‹ L'UniversChapitre 82 sur 87 · ASPECT DE LA HORWEGE · texte numérisé non relu

ASPECT DE LA HORWEGE

La Norwége présente tous les phénomènes des pays de montagnes: des rochers entassés, des neiges et des laces éternelles, des avalanches reoutables, des torrents qui se précipitent dans de sombres cavernes, aes fleuves qui roulent leurs eaux en cascades imposantes, et des précipices dont l’œil ne peut mesurer la profondeur. Déjà, avant d'approcher de la Laponie, on rencontre quelques glaciers; mais c’est sous cette région polaire qu’ils se trouvent en plus grand nombre et sous les traits les plus frapants. Entre le Nordlond et la Laponie e Lulea, on voit le Sulitelma, le plus vaste glacier du Nord. Celui de Justedal dont Ta planche 9 offre une vue , que nous devons à un voyageur qui l’a visité tout récemment , est situé dans la paroisse du même nom , appartenant au diocèse de Bergen. C’est l'un des plus vastes de la Norwége. Il forme line immense' montagne de glace qui descend fort bas dans les vallées où elle se partage en trois bras principaux. Près de celui que représente la planche 9 on trouve une petite métairie et de verdoyants pâturages. Une haute voûte de glace a’où s’échappe une rivière, des fissures d’un bleu d’azur admirable, les rochers environnants d’où se sont détachés d’énormes blocs que les mouvements successifs de la glace ont portés jusqu’au milieu du glacier, forment un spectacle plein d émotions, qu’augmentent encore les craquements de la glace, semblables au bruit lointain du tonnerre.

3/1 r.v. Les montagnes delà N'orwége appartiennent naturellement au système scandinavique, lequel se divise en trois groupes: celui de Kiôlen, qui s’étend de l'extrémité septentrionale de la Laponie jusqu’à son embranchement avec les monts Dover près duSylt-Field, dont le sommet s'élève a dix-neuf cent soixante-seize mètres. Ce n’est , à vrai dire, qu’une grande chaîne; mais les rameaux qu'il envoie à droite et à gauche, les îles montueuscs de Lofoden, qui ne sont que les sommets de quelques-unes de ses branches, les montagnes qui se terminent près du lac Knara dans la Laponie russe, lui méritent le nom de groupe. Celui du Dover peut être considéré comme formant un serond groupe avec le Snœe- Hcnttan, qui s’élève vers l'ouest à onze cent quatre-vingt-trois ou douze cent soixante et dix toises, et avec les monts Seveberg, dont les dernières collines vont se perdre dans la Suède méridionale. Ce groupe coupe la Norwége en deux grandes moitiés appelées Nordenficlds et Sœndenfields. Le cours du Vog sépare le groupe du Dover de celui que forment les monts Langfield, Sognefield et Hardangerfield, dans le sud du royaume. Tout le système couvre une étendue de pays de trois cent cinquante lieues de longueur. La Norwége elle-même, située entre le 58' et 71' degré de latitude, est longue de plus de quatre cents lieues , sur une largeur d’environ vingt lieues au nord du 64' degré, etdequatre-vingtsau sud.

Fleuves. Le peu d’espace qui se trouve au nord, entre la mer et la crête des monts, ne permet pas au Kiôlen d’envoyer à la mer du Nord , à l’océan Atlantique et à l’océan Glacial, des cours d’eau d’une grande étendue.

La Tana, qui sert de limite entre la Suède et la Russie dans le Finmark oriental . a cependant un cours de cinquante lieues; l’Alten, qui sort des mêmes montagnes, court droit au nord, en traversant le Finmark dans un cours de trente lieues; le Mais n’est pas plus long; le Salten en a quarante, et va se perdre dans le SaltenGord , où règne un courant impétueux qui brise souvent

1rs navires; le Namsen, qui traverse le ISordre-Drontlieim, se jette dans l'océan Atlantique, en charriant une immense quantité de bois de construction; à son embouchure, on remarque une chute d’eau de cent dix-sept pieds de hauteur.

