‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 130 sur 130 · XXXIX. Le besoin d'affranchissement de la pensée qui se · texte numérisé non relu

XXXIX. Le besoin d'affranchissement de la pensée qui se

manifeste de toutes parts demande une nouveUe Tàéodicée^y qui, basée sur les lois de Tanalogie universelle, aussi bien que sur l'étude de la nature et de ses phénomènes, s'appliquera à mettre d'accord les progrès et découvertes de la science avec la révélation (voir de May pages 213/214).

XL. Les enseignements de la « Révélation > doivent être contrôlés et mis d'accord avec les enseignements de la nature et de ses phénomènes.

La nature est le € fait » ou « l'œuvre » de Dieu. La Bible en est la lettre ou l'histoire que les hommes interprètent de toutes les façons, suivant leurs caprices ou leur intérêt.

En résumé nous disons ceci :

1. Toutes les choses créées, matérielles, immatérielles et spirituelles ne sont point le résultat du hasard , ni celui d'une puissance aveugle, mauvaise ou imparfaite, mais oui bien l'œuvre sagement pensée et concertée d'une Puissance souveraine ou d'une vie créatrice, omnipotente, sainte, juste, bonne et parfaite, qui a tout calculé et tout prévu jusqu'au moindre détail, renfermant toutes les causes et tous les effets dans un même ordre, sur un seul et unique plan, établi d'après un état de choses existant, divin et éternel.

2. La création a un caractère essentiellement passager, temporaire ; elle prendra fin de la même manière qu'elle a été créée et achevée, mais dans un ordre inverse. Ainsi Thomme disparaîtra le premier et les vies ou forces éthériques les dernières.

Après la disparition de l'homme et des animaux, la terre avec toutes ses œuvres sera détruite ; les éléments embrasés se dissoudront et les cieux passeront avec fracas (II Pierre III, 10. 13).

Puis viendra le jugement, la fin et la destruction de toutes les autorités et puissances mauvaises ou sataniques, c'est-à-

*) Nous entendons par là une nouvelle connaissance de Dieu et de la reUgion. A ce sujet la Feuille religieuse du canton de Vaud dans son n* 11, du 17 avril 1881, contient l'intéressante communication que voici : «Plusieurs des « grands Séminaires théologiques des Etats-Unis ont créé des chaires spéciale les pour rétudo des^ rapports de la science avec la religion. M. Morse, Tun « des inventeurs du télégraphe électrique, a donné dix mille dollars à un Sémi- <( naire théologique de New- York, pour l'institution de Cours apologétiques « sur ce sujet. »

dire que, au spirituely les morts ^ seront jugé$ selon leurs œuvres et la mort et le séjour des morts seront détruits ou anéantis dans Tétang de feu (I Corr. XV, 24; Apoc. XX, 12 à 14).

Alors un nouveau ciel et une nouvelle terre seront établis, dans lesquels « la justice habitera » pour sanctifier l'Univers à TEternel. La matière du monde matériel et la substance spirituelle, détruites et annihilées quant à leur état précédent, seront soumises au monde divin « qui a le pouvoir de s'assujettir toutes choses >. Il en résultera pour l'Univers un état éternel dont la splendeur et la gloire dépassent toutes les conceptions de l'homme animal et spirituel , car les c Enfants de Dieu » euxmêmes ne saisissent ces choses que d'une manière relative, enfantine, selon le degré de leur développement divin.

3. La vie éternelle ou l'Esprit, le Saint-Esprit, est le principe unique, fondamental et directeur, TEtre par excellence qui remplit l'Univers et anime toutes choses. C'est Lui, cet^^re vivant, que les hommes appellent «Jéhovah», l'Eternel, le Dieu Fort Tout-puissant, le Créateur, le Grand Architecte de l'Univers, l'Etre suprême, le Père céleste, le Saint-Esprit, etc. — La vie éternelle existe ou subsiste par elle-même. Son caractère €st simple, naturel, humble et pur. Sa perfection échappe à toutes les conceptions de l'homme dont l'entendement est, par nature, imparfait, faussé et corrompu. Ceux qui possèdent la vie éternelle, qui la sentent agir en eux et la connaissent, peuvent dans la mesure où ils en sont animés, s'en faire une idée ou s'en rendre compte.

