bien-être et du luxe dont les maîtres du pays se sont réservé le monopole : d’un côté l’industrie, la richesse, les jouissances de la civilisation, les raffinements de l’existence matérielle; de l’autre l’inertie, l’ignorance la plus déplorable, les privations, la vie sans espérance et sans lendemain. On peut appliquer à l’Amérique centrale ce qu’un homme célèbre a écrit sur le nouveau monde en général ; ■> En Amérique, un voyageur

qui part d’une ville principale où l’état social est perfectionné , traversé tous les degrés de civilisation et d’industrie, qui vont en se débilitant successivement, jusqu’à ce qu’il arrive à la cabane informe et grossière, construite de troncs d’arbres récemment coupés. Un semblable voyage est une sorte d’analyse pratique de l'originedes peuples et des États. On part de la réunion la plus composée pour arriver aux données les plus simples; on voyage en arrière dans l'histoire de l’esprit humain, et l’on rencontre dans l’étendue ce qui n’est dd qu’à la succession des temps. » Nous dirions plutôt qu’un pareil voyage est l’étude de la situation désastreuse à laquelle l’égoïsme et la cupidité effrénée d’un gouvernement peuvent réduire le pays le plus propre à recevoir et à féconder les germes de tous les perfectionnements.

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