Des rivières plus considérables descendent du Dover : ce sont le Lougen, le Drain menseif et le Gloinliien, dont le cours est de cent vingt lieues. A la fonte des neiges ou apres les grandes pluies, sa rapidité est effrayante et ses débordements terribles. Malheureusement pour la navigation intérieure de la Norvège, ce fleuve court à travers des rochers qui embarrassent à chaque instant sa course, l’irritent et le forcent, comme à Sarpen , de se précipiter de soixante pieds de haut sur une largeur de quatre-vingts pieds. C’est dans le Glomroen qu’étaient jetés autrefois les criminels-

Ou voit encore en Norvège d-'autres chutes d’un aspect magnifique et qui peuvent rivaliser avec celles de la Suisse : celle de Væhænnæ Iock (*), celle de Pursoronka, qui tombent dans l’Alten (**); celle de Feiuiufos, près de Lister, tombe de six cents pieds, et celle de Rœgenfos ou Rjukanfos dans le Tellemark, en a, dit-on, huit cent cinquante d’élévation (***).

Lacs. En Norvège , çonune en Suède , la plupart des fleuves traversent des lacs qu’ils ont eux-mêmes formés. Les plus considérables sont le Miôsen, traversé par un affluent du Glonmien, et ui n’a pas moius de vingt-trois lieues e long sur trois de large; le Randstiorden en a quatorze de long sur une de large; le Miôs-Vand n’en a que huit de long; le Nord Sue. qui se jette dans le Skagerrack, le Nisservand, d’où sort le Nidelf, enfin l’OEjerensoe, que traverse le Glommen, sont à peu près de la même grandeur.

Golfes. Mais ce qui est plus particu-

(“) Voy. pl 3.

(***) Voy. pl 10.

lier à la Norvège, par rapport aux formes du sol, ce sont des bras de mer qui s’enfoncent au sein des terres, souveut entre de hautes montagnes, sur une étendue qui va parfois jusqu'à vingt lieues. La plupart de ces golfes ont la profondeur nécessaire aux plus grands vaisseaux, et ils offrent les abris les plus sdrs aux navigateurs.

Celui de Christiania, le plus remarquable de tous, a un enfoncement de plus de vingt-quatre lieues. Ceux de Drontheim, de Stavanger, de Hardanger et le Sognefiord,"sont aussi remarquables par leur etcudue , et offrent de grands avantages au commerce et à la navigation.

/les. La côte est bordée d’iles , d’flots et de rochers, qui rendent l’accès difficile, mais aussi forment du côte de la mer comme un rempart naturel. Ces îles , qu'on peut désigner sous le nom d’archipel norvégien, forment, pour ainsi dire, cinq groupes : celui deChristiansand et celui de Bergen , celui de Drontheim et celui de Helgeland, enfin celui de Lofoden-Magproc au nord. Les deux premiers appartiennent à la mer du Nord, le troisième et le quatrième à l'océan Atlantique, le dernier à l’océan Glacial. Le groupe de Christiansand occupe au sud le Hukkefiord; son île principale est Karmoe, qui compte sept mille habitants.

Celui de Bergen comprend Bommeloe, Tysnœsôe et l-’iuje, où liarald Haarfager tenait, dit-on, sa cour.

Dans le groupe de Drontheim , on remarque Avertie, Smœlen, Frojen et Hilteren, qui a dix litues de long, quatre à cinq de large, et quatre mille habitants; enfin les îles Vigeren , beaucoup plus petites, mais célèbres pour avoir été le point de départ de Rolf ou Rollon, conquérant et premier duc de Normandie. Le groupe de Qetgeiand comprend Dôunaoe, habitée seulement par des pécheurs, et Alstenôc, où réside l’eveque du Nordlaml. l e groupe de Lofoden occupe une longueur de cent soixante lieues. Les plus considérables de ces îles sont Andoen, Langoen, qui a treize lieues de long et