4. De toute éternité l'homme a été et sera l'objet de l'attention, du travail, des soins et de la bonté du Créateur. Non seulement Dieu a fait l'homme «à son image», mais II veut en faire son Enfant et, enfin, son ami ou un Etre semblable à Lui. Et pour nous élever à son rang ou pour devenir < semblables à Dieu » Celui-ci nous ofi're sa substance, son Esprit, qui remplace en nous l'inférieur par le supérieur, le mortel par la vie !

5. Aussi longtemps que l'homme sera sur la terre, la lumière, la bénédiction et la vie ne demandent pas mieux que de l'éclairer, de le bénir et de le vivifier. Dieu e^t un Père toujouz's prêt à se dépouiller pour revêtir l'homme, en faire son Enfant et le

^) Ou les âmes du monde spirituel, qui par rapport à Dieu sont considérées conme des êtres morts, destitués de la vie divine (roir de May, pages 4Ô8459).

rendre heureux. Ainsi Dieu (lumière, bénédiction et vie) met ses biens et sâ personne à notre usage ou comme entre nos mains. Il nous offre sa sagesse, ses connaissances, son Esprit.. L'homme n'a qu'à tout demander pour tout recevoir.

6. L'homme est donc son propre maître. Son organisation spirituelle ou morale gît uniquement dans sa volonté. Il dé^ pend ainsi de Thomme d'être heureux ou malheureux, de saisir ou non la vie éternelle à laquelle Christ lui a donné plein droit. Cette vie éternelle habitait en Christ lorsqu'il était sur la torre et ce qu'il avait de charnel , de mortel , ses besoins comme se& tentations, tout cela était sous la puissance de la plénitude dévie divine qui habitait en Lui.

7. La vie éternelle personnifiée par Dieu ou le Saint-Esprit est toujours disposée à s'incarner en nous et à y dominer dans la mesure où nous le voulons bien. Mais l'homme n'aime pas. cette vie-là. L'idée d'un Dieu, Etre créateur, Esprit unique et personnel, lui est antipathique, au point qu'il n'en peut même plus souffrir le nom. Pendant qu'il en sera ainsi et que l'homme^ dans son égarement, cherchera le bonheur, la paix, la liberté, partout ailleurs que là où ces réalités se trouvent, il ne rencontrera que des déceptions et de la douleur, puis, enfin, la misère et la mort; car tout le travail, — toute la gloire do l'homme en dehors de Dieu —, revient tôt ou tard à rappeler la tour de Babel, ou les feuilles de figuier qu'Adam et Eve cousaient en Eden pour s'en faire des ceintures !

Plus que jamais l'humanité a besoin d'instruction quant aux choses morales et divines, mais en partant d'un principe simple et naturel , en mettant de côté tous les systèmes compliqués,, autoritaires ou défectueux suivis jusqu'à ce jour. Du plus au moins, nous avons fait fausse route, et l'ignorance générale est telle que les individus et les peuples sont tombés dans un maté* rialisme absorbant, dans un orgueil effréné, qui les porte à descendre résolument, de gaîté de cœur, la pente de l'indifférence, de la paresse, de l'incrédulité et de la haine spirituelles. Cela déjà explique pourquoi l'humanité déploie ses forces ou sa vie avec tant d'ardeur et de succès dans le domaine de la matière, dans ce qui rapporte de la gloire mondaine, de l'argent ou de» plaisirs, de la vanité et de la mort ! ^ Mais il y aura toujours des esprits opposés à ces tendancea

générales, et c'est à ces âmes d'élite que le livre de M. de May s'adresse tout spécialement.

Aujourd'hui notre race marche à grands pas vers des événements qui la broyeront et l'affaibliront au spirituel comme au moral, au point qu'elle se jettera sans intelligence ni conscience dans la voie des expédients et sous le joug d'un apparent libéralisme, pour tomber dans une faillite spirituelle déplorable et honteuse, mais que l'on déguisera par le brillant des progrès du siècle, et par les faux raisonnements d'une sagesse orgueilleuse inconnue jusque-là.

Ici, nous nous plaisons encore à le répéter, tous ceux qui aiment l'humanité d'un amour vrai et désintéressé, ou qui lui portent intérêt dans ce qu'elle a de plus délicat et de plus précieux, profiteront du travail de M. de May et entreront dans ses pensées. Ils comprendront qu'en dehors et au-dessus de toutes les bonnes œuvres sociales, humanitaires et religieuses qui <5ouvrent le monde — bonnes œuvres dans lesquelles nous ne mettons le plus souvent qu'un peu d'or ou d'argent et auxquelles nous faisons bien, d'ailleurs, de nous intéresser par ce moyen-là — il en est une, distinguée entre toutes, pour laquelle on a énormément travaillé jusqu'à présent, mais dont on est loin d'avoir retiré tous les fruits que l'on pouvait légitimement en espérer : nous voulons parler du développemeyit spirituel ou de Vi7is(ructîon morale et y^eligieuse de noire race.

