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BEAUX-ARTS

Jusqu’à Gustave III, les beaux-arts étaient à peu près restés étrangers à la Suède; si l’on voyait dans les églises quelques bas-reliefs et de rares sculptures, elles étaient l’œuvre d’artistes étrangers venus, de Flandre et d’Allemagne, dans un pays où ils n’avaient à craindre aucune concurrence de la part des nationaux. La réforme, avec son caractère iconoclaste, ne songea point à favoriser ces occupations mondaines. Mais quand les Suédois, durant la guerre de trente ans, se mirent à parcourir l’Allemagne, et rencontrèrent partout devant eux les chefsd’œuvre de l’architecture gothique, et les tableaux d’Albert Durer et de Lucas Cranach, le goût leur vint des ouvrages de l’art. Christine commença à faire des collections de tableaux’, de sculptures et de médailles, donnant l’ordre à ses généraux de lui envover tous les objets précieux qu’ils rencontreraient; mais, sous son règne, les arts, comme les lettres et les sciences, furent cultivés par des étrangers : l’architecture par Simon de la Vallée ; la peinture par David Beck, élève

(*) Ce vétéran de la littérature classique avait survécu à ses anciens confrères de l’académie de Gustave, et devait à son âge autant qu'à la nature de scs productions d'èlre considéré comme le plus reduulable adversaire de la nouvelle école.

(**) Ainpcre , Études sur le Nord.

de Van - Dyk , par Munichhoffen et Bourdalot. Charles XI appela de même les sculpteurs Chaveau et la Porte, auxquels on attribue les lions de forme colossale placés devant le château roval de Stockholm , et les deux renommées qui sont au-dessus du grand portail du côté du nord. Mais ce prince vit enün les Suédois se livrer eux-mêmes aux arts avec succès; Olof Rudbeck devint bon architecteet bon dessinateur ; NicodèmedeTessin, né près de Nykôping en 1G54, et mort à Stockholm, grand maréchal du royaume, après avoir parcouru toute l’Europe et s’être longtemps arrêté à Rome, éleva le château de Stockholm, celui de Drottningholm, le palais du gouverneur, la cathédrale de Calmar, et le tombeau du comte Benoît Oxenstierna à Upsal.

En 1735, Bouciiardon, alors célèbre en France, vint passer deux années en Suède, et contribua, par ses conseils et ses exemples, aux progrès des arts dans ce pays, où on lui attribue les médaillons des rois de Suède.

Charles XI n'encouragea pas moins la peinture. La reine mère envoya, à ses dépens, Ehrenstrahl en Italie et à Borne, où il se perfectionna sous Pietro di Cortona. Son jugement dernier, peint dans la grande église de Stockholm , jouit d’une réputation méritée; ou peut lui reprocher seulement d'avoir trop cédé, dans ses divers ouvrages, au goût pour les allégories, qui régnait alors en France.

Philippe Lcmbke peignit les batailles de Charles X , d’apres les dessins du comte de Dalilberg, l’auteur de la Svccia antiqua et hodierna Pilo imita Téniers avec succès ; Sâfvenborn, élève de Yernet, lit quelques l>ons paysages; Hoffman s'est rendu célèbre par son tableau du inaitre-autel de l’église de Sainte-Claire; Hillerslrôm, d’abord ouvrier aux Gobclins, et devenu , à son retour en Suède , directeur de l’académie des beaux-arts, a laissé de charmants tableaux représentantdes scènes comiques de la vie domestique; Wertmuller et Akerstrôm, tous deux élèves de Pilo, soutinrent dignement la réputatiou de leur maître.

SüfeDE.

Mais le plus grand des artistes suédois est Sergeli. Fils d’un tailleur de ierres de Stockholm, il montra de onne heure de si heureuses dispositions, que le sculpteur Larchevéqueen fit aussitôt son élève, et remmena avec lui à Paris. De là, Sergeli passa à Rome, et y sculpta un faune où se montrait un talent si supérieur, que plus tard l'Institut de France en voyant ce chef-d'œuvre, qui décore aujourd’hui le palais du Luxembourg, nomma Sergeli l’un de ses membres. En revenant d’Italie, en 1779, il fit à Paris sa belle stafue du Spartiate Othrvades.

