CH. XVIII. LE SERVICE QUE LE MAL DOIT RENDRE
mal qui portait en lui-même le remède le plus efficace contre le mal, en nous procurant l'héritage de la justice de Christ. Ceux qui se sont emparés de l'héritage du Fils périrent misérablement, mais ils ont été le moyen de le procurer à ceux qui détestaient cette action (Matth. XXI, 38).
Quand un homme se tue spirituellement en faisant le mal, en persécutant la vérité et en méprisant celui qui en est le représentant sur la terre, il fait porter à celui qu'il persécute un fruit beaucoup plus excellent qu'il n'eût porté sans cela. En faisant une action qui le tue, il produit la vie chez celui auquel il a voulu nuire. Le mal prépare ainsi les voies au bien, il fait Touvrage vil et laborieux là où un pareil ouvrage est nécessaire : fumier qu'il est, il va de lui-même se placer sur le champ qu'il doit engraisser; animal qu'il est, il s'égorge pour servir de nourriture aux vivants.
< Réjouissez- vous, dit le Seigneur, quand on vous persécutera, cai- votre récompense sera grande. Voici, vous aurez le pouvoir de marcher sur les serpents et sur les scorpions, et sur toute la puissance de l'ennemi; et rien absolument ne vous nuira. Toutefois ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont assujettis; réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. > (Luc X, 19 et 20). Le vrai chrétien est en tout semblable à un Dieu; il ne peut lui arriver aucun mal du dehors, et nul n'a le pouvoir de lui nuire. Son mauvais cœur est le seul ennemi qu'il ait à craindre, car en transgressant les lois de la vie il peut se donner la mort.
« Le méchant, a dit le roi prophète, fait toujours une œuvre qui le trompe. > Si Satan avait atteint son but en séduisant Eve, ce n'est pas lui, c'est Dieu qui se serait trompé. U faut que l'action de Satan ait eu pour résultat le contraire de ce qu'il en attendait. En effet, au lieu d'abaisser l'humanité, elle a été le moyen choisi par Dieu pour l'élever à un tel degré de puissance qu'elle puisse écraser sous ses pieds celui qui avait voulu lui faire du mal. C'est ce dont Satan ne se doutait pas. Sans la chute d'Adam et d'Eve , nous n'eussions jamais pu écraser Satan, et nous n'eussions reçu ni la justice de Christ ni son héritage de gloire et de puissance. Or ces choses valent infiniment plus que ce que nous aurions pu acquérir par nos propres forces.
Le Prince de ce monde , qui règne sur les peuples et les princes de la terre, cherche à établir sa domination pour tou-
jours. II engage les hommes à s'élever les uns au-dessus des autres, à s'emparer réciproquement du fruit de leur travail. Sous prétexte de vouloir le bien général, ceux qui lui appartiennent usent en toute chose de violences et cherchent à imposer aux hommes le respect et l'obéissance de lois contraires à la vérité. Ils cherchent à étouffer tout reproche et toute contradiction, persécutant ceux qui annoncent la vérité et demandent la justice. Mais ces moyens trompent toujours ceux qui les emploient. On n'obtient jamais ce qu'on en espère; tous ceux qui en ont fait usage sont tombés les uns après les autres. Bien que toutes les générations successives voient le triste résultat de leurs œuvres, elles n'en persévèrent pas moins dans la même voie et répètent toujours les mêmes fautes. Au fruit vous reconnaîtrez Tarbre; suivant la manière de parler et d'agir d'une puissance, vous saurez si elle appartient au Prince des ténèbres ou au Prince de la lumière.
