‹ L'UniversChapitre 59 sur 87 · IN · texte numérisé non relu

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SUEDE

acquis le titre de grenier de la Suède.

L’une des principales villes de la Scanie est Cliristianstad , forteresse située sur la petite rivière d'Ileiga , qui, après avoir fourni de l’eau aux fossés des fortifications , se jette dans un lac qui communique avec la Baltique. Elle fut fondée en IGM par Christian IV, roi de Danemark, et a soutenu plus d'un siège durant les guerres qui ont eu lieu entre les deux pays.

Comme toutes les villes de guerre, Cliristianstad est triste , déserte , dé- |K>urvue de commerce et d’industrie, quoique d’ailleurs assez bien bâtie. Le pont jeté sur l’IIelga est remarquable par sa longueur.

Entre Cliristianstad et Ystad on voit une pierre d'une dimension prodigieuse, près d’un endroit nommé Trollebo, c’est-à-dire nid de sorcières.

Cette pierre , nommée Maglaslen , a trente pieds de long sur vingt-quatre de large et vingt de haut. Elle est d'autant plus remarquable que dans toute la contrée il ne se trouve que peu ou point de pierres. Le peuple croit qu'elle a été jetee la par des naines sorcières, habitant des demeures souterraines , le jour où la première église fut consacrée. Non loin de cette pierre est un château seigneurial nommé. Liungbv , où l’on conserve une corne sur laquelle on raconte une merveilleuse légende.

Cette corne est à peu près de la grandeur de celle d'une vache , garnie en vermeil, et posée sur un pied d’argent orné de plusieurs figures('). Une dame noble, nommée UTfstand, demeurait à Liungbv, en 1490; ayant entendu raconter que toutes les nuits de Noël la Maglasten se trouvait élevée sur plusieurs piliers, et que les naines dont nous venons de parler sortaient alors de leurs souterrains pour venir danser sous cette pierre, elle désira s’assurer du fait. Elle promit donc un habit neuf et son meilleur cheval à celui de (*)

(*) Il existe en Suède beaucoup de cornes de ce genre couverlrs de caractères runiques , voy. />/. 5 , fig. 4. On présume qu’elles servaient de coupe aux anciens guerriers dans les t'êtes solennelles.

ses domestiques qui oserait aller voir ce qui se passait dans ce lieu. Un de ses palefreniers, plus courageux que tous les autres, osa tenter l'aventure et se rendit au Trollebo. ,Là, il vit à la lueur d’une grande illumination que la pierre était effectivement élevée sur des piliers, et que les naines dansaient dessous et même autour avec la gaieté la plus bruyante. Au moment où il arriva , deux naines se détachèrent de la bande et s’avancèrent à sa rencontre :

elles tenaient à la main , l’une la corne en question, et l’autre un sifflet. Parvenues près de lui , elles l’invitèrent à leur faire raison en buvant à la santé du roi de la montagne, nuis après avoir bu, à siffler dans les aeux bouts du sifflet. Au moment où l’intrépide palefrenier allait faire honneur à cette invitation, une jeune fille, belle comme un ange, lui apparut de l’autre côté, et lui dit à l’oreille de ne pas boire, mais de s’enfuir au plus vite sur la terre la plus sèche, en évitant l'eau avec soin. Il lui obéit , et jetant par-dessusson épaule la liqueur que contenait la corne, il reprit à bride abattue le chemin de Liungby à travers les terres labourées. Le cheval, qui reçut une partie de la liqueur sur la croupe, perdit aussitôt son poil et devint tout pelé, mais il n’en courut pas moins vite pour cela , pressé par les naines qui galopaient après lui. Elles ne purent atteindre le ravisseur et arrivè- -rent au moment où ou levait le pontlevis pour les empêcher d’entrer. Le palefrenier remit a sa maîtresse la corne et le sifflet; mais les naines crièrent à la noble dame , par-dessus les fossés du château , qu’elles étaient envoyées par leur roi pour réclamer ces deiix talismans , lui promettant que si elle les rendait, sa famille ne s’eteindrait jamais et deviendrait l’une fies plus puissantes du royaume. La dame ayant refusé formellement d’accéder à leur demande, elles lui prédirent que sa famille ne parviendrait pas à la neuvième génération, que sa terre tomberait en mains étrangères-, et que le château serait consumé trois fois par le feu du ciel. Or, comme cela arrive

toujours dans de pareils récits, la prophétie s’est réalisée ; la foudre est tombée trois fois sur le castel, et la famille s’est éteinte à la neuvième génération. Bien plus, le cheval est mort le second jour et le palefrenier le troisième. Cette histoire est écrite sur parchemin et soigneusement conservée à Liungby , avec la corne et le sifflet oui est d’ivoire et fait entendre le cri au coucou quand on y siffle tantôt à un bout , tantôt à l’autre.

Cette croyance à l’existence d’un peuple souterrain se retrouve en plusieurs endroits de la Suède et dans quelques Iles de la Baltique, entre autres dans celle de Bornholm , où le peuple est intimement persuade qu’il existe une nation de nains très-courageux, toujours prêts à paraître pour les défendre contre tout ennemi qui voudrait les attaquer (*).

Ystad est une petite ville qui tire son importance de son port , où l’on s’embarque pour Stralsund et l’Allemagne.

La capitale de la Scanie est Malmô, jolie ville située sur le Sund (**) , visà-vis de Copenhague, et florissante par son commerce et ses manufactures. La cathédrale est assez belle, et la chaire en est en marbre. On fait remarquer dans cette église un pilier dans lequel un moine coupable d'adultère fut muré, dit-on, aux temps du catholicisme. On l’y avait renfermé debout, et vis-à-vis dé son visage on avait pratiqué un trou qu’on y voit encore , par lequel on lui faisait avaler des œufs et de l’eau pour prolonger son existence et son supplice. Du haut de la tour de ce temple on jouit d’une vue admirable. D’un côté s’offre le tableau magnifique d’un pays bien peuplé et bien cultivé ; de l’autre celui du détroit où passent continuellement un grand nombre de vaisseaux de toutes les nations, tandis qu’à l'horizon on aperçoit Copenhague avec ses clochers et sa' forêt de mâts.

