‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 103 sur 130 · CH. XVII. LES ENFANTS DE DIEU · texte numérisé non relu

CH. XVII. LES ENFANTS DE DIEU

timent de nudité qui s'est emparé d'eux au moment de leur chute.

Dans ce chapitre nous voyons une fois de plus comment la nature nous enseigne les secrets les plus profonds de TEternel. Heureux celui qui peut lever les yeux avec confiance vers le Père céleste, et qui entend dans son cœur la voix divine lui disant : « Tu es mon fils, je t'ai aimé comme moi-même! >

I 2. Les enfants de Dieu.

Soyez étroitement liés dans l'amour , afin que ▼otrè intelligence possède toute la richesse d'une absolue certifide dans la connaissance du mjrst^e du Père et du Fils, en qui sont cachés tons las tréson do la sagesse et de la science. Col. n, 2.

Devenir l'enfant de Dieu, c'est bien la position la plus élevée où il soit possible d'aspirer. Cette position, nous devons Testimer par dessus toutes choses, elle doit être le but de tous nos désirs. Quelle gloire, quels trésors, quelle puissance ce rang ne donne-t-il pas à celui qui le possède I Nos idées les plus exaltées sur la dignité et la grandeur que ce titre confère n'approchent pas plus de la réalité que nous ne saurions approcher du soleil en étendant nos mains.

Enfant de Dieu: ce terme est vite prononcé, mais son sens est si étendu que ni la terre ni les cieux ne peuvent Tembrasser. Que ceux d'entre mes lecteurs qui connaissent l'humilité, et qui croient que Dieu est assez humble pour offrir à des êtres infimes comme nous le sommes de devenir ses enfants, fassent tous leurs efforts pour apprécier un peu plus sa bonté, ainsi que la dignité qu'il nous offre.

La relation terrestre de père et de fils, n'étant qu'une image, cesse dès que la mort vient en briser la forme. Dans l'autre monde le père n'est plus le père de son enfant, parce que son âme qui a engendré l'enfant est détruite, et que l'âme de l'enfant a également péri. Tous deux sont devenus des esprits, et leurs liens ne peuvent plus être que des liens spirituels, car ils ont dû se dépouiller de toutes les relations de cette terre comme on quitte un vêtement qui par vétusté ne tient plus au corps.

Dans l'autre monde Dieu seul engendre, lui seul a des enfants, qui ne meurent point. Les relations entre Dieu et ses. enfants nous ont été révélées dans tous leurs détails par l'image terrestre que Dieu en a créée. Mais les hommes aveugles et

matérialistes ont pris l'image pour la réalité, et la réalité pour' rimage. Ils ont cru que Dieu, ne sachant comment leur donner l'idée de l'intimité qui existera dans l'autre monde entre lui et ses élus, avait emprunté aux relations terrestres ses formes les plus douces pour expliquer les relations célestes. Ainsi l'on s'est imaginé que, quand Dieu s'appelait Père, c'était une figure poétique ne reposant sur aucune loi naturelle. C'est l'inverse 1 La paternité de Dieu est la seule qui soit réelle, et celle de ce monde n'est qu'une figure passagère, créée par le Père céleste pour initier les hommes à tous les détails de sa paternité. 11 ne faut donc pas plus d'intelligence pour comprendre les choses célestes que pour comprendre les choses terrestres, puisque les lois sont les mêmes. Dès lors tout homme qui ne comprend pas les choses célestes tout aussi bien que les choses terrestres est hypocrite et coupable devant le tribunal de Dieu.

Calvin et plusieurs avec lui ont cru que les vrais chrétiens étaient des enfants de Dieu, mais seulement par grâce, c'est-àdire par l'adoption et non par la naissance, Christ demeurant toujours le Fils unique de Dieu. Nous ne pouvons admettre une semblable idée. Dans le monde spirituel il n'y a pas de grâce; Dieu ne peut pas nous adopter pour ses enfants, ni nous créer tels. Il ne peut non plus, par un acte quelconque, nous en conférer les droits. Nous ne pouvons les acquérir que légitimement, en vertu d'une naissance divine, identique à celle du Christ.

