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par cette démarche beaucoup de partisans, et obtint même le secours du Danemark. La guerre contre les deux fils de Harald se prolongea jusqu’en 1139, où Magnus et Sigurd périrent:
le premier, dans un combat naval ; le second , après avoir été fait prisonnier.
Les deux frères , Sigurd III Bronch ou Bouche de travers, et Inge I" le Bossu , qui , après la mort de leur père Harald, avaient été élus rois, le premier de la partie septentrionale, et le second de la partie méridionale de la Norwége, purent alors régner en paix pendant quelques années; mais, en 1142, se présentèrent deux nouveaux concurrents à la couronne, Evstein II et Magnus V, fils naturels de Harald Gille, avec lesquels les deux premiers furent obligés de partager le royaume.
Magnus V ne vécut pas longtemps; quant aux trois autres princes, la guerre n’aurait pas tardé sans doute à éclater entre eux , si le cardinal Nicolas, devenu pape plus tard sous le nom d’Adrien III, ne les eût forcés de se réconcilier. Ce prince de l’Église était venu en Norwége, le 19 juillet 1152, pour établir un archevêché à Drontheim; il profita de sa présence dans ce pays éloigné pour y abolir le mariage des prêtres, et publier plusieurs règlements ecclésiastiques tendant h réformer la discipline du clergé norvégien. Après son départ, Evstein entreprit , en 1153, une expédition contre l’Êcosse, d’où il enleva un butin considérable. Encouragé par ce succès , il essaya, avec l’assistance de son frère Sigurd, de renverser Inge du trône; mais ce projet fut découvert, et le peuple, appelé en 1155 à une diète tenue à Bergen, montra des dispositions si favorables pour Inge, que Siurd fut contraint de renoncer au essein de l’attaquer à force ouverte; mais il fit clandestinement assassiner , pendant la nuit, ses plus fidèles serviteurs, et Inge, malgré son humeur pacifique , se trouva obligé de songer à sa défense. Recourant aux mêmes moyens dont on s’était servi contre lui ,'il fit attaquer Sigurd dans
une maison où il prenait le repos du soir, et où il’fut tué apres une vive résistance. Trois jours après arriva __ Eystein avec trente vaisseaux et le fils' de son frère, Hakan Herdebred ( aux larges épaules ), pour assister à la diète de Bergen. Avant appris ce qui s’était passé, il ne chercha pas à en tirer vengeance, car il atteignait, par la mort ae Sigurd , le but de son ambition, la possession de la moitié du royaume. Cependant c’était trop peu encore, et bientôt là guerre éclata; mais elle fut malheureuse pour Eystein ; abandonné de ses sujets, il fut pris et mis à mort le 21 août 1157. Néanmoins son parti choisit pour roi son pupille, Hakan aux larges épaules, quoiqu’il ne fût âgé que de dix ans, et ce prince reçut à Drontheim l’hommage de ses nouveaux sujets, comme souverain de la partie du royaume que son père avait jadis possédée. Cependant la nerre continua , et l’un des amis ’lngc, nommé Grégoire, s'attacha à tous les pas du jeune roi pour l’assassiner. Un jour, il fut sur le point de s’emparer de lui au momeut où il se trouvait chez uri paysan, et Hakan n'échappa que parce que Grégoire se trompa de maison. Une autre fois, au commencement de l’année 1 161 , Gréoire aperçut Hakan de l’autre côté 'une rivière; il voulut la franchir; mais le roi avait fait casser la glace et recouvrir l’ouverture avec de la neige; le traître, pris lui-même au piège, fut tué d’une (lèche tandis qu’il cherchait à se dégager. Inge résolut de venger cette mort; mais il fut luimême, peu de temps après, attaqué dans Opslo par ilakan, et périt dans un combat le 3 février 1161.
hakan II , llerdebred ( aux larges épaules).
Par cette victoire, Hakan devint seul roi , et , afin de consolider sa puissance, il résolut de se défaire de tous les amis d'Inge. Mais Erling Skakke, puissant seigneur qui avait épousé Christine, fille de Sigurd Jorsaiafa-
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rare , découvrit son projet, et rassembla un parti nombreux qui choisit pour roi son propre fils Magnus, âgé seulement de cinq ans. Erling, chargé de gouverner pendant la minorité de son fils, gagna les évêques par les privilèges qu'il leur accorda, et reçut même des secours de Valdemar "le Grand, roi de Danemark; aussi la guerre contre Haknn ne se prolongea-t-elle que jusqu’en 1162, ou ce prince périt dans un combat naval livré auprès de Romsdal.
magnus vi Erlingson.
Magnus, débarrassé de son concurrent, fut reconnu roi par tout le royaume. Sigurd , frère de Hakan Herdebred, essaya bien de s’y opposer, mais la défaite qu’il essuya affermit le pouvoir de Magnus. Pour le consacrer en quelque sorte aux yeux des peuples, Erling imagina de faire célébrer avec une pompe religieuse le couronnement de son fils : c’était chose inusitée en Norvège; mais cette nouveauté devait faire d’autant plus d’impression sur les esprits.
M agnus fut donc couronné , en 1 1 64 , par l'archevêque Evstein,en présence d’Étienne, légat du pape, et après s’étre reconnu lui et ses descendants vassaux de saint Olof; puis il déclara qu’il laissait le choix futur des rois à l'archevêque, aux évêques et aux hommes les plus distingués de la nation.
Cette, mesure n’empecha cependant pas plusieurs prétendants a la couronne de se présenter, parmi lesquels Eystein Mêla, fils d’Eystein, le fils de Harald Gille, se forma un certain nombre de partisans, auxquels on donna par mépris le surnom de Birkebéniens, parce que, ayant été forcés de se retirer dans les forêts, ils avaient, à défaut de chaussures en cuir, les pieds entourés d'écorce de bouleau ; mais ces hommes n’en restèrent pas moins souvent vainqueurs dans les escarmouches continuelles qu'ils avaient avec les soldats de Magnus, et quelquefois même ils osèrent attaquer les villes. Cependant,
au mois de janvier 1177, ils essuyèrent une grande défaite, et leur roi Eystein fut mis à mort.
Le parti semblait abattu , lorsque le plus grand homme que la Norvège ait produit vint le relever en s’en déclarant le chef : c’était Sverrer, né , à ce qu’il croyait, d’un homme du peuple. Il avait été destiné à l’état ecclésiastique, lorsque, en 1176, sa mère vint lui déclarer qu’il était fils de Sigurd II , et par conséquent frère de Hakan II et de Sigurd III. Il habitait la Suède, quand les Birkebéniens vinrent le tramer et le forcer à se mettre à leur tête. Sverrer, après avoir erré quelque temps dons les forêts et dans les montagnes de la Norvège, donna un autre aspect à son parti , qui , au moment où il en devint le chef, ne se composait plus que de soixante-dix hommes à moitié nus; il rétablit l’ordre et la discipline parmi eux, et résolut enfin d’enlever a Magnus VI une couronne qu’il prétendait lui appartenir. Défait dans plusieurs rencontres, il finit par rester vainqueur, quoique les prêtres eussent pris parti contre lui, etque l’archevêque eût promis le salut éternel a tous ceux qui périraient eu combattant contre les Birkebéniens. Sverrer prit alors le titre de roi (10 mars 1177) et s'empara de Drontheim; enfin, le 17 juin 1179, il remporta près de cette ville une victoire décisive, dans laquelle le régent Erling perdit la vie. Sverrer le fit ensevelir avec de grands honneurs. Magnus VI , dont les partisans étaient surnommés Heklungiens , parce que quelques-uns d’entre eux avaient volé le manteau ( heklu ) d’une vieille femme, fut contraint, après avoir perdu une seconde bataille, de se réfugier en Danemark , où il fut bien accueilli de Canut VI. Sverrer offrit la moitié du royaume à Magnus; mais celui-ci ne voulant point de partage tenta plusieurs fois la fortune des armes, jusqu’à ce qu’ayant été vaincu le 15 juin 1184, dans une bataille navale qui eut lieu à Fiorteita près de Hugastrand, et qui coûta la vie à plus de deux mille Heklungiens, il périt en cherchant à se sauver à la nage.
SVEBBEB.