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mille habitants; Hindôe, qui a dix- s’élève la forteresse de Wardôehus. huit lieues de long et dix de large; Règne minéral. Les roches qui cointVest-Wangen, longue de dix à douze poseut le sol de la Norwége appartienlieues.etOEst-tVaagen, où se rassem- peut aux terrains de cristallisation et blent chaque année, en février et mars, aux plus aucieus dépôts de sédiment, cinq mille barques montées par vingt La cime du Vetta-Kelden , dans les mille pêcheurs; chaque barque rapporte moûts Hardanger-Field , est de porde cette pêche huit a dix mille pois- pbyre rouge. Dans les hautes montasons, ce qui donne, pour le produit unes, le gneiss domine; du mont Lie total de cette pêche, quarante à cin- jusqu'au ruisseau deTotak, on trouve quante millions de poissons. en grande quantité le micaschiste; sur

C’est entre Vœroe et Moskenœsôe les bords de la rivière que nous venons qu’on trouve le redoutable Malstrom, de nommer se trouvent, à une assez courant qui lutte contre la marée, et grande distance des montagnes, des éntralne les ours qui veulent le tra- blocs de pierre de trente à quarante verser à la nage, les baleines mêmes, pieds de hauteur- C’est fe djieu Xhor, et les navires s’ils ne se tiennent à plu- disent les paysans, qui, ayant laisse sieurs lieues au large. Pendant six tomber son marteau, retourna ces heures, sa direction est du nord au blocs à droite et à gauche pour le chersud, et en sens contraire pendant les cher. Dans une île du groupe de Bersix heures suivantes; deux fois par gen, on trouve un amas de laves noires iour, surtout pendant l'été, à la plus et poreuses de vingt à trente pieds haute et à la plus basse marée, les eaux d’épaisseur, et l’on dit qu’au fond de sont tranquilles, et l'on peut y navi- fa baie de Bukkefiord il sort quelqueguer sans danger. Il parait que ce cou- fois du feu par une crevasse que dirant provient de la position de quel» vise uge falaise composée de gneiss et

ques lies qui gênent le mouvement des d’autres roches micacées. Au reste, le

vagues, et les compriment entre des sud de la Norwége a fréquemment passages étroits. éprouvé des tremblements de terre.

Dans les îles de Tromsen se trouve C’est aussi dans cette partie du Senjen, longue de seize lieues, large royaume que les montagnes reofer-

de dix, et qui porte un pic de trois ment le plus de minéraux. Les en-

mille pieds d’élévation. La capitale virons de Drontheim, au pied des de la petite île de Tromsôe est une monts Kiôlen , et de R$raas a la base des principales places de commerce de des monts Dovre-Field, renferment !o la Norwege septentrionale; on y trafi- (Suivre le plus estimé. L’une de ces que de poisson , de pelleteries, il’édre- mines en fournit annuellement huit à aon et d'huile de poisson. Il faut citer dix mille quintaux. C’est dans le disencore Ringvadsoe, longue de huit trict d’Arendal que se trouvent les lieues et large de six; Arenôe; Qvalôe mines de fer les plus abondantes : ta ou l'ile des Baleines, qui a vingt-cinq mine d’argent de Kongsberg, dont lieues de circonférence , et renferme la on a repris l’exploitation depuis 1815 , ville la plus septentrionale de l'Eu- Mtwnet de fc<Ü$ir de mq-

rope, Hainmerlest, arrosée par un W&-

ruisseau qui ne gèle jamais, quoique On trouve aussi du plomb, du coplaeé sous le 70e parallèle; Srrrôe, balt,de la plombagine et du sel. La Seiland, couronnée par un pic haut de saline deWalôeen donne par an deux trois mille neuf cents pieas ; Maasôe cent mille quintaux. Les granits et les qui offre le port le plus septentrional porphyres abondent; quant aux marde l'Europe (*) ; Magerôe, où se trouve bres, on en trouve de diverses espèces, le cap Nord; enfin , a l’entrée du golfe particuliérement dans les environs de ^Varenger, la petite lie Wardôe, où Bergen.

