DYNASTIE DES STE1XKIIS
Stenkil, qui fut choisi pour monter sur le trône , était parent des anciens rois, et i.lsde Ragwald,jarl de Westrogothie, où son parti était très-puissant. Son élection est la première preuve que nous ayons de l'ascendant obtenu par les chrétiens dans le royaume; et cependant il s’en fallait encore de beaucoup que la nouvelle religion fût généralement adoptée. Les Suédois, possesseurs du temple central, tenaient fortement à l'ancienne religion, tandis quelesGoths avaient de bonne heure embrassé le christianisme qui les affranchissait de la prépondérance des Suédois.
L’époque que nous allons parcourir est féconde en guerres intérieures, et ces guerres eurent diverses causes:
d'abord, l’année même où Stenkil mourut, Guiliauine-le-Conquérant gagna la bataille d’Hastings, et établit en Angleterre ui.e royauté assez puissante pour que dès lors des incursions dans ses états devinssent impossibles; résultat que déjà avait obtenu la France par l’avénement des Capétiens, l’ Allemagne par celui des empereurs de la mais'on de Saxe. De plus, le christianisme, à mesure qu’il se répandait en Suede, tendait aussi de son côté il faire cesser toute piraterie contre des peuples auxquels on était désormais uni par la meme religion. Ainsi, tous les éléments de troubles se trouvaient concentrés dans le pays, et comme d'ailleurs les peuples Scandinaves prirent peu de part aux croisades , on conçoit que les guerres intérieures aient duré plus long-temps dans ces contrées que dans le reste de l’Europe. La première lutte fut celle des Goths contre les Suédois du christianisme contre le
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paganisme, des nouveaux rois contre les préténdants des dynast;es expulsées.
Mais généralement, (lès qu’un chef est bien affermi sur le trône, il embrasse |e christianisme, et la lutte recommence.
Olof et Stenkil, quoique chrétiens, n’avaient jamais inquiété les païens, (le dernier répondit meme aux missionnaires qui le suppliaient de briller le temple a’Lpsal, que c’était lui demander sa propre ruine et celle de la nouvelle religion ; mais ses successeurs montrèrent moins de modération, et bientôt tous les prêtres chrétiens se virent chassés du rovaume. Le roi luge ayant voulu les rétablir par la force, le peuple assemblé lui donna le choix entre l’abandon du chrisLauisme ou la perte de sa couronne; et comme il déclara ne pas vouloir abjurer sa foi religieuse, on le chassa de l’assemblée à coups de pierres. Sxven, beau-frère du roi, surnommé le sacrificateur, promit de protéger le paganisme et fut nommé roi; mais, trois ans après, Inge revint, les chrétiens prirent le dessus, et Svven fut brillé dans sa demeure.
Inge et ses successeurs régnèrent plus par la force que par les lois : aussi eurent-ils à lutter contre des troubles continuels, et la maison de Stenkil finit vers 1128.
Les Goths choisirent pour roi le rince danois Magnus , qui par sa mère escendait des Stenkils; ies Suédois de leur côté appelèrent au trône Itagi raid à la tfie courte. Bientôt cependant les Goths parurent vouloir se soumettre à Rag\vald,quise hôta de se présenter a leur assemblée. Il était d’usage que lorsqu’un roi se rendait à une assemblée du peuple, il ex'geût, avant d’y entrer, qu’on lui donnôt des otages. Ragwald ayant négligé cette précaution, les Goths crurent voir dans sa conduite une preuve de dédain, et ils l’assommèrent. Magnus luimênn fut peu de temps après tué en Danemart dans une guerre civile.
En M’estrogo.hie, on se passa pendant quelque temps de roi; m.vs les Goths orientaux et les Suédois prirent pour roi Siuerfcer, petit-lils de Sxven
le sacrificateur. Il était chrétien comme son père, et la conversion de cette famille (it perdre au paganisme son dernier appui. C’est sous sou règne ne les premiers couvents furent etalisen Suède; le cardinal légat Nicolas de Saint-Albans, devenu plus tard pape sous le nom d’Adrien IV, vint dans le pays organiser la nouvelle église et imposer ïe denier de Saint- Pierre. Le dessein d'établir un archevêché pour tout le royaume échoua par suite de la jalousie qui existait entre les Suédois et les Goths. Au reste, Sxverker était un prince faible, et sous son règne les frontières furent continuellement inquiétées, tandis que l'intérieur était en proie aux dissensions.
Il fut assassiné eu 1155, au moment où il se rendait à l’église.
Les Suédois firent monter sur le trône àUpsal, Erik, surnommé lloude ou le pai/san, et le neuvième du nom, suivant la généalogie officielle. Érik se proposa trois choses, dit l’ancienne chronique, de fonder des églises et de réformer le culte, de régner selon les lois et la justice, et de soumettie les ennemis du royaume et de la religion.
C’est à lui que l’on attribue la loi qui donne aux femmes une part dans l’héritage; ce qui partout fut une des premières conséquences de l’introduction du christianisme. La Suède lui dut la soumission de la Finlande, dont il convertit les habitants le fer et la flamme à la main. Aprèssa mort, il fut révéré comme saint dans tout le Nord , quoiqu’il n’eût pas été canonisé, et cela parce que la dynastie des Ilorn/e était moins favorisée de la cour de Rome que la dynastie rivale des Sicen.