Sverrer prononça lui-même l’éloge de Magnus qu’il lit enterrer avec pompe , et distribua de grandes récompenses à ceux qui l’avaient lui-même aidé a parvenir au trône. L’année suivante (1 185) il épousa Marguerite, fille d'Érik le saint, roi de Suede. Mais les habitants du midi de la Norwégc se soulevèrent pour placer sur le trône un moine nommé Jon, qu’on disait être fils du roi lnge, et s’emparèrent même, en 1187, de Drontheim, où ils le firent proclamer roi; mais, vaincu auprès de Bergen, Jon n'échappa que par la fuite, et un Islandais qui se donnait (jour son frère fut mis a mort peu de temps après par les paysans. Cependant le parti de Jon choisit un nouveau roi en Danemark, dans la personne de Wikar, qu’on disait être fils de .Magnus Erlingson. Ce choix fut pour Wikar comme une sentence de mort; vaincu et fait prisonnier, il fut condamué et exécuté.
Une conspiration plus dangereuse fut ourdie par les ecclésiastiques, à la puissance desquels Sverrer voulait mettre des bornes. De part et d’antre, on se servit des armes qu'on pouvait employer. Lnrsqu’en 1188, l’évêque Erik , qui avait été revêtu de la tiare archiépiscopale contre la volonté du roi , commença à tonner du liant de la chaire contre les Birkcbéniens, Sverrer retint une partie des revenus que les prêtres s’étaient alloués, et convoqua, en 1193, une nouvelle dicte, où le peuple non-seulement confirma tout ce que le roi avait statué, mais où il fixa même le nombre de domestiques qu’il était permis a l’archevêque d’avoir à son service. Irrité de cette conduite, le prélat se rendit en Danemark, et obtint du pape Célestin III une bulle qui menaçait ses adversaires de l’excommunication; mais elle, produisit peu d effet, car les prêtres, en voyant le mécontentement du peuple, n’osèrent pas la mettre à exécution.
Un des seigneurs feudataires du roi crut pouvoir profiter de cette
mésintelligence; il envoya, en 1192, Sigurd, (ils de Magnus Erlingson, aux îles Orcades et de Schetland, où il prit le titre de roi et se forma des partisans, dont le nombre s'accrut encore après une heureuse campagne sur les côtes du pays des Vandales; il obtint même lies succès en Norvège, et ses forces devenaient menaçantes , lorsque Sverrer attaqua sa flotte près de Bergen, en 1194, et captura ou dissipa tous ses vaisseaux.
Sigurd périt en cherchant à se sauver à la nage.
Apres ce succès, Sverrer jugea prudent de se faire couronner, et demanda à un légat du pape, récemment arrivé en Norwége pour y vendre des indulgences, de célébrer la cérémonie du sacre; sur son refus, Sverrer lui ordonna de sortir du royaume, et se lit couronner, le 29 juin 1194, par son ancien confesseur, qu'il avait nommé à l’evêché de Bergen.
Cependant Nicolas, évêque d’OpsIo, que le roi n’avait pu gagner et qui s'était retiré en Danemark, produisit sous le nom d’Inge, fils de Magnus Erlingson, un jeune Danois qui, dans ce pays d’éternelles révolutions, trouva bientôt un parti considérable, dont on désignait les membres par le nom de Baglers. Cette insurrection commença en 1196. Sverrer fut d’abord obligé de céder, et ne put empêcher 1rs Baglers de faire proclamer leur roi ; mais il les surprit à Opslo le 2» juillet 1196, les défit, et s’empara de toute leur flotte. L’évêque Nicolas fut lui-même si effravé de cette défaite qu’il demanda grôce. Mais bientôt le parti se releva, se rendit maître de Drontheim , et , après plusieurs succès , détruisit la flotte royale , dans deux combats sur mer, et ravagea plusieurs provinces (1198). Il obtint en outre un puissant secours par une bulle, qu’innocent III lança contre le roi, le 14 octobre 1 198, et qui prononçait l’interdiction de Sverrer et de tous ses
E artisans. Mais les rois de Suède et de lanemark, auxquels il avait été enjoint d’exécuter ce que prescrivait l’interdit, ne jugèrent pas à propos
NORWÉGE
d’obéir aux ordres du pape. Sverrer eut le temps de faire construire bne nouvelle flotte, avec laquelle il défit les rebelles, et força leur chef à se retirer en Danemark. Cependant les troubles ne furent pas apaisés, et les Baglers se maintinrent dans le midi de la Norwége jusque vers la fin de l'année 1201 , où la dernière citadelle qu’ils possédaient fut réduite à capituler.
Sverrer survécut peu à cette victoire; avant sa mort, il se fit placer sur son trdne, afin de convaincre la multitude de la fausseté des prédictions de l’evéque .Nicolas, qui avait annoncé qu’il serait dévoré par les chiens; il conseilla aussi à son fils Hakan de se réconcilier avecwle clergé, et pardonna lui-inéme à tous ses ennemis. Il mourut le 9 mars 1202, laissant la réputation d’un grand prince.
Brave, actif, humain et équitable, il était doué, à un degré éminent, du talent de la parole, qu’il devait probablement à sou éducation cléricale.
HAKAN III.
Le fils aîné de Sverrer, Sigurd Laward , étant mort avant lui , et n’ayant laissé qu’un enfant au berceau , son second fils, Hakan 111, fut proclamé roi. Il se réconcilia avec le clergé, rappela les exilés, et, entre autres , l'archevêque , qui , après son retour, leva l'interdit qu'il avait prononcé. Les chefs des Baglers suivirent l’exemple du prélat , et ce parti redoutable se trouva dissous. Hakan ne put profiter de ce calme i nespéré dont jouissait la Norwége après tant de troubles ; il périt le 1" janvier 1204, et l’on soupçonna sa belle-mère de l'avoir empoisonné.
GUTTOBM.
Trois jours après la mort de Hakan lII,Guttorm, pctit-lils de Sverrer, et fils de Sigurd Laward , fut choisi pour roi par l'archevêque et par le sénat. Mais, comme il n’etait âgé
ue de quatre ans , on confia le soin
e son éducation a Pierre Steiper, neveu de Sverrer, et Hakan Gal'n, autre neveu de Sverrer, devint régent de la Norwége. Ce partage du gouvernement déplut à plusieurs seigneurs, qui , rassemblant les Baglers disperses, rappelèrent F.rling Stenveg, qu’ils avaient proclamé après la mort d'Inge, et qui s’était prudemment retiré à Copenhague durant le règne de Hakan 111.
A la faveur de ces troubles , l’évêque Nicolas voulut faire passer la couronne sur la tête de son neveu Philippe , oui , du côté maternel , descendait de la famille royale de Norwége. Mais Waldemar, roi de Danemark, auprès duquel l’évêque chercha de l'appui , refusa de servir Philippe, à moins que les Baglers ne le demandassent eux-mêmes pour leur roi. Or, ce parti et les paysans ne voulaient proclamer qu’un fils de roi. Erling, qui se donnait pour fils de Magnus Eriingson, implora aussi le secours de Waldemar, mais celui déclara qu'il ne consentirait à l’appuyer qu’autant qu’il prouverait son extraction royale par l'épreuve du feu. Il hésitait quand l’évêque lui lit dire qu’il pouvait se soumettre sans danger a l’épreuve , dont il lui garantissait le succès , s’il promettait de choisir Philippe pour iarl. Erling souscrivit à cette proposition; et, après avoir porté un fer rouge sans en être brillé, il obtint de Waldemar trente -cinq vaisseaux, avec lesquels il se rendit dans le sud de la Norwége, où il fut proclamé roi. Sur ces entrefaites, mourut le jeune Guttorm, en 1205; et l’on soupçonna Christine, épouse de Hakan Galm, de l’avoir empoisonné.
HAKAN IV GALIN.
Ce prince mit alors tout en œuvre pour s’assurer de la couronne. .Mais son père n’étant pas Norwégien , le peuple proclama son frère utérin , lnge II Bardson, dont le père était indigène. loge fut cependant forcé de confirmer Hakan dans la dignité qu’il occupait précédemment, et de lui abandonner la moitié des revenus de
la couronne. Quoique Erling fût mort en 1207, la guerre contre les lîaglers continua , parce que l’évêque Nicolas leur avait persuadé de nommer Philippe pour succéder à Erling. Cependant les deux concurrents , fatigués de la guerre , conclurent, par l’entremise de l’archevêque, une paix qui laissait à Philippe le tiers du royaume, avec la fille de Sverrer pour épousé , mais à la condition de renoncer au titre de roi.
Cette réconciliation des deux partis s’opéra en 1208. Inge rencontra plus tard un ennemi plus dangereux dans Hakan Galin, qui le força , en 1213, de conclure une convention par laquelle il fut stipulé qu’après sa mort la çouronne reviendrait a llakan , et qu'ensuite elle passerait à l’aîné des fils légitimes des deux frères. Mais Hakan Galin ne vécut pas assez longtemps pour voir se réaliser ses espérances ; il mourut vers la fin de l’année 1214, et l’on oublia les droits de son fils Canut , qui , suivant la convention , aurait dü succéder à Inge lorsque celui-ci mourut, le 23 avril 1217.