Quelques personnes pensent peut-être que le Créateur peut adopter des enfants, comme un homme le fait. Mais pour que cela fût possible, il faudrait que les êtres que Dieu adopterait fussent, préalablement à l'adoption, du même sang et de la même substance que lui, comme c'est le cas dans les relations humaines, où celui qui adopte et l'enfant adopté descendent d'un père commun. Mais notre position à l'égard du Créateur est inférieure à celle d'un animal à l'égard de l'homme. Or, comme on ne peut adopter un animal pour son enfant, de même Dieu serait coupable s'il nous adoptait en cette qualité. L'Etre suprême ne pouvant donc nous adopter comme ses enfants sans enfreindre les lois qu'il a créées, il doit, s'il veut que nous devenions ses enfants, nous engendrer selon les lois de la génération, telles qu'il les a établies et nous les a révélées dans la génération des cellules.

Celui qui est désireux de connaître plus intimement les rela-

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tions et les devoirs des enfants de Dieu à Tégard de leur Père céleste, ou ceux du Père céleste à Tégard de ses fils, n'a qu*à consulter l'image que Dieu en a donnée sur la terre.

La fidélité du portrait est telle que chacun est à même de connaître l'original avec toute la précision qu'il désire. Personne ne peut donc s'excuser, s'il ne connaît pas les choses -célestes aussi bien que les terrestres.

Les créatures de Dieu ne sont pour lui que des animaux, tandis que ses enfants sont une partie de lui-même. Il les aime plus que lui-même, il ne pense et ne vit que pour eux. Tout ce qu'il fait n'est qu'en vue de leur bien-être et de leur bonheur. Tout son désir est qu'ils apprennent à le comprendre, qu'ils agissent et pensent comme lui, qu'ils lui soient en tout semblables. 11 a mis tous ses biens à leur disposition, et leur a ouvert tous ses trésors de sagesse et de science ; il veut que leur intelligence ait une certitude absolue, une connaissance sans bornes, qu'il n'existe plus de mystère pour eux, qu'ils soient en possession de toutes les richesses matérielles et spirituelles. Rien, absolument rien ne nous empêche d'entrer dès ce moment en possession de tous ces biens ; ils nous sont toujours offerts ; si nous ne les possédons pas, c'est que nous ne les désirons pas, et si nous prétendons les désirer, nous nous abusons nous-mêmes.

Tels sont les hommes : ils se plaisent à croire qu'ils sont assez spirituels pour désirer les biens spirituels, mais que le Père céleste les leur refuse, au lieu de reconnaître que Dieu accorde les choses spirituelles avec la même abondance que les terrestres, mais que nous ne les acceptons pas parce que nous n'y avons pas goût. Nous disons que nous aimons la lumière, mais, quand Dieu nous l'offre, nous la repoussons. Nous rejetons ainsi la faute de notre ignorance sur notre Père céleste.

Enfants de Dieu, enfants de la lumière, ne parlez plus de mystère ni de ténèbres î Humiliez- vous, et reconnaissez que, si quelque chose vous a été obscur, c'est parce que vous n'avez cru ni au témoignage de la parole de Dieu, ni au témoignage de ses œuvres.

Celui qui ne croit pas à la paternité de Dieu, telle que la nature la définit, doit du moins respecter la vérité et la logique, ^t ne pas se permettre d'employer des termes tirés des relations de père et de fils pour désigner les rapports de Dieu à l'égard <le ses élus, quand il n'admet pas ces relations pour Dieu. Il

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emploie sans cela un langage faux, et il trompe celui qui l'écoute. Celui qui rejette les lois de cette terre doit aussi rejeter la terminologie qui en découle. Nous ne pensons pas qu'il y ait quelqu'un d'assez présomptueux pour supposer qu'au ciel les lois de la génération soient différentes de celle que Dieu a établies pour la terre, car alors ce ne serait plus une génération. Et pourquoi l'imagination de tel ou tel homme serait-elle plus près de la vérité que ce que Dieu enseigne? Car, après tout, l'intelligence humaine ne peut que combiner les pensées que lui suggère la nature. Et qui oserait avouer la prétention d'être plus vrai que la nature?

L'enfant de Dieu a les mêmes devoirs à l'égard de Dieu que l'enfant terrestre à l'égard de son père terrestre, et Dieu a absolument les mêmes devoirs à l'égard de ses fils qu'un père terrestre à l'égard des siens. Si le père néglige ses devoirs envers ses enfants, il est plus coupable que l'enfant qui néglige les siens envers son père ; et si Dieu négligeait un seul de ses nombreux devoirs envers ses enfants, il serait plus coupable que l'homme négligeant tous ses devoirs envers Dieu.

