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L’ U MYERS

ressemblent plus à leur pere que le reste de la famille , se ressemblent aussi davantage entre eux.

Nous avons parlé plus haut (*) de quelques littérateurs que la Norvège avait possédés durant la domination danoise, qui attirait à Copenhague tous ceux qui sentaient en eux quelque talent littéraire. C’est ainsi que Holberg(**), le Molière danois, le second cojmque de l’Europe , né à Beren, est allé vivre et briller à Copenague, où ses œuvres sont devenues le plus bel ornement de la littérature danoise. Depuis l'établissement de la constitution de 1814, la Norvège, abandonnée à elle-même, a conservé au moins les poètes qu’elle a vus naître , et voit commencer enfin pour elle une littérature nationale. « On cite déjà quelques noms, dit M. Ampère, Biergaard , Sehwach , Iiansen ; leurs principales productions sont des chansons à boire ou des chants patriotiques. Te demandais à un négociant, nomme fort simple, si les Norvégiens avaient de ces chants avant l’époque de la constitution : « Alors, me répondit-il avec orgueil , nous n’étions pas un peuple. » Un autre négociant proposa un prix pour le meilleur chant national : c’est M. Biergnard qui l’a remporté. Ce chant n’a pas une couleur bien originale, mais il est énergique, et on y sent une. nationalité assez vive. Le poète parle à ses compatriotes de leurs côtes neigeuses , de leurs cascades , de leur mer poissonneuse, en homme fier de son pays; puis il ajoute : « Libre- « ment pense et parle le Norvégien, « librement il travaille au bien du pays ; « les oiseaux dans nos bois, les vagues « de l’océan du Nord, ne sont pas plus « libres que l’homme de Norvège, dont « la volonté obéit à la loi qu'il s’est « donnée. »

La Norvège a des chants populaires , quoiqu’elle ne nourrisse plus, comme autrefois , scaldes , poètes et guerriers ,

(*) Pages 5i8 et 53a.

r (**) Voyez l'article que M. Ampère a consacré à cet écrivain remarquable. Lit-

térature et voyages , p. 1:7-154.

qui parcouraient tous les royaumes du Nord en chantant leurs vers ; mais on n’en a recuelli jusqu’ici qu’un bien petit nombre. La vie ordinaire, dans les régions septentrionales, est si pénible et si triste , que la poésie se sent là mal à l’aise. Comment chanter, lorsque chaque jour amène avec lui de si dures nécessités? Aussi n’est-cc guère que dans l’exaltation du combat , dans l’enthousiasme de la vie guerrière et aventureuse, que se réveille chez les hommes du Nord la fibre poétique.

Voilà pourquoi l’ancienne Scandinavie était si riche en scaldes , alors que ses guerriers, sous le nom de Normands, couraient les mers , et venaient pirater jusque sur les côtes d’Espagne ou , d’Italie. Mais depuis que les travaux de la paix ont remplacé ces courses héroïques, depuis que l’habitant du Nordenfield et du Finmark n’a plus qu’à dispute.r sa subsistance à une nature ingrate, la poésie, engourdie par cette vie monotone , ne se réveille plus, comme nous venons de le voir, qu’aux émotions de la vie politique ou aux joies des longs festins.

La musique qui accompagne la plupart des ballades populaires est toujours sur des airs empreints d’une singulière tristesse. « Au pied du Dovrefield, dit M. Ampère (*), nous rencontrâmes sur notre route le monument d’une victoire remportée par les Norvégiens sur un corps écossais, commandé par un capitaine, Saint- Clair, au service de la Suède. Les Écossais furent écrasés dans cette vallée , par des rochers que leurs ennemis firent rouler sur eux du haut des montagnes (voy. ci-dessus , p. 528).

Une croix de pierre est placée au lieu où ils ont péri. Il existe sur cet événement une ballade devenue populaire.

Nous nous la fîmes chanter par un paysan pour en connaître l’air. On ne se serait pas douté qu’il eût été fait pour un chant de triomphe, tant il était languissant et triste. Il en est de même de tous les chants populaires du Nord; bien que souvent les paroles

(*) Esquisses du Nord , p. 99.

NORWÉG K.

expriment la gaieté ou un sentiment vif, la mélodie en est toujours traînante et plaintive. Cest que le caractère de la musique nationale ne traduit pas telle ou telle disposition passagère, mais le fond même de l’âme d’un peuple ; or la tristesse est le véritable ca-

ractère du Nord. On l’y retrouve partout, dans le silence et la grandeur de la nature, dans le morne regard de l'homme, dans sa démarche lente et son chant plaintif, dans les brumes de la mer, dans les longues nuits et les longs crépuscules. •

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