IIakan v, Garnie ( le vieux.)
A la mort de Inge II, les Birkebeniens élurent Hakan V, fils naturel de Hakan III ; la jolie figure de cet enfant, alors âgé de treize ans, l’avait fait généralement aimer. La mère du jeune prince prouva la naissance royale de son fils par l’épreuve du feu , qui était alors très-usitée en pareille circonstance. Le clergé de son coté favorisait le iarl Skule, frère d'Inge, et Hakan fut obligé de céder à ce compétiteur un tiers du royaume.
Philippe étant mort à la même époque, Hakan fut assez heureux pour
Ïirévenir les intentions des Baglers dans e choix qu’ils voulaient faire d’un nouveau roi ; mais l’apparition de nouveaux prétendantsà la couronne était alors devenue une chose si commune, que tout aventurier qui n'avait pas d'autres moyens de faire, fortune se donnait pour fils naturel d’un roi, et secréait toujours de cette manière un parti. C’est ainsi
qu’en agit un certain Benedict, qui en 1218, prétendit être fils de Magnus Erlingsson. Ses partisans furent nommés Slitungar , à cause des haillons dont ils étaient couverts , et se maintinrent jusqu’en 1222. Un autre parti, celui des /Ifoôunpar, se montra en 1219, et choisit pour roi un fils d’ Erling Stenveg, nommé Sigurd. Ce parti subsista jusqu’en 1223 , où Sigurd se démit de son titre de roi, et passa, avec toutes ses troupes, au service du iarl Skule.
Mais, environ un an après, il abandonna la cause du iarl , et reprit son premier titre avec l’aide de l’évêque Nicolas, puis du nouvel archevêque Pierre , qui était cependant redevable à Hakan de son élévation. Sigurd étant mort en 1226, son parti choisit pour chef le jeune Canut, fils de Hakan Galin. Mais ce prince s’étant réconcilié avec le roi Hakan qui lui fit épouser sa belle-sœur et lui accorda un fief, les Ribbungiens choisirent pour roi un nommé Magnus Bladstock , qui fut pris et pendu par les habitants du Værmeland.
Cet événement mit fin , en 1227, à ce parti. Mais le iarl Skule excita de nouveaux troubles par son orgueil et par son ambition. Afin d’y mettre des bornes, Hakan convoqua à Beren , pour le 15 août 1223 , une assemlée générale des états , la plus complète et la plus nombreuse qu'on edt encore vue en Norwége , et y fit examiner les droits de tous les prétendants. Ils furent déclarés nuis , et les députés confirmèrent solennellement l’élection de Hakan V. Celui-ci , fort de cette décision , s’occupa de soumettre les Ribbungiens. Skule resta en repos jusqu’à la lin de cette guerre; mais il se rendit ensuite en Danemark , où il conclut , en 1 228 , un traité secret avec le roi Waldemar. La rupture éclata en 1233; après quatre années de guerre mêlée de négociations , le roi conféra à Skule le titrededuc, dans l’espoir de satisfaire de celte maniéré son ambition. La bonne intelligence dura effectivement jusqu’en 1239. A cette époque, les flatteurs de Skule l’excitèrent à empiéter sur les droits
NORWEGE
du roi ; et celui-ci en avant témoigné son mécontentement , Skule se lit proclamer à Drontheim, le G novembre.
Cette démarche lui réussit mal : vaincu au mois d’avril 1240, Skule se réfugia à Drontheim , où il fut mis à mort le 23 mai, avec son fils Pierre.
A dater de cette époque Ilakan put régner en paix , et donner tous ses soins à son peuple. Il éleva des forteresses, fonda des villes, et établit des lois en faveur de la liberté individuelle. La considération dont il jouissait auprès des puissances étrangères était si grande , que , suivant quelques historiens, saint Louis lui offrit le commandement d’une partie de sa flotte , quand il entreprit sa croisade en Égypte. Le pape Innocent IV envoya même en Norwége le cardinal Guillaume , évéque de Sabine, pour le couronner, quoique le véritable objet de sa mission lût de l’engager à prendre part à la guerre d’Aiiemagne. Le cardinal arriva en Norvège le 17 juin 1247, et le sacre se fit à~ Bergen le 29 juillet, jour de Saint-Olof. En 1249, Ilakan eut une entrevue avec Birger Iarl, régent de Suède; et, en 1251, s’accomplit le mariage déjà projeté depuis longtemps entre son fils aîné Ilakan le jeune , u’il avait associé nu trône, et Richissa, Ile de Birger. En 1253, les deux princes eurent une nouvelle entrevue auprès de la rivière de Gotha , où ils convinrent d'une guerre contre le Danemark.
Mais lorsque, en 1257, Hakan était au moment d’attaquer ce royaume avec toutes ses forces maritimes, son fils aîné vint à mourir; et il ne songea plus qu’à faire proclamer son jeune fils Magnus co-régent , en remplacement de celui qu’il venait de perdre. Ce fut à ce fils qu’il confia le soin du gouvernement , lorsqu’en 1262 il fit voile pourl’Écosse, dans l’intention de reconquérir ce que Magnus aux jambes nues y avait jadis possédé.
L’année précédente il avait soumis l’Islande et le Groenland; il ne fut pas moins heureux en Écosse, et il se proposait même de passer en Irlande ; mais , au moment où il se préparait à cette expédition, la mort le
a a pendant la nuit du 15 au 16 dére 1262, dans l'île de Mainland, l’une des Orcades. On le surnomma Garnie, ou le vieux, pour le distinguer de son fils Ilakan qu’il avait associé au trône, mais qui mourut avant lui.
Son règne est regardé comme l’époque la plus brillante de l’histoire de la Norvège. Ce qu’il y a de certain, c’est qu'aucun roi dê ce pays n’a joui à l'étranger d'une aussi grande considération.
magnus vu, Lagabeter (ou le réformateur des lois).
Magnus VII se hâta de terminer la guerre avec l’Écnsse. La paix fut signée à Perth , le 5 juillet 1266. Magnus renonça aux Hébrides , à l’île de Man , mais se réserva les Orcades. Le roi d'Écosse paya quatre mille marcs sterling, et promit un tribut annuel de cent marcs. Magnus VII, en 1273, conclut avec l’archevêque un arrangement en vertu duquel la loi de Manus VI , qui avait rendu la couronne e Norwége élective, fut révoquée, et le trône déclaré héréditaire. Il mérita le surnom de Lagabeter par les réformes qu'il opéra, en 1280, dans la législation de son royaume. Il s’attacha particulièrement à améliorer, à adoucir les lois , et à fondre les codes particuliers de chaque province en un seul code général. Il apporta même des changements à la constitution , en excluant les paysans des assemblées des États , dans lesquelles ne siégèrent plus ue les feudataires de la couronne. Les evoirs de ces feudataires furent déterminés d’une manière plus précise, et les titres étrangers de chevalier et de baron furent confirmés. Il accorda au clergé plusieurs avantages ; décréta , en 1267, un nouvel impôt sous le nom de denier de saint Olof, et renonça , en faveur des prêtres, à plusieurs prérogatives de la couronne : ainsi il consentit à reconnaître la juridiction ecclésiastique dans toute son étendue, accorda la liberté des élections par les chapitres , et la levée de la dîme dans
vers 11 pondra di-
autres celui8 de bnttlîpheV<!que en,re 12G8 , il compIii#- Dattre. monnaie. En
beau-frère, le roi deV •!?”“ avec son e‘ lui fournit ménl* if"fde WaWemar, que relui - ci » ? secours * lorsses Étais , fût ohi?1 • ét,e exP«*lsé de çn Norwége. Plqs^rd d« Se refu?ier Ja guerre en ih„ ‘ rc *»Magnus porta 1 héritage dMn?iu«îrk au s,1jet lle mars il essuya pC ’ *0,‘ cP°use ; *278, près 'de S grande dél;,ite ('n
L année suivante^ h®.-’ en spanie.
SP11 P de monde a. ,Jfirdlt Pm,ore beau-
Etats , contre les r e nord de ses
"ms ou russe „f .'Jrners - peuple fin- •nfesiait ces èontr! ’ dpPu,s longtemps , Garrière le q n • ,rt*es î il termina sa deux ans. mai 1 280 de quarante-
11 ’ P'yrst<,r/iaderc (l’ennemi des pretres).