Pour être l'enfant d'un père terrestre, il n'estpas nécessaire de le savoir, car la paternité dépend de lois immuables, et nullement d'une connaissance. Il en est de même dans le monde spirituel. Etre enfant de Dieu est un état, un fait qui ne dépend en aucune façon de notre foi. Si un fils de Dieu, dans l'infirmité de sa première enfance, ignore qu'il a Dieu pour père, en estil moins pour cela son enfant? Et si celui qui n'est pas enfant croit qu'il l'est, le sera-t-il davantage? Ne soyons donc pas assez insensés pour nous imaginer que la nouvelle naissance (qui constitue notre salut) dépend de notre foi ou de notre croyance; elle dépend d'un acte de Dieu à notre égard, et non de notre connaissance. Quand le fait est accompli, l'homme peut y croire ou n'y pas croire; mais c'est une absurdité dépenser que la foi doive précéder le fait. Dans ce dernier cas elle ne serait qu'une erreur, une mystification, un mensonge.

Que sert- il à un homme de se figurer qu'il est enfant de Dieu, quand il ne l'est pas ? sa position en sera-t-elle meilleure, et son arrogance plaira-t-elle à Dieu ? Cette fausse croyance peutelle le rapprocher de la vérité ?

L'enfant de Dieu ignore toujours le moment de sa naissance. Q naît au monde divin infirme, avec pleurs et gémissements, il ne reconnaît point son Père céleste ni aucune des choses qui

l'entourent, et il est incapable de toute action. Peu à peu son intelligence se développe, ses facultés s'épanouissent, il commence à distinguer les objets qui l'environnent, il reconnaît la voix de son Père et apprend à l'aimer. Plus tard il acquiert des connaissances nécessaires pour juger, il comprend la différence entre le bon et le mauvais, l'utile et le nuisible, ainsi que la distance qui sépare la créature de Dieu de son enfant.

On est enfant de Dieu avant de le savoir, comme nos péchés ont été pardonnes avant d'avoir été commis, notre dette acquittée avant que nous l'eussions contractée. Telle est l'œuvre du Souverain ; le bien nous est donné avant que nous le demandions, le remède a été préparé avant que le mal existât.

I 3. La prière.

Tout ce que tous dcmanderei au Père en mon nom, il TOUS le donnera.

Les relations des enfants de Dieu à l'égard de leur Père céleste doivent être tout autres que celles des créatures à l'égard de leur Créateur. Christ dit : * Toutes les choses que vous de- » manderez au Père en mon nom, il vous les donnera. » (Jean XVI, 23.) Pour demander au nom de Jésus, il faut, comme condition fondamentale, que Christ nous ait envoyés. Si Christ ne nous a pas envoyés, nous sommes de faux ambassadeurs, nous cherchons à tromper Dieu, du moins nous nous trompons nousmêmes, car nous demandons pour notre usage une chose contraire à notre intérêt et à la volonté de Christ.

Si donc notre prière n'est pas un mensonge, il faut non seulement que Christ nous ait envoyés, mais encore qu'il nous ait communiqué ses pensées, que nous ayons une connaissance intime de sa manière de juger et de sentir, que nous sachions ce qu'il aime et ce qui lui est agréable. Sans cette intimité avec notre Seigneur nous n'avons pas le droit de prier en son nom, et si nous le faisons, nous sommes des imposteurs, car nous parlons faussement et sans connaissance; nous demandons pour nous-mêmes, tout en nous donnant l'air d'être au service de Christ et de ne travailler que pour lui.

Pour prier au nom de Christ, il faut être un avec Christ, sentir et penser comme lui. Chrétiens, vous qui prononcez si légèrement ces mots : Au nom de Christ, réfléchissez ! Réflé-

chissez à ce que cette expression veut dire, et combien sont hypocrites ceux qui demandent quelque chose au nom de Christ, quand il ne les en a pas chargés. L'institution de la prière chrétienne est au fond une intercession des enfants de Dieu en faveur de Tœuvre de leur frère aîné. Us sont chargés d'accomplir ce qu'il a commencé. Il s'est posé lui-même comme pierre angulaire, et sur ce fondement ses disciples doivent élever un bâtiment pour lequel il leur a indiqué le plan et les méthodes à suivre.