(*) Voyez Voyage d’un officier hollandais en Suède , p. n3.

(**) Voyez pl. 39.

C’est vis à vis de Malmô que se trouve la petite lie de Hven donnée au célèbre Tycho-Brahé (*) par le roi de Danemark Frédéric II, qui y fit construire un édifice magnifique nommé Uranie) vbonj , ou château d’Uranie. C’était là que Tyclio demeurait entouré de ses livres , environné de nombreux disciples, visité même par des princes souverains , entre autres par Jacques VI, roi d’Ecosse, qui y passa huit jours en 1590. Un pavillon situé plus au midi portait le nom de Stelleborg (château des étoiles), et servait aux observations astronomiques faites pendant le jour.

Nous ne pouvons nous occuper de la Scanie sans parler de Lund, ville industrieuse et célèbre pour son université, fondée en 1666, par Charles IX. On y remarque plusieurs établissements scientifiques, tels qu’un observatoire, un théâtre anatomique , un jardin botanique, une riche bibliothèque qui contient 40,000 volumes, un cabinet d'histoire naturelle , un musée , une collection de médailles et d’antiquités, un cabinet de physique , etc. C’est à cette université que Linné étudia les premiers éléments d’une science qui l’a rendu si célébré. La cathédrale de Lund (**) est grande et d’un style sévère ; elle est renommée surtout pour son église souterraine et les antiquités qu’elle renferme. Cet hypogée pst soutenu par plusieurs rangs de piliers, entre lesquels sont les tombeaux de plusieurs anciens évêques. On y remarque un puits au fond duquel est une source qui, par des canaux souterrains, fournit de l’eau à toutes les maisons de la ville. On y voit aussi deux portes en fer qui communiquaient autrefois à une galerie conduisant jusqu'à Dalbv, petite station de poste à un mille de Lund.

C’est sur la colline de Lybers, située près de Lund , qu’étaient élus les anciens rois de Scanie.

Entre Lund et Helsingborg est l’antique ville de Landscroua , près de la-

(*) v°yez pl. 24.

(**) Voyez pl. 40.

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quelle Gustave III avait fait construire une forteresse qui depuis a été abandonnée comme inutile.

Près d’Engelholm , jolie petite ville située au nord d'Helsingborg , on trouve le cap de Kullenf*). Sur le sommet de ce cap , qui forme Pextrémité de la chaîne des montagnes de Kulla, s’élève un célébré fanal qui , de temps immémorial, a été un guide pour les navigateurs. Il a été reconstruit en 1818, et l’on en a perfectionné l’éclairage , en élevant et en augmentant la lumière par le moyen de conduits partant du bas, et en l’entourant d’une vaste lanterne, pour le mettre à l’abri des vents et l’einpéclier de rien perdre de son éclat. Ce fanal offre un aspect aussi surprenant que lugubre ; on voit alentour s’élever sous des formes multipliées les rochers les plus sauvages, séparés les uns des autres , tantôt par de profonds précipices , tantôt par des sentiers étroits , tandis qu’au-dessous , dans un abîme effrayant, les vagues furieuses de la mer viennent se briser contre mille roestousd’un aspect différent. Au pied du rocher principal se trouve le fameux autre nommé Silfpickare-Ho- Ict ( caverne des chercheurs d’argent ). C’est une ouverture pratiquée horizontalement dans le roc, de huit à dix pieds d'élévation sur un pied et demi de large, et environ soixante pieds de lona. On croit que cette ouverture fut pratiquée du temps des Danois, dans l’espoir d’y trouver une mine; mais rien ne justifie cette supposition. Pour arriver jusqu’à cet antre , on doit user de grandes précautions, car on a à gravir tantôt les arêtes tranchantes de rocs déjà écroulés , tantôt les pointes saillantes et peu sûres de la montagne, d'où se détachent de temps à autre des masses considérables. Mais, parvenu au terme de cette ascension périlleuse, on est amplement dédommage de ses efforts par la vue extraordinaire qu’offre la nature en cet endroit. D’un côté s’élèvent des rochers menaçants et des mouceaux (de rocs détachés de

O Voy. PL 37. .

la montagne ; de l’autre et tout près de vous , le mugissement continuel de l’Océan , des baies et des détroits où la nier s’ouvre de vive force un passage à travers ces masses immenses qui opposent en vain un obstacle à la violence des vagues, et qui doivent à cette lutte les formes les plus bizarres et les plus fantastiques. Ajoutez à ce spectacle la sauvage entrée de la grotte, vis-à-vis de laquelle on se trouve alors placé; le phare, qui, comme la demeure d’un magicien , semble planer au-dessus de votre tête et appartenir à une autre région ; le Sund avec la forteresse de Ooneborg à l’horizon; l’innombrable quantité de navires de tontes grandeurs qui sillonnent la mer, tantôt isolés, tantôt en masses compactes , et vous comprendrez tout ce qu’un tel spectacle a de beau et d'imposant. L’accès du Silfpickare- Holet n’est pas toujours facile. Par un gros temps, il est absolument impossible d’aborder en cet endroit ; mais à quelques centaines de toises plus au nord se trouve une petite rade nommée , on ne sait trop pourquoi , Port de Paris, et accessible en tout temps aux barques des pêcheurs et des pilotes-côtiers.