En 1 l'fiO, Erik IX fut inopinément attaqué à l’psal par le prince danois Magnus, fils de Henri. Il était à l'église lorsqu’on lui annonça l’apparition soudaine de l'armée danoise. Tranquille à cette nouvelle, il attendit pour marcher h l’ennemi que la messe fût dite, et tomba perce de coups après un combat acharné. Magnus fut tué l’année suivante par Chartes, fils de Sxverker. Il fut le premier roi de ce nom, Lien que, sur la foi d'une gcuéa-
logie fabuleuse, on le compte ordinairement comme le septième.
Cependant les enfants A' Erik Bonde s’étaient réfugiés en Norvège; l’un d’eux. Canut, revint en 1 167, tua Charles , ainsi que deux de ses neveux , qui s’étaient maintenus quelque temps en Gothie. Il mourut en 1 195, et Su-erker II, fils de Charles VII, fut placé sur le trône. Celui-ci fit assassiner trois fils de Canut, mais un quatrième, Érik, s'enfuit en Norvège, et revint bientôt chasser à son tour Swerker, qui lui-méme chercha, avec l’appui des Danois, à reprendre son sceptre; mais il perdit deux batailles sanglantes où il laissa la vie. Son fils Jean régna après Érik , fils de Canut , et avec lui s’éteignit, en 1222, la race de Swen le sacrificateur, comme avec Érik, fils d’Érik, qui lui succéda, finit, en 1250, celle des Bonde. Toute ce te époque est remplie de guerres intérieures sans intérêt, et peu connues. La correspondance des papes nous fournit des renseignements plus positifs sur les progrès de l’église.
Sous le règne de Charles VII, la Suède avait six évêques et un archevêque résidant à Upsal; et pourtant les plaintes au sujet des infractions aux décrets de l’église sont encore fréuentes; des séculiers s’arrogent le roit de nommer aux prébendes vacantes, sans le concours de l’autorité ecclésiastique, et souvent ils nomment des personnes diffamées; ils s’approprient les biens des églises pendant la vacance des sièges , et vendent même les places. On ne reconnaît point les immunités et la juridiction de l’église; les prêtres sont traduits devant les tribunaux , et contraints de se défendre par le duel, ou d’accepter l’épreuve de l’eau bouillante : s’ils ne se présentent pas , on les déclare contumaces , et l’on brûle leurs maisons. D’un autre côté, les legs immenses faits à l'église excitaient des plaintes si graves, que le pape Alexandre III lança une bulle qui défendait à qui que ce fût de donner â l’église toute sa fortune : il était permis seulement d'en abandon-
ner une partie. La dlme fut introduite dans le courant du douzième siècle, mais , même au treizième, ce genre de revenus était encore très-précaire.
La consécration du mariage par un prêtre n’était pas encore communément réclamée, et l’usage d’exposer les enfants se maintenait.
Les couvents, en Suède comme partout ailleurs, rendirent dans le principe des services réels. Les moines ensemençaient eux-mêmes la terre, ils cultivaient des jardins, exploitaient des mines de sel et de métaux. Enfin les évêques, comme autrefois les pontifes romains, firent construire des ponts et frayer des routes.
La puissance du pape était déjà si énéralement reconnue, que les parents ’Érik XI protestèrent près du saintsiège contre l’élection du roi Jean. Le cardinal Guillaume, évêque de Sabina, qui vint en Suède en 1248, régla les affaires de l'église , pour ainsi dire , sans le concours du roi. Néanmoins il eut le bon esprit de se conformer dans cette organisation à la constitution presque républicaine de l’état. Les curés étaient choisis par le peuple et confirmés par l’évêque; les évêques, choisis de la même manière, recevaient la sanction du roi : ce qui n’empêcha pas de chercher à établir près de chaque évéoue un chapitre régulier auquel l’élection pourrait être confiée.
Mais le point qui offrit les plus grandes difficultés , ce fut le célibat des prêtres : le cardinal eut beau excommunier les prêtres mariés , les paysans ne voulaient pas de curés célibataires, et les prêtres eux-mêmes formaient des associations pour désobéir aux évêques.
Pendantles longues dissensions auxquelles donnait lieu la succession au trône, la puissance de l’une et l’autre aristocratie, ecclésiastique et laïque, s’affermit de plus en plus ; aussi presque chaque roi fut-il contraint à son avènement d’accorder aux évêques de nouveaux privilèges et de nouvelles immunités. Les plus puissants d’entre les laïques commencèrent à se nommer princes et magnats , et il arriva ce qui était arrivé en France , sous la
SUEDE
SUEDE. as
première race, I ejarl qui, dans le principe, n’était autre chose qu’un majordome , ou simple chef des domestiques du roi , acquit peu à peu une autorité qui finit par égaler, pour ainsi dire, celle du souverain, surtout pendant la lutte entre les maisons de Boude et Swen, alors que cette dignité devint héréditaire dans la maison des Folkvnges , qui s’appelèrent ducs de Suède par la grâce de Dieu.
Canut , issu de cette maison , se révolta contre Érik XI en 1229, et pendant cinq ans se maintint sur le trône. Àprèsle rétablissement d’Érik, un autre Folkunge, Ul/Fasl, obtintpiusd’influence que le roi. Birger, qui était jarl en 1248, à l’époque où le cardinal de Sabina vint en Suède, gouvernait le royaume comme roi. Dans le désir de se" procurer l’assistance de l’église, et de faciliter ainsi son avènement au trône, il entreprit une croisade contre lesFinnois,qui furent de nouveau soumis; mais quand il voulut attaquer les Russes, il se vit repoussé par le grand-duc Alexandre Newsky.