Christ est venu en premier lieu pour fonder un empire terrestre. La mort l'ayant empêché de continuer cette œuvre, elle incombe à ses disciples. En attendant, Christ s'est retiré dans le monde céleste où il recommence à fonder un autre empire, qui ne pourra être détruit et dont le premier n'est que l'image. Quand l'image terrestre s'écroulera, le royaume céleste sera prêt et le Seigneur viendra pour chercher ses élus. La prière chrétienne n'a donc été instituée que pour les enfants de Dieu ; dans toute autre bouche elle est une monstruosité. Personne d'autre qu'un enfant de Dieu n'a le droit de présenter au Père céleste une prière au nom de Christ.

Tous ceux qui sont enfants du Souverain doivent imiter, sur une échelle restreinte, leur divin modèle, faisant en petit sur la terre ce que Christ fait en grand aux cieux, afin de pouvoir sympathiser avec lui. Il faut donc que ce monde présente en petit les mêmes lois, les mêmes phénomènes, les mêmes difficultés, les mêmes combats, les mêmes dangers qui existent dans le monde supérieur ; nous ne saurions sans cela ni comprendre ni imiter Dieu. Il est absolument nécessaire que nous apprenions à cette école terrestre à faire, selon le degré de nos forces, des œuvres analogues à celles que Christ accomplit dans le monde spirituel. A cet eflfet, il nous lègue cette terre et nous devons lui préparer un royaume terrestre, comme il nous prépare un royaume céleste. Voilà notre tâche ; elle embrasse tous nos devoirs de chrétien et d'enfant de Dieu.

Il existe ainsi une réciprocité absolue entre Christ et ses frères. Nous, de vous travailler pour lui comme il travaille pour nous ; nous devons intercéder pour lui sur la terre comme il intercède pour nous au ciel ; nous devons nous charger de sa croix comme il s'est chargé de la nôtre; nous devons être baptisés du même baptême que lui ; nous devons nous sacrifier pour lui comme il s'est sacrifié pour nous.

Nous devons pénétrer dans le lieu très saint et nous présen-

ter devant la face du Père avec le sang de notre vieil homme, comme Christ s'est présenté avec son propre sang. Personne n'a la puissance de nous ôter cette vie, nous ne pouvons l'offrir que volontairement, comme Dieu ne peut accepter qu'un sacrifice volontaire. Comme Christ s'est humilié au-dessous de nous, nous devons nous humilier au-dessous de nos frères ; comme il nous a élevés au-dessus de lui, nous devons élever nos frères audessus de nous ; comme il s'est sacrifié pour notre salut, nous devons nous sacrifier pour le salut des autres; comme il nous a donné sa gloire et ses biens, nous devons en faire de même à l'égard de nos frères; comme lui, nous devons travailler de nos mains pour avoir de quoi donner ; comme lui, nous devons rendre le bien pour le mal, l'amour pour la haine, l'estime pour le mépris, la douceur pour la violence, l'humilité pour l'arrogance. Nous devons être spirituellement l'image de Dieu comme nous le sommes matériellement, autrement la forme même de notre corps est un mensonge. Or Dieu n'a rien négligé pour que cette image spirituelle soit aussi près de la perfection que possible; mais pour cela il doit vaincre notre résistance, car spirituellement il ne peut rien faire sans notre assentiment*.

Le christianisme japhétique, fondé sur la foi au lieu de la connaissance, et préférant les ténèbres à la lumière, le mystère de l'ignorance à l'éclat de la vue et à la puissance du savoir, a interprété la prière chrétienne, comme toutes les autres choses, d'une manière irrationnelle. Ignorant que l'ancienne loi s'adresse à Fâme terrestre , la nouvelle à l'âme spirituelle, que l'ancienne loi est fondée sur la foi, la nouvelle sur la connaissance, il a présenté ses prières dans l'esprit de l'ancienne alliance.