Disons-le clairement. Malgré les efforts multipliés et soutenus des esprits les mieux intentionnés, l'humanité marche avec un déficit spirituel et moral qui s'accentue plutôt, au point de convaincre les plus optimistes que, sous ce rapport, les peuples se sont mal engagés dans la vie , et que le christianisme finit par devenir « ?'./i vaste système qin ne tient plus >, parce qu'il s'est chargé « d'erreurs énormes » : — deux expressions fort justes, avancées par des chrétiens éminents de notre époque.

Oui, plus que jamais, l'humanité a besoin d'être éclairée et instruite au spirituel comme au moral. Il faut nous réveiller et nous retourner en quelque sorte bout pour bout, mettre nos situations au net, jeter de côté notre entêtement, nos étroites- «es et notre orgueil, puis travailler d'un commun accord, sans «nvie ni jalousie, à ramener dans le monde « une vie nouvelle » ^ par la division du travail et un esprit de dépendance mutueUe », ce qui nous gardera de l'isolement, des compromis, de

trop d'activité extérieure et de tout ce qui forme le bagage des beaux semblants I

Si notre voix était de force ou d'importance à être entendue^ nous entrerions ici dans d'autres détails, mais nous connaissons trop, d'un côté, notre indignité, et, d'un autre côté, l'esprit qui conduit actuellement les hommes, pour vouloir essayer de sortir des généralités. D'auti'es penseurs auront cette belle mission de parler à chaque branche du corps humanitaire, comme à chacune de ses sections en particulier.

Ce que nous avons à cœur d'affirmer, c'est la nécessité où nous sommes aujourd'hui , de porter notre attention avec un esprit nouveau vers les choses spirituelles et divines , dans le but de relever notre niveau moral et de reprendre goût à l'étude naturelle, simple et pratique, de ce qui constitue l'essence de nos richesses et fait la noblesse de notre position au milieu de « l'Univers », afin de mieux connaître et de mieux apprécier aussi les destinées glorieuses qui nous sont ofi"ertes.

Or, un moyen, le plus énergique de tous, pour relever l'humanité et lui permettre de se tenir debout, pour son plus grand bonheur et à la plus grande gloire de Dieu, serait de lui enseigner le « comment » et le * pourquoi » de toutes choses, en partant du simple au compliqué, du connu à l'inconnu, de l'image à la chose signifiée, tout en ayant soin de respecter ce principe fondamental que l'homme est l'image de Dieu, et que les choses visibles sont simplement l'image des réalités invisibles,— images dont le caractère binaire ou double présente les types du bien etdu mal, des ténèbres et de la lumière, delà mort et de la vie. Quand l'humanité voudra bien procéder ainsi , elle obtiendra la plus haute somme possible de bon sens, de sagesse et d'intelligence, car non seulement la lumière abonde dans rUnivers, mais, de plus, l'étude de la nature et de ses phénomènes ne peut que rendre l'homme patient et humble, tout en lui donnant les dispositions morales nécessaires pour comprendre qu'il ne peut rien sans Dieu, et que Celui-ci l'honore jusqu'à vouloir en faire son coopérateur et son intime ami.

Le livre de M. de May a précisément pour but, croyonsnous, d'expliquer ces vérités , tout en cherchant à démontrer que Dieu a accompli toutes choses en vue du bien-être de l'homme et de son parfait bonheur. Gomme M. de May nous sommes persuadés que le plus ardent désir du Père céleste est de voir les hommes heureux, bienheureux. La connaissance

claire et intelligente du « plan de Dieu > à notre égard nous enseigne d'une manière variée, multipliée, admirable, — avec une simplicité et une logique vraiment dignes de cet Etre si bon — que, dès les siècles éternels, il pensait à nous et préparait des remèdes à tous nos maux avant que nous fussions là, accomplissant en Lui ou par Lui-même un sacrifice de piété et de justice pour couvrir notice misère, et réduire à néant nos folies et toutes nos méchancetés.