De retour enfin dans sa patrie, il l’enrichit de nombreux ouvrages : Mars enlevant Vénus blessée par Diomède, Diomède emportant le Palladium, la statue en bronze de Gustave III, celle du maréchal comte d’Ehrensværd, un bas-relief représentant la résurrection du Christ, le mausolée de Descartes, ceux de Gustave III et de Linné, etc. Mais les deux chefs-d’œuvre de ce sculpteur sont le Cupidon et la Psyché. Il règne dans la composition de ces deux statues une finesse de contour, une grâce, un sentiment que l’on ne peutdécrire. Chose singulière, ce grand artiste a passé les dernières années de sa vie en proie à une mélancolie qui ne devrait s’attacher qu'à l’indigence et au talent méconnu. Cette inexplicable maladie privait ses nobles occupations de leur charme, le rendait insupportable à lui -même et le dégoûtait du monde entier. Insensible à rattachement de ses amis, à l’admiration de ses concitoyens et des étrangers, visible seulement pour ses ouvriers, qui ne l’approchaient que difficilement, il mourut dans un isolement et dans une tristesse qui durent hâter sa fin.

Si la Suède a perdu Sergeli , il lui reste le peintre d’histoire Westin, et les trois sculpteurs Gôthe, Bystrôin et Fogelherg. Gôthe dont la réputation est la plus récente, débuta à Home, où il étudia six ans, par la statue colossale de Méléagre , qui lui mérita les éloges des artistes réunis alors dans la capitale des arts; son Bacchus, qui appartient à Charles XIV,

est un chef-d’œuvre de grâce et de vérité. Bystrom, sculpteur distingué et d’un mérite précoce, remporta, dès l’âge de seize ans, un prix à l’Académie pour un bas-relief représentant la mère des Gracques. De Home, où il alla étudier, il envoya une bacchante d’un dessin si pur, que Sergell aurait voulu, disait-il lui-même, en être l’auteur. Plusieurs statues de Vénus et de l'Amour, d’Hercule allaité par .lunon , la statue colossale de Charles XIII et une foule de bas-reliefs et de tombeaux, attestent la fécondité de son génie. Quanta Fogelherg, que la mort a enlevé à la fleur de l’âge, cherchant ses inspirations dans la mvlhologie Scandinave, il a laissé Vénus et Hercule (*) pourFreva et Odin, comme Tegner a abandonné Apollon et le Parnasse græco-romain pour les anciens rois de la mer et le Walhalla. Ses trois statues d’Odin , de Thor et de Freva, portent un caractère original et l'empreinte d’un talent qui promettait encore à la Suède de nombreux chefsd’œuvre.

La Suède eut de bonne heure des mélodies nationales si remarquables par leur douceur et leur mélancolie (**| que les plus grands compositeurs les ont prises pour thèmes de leurs fantaisies variées. Toutefois le goût de la musique a été très-tardif en Suède et ne parait s’être développé que par suite des relations de ce pays avec le sud de l’Europe. Ses compositeurs les plus estimés sont Bervald , Cruseli, Ahistrôm, le comte Skjôldebrand , et, si je ne me trompe, le prince royal lui-même dont le godt sûr et éclairé a contribué efficacement à accroître le penchant des Suédois pour cet art, auquel ne peut rester longtemps étranger un peuple aussi éminemment religieux. Mais la réputation de ces artistes est encore

(*) Cependant lui aussi a paye sa deltc à la mythologie grecque. On cite avec éloge sa statue de Mercure, qui lait partie aujourd’ltui de la riche collection du cotnte de Bonde , le Méccue de la Suède.

(**) Il est à remarquer que tous CCS chant» sont dans un ton mineur.

toute locale ; elle n'a point franchi le Sund, et aucun d'eux n'a pris place parmi les grands maîtres de l’Allemagne, de l'Italie et de la France.

Sans doute, dans aucun de ces genres, la Suède ne peut offrir encore un grand nombre d'œuvres remarquables à l’admiration des étrangers; mais il faut lui donner le temps d’avancer dans cette voie quelle s’est ouverte si récemment, et où déjà elle a donne des preuves assez nombreuses de son goût éclairé. Si elle n’est point, comme l’Italie, la patrie des arts, elle

n’est pas non plus, cdrftme elle, réduite a cacher sa misère sous quelques grands noms d’autrefois. Sa vie a été jusqu'ici trop laborieuse, pour qu’elle ait pu trouver le loisir de rendre aux muses i’iiominage qui leur est dû ; mais aujourd’hui que, grâce au souverain éclairé qui la gouverne, elle a assuré son indépendance, sa prospérité et son repos, elle saura mettre en pratique la devise d’une de ses académies, Utile diilci, et faire fleurir à leur tour 1rs arts de la paix à l'ombre de ses antiques lauriers.

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