On ne peut parler du Silfpicknre- Holet sans dire un mot du vieillard de Kulla (Kulla- Cubben). Toutes les fois qu’uu bâtiment double le cap de Kullen, il est d’usage de distribuer des rafraîchissements à l’équipage , et ce sont les marins ou les voyageurs qui passent pour la première fois devant le phare qui doivent faire les frais de cette petite fête , qui s’appelle en suédois hcensa. A cette occasion , on met en pratique diverses espiègleries qui rappellent le baptême de la ligne. D’ordinaire, l’un des matelots qui doit représenter le vieillard de Kulla, se noircit les mains et le visage , s’affuble de peaux velues et surtout de peaux noires, se couvre la tête d’un bonnet de laine rouge, et prend en main le porte-voix ou le trident de Neptune. Ainsi accoutré, il est arrosé d’eau de mer et monte sur le pont comme s’il sortait du fond des eaux,

du côté de la grotte , et réclame des rafraîchissements en récompense du zèle qu'il met à protéger les navigateurs. Puis il fait une quête, et les dons volontaires qu’il recueille sont consacrés à régaler tout l’équipage, qui boit gaiement à la santé de l'invisible roi de la montagne.

H ALLATfD.

Le Halland , qui forme aujourd’hui le gouvernement de Halmstad , est situé sur les bords du Cattegat, et n’offre sur plusieurs points que des rochers énormes entassés les uns sur les autres , et qui semblent annoncer que cette contrée a été le théâtre de quelque grande convulsion de la nature.

Pas un seul arbre n’v vient reposer la vue , le seul genevrier rampe humblement sur la mousse dont les rochers sont couverts.

Le chef-lieu de ce gouvernement est Halmstad , petite ville d’un aspect agréable et gai , dont la population n’excède pas 1,800 habitants. On fait à Halmstad et sur toute la côte du Halland, une pêche de saumon trèsrenommée. A quelque distance de la ville sont les eaux minérales de Sperlingshoim.

« Les environs de Halmstad annoncent une agriculture perfectionnée , et la province dont elle est le chef-lieu est une de celles qui abondent le plus en sites pittoresques : le terrain qui borde le rivage de la mer a généralement peu d’élévation ; il se compose d’une agréable variété de collines, qui sont les gradins par lesquels on s’élève jusqu’aux montagnes que l’on aperçoit à droite dans l’éloignement. La population du Halland est d'une beaute remarquable, et il est peu de contrées en Suède où les femmes soient pourvues d’autant d'attraits. Il paraît que cette population surabonde : tous les ans, un assez grand nombre de journaliers vont en Scanie pour s’y livrer aux travaux de l’agriculture. Le sol est généralement peu fertile-, mais l’on s’y adonne avec sucrés à la reproduction du bétail :.sur la côte, on fume les terres avec des plantes marines , et

dans l’intérieur avec des bruyères; les champs les plus féconds sont aux environs de Halmstad. 11 n’y a dans cette province aucune manufacture: l’industrie locale s’exerce sur le tissage des toiles que l’on fabrique dans les ménages , sur les gants de peau et sur la pêche du saumon.

» En sortant de Halmstad , la contrée devient de plus en plus pittoresque ; le sol s’élève, et les rochers apparaissent avec cette généreuse profusion que l’on remarque dans les contrées de la Suède les plus richement dotées sous ce rapport. Falkenberg est un port de pêcheurs et une petite ville dont la population n’excède pas 7 à 800 individus. Warberg, autre petite ville maritime , est un peu plus importante que la précédente; on y voit une ancienne citadelle dans une situation très- pittoresque. Elle sert aujourd’hui de prison.

" Près de la jolie ville de Kongsbacka, les champs cessent d’être fermés par des palissades de bois , comme dans le reste de la Suède; elles sont remplacées par des clôtures sèches en pierre, usage justifié par l’abondance des rochers qui apparaissent de toutes parts (*). »

WESTROGOTlllE ET DALSLAVD.

L’aspect de la Westrogothie , qui forme aujourd’hui les trois gouvernements de Gothembourg ( Gôtheborg), d’Elfsborg ou Wenersborg, et de Scaraborg ou Maries ta d , ne diffère point, dans certaines parties, de celui qu’offre le Halland. * Partout où la vue peut s’étendre, le sol, dit M. Dauinont, est complètement nuctdépouillé;nulle part on n’aperqoit la moindre trace de culture et de végétation. Un amas confus de roches basaltiques, amoncelées les unes sur les autres dans la plus étrange confusion, rappelle l’image du chaos; tout est frappe de mort et de stérilité. La côte, profondément dentelée par des sinuosités sans nombre, bordée d’iles escarpées, dont l’affreuse

(*) Dau mont, Voyage en Suède, L II, p. 396 et suiv.

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nudité ne découvre que des niasses de roches escarpées et menaçantes, présente une scene aussi bizarre que sublime; l'on dirait, en voyant ces plages sauvages, que toute cette terre vient d’être bouleversée par quelque catastrophe récente. L’aspect de ces lieux désolés, le silence de ce désert, que le cri aigu de la mouette ou le bruit cadencédes vagues vient seul interrompre, en se brisant sur ces tristes rivages, impriment dans l’âme un sentiment involontaire d’admiration et de terreur.»

Cette description convient à la partie de la Westrogothie que parcourt la route de poste , mais il est d’autres contrées ae cette vaste province qui offrent l’aspect riant d’un pays riche et fertile. En général les voyageurs et surtout les touristes anglais ne connaissent du pays qu’ils visitent que ce qu'ils vuient à droite et à gauche de leur voiture, et jugent trop légèrement le reste d’après cet échantillon.

•< La situation de Gothembourg est réellement extraordinaire; jl est impossible de voir une contrée plus sauvage, plus fantastique; et le sol à trois lieues à la ronde, et plus loin encore en longeant la côte, conserve partout le même caractère. Gothembourg est bâti au milieu des rochers déserts, à l’embouchure du fleuve de Gothie.

L’origine de Gothembourg est presque aussi ancienne que celle de Stock holm.