Érik (128°-)
j?Urgé, p!;’nî?is d® Magnus et d’Ingeftp Pcocl^mf ““ ,de. Danemark , avait la mort (|p ce ro1 plusieurs années avant Pendant Pprp, niais if n’était cequ'Ü .)a ‘ pe que de dix-huit ans lors-
p'le à l’aréhi fil tro,ne; aussi fut-'1 fa-
Jeune ivin., pq,,e Jean dp captiver le c°ntrart^l q"e au P°int lle lui faire s»n sacre i'S0US SPrme,lt . à I epoque de
d’appr'i,' 1 engagement non-seulement accordé t lout Pe 'P,p son père avait d’éteiiHr„ x eccles,astiques, mais même d’abroger îfT6 ,le',rf Privi|éges, et Paient „ r t0!,tes *es lois qu’ils jugealler trn|l,î°SfTS à leurs droits. C’était lers n» Ü 01 n’ e* Ie r°i ou ses conseilde fcvpi Uren attendre que l’oerasion présenta r.SU«ileS !;romesses. Elle se e,npiét,.' c ,n*ot : ' archevêque ayant ttiuim.-,.,»0! ,e pouvoir royal, en pro- *îl'es rf"l.de nouvelles lois ecclésiastidélits ant amende pour tous les av*dité f ,",eux’ Érik profita de cette ce Qu’ii imprudente poUr révoquer tout lui susl:4ava,t pelroyd- Cette conduite du cleVf - un? ,0Pcue inimitiéde la part /*£./’ qj1' ,UI donna le surnom de très * ^odere, ou ennemi des prêarchevêque eut recours aux ar-
mes de l’Église, et excommunia deux conseillers du roi. Érik irrité le chassa
d!Ondn *uffraSants. les évêques d Opslo et de Haninier. Les prélats allerent porter leurs plaintes a Rome
contre^ uf n,pna'.an,es furent lancées contre Erik ; mais l’archevêque ainsi
eiïnîute dpt i°U'i évéques étant morts ’ e c,er?e '°.vant quÉrik bravait les menaces du pape, s’efforça
ration de pari a sou,"ission ,a UiodilV m er h q,,el,'V,es-Pns dps décrets du
archevêqu.; ?To7und\fsôumifaü°m?
^vant la fin de ces troubles, Érik qui désirait reparer la perte que là Rorwege avait faite sous Mac, ms V I
^,!^ides’ e'JOUsai > la hile et l’héritière d’Aleian'
vre/ irirr'i d’Rcqsse’ 11 espérait recou- 'rer, par re mariage, les pays que son
RSrïrV 1 ' ™"
„ en 1283, et ne laissa qu’une fille nommée comme elle Marguerite oui fut reconnue reine d’Ecosse en 1286 et mourut™ I2qi, nu moment où elle se rendait dans son royaume. La guerre a ec le Danemark se ralluma de nou- 'çau en 1284; elle avait pour cTult •me réclamation relative à £ dot d I “
f rik if ’r/,l0use de MaSnus VH.
dhnirif' Un a!l,e niJX meurtriers
îuéSïï W’ ,e< ,,ar là rai»ma la guerre entre les deux royaumes. KM»
ne fut terminée que sous son successeur, en 1308. aucces-
Cette guerre mit Érik aux prises avec les villes anséatiques. Pour les punir de I appui qu’elles prêtaient au Danemark, il fit donner la chasse aux vaisseaux des villes de Hismar! S
ceux de" b<>rg ’ S,ol,‘e ct Lubeck. Tous ceux de leurs vaisseaux dont on mit s emparer dans |a B.-.ltique furent déc arcs de bonne prise. Ces villes conclurent aussitôt une ligue, chargèrent Lubeck de diriger la guerre, et défeï dirent de porte,- e„ Norwége des gra s
et de là biere, objets de première cessite dont ce pays manquai t Sue entièrement. La Norwége se vit ^
cette mesure, réduite à °una si iVaffi
NORWÉGE
détresse , qu’Erik fut contraint de demander la paix. Il l'obtint par l'entremise de Magnus I .adulas, roi de Suède, et elle fut signée à Calmar, le 3t octobre 1285. ïlrik dut rendre tous les vaisseaux capturés, indemniser les villes anséatiques de tout ce qu’elles prétendaient avoir perdu , et leur accorder en outre plusieurs avantages commerciaux. Il entra lui-même dans la ligue anséatique, et convint avec les confédérés de. la marelle qu'on suivrait à l’avenir lorsqu’il y aurait guerre entre le Danemark et la Norvège. La guerre avec le Danemark fut aussi assoupie momentanément; mais elle éclata de nouveau en 1288, par suite de l’asile que les Danois exilés après l’assassinat d’Érik Glipping avaient trouvé en Norwége. Un armistice, conclu le 28 février 1295, suspendit pour quelque temps les hostilités. Quatre ans après, le 11 juin 1299, Érik mourut sans laisser de lils.
HAKAN VI.
Hakan, fils de Hakan le Vieux, et déjà nommé duc par son père, administrait avec un pouvoir absolu , du vivant même d" Érik 11, la partie du royaume qui lui avait été cédée , et il succéda à son frère sans contestation.
Il continua la guerre avec le Danemark, que lui avait léguée son prédécesseur, sans cependant obtenir d'avantages éclatants ; il prêta aussi son appui aux deux frères de lîirger, roi de Suède, Érik et Waldemar, qui s’étaient réfugiés auprès de lui en 1304, et força Birger a se réconcilier avec eux. Mais peu a peu il s’éleva entre llakan et les ducs suédois une contestation qui dégénéra bientôt en guerre ouverte. Érik avant refusé de remettre a llakan plusieurs places que celui-ci lui avait cédées temporairement en fiefs, le roi de Norwege prit les armes pour rentrer en possession de Kongelf et de Varberg. Ce fut pendant cette rupture inattendue que les rois de Danemark et de Norwege terminèrent leurs différends par la paix de 1308. Hakan pro-
mit par ce traité de donner Tngeburge, sa fille, âgée alors de sept ans et héritière présomptive du royaume de Norwége, à Magnus, fils de Birger, roi de Suède et neveu du roi de Ü nemark.
Ce dernier céda à Hakan le comté de Hallund, en échange des prétentions de sa mère, qui étaient le motif de la guerre. Ce traité conclu, les deux rois tournèrent leurs armes contre les ducs suédois qui s’étaient mis en possession de toute la Suède. Mais la victoire ne favorisa pas les coalisés, et, au mois de juillet 1310, les ducs conclurent une paix qui réconcilia Erik avec Hakan. Par une négociation adroitement conduite, Érik sut persuader au roi de Norwége de rompre tacitement le mariqge de sa fille avec le prince Magnus, pour la lui fiancer à lui-même (1312).
Hakan renonça, en faveur de cette union, au comté de Halland, dont le roi de Danemark investit alors Érik et son frère cadet , qui furent assassinés, en 1318, par leur frère, le roi Birger.
Après avoir ainsi rétabli la paix dans tout le nord, Hakan s’occupa de l'administration intérieure de son royaume. Mais lorsque. Birger fit assassiner Erik, Hakan voulut venger son gendre, et contribua à renverser son meurtrier du trône; mais le chagrin avait miné sa santé: il mourut Ie8mai 1319.
Parmi les ordonnances de Hakan VI , il en est une qui prouve dans ce prince des idées sur le commerce, peu communes à cette époque. Ayant remarqué que les villes anséatiques importaient en Norwége beaucoup d’articles de luxe, et que, parmi ceux qu'elles exportaient, il s’en trouvait dont la Norwége n'était lias pourvue en abondance, il défendit toute exportation dont la valeur n’aurait pas été importée en grains, légumes secs, harengs, viande salée ou fumée; en outre, il défendit aux étrangers toute vente de détail , et restreignit leur commerce à la seule ville de Bergen.
On cite encore l’ordonnance par laquelle Hakan, en 1302, régla l’ordre de succession à la couronne et tout ce qui concernait la régence , et la cons-
titution du 16 juin 1308, qui détermine l'organisation de la cour et des grandes charges de l’État.
magnus vni Erikson, Smeck (mignon).
Avec ïlakan VI s’éteignit dans les mâles la race des Ynglinges ou de Harald Haarfaçer, qui avait régné depuis 863. Le trône passa à celle des Folkunges, qui occupait le trône de Suède depuis 1250. En effet, Magnus VIII, dit Smeck, né en 1316, d'Érik, duc de Suède, et d’Ingeburge, lille de Hakan, fut, malgré son jeune âge, proclamé par les états roi de Norwége, en sa qualité d’héritier mâle le plus direct, puisque il était petit-fils de Hakan VI du coté maternel. Cette élection réunit les deux États sous un seul et même monarque; car Magnus, petit-fils du eôlé. paternel de Magnus Ier Ladulas, était depuis peu de temps roi de Suède sous le nom de Magnus II. Quoique chacun de ces États eût son sénat particulier qui gérait les"affaires pendant la minorité du jeune roi, neanmoins, tant que dura cette minorité, le gouvernement de Norwége fut presque entièrement entre les mains des régents de Suède, qui portèrent même lé roi à faire la guerre à Canut Porse, duc d’Halland, que sa mère avait épousé en secondes noces.
