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MO M/WM O N

NORWEGÈ.

rues sont larges, coupées à angle droit, et bordées de maisons rouges , jaunes , grises, dont la bigarrure n’a certainement rien de monumental ,-mais quelque chose de gai et d'animé qui ne déplaît pas à l’œil. Malgré la simplicité des matériaux , le luxe se montre dans la décoration extérieure de ces demeures ; il y a à Drontheim , telle maison , celle du gouverneur , par exemple , qui peut passer pour un hôtel ou un palais de bois. Souvent l’entrée est ornée d'un portique élégant; des colonnes corinthiennes soutiennent un fronton classique ; et l’on entre ainsi magnifiquement dans une maison dont les murs , à l’intérieur , sont formés de troncs de sapins , couchés les -uns sur les autres , comme dans les gaards reculés des montagnes. »

Les autres villes du diocèse de Drontheim sont Molde à l’entrée d’un golfe qui s’étend pendant douze lieues dans les terres; Christiansund , qui occupe trois îles et une pointe de terre ferme, dont les rues sont des canaux, et dont le port peut abriter la flotte la plus nombreuse; enfin Rôraas, à dix lieues des frontières de Suède, au milieu des plus hautes montagnes de la Norvège, et dont les mines de cuivre occupent cinq à six cents ouvriers. C’est près de cette ville qu’est cantonnée la compagnie de patineurs, qui fait dans l’arinee norvégienne le service de tirailleurs, et parcourt les montagnes de ces contrées sauvages avec la rapidité de l’éclair.

Diocèse du Nordland. Ce diocèse , le plus septentrional de ceux de la Norvège, n’a que des villes de trèseu d’importance; Bodôe et Hundolm, décorées depuis 1816 du titre de villes, ne sont qu’un assemblage de quelques maisons en bois; la dernière possédé de grands magasins et de vastes hangars pour le commerce du hareng.

Alstahong , résidence du bailli du Nordland , et siège de l’évêché le plus septentrional de l’Europe , n’a que quelques masures. Citons encore Altengaard à l’embouchure de l’Alten (*).

(*) Voyez pl. a.

#6* livraison. ( Norwrgk.'

C’est le dernier point septentrional où la terre est cultivée, et la résidence d’un chef de Lapons. La forteresse de Wardôehus, qui se trouve par 70° 22' de latitude nord , est la forteresse la plus boréale de tout le globe; tout militaire qui y a servi volontairement pendant quatre ans , est exempt , pour tout le reste de sa vie , des obligations de son état.

Ajoutons, comme appendice à la géographie politique de la monarchie réunie de Suede et de Norvège , qu’el le possède, dans les Antilles, la petite île de Saint-Barthélemy, dont la superficie est estimée à quarante-cinq milles carrés , et la population à seize mille habitants.

MOTORS CT estocs.

En Norvège, comme en Suède, le caractère général du peuple est une excessive lenteur d’esprit et de mouvements. « Leurs fibres, naturellement plus dures que celles des méridionaux, roidies encore par le froid, n’ont ni mobilité, ni souplesse, mais de la ténacité et de Ja force. Si on leur adresse la parole, il s'écoule toujours quelques minutes avant qu’ils s’en aperçoivent; rarement ils répondent à une première question; c’est que leur cerveau n’a pas eu le temps de faire l’opération nécessaire pour comprendre; mais une fois qu’ils comprennent, ils comprennent bien, et répondent avec une droiture et une fermeté de sens qui étonne... Ces hommes ont autant de fierté que de droiture ; ils ont gardé fidèlement le tutoiement des âges héroïques , et l’adressent à tout le monde sans exception , à leurs pasteurs comme aux étrangers. Le sentiment de leur indépendance, de la constitution vraiment républicaine sous laquelle ils vivent, n’ôte rien, comme on peut croire , à cette fierté native. »

Peut-être est-ce à ce sentiment de fierté et d’indépendance qu’il faut attribuer l’usage où sont toutes les familles norvégiennes de vivre isolées.