Règne végétal. Les montagnes dç* O voyez pl. i. parties septentrionale? étant presque

toujours couvertes de neige, ne présentent point de végétation ; mais les collines sablonneuses qu'on trouve à leur base nourrissent quelques lichens que pâturent les rennes. Diverses plantes qui conservent toujours leur verdure , dédommagent le norvégien de la rareté des arbres feuilles : la diapciisia laponica , Vandromeda cxrutea , i'azalea procumbens, s'élèvent en touffes , en buissons , ou s’étendent en rameaux rampants. I.e bouleau , dont la sève donne une boisson spintueuse, l’érable, le pin, le sapin, qui s’élève jusqu'à cent soixante pieds de hauteur, forment souvent des forêts d’une immense étendue, lorsqu’ils s’élèvent sur les flancs d’une montagne neigeuse que les torrents ont sillonnée. A leurs formes pyramidales, a leurs massifs régulièrement alignés, et qui se terminent en pointe vers le sommet, on dirait une armée de géants qui escaladent la montagne.

Dans les régions basses on voit l’arbousier traînant, la cainarinc à fleur écarlate et le bouleau nain. Dans la région moyenne le tremble prospère; le chêne parait dans les environs de Drontheim , mais ce n’est que dans les parties du sud que sa végétation est vigoureuse.

Règne animal. L’élan devient rare , mais l’ours est encore très -commun dans les plaines découvertes et sur les glaces ; le loup multiplie dans les bois , u’oùdescendenten troupes nombreuses les lemmings pour dévaster les champs cultivés. Diverses espèces de renards habitent les bords de l'Océan , avec la mouette qui annonce les orages en se retirant à terre , la pvgargue et le canard eider ( anasmolUssima ) qui fournit l’édredon. Une forte amende punit celui qui tue l'un de ces oiseaux, dont le duvet est une source de richesse pour la Norvège. Dans les vallées et dans les îles paissent d’assez nombreux troupeaux , et une race de chevaux petits, mais vifs, et d’un pied sdr.

Climat. La température moyenne de l’année est , à Christiania , dê cinq degrés Réaumur au-dessus de zéro.

Au sud , la température est assez éle-

vée ; sur les côtes de l’ouest , les exhalaisons de la mer empêchent les golfes de geler, et le froid ne se fait sentir ue quand souffle le vent d'est, qui escend des montagnes glacées , ou celui du nord l qui vient de l’occan Glacial. L’hiver commence en octobre et finit en mai. Le printemps s’annonce alors par de terribles avalanches et des débordements qui dévastent le pavs. La pluie et les brouillards sont fréquents , et un jour terne , un ciel pluvieux couvrent presque toujours ce pays sévère et triste , auquel , du reste, ils conviennent mieux que la lumière éclatante du soleil méridional C'est quand la nature du nord se voile de brumes, dit un spirituel voyageur, qu’elle apparaît dans sa véritable beauté. Une lumière pâle, un ciel nébuleux composent , avec la sombre verdure des pins et la teinte grisâtre des rochers, une harmonie douce et triste qui n’est pas sans charme. La présence continuelle de l’eau donne aussi à la Norvège un caractère particulier. Sans compter les golfes innombrables, la terre des lacs, comme l’appelle Ossian , en renferme, dit -on, trente mille; aussi , dans un paysage norvégien , c’est l’eau qui fornie les principales masses et les premiers plans.

GÉOGRA.PHIE POLITIQUE DE LV SUÈDE.

Diocèse de Chris! tansand. De tous les diocèses norvégiens , le plus méridional est celui de Christiansand , qui compte, de l'est à l’ouest, soixantehuit lieues, et, du sud an nord, cinquante-sept. La capitale de ce diocèse est Christiansand, fa quatrième cité du royaume, quoiqu’elle n'ait qu’une population de cinq à six mille aines. Son port , vaste et profond , en fait le refuse des navires avariés dans la traversée dangereuse du Catégat. Les Anglais la ruinèrent en 1807 ; mais son port a été restauré et fortifié. Elle possède aussi une belle cathédrale et un etablissement de quarantaine. On cite encore Arendal , bâti sur pilotis, au milieu des rochers; la jolie ville de

NORWÉGE

Skien , qui possède un grand nombre de moulins à scie; enfin Staranger, l’une des plus anciennes cités de la Norvège , et dont la cathédrale passe pour le plus beau monument gothique du royaume. Les principales branches du commerce de ce diocèse sont : le goudron , les bestiaux , le poisson sec et le bois en poutres et en planches.