Pendant que ces expéditions retenaient Birger loin de la Suède , Érik mourut, et les Suédois firent montersur le trône le jeune fils du jarl absent, tValdemar. Birger de retour, se présenta à l’assemblee, et demanda qui avait osé nommer un roi pendant son absence. >* Moi, lui répondit un noble; et si la nomination de ton fils ne te convient pas, nous saurons trouver Un autre roi. » Le jarl garda quelques instants le silence, puis il reprit : « Et qui donc nommerez-vous? — Sous le manteau que je porte , repartit le noble, on trouverait facilement un roi.»
Briger n’osa pas insister, et son fils H'aldemar, âgé de neuf ans, fut couronné roi l’an 1231. Les concurrents ' 4e tValdemar, tous de la famille des Folkunges, excitèrent pendant quelque temps des troubles; mais Birger Jarl les soumit bientôt, soit par la force, mit par la ruse. ( , ; ;
DTKASTIE DES FOLKVNGES.
La dynastie des Folkunges en Suède
offre, comme nous l’avons déjà dit, de nombreuses ressemblances avec la seconde race des rois de France.
L’influence des deux familles avant leur avènement au trône était fondée sur la noblesse , et cette influence , les uns l’exerçaient comme maires du palais, les autres comme jarls.
Les uns et les autres furent favorisés moins par le clergé que par le pape; car les princes qui les précédèrent descendaient des anciennes familles de rois qui étaient regardées comme sacrées dès le temps du paganisme, et auxquelles le peuple fut toujours fortement attaché. Quand la liberté universelle et l’ancienne constitution eurent fait place à une aristocratie de nobles et d'évêques , cette aristocratie dut être exempte des anciennes affections et des anciens préjugés. Les barrières de la puissance des anciens rois avaient été posées par les lois et par la constitution religieuse de l’état, profondément gravée dans le cœur de chacun de ses membres. La nouvelle royauté au contraire, fondée sur une usurpation consommée au nom du droit divin , ne trouvait de bornes que dans le pouvoir qui disposait de ce droit, c’est-à-dire dans le pape, et, de l’autre côté, dans la fofee, plutôt brutale que légale, exercée par les grands de l'empiré. Cette noblesse guerrière excitait continuellement des troubles intérieurs, lorsqu’elle n’était pas occupée ou décimée par des pierres étrangères; les théories nouvelles sur le pouvoir royal ne permettant plus d’opposer d’autres familles à la famille régnante, les guerres intérieures eurent lieu de frères a frères, de parents à parents , et jamais aucun parti ne put se maintenir qu’autant qu’il avait à sa tête un prince de la famille régnante.
Mais, s’il est vrai qu’il existe de nombreuses ressemblances entre les Folkunges et lesCarlovfngiens,il faut aussi convenir qu’ils diffèrent par plus d’un point. Les éléments .-divers qui composaient l’empire des successeurs de Clovis contribuèrent beaucoup, dès le principe, à accroître le pouvoir royal: le chef de l’état jouissait de l’autorité
à différents titres, dans les différentes provinces et dans l’état qui formait le centre de l’empire; la noblesse était non pas sortie peu à peu du sein du peuple , elle était pour la majorité de la nation d'origine différente. Or, rien de tout cela en Suède. La différence qui avait pu exister entre les Suédois et les Goths, et qui n'avait jamais été bien grande, était presque entièrement effacée lors de l’avènement des Folkunges; aussi l’ancienne forme de l’état fut -elle maintenue, du moins
Îuant aux principes constitutifs. En rance, au contraire , on sentit bientôt le besoin d’une organisation nouvelle. et Charlemagne sut reconnaître cette nécessité.
D'un autre côté, il suffisait en France de revenir sur le passé, pour faire disparaître la barbarie ; tandis qu'en Suède tout restait à faire. A l’époque où les Carlovingiens montèrent sur le trône , la papauté, établie dans le voisinage de leur empire, était elle-même à peine naissante , son système commençait a peine à se former, et eut en grande partie pour but l’influence qu’elle pouvait exercer sur la France; mais dans un royaume aussi éloigné que l’était la Suède, la papauté, bien loin de pouvoir se flatter d’une influence continuelle, ne fit sentir son autorité qu’à de certaines époques. Le clergé, loin d’être soumis au pouvoir de Rome, se constitua sur des bases presque républicaines. Rien ne s’opposait donc à ce qu’il prit part au mouvement politique, et à ce que chacun de ses membres exerçât l'influence à laquelle il |>ouvnit prétendre, soit par ses richesses, soit par ses qualités personnelles.
Au reste, la seconde race des rois de France commença à régner au VIII- siècle , taudis que l’avénement des Folkunges date du XIII'. Au moyen âge, une différence de cinq siècles est beaucoup plus grande qu’on ne serait tenté de le croire. Il est vrai que cette différence peut être , jusqu'à un certain poùit , conqiensée par la situation isolée de la Suède. Mais revenons à notre sujet.
C’est encore 5 Birger Jarl qu’il faut attribuer les guerres intestines des princes de sa famille. Pendant qu’il administrait le royaume pour son fils tValdemar, il se’ fit accorder par le pape la permission de laisser à ses autres fils quelques provinces du royaume.