Magnus VIII prit les rênes du gouvernement en 1330. Les Norvégiens, mécontents de la mauvaise administration du roi et de ses ministres, refusèrent de le reconnaître plus longtemps. En 1339, une partie de la noblesse norvégienne s’assembla dans la province de llohus pour élire un nouveau roi. Néanmoins cette première réunion fut sans résultat, bien que le peuple s'attendit à de grandes révolutions, à la suite d’un tremblement de terre qu’on avait ressenti, et d’une violente éruption du mont Heckla , dans le eours de l'année 1341. Pour prévenir les troubles dont la presu’ilescandinaveétait menacée, le sénat e Norwége et celui de Suède engagèrent le roi à partager les deux royau-
mes entre ses deux fils. En 1343, il nomma en effet Hakan , le plus jeune d’entre eux, roi.de Norwége, en se réservant le gouvernement pendant la durée de sa vie. De grandes calamités publiques , telles que des submersions , des écroulements de rochers, et enfin l’horrible peste qui, sous le nom de digerdüden ou la mort bleue , ravagea le Nord depuis l’année 1348 jusqu’en 1350, finirent cependant par faire croire au peuple que Magnus avait attiré ces malheurs sur le pays par ses vices, et il fut privé, en 1350, du gouvernement de la Norwége, qui resta à son second fils. Il dut se contenter, pour sa subsistance, du bailliage de Helgoland et des îles d’Islande , de Feroé et de Schetland.
Les malheurs de Magnus sont attribués en grande partie à l’influence qu’exerçait sur lui son épouse, Hlanche .de Namur, princesse passionnée et intrigante qui l’entraîna a faire la guerre à son fils Érik(*).
HAKAN Vil.
Hakan, demeuré seul roi en Norwége, semble avoir gouverné pacifiquement, tandis qu’en. Suède Magnus était en guerre avec ses propres sujets et avec son fils aîné, Érik, qui avait expulsé un de ses favoris. Mais après la mort d’Érik , survenue en 1359, Hakan voulut prendre une part plus active à ce qui se passait en Suède . et, pour apaiser les troubles qui éclatèrent en 1361 , il se vit obligé de se ranger du côté du peuple, et de s'assurer, le 11 novembre 1361 , de la personne de son père, qui fut renferme au château de Calmar et mis en liberté peu de temps après. Hakan fut alors élu roi de Suède le 15 février 1362, après avoir promis de rompre ses fiançailles avec Marguerite, lille du roi Waldemar, et d'épouser Élisabeth, fille du comte Gerhard de Holstein. Plusieurs membres du sénat suédois furent députés pour amener la princesse en Suède.
Le mariage se fit par procuration, et
lie
(*) Voyez l’Histoire de Suède p. 3a.
NORWÉGE. 525
dans le contrat il fut stipulé que Ma- de,' s’avança avec son armée jusqu’à gnus encourrait la perte de ses États Stockholm, et mit le siège devant cette s’il ne ratifiait pas ce à quoi l’on s’était place. Ce fut sous les murs de cette ville engagé en son nom. Mais vers la (in de que fut enlin signé un traité de paix dél’année, la jeune princesse ayant mis nnitif. Ilakan et Magnus renoncèrent à la voile pour se rendre en Suède , son à toutes leurs prétentions sur la Suède, vaisseau fut poussé par la tempête sur et ce dernier recouvra sa liberté moyenles côtes du Danemark , où elle fut ac— nant une rançon de douze mille marcs cueillie avec beaucoup d’égards, mais d’argent. Magnus périt peu après, le où on la retint sous différents pré- V* décembre 1374, par un naufrage, textes. et le roi Hakan termina sa carrière le
Dans les entrefaites, Waldemar en- 1er mai 1380, après avoir vu proclamer, gagea Hakan à se rendre avec son le 3 mai 1376, son (ils Olof roide Danepèrc à Copenhague, où fut renouvelé mark sous la tutelle de sa mère, la reine rengagement contracté avec Margue- Marguerite. Olof mourut en 1387, et rite, et la cérémonie du mariage se bien que sa mère, qui était d’une famille lit le 9 avril 1363. Les parents d’Éli- étrangère, n’eût aucun droit au trône sabeth furent blessés de ce procédé, de Norwége, elle sut se concilier telleet les sénateurs suédois, qui s’étaient ment la faveur de la nation, qu’elle fut rendus caution de Hakan , déclarèrent chargée du gouvernement pour le reste Hakan déchu du trône. Cette insurrec- de ses jours. Elle nomma, en 1389, tion aurait pu être apaisée dès son roi de Norwége son neveu Erik III le origine , si Hakan avait voulu se récon- Poméranien , qui , par l’union de Calcilier avec ceux qui l’avaient provoquée; mar en 1397, devint le premier momais, quand ils le virent persister dans narque des trois royaumes du Nord, l'alliance du Danemark, ils élurent
pour roi le jeune duc Albert de Meck- deuxième Époque.
lenbourg , et ce prince étant passé
en Suède, iis tinrent une assemblée va norwéoe souj la domination du des états le 30 novembre 1363, et Danemark.
convoquèrent, pour le carême de l'année 1364, une nouvelle diète à Up- A partir de 1397 l'histoire de la sal, où Albert fut proclamé roi avec Norwége se trouve confondue avec toutes les cérémonies accoutumées, celle du Danemark et de la Suède, Hakan ne sut pas agir avec vigueur: quoique, pendant tout le temps que
il aurait pu empêcher peut-être par la dura l’union de Calmar, les Norwéforce le couronnement de son rival; giens fussent considérés comme un mais il ne rassembla ses troupes qu’au peuple indépendant , et que leur commencement de l’anpée 1364; aussi, royaume fût regardé comme un État pendant qu’il marchait sur Stockholm, électif. Mais n’ayant ni une noblesse fut-il surpris à fimproviste, le 3 mars, ni un clergé puissants , point de villes par son concurrent, qui délit et mit marchandes et une agriculture encore en fuite ses troupes, lit son père pri- dans l’enfance, la Norwége ne pouvait sonnier, et l’obligea lui-même, après que perdre, dans cette union avec les avoir été blessé, à se retirer en Nor- deux Etats voisins, son antique indéwége. La guerre contre Albert con- pendance; et, lorsque les crimes de tinua, et, bien que le roi de Norwége Christian curent amené sa déchéance eût conclu la paix avec les villes an- et la rupture du traité de Calmar, la séatiques le 5 septembre 1369, il n’en Norwége, après quelques vains efforts fut pas moins obligé de reconnaître pour ressaisir sa liberté , devint une Albert comme roi de Suède. simple province du Danemark , que le
Cependant Magnus était demeuré en sénat de Copenhague d’abord , puis le prison, et, pour ledélivrer, Hakan lit, roi , après la révolution de 1661 , qui en 1371, une nouvelle incursion en Sué- lui rendit le pouvoir absolu , traitèrent
comme une préfecture danoise. Un pays où la vie politique est ainsi éteinte ne peut avoir une bien longue histoire. Aussi nous contenterons-nous de rapporter rapidement le petit nombre d’événements dont il fut le théâtre.