'} On se le rappelle, dans une discussion mentionnée page 252 j'avais accédé à cette proposition que l'homme matériel n'est point à l'image de Dieu, mais seulement l'homme spirituel. Le cours de mes études a changé, en ceci comme en toute autre chose, ma manière de voir, et je dis : L'homme matériel est seul orée à Timaffe de son Dieu; l'homme spirituel ne le devient que s'il atteint son plein développement. Dieu ne crée pas l'homme spirituel à son image, attendu qu'il ne peut pas créer des enfants. L'homme doit progresser, il doit devenir pjus grand qu'il ne Test ici-bas. Or présentement il n'est encore qu'à l'image de son Dieu ; pour être plus que cela, il faut qu'il devienne identique avec lui. Voilà donc la destinée de l'Eglise : être un aveo le Père et le Fils (Jean XYII, 21). C'est l'accomplissement de la prophétie que Dieu a donnée à l'homme en le créant à son image. Il doit devenir intérieurement ce qu'il n'était qu'extérieurement lors de sa création; il doit devenir en réalité ce qu'il n'est maintenant qu'en image.

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La position d'un suppliant est bien différente selon qu'il se trouve sous l'une ou l'autre des deux alliances. La plupart des chrétiens, étant sans aucune connaissance des choses spirituelles, ont puisé leur instruction pratique dans les exemples de l'ancienne alliance, n'en ayant pas d'autres. Ainsi pour la prière ils se sont rapprochés des modèles que nous ont laissés les hommes de Dieu des temps anciens, ignorant que les prières de la nouvelle alliance doivent être aussi différentes de celles de l'ancienne que le jour Test de la nuit, ouïe ciel de la terre.

La plupart des prières qui s'élèvent du sein de la chrétienté à chaque instant de la journée appartiennent à la catégorie do celles de l'ancienne alliance. Nous ne parlons ici que de celles qui sont sincères, où le cœur prie et non pas seulement les lèvres. Ce sont des prières juives, des prières qui partent de l'âme et sont inspirées par la foi , apanage de l'ancienne alliance; des prières dans le genre de celles que la conscience inspirait aux hommes pieux des temps anciens et que ceux d'entre les païens qui cherchent Dieu sont encore poussés à faire; des prières d'hommes sous la loi, d'hommes dans les ténèbres, qui ne voient et ne comprennent pas Dieu. Elles sont le cri d'âmes en détresse , auxquelles Dieu dit : « Appelle-moi au jour de la calamité, et je t'exaucerai. > Les prières de la nouvelle alliance doivent être tout autre chose ; c'est ce que nous allons montrer.

L'homme n'appelle Dieu à son aide que quand tout secours humain lui parait manquer ; tant qu'il se repose sur l'homme, sur les promesses des autres, sur ses propres forces, il ne fait pas appel à Dieu. La prière est un sentiment instinctif qui a été donné à Thomme, et il n'y 9 pas de nation, quelque sauvage qu'elle soit, qui ne prie d'une façon ou d'une autre. Même les animaux, spécialement ceux qui sont sociables, ont reçu du Créateur l'instinct de crier quand ils sont en détresse ; c'est un appel qu'ils font à l'aide des autres, un secours qu'ils demandent à Celui qui les a créés. Cet instinct des animaux est le premier type de la prière chez l'homme, et la plupart du temps nos prières ne sont autre chose que ce cri d'angoisse poussé vers le ciel ; car dans la prospérité hous pensons peu à Dieu, et si néanmoins nous prions, nos prières n'ont rien de l'intensité et de la ferveur qu'elles ont quand nous sommes menacés d'un malheur.

Mais dans la nouvelle alliance la prière ne doit plus être

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semblable au cri de détresse poussé par l'animal ; elle est une conversation entre un fils et son père, où le fils s'informe de ce qui est agréable au père, et où le père décide ce qui est le plus dans l'intérêt du fils. La dernière prière légitime dans le sens de l'ancienne alliance était celle du Christ sur la croix, quand il dit en jetant un grand cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » L'aurore de la prière de la nouvelle alliance est inaugurée par ces mots : « Eu ce jour-là, vous ne m'interrogerez sur rien; car en vérité, en vérité, je vous le dis , toutes les choses que vous demanderez au Père en mon nom, il vous les donnera. — Jusqu'à présent, vous n'avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. — Je ne vous parlerai plus en similitudes, mais ouvertement de mon Père. » (Jean XVI, ^S, 24, 25). Le moment où cette nouvelle institution entre en vigueur est désigné par cette parole mémorable : < Tout est accompli. » Entre ces deux époques il y a une barrière très haute. Celui qui dorénavant ne prie pas avec le sentiment que tout est accompli n'a pas franchi cette barrière, il est encore sous l'ancienne loi, ou du moins il mêle l'ancienne loi à la nouvelle, ce qui s'appelle judaïser.

