H. XXI. LA BIBL
ment. Mais si les chrétiens comprenaient la Bible au lieu de la croire, ils sauraient expliquer la nature et démontrer que ce qu'elle enseigne n'est pas contraire, mais conforme aux vérités chrétiennes.
La nature est le critérium de toute vérité. Si la Bible et la nature se contredisaient, ce n'est pas la nature qui pourrait être en défaut ; il faudrait admettre que c'est la Bible qui se trompe, vu qu'elle a passé par les mains des hommes et dépend de leur interprétation. La nature est la vérité absolue, tandis que la Bible n'est vraie qu'autant qu'elle est d'accord avec la nature. Car il n'y a pas deux vérités. On ne possède donc d'autres preuves de la vérité des assertions et des prophéties des Ecritures que leur confirmation par la nature et par les événe* ments. Il ne leur faut pas plus, mais il ne leur faut pas moins. Les incrédules et la science ont donc raison quand ils disent aux chrétiens: « Croyez à la nature, car elle est le critérium de la vérité. »
Or Dieu n'a pas laissé sa parole sans ce témoignage. Toutes les vérités concernant les choses divines sont répétées dans chaque objet qui existe sur la terre. Mais les chrétiens ne se sont pas donné la peine de rechercher ces preuves. Ils craignent le travail spirituel ; ils ne demandent que de la nourriture, et encore veulent-ils qu'on la leur prépare de telle façon qu'ils n'aient que la peine de la prendre.
Les chrétiens , n'ayant pas interprété la parole de Dieu par ses œuvres, ont nécessairement adopté une interprétation fictive. Les diverses Eglises ont cru imposer le sceau divin à toutes leurs erreurs en les formulant dans un corps de dogmes que chacune, à l'exclusion des autres, a nommés orthodoxes. Ces interprétations sont en contradiction flagrante avec les témoignages de la nature. Aussi les théologiens, trouvant que la nature ne cadrait pas avec leurs idées, ont, dans leur ignorance, jfini par admettre que les savants interprétaient mal la nature ou que la nature témoignait à faux. Ils pensaient que vouloir chercher Dieu dans la nature, c'était le nier. Jamais il n'était venu à l'idée de ces hommes que l'erreur pût être de leur côté, ^t qu'ils se trompaient en interprétant la Bible selon le caprice <ie leur imagination, au lieu de l'interpréter par les œuvres de Dieu.
Israël a déshonoré Dieu par sa conduite. Les pharisiens et les sadducéens parcouraient la terre et la mer pour faire un prose-
lyte, et quand ils avaient réussi, ils le rendaient fils de la géhenne dix fois plus qu'eux. Par leur faute, le saint nom de Dieu a été blasphémé parmi les nations et la loi est devenue une chose méprisable. Ils ont repoussé la vérité et la lumière; aussi la vérité et la lumière ont-elles cherché un asile chez d'autres peuples. Mais au bout d'un certain temps ces peuples ont fait la même chose que les Israélites. Ils ont déshonoré Dieu par leur conduite, et sa parole par leurs inventions insensées et sacrilèges.
Rome, les Eglises grecque, anglicane et luthérienne, ainsi que les autres Eglises, ont toutes déshonoré l'Etre suprême devant le tribunal de la raison, en lui attribuant une manière d'agir qui serait coupable devant la justice humaine. La théologie des Eglises d'Etat enseignant un grand nombre de dogmes de son invention , et ne pouvant par conséquent justifier les paroles de Dieu par le témoignage de la nature, a naturellement réveillé chez les penseurs un esprit d'incrédulité ; un grand nombre d'entre eux ont tout repoussé, et sont arrivés à l'idée que la théologie chrétienne , se trompant en plusieurs points, devait être nécessairement fausse dans toutes ses assertions. Puis, identifiant la vérité avec les Eglises, ils ont conclu que, puisque ceux qui doivent enseigner la vérité ne l'ont pas fait, la vérité n'existe pas dans ce monde. Ainsi la Bible a été déshonorée, et la plupart des hommes instruits ne croient plus à rien qu'à l'argent et à leur nature animale. Tel est l'état actuel des peuples civilisés! A qui la faute, si ce n'est aux diverses organisations dogmatiques ? Elles sont responsables de l'incrédulité et du mal actuellement existant.
Ces Eglises prétendent posséder seules la vérité ; elles disent que leurs ministres sont les seuls qui soient institués par Dieu, et demandent que les laïques se soumettent à leurs enseignements. « Croyez, — disent beaucoup d'entre elles, — croyez aveuglément ce que nous vous disons, ou Dieu vous fera souffrir éternellement. > Â côté de ces paroles blasphématoires, elles disent bien que Dieu aime les hommes et a sacrifié son Fils pour les sauver. Mais, après avoir représenté Dieu comme un tyran qui a vendu les hommes à une caste de prêtres stupidea et cruels , comment pouvaient-elles s'attendre à ce qu'on crût encore à la bonté de Dieu? C'est comme si un historien, aprèa avoir décrit la cruauté d'un roi, voulait qu'on crût qu'il est l'homme le plus innocent du monde.