Diocèse d' Aggerhus. I.e diocèse d'Aggerhus, le plus peuplé de la Norvège , renferme d’importantes mines de 1er, trois de cuivre , une d’argent, une de cobalt, une saline et une alunière. L’usine de Barum fournit annuellement cent cinquante mille kilogrammes de fer en barres. On y trouve encore cinq verreries, une tannerie et un grand nombre de scieries oui sont venues prendre position sur les plus belles cascades dont elles sont le triste, mais indispensable ornement.

Les principales villes de ce diocèse sont : Laurwig , située entre deux rochers à l'embouchure du Laven , dans le voisinage de l’importante forge de Fritzcer , où l'on coule des canons, et de la forteresse de Frédériksvôrn. L’un de ces deux ports sert de station à la marine royale; Frédérikshall , et mieux Fredrikshalil, àl’cmhouchuredu Glommen , et protégée par la forteresse de Frédérikstecn('); Frédérikstad, la seule ville de la Norvège qui soit bâtie en pierre ; Moss, sur les bords du golfe de Christiania, qui a, en certains endroits, cinq lieues de large; Tonsberg, la plus ancienne ville de la Norvège , également sur le golfe; Drammen, sur la rivière de ce nom , et qui fait le commerce de bois le plus considérable de tout le royaume; culin Christiania et Kongsberg. « On éprouve un véritable ravissement, dit IM . Ampère ((*) **}, quand, après avoir employé plusieurs jours à traverser le pays solitaire et sauvage que l’on a parcouru depuis la frontière suédoise , on découvre tout à coup à

(*) Voyez ci-dessus p.53o. En 1814 ,. les Suédois clevèrent une pyramide à l'endroit ou Charles XII avait été tué.

(**) Esquisses du Nord , page 81 et suivantes.

ses pieds la ville de Christiania , dans une position admirable ; au - dessus d’elle, s'élève une grande pente verte, semée de maisons de campagne, à la manière des beaux environs de Genève; derrière sont de hautes montagnes , et, du côté opposé, la ville est bordée par la mer.

« Quand nous arrivâmes au sommet de l’Kgger-Berg, le soleil se couchait dans une vapeur grisâtre et légère. Les montagnes du fond étaient sombres, l'aspect du pays calme, la mer immobile. Cette grande étendue était muette; aucun mouvement dans le port; on voyait seulement une petite barque rentrer à l’approche de la nuit. Ce point de vue est un des plus beaux de l’univers. Regardez-vous du côté de la mer, les formes arrondies de la plage, la mollesse de certains contours, les longs promontoires doucement abaissés , permettraient de penser à Naples, si un autre soleil les éclairait. Il faut avouer que c’est une chose étrange et belle à voir que le golfe de Baia baignant les montagnes du canton d'Uri.

« En général , 011 se plaint de n’avoir pas itne idée vraie de l'immensité de la iner, parce que rien 11’offre à l'oeil un point de comparaison pour mesurer son étendue. Mais ici cette foule d’accidents que produisent les anfractuosités du golfe, les pointes, les langues de terre, les récifs dont il est semé, rendent l'immensité sensible , et la grandissent en la divisant. De' là résulte une variété prodigieuse d’aspects : en suivant le rivage, tantôt vous croyez côtoyer un fleuve qui coule aux pieds des sapins , tantôt s’arrondit un bassin presque entièrement entouré de rochers ; plus loin s’ouvre une soudaine échappée de vue entre de hauts écueils , ou bien un grand cap comme un mur à pic semble clore un lac tranquille; mais , sortant tout à coup de derrière le promontoire , un vaisseau à trois mâts vient vous apprendre que ce lac est la mer, que ces eaux si calmes sont des vagues perdues du grand océan du Nord, qui ont bondi dans le Catégat, et qui , de secousses en secousses, sont

venues mourir sur ces plages lointaines et silencieuses.