Avons-nous besoin de dire que M. de May embrasse tout d'une manière vaste, géniale, et que c'est au lecteur à réfléchir, à comparer, à analyser, et à faire Tétude des détails. — Quant aux questions dogmatiques et ecclésiastiques, il ne sera pas inutile d'expliquer aux lecteurs de la Suisse française que M. de May avait eu l'occasion de voir et d'étudier de près les diverses congrégations religieuses en Angleterre et aux Etats-Unis. L'Eglise oflicielle d'Angleterre avec ses dogmes autoritaires et absurdes est assez malmenée par lui. Mais on aurait une pauvre idée du caractère de M. de May et de sa profondeur de vue, si ses appréciations relatives aux Eglises d'Etat faisaient laisser dans l'ombre ce qu'il dit sur toutes les religions et, à plusieurs reprises ou plus au long, sur le christianisme japhétique considéré dans son ensemble.

Aujourd'hui, d'ailleurs, avec bien plus de raisons qu'il y a douze ans , les diverses sections qui composent la chrétienté, aussi bien que les systèmes sémitiques, ceux des descendants de Cham, et la doctrine symbolique semi-religieuse de la francmaçonnerie, mériteraient toutes des paroles rien moins que tendres î Ce qui les caractérise, c'est une marche rivale et jalouse , sans aucune liaison vraie , ni dépendance réciproque ni division de travail. Les chrétiens les plus avancés quant à la connaissance de la Bible et de l'Evangile sont les plus ignorants sur le côté historique de la Parole écrite et sur son degré d'inspiration, ce qui les porte à l'autoritarisme, à l'erreur, à l'orgueil, à un papisme occulte, tout en les aveuglant et les poussant à retenir des restes de paganisme et de judaïsme, sur lesquels ils appuyaient jadis leurs principaux motifs de séparation.

Au reste, par goût, comme en vertu de l'esprit qui nous anime, nous renonçons à émettre des appréciations fâcheuses sur les dif-

férents groupes politiques, scientifiques, philosophiques ou religieux. Nous savons où va notre état social humanitaire actuel et nous en prévoyons la fin. Le monde entier travaille pour nous. Pourquoi userions-nous de méchanceté ou de récriminations à son égard?

Non, si nous nous agitons, c*est bien moins pour nous livrer à d'inutiles reproches ou à de tardives attaques, que pour analyser, connaître et comprendre toutes choses. Nous aimons rhumanité. Nous aimons le christianisme contemporain, un vieillard si Ton veut, duquel nous n'attendons plus de surprises désormais, sinon celle de le voir errer pendant un certain temps encore avec la belle « économie de la grâce > dont il a été enrichi. Mais un résidu spirituel, enté de nouveau sur l'olivier franc, introduira une autre phase humanitaire — celle de la < Justice * — qui préparera le monde pour « l'Economie de la gloire >, à propos de laquelle nous mettons notre bonheur à aimer les hommes, tout en les exhortant à s'aimer entr'eux et à se respecter aussi.

L'état actuel de la chrétienté, tout dégoûtant soit-il, ne nous fait pas oublier qu'elle a été ennoblie d'un principe vital, grâce auquel la civilisation a marché en accomplissant les plus grandes choses partout. Il faudrait être aveugle et sans cœur pour vouloir ignorer les bonnes œuvres, les persévérants efforts et les louables aspirations des chrétiens.

Tout cela nous pousse précisément à nous prévenir les uns les autres par honneur, et à publier le livre de M. de May, dans le but de réveiller les hommes, de les rendre attentifs aux dangers qu'ils courent et aux maux qu'ils se préparent, en marchant, comme ils le font, dans l'animosité et la haine, sans affection véritable, parce qu'ils n'ont bientôt plus d'affection ni d'amour pour Celui dont ils dépendent et qui les supporte avec une si longue patience et une si grande bonté ! Nous voudrions surtout voir la chrétienté professante reconnaître qu'elle est sortie de la simplicité et de la logique pour s'engager, sans le vouloir sans doute, dans une « erreur énorme » au spirituel comme au temporel, sur le fait de la mort comme sur celui de la vie, sur les questions relatives aux choses de la terre et sur celles concernant les choses du ciel.

