CH. XXI. LA CRÉATION D*AI>AM ET D'ÉVE
miers chapitres sur lesquels nous venons de jeter un coup d'œil ?
Quel merveilleux enchaînement et quelle richesse d'images la nature présente ! Chaque objet peut figurer des choses différentes, selon qu'on le compare avec un développement inférieur ou supérieur. Ainsi le même état, qui est ténébreux comparé à un état plus développé, est lumineux comparé à un état encore inférieur. Par cette raison dans la cosmogonie un jour est ténébreux pour le jour suivant, qui est plus développé, tandis qu'il est lumineux pour le jour précédent, qui est moins développé. Cette doublé signification des images se retrouve dans toute la nature, et il ne faut jamais la perdre de vue dans l'étude des lois de Tanalogie. C'est à cette seule condition que les mêmes types, les mômes vérités peuvent se répéter à travers toute l'organisation de ce monde.
Ainsi pour l'homme innocent le paradis est un lieu de plaisir et de bonheur, un progrès sur le monde extérieur et le type de la béatitude. Mais pour l'homme pécheur racheté par Christ, pour l'enfant de Dieu, le paradis représente un état inférieur, une prison, un état de stupidité et d'ignorance, indigne d'être habité par un être dont les connaissances réclament un domaine plus vaste et un horizon plus élevé. A ce point de vue, c'était un gain que d'être chassé du paradis, comme c'est un gain pour le chrétien d'être chassé de ce monde pour entrer dans un monde plus élevé. Pour le méchant au contraire c'est un malheur. Ce monde lui parait un paradis, et il entrera dans un monde plus vaste avec pleurs et en tremblant. La destruction du paradis terrestre signifie tout aussi bien la destruction du monde que la destruction de l'impie Jérusalem. C'est l'inférieur qui se consume devant le supérieur. Ainsi, selon le point de vue auquel on se place, le paradis représente le bien ou le mal, comme le nuage qui séparait les Israélites des Egyptiens, et qui représentait Christ, était ténébreux d'un côté et lumineux de l'autre.
Les chrétiens n'envisagent le paradis que dans son premier sens. Ils se représentent le paradis céleste comme un lieu entouré d'une barrière infranchissable, dans l'enceinte de laquelle il régnera une paix et un bonheur éternels , et où tous ceux qui pourront y pénétrer ne manqueront pas d'être heureux.
C'est ainsi que l'Ëglise catholique se représente le paradis sous une forme plus ou moins matérielle , adaptée à l'intelligence des masses. En effet, il existe une barrière entre le
monde extérieur et le paradis céleste. Mais cette barrière n'est pas comme un mur qui sépare deux espaces; elle est semblable à la distance qui sépare la pierre de la plante, la plante de l'animal, l'animal de l'homme, et le monde matériel du monde spirituel. Les pierres, les plantes et les animaux qui se trouvaient dans le paradis n'en avaient aucune connaissance. De même un méchant pourrait traverser le lieu où se trouvent les bons sans s'en apercevoir : il est incapable de reconnaître qu'il existe un état plus heureux que le sien, et ne peut pas plus apercevoir la barrière qiii existe entre lui et les bons qu'un animal ne distingue la différence entre lui et l'homme.
L'enceinte existe pour l'inférieur, non pour le supérieur. C'est la plante qui est enracinée au sol , les hommes ne le sont pas. Ce seront donc les méchants qui seront circonscrits dans un espace fixe, non les bons. Ainsi que le monde des esprits embrasse la terre et toutes les étoiles, de même le royaume de Dieu embrasse l'univers entier. Le monde divin est au monde spirituel comme le règne organique au règne inorganique. Nous ne pouvons empêcher un des esprits d'entrer dans l'espace circonscrit par le monde matériel, mais nous sommes totalement incapables d'entrer dans le leur; de même l'enceinte qui renferme les méchants est ouverte aux bons, s'ils veulent y entrer, mais l'inverse n'est pas possible.
D'après ces lois , on comprend que l'homme qui ferait absoudre ses péchés par des prêtres pour entrer dans le royaume de Dieu, ou qui payerait des messes pour procurer à un mort une bonne place au ciel, serait semblable à un chien qui apporterait un os à un de ses camarades, et lui dirait : Voici pour ta peine ; fais-moi devenir un homme.
Mais, comme un animal ne peut changer un autre animal en homme, de même un homme ne peut faire passer un autre homme du monde spirituel dans le monde divin. Si , dans ce cas, il s'agissait simplement de transférer d'un local à un autre, on concevrait encore une pareille assertion; car ici-bas on peut faire changer de place à un homme. Mais pour faire entrer quelqu'un dans le ciel il faut infiniment plus qu'un changement de lieu ou d'organisation , il faut le faire passer d'un monde à un autre ; pour cela il faut douer un être de nouvelles substances et de nouvelles vies, ce qui dépasse les forces de tout homme. Insensé celui qui croit à pareille chose !