« La ville elle-même est sans monuments et sans caractère ; une partie est neuve, blanche, régulièrement bâtie, percée de rues symétriques , qui se coupent à angles droits , et doit ressembler aux nouveaux quartiers de certaines cités des États-Unis. C'est la qu’habitent les gros négociants et les employés; une autre partie, occupée par lepetit commerce, a une physionomie beaucoup moins régulière et plus animée. Enfin , à l’extrémité nord de la ville , sont trois faubourgs composés du rebut de la population , ou plutôt d’une sorte dep/ebs, étrangère, comme celle de Rome , selon Niebuhr, a la population indigène. On a donné à ces trois faubourgs les noms expressifs d’Alger, Maroc et Tripoli.

« Quel dommage que , dans sa ravissante position , au sein de cette douce et belle nature qui l’environne, et à laquelle va si bien son nom qui sonne a l'italienne, Christiania n’ait pas un monument ! Si elle s'agrandissait avec le temps, si elle gravissait la montagne qui la domine, si elle couvrait de villas les coteaux qui la cernent, ce serait la Naples du Nord, et une Naples libre. »

Kongsberg est située dans une vallée profonde et sauvage, où coule le Lauven, au pied de iTons-Knuden, qui s'élève de deux mille huit cents pieds au-dessus de l’Océan. Elle a une population de huit mille âmes, qui s’augmente ou décroît avec la prospérité de la mine elle-même. Elle renferme une direction des mines , un hôtel des monnaies, une école des mines, une maison d’orphelins , un hôpital , des filatures de coton, des fabriques de jouets d'enfants , une manufacture d’armes et une fonderie.

C’est à travers la chaîne du Fillelield, qui sépare le diocèse d’Aggerhus de celui de Bergen que passe la route retracée par la planche 8. Ces montagnes présentaient de telles difficultés à surmonter, que , pour tracer une route de Christiania , qui est au-dessous du 60* degré de latitude , à Bergen qui

est à 60* 23’ , on a été obligé de remonter au delà du 61* degré, là où le Fifiefietd n'a qu’environ quatre lieues de largeur. Le point culminant de cette chaîne n'est qu'à 3732 pieds au-dessus du niveau de la mer, suivant de Buch, mais la proximité de l'Océan rend celte hauteur beaucoup plus frappante, car l’un de ces longs golfes qui sillonnent si profondément le continent de lu Norwége ,1e Sognefiord vient presque en baigner le pied. A cette hauteur la route est jalonnée par de longues perches qui servent à reconnaître le chemin nu milieu de la neige, et une borne ou colonne indique la limite des deux diocèses. On trouve dans le Fillefield un grand nombre de rennes à l’état sauvage.

Diocèse de Bergen. Ce diocèse est divisé en deux parties par les monts Lang-Field et Sogne-Field. Les forêts y sont devenues si rares que les paysans sont forcés de se servir de tourbe, et de réserver le bois pour les usines. La seule ville qu’il renferme, Bergen , compte de vingt à vingt -cinq mille habitants. Bien que déchue de sou ancienne opuienee, Bergen fait encore un grand commerce de bois de construction , de cuirs et de poissons secs et salés. Sa situation au pied de sept montagnes qui s’élèvent en demicercle autour de ses murailles, et au milieu d'une longue baie bordee de rochers, lui donne un aspect très-pittoresque. Son port , qui a trois entrées difficiles , est un des plus siïrs de la Scandinavie ; la fabrication de la faïence et le raffinage du sucre sont , avec la. construction des vaisseaux marchands et la pêche , les brandies principales de l’industrie de ses habitants.

Diocèse de Drontheim. Le voyageur qui se rend de Christiania' à Drontheim, a à parcourir une distance a peu près égaie à celle qui sépare la première de ces villes de Copenhague, c'est -à -dire environ cent cinquante lieues qu'il traverse en s'avançant toujours plus au nord , et en se dirigeant vers le Dovrefleld, le Saint-Gothard des alpes Scandinaves :

NORWÉGE

ce fameux passage n’a rien de bien terrible. <■ J ’attendaistoujours. dit M. Ampère (*), une cime escarpée qu'il nous faudrait gravir; mais, comme nous avions fait cinquante lieues en nous élevant insensiblement , nous étions arrivés, sans nous en douter, jusqu’au sommet; et, à force de petites montées et de petites descentes, nous nous trouvâmes de l'autre coté.