Les succès de Gustave AVasa, la révolte de la noblesse danoise du Jutland avaient mis fin à l’odieuse tyrannie de Christian , et son oncle Frédéric de Holsteinavniteté proclamé roi à sa place le 25 mars 1523 , deux mois avant que le libérateur de la Suède reçût le même titre de la reconnaissance de la nation. Cette double élection mit fin au pacte qui unissait les trois royaumes Scandinaves; la Norvège reconnut pour roi Frédéric, qui promit que les marchands anséatiques n’auraient plus le droit d’acquérir des biens-fonds, et que le roi rachèterait les îles Orcadeset Sehelland , aliénées par Christian I'r en faveur de l’Ecosse , sans le consentement du sénat norvégien. Cependant Christian conservait des partisans ; les efforts qu’il avait faits pour soustraire en Danemark le peuple à la domination des grands, avaient presque effacé, dans l’esprit des paysans norwégiens , le souvenir de ses' cruautés, qui ne s’exerçaient d’ailleurs que sur les riches et les puissants; en outre Christian paraissait fermement attaché à l’Eglise romaine; aussi le clergé, menacé dans ses richesses et son autorité par la réforme qui , après s’être étendue dans le Danemark et la Suède , voulait pénétrer encore dans la Norvège, s'intéressa vivement à la restauration du prince déchu. Bientôt une conspiration se forma ; on battit monnaie avec l’argenteriedes églises : Charlcs-Quint fournit quarante mille florins ; de riches bourgeois d’Allemagne et des Pays-Bas avancèrent de fortes sommes , et Christian vint débarquer, en 1531 , sur les côtes de Norvège, line assemblée de prélats , de notables , de. bourgeois et de laboureurs le reconnut à Opslo pour légitime souverain; et, en voyant accourir auprès de lui tous les mécontents des deux autres royaumes, il put croire qu’il allait ressaisir son an-
cienne puissance. Mais le meurtre de son meilleur général , qu’il immola à ses soupçons , des lenteurs , de fausses mesures' et surtout l’alliance de Gustave, de Frédéric et des villes anséntiques, firent échouer son entreprise. Assiégé dans Opslo , il se rendit au général de Frédéric , et une sentence du sénat danois le fit enfermer dans le château fort de l’île d'Alsen; il y passa vingt-neuf ans dans un donjon dont on avait muré la porte , n’avant avec lui qu’un nain qui l’avait longtemps servi.
La Norvège , réduite à implorer la clémence de Frédéric, ne perdit aucun de ses droits; mais le souvenir de sa défaite pesa toujours sur elle. Le Danemark se souvint de l’avoir trop aisément vaincue. Aussi , lorsqu’nprès la mort de Frédéric l’archevêque de Drontheim voulut faire proclamer le palatin Frédéric roi de Norvège, Christian III, le fils aîné de Frédéric de Holstein, ayant été reconnu par le sénat de Copenhague, publia le décret suivant :
« Le rovaume de Norvège étant tel- « lement déchu de sa puissance et de « ses revenus, que ses habitants ne sont « plus en état d’entretenir un roi . ce « rovaume étant cependant obligé « d’être uni à perpétuité à la couronne « de Danemark , et la plupart de ses sé- « nateurs, et en particulier l’archevé- » que, qui est la première personne de « l’F.tat, s'étant montrés, dansun court « espace detemps, ennemis deoettecou- « ronne à deux reprises différentes , en « quoi ils ont été imités par la plupart « desautressénateurscontreleurdevoir « et leurs engagements; à ces causes, « nous, Christian , nous nous sommes « engagés envers le sénat et la noblesse « de Danemark, et leuravons promis « que, s’il plaît au Tout-Puissant que « nous recouvrions ledit royaume de « Norvège ou quelques-unes de ses pro- « vinces, de façon que nous les redui- « sions sous notre obéissance, ledit « royaume, soit en tout ou en partie, » sera et demeurera soumis à la cou- « ronne de Danemark, delà mëmema- « nière que le Jutland , le Séeiand, la
NORWÉGE
« Fionie ou la Scanie; en sorte qu’à l'a- « venirilnesera plus un royaumeàpart, « et il ne pourra plus être appelé ainsi, « mais une partie du royaume de Dane- « mark, soumise à perpétuité à cette «couronne; bien entendu cependant « que si la .Norwége vient à être engagée « en quelque guerre, le sénat et les états « de Danemark seront tenus de nous « seconder fidèlement pour qu’elle re- « çoive les secours nécessaires. »
Cependant le roi adoucit quelque peu la rigueur de ce décret; la Norwége perdit , il est vrai , son sénat et la prérogative de prendre part à l’élection des rois , mais elle conserva le titre de royaume, et les états ne furent point abrogés. Les habitants furent aussi maintenus dans la jouissance de leurs ' privilèges civils ; et, quoique les nobles danois se fussent fait accorderplusieurs fiefs, ils ne purent y introduire le régime de leur pays. La diète continua a être composée de nobles , d’ecclésiastiques et de paysans.
En 1561 se passa un événement important pour la prospérité commerciale de la Norwége. Les Auséates établis à Bergen avaient le monopole du commerce de tout le rovaume, et entravaient , par leurs priviféges, tous les efforts île l'industrie nationale; mais déjà cette puissance formidable,
3ui avait été si longtemps la terreur u Nord , commençait à déchoir. Le gouverneur de la ville pour Frédéric H , successeur de Christian III, crut le temps enfin venu de les contraindre à se soumettre aux lois du pays. Il commença par renouveler les fortifications du château qui gardait la ville, puis il lit raser toutes les maisons qui se trouvaient entre le fort et la factorerie allemande, afin que celle-ci se trouvât sous le feu de son artillerie; ayant ensuite assemblé les chefs du comptoir «inséate, il se fit montrer leurs titres; et s’étant convaincu qu’ils avaient étrangement abusé de leurs privilèges , il les força de démolir le fort qu’ils avaient élevé. Le pasteur de leur église dut se soumettre à la juridiction de J ’ évêque norwégien (*) , et les corpora- (*) C’était Christian IU qui avait intro-
tions, qui s’étaient mises sous la protection de la factorerie , eurent ordre de prêter hommage au roi ou de quitter le pays.
Quelques années plus tard , la tranquillité du pays fut un instant troublée par l’ambition du roi de Suède , F.rik, fils de Gustave. En 1567, uii corps suédois traversa la Dalécarlie; et, à travers des montagnes escarpées et des forêts épaisses , sans autre guide que la boussole, arriva jusqn’à la ville d’OpsIo. Il eût pu s’emparer facilement de l'importante forteresse d’Aggershus, s’il n’avait été obligé de laisser son artillerie en arrière. Les Danois eurent le temps de recevoir des secours, et forcèrent les Suédois à se retirer. C’est dans cette retraite que l’ancienne ville de Ilammer fut détruite par les flammes. Mais dans le même temps s'élevait une ville nouvelle, celle de Frédérikstnd, à l’embouchure du Gloinmen , près de l’endroit où existait jadis la cité de Sarpsborg.
Lorsque Christian IV , successcu r de Frédéric II, vint visiter la Notwége et recevoir l'hommage des h ihitants de ce roraunie, les dépu'és de la diète, après la cérémonie du serment , lui présentèrent un mémoire pour le redressement de leurs nombreux griefs; le roi le renvoya au sénat de Copenhague, qui répondit u’on restituerait les anciens titres et ocuments détournés par les employés danois, qu’on mettrait à la tete de l’administration un chancelier né dans le pays , qu’enfin on cesserait de conférer des fiefs norwégiens à des Danois. Ces promesses auraient été illusoires si le roi ne s’en était lui -même souvenu. Zélé pour la cause du peuple, qu’opprimait l’aristocratie danoise , il fit tout pour soulager ses misères; on le vit même , en 1599, pour ouvrir un nouveau débouché au commerce , reconnaître lui-même toute la cote de la
duit le luthéranisme en Norwége, avec la forme épiscopale que ce culte avait adoptée en Danemark et en Suède. Ce changement important se fit sans rencontrer une opposition violente et sam coûter une goutte de saug.
Laponie norvégienne. Malgré les dangers d'une navigation dans ces mers polaires, il partit de Copenhague au printemps avec douze vaisseaux , passa dans le Catégat, puis dans l'Océan, visita les îles , les golfes et les ports de la Norvège , doubla le cap Nord et pénétra dans la mer Blanche. Près du fort de Wardhus la quille de son navire se brisa contre un écueil, et il aurait péri s’il n’avait été secouru par des marins anglais qui se trouj vaient à peu de distance, t En 1611 .Christian déclara la guerre à la Suède , enleva Calmar et l'ile d'OEland , et serait arrivé peut-être jusque sous les murs de Stockholm sans l’habileté du prince royal Gustave- Adolphe. La Norvège aurait pris peu d part à cette guerre si elle n’y avait éti : directement provoquée par une audacieuse entreprise d’un corps auxiliaire. La plupart des troupes suédoises étant occupées en Livonie et en Russie , Gustave envoya des agents en Éccsse pour enrôler deux corps d’Ecossais ; comme les croiseurs uanois les emp lehaicnt d’arriver directement en Suedî.ils débarquèrent en Norvège dans le dessein de traverser ce pays.
L’un d’eux , après avoir forcé le commandant danois de Drontheim à capituler, traversa sans difficulté le Jæmtland et l’Herjedalie; mais l’autre, qui avait débarqué dans le district de Romsdal , se trouva , après avoir gravi de hautes montagnes , enfermé dans la grande vallée de Gulbrandsdalen, où il périt jusau’au dernier homme sous les coups des paysans. La paix qui termina cette lutte, en ICI 3, valut à Christian toute la partie de la Laponie qui s'étend depuis le golfe de Titis jusqu’à celui de Waranger.