Ce penchant des rois à partager leurs états entre tous leurs fils est un des traits caractéristiques du moyen âge; il tient à la révolution fondamentalcque le christian:smeax ait opérée dans le droit d’hérédité. Afin de faciliter lesdonationsqui pourraient être faites à l’église, on ne négligea rien pour propager de plus en plus le droit romain, comme permettant Jusqu’à un certain point, la libre diposition des biens, qui, dans l’ar.cien droit des peuples germaniques, n’éta:ent qu'administrés par les fils aînés, et restaient la propriété des familles entières. Déplus, le christianisme accordait un droit dans l’héritage aux femmes, qui , jusque-là, n’y avaient été admises qu'a defaut de milles. De ces différentes circonstances, combnées avec l’idée d’égalité que la nouvelle religion proclama t comme sa base fondamentale, naquirent les partages égaux entre tous les enfants; partages que les lois ont aujourd’hui restreints a la propriété privée , mais qui ,à cette époque, avaient été étendus à la souveraineté.
Birger Jarl ne borna pas à cette modification la réforme de l’ancien droit. On lui dut encore d’importants changements. Ainsi , il défendit les guerres privées sous des peines sévères; il abolit l’épreuve du fer chaud, et déclara nuis les contrats par lesquels des hommes libres se donnaient à d'autres comme serfs.
C’est à Birger qu’est due la fondation de Stockholm , capitale actuelle du royaume, qui, avant lui , n’était qu’un petit fort construit à l’embouchure du lac Mcelar, pour défendre l’entrée de re lac aux pirates. Il lui conféra les droits de ville, ainsi qu’à plusieurs autres établissements ; lit avec les villes anséatiques de Haiu-
bourg, de Lubeck et de Riga, des traités de commerce qui stipulaient une liberté réciproque , et entra en négociation avec l’Angleterre.
A l’intérieur, il était plus puissant qu'aucun roi ne l’avait jamais été; mais il ne voulut jamais prendre d'autre titre que celui de Jarl.On put bien, pendant sa vie, blâmer quelques-unes de ses actions, mais, après sa mort, son mérite fut généralement reconnu , et les femmes surtout, dont il avait protégé les droits, prièrent pour le repos de son aine.
Ce ne fut qu’à la mort de Birger, arrivée en 1 266, que Wajukem on devint véritablement roi ; depuis plus de seize ans, il ne l’était que de nom. Il avait alors 24 ans ; il passait pour le plus bel bomine de son époque , et était marié à Sophie , princesse de Danemark , Cette reine , d'un caractère hautain et moqueur , fut cause de la désunion qui éclata bientôt entre Waldemar et ses frères : le duc Magnus, qui possédait la Sudermai.ie, et qui était maigre et brun , fut surnommé par elle le chaudronnier ; et Erik, autrefreredu roi , le prince de rien. Magnus tenait uile cour plus brillante que celle du roi , et s'entoura d'une noblesse aguerrie. Quant à Erik , il se retira en Norvège, et il était facile de prévoir que les deux frères prendraient les armes à la première occasion.
Cette occasion ne se fit pas attendre. J ut ta , sœur de la reine , et belle comme un ange du ciel, au dire de la chronique riinée qui est la source principale pour l’histoire de cette époque, Jutta quitta sou couvent et vint à la cour de Suède. Elle eut un enfant du roi, qui, par cet adultère, se déda aux yeux du peuple et provoqua t plaintes du clergé à un tel point qu’il se vit contraint d'entreprendre un pèlerinage à Rome , pour se faire absoudre. Pendant son absence, Magnus fut chargé de la régence, et , au retour du roi, refusa de lui rendre le pouvoir, car il s’était affermi par ui.e alliance avec le roi de Danemark. La guerre éclata , et , pendant que M agnus attaquait et anéantissait l’armée de
Waldemar, celui-ci dormait, et sa femme jouait aux échecs, en se moquant ue son beau-frère. Le roi s’enfuit en Norvège, non sans beaucoup de peine , revint quelque temps après , fut fait prisonnier par Magnus , et se vit contraint de se contenter de la Gothie.
Cependant il ne se résigna pas à son sort , et parvint à obtenir i’appui des Danois et des Norvégiens; mais, au moinènt où ses affaires commençaient à présenter un meilleur aspect, ce prince inconstant abandonna tout jusqu’à la reine Sophie elle-même, alin de se livrer plus librement a sa passion pour une autre femme, à laquelle en succédèrent d’autres encore.
Plusieurs fois il passa en Danemark, et revint aussitôt en Suède renouveler ses prétentions à la couronne ; mais ü Cuit par être fait prisonnier, etfutcnvoyé au château de Nikoeping, où il resta enfermé jusqu’en 1302, époque de sa mort.