« Du reste, rieu de plus triste que ces hauteurs; le terrain se compose presque uniquement de tourbières, de mousse , de pierres et de marécages ; on ne conçoit pas qu’à celte élévation on puisse trouver tant d’eau. On la voit sourdre de toutes parts. Nous n’apercevions à travers le brouillard qui nous entourait que de petits lacs et de petites vallées, des crevasses où traînait quelque reste d'une neige paresseuse, des bouleaux rabougris et difformes, des montagnes longues , arrondies, couvertes du lichen que paissent les rennes. En somme, tout ce pays ressemble beaucoup à celui des Lapons. En s’élevant on trouve toujours l'analogue des régions situées plus au Nord : les hauteurs moyennes de la Suisse donnent une idee des plaines de la Suède; et ici, près des sommets de la Norwége, j’avais une anticipation des marais de la Laponie.

« l n véritable enchantement m'attendait sur le revers du Dovre-Field.

Je marchais tète baissée à l’entrée d’une vallée qui débouché dans les montagnes ; tout à coup je lève les yeux, et j’aperçois près de moi trois cascades dont l'une semblait tomber des nuages assez bas qui flottaient sur nos tètes; un oiseau de proie volait en cercle à l'entour, et parfois venait la raser de son aile. Les cascades qui sont dans les livres, qu'on vachercher de propos délibéré, m’amusent

fre-que toujours; mais ici la surprise, inattendu de cette rencontre me ravit, et, dès ce moment, la même surprise se renouvelait à tous les pas. Je me croyais chez Ossian ; c’était bien ia vallée aux cent torrents, la vallée

(*) Ouvrage cité, p. 109 et *uiv.

étroite et retentissante de Cona. Ce n’est qu’en Norwége, après plusieurs jours de pluie , qu’on peut trouver cette abondance d’eaux vives, ne luxe de cascades. Chaque rocher avait la sienne; toutes étaient différentes de forme, d’aspect , d'effet pittoresque ; les unes touillaient à ma droite du sommet qui bordait la route; j’en voyais à ma gauche blanchir sur l’autre flanc de la vallée; d’autres encore grondaient invisibles comme un tonnerre souterrain. Tantôt c’était de loin comme un filet d’eeume serpentant sur un fond noir; tantôt comme une écharpe se détachant d’un sommet et se déroulant dans les airs; celles-ci glissaient sans bruit le long des pentes ; celles-là, d’un seul bond , se précipitaient dans une vallée étroite et profonde, tombaient comme un fleuve ou se brisaient en mille ruisseaux; l’une s’échappait à mi-côte d’une large grotte; puis, comme un cône immense, s’engouffrait dans un abîme. Une autre couvrait tout un pan de rocher de sa nappe large et transparente. J’en vis deux surtout former le contraste le plus frappant du gracieux et du terrible : In première semblait un ruban d’argent qu'une main invisible laissait flotter au-dessus de la cime des sapins et des bouleaux; pour la seconde, on eôt dit un grand serpent blessé, traînant ses replis sur le flanc de la montagne , et se roulant dans son écume.

« Quand on a passé le Dovre-Field , la nature prend un caractère encore plus imposant de grandeur et de solitude; les formes des montagnes deviennent plus hardies, les vallées s’élargissent, et on découvre ces immenses horizons que je n'ai vus qu'eh Norwége. A mesure qu’on avance vers le Nord , la verdure, qui est le véritable ornement de ces contrées , redouble de fraîcheur; l’œil en est constamment enchanté, on oserait presque dire ébloui , tant elle est vive et éclatante. Cette verdure perpétuelle tapisse toutes les montagnes, borde tous les lacs et tous les torrents , gravit les pentes les plus escarpées des rochers , et couronne leurs cimes les plus aiguës. Les

toits des cabanes sont verdoyants comme des prés ; de sorte qu'on pourrait y faucher et même y moissonner.