A la gloire des armes Christian voulut joindre celle de législateur : il fit examiner les lois civiles et criminelles de la Norvège , et quand cette révision du code national eut été achevée, il voulut encore soumettre ce travail , avant de le rendre exécutoire, au jugement des meilleurs jurisconsultes de la Norvège, et se rendit lui-méme dans ce dessein à Bergen.
En même temps il introduisit quelques réformes dans la discipline ecclésiastique et dans le régime des écoles.
Une mine d’argent fort abondante ayant été découverte dans le canton de Beskerad , en 1621, Christian fit bâtir près de la mine la ville de Kongsberg ; et , comme les paysans norvégiens étaient peu accoutumés aux travaux des mines (*), le roi fit venir des mineurs allemands pour les diriger.
Trois ans plus tard il fit construire, sur remplacement de l’antique cité d’OpsIo détruite par un incendie, la ville de Christiania, qui devint le siège du gouvernement ; il bâtit aussi Christiansand et la forteresse de Flekkeræ. Enfin il essava de relever, par la cession de plusieurs prérogatives, la noblesse norvégienne, mais sans y parvenir. Si ses efforts pour retrouver le Groenland et découvrir un passage aux Indes par le pôle ne furent pas couronnés du succès , ils prouvent au moins sa sollicitude pour le commerce de ses sujets , et les expéditions qu’il fit entreprendre donnèrent de nouvelles notions sur les mers arctiques et sur la pêche de la baleine.
Sous ce prince, qui encouragea dans ses deux royaumes les lettres et les sciences , aussi bien que le commerce et la navigation , un évêque de Drontheim, André Arrebœ, écrivit un poème remarquable sur la création, intitulé H examer on ou l'Œuvre de la première semaine.
Le successeur de ce prince remarquable, Frédéric III , fut proclamé le 24 août 1648 , à Christiania , après l’avoir été, le 6 juin de la même année, à Copenhague. Dans le voyage u’il fit en Norvège, il essaya de renre aussi quelque éclat à la noblesse norvégienne , mais sans réussir mieux que son père; car cette classe était
fieu nombreuse et sans iufluence sur e pays. Lorsqu’on délibéra dans la
(*) En i54o, de» mines ayant été découvertes dans le canton de Telirmarken, Ici paysans axaient refusé d'y travailler, et une révolte dangereuse avait même éclaté à cette occasion.
rtrtjif
N O RW K G F..
diète de 1653 sur quelques objets d’administration intérieure', onze gentilshommes seulement se présentèrent pour demander qu'on prît des mesures afin de maintenir leur ordre. Cette étrange requête resta à peu près sans résultat, quoiqu'on prit sans danger faire quelques concessions à une classe que sa faiblesse rendait si peu redoutable. Dans la suite, lorsque les gouvernements, qui , au moyen tige , étaient autant de fiefs , devinrent de simples intendances ou bailliages , et que les terres du domaine furent données à ferme ou vendues au plus offrant , sans égard à la naissance , la classe des nobles alla chaque jour perdant en nombre et en crédit ; peu à peu la plupart des anciennes familles nobles se fondirent dans la classe des cultivateurs, et il ne resta dans le pays, avec des titres féodaux , que quelques gentilshommes allemands ou danois.
A la suite de la guerre de 1658, signalée par lepassageàe l'armée suedoisesur les glaces du grand et du petit Belt, la Norvège devait perdre, par le traité de paix , la province de Bohus et le gouvernement de Drontheim. Mais des difficultés ayant arrêté la ratification du traité , et la guerre ayant éclaté de nouveau, les Norvégiens, mécontents de voir leur royaume morcelé , s’armèrent, et, soiis la conduite de l’intrépide Pierre Norrmann , forcèrent le commandant suédois de Drontheim de capituler. Lorsque Charles-Gustave se disposa lui-même à diriger les armées suédoises contre la Norvège, ils firent dans leurs défilés une résistance opiniâtre , jusqu'au moment où la mort du roi de Suède les délivra d’un danger imminent. Néanmoins la paix de 1660 leur enleva la province de Bohus , mais iis conservèrent celle de Drontheim.
Ce fut à la suite de cette paix que s’opéra la révolution qui, par la coalition du clergé et des bourgeois , rendit au roi ac Danemark l’autorité absolue. Le 10 janvier 1661 , la noblesse, le clergé et les bourgeois remirent à Frédéric III un acte qui déclarait sa couronne héréditaire et son
34' Licraison. (Norvège.)
pouvoir illimité. La Norvège n’eut aucune part à cet événement qui changeait son droit public; province docile, elle accepta la révolution opérée à Copenhague et prêta serment h la nouvelle constitution, à la loi royale, où se trouvait cet article : « Les rois hé- « rédltaires de Danemark et de Nor- « vége seront en effet et devront êti e « regardés par tous leurs sujets eom- « me les seuls chefs suprêmes qu’ils « aient sur la terre. Ils seront au-des- « sus de toutes les lois humaines et « lie reconnaîtront, dans les affaires « ecclésiastiques et civiles , d’autres « juges que Dieu seul. » Quatre ans après , le roi Frédéric laissa , par sa mort , à son fils Christian V le pouvoir le plus absolu qu’exerçât aucun monarque de l’Europe.
Le nouveau roi par droit divin voulut rivaliser d’éclat et de faste avec Louis XIV. L’ancien ordre de l’ÉIéhant fut renouvelé, celui du Danerog créé; il donna des tournois , ouvrit des théâtres et fit frapper des médailles, tout comme le vainqueur de l’Espagne, de la Hollande et de l’Empire; il voulut même reconstituer, au profit de sa royauté et pour l’éclat de son trône, une féodalité nouvelle; les charges de cour furent multipliées, et des fiefs avec titres de comtes et de baronnies , ainsi que des privilèges honorifiques et lucratifs, furent donnés à des familles danoises.
La Norvège eut deux comtés, Lnurwig et Iarlsherg , et une baronnie, celle de Rosendal. Mais ce qui n’était pas au pouvoir du roi, c’était de changer les mœurs et les lois civiles des Norvégiens : les nobles de création royale, dont l’un, le comte de Tœnsberg , s'appelait Schumaker quand il n'était que le fils d'un marchand de vin de Copenhague, ne pu- rent former une caste nobiliaire, et furent même contraints de se soumettre, dans l’exercice de leurs prérogatives féodales, aux restrictions qui résultaient des institutions civiles du pays.
Les guerres de Charles XII contre , Frédéric IV, successeur de Christian V,
eurent pour principal théâtre la Norvège, et ce grand drame se termina sous les murs de la petite ville de F’rédérikshall. Sitôt que Charles était arrivé en Suède , après sa captivité de Bender, il avait ordonné de nouvelles levées et mis sur pied une armée de soixantedix mille hommes; en même temps, il organisait un corps considérable de milices. Tous les Suédois devinrent soldats, et il ne resta, à la lettre, que des vieillards, des enfants et des femmes, pour vaquer aux travaux de l’industrie et de l’agriculture : il y avait de l’enthousiasme, mais il régnait aussi un grand mécontentement nourri par l'esprit de parti et par des mesures arbitraires. Au mois de janvier 17 IC, le Stind , qui sert de passage entre la Scanie et i’ile de Sélande, c’est-à-dire entre la Suède et le Danemark , se couvrit entièrement de glaces. Charles crut un instant qu'il pourrait renouv eler les prodiges de sou aïeul : mais la nature trompa son attente et rassura les Danois épouvantés, lin dégel commença a faire fondre les glaces, le jour 'même où l’on faisait des prières publiques pour le succès de l’expédition. Feu apres, l’armée suédoise eut ordre de diriger sa marche sur la Norvège. Cette invasion devait changer la situation politique du Nord.
« Les circonstances n’étaient pas favorables ; des neiges entassées gênaient la marche des troupes et rendaient les transports très-difficiles. Les employés danois avaient animé les habitants des frontières, et l’état de souffrance où la Suède se trouvait réduite ne pouvait encourager les Norvégiens a faire cause commune avec elle. D'ailleurs, uux moyens naturels de défense que présentait un pays coupé de roches , de ravins, l'art avait joint plusieurs places fortes, dont l’une surtout était redoutable; elle allait acquérir unegrande célébrité dans cette guerre, et son nom devait se lier aux plus grands souvenirs de l'histoire.