Mac. n us I" fut couronné en 1279, et le premier prit le litre de roi des Suédois et des Colhs. Le commencement de son règne fut signalé par des troubles que suscitèrent quelques membres de la famille des Folkuuges. Ils sc plaignaient de la préférence accordée par le roi à des étrangers , et surtout aux Danois, et prirent les armes dès 1278; ils tuèrent lngemar Nilsson, favori du roi; firent prisonniersorbeau-pére, le comte deliolsteiu, qui était venu voir sa I lie ; contraignirent la reine à se réfugier dans un couvent , et parlaient m’nie de rétablir Waldemar sur le trône. Magnus s’efforça de les calmer par des p oinesses et par des prévenances. Il se rendit à un repas qu'ils lui donnèrent daus un de leurs châteaux, et les invita à son tour; mais à peine se furent-ils présentés , qu’il les fît arrêter dans ia même salle où ils avaient assassiné son favori. On les conduisit à Stockholm, où quatre d’entre eux furent décapités, après avoir été condamnés, en vertu de la loi romaine, commecoupables de lèse-majesté.
Des lors la puissance de Magnus s’établit de plus en plus. Il défendit, tous les peines les plus sévères, les as-
«ociations des nobles entre eux , régla les assemblées de la noblesse , qui peu à peu avaient pris la place de celles du peuple, et détendit ae s’ v rendre en armes ou accompagné (le domestiques. De plus , il protégea les paysans contre les exactions des nobles ; ce qui lui fît donner le nom de Ladulas , ou serrure de grange. « Le nom de Ladulas , dit une chronique suédoise , est un titre bien honorable , et il a fait plus de gloire au -roi Magnus que n’aurait pu lui en faire celui d’empereur des Romains; car bien peu de princes jusqu’ici auraient mérite d’étre surnommés Ladulas : les Ladubrott (qui brise la porte des granges) ont toujours été beaucoup plus communs.»
On remarque en général , dans tous les actes de Magnus, l’introduction d’un nouveau droit de majesté, c’est-à-dire, du droit qui, base sur les édits des empereurs romains , avait été modifié, d’une part, par le droit canon, et de l’autre , par la conquête qui avait fondé presque tous les états de l’Europe.
Quoique le titre sur lequel reposait l’autorité de Magnus filt assez contestable, et bien que l’ancienne constitution n’offrît aucune trace de ce qu’on appelle droit de majesté et inviolabilité royale, l’application soudaine d’une loi romaine contre lesFoIkunges ne parut pas caractériser suffisamment l’ère nouvelle . ni offrir assez de sûreté contre de semblables agressions ; aussi , au conseil national de 1279, Magnus fit déclarer que quiconque attenterait à la personne d'un roi couronné, serait excommunié et perdrait ses droits éventuels à la couronne.
| Les courtisans et les suppôts des rois
despotiques , au XVI* siècle, profitèrent de la tendance qui se manifesta dans la conduite politique de Magnus, pour forgerdes actes qu’ils supposaient avoir été sanctionnés sous son règne, et qui donnaient au roi de Suède tous les droits dont les rois féodaux jouissaient dans les pays autrefois conquis ; mais il est bien constaté qu’en Suède les rois n’eurent jamais la propriété exclusive et directe du sol , des grandes forêts, de la pêche sur les côtes, des
mines , etc. Il n’est pas vrai non plus que ce soit sous Magnus que les impositions foncières aient été introduites; elles existaient avant lui , et , depuis long-temps , le domaine privé des rois ne suffisait plus aux dépenses du royaume, surtout depuis que, pour faire la guerre, on ne recourait plus aux compagnonnages, mais h la levée en masse de la nation. M. Geijer,dans son Histoire de Suède, qui sert de base principale à notre travail, a prouvé toutes ces assertions, à l’aide de documents incontestables.
Une institution manquait encore à Magnus pour constituer une monarchie féodale : c’était une noblesse chevaleresque semblable à celle qui , dans les autres états de l’Europe , avait été formée par les compagnons de chacun des rois , lors de la première conquête. Il y avait bien d’anciennes familles, descendants , vrais ou prétendus , des rois ; mais cette noblesse primitive différait essentiellement de la noblesse féodale : elle jouissait de l’indépendance que la noblesse domestique des rois féodaux chercha toujours vainement à conquérir; et néanmoins elle disparut avec l’ancienne forme de l’état , et se confondit bientôt avec la noblesse féodale. Comme les personnes qui composaient la cour du roi avaient toujours joui de certaines prérogatives personnelles , il ne s’agit plus que de régler et d’étendre leurs privilèges pour organiser une caste guerrière, surtout a cette époque où la masse du peuple avait perdu toutes les traditions au patriotisme, des droits politiques et de l’honneur guerrier.
Magnus ne chercha pas, pour le moment, à dépouil 1er les chefs séculiers et ecclésiastiques de l’autorité dont ils jouissaient dans leurs provinces; il parut, au contraire , l’augmenter en déclarant libres d’impôts tous ceux qui faisaient le service a cheval, soit près d’un de ces chefs , soit près de la personne du roi. Ainsi se forma une chevalerie , avec des intérêts séparés de ceux du peuple, et qui devait bientôt faire disparaître l'ancienne noblesse.
C’est aiusi que, plus tard, labourgeoisie
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fat, en Europe, l’alliée la plus puissante
des rois contre la noblesse féodale, quand ceux-ci aspirèrent au pouvoir absolu.
Les dernières années du règne de Magnus furent assez tranquilles. Une sage écouomielui permettait de dépenser des sommes considérables pour accroître sou influence à l’étranger. Sa cour étaitbrillante et toute chevaleresque, et lui-méme il donnait souvent l’accolade. Il releva la dignité de maréchal et d’échanson, qui paraissait devoir remplacer désormais celle des anciens jarls. Il dota richement les couvents et les églises, et prit même la croix contre les infidèles de la Terre- Sainte ; mais la mort l’empécha de réaliser ce projet, et, pour racheter ce voeu , la Suede paya quelque temps la dîme au pape.