Fondée au milieu du treizième siècle, elle se nomma d'abord Lœdœse, et fut construite à un quart de lieue de l’embouchure du fleuve; mais ayant été brillée, Charles IX la fit rebâtir sur son emplacement actuel, et ce prince peut, par conséquent, être considéré comme son vériiable fondateur. Detruite par les Danois, elle fut relevée par Gustave-Adolphe, qui y attira une colonie de Hollanuais. La physionomie de cette ville conserve encore la trace de son origine batave; elle est régulièrement percée, et, comme les villes de Hollande, traversée par des canaux bordés d’arbres symétriquement taillés. L’une de ses rues porte encore le nom de rue des Hollandais ( Hoitxn dare-Galan).

30* Livraison. (Suède.)

« Le port est vaste ; son entrée est défendue par le fort d’Elfsborg, élevé sur un rocher d’où ses batteries dominent l’entrée du fleuve. Ce port est assez profond pour recevoir les plus forts bâtiments : c’est une des stations navales de la marine royale, et il y a toujoursquelqties frégates, ainsi qu'une partie de la flottille de chaloupes canonnières.

» Gothembourg est la seconde ville de la Suède, et le principal entrepôt de son commerce après Stockholm, avec laquelle elle a toujours conservé une jalouse ambition de rivalité. C’est la seule ville de la Suède qui ait été, momentanément à la vérité, redevable d’un accroissement rapide aux entreprises commerciales: Gothembourg se trouva, de 1809 à 1814, être par sa position géographique le principal point de contact pour les relations mercantiles entre l’Angleterre et le continent. Il se fit, à cette époque, sur cette place des opérations immenses, et l’activité des affaires était telle, que sa population, réduite maintenant à vingt mille habitants, s'éleva, pendant cette brillante période, à plus de quarante mille. L’immense quantité de marchandises anglaises qui s’y trouvaient déposées se répandaient de là , non-seulement en Suède, mais encore en Pologne, en Prusse et dans toute l’Allemagne.

« Mais les événements de 1814 mirent tout à coup un terme à ces prospérités par la levée du blocus continental, qui jusqu’alors avait tenu fermés presque tous les ports de la Baltique et de la mer du Nord. L’esprit spéculatif changea de direction, et, d’une cité splendide et surchargée de population par la grande affluence d’etrangers de toutes nations que le commerce y attirait, Gothembourg devint subitement une cité déserte, qui ne conserve aujourd'hui de son ancienne splendeur que les vastes et magnifiques maisons qui distinguent cette ville, et lui rappellent tristement sa prospérité passée.

« Cependant la belle position de Gothembourg rend très-probable le réta-

blissement de la prospérité de cette ville ; son port offre des avantages incontestables pour l’approvisionnement du royaume, et des jours plus heureux viendront sans doute bientôt la consoler de la longue et malheureuse crise [u’elle a éprouvée. Dans l’état actuel u commerce de cette place , elle fait encore la moitié des importations en denrées coloniales, et le quart du surplus des importations de toute nature :

elle est en possession de l’approvisionnement du midi de la Suède. Ses exportations consistent surtout en fers , en bois, en cuivre, et en quelques autres objets moins Importants; ses relations les plus étendues sont avec les États- Unis. la France, l'Angleterre, l’Espagne et le Portugal (* ). »

C’est dans la pro v i nce de Westrogothie que se trouve les fameuses cataractes de Trollhëtta formées par la Gotha (**). Voici la description qu’en donne un voyageur qui les a visitées en 1785 ; « Le spectacle qu’offre les chutes de la Gotha (ou fleuve de Gotliie), est plus facile à concevoir qu’à décrire. La rivière s’y partage en deux : une moitié coule pendant l’espace d’environ cent à cent cinquante pieds par-dessus un lit dont la pente précipite le cours des eaux; l’autre tombe perpendiculairement et forme une cataracte de trente deux pieds de haut. Quelques toises en avant, unepartiedel’eau metenmouvementun moulin à scie. L’écume bouillonnante qui s’élève de la chute principale et qui se répand au loin, celle qui s'élève de tout côté des cascades innombrables

Î|ue forme l’autre moitié de la rivière, es abîmes et les gouffres qu’elles présentent, le bruit occasionné par toutes ces chutes et par le moulin à scie, rendent cette scene aussi terrible qu’imposante, lorsque, placé sur quelques rochers qui se trouvent au milieu de ce fracas , on la considère dans son ensemble (***). »

(*) Paumonl , Voyage en Suède , t II , p. 398-400 et 46-17.

(**) v»y. Pl. 34-

(***) Voyage en Suède par un officier hollandaia , p. 6a.

Cette cataracte interrompait la navigation qui se fait du lac Wenern par Wenersbore, chef-lieu de gouvernement, situé à l’endroit où la Gotha sort du lac pour aller se jeter audessous de Gothembourg dans le Cattegat. Un canal a été creusé pour rétablir les communications entre la mer du Nord et les provinces intérieures de la Suède par le lac Wenern.

Ce canal, qui porte le nom de Trollhâtta , et dont nous avons déjà parlé plus haut, est l’ouvrage le plus colossal qui ait été exécuté dans ce pays , et le plus remarquable par les travaux immenses qu’il a coûtés, puisqu’il a fallu vaincre les obstacles qu’un sol de granit opposait à son exécution. On peut juger de l’utilité de ce canal, si l'on songe que, du 21 avril au 31 décembre 1831 , deux mille trois cent cinquantetrois bâtiments au-dessus de cent vingt tonneaux y ont librement navigué.

Skara , qui a donné son nom au gouvernement de Skaraborg , est une ville épiscopale très-petite (* j, mais remarquable par une école vétérinaire, qui est cependant bien déchue depuis l’établissement de celle de Stockholm.

Mariestad, chef- lieu du gouvernement de ce nom, est situé sur le lac Wenern. C’est une assez, .jolie petite ville qui doit sa fondation à Charles IX, qui lui donna le nom de sa femme, la reine Anne-Marie. Cette ville est surtout remarquable par son agréable position.

Citons encore Falkôping, célèbre dans l'histoire par la bataille où Albert, roi de Suède, fut en 1388 défait par Marguerite , reine de Danemark et de Norwégc.

BLitnro.

