‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 113 sur 130 · L'ECRITURE SAINTE ET LA NATURE · texte numérisé non relu

L'ECRITURE SAINTE ET LA NATURE

1 1. La Bible.

Les hommes parlent de la vérité comme si c'était une chose cachée, profondément enfouie dans les entrailles de la terre, et de l'erreur comme recouvrant sa surface et se présentant partout à leur vue. Ils croient même que la nature est conjurée contre la vérité, qu'elle l'enveloppe d'un voile impénétrable pour tromper les pauvres êtres qui doivent séjourner au milieu d'elle. — C'est l'inverse ! la vérité se manifeste partout et pénètre toutes les œuvres de Dieu. L'homme en comprenait la Toix jusqu'au moment où, par sa chute, il se plongea dans un abîme de mensonge. Depuis lors tout lui parut mensonge , il accusa son Créateur de ce dont il était coupable, et ne voulut plus ajouter foi ni à ses œuvres ni à sa parole. Sortir de cet abîme est sa tâche. Ce travail est difficile et ne se fait que bien lentement, car l'homme doit se vaincre lui-même, changer ses goûts et ses instincts.

Tous les hommes sont naturellement conjurés contre la vérité. Les savants et les incrédules croient pouvoir comprendre les œuvres de Dieu sans sa parole, et les chrétiens croient pouvoir comprendre sa parole sans ses œuvres. Quelle inconséquence ! La nature est le fait, la Bible est la lettre ; toutes deux sont l'œuvre d'une seule intelligence et enseignent les mêmes vérités. Mais les uns se contentent d'étudier l'œuvre seule, sans s'inquiéter de la pensée qui y est déposée; les autres cherchent à comprendre la pensée des écrits, sans s*inquiéter des faits qui en donnent l'explication. Ainsi les deux partis ont obtenu

quelques lambeaux de vérité qui paraissent se contredire et dont on ne reconnaît ni Turiité ni la dépendance réciproque.

Dans cette lutte, les chrétiens sont encore plus inconséquents que la science, et devant la justice humaine ils sont de même les plus coupables. Car la science niant la pensée , elle se débarrasse naturellement du devoir de la rechercher. Mais les chrétiens, tout en reconnaissant un Auteur intelligent, croient que ses oeuvres ne révèlent pas sa pensée et que ses écrits la voilent. En raison de cette grave erreur, les progrès des chrétiens dans les choses spirituelles sont à peu près nuls, tandis que ceux de la science sont rapides ; car les enfants de cette génération sont bien plus sages dans les choses de ce monde que les enfants de lumière dans les choses spirituelles.

Ceux qui n'acceptent pas l'inspiration de la Bible disent que c'est une œuvre purement humaine, et rejettent ses témoignages pour se tenir soi-disant uniquement à ce qu'enseigne la nature ou l'expérience. Les chrétiens, quoiqu'ils reconnaissent que la nature est une œuvre de Dieu, en rejettent néanmoins le témoignage, parce qu'ils ne peuvent l'accorder avec la Bible. Ils disent aux incrédules : < Croyez à la Bible ! » et les incrédules répliquent: < Croyez à la nature I » Puis les premiers répliquent à leur tour: < La nature témoigne à faux! » Mais les autres, repoussant cette possibilité, disent : « C'est votre Bible qui n'est pas dans la vérité. » — Voilà le fond de la discussion. Dans les assauts continuels qui se livrent entre le christianisme scolastique et la science , tout tourne plus ou moins autour de ces questions. Chaque parti apportant dans l'arène des débats quelque fragment de la vérité, aucun ne peut vaincre son adversaire, car toute vérité est une arme qui rend invincible. Si le christianisme actuel pouvait éteindre l'incrédulité, ce serait sa mort, car dès ce moment il cesserait de croître , et nous offrirait le spectacle de l'Eglise catholique qui, grâce à ses succès, est devenue stationnaire.

Pourtant cette soi-disant opposition entre la nature et la parole de Dieu est illusoire; elle ne paraît exister que parce qu'aucun des deux partis ne possède la totalité de la vérité ; ils ne reconnaissent pas que la nature et la Bible enseignent les mêmes choses. La science constate les lois de la nature, mais, ne recherchant pas la pensée de son Auteur, elle se contente de tirer de la nature les preuves qu'elle croit pouvoir citer contre les doctrines chrétiennes, telles qu'on les enseigne actuelle-

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