A la mort de Magnus, en 1290 , le plus âgé de ses fils, Bibgeb, qui avait été reconnu pour son successeur, en 1284 , n’avait encore gue dix ans. Conformément aux dermères volontés de sou père , il eut pour tuteur le maréchal Torkel, fila de Canut , qui avait été nommé également administrateur du rovauine.Torkel continua à gouverner lé pavs d’après les principes de Magnus. Il débuta par une expédition heureuse contre les Russes et les Finlandais encore païens , ce qui était un sûr moyen de s’assurer l’amitié du pape, et étendit les frontières du royaume jusqu’à Kexholm et Lands’crona. En 1298, le roi épousa une princesse danoise, et fut couronné, ainsi que la reine, en 1302. A la même époque, lYaldemar , frère puîné de lîirger , fut marié à la fille du maréchal Torkel , qui , l’année suivante, se démit de la régence.
A peine Birger fut-il entré en jouissance de ses droits, et à peine eut-il remis à ses frères , Erik et ff'aldemar, les provinces que le testament de Magnus leurassignait, que ceux-ci, se rappelant sans doute que leur père avait autrefois détrôné son frère Waldemar, commencèrent à comploter contre le roi. Amhjoem , échansondu duc. Erik, était à la tête du parti des princes;
Torkel, de son côté, continuait à administrer la Suède au nom du roi; mais il avait pour ennemis les grands du royaume et le haut clergé, parce qu’il prétendait leur faire payer une partie des dépenses occasionéès par la guerre contre les Russes et celles que nécessitait l’entretien de la cour; et, comme ils s’y refusaient obstinément, le maréchal se disposait à les faire incarcérer quand ils se dérobèrent par la fuite à ses persécutions. Le roi, vovant la lutte ainsi engagée, promit publiquement de ne jamais se séparer de Torkel, et fit reconnaître pour son successeur à la couronne, son jeune fils Magnus.
Ce fut en 1304 que la discorde éclata entre les trois frères. Un traité favorable au roi fut rompu aussitôt que conclu , et les princes , assistés par le roi de. Norvège, déclarèrent la guerre à Birger. Mais ils s’aperçurent bientôt qu’il fallait, à tout prix,’ le séparer de son sage conseiller; ils lui firent donc offrir leur soumission, 5 condition qu’il éloignerait Torkel , dont tValdemar répudia la fille, en déclarant que sa conscience ne lui permettait pas de rester uni à la fille de son parrain. Birger donna dans le piège, et Torkel fut exécuté le 6 février 1306; mais, huit mois après , les princes arrêtèrent le roi ainsi que sa femme et ses enfants; le prince royal seul fut sauvé et emporté en Danemark par un serviteur fidèle.
Erik Menwed, roi de Danemark, qui était frère de la femme de Birger, et qui avait épousé la soeur de ce prince, ne laissa pas un pareil crime impuni; il attaqua les ducs, et, en 1308, Birger fut mis en liberté, à la condition, toutefois, qu’il se contenterait de la portion de son royaume que les ducs lui assigneraient. A vide de vengeance, il se rendit aussitôt en Danemark, et revint avec une armée danoise, au moment où, de leur côté, les Norvégiens entraient en Suède.
Par la paix d’Helsinborg, conclue en 1310, le roi fut rétabli dans la plus grande partie de ses états , et reconnu comme suzerain par les ducs.
Pendant les années qui suivirent ce traité, le royaume fut désolé par la disette et par les rpidénves. A ces fléaux venaient se joindre les impôts excessifs que le roi, aussi bien que les princes, exigeaient des Suédois pour l'entretien d'une cour magnifique, presque entièrement composée d’étrangers.
Cependant, la bonne intelligence paraissait rétablie entre les trois frères. Le duc Wuldemar, qui vint visiter Birgcr dans sou château , fut si cordialement reçu par celui - ci et par la reine, qu'il persuada à F.rîk d’imiter son exemple et de raccompagner a la cour. Vainement on les avertit de ne pas s’y rendre ensemble; pleins de confiance l’un et l'autre dans la loyauté du roi , ils dédaignèrent ces sages conseils et persévérèrent dans leur résolution. Maisà peine leur suite, à laquelle on avait donné des logements dans la ville, eut-elle quitté le château , qu’ils se virent arrêtés et jetés dans un cachot , les fers aux mains. Le roi distribua aussitôt leurs biens et eeu\ de leur suite aux serviteurs de sa maison, et, se félicitant d’avoir suivi le conseil de sa femme , il s’écria : * Maintenant je tiens la Suède en mon pouvoir! » et, suivant l’expression d’une an ienne chronique, s'abandonna, comme un nouvel Hamlet, à tous les transports de sa joie. Mais bientôt, exaspéré par le soulèvement général des partisans des princes , Birget fit fermer les portes de la tour où les princes étaient enfermés , et jeta les clefs à la mer.
Livrés ainsi aux horreurs de la faim, ils moururent tous deux, l’un au bout de trois jours , et l’autre au bout de onze.
Cette conduite barbare causa la perle de Birger. La ville de Stockholm lui ferma ses portes, et le siège fut mis devant le château de Nvkôping , qu’il occupait, et qui fut priset rasé! Toutefois Birger se maintint encore quelque temps au inoven des troupes que son fils Magnus lui amena du Danemark.
