CH. XVIII. LE SERVICE QUE LE MAL DOIT RENDRE
penses et qui profitent du labeur des machines et des animaux. Dieu n'est pas plus reconnaissant envers celui qui fait le mal, et accomplit par là ses intentions, que le laboureur n'est reconnaissant envers son fumier de ce qu'il engraisse ses champs.
Telles sont les lois du monde spirituel. Son organisation n'est pas moins compliquée que celle de cette terre. Dieu fait en grand ce que nous faisons en petit. Il combine le travail des hommes comme nous combinons celui de Tempire inorganique. Il ne leur impose pas plus sa volonté que nous n'imposons notre volonté à l'eau, au feu ou à une pierre. C'est ainsi qu'en toutes choses l'homme est l'image matérielle de Dieu.
Une fois que les chrétiens auront reconnu la sagesse avec laquelle leur Père céleste dirige toutes choses, ils ne craindront plus pour la vérité quand ils verront le mal dominer dans le conseil des princes, la victoire couronner des guerres injustes, ou la vogue s'attacher à des ouvrages pervers comme ceux de Strauss et de Renan. On ne s'inquiétera pas quand des pasteurs incrédules s'empareront des chaires et de l'oreille du public ou siégeront dans l'administration des Eglises. Ils y sont tous placés, comme les rois sur leurs trônes, par la grâce de Dieu, et leur œuvre est aussi indispensable pour le triomphe final de la vérité que le travail du meilleur des hommes. C'est sur eux que retombe le gros de l'ouvrage qui doit se faire dans le monde. Dieu n'emploie pas les mêmes ouvriers pour démolir et pour reconstruire. Plus l'ouvrier est stupide, plus l'ouvrage qu'il doit accomplir est vil et grossier.
Les chrétiens ont une bien petite part dans tout l'ouvrage qui a été fait jusqu'ici pour la propagation de la vérité. Leur antipathie pour tout travail intellectuel est si grande que sans les attaques, incessantes des incrédules ils seraient restés dans une inaction voisine de la mort. Ces attaques sont absolument nécessaires pour détruire toutes les erreurs qui, comme les mauvaises herbes dans un jardin, envahissent constamment le christianisme. Sans cette épuration, que lui font subir ses ennemis, il lui serait aussi impossible de porter du fruit qu'à un jardin auquel on ne donnerait pas de fumier et dont on n'enlèverait pas les mauvaises herbes.
Les adversaires de la vérité croient l'attaquer, mais ils n'ont aucune influence sur elle. Ils ne peuvent que la débarrasser des erreurs qui l'obscurcissent, afin que sa lumière devienne de plus en plus éclatante. Ils font une œuvre qui les trompe»
mais qui ne trompe pas Dieu, car il lui a plu d'utiliser ainsi leur travail. La science, si pauvre qu'elle soit, a découvert qu'il ne se perd pas de forces dans la nature. Cette vérité, qui n'est qu'approximativement juste pour ce monde, est d'une rigoureuse exactitude pour le monde moral , bien que peu de chrétiens s'en doutent. Ainsi aucun ouvrage impie ne s*est imprimé, aucune superstition ne s'est propagée, aucun faux prophète ne s'est élevé, aucun mensonge n'a été inventé, aucune calomnie répandue, aucune persécution n'a eu lieu, aucun meurtre ne s'est commis, sans que cela eût été combiné d'avance pour le bien de ceux qui aiment Dieu et pour l'avancement de son règne.
Nous prions le lecteur intelligent d'observer que la somme du travail des animaux, des plantes, des éléments, du vent, de l'eau et des machines est immensément plus grande que la somme du travail des hommes; de même la somme du travail des ennemis de Dieu est infiniment plus considérable que la somme du travail de ses enfants. Ce que ces derniers savent faire n'est à peu près rien en comparaison de ce que font les premiers. De plus, ce travail est si imparfait qu'il se réduit au chiffre le plus minime. Néanmoins il se distingue de celui des bêtes en ce qu'il est intelligent et inspiré par le désir d'avancer le règne de Dieu, tandis que l'autre travail n'est fait que pour satisfaire des instincts personnels.
Pour que la vraie Eglise puisse s'étendre, il faut que toutes les Eglises d'Etat, pépinières d'erreur et d'incrédulité, soient détruites. A cet eflfet, il est nécessaire qu'elles tombent entre les mains de mauvais serviteurs ; car il est au-dessous de la dignité des bons de faire une œuvre de destruction. Chez tous les chrétiens la vérité est grandement entachée d'erreurs. Mais les méchants n'ont pas la puissance d'ébranler la vérité ; c'est l'erreur seule qu'ils sont appelés à détruire, afin que la vérité puisse être semée à sa place. Ainsi qu'un bœuf ne laboure pas où il veut, mais seulement là où il est conduit, de même les méchants n'ont pas la puissance de labourer partout où ils le veulent, mais seulement dans les champs où Dieu a décidé de faire de nouvelles semailles. Les circonstances et leurs instincts ne leur permettent pas de travailler ailleurs que là où Dieu le trouve bon. C'est le mors par lequel Dieu les mène.
Le plus grand mal que l'homme ait jamais fait est d'avoir crucifié le Prince de la vie ; et c'est précisément cet excès de