‹ L'UniversChapitre 3 sur 87 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

LA SUÈDR CATHOLIQUE.

Nous avons dit, en parlant de Ragnar Lodbrok , que Ilarald, roi de la Jutie méridionale, pour obtenir le secours de I.ouis-le-I)ébormaire, se fit baptiser à Mayence, en 826. Saint A nschaire , moine à Corvey, sur le Weser, sollicita la faveur dé le suivre en JuCepour y prêcher l’Evangile, et obtint, a eetéffet, un bref du pape; mais Barald fut de nouveau chassé par RagDar, et l’apôtre, forcé de fuir avec

lui, fonda, près de Hambourg, une école où il enseignait publiquement le christianisme à des enfants qu’il avait rachetés de l’esclavage.

Peu de temps après, des marchands suédois ayant demandé a Louis-le- Débonnaire im prêtre qui consentit à se rendre en Suède pour v propager la religion à laquelle ils étaient convertis, on jeta les yeux sur le jeune et fervent missionnaire, qui saisit avec joie cette nouvelleoccas'ondedéplover son zèle, et s’adjoignit un autre moitié. Tout le .Nord était alors Inconnu, adonné à l’idolôtrle et déchiré par des guerres continuelles; mais A nschaire ne redoutait point le martyre. Les marchands qu’il accompagnait furent plusieurs fois attaqués par des pirates qui finirent par détruire leurs vaisseaux :

l’apôtre et son compagnon se sauvèrent à terre, non sans bcaucoupde peine, et se virent contraintsdetraverserlepavs our arriver dans la capitale, que le iographe d’ A nschaire appelle Ili-ca, nom générique qui désigne une ville et répond à l’allemand flurg. Suivant ce biographe, elle était située dans une Ile du lac Mœlar ; et tout porte à croire que ce devait être la ville de Slghma (•). Anschairefut accueilli avec bienveillance par le roi Rjoern, et trouva réduits en esclavage un grand nombre de chrétiens gui avaient fait embrasser l’Evangile a des habitants du pays, entre autres a un guerrier, nommé llergeir, qui drmai.da le baptême et fit construire la prenrèreéglise. Ansrhaire passa en Suede l’année «30, puis il s'en retourna et fut nommé archevêque du .Nord. Il avait sa résidence dans un petit château nommé Hnmniaburg, que Charlemagne axait construit sur l’Elbe inférieur, pour défendre ses frontières contre les incursions des Danois: mais ceux-ci axant repris le dessus sous le règne du faible fils de ce grand roi, Anschaire se vit, au bout de quelques années, contraint de reporter son siège sur le IVeser, dans la ville de Brême.

Cependant le roi Bjoern était mort ,

(*) Voyei le» ruines de cette ville, pi. XI.

et comme Émund, son successeur, chassait les chrétiens de ses états , ou les faisait mourir dans les supplices, personne ne voulait plus allere,. Suède prêcher l’Évangile. Mais Anschaire ne craignit pas d’y retourner encore une fois en 853. Le roi qui régnait alors s’appelait Olof; Anschaire le gagna par des présents , et il promit de parler en faveur de l’apôtre dans l’assemblée générale de la nation ; « car, dans ce pays, dit le biographe d’ Anschaire, qui accompagnait le saint dans ce second voyage , les affaires publiques dépendent plus du voeu unanime du peuple ue du pouvoir du roi. » On consulta onc les dieux du pays , en jetant le sort pour savoir s’il serait convenable d’introduire la nouvelle doctrine :

la réponse fut favorable, et un vieillard se leva pour rappeler que souvent, dans les expéditions maritimes, on avait invoqué le nouveau dieu avec beaucoup de succès, et qu’il fallait profiter de la présence de ses prêtres. En conséquence, onpermità Anschaire de prêcher dans le pays, et d’y fonder des églises.

Pendant toute la durée de son existence , le saint s’occupa d’envoyer des missionnaires, et de les diriger luimême. Il leur enjoignait surtout de ne pas s’approprier lesbiensdu peuple , et de gagner par le travail ce qui était nécessaire à leurs besoins : lui-méine il faisait des filets, et employait les revenus de son archevêché à racheter des prisonniers, qu’il instruisait dans le christianisme , et qu’il renvoyait ensuite dans leur patrie.

Tout ce qu'il avait fait disparut avec lui ; et lorsqu’en 935 , un autre archevêque de Brême, Unnen. pénétra jusqu’à Birca. il ne trouva plusaucune trace du christianisme ; car, dans l’intervalle qui s’était écoulé depuis la mort d’ Anschaire, il s’était opéré dans le Nord Scandinave une révolution complète. Toutefois, si cette révolution fit dans les premiers temps oublier l’Évangile, elle lui prépara plus sûrement les voies pour l'avenir.