Mfis bientôt il fut contraint de s’enfuir d’âbord dans l’ile dé Gothland , et plus tard en Danemark , où il mourut en
1321 , en apprenait que son fils Magnus, contraint de capituler, avait été exécuté a Stiekholin , contre tes de jses de sa capitulait n.
Il ne restait plus de toute la famille des Fclkunges qu’un enfant de trois ans, Magm s Jits du duc Erik. On convoqua donc, à t psal, les grands de l’empire, lesévéques. la noblesse, lesdéputés des villes , dont il est fait mention pour la première fois dans cette circonstanee, et quatre paysans de chaque district. Mats, J ils de KetWmwid , chef du parti des’ ducs, et régent par la volonté des grands, prit dans ses bras et porta on milieu de l’assemblée le jeune Magnus, qui fut nommé roi par acclamation , en même temps < ne I taquin t lit , père de sa mère , lui laissait le rovaumede Norvège. Deux régences différentes furent établies dans les deux royaumes. Celle de Suède, qui dura jusqu’en 1333, rétablit la tranquillité et affermit le pouvoir de la noblesse. Cette noblesse, par les confédérations que formèrent ses différents membres , commença bientôt à constituer le pays en aristocratie républicaine.
Le mène jour où l’on éleva sur le trône un roi de trois ans, lespersonnages les plus éminents parmi les nobles et les évêques se liguèrent pour porter assistance et conseil à Mats, ou à quiconque lui succéderait dans la régence; ils promirent au peuple que chacun serait maintenu dans son ancienne liberté et dans ses anciens droits; que de nouveaux impôts ne seraient dé< rétés qu’autant qu’ils seraient nécessaires pour la défense du royaume, et que le peuple y aurait donné son assentiment ; que les fondés de pouvoir, chargés par les seigneurs de lever ces impôts , seraient accompagnés par deux paysans de chaque provinre. qui veilleraient et a la perreption et à l’emploi des deniers publics.
F.n 1322, une nouvelle ligue se forma.
Elle se composait de 35 des principaux seigneurs séculiers et ecclésiastiques, tous du parti des princes et des rois. Iis promirent de s’aimer mutuellement comme des frères, de soumettre leurs
contestations à la décision de .a ligue , et de ne jamais s’en détacher, sous aucun pretexte. Cette ligue avait surtout pourbut de résister aux étrangers ui, depuis le règne de Magnus Laulas, s'étaient introduits à la cour, et qui , à cette époque , relevaient la tète, parce que l’un d'entre eux, Canut Porse, était le favori de la reine-mère. Les seigneurs confédérés l’ayant forcé à quitter le royaume, la reine, pour le retenir, le prit pour époux, et, par cela même, perdit toute influence dans le royaume , bien qu’il fût mort peu de temps après, line semblable révolution s’était opérée en Danemark : les seigneurs y dominèrent aussi à cette époque; mais ils étaient beaucoup moins unis que ceux de la Suède.
Durant la minorité de Magnus, les paysans de la Scanie se révoltèrent, et se donnèrent à la Suède, de sorte
3ue, lorsqu’on 1333, ce prince fut éclaré majeur, à l'âge Je 18 ans, il prit le tiire de roi de Suède, de Norvège et de Scanie. Mats, fils de Ketlilinund, mourut en I33(i, après avoir assisté au couronnement de Magnus et de sa femme Rlauche, fille d’un comte de Namur. Nils, fis d' ■Itnbjoem, succéda à Mats, et il se forma aussitôt, entre 23 seigneurs de ses amis , une nouvelle ligne , dans laquelle le roi lui-même et sa sœur Kuphémie entrèrent. On prit quelques mesures contre le brigandage; on abolit l’esclavage pour les chrétiens , et l’on fit rédiger les coutumes de plusieurs provinces; mais le roi était entièrement sous .a dépendance de la noblesse, Quelques efforts qu’il fît pour s’en aftrancliir.
Eue des suites funestes de ce gouvernement aristocratique, c’est que les charges du peuple allaient toujours croissant. Beaucoup de paysans, dans l’impossibilité de payer les impôts, quittèrent leur héritage; et, en 134(5, on se vit contraint d'accorder une eveinption pour six pus à tous ceux qui consentiraient à revenir. Le mauvais état des finances avait eu pour première cause les guerres coiffeuses entreprises contre la Russie. Il parait
St
d’ailleurs que l’acquisition de la Scanie avait dil être fort onéreuse, car Magnus, dans un écrit qu’il fit publier, pour se disculper d’avoir épuisé le trésor insiste particulièrement sur l’obli-
ation où s’est trouvé le gouvernement
e payer des sommes considérables aux anciens possesseurs et aux créanciers de cette province. Mais ce que le peuple lui reprochait par-dessus tout, c’était son incurie, qui laissait les nobles dilapider les biens de la couroune,etlcs dérèglements de sa vie privée, qui lui firent donner le surnom de Sine* (mignon), et qui le dégradaient totalement aux yeux d’un peuple qui ignorait encore ce vice des peuples du midi.