« Sur toute la route de Christiania à Drontheim, dans un espace de cent

cinquante lieues, on ne rencontre pas un village; chaque famille vit isolément dans son gaard (* (**)). Ce mot est intraduisible; nul autre ne donne une idée exacte de la manière d'être des paysans norvégiens. Un gaard est un groupe plus ou moins considérable de maisons en bois, qui ne constituent à elles toutes qu’une seule habitation. Dans l'une de ces petites maisons couchent tous les membres de la famille, souvent assez nombreuse ; dans une autre , ils se réunissent pour manger; dans une troisième est la cuisine; dans une quatrième la grange : il en est de même pour le grenier commun. En un mot, tout ce qui ordinairement demande une pièce séparée forme la une cabane à part; un gaard , c’est une maison décomposée. Cette disposition singulière du gaard est particulière à la Norwége; elle y remplace le village : le village est une agglomération de tamilles ; le gaard est la famille primitive, dont les membres habitent, vivent, possèdent en commun; il semble que ce soit là l’élément le plus simple de la société, et qu’en Norwége on en soit reste à son premier degre. Probablement les peuples germains, avant de former des villages , s’établissaient par familles sur le sol qu’ils occupaient : ces établissements devaint ressembler beaucoup au gaard norvégien. Ces cabanes otlrent rarement le luxe d’une construction en planches; plus souvent leurs murailles sont composées de troncs de sapins placés les uns sur les autres et serrés artistement: de la mousse placée à l’intérieur, dans les jointures, achève de les rendre impénétrables à l’air, et, avec cette grande simplicité de moyens, ces demeures, tout a fait primitives, sont assez chaudes et assez confortables^*). »

Un village est souvent dispersé sur une étendue de plusieurs lieues; aussi voit-on le dimanche les chemins couverts d’infatigables piétons, ou de charrettes, rapides malgré leur grossière construction, et qui conduisent

(*) Prononce?, gdr.

(**) Ampère, ouvrage cité, p. y-.

à l’église le paysan et toute sa famille en habits de fête. Après le sermon, tous se livrent à la danse ou à des exercices gymnastiques; souvent les jeunes gens' se réunissent pour exécuter des manœuvres militaires, et s’habituer au maniement des armes.

« Par moments, les paysans norvégiens sortent violemment du calme qui leur est habituel par de courtes explosions d’une gaieté sauvage, par la colère ou par l’ivresse; souvent il en résulte des combats sérieux. Leur arme est un couteau à gaine qui pend toujours à leur ceinture; mais, si ce que l’on dit est vrai, ils portent jusque dans la fureur du duel le sang-froid ui leur est propre. On assure qu’avant e combattre chacun lance sou couteau contre une table, et que le point d’honneur, la loi du combat, leur défend d’enfoncer cette arme dans le corps de leur adversaire plus avant qu’elle n’est entrée dans le bois. On ne peut assez admirer tant de bonne foi dans la convention, et une précision d’adresse et de loyauté si grande dans son accomplissement.

« Ces paysans ont encore une autre sorte de dûej qui se conçoit plus facilement. Chacun des deux combattants tient dans la main droite un de ces redoutables couteaux, et, de la gauche, saisit fortement le poignet droit de son adversaire; ainsi chacun s’efforce à détourner le coup de l’autre en lui portant le sien. Ce duel, qui tient de la nature de la lutte, convient à des montagnards , chez qui la force corporelle et l’agilité sont les qualités principales et celles qui doiveut toujours avoir l’avantage (*). »

Comme les travaux des champs ne peuvent occuper que pendant un petit nombre de jours les paysans norwégiens, ils emploient les longs loisirs de l’hiver à faire eux-mêmes tout ce dont ils ont besoin, leurs couteaux, leurs cuillers, leurs souliers et les boutons de leurs habits ; les femmes fabriquent, de leur côté, les étoffés de lin et de laine, qu’elles savent teindre avec

(*) Ampère, ouvrage cité, p. xoS.