Nous avons dit que tout le Nord était partagé entre une foule de petits

rois sur .esquels ceux d’Upsal, en Suede, et de Letthra, en Danemark , n’exerçaient une sorte de souveraineté que parce qu'ils étaient les gardiens du temple central. Vers la fin du IX* siècle, les rois du centre devinrent tout à coup dominants dans les trois parties du Nord Scandinave : Gorm f ancien, en Dauemark, Harald aux:

beaux cheveux, en Norvège, et Érik, Jils d’ Émund, en Suède. L’ancienne constitution du pays étant ainsi détruite, on sentit bientôt le besoin de faire tomber l’ancienne religion qui lui servait d’appui : en Dauemark , le fils de Gorm tut contraint par l’empereur Othon I" à recevoir le baptême; en Norvège , où il n’avait point existé de temple central , les nouveaux rois de la famille de Harald accueillirent volontairement le christianisme, et la lutte pour le maintien de l’ancieùne religion s’identifia avec la défense de l’ancienne liberté; mais en Suède, l'Évangile ne fut victorieux que plus tard.

Après la mort d’Érik , et après le règne fortuné de son fils Bjoeni l’ancien , un autre Érik et un certain Olof régnèrent en commun, jusqu’à la mort de ce dernier, qui laissa un jeune fils nommé Bjoern. Lorsque ce Bjoern , surnommé le fort, fut parvenu a i’àge de 12 ans, il alla s’asseoir sur le tombeau de son père, et réclama son héritage. Érik promit de le lui rendre dès qu’il aurait 16 ans; mais comme Bjoern refusait de prendre place à la table de son oncle, et ne cessait d’exciter des troubles, on lui donna 60 navires pour aller tenter la fortune dans des expéditions maritimes. Il devint chef des Jomsvikinges , pirates

?ui avaient formé, à Jomsbourg, en ’oméranie, une république dans le genre de celle des boucaniers des Antilles , et il ne tarda pas à effectuer une descente en Suède. Alors , après avoir brûlé ses navires et offert des vœux à Thor, il se dirigea sur Upsal; Érik, de son côté, promit de se vouer, dix ans après, à Othiu, et les deux armées se rencontrèrent sur le fleuve Fyris, près d’ Upsal. La bataille dura prés de

SUÈDE

trois jours; Bjoern et presque tous ses compagnons furent tués.

Érik dut à ce brillant succès le surnom de victorieux, et marcha aussitôt contre le Danemark, dont il chassa Suénon à la double barbe , dont le père avait été contraint de seconder Bjoern le fort, et il devint ainsi maître des deux royaumes. Toutefois , en Suède, le pouvoir royal était encore bien circonscrit : un ambassadeur norvégien s’étant plaint à Érik decequ’un paysan suédois donnait asile à une reine chassée de la Norvège, le roi lui répondit : « Ce paysan a plus d’influence que moi ; il n'y a pas long-temps que, dans l’assemblée , son avis a prévalu sur le mien. »

A la tête d’une puissante faction était Sigridda-Sttperbe } femme divorcée d’Érik, que celui-ci n’avait pas eu le pouvoir de chasser du pays. Après son divorce, plusieurs petits rois de la Norvège avaient demandé, sa main ; elle en fit briller un tout vif, pour rebuter ces prétendants, qu’elle jugeait indignes d’elle ; mais elle céda aux recherches d’OIof, roi de Norvège , en refusant toutefois d’embrasser le christianisme. Olof, récemment converti, fut si indigné de son refus , qu’il la frappa à la figure avec son gant. « Cela sera ta mort , » lui dit-elle, etelle épousa Suénon A la double barbe, auquel elle fit rendre son royaume de Danemark ; puis elle parvint à faire conclure une alliance entre son fils Olof, successeur d’Érik , en Suède , son mari Suénon et les mécontents de la Norvège. La flotte du roi de Norvège, cernée de toutes parts par les alliés, fut détruite, et le roi lui-méme se noya pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis. Ces événements se passaient en l’an 1000.