Des pieds de sorbier des oiseaux y poussent même quelquefois, et alors on dirait que ces toits portent des vergers.

« La beauté des sapins de Norwége est célèbre. Ces arbres paraissent être d’autant plus beaux qu’ils approchent

Jilus de la latitude au delà de laquelle eur taille diminue; c’est comme les Norwégiens si grands qu’on rencontre tout de suite avant les Lapons si petits. Il semblerait que le froid est favorable au développement de l’homme et de certains végétaux jusqu’à un certain point, au delà duquel son excès J’arrête brusquement. Le bouleau, qui seul partage avec le sapin la possession de ces déserts de verdure, y atteint aussi des proportions plus grandes que dans nos climats ; sa forme est plus majestueuse , ses branches plus tombantes ; il offre souvent l’aspect du saule pleureur, et son feuillage, pâle et délicat, se détache avec grâce sur le feuillage des sapins dont il égaye un peu la teinte mélancolique.

" « Nous approchions de Drontheim , de cette ancienne capitale des rois de Norwége; mais rien n’annonçait le voisinage d'une ville de dix mille âmes. C’était toujours la même solitude; d'immenses forêts, d'immenses horizons, et point d'hommes; d’énormes masses de montagnes amoncelées les unes derrière les autres , de vastes espaces de verdure et de vastes espaces d’eau. Imaginez avec cela un ciel gris, un jour sans éclat, qui ne semblait pas venir du soleil , tant il était terne et morne ; une tristesse infinie et un grand calme.

« Après avoir traversé une dernière forêt de sapins, puis des pelouses désertes semblables à toutes les autres , on se trouve sur une petite hauteur; au delà on n'attend rien que de nouveaux deserts. Tout à coup on aperçoit à ses pieds les toits rouges de Drontheim. En présence de Drontheim, il est impossible de ne pas songer à Christiania. Les deux villes

sont placées au fond d’un de ces fiords , ou bras de mer nombreux qui s’étendent dans l’intérieur de la Norwége, et l’entament si profondément. Le fiord de Drontheim a trente lieues.

C’est, jusqu’à la pleine mer, un labyrinthe d’iles , d’ilots , de promontoires; mais , devant Drontheim , le golfe est libre. Un mur de rochers à pic en demicercle semble la clore de tous côtés.

La petite île de Munk-Holm , à un demiquart de lieue de la côte en face de la principale rue de Drontheim , s’élève seule au milieu de cet immense bassin.

Deux amas de rochers s’avancent des deux côtés de la ville comme de gigantesques bastions; sur l’un d’eux était , selon la tradition , le château du farouche Hakon-Iarl, le dernier chef païen de la Norwége , qui sacrifia , dit la Saga , son propre fils à ses anciens dieux. Sur ces rochers , en présence de cette mer, on place bien le sanglant récit de la Saga.

« Si la position de Drontheim rappelle celle de Christiania , l’aspect des deux villes n’en fait pas moins une impression bien différente. A Christiania, malgré le caractère de tristesse et de grandeur empreint sur ses rivages , on est encore , si l’on ose ainsi parler, dans la Norwége gracieuse; à Drontheim , on est au fond de la vraie Norwége , de la Norwége austère.

« Ici la mer est vraiment le triste océan du Nord : plus de mollesse dans les contours , plus de formes arrondies; des lignes droites, des rochers à pic, des écueils. A Christiania, une végétation abondante couvrait les îles et les rives , descendait jusqu’au sein des (lots. Là , l’on est presqu'au terme de la végétation ; la verdure est toujours belle, mais les arbres sont clairsemés ; on les remarque , on les compte, on les regrette; les brumes mêmes sont plus épaisses , plus sombres : on se sent bien plus reculé , bien plps perdu vers les confins du monde vivant, vers les lointaines extrémités de l'univers.

« Drontheim est entièrement bâtie en bois ; sa cathédrale est le seul bâtiment en pierre quelle renferme. Les

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