‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 105 sur 130 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

LE GOUVERNEMENT DE DIEU DANS LE MONDE. LE SERVICE QUE LE MAL DOIT RENDRE

Toutes choses doWent oontiibaer au biea de oeui qui aiment Dieu.

Le Créateur a prévu la fin de toutes choses, et il est impossible qu'il fasse une œuvre qui le trompe. Ainsi le mal luimême doit concourir avec le bien au but final que Dieu s'est proposé.

La nature nous apprend qu'il ne peut exister de vie qui ne détruise d'autres vies pour son entretien. Les plantes actuelles n'existent qu'à la condition de puiser dans le sol où elles croissent l'humus déposé par les millions de générations qui les ont précédées. Les animaux à leur tour sont forcés de déti'uire les plantes ou d'autres animaux pour entretenir leur vie. Les hommes de même détruisent plantes et animaux pour subvenir aux besoins de leur subsistance. Ainsi la création entière nous montre que la vie n'existe qu'aux dépens de la vie.

Cette organisation est spécialement destinée à donner aux hommes une idée de ce qui se passe dans le monde moral ou spirituel. Dans ce monde-là comme sur la terre, tout ce qui a une âme ne peut vivre et se développer qu'à la condition que d'autres êtres meurent. Nous avons dit que la mort matérielle est le type de la mort spirituelle. Ainsi la corruption matérielle est l'image de la corruption spirituelle, et le fumier, qui

*) Aux chrétiens incombe le devoir de prier pour tous les hommes (1 Tim. II, 1), tandis que Christ ne prie pas pour tous les hommes ou pour le monde» mais seulement pour ses frères, les enfants de Dieu (Jean XVII, 9).

est le rejet de la vie matérielle, est Timage de ces êtres qui, en faisant le mal, sont repoussés du corps de Christ et deviennent l'ordure du monde spirituel.

Or nous disons que la corruption spirituelle est tout aussi nécessaire pour faire croître les récoltes du monde spirituel que la pourriture et le fumier sont nécessaires à nos laboureurs pour faire porter à leurs champs une abondante moisson. Dieu emploie donc les méchants et le mal J)our leur faire produire ce que d'avance il a jugé convenable. Néanmoins chacun reste libre d*agir comme il lui plaît. Dieu ne force personne à faire le mal ou le bien ; mais il combine les événements de telle sorte que le résultat final de tous les ressorts qu'il fait jouer, de tous les engrenages qu'il place et déplace à volonté, est l'œuvre qu'il a déterminé d'avance devoir être accomplie.

Même le mal que les chrétiens se font les uns aux autres doit contribuer à leur prospérité spirituelle. Quand quelqu'un pèche contre lui-même, il s'attire, par suite des lois que Dieu a établies, une punition à laquelle il ne peut échapper; mais cette punition , ainsi que les effets de sa mauvaise conduite, tourne à son bien s'il se repent.

Si le chrétien n'avait pas cette conviction, il devrait désespérer, surtout ceux qui ont des enfants , et qui sentent qu'ils ne peuvent jamais remplir tous leurs devoirs à leur égard. Mais le sentiment que toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu donne une paix intérieure qu'aucune bonne action ne saurait produire.

Dieu emploie le mal absolument comme un meunier emploie le bois, le fer et la pierre pour construire un moulin, et l'eau pour faire tourner sa roue. Le travail de ces éléments doit pourvoir à la subsistance de sa famille.

Les méchants sont donc là pour servir les bons, comme une machine sert l'homme, comme un cheval porte son cavalier, comme un bœuf laboure le champ de son maître. Ils l'ignorent, ne croyant suivre que leur propre penchant; néanmoins ils font le travail nécessaire au bien général, car dans le monde moral, comme dans le monde physique, aucune force ne se perd.

Chaque être, avons-nous dit, reste libre de faire ce qu'il lui plaît. Mais il est évident que le souverain Juge ne récompensera pas celui qui fait le mal par haine pour lui. Les enfants du père de famille sont les seuls qui reçoivent des récom-

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