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mande que des choses contraires aux instincts humains ; elle commence, pour ainsi dire, là où Thomme finit. Elle veut que l'homme s'humilie, qu'il aime son ennemi comme lui-même et se haïsse comme son ennemi. Quelle révolution ne faut-il pas dans un cœur pour opérer un pareil changement! Gomment expliquer cette puissance , s'il n'y a pas au fond de ces écrits un Dieu caché, qui y a versé le puissant souffle de son âme? Aucune œuvre humaine ne saurait produire quelque chose de semblable, et si ce livre était humain, ce serait un miracle mille fois plus grand que si c'est une œuvre divine.
Toutes les fausses religions enseignent que ceux qui les adoj)tent sont les meilleurs des hommes, tandis que l'Evangile fait le contraire. Il pose comme condition à ses disciples de se considérer comme mauvais, et il leur recoraniîinde de faire des efforts continuels pour se considérer comme plus mauvais encore. C'est le signe auquel ils reconnaîtront leurs progrès. U promet le ciel, pour ainsi dire, au plus mauvais, à celui dont la dette sera la plus grande. * Je ne suis pas venu, dit le grand fondateur de cette religion, je ne suis pas venu pour appeler le juste à la repentance, mais l'injuste. Je ne suis pas venu pour ceux qui sont en santé, mais pour ceux qui sont malades. Celui à qui il sera le plus pardonné, c'est celui-là qui aimera le plus. » Il refoule hors du cœur de l'homme toute orgueilleuse émulation > en disant: < Celui qui veut être le premier sera le dernier, et le dernier sera le premier. > La religion chrétienne ne commence que là où finissent les afl'ections naturelles: tout ce qu'elle demande est contraire à noti-e nature.
Ce n'est pas une parole huîTiaine qui peut exiger de pareilles choses. Ce ne peut être un homme ordinaire qui recommande à ses adhérents de ne pas chercher à s'élever, qui repousse toute ambition et les exhorte à se mettre à la dernière place. Et quelle récompense terrestre est-ce qu'il offre pour des sacrifices si grands, si révoltants pour notre orgueil ? Des privations, des persécutions et le mépris des hommes ! Certes la puissance de l'Evangile est un miracle, un miracle plus imposant que celui qui consisterait à changer le cours des astres ou à marcher à pied sec sur les ondes limpides du lac de Génésareth. Ces derniers miracles ne s'adressent qu'à l'intelligence ; ils sont sans portée et sans influence pour des natures animales. Un simple mortel pourmit mille fois plutôt faire remonter à son origine l'eau d'un fleuve que de faire aller le cœur humain
contre son courant naturel. Si quelqu'un en doute, qu'il l'essaye I Qu'un insensé vienne nous dire, par exemple, que la vie du peuple juif est le fruit d'un < rêve gigantesque », ou que l'Evangile est un produit de la beauté des environs de Nazareth ! En entendant cela, le vrai penseur ne peut que hausser les épaules de pitié. Gomment un rêve peut-il donner la vie ou la beauté d'un site faire faire à un homme ce dont il a horreur? Mais tel est le fruit des enseignements des Eglises d'Etat; elles ont aboli toute logique pour les choses spirituelles, et à présent les incrédules le leur rendent avec usure. Gomment s'étonner que les ennemis du christianisme ne respectent aucune logique quand ils parlent des vérités chrétiennes ? Les prêtres eux-mêmes demandant qu'on la laisse de côté, les incrédules se conforment avec plaisir à cette exigence.
Les Eglises récoltent donc ce qu'elles ont semé : à elles la faute, si la génération présente est incrédule t Gette incrédulité ne disparaîtra que quand les Eglises qui l'engendrent auront perdu toute leur puissance. Nous prions donc le lecteur de ne pas confondre, comme on le fait si souvent, le christianisme lûblique avec les dogmes des Eglises d'Etat ; ce sont-làdeux choses aussi différentes que le jour et la nuit. L'époque approche où la parole divine sera justifiée, et où les hommes reconnaîtront que Dieu leur a donné la lumière spirituelle avec la même abondance que la lumière matérielle. Oui, il viendra pour cette terre un temps où tout ce qui est secret sera connu, où tout ce qui est caché sera révélé.
Levez les yeux en haut! Débarrassez- vous des liens de l'ignorance et de la superstition, et jugez d'une manière impartiale les phénomènes que présentent vos Eglises et votre société. Voyez, par exemple, combien vous êtes injustes dans votre manière de juger votre Gréateur, et combien vous honorez plus l'homme que Dieu.
L'invitation d'un roi terrestre est généralement acceptée avec bien plus de plaisir et suivie avec plus de ponctualité que l'invitation de Dieu. On est plus fier d'un titre, d'un ordre, d'une distinction quelconque conférée par un empereur qu'on ne Test des grâces accordées par le Souverain omnipotent. On craint plus le blâme d'un roi que celui de Dieu. Quand nous faisons une mauvaise action, nous redoutons plutôt qu'elle soit connue des hommes que de notre Créateur. Or celui qu'on sert avec le plus de déférence et d'empressement, c'est celui qu'on es-
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time par-dessus tout. Beaucoup de gens sans doute refuseront d'avouer qu'ils estiment leurs semblables plus que le Père céleste, mais les faits témoignent contre eux et convainquent leurs paroles de mensonge. Us honorent Dieu uniquement des lèvres, tandis que, parleurs actions, ils honorent leurs supérieurs dans la société, et croient qu'il faut obéir au gouvernement plutôt qu'au prince des princes. Us pensent qu'on est agréableii Dieu quand on obéit à une Eglise, à un roi, si même l'un et l'autre commandent des choses que Dieu a défendues.
Où est l'intérêt qu'on porte aux choses divines et spirituelles? Qui se donne la peine d'étudier avec autant de persévérance les objets spirituels que les objets matériels? Qui cherche à acquérir les trésors célestes avec l'ardeur qu'il met à amasser les trésors terrestres?
n y a certainement des hommes qui font exception, mais ils sont en petit nombre; plût à Dieu qu'il en fût autrement !