NORWÉGF,.

les lichens colorants dont le pays abonde.

En Norvège, on voit peu de grands propriétaires, et ceux qui existent ne sont, à vrai dire, que de riches paysans; la noblesse héréditaire y est inconnue; mais le clergé y jouit dé l'influence que lui donnent ses lumières, sa charité, son zèle pour les besoins moraux et matériels du pays; aussi est-ce aux conseils, à l’influence des évêques, et surtout des simples curés de village, que l’administration a toujours soin de recourir, lorsqu'il s’agit de former des magasins d'abondance, de réparer les ponts et les chemins, ou de propager quelque industrie utile, quelque genre nouveau de culture. C’est ainsi que plusieurs ont appris à leurs paroissiens a fabriquer des horloges et des montres; d’autres leur ont donné quelques notions de minéralogie, de botanique ou d'astronomie.

Le climat rigoureux de la Norvège exige une nourriture plus abondante et plus substantielle que dans les pays méridionaux. L’usage est de faire cinq repas : deux déjeuners , le dîner à midi , le goûter, enfin le souper; à la fin du déjeuner et du dîner, on sert, dans les maisons aisées, le café et le thé. Ces repas sont toujours fort simples, et il semble qu’on mange moins en Scandinavie qu’en Allemagne, ce qui, du reste, ne suppose pas encore une sobriété excessive. Si l’on y mange moins, l’on y boit plus , surtout des spiritueux. Bans les soirées et les réunions, le punch circule comme chez nous l'orgeat ou l’eau sucrée. L'eau est sévèrement bannie des repas; l’étranger qui voudrait en mêler à son vin offenserait son hôte.

Les principales fêtes sont celles de la Saint-Jean, le 23 juin, où toutes les maisons se décorent de guirlandes, et où les paysans se rassemblent pour danser autour de barils élevés et de mâts parés de fleurs , et celles de Noël , dont plusieurs circonstances rappellent les Saturnales romaines, mais an temps où elles étaient encore une fête religieuse, et non le scandale de toute l’antiquité. «Les fêtes de Noël, dit

Malte-Brun , commencent le 24 décembre, après midi, et se terminent le 6 janvier. Ces quatorze jours s'écoulent au milieu des plaisirs et des fêtes; on ne célèbre religieusement que le jour de Noël et le premier de l’an. Dans les campagnes, ces fêtes commencent à quatre heures du soir, par des bains chauds que chacun prend séparément dans une cuve. Après le bain, on sert l’eau-de-vie , la bière et le pain de Noël ; puis un repas, aussi splendide que le permet la fortune de chaque famille, réunit tous les domestiques, qui vont ensuite remercier le chef de la mâison. Tout le monde se couche alors, et la chandelle de Noël brûle. Pendant que les domestiques dorment encore, les maîtres sont déjà debout pour leur servir de l’eau-de-vie et du pain. Les domestiques se lèvent alors, font un repas solide, et se rendent à l’église à dix heures. Le reste du jour se passe, ainsi que les jours suivants, en visites, en divertissements de tout genre, en danses et en mascarades; c’est aussi l'époque où chacun se fait des présents. Le dernier jour de l’année est célébré par des repas splendides. Tout le temps ue durent ces fêtes , la table est ressée dans chaque maison, et couverte d’un grand gâteau qu’on ne mange que le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. »

HTTER ATURE.

Bien que séparés du Danemark, les Norvégiens sont encore Danois dans les villes, au moins par les moeurs et le langage. I.e danois, dit M. Ampère, est l’idiome du pays, et l’existence du norwégicn est une prétention nationale. Le norvégien imprimé est du danois; la prononciation le dénature un peu. Dans l'intérieur, et surtout dans le nord de la Norvège, on parle différents dialectes qui se rapprochent plus du Suédois, uniquement parce que l'ancien langage de la Scandinavie, père des idiomes qui s’y parlent aujourd'hui , s’est moins altéré dans ces vallées et en Suède qu’rn Danemark. Deux enfants qui

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