Le Rleking est l’une des plus riche», mais l’une des plus petites provinces de la Suède : aussi n’en a-t-on fait qu’un seul gouvernement portant le nom antique de la province, et désigné également par celui de son chef-lieu Carlscrona. Du côté du Smaland, le pays est tres-inontagneux ; mais du côté de

(*) Voyez pl. i5.

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la Seanie, avec laquelle il rivalise en fécondité, le sol est neu élevé et couvert d'arbres superbes, surtout de chênes. Les femmes du Bleking passent pour être les plus jolies de la Suède; une tournure gracieuse et éléante, un costume pittoresque couvert 'ornements du meilleur goût et de riches broderies, ajoutent encore à leurs grâces naturelles.

Carlscrona, le Brest de la Suède, est la capitale de la province de Bleking. Elle fut fondée par Charles XI, qui lui donna son nom et lui accorda le droit d’étape. Elle a reçu beaucoup d'embellissements depuis sa reconstruction , à la suite du terrible incendie arrivé en t790. Sa population de treize mille âmes resserrée dans d'étroites limites, la garnison, les équipages des navires, les ouvriers du port, l'adn.inistratiou et l'état-inajor de la marine et de la garnison, contribuent à y répandre plus de mouvement et d'activité que dans aucune autre ville de la Suède.

Ce qui frappe l’étranger en arrivant à Carlscrona , ce sont les merveilles de ses docks creusés dans le granit. 'Il a fallu exécuter d’inconcevables travaux pour les établir : il n’y en a aucun en Europe qui puisse leur être comparé.

A l’entrée du port, qui est entouré de beaux quais, est un bassin creusé comme eux dans le roc à cinquante pieds de profondeur. Il est si grand, qu’il peut contenir quatre vaisseaux de guerre. De ce bassin, chaque vaisseau entre clans sa loge ou docka par un canal d’une largeur suffisante pour laisser passer un navire. Vingt de ces docks sont destinés pour des vaisseaux de ligne, et dix pour des frégates.

Chacune des loges est creusée dans le roc , et maçonnée en pierres de taille jointes par un ciment fait de pouzzolane, terre volcanique qu’on a fait venir à grands frais de l’Italie centrale. Le fond présente la figure d’une quille de vaisseau. Dans toute la longueur du dock s’élèvent de chaque côté deux degrés en pierre, qui servent à fixer les poutres et les échafaudages lorsque le vaisseau est à sec et qu’il

doit être réparé. Les murs qui séparent les docks ont au moins vingt pieds d epaisseur jusqu’à la hauteur où ils doivent être de niveau avec le pont supérieur du vaisseau. A cette Hauteur, ils forment des plates-formes

3ui communiquent avec l’intérieur du ock par le moyeu de grandes fenêtres construites en portiques. Ces platesformes servent à placer l’artillerie de chaque vaisseau, qu’on fait entrer ou sortir par les fenêtres dont nous venons de parler. Le toit est couvert de fer dans la crainte des incendies, et pour qu’il puisse servir de point d’appui aux différents leviers qu’on emploie pour charger ou décharger le navire. Lorsqu’on veut radouber un vaisseau dans le dock, on l’introduit à (lot dans l’une de ces loges, on ferme les écluses, et au moyen des pompes on met le fond à sec en moins de douze heures. C’est au célèbre ingénieur Thunberg, qui vivait sous le père de Gustave III, qu’est due l’idée de ces admirables bassins. Son fils, non moins habile que lui , les a achevés. Le port est entouré de beaux quais creusés dans le roc vif.

L’entrée du port de Carlscrona est facile à cause de sa grande profondeur; cent vaisseaux de ligne peuvent y trouver une retraite. Il est défendu par deux énormes rochers qui commandent le passage. Ces rochers sont couverts de forts creusés dans le roc, et de batteries formidables dont les feux se croisent en tous sens. La forteresse de Kungsholmen (Ile du Roi) est armée de deux cents pièces de canon et présente un boulevard inexpugnable.

Une multitude d’iles couvrent le port et la ville de Carlscrona , et cette situation si avantageuse pour la défense y favorise les appareillages.

Il y a à Carlscrona une école de marine pour les pilotins et les chefs de timonerie. Tous les ans, une frégate montée par de jeunes élèves 'de eette école et de celle de Carlberg met à la voile pour aller sur les côtes de France s’exercer aux manœuvres. Ce bâtiment relâche ordinairement pendant plusieurs mois consécutifs à Brest , àCher- SO.

bourg ou dans quelque autre port de l’Océan.

A trois milles de Carlscrona est un joli bourg nommé Runnebv, célèbre pour son marché et pour ses eaux minérales. Non loin de ce bourg est une cataracte formée par une petite rivière. L’eau se précipite entre deux énormes fragments de rocs qui paraissent n'avoir fait autrefois qu’une seule masse, car l’un est concave et l’autre convexe. Ils sont maintenant à trente pieds l'un de l'autre; ces deux rochers ont environ cinquante pieds de haut et sont surmontés d’une troisième pierre d’une égale grosseur, qui forme comme un pont sur lequel passe la route. Au bas de la cataracte sont d’énormes blocs autour desquels l’eau, dans quelques endroits, a souvent quarante pieds de profondeur.

Carlshamn est une ville mal bâtie, avec un bon port sur la Baltique.

Au milieu de quelques rues, on rencontre des quartiers de roc si élevés, qu’ils interceptent la vue d'une maison à l’autre. Cette ville faisait autrefois un grand commerce avec l’Amérique et l’Angleterre, et exportait beaucoup de fer; mais, en 1811, le ouvernement suédois ayant été forcé e déclarer la guerre à l’Angleterre, et un embargo ayant été mis sur les nombreuses cargaisons qui se trouvaient dans leport de Carlshamn , cette mesure entraîna la ruine totale des principales maisons, et depuis cette catastrophe le commerce de cette ville n’a jamais pu reprendre sa première activité. Cependant une grande partie de l’exportation des bois se fait encore par ce port. Sa population, qui depuis 1811 a éprouvé une décroissance continue, se réduit maintenant à trois mille cinq cents habitants.