Telle était la filcneuse impression produite par les désordres du prince, qu’en 1 348 , Magnus , pour se réhabiliter un peu dans l’opinion publique et pour mériter le pardon de l’église, crut devoir entreprendre contre les Russes une expédition non moins coiffeuse que les précédentes. A tous ceux qu’il pouvait atteindre, il donnait à choisir entre le pape et la mort, et lorsqu’ils se décidaient pour le premier, il leur fa'sait couper la barbe et administrer le baptême. Mais bientôt ces mêmes Russes, dont la barbe avait repoussé, cernèrent de tous côtés dans son camp, le roi , qui ne dut son salut qu’à Ta fuite.
Ce désastre fut suivi de nouveaux malheurs. Les mercenaires étrangers, que l’on s’était flatté de payer avec le butin fait sur les Russes, commencèrent a ravager la Suède, et il fallut, pour les faire rentrer dans l’ordre, accorder des terres à leurs chefs; d’un autre côté, le clergé , après avoir inutilement demande le paiement des sommes qu’il avait prêtées pour la croisade contre les Russes, lit lancer contre le roi l’excommunication. Enfin , et comme pour mettre le comble à tant de maux, la peste noire, qui ravageait l'F.urcpe vers le milieu du XIV* siècle, sévit également en Suède. Dans quelques provinces, il ne resta que le sixième, des habitants ; d'autres furent entièrementdepeuplees,et,long-temps après, on retrouva, dans les forêts,
des églises dont on avait tout à fait perdu la mémoire. Ce cruel fléau, qui s’attaquait aussi bien aux animaux qu'aux hommes, reparut en 1360, et, cette fois , il moissonna surtout les enfants.
Cependant, au milieu de tant de désastres , /taquin , fils puîné du roi Magnus, avait été nommé roi de Norvège, et son fils aîné , Erik, avait été mis sur le trône de Suède par les mécontents. De là , entre le père et le fils, une guerre qui finit par un traité, dans lequel Magnus promit de chasser du royaume son jeune favori Benqt, fils d'Algot, qui était tout à la fois mignon du roi et amant de la reine , et qui , de plus, gouvernait le royaume. Par le même traité , il céda à son fils Erik quelques provinces et, entre autres , la Scanie , qu’on le soupçonnait de vouloir rendre au Danemark. Il paraît qu’il avait été conclu entre Magnus et Waldemar, roi de Danemark, un traité secret, par lequel celui-ci cédait au premier plusieurs provinces, pour obtenir son assistance contre Érik et contre les seigneurs. Déjà Waldemar était sur le point d’entrer en campagne, quand tout à coup, en 1359, Erik , sa femme et ses enfants moururent, soit de la peste , soit par le poison. Magnus fut de nouveau reconnu roi de toute la Suède , et aussitôt il rappela son favori et céda la Scanie au Danemark.
En même temps W aldemar, que le roi appelait son ami , ravageait les îles d’Oeland et de Gothland. Cet oubli de tous les devoirs d’un roi attira sur Magnus tant de mépris, que les enfants euxmémes lui jetaient de la boue , et que, partout, on chantait contre lui des vers qui offrent quelque ressemblance avec ceux qu’un mépris, non moins mérité, fit composer plus tard, en France, contre Henri III. Les choses en vinrent au point que Haquin , à la prière des nobles , quitta la Norvège, attaqua son père , le fit prisonnier , et se fit couronner roi de. Suède ; mais bientôt après, il se réconcilie avec Magnus, *e marie , contre l’avis de la noblesse, avec Marguerite, princesse danoise, et
chasse du royaume 24 des principaux seigneurs. Irrités d’une semblable conduite , les seigneurs se liguent , déposent Magnus et Haquin, et vont en Allemagne chercher Albert, duc de Meklen. bourg , fils de la princesse Euphémie, qu’ils proclament roi de Suede. Cependant Magnus et Haquin, auxquels une partie du royaume est restée fidèle, perdent , en 1365, la bataille d'Enkoeping , où Haquin est blessé, et Magnus fait prisonnier.
La captivité de Magnus dura jusqu’en 1371. A cette époque , le roi de Norvège , son fils, et le roi de Danemark avant attaqué la Suède , et s’étant avancés jusqu'à Stockholm , les villes anséatiques firent conclure entre les trois royaumes une paix qui rendit la liberté à Magnus (*), et laissa le trône de Suède à leur protégé Albert. Ces républiques marchandes, alors toutes-puissantes dans le Nord, purent bien défendre Albert contre ses ennemis extérieurs , mais non le rendre indépendant à l’intérieur. En effet , le parti de Magnus était encore assez considérable, surtout dans les provinces habitées par les Goths, et , d’un autre côté , la préférence que le roi accordait partout aux Allemands augmentait le nombre de ses ennemis ; car si les seigneurs avaient pris pour roi un étranger, c’était uniquement parce qu’ils ne pouvaient en choisir un parmi eux, sans donner lieu à des guerres intestines, ruineuses pour leur autorité. Aussi, lorsque Haqttin s’avança en Suède , soutenu par les villes anseatiques, il ne resta plus d’autre ressource à Albert que de se soumettre entièrement aux nobles. Il nomma Bo, fils de Jon, chef de sa cour , et lui donna plein pouvoir pour exercer dans sa plénitude l’autorité royale , et pour administrer les domaines de la couronne.
Quelques années plus tard, il reconnut , dans un traité fait avec le conseil de l’empire (l'assemblée des seigneurs) , que ses préposés s’étaient permis beaucoup d’illégalités, et en
(*) Il mourut chez son fils en i37<.