Sous la loi du Sinaï, qui est celle de la mort, l'homme priait pour la vie de l'âme; sous la loi de la grâce il ne doit plus le faire, car la mort du vieil homme ayant été scellée, il ne doit plus prier pour sa conservation, mais pour sa destruction, afin de faire place à la nouvelle âme donnée par Christ. L'une exclut l'autre ; ce sont deux ennemis irréconciliables, qui se méprisent réciproquement.

Si la prière de l'ancienne alliance est le cri de la créature, celle de la nouvelle alliance est la parole vivant-e d'un fils. D y a entre ces deux prières la même différence qu'entre le bêlement d'un animal qui demande de la nourriture et la voix articulée du fils exprimant une pensée intelligente, et s'informant auprès du père de ce qu'il y a à faire.

La nouvelle naissance détermine seule notre entrée dans la nouvelle alliance ; après cet événement l'homme n'est plus une créature, mais un enfant. Il possède aux yeux de Dieu tous les droits d'un fils à l'égard de son père. Il doit le voir et le comprendre, l'aimer et lui obéir. Christ, notre frère aine, se charge de notre éducation ; il est en même temps notre modèle et notre maître; il demande de nous les mêmes choses que Dieu de-

mande de son fils premier-né. Comme il a été envoyé au monde, ainsi le Sauveur nous envoie à son tour pour achever l'œuvre qu'il a commencée. Nous devons travailler comme Christ a travaillé, pour pouvoir posséder sa gloire et être un avec Dieu.

Or l'enfant de Dieu est un dieu, et le frère de Christ doit être un Christ. Ainsi tous ceux qui appartiennent à l'Eglise vivante, tous ceux qui sont nés de nouveau doivent être, qu'on nous permette cette expression, des Christs en miniature, devant faire en petit à l'égard de leur Sauveur ce que Christ a fait à l'égard de l'humanité. C'est là l'ordre institué par Dieu. Car il est impossible que nous soyons semblables à Dieu, et que nous recevions sa gloire, si nous n'agissons pas comme des dieux. Ces vérités restent immuables. Chaque chrétien doit se sacrifier pour Christ comme Christ s'est sacrifié pour nous, il doit lui faire l'offrande de son ancienne âme comme Christ a offert la sienne en propitiation pour le péché. Nous devons intercéder auprès de Dieu pour Christ, comme Christ intercède auprès de Dieu pour nous; car Christ veut que son règne temporel soit amené par ses frères, comme il amènera pour eux son règne spirituel. C'est pour cela qu'il les quitte afin d'aller leur préparer le lieu (Jean XIV, 2).

Il y a donc échange de services. Christ veut bien accepter ce que nous faisons ici-bas comme une compensation de ce qu'il fait pour nous au ciel; en retour, il nous donne sa gloire et nous offrira le fruit de son travail. C'est là l'esprit dans lequel nous devons travailler et prier. Sous l'ancienne alliance chacun ne priait que pour soi; sous la nouvelle nous ne devons prier que pour Christ et l'avancement de son règne. Par cette raison, nous devons présenter nos prières au nom de Christ, comme travaillant exclusivement pour lui. Ceux qui ne le font pas n'ont pas le droit d'employer cette formule.

Le Sauveur ne peut plus prier pour l'humanité, car il n'en est plus membre, étant rentré à son égard dans la position qu'il occupait auparavant, celle de Créateur. L'homme seul a le pouvoir d'intercéder pour l'homme. L'Apocalypse nous montre les martyrs non pas priant pour les hommes, mais demandant leur condamnation : « Et ils criaient à grande voix, en disant : Jusques à quand, ô Souverain, saint et véritable, ne juges-tu point et ne venges-tu point notre sang de ceux qui habitent sur la terre ? » (Apoc. VI, 10.)

Si Christ, dans sa position actuelle, pouvait prier pour les hommes, il serait inutile que nous le fissions, et la prière deviendrait une chose superflue et sans but. Quand donc Christ a institué la prière de la nouvelle alliance, il a demandé que ses disciples lui rendissent un service que sa mort volontaire allait Tempêcher d'accomplir. La position du Sauveur dans le ciel est celle de celui qui exauce, non celle de celui qui prie.