L'Apocalypse nous dit que toutes les puissances qui ont surgi après le partage de l'ancien empire romain sont couvertes comme lui de noms de blasphème; car elles s'attribuent un pouvoir, un honneur et une gloire qui n'appartiennent qu'à Dieu seul. Mais, comme elles font une œuvre qui les trompe, leur fin sera le mépris et la confusion, et elles seront réduites à néant par le pouvoir de la vérité. Cependant il faut que la tyrannie, l'injustice et le mal régnent jusqu'à ce qu'Usaient préparé les hommes à la réception de la vérité. Dieu hait toute pression, car imposer la vérité à quelqu'un ne fait que du mal; elle ne doit être possédée que par ceux qui l'aiment et savent la distinguer de Terreur. C'est notre goût qui nous guide dans ce choix. D'un côté les méchants nous offrent l'erreur, de l'autre les bons nous offrent le bien ; chacun choisit selon ses dispositions. Ainsi les opinions qu'un homme se forme règlent sa conduite et sont toujours l'expression de son état moral. Si Dieu n'avait pas arrangé les choses de cette manière, les œuvres d'un homme ne seraient pas le reflet de son état moral, et l'on ne pourrait reconnaître l'arbre à son fruit.
Que les justes comprennent ces choses, qu'ils entrent dans les vues de Dieu et rassemblent leurs forces pour propager le bien. Leur manière de combattre doit être précisément le contraire de celle du monde et des grands de la terre. Ils doivent chercher à élever leurs frères au-dessus d'eux. Ils doivent être prêts à supporter l'oppression et à faire tous les sacrifices pos-
CH. XVIII. LE SERVICE QUE LE MiLL DOIT RENDRE 435
sibles pour répandre la justice et la vérité, se rappelant cette loi divine : < Obéissez à Dieu et soumettez-vous les uns aux autres. » Qu'ils fassent usage de leur intelligence, et comprennent qu'exiger d'un chrétien d'obéir aux principautés de ce monde, ce serait aussi peu sensé que de vouloir qu'un homme obéit à un animal.
Obéissez à Dieu seul ; toutefois soumettez- vous à vos frères aussi longtemps qu'on ne vous demandera pas l'accomplissement d'actes contraires à la volonté de Dieu. De ce nombre sont, par exemple : la participation à une guerre inique pour usurper les terres d'un autre peuple ; l'appui prêté au gouvernement pour l'exécution d'arrêts injustes ou pour le prélèvement d'impôts dont on fera un mauvais usage; la prestation à un gouvernement et à un drapeau d'un serment de fidélité par lequel on s'engage à obéir aveuglément aux ordres que donneront les chefs. Dans ce cas, l'obéissance du chrétien est une révolte contre sa conscience, il abjure le privilège d'être enfant de Dieu et vend ses droits les plus sacrés pour un morceau de pain. La perspective d'être enfermé ou puni ne doit pas l'eflfrayer; l'ami de la vérité doit être prêt à souffrir pour la vérité. Autrement comment se propagera- t-elle ? Que ceux qui sont intelligents se rappellent que la violence de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu. La douceur seule engendre la douceur, l'amour seul engendre l'amour, l'humilité seule engendre l'humilité ; mais la colère, la haine et la violence n'enfantent que leurs semblables.
Les temps pressent, ils sont gros d'événements inattendus. Un malaise profond agite les sociétés; il se fait un travail sourd, mais puissant, irrésistible, qui écrasera toute opposition. Que les chrétiens se préparent à tout ce qui peut arriver; qu'ils veillent et se donnent la main pour s'encourager mutuellement au travail en vue d'étendre le règne de Dieu. Puisse-t-il bientôt venir !
Nous n'avons développé dans ce chapitre qu'un seul point, à savoir que le mal est un élément dont Dieu se sert pour produire le travail qui lui est nécessaire. Nous réservons pour un ouvrage spécial une revue des grands faits de l'histoire. Nous y montrerons que l'élévation et la chute des peuples ne tiennent -qu'à des causes morales. A la revue du passé nous joindrons une analyse du temps actuel ; elle nous servira de guide pour juger de ce que le présent enfantera. Car l'avenir n'est autre
chose qu'un fruit du passé, et ce qu'un peuple aura semé, il le récoltera. Considérez le passé et vous prédirez Tavenir.
Toutes les lois qui président à la prospérité des nations sont aussi immuables que celles qui président au développement des plantes et des animaux. L'inférieur est Timage du supé« rieur.