La petite ville de Sôlfvitsborg fait un commerce considérable de blé. Sa position isolée à quelque distance de la mer lui donne un caractère triste et monotone.

IIUUID,

Le Smaiaod, dont on a formé les

trois gouvernements de Kronoberg, de Jônkôping et de Calmar, est une province très - montagneuse ; on y voyage continuellement au milieu des forêts et des précipices. Là , peu d’habitations et encore moins de culture; dans les forêts, des monceaux de pierres ui paraissent rassemblées par la main es hommes, et qui ont porté quelques antiquaires suédois à penser que ce pays, maintenant couvert de bois, était autrefois plus peuplé et mieux cultivé. On y trouve quelques mines, entre autres une d’or a Edelfors, dans le gouvernement de Jônkôping.

Les Smalandais passent pour être les descendants les moins abâtardis des anciens Goths; chacun se marie dans sa paroisse ou du moins dans sa province, et depuis un temps immémorial aucun habitant d'une autre province n’est venu s’y établir; aussi les habitants du Smaland ont-ils la réputation d’être les plus grands et les plus robustes de toute Ta Suède.

La capitale de la province est tVexiô, aujourd’hui chef-lieu du gouvernement de K ronoberg ; c’est une jolie petite ville dont le marché et la grande rue sont bordés de tilleuls. Placée au milieu d'un vallon paisible et solitaire couvert de belles prairies, arrosé d’eaux vives; entourée de lacs dont les eaux pures et tranquilles embellissent ce paysage , sa situation est délicieuse. Sa population n'atteint pas deux mille habitants, la plupart rentiers ou bourgeois, qui ont leurs propriétés dans les environs ; c’est la résidence d’un évêque, du gouverneur et des autorités. Le château de Kronoberg , qui donne son nom à ce gouvernement , est situé à une petite distance de la ville. La paroisse de Stcnbrohult, voisine de tVexiô, est la patrie de Linné. La délicieuse situation de ce lieu dans l’un des plus charmants cantons du Smaland , et sur les bords du lac Môklen, renommé par la beauté de ses rives, eut peut-être quelque iufluence sur la destinée de ce savant, né dans le mois de mai , qui , en suédois, porte le nom de mois des Heurs (i blomster ).

Jônkôping, chef-lieu du gouverne-

^oogl

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ment de ce nom , est bâti à l’extrémité du lac Wettern, avec un port rempli de grosses barques pontées et gréées comme pour naviguer sur la haute mer. Jônkôping, comme la plupart des villes suédoises, est parfaitement bien bâti. Ses rues, d'un aspect trèsai , sont régulièrement percées et borées de jolies maisons en bois, peintes extérieurement. Cette ville est en outre le siège de la seconde cour supérieure de justice du royaume; sa population est d'environ quatre mille âmes.

I.a route de Jonkôping à Grenna suit pendant quelque temps les sinuosités du lac Wettern, ou du moins elle en offre toujours la vue. A mesure qu'on avance, la campagne se déroule avec toutes ses grâces; les regards planent avec délicesur les bords enchanteurs du lac , ornés de prairies émaillées de fleurs , de champs couverts de moissons , de chaumières rustiques , de charmantes maisons de campagne entourées de jardins , ombragées de bouquets de chênes, de sapins, de saules, qui semblent sortir des ondes.

Grenna est une très-petite ville de cinq cents habitants, formant une seule rue assez mal bâtie et en bois. « Elle se prolonge sur la rive du lac voisin, dont les eaux pénètrent souvent dans les maisons et occasionnent de grands dégâts. Les comtes Brahé possédaient autrefois de vastes domaines dans cette contrée; on voit encore sur la crête d’une hauteur escarpée les ruines de l’ancien château de Brahéhus.

La campagne autour de Grenna est couverted'une multitude d’arbres fruitiers et surtout de cerisiers. L’île de Visingsô, célèbre dans l’histoire de Suède, s’élève au milieu du lac, en face de Grenna. C’est là que les souverains du pays résidaient pendant la belle saison, aux douzième et treizième siècles. Charles VII, Éric X, Jean Irr, Birger-Jarl , Magnus-Ladulas , l’ont habité (*). »

A quelque distance de Grenna, les voyageurs qui se rendent en Ostrogothie gravissent la chaîne de montagnes

(*) Daumont , t. I , p. 88.

qui entoure le lac, et de cette hauteur les yeux plongent sur un riant et délicieux panorama. Parvenu au sommet de la crête, on retrouve les forêts épaisses, les profondes vallées, les torrents, les rochers, et, quelques milles plus loin , une campague fertile et bien cultivée. On l’a dit avec raison, la Suède est le pays des contrastes, et cette variété, ces transitions continuelles, lui prêtent un charme que n’offre aucune autre eoutrée.

Calmar (*), chef-lieu du gouvernement auquel elle donne son nom , est une petite ville épiscopale située sur le détroit formé par l’île d’OEIand. Elle est célèbre par le rôle qu’elle a joué dans l’histoire ae Suède , et surtout par l’union de 1397 , qui plaça les trois couronnes Scandinaves sur une seule tête. Son commerce, quoique bien déchu, est encore assez florissant. Sa cathédrale est remarquable par la hardiesse de sa voûte. La population de Calmar n’excède pas cinq mille âmes.

OSTROGOTS! E.

« La Scanie est sans doute In province la plus riche et la plus fertile de la Suède, mais l’Ostrogothie lui est bien supérieure par ses sites et son caractère pittoresque : c’est une suite continuelle de montagnes et de vallées, de collines et de plaines, de lacs, de jardins, de prairies, de bois, qui offrent a chaque pas de nouveaux et admirables aspects (**). »

L’Ostrogothie, devenue le gouvernement de Linkôping, est peut-être la province la plus pittoresque de la Suède. Elle renferme plusieurs villes remarquables, et est surtout devenue importante depuis qu’elle est traversée par le canal de Gothie, destiné à mettre en communication la mer Baltique et la mer du Nord.