Christ a dit aux apôtres : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez et il vous sera accordé. » Et ailleurs : «^ Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. >

Or, pour pouvoir présenter une demande au nom de quelqu'un, il faut premièrement que nous en ayons été chargés, secondement que celui pour lequel nous intercédons ne soit pas présent. Car un inférieur ne peut pas intercéder pour un supérieur en sa présence. Ainsi, pour que nous puissions présenter une prière dans l'esprit de la nouvelle alliance, il faut que Christ nous ait réellement chargés de demander à Dieu la chose pour laquelle nous prions. C'est la prière de Christ, en sa qualité de Fils de l'homme, que nous sommes chargés de présenter. D faut de plus que lui-même ne puisse le faire, sans quoi il serait inutile et révoltant pour le sens commun de remplir une semblable formalité.

Toute prière présentée à Dieu au nom de son Fils devrait être une prière de Christ, et non des hommes. Christ doit nous avoir directement chargés de la faire, et nous en avoir dicté les paroles. De plus, elle ne peut concerner que les intérêts de Christ sur la terre, car il serait absurde de vouloir intercéder pour les intérêts de Christ au ciel, lui-même s'y trouvant pour le faire.

Dieu veut que ses enfants se considèrent en toutes choses comme occupant le même rang et étant de la même importance que lui. Ils ne doivent pas plus être de ce monde que Christ n'est de ce monde. Celui qui voit un vrai chrétien voit Christ, et celui qui voit Christ voit Dieu. Si Christ envoie un de ses disciples pour parler en son nom, celui qui l'écoute écoute Christ et écoute Dieu; celui qui le rejette rejette Christ et rejette Dieu; celui qui le frappe frappe Christ et frappe Dieu. Car la moindre des choses qu'on lui fait parce qu'il est enfant de Dieu, soit en bien soit en mal, c'est comme si on la faisait à Christ même ou à Dieu. En tendre père, Dieu considère une insulte faite à un de ses enfants comme si elle lui était faite

personnellement, et le moindre acte de bienveillance à leur égard comme un service rendu à lui-même et dont il sera éternellement reconnaissant. Si nous nous souvenions de ces choses, à quel point de vue différent n'envisagerions-nous pas toutes les actions humaines, et combien n'auraient-elles pas d'importance à nos yeux ?

Si un chrétien a quelque chose de plus spécial à demander, il doit se rappeler que Christ considère le plus petit service rendu à ceux qui croient en son nom comme rendu à lui-même. Par conséquent, si Dieu exauce le moindre vœu de ceux qui espèrent en son Fils, c'est comme s'il rendait un service à Christ. Que le chrétien dans toute demande particulière se rappelle donc cette position à l'égard de son Père céleste ; mais qu'il distingue bien si sa demande est pour Christ ou pour lui-même, et qu'il ne mette pas les deux sur la même ligne.

Nous venons de signaler en peu de mots des vérités d'une immense portée. Mais elles ne peuvent être comprises que par celui qui a déjà une assez grande expérience chrétienne. Tant qu'on est encore sous l'ancienne alliance, on ne peut admettre ce que nous venons de dire. En effet on ne comprend une chose que lorsqu'on Ta éprouvée.

La prière est la vie de l'homme. Chez les uns elle est le langage de l'àme, le langage de la terre ; chez les autres elle est le langage de l'esprit, le langage du ciel.

Les premiers la font à des intervalles plus ou moins longs, prosternés, les mains jointes, poussés par la détresse, dans le sentiment de leur impuissance et dans l'incertitude d'être exaucés; chez les autres, elle eât la conversation intime d'un fils avec son père, qu'il voit face à face, dont il ne quitte plus la présence et qu'il consulte en toute occasion. Ces deux genres de prière n'ont absolument rien de commun, ni dans leur forme, ni dans leur sens, ni dans leur langage ; elles sont plus distantes l'une de l'autre que l'Orient ne l'est de l'Occident, et ne peuvent s'élever ensemble d'un même cœur.

Le langage de ces deux prières se distingue facilement. Si on reconnaît à l'ouïe de quelques mots les différents idiomes de la terre, à combien plus forte raison distinguera-ton à une seule parole le langage de la terre de celui du ciel ! Même dans le ciel il y a différentes langues ; car, par exemple, il est parlé dans l'Apocalypse d'un cantique nouveau que les prémices des rachetés peuvent seuls apprendre et chanter.

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