Dieu même ne peut transformer un être qui n'appartient pas
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à son royaume en un héritier de ce royaume. Nous avons vu, dans le chapitre de la paternité de Dieu, qu'il ne saurait créer un enfant ou un être bon et saint; il ne peut que l'engendrer. Or ce qui n'est pas au pouvoir de Dieu, l'homme est bien plus incapable encore de le faire. Aussi , quand des prêtres s'arrogent le pouvoir de procurer une place dans le ciel ou d'en exclure quelqu'un par l'excommunication, leur impiété est-elle effrayante.
O Japhet, ô Japhet, que tes Eglises ont perverti les vérités déposées dans la Bible et dans la nature 1 Dans ton adoration de toi-même , tu t'es attribué un pouvoir supérieur à celui de ton Dieu I
A présent comme au temps du Seigneur, il existe beaucoup d'hommes qui demandent des miracles comme démonstration de la vérité de la Bible. Mais il n'y a pas plus de raison aujourd'hui pour leur accorder cette demande qu'il n'y en avait il y a deux mille ans. Une foi fondée sur les miracles n'a aucune espèce de valeur. A ce titre, autant vaudrait être mahométan que chrétien. C'est l'intelligence qui doit être convaincue par le raisonnement; alors seulement elle devient un fondement sur lequel on peut bâtir. Néanmoins Dieu n'a pas refusé toute manifestation de sa puissance à ceux qui sont sincères, à ceux qui désirent comprendre, non croire.
Changer le cœur d'un homme, n'est-ce pas un miracle plus grand que tous ceux qui sont racontés dans la Bible? Est-il plus difficile de transformer un lion en agneau, d'arrêter le cours du soleil ou d'amonceler les flots de la mer que de transformer le cœur d'un homme, et de faire qu'il aime pour l'amour de Dieu ce qu'il haïssait auparavant, qu'il aime ses ennemis et qu'il se déteste lui-même? Est-il plus difficile de changer une pierre qu'un esprit, et le spirituel est-il plus malléable que le matériel ? Que ceux qui demandent des miracles considèrent la parole divine écrite il y a plus de trois mille ans. Elle donne une histoire de la terre, de l'origine de l'humanité et de son développement final avec une précision et une richesse de détail telles qu'aucun homme ne peut en faire autant, même avec le secours de toutes les sciences modernes.
Voilà un miracle d'intelligence pour ceux qui sont intelligents, car ils doivent comprendre qu'aucun homme n'aurait la capacité de faire un ouvrage semblable. De plus les prophéties .eontenues dans la Bible , qui s'étendent sur les destinées de
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rhumanité, comme les prophéties de Noé indiquant à chacun de ses fils sa position future , sont autiint de témoignages de l'inspiration divine des saintes Ecritures. Car comment eût-il été possible à Noé, avec des facultés ordinaires, de prédire les destinées de ses fils? L'inspiration surnaturelle de Celui qui connaît toutes choses a seule pu lui révéler ce mystère. Il en est de même de toutes les autres prophéties.
Une autre preuve que la Bible est de Dieu et non des hommes, c'est qu'elle enseigne que les choses visibles sont l'image des choses invisibles, et l'homme l'image de Dieu. En outre les vérités spirituelles qu'elle révèle sont constatées par le témoignage de la nature, tandis que tout ce que l'homme s'est imaginé sur le monde invisible est juste le contraire de ce que la nature enseigne. Si la Bible était des hommes , elle serait le reflet de la croyance des hommes, et les vérités qu'elle enseigne seraient contraires aux lois de la nature. Or le fait qu'elle est à l'unisson avec la nature est la preuve la plus éloquente qu'elle est du même auteur que la nature. Un autre phénomène miraculeux concernant la Bible, c'est qu'elle est l'œuvre d'un grand nombre d'hommes, dont les premiers ont vécu 1500 ans avant les derniers ; elle est écrite dans des langues différentes, et cependant elle est une ; on ne peut en retrancher les premiers chapitres sans détruire le sens des derniers.
La Bible se présente au monde comme un guerrier portant à la main une épée à deux tranchants; elle combat, elle entraîne ses captifs et personne ne peut les arracher de ses mains; elle les asservit corps et àme, les pénètre d'un même esprit, les enflamme d'un même courage, et dès l'instant qu'un homme est devenu son captif il s'enrôle dans ses rangs, et combat pour sa cause avec le même zèle que les plus dévoués vétérans. Tous ne sont qu'une àme, qu'une vie : comment refuser ces qualités à leur chef? Toujours vivante, toujours victorieuse, la parole divine ne vieillit pas, sa force ne diminue pas, son influence ne s'affaiblit pas et son intelligence ne tarit pas. Des milliers de milliers ont sacrifié avec joie leur vie pour témoigner de sa vérité ; ils ont bravé la souffrance, les persécutions, la torture et l'échafaud. Ils ont renoncé à tout bonheur terrestre pour propager le règne de ce livre; et ce livre n'aurait pour fondement que quelques pauvres rêveries? N'y aurait-il pas là un miracle plus grand que tous ceux racontés dans ses écrits?
La Bible est la source de tout ce qu'il y a de pur. Elle ne de-