La paix et la bonne intelligenceentre les royaumes de Danemark et de Suède dura pendant tout le règne d’OIof; les Suédois prirent même part aux expéditions de Suénon et de son fils Canut en Angleterre. Mais la domination des deux rois en Norvège fut de courte durée. Un autre fils d'Harald se rendit maître de ce royaume ; et le roi de

Suède , ayant refusé de le reconnaître, il vint inquiéter ses frontières. La nouvelle île cette attaque excita les murmures de la nation suédoise, et le Jarl, ou comte de Westrogothie, Ragwald , invita le roi de Norvège à envoyer des ambassadeurs pour demander la paix et la main d’une princesse suédoise. Ragwald , vers les premiersjours du printemps , conduisit ces ambassadeurs à Upsal, où l’assemblée énérale devait avoir lieu ; cette assemiée se tenait dans un vaste champ :

le roi , les jarls ou comtes , et les lagmans ou magistrats du peuple, étaient assis encercle, environnés de leurs domestiques; derrière eux se pressait le peuple. On s’occupa d’abord des affaires du roi; lorsqu’elles furent réglées, un des ambassadeurs norvégiens se leva, et exposa à haute voix le but de son voyage; mais Olof, irrité, s’élança de son siège et l’interrompit tout à coup.

Ragwald , qui appuya la demande ae l’ambassadeur au nom des Westrogoths, ne fut pas mieux accueilli.

Alors tous les paysans se levèrent d’un mouvement spontané et firent retentir leurs armes.

Quand le calme fut rétabli , un vieux paysan parla au roi en ces termes :

« Il paraît que les rois de Suède « sont bien changés : mon grand-père « a souvent parle à son fils d’Érik, fils « d’Émund , qui conquit la Courlande, « l’Ksthonieetla Finlande, etqui nere- « fusajamais d’écouter ceux qui avaient « quelque chose à lui dire ; mon père « m’en a raconté autant du roi Bjoern ; « moi-même, j’ai accompagné le roi « Érik-le-Victorieux dans toutes ses « conquêtes , et je l’ai toujours trouvé « affable; mais le roi d’aujourd’hui ne « veut écouter personne, et exige qu’on « ne lui dise que ce qui peut lui plaire. « Il se laisse enlever nosconquëtesdans « l’est, et prétend dominerenNorvège, « prétention que n’a jamais eue aucun « roide Suède. Un tel état de choses ne « saurait nous convenir à nous autres « paysans , et voilà pourquoi nous de- « mandons que tu fasses la paix avec le « roi de Norvège, et que tu lui donnes « ta fille Ingegard en mariage. Si tu veux

« reconquérir les provinces de l’est, « nous sommes ions prêts à t’accom-

• pagner ; mais si tu méprisés nos avis,

• tu vas nous voir tomber sur toi et te

• donner In mort; car nous ne sau- « rions souffrir ce qui est contraire « aux lois. C’est ainsi qu’en ont agi « nos pères : ils ont jeté dans un puits « cinq rois gonflés d’orgueil comme « toi. Allons, prie; fais-nous sur-le- « champconnaitre ton choix.» Et, en disant ces paroles, il frappa de nouveau son bouclier de son épée.

Le roi promit de faire ce qu’on lui demandait, en ajoutant que c'était aussi un ancien usage que les rois de Suède se conformassent aux volontés des |>aysans. Toutefois, il tarda à exécuter ses promesses , et les paysans se réunirent de nouveau, dans l'iiitention de le déposer comme ayant enfreint les dérisions de l’assemblée générale ; on parla nr’ine de chasser toute sa dynastie; mais des chefs de la Suède supérieure amenèrent dans l’assemblée le lils du roi,encoreenfant,et la vue de ce jeune prince ayant changé les esprits, on convint nue le vieux roi ne serait pas chassé s’il consentait à faire ce qu'il avait promis; cependant on lui associa comme roi, son fils, qui s'appelait Jacques. < « nom déplut aux paysans : J aurais roi, dirent-ils, ne s’est appelé Jacques, et ils lui donnèrent le nom d’ Iniwd.

Deux ans après, le roi Olof mourut.

Il fut le premier roi chrétien de la Suede. Anuud, son lils et son successeur, favorisa , comme lui, la propagation de l’Évangile. El, comme si le dévouement pour le christianisme devait être le partage de la famille, le beaufrère d' Anuud, Olof Haraldson, roi de Norvège, fut mis a mort par suite de son zèle pour la nouvelle religion, et plus tard révéré comme saint dans tout le Nord.

Anund fut aimé du peuple, malgré la sévérité de ses jugements. On l’avait surnommé Y incendiaire, parce qu'il faisait mettre le feu aux maisons des malfaiteurs; punition en usage dans toute l'Europe, pendant la durée du moyen âge.

Après Anund, son frère aîné Émund monta sur le trône. Malgré l’avantage que devait lui donner son âge , ce dernier ne fut roi qu’apres son jeune frère, parce qu'il était né d’une mère esclave. Avec Emund finit, vers 1060, la maison d’Iwar VVidfamne, ou des anciens rois d’L'psal.

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