« Entre la province de Bohus et le canton de Boresyssel, près d’un détroit que forment les eaux duCattégat, s’élève une masse de rochers de l’as-
pect le plus rude et le plus sauvage.
Au pied de ces rochers, à l’embouchure du Tistedal , qui se précipite de leur sommet, une industrie courageuse avait d’abord créé un bourg nommé Hald pour le commerce de la contrée; déjà, pendant l'expédition île Charles- Gustave, les habitants de ce bqurg, sous la direction de Pierre Norrmanq, établirent un petit fort sur un roc escarpé. Le bourg devint peu à peu une ville qui reçut le nbin de Frédérikshall. Au petit fort succéda une forteresse qu'on appela Frédérikstein; plusieurs autres ouvrages de fortification furent établis sur les hauteurs voisines.
« Charles entra en Norvège avec un corps de troupes dont il avait luimême le" commandement en chef; il éprouva de grandes difficultés dans plusieurs rencontres, et, surtout au passage de Basmœ, il lit des pertes sensibles ; il s’empara cependant de la ville de Christiania, mais il ne put réduire, faute de grosse artillerie, la citadelle d’Aggershus. La ville de Frédérikshall ayant été investie, plusieurs habitants mirent le feu à leurs maisons , après les avoir remplies de matières combustibles, et des miliciens, rassemblés par uq négociant, Colbiœrsnon, disputèrent les passages. Un magasin de poudre, de tombes, de grenades, sauta, et les combattants se mêlèrent au milieu des flammes et de la fumée. Après u^ie lutte effroyable, les Suédois se retirèrent, laissant un grand nombre de morts et de blessés; le roi lui-même ne put échapper uu'à travers les plus grands dangers. Une bombe tomba surfa maison où il était logé, et les éclats le blessèrent au visage. Un convoi d’aètillerie avait été expédié de Gothembourg; déjà il était arrivé dans Je port de Dynekille, voisin de la frontière, et défendu par une batterie. Le capitaine de vaisseau , Pierre Tordeoschcrld , né en Norvège, et qui s’éleva au grade d’amiral en Danemark , attaqua le port, l.es officiers suédois s’étaient assemblés pour assister à une noce; ils se croyaient en sûreté et regardaient le port comme à l’abri d'un coup de main; Tordenschoeld y pénétra
NORWÊGE.
avec deux frétâtes , enleva le convoi et déduisit plusieurs vaisseaux. Charles, ui avait l'intention de faire le siège e Frédérikstein, fut obligé d’y renoncer pour le moment; il abandonna les endroits qu’il avait occupés, et, se contentant de fortifier la place deSundborg sur l’extrême frontière, il retourna en Suède.
«On craignait dans ce pays une invasion des Danois accompagnés des Russes; mais Pierre ne seconda pas ce projet; il était moins porté pour le Danemark , et il montrait de plus en plus du penchant pour les négociations avec la Suède et les plans politiques du baron de Geertz.
«Au printemps de l’année 1718, le roi de Suède se décida à retourner eu Norvège. La première expédition, entreprise trop précipitamment , lui avait coûté quatre mille hommes ; il voulut prendre mieux ses mesures, et surtout se mettre en état de réduire la forteresse de Frédérikstein, qui était le boulevard le plus redoutable de ce pays. Parmi ceux qui l’entouraient dans ce moment était Emmanuel Svedenborg , devenu fameux depuis dans toute l’Europe comme chef de secte, et sous des rapports bien différents de ceux de la tactique et de la guerre. Il s’occupait alors avec beaucoup d'ardeur de sciences mathématiques. Ce fut lui qui se chargea de transporter par terre des vaisseaux armés dans les eaux qui conduisent à Frédérikshall, et dont l’entrée était étroitement bloquée par les Danois. Quand tous les préparatifs furent achèves, Charles envoya un corps de six mille hommes, sous le commandement du général Armfelt, pour agir contre Drontheim, et luimême conduisit l’armée principale vers Frédérikshall. Ayant investi cette \ ille, il attaqua les petits forts en avant de Frédérikstein. On s’était emparé du plus voisin, Gyldenlœv, et le 27 novembre 1718 la tranchée fut ouverte devant la forteresse principale. Les travaux avançaient sons les yeux du roi, qpi, pour pouvoir mieux les suivre, avait fait construire à son usage une cabane en bois à peu de distance.
Le 30 novembre, il les visita vers neuf heures du soir; il s’appuya sur le parapet , et quelques moments après on observa qu’il posait sa tête sur ses bras. On le crut endormi; mais on eut enfin de l’inquiétude : on approcha.
Charles était mort ; une balle j’avait atteint à la tempe, et il avait cessé de vivre dans le meme moment. Sa main était sur la garde de son épée. Cette catastrophe, qui produisit tout à coup des changements si mémorables, est devenue un de ces problèmes historiques qu’il est difficile de résoudre. Selon les uns, elle fut l’effet naturel du feu de l’ennemi, auquel le roi se trouvait exposé; selon d’autres, elle fut amenée par la perfidie des antagonistesqu'il avait dans son armée même, et qui avaient fait le plan d'une révolution. Charles n’était âgé que de trente-six ans (*).
L’armée que Charles avait conduite en Norvège rentra aussitôt en Suède; quant au corps du général Armfelt, la résistance opiniâtre du commandant de Drontheim l’avait également forcé à la retraite, et l’hiver, plus impitoyable que l'ennemi , le décima dans les montagnes qu’il lui fallut traverser pour rentrer en Suede. C’était au plus fort de l’hiver, dans le mois de décembre; aussi la plupart des hommes périrent de froid au milieu des neiges, et le reste fut contraint d’abandonner son artillerie.
Par la paix de 1720, la Norvège, qui avait failli être conquise par les Suédois, resta unie au Danemark; mqis des mesures intempestives , prises par Frédéric IV, amenèrent un complot dont les suites pouvaient être la restauration du troisième royaume Scandinave. Frédéric ayant voulu changer le cadastre , ainsi que les poids et mesures, celte entreprise mal dirigée excita un mécontentement général, qui s’accrut encore quand le roi lit vendre •tes terres des églises. Un habitant de Drontheim, tnul, crut pouvoirenproüter pour opérer une importante revolu-
(*) Catleau-Calleville, Histoire des révolutions de Norvège.
tion; aidé du général suédois Cojett, il fit proposer au czar Pierre le Grand de faire une descente en Norvège. Le jeune duc de Holstein, que Frédéric venait de dépouiller d'une partie de son héritage, devait être proclamé roi de Nonvege; l’Islande, le Groenland et les îles Feroë, auraient indemnisé le czar; mais le complot fut découvert, et Inul paya son audace de sa tête.
Depuis la mort de Charles XII et la paix qui en avait été la suite, la tranquillité du Nord ne fut point troublée jusqu’à la lin du dix-huitième siecle.
lin moment, en 1751 , on crut que la guerre allait se renouveler; mais, au lieu de voir dévaster leur pays, les Norvégiens virent prendre des' mesures qui devaient prévenir toute cause de querelle à l’avenir. Des commissaires, nommés par les deux gouvernements de Suède et de Danemark, tracèrent la limite des deux Etats sur une étendue de plus de quatre cents lieues, avec une précision et une exactitude dont il n’y avait pas eu encore d’exemple chez les peuples les plus civilisés. Des bornes en pierre furent placées de dislance en distance sur des plates-formes solides, et, quand la frontière traversait une forêt, on abattait les arbres qui se trouvaient entre les bornes sur une largeur de trentedeux pieds, afin qu’on püt aisément apercevoir en tous lieux fa limite.
Ce calme ne fut pas perdu pour l’industrie, les sciences et les arts; l’exploitation des mines se perfectionna ; le commerce s’accrut ; une association , connue sous le nom de Société noire, établit des fonderies, des fabriques de potasse et de verrerie. En 1702, Drontheim eut une société des sciences, et Bergen produisit l’un des hommes les plus distingués du Danemark , Louis liolberg, qui devint l'oracle de la littérature Scandinave; le naturaliste Gunnerus, l'historien Stroin, l’antiquaire Schœning, et les deux poètes Tullin et Wessel, honorèrent la Norvège par leurs travaux. Pour régulariser ce mouvement littéraire, l'étendre sur tout le pays et lui donner une utile direction, la Norvège obtint, après
de longues sollicitations, qu’une université fût fondée à Christiania en 1811. Vers le même temps se formait, dans la même ville, une société pour la prospérité de la Noruége , divisée en sept classes , ayant pour attributions spéciales la philosophie, l’histoire des sciences physiques et mathématiques, l’agriculture, la pêche et la chasse , les mines et forêts, enfin l’industrie et le commerce.