La petite ville de Skeninge n’est remarquable que par la foire qui s’y tient au mois d’août, et qui est l’une des plus considérables du royaume.

(*) Voyez pl. i3.

(**) Daumont , 1. 1, p. io5.

L’UWIVERS.

A peu de distance de Skeninge, on rencontre l'une des villes les plus anciennes de cette province, Wadstena, située sur les bords du lac Wettem. Sa cathédrale a été bâtie en 1348, par sainte Brigitte, qui avait fondé dans le voisinage un monastère de religieuses, transformé depuis, pr la reine Christine, en un hôtel danvalides. L’église conserve encore les ornements d’autel, les crucilis, etc., qui existaient du temps de sainte Brigitte.

Elle est aussi remarquable par le tombeau d’un fils de Gustave Wasa , connu dans l’histoire sous le nom du duc Magnus. Imbécile dès sa naissance, il avait reçu de son père , pour résidence , un grand château situé sur les bords du lac(*).

Les habitants de Wadstena prétendent que très-souvent , par le plus beau temps du monde, le lac Wettern s’agite d’une façon si extraordinaire et soulève ses vagues avec tant de violence, qu’aucun vaisseau ne peut v naviguer sans danger. On s’est efforcé

Ï tendant très-longtemps de découvrir a cause physique d’un effet si singulier; après bien des recherches, on est parvenu, dit-on, à découvrir que ce lac est en communication avec celui de Constance en Suisse. Par des observations suivies et réitérées, on a trouvé qu’au même jour où les eaux du lac Wettern étaient agitées sans aucune cause apparente, une tempête avait troublé celles du lac de Constance.

D’autres observations, plus concluantes encore , ont contribué à confirmer les Suédois dans cette croc ance , entre autres l’apparition dans i’un des deux lacs de quelques plantes originaires de l’autre. Du reste, cette opinion est également accréditée en Suisse. (**).

Quoi qu’il en soit à cet égard , il est constant que les bâtiments sont souvent assaillis sur ce lac par des tempêtes violentes causées par les hautes montagnes qui l’entourent de toutes parts. « Les vents , en se précipitant

(*) Voyei pl. 38.

(**) Voyex le Voyage d’un officier hollandais en Suède, p. 199.

impétueusement de leur sommet sur la surface des eaux , occasionnent des grains plus subits et plus terribles qu’en pleine mer; les uavires sombrent en un moment, et ces événements sont malheureusement trop fréquents. Ce lac pi fre d'ailleurs des phénomènes remarquables : souvent , lorsque le eiel est pur et tranquille, les eaux croissent et décroissent avec une étonnante rapidité; des vents souterrains soulèvent tout à coup les Ilots avec violence, et en même temps ils forment des courants impétueux dont la direction, en changeant à chaque instant, ajoute aux dangers de cette navigation; en hiver même , lorsque la surface du lac est couverte de glaces, des vents souterrains les brisent avec un fracas qui va porter J’epouvante parmi les paisibles habitants des rives, car ce bruit sinistre est ordinairement l'indice de quelque funeste catastrophe. On prétend qu’il v a quelques années un grand nombre (/'habitants des l>ords du lac s’étant mis en route sur la glace, pour aller faire leurs dévotions dans une église de ia rive opposée, furent surpris par une de ces tempêtes qui les engloutit tous; aussi les légendes superstitieuses dans lesquelles le lac Wettern a acquis une triste célébrité se perpétuent, de génération en génération, parmi les habitants de ces contrées.

« Les eaux du lac Wettern sont plus élevées que celles de la Baltique, vers laquelle elles se précipitent par la Motala ; elles sont d'ailleurs d’une extrême limpidité, et l’on peut, à plus de cent pieds de profondeur, y distinguer le plus petit objet (*). »

Linkôping, chef-lieu du gouvernement, est une fort jolie petite ville dont la population n’excede pas quatre mille habitants. C’est l’une des plus antiques cités de la Suède. Elle renferme une église cathédrale, la plus belle et la plus grande de la Suede après celle d’Upsal, un gymnase ou college qui passe pour le plus considérable du

(*) Daumont, Voyage en Suède, L I, p. 85 et suiv.

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royaume , si l’on escepte ceux de Stockholm, et auquel sont attachés une bibffothèque ainsi qu’un musée cf antiquités et d’histoire naturelle. Stenhammer,' Pun des premiers historiens de la Suède, a été longtemps professeur dans cet établissement.

La petite ville de Sôderkôping, qui ne compte plus que trois mille habitants , est aussi Tune des plus anciennes villes de la Suède , dont elle fut autrefois la première place de commerce.

Elle avait alors quatre bourgmestres, et sa population s'élevait à vingt-cinq irrille habitants. Maintenant elle n'est plus remarquable que par sa situation a l' embouchure du canal de tiotbie dans la Baltique.

« Le roi régnant avait depuis longtemps reconnu la nécessité de créer, an centre de la Suède, une place d'armes qui pût être le point central de toutes les opérations militaires relatives à la defense du royaume, qui, dans un cas de revers, ptlt rallier les débris d’une arniée, et sauver encore la fortune de l’État : cette grande conception a été exécutée. Après les recherches nécessaires pour déterminer une position avantageuse , celle de Warrwes, petit village situé dans le voisinage du lac Wettern,à l’embouchuredu canal de Gothie, fut reconnu la plus favorable a un établissement militaire; les travaux ayant été immédiatement commencés, douze années n’ont pas suffi pour les terminer. Warnæs sera une forteresse du premier ordre, et la plus importante de la Suède; elle pourra recevoir une nombreuse garnison , et armer ses remparts de plus de trois cents bouches à feu. Cette place est située dans une presqu'île environnée des eaux du lac, et elle ne communique avec la terre que par une langue de terre étroite et tortueuse.

Les travaux des fortifications ont été exécutés, du moins en grande partie, par un bataillon de pionniers , composé d’hoinmes condamnés pour de légers délits. L’établissement de cette forteresse y attirera sans doute bientôt une population urbaine, et Warnæs prendra son rang parmi les villes de la Suède. On

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a substitué, au mois d'août 1832, au nom de ce village celui de Carlsborg, en l’honneur du souverain actuel, à qui la Suède doit cette création, et peut-être aussi à cause de la vénération que les Suédois conservent pour ce nom de Charles, qui leur rappelle plusieurs souverains dont la mémoire leur est chère (*). »

Norrkôping est une ville très-grande, eu égard a sa population , qui ne s’élève qu’à dix ou douze mille habitants.

La Motala, en la traversant pour aller se jeter dans la Baltique , à deux milles plus loin, y forme de belles cascades.

» Norrkôping doit ses embellissements à de fréquents incendies; celui de 1822, qui consuma plus de six cents maisons , a contribué à en faire une ville régulière et agréable ; de jolies maisons en ierreont été substituées aux anciennes araques de bois; c'est maintenant une des plus jolies villes de la Suède. Cette ville était autrefois une pince très-forte, avec une citadelle qui s'élevait sur un rocher dans une île de la Motala. Les Danois, sous ÉricXIV, en 1567, s'emparèrent de cette ville et la réduisirent en cendres. En 1719, elle fut de nouveau brûlée par les Russes, qui avaient opéré un debarquement sur les côtes voisines; l’inceuaie fut si complet qu’il ne resta pas une seule maison debout.

» Les états de la Suède ont plusieurs fois été tenus dans cette ville : la reine Marguerite les y réunit en 1404; mais la diète qui y fut convoquée en 1601, par Charles, duc de Sudermanie, fils de Gustave Wasa , est une époque importante dans l'histoire de Suède. Ce prince, qui depuis quatre ans gouvernait le royaume sous le titre modeste d’administrateur, y fut proclamé roi sous le nom de Charles IX, à l'exclusion de son neveu Sigisniond, roi de Pologne et de Suède, qui fut déclaré déchu du trône (**). » Norrkôping est également célèbre par la diète que Gustave IV y rassembla en 1800.

« Quoique Norrkôping soit la pre-

(*) Daumont, Yoyage en Suède, L XI,

(**) Daumont, t. I, p. 107-108.

mière ville manufacturièredu royaume, l’on se tromperait beaucoup si l’on s'attendait à y trouver l’agitation, la vie active, le mouvement qui animent nos grandes places de fabrique ; les rues y sont presque aussi calmes, aussi désertes que dans les autres villes de Suede; seulement, à certaines heures, lorsque les ouvriers sortent de leurs ateliers, elles deviennent , dans le voisinage des fabriques, un peu plus animées. Il ne faut pas compter d’y rencontrer de ces grands et vastes établissements qui ailleurs occupent des centaines et des milliers d’ouvriers; la fabrication est généralement faite par des hommes qui ont des métiers chez eux, et qui travaillent ordinairement pour le compte îles manufacturiers. Le nombre des fabriques ne dépasse pas huit ou dix (*); les plus considérables n’occupent pas plus de trente à quarante individus, et toute l’industrie manufacturière de cette ville se compose de deux cents familles de fabricants, et de deux cent trente familles d’ouvriers. Il y a aussi à Norrkôping un etablissement très-considérable pour la fonte du fer, et une forge de laiton.

« Les relations de Norrkôping avec l’intérieur de la Suède sont assez suivies; les fabriques de drap, les raffineries, les tanneries, les chapelleries et les papeteries , y trouvent un débouché avantageux , et elle y répand les divers articles que les navires lui apportent.

Norrkôping est aussi l’entrepôt des céréales ao la belle province d'Ostrogothie : il y a des années où l’on exporte de ce port de grandes quantités de seigle, d’avoine, de blé, de farine et de pois, pour l’étranger. On v fait aussi des exportations considérables en fer.

Son port est fréquenté par deux à trois cents navires (**). »

(*) M. Daumonl sc trompe : le nombre des fabriques élail beaucoup plus considérable , lors de son passage, et s’est encore accru depuis celte époque.

(**) Daumont, t. I,p. 109-1 10, et t. II, p. 33.

GOTTLA1TD.

Pour compléter le tableau des provinces qui composent la Gothie proirementdite, il nous reste à parler de ’ile de Gottland, qui forme aujourd’hui un gouvernement auquel on a donné le nom de Wisby, sa capitale.

Wisby est une très-ancienne ville.

« Sa population maintenant n’excède pas quatre mille habitants; mais elle a été, pendant tout le moyen âge, la cité la plus florissante de la Suède, l’une des principales villes anséatiques, et ses règlements sur la navigation furent adoptés dans presque tous les ports du nord de l'Europe. Wisby et Lubeck étaient alors les deux premières places du commerce de ces contrées. Wisby devint le principal entrepôt des marchandises de l’Inde et de l’Asie; elle les recevait par Astracan, les grands fleuves de l’intérieur de la Russie, le lac Ladoga et le golfe de Finlande, et elle les répandait ensuite dans l’intérieur de la Suède , en Norvège. et dans tous les ports des côtes de In Rnltique et de la mer du Nord.

Ces relations subsistèrent jusqu'à l’époque où Tamerlnn vint ruiner de fond en comble la ville d’Astracan.

Dans ce temps-là, les importations de Wisby se composaient d’épiceries, draps, comestibles, thés, parfums, soies , sel , fruits , vins, bières, grains et Icgumes. Les draps venaient d’Ypres, Tourna)’, Bruges, Utrecht, et autres villes dé la Flandre et de la Hollande, alors en possession de la fabrication des tissus de laine; les vins étaient fournis par la France et l’Allemagne.

Les exportations consistaient en épiceries, thés, parfums, soies, sel, cuivre, fer, argent, et bois de charpente ou de construction (*). »

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