Certes le principe générateur du christianisme n'a pas perdu et il ne perdra jamais aucun atome de sa force de volonté et de sa valeur. On est même transporté d'admiration en voyant tou-

tes les choses que notre système fourvoyé et vieilli accomplit encore de nos jours, sous l'action et l'influence de ce principe fondamental et directeur. Oh 1 si, depuis deux mille ans, Japhet avait marché d'une manière simple^ naturelle et logique, sans aucune honte, sur les traces du Christ des Ecritures , du Fils du charpentier, du < Saint de Dieu », il y a longtemps que tous les hommes s'aimeraient entre eux, qu'ils connaîtraient le Seigneur, que Sem serait à sa place, et que la paix^ l'union et le bonheur régneraient sans partage sur cette terre. Combien ces temps heureux paraissent encore éloignés de nous t

Aujourd'hui l'intelligence chrétienne et le savoir spirituel présentent chez le grand nombre les plus graves lacunes. Il en résulte beaucoup d'orgueil, puis un manque de simplicité et de clarté qui nuit à la vertu des enseignements. Aussi comprenonsnous fort bien la légitimité et le bon sens de ces désirs populaires qui tendent à ne plus vouloir de sermons ou de discours si beaux soient-ils, mais une vie pratique, c'est-à-dire des faits qui expliquent, justifient et prouvent la valeur de nos principes ou du parti auquel nous nous rattachons.

En outre les positions fausses que l'on a prises dans ce monde conduisent à des alliances ser viles, à des compromis gênants, à des malentendus, et à des prétentions funestes à la cause de l'Evangile du Christ. Ce n'est point seulement de toutes nos Eglises d'Etat, mais, ce qui est infiniment plus grave, de toutes les chaires de théologie quelconques et de toutes les congrégations officielles ou dissidentes, juives ou chrétiennes n'importe, que Christ, l'homme doux et humble de cœur, le Saint et l'Oint de Dieu, se verrait chassé ou exclu à cause de ses principes simples et naturels, vrais, purs, transcendants, larges et humanitaires à tous égards.

Enfin la vigilance, la sagesse et le discernement spirituels dorment ou n'existent plus, de sorte que les chutes abondent, que les chrétiens se calomnient et que les Enfants de Dieu virils, vivants, joyeux, deviennent de plus en plus rares.

Oui, la joie! cet élément précieux qui constitue à lui seul les neuf dixièmes de toute véritable vie, la joie fait défaut chez les chrétiens de nos jours. C'est une des preuves palpables qu'ils n'ont nullement compris quelles sont les richesses et la gloire de leur héritage, ni quel est le vrai caractère de leur Père, ni quelle est son infinie grandeur et la certitude de sa puissance et de son amour I

Encore ici, nous l'espérons, le livre de M. de May aura une heureuse influence auprès de plusieurs, qui, une fois réveillés et instruits, nous justifieront alors d'avoir insisté auprès d'eux pour les engager à s'approprier ce travail.

Il est temps de terminer. Faisons-le en jetant un coup d'oeil sommaire sur la manière dont se déroulera l'avenir de l'humanité. Ce point nous intéresse tous.

Bientôt la branche principale des sémites, les Juifs, sera reconstituée politiquement comme nation et prendra vis-à-vis des autres peuples la place et l'importance de la tète relativement au corps. Tout cela se fera insensiblement, à la faveur de circonstances politiques et sociales plutôt que religieuses.

Le christianisme et les grands systèmes juifs, mahométans, maçonniques et autres, se transformeront et s'affaibliront moralement, pour faire place à la légèreté, à la mondanité et à l'incrédulité partout. Les Juifs, en dernier lieu, mettront de côté le culte du Dieu vivant et vrai, et, l'un des leurs, — une des gloires du monde et de la maçonnerie d'alors — , donnera la main à la déification de l'homme et à l'établissement du culte unique universel. Une prospérité matérielle et un état d'ordre public et social en apparence libre ou de tout repos s'étendra sur la terre. Mais, au travers de cette situation générale, l'esclavage le plus odieux de tous, celui de la conscience et du libre examen, sera organisé. Un mal spirituel et moral pèsera sur l'humanité jusqu'au moment où. humiliée et instruite, plus encore par ses revers que par ses succès , elle aura enfin des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et une tête (Israël) capable de comprendre Dieu, de l'aimer et de le servir.

Alors les hommes se passionneront pour autre chose que pour cette pomme ou ce pain matériel qu'ils recherchent avec tant d'avidité depuis environ six mille ans. Ils seront préparés pour recevoir le pain du ciel, les fruits de l'arbre de vie, la sagesse étemelle si facile à trouver d'ailleurs, et, comme les Grecs mentionnés en Jean XII, 21, les hommes s'approcheront d'euxmêmes d'Israël pour voir, connaître et comprendre Celui dont les œuvres nous parlent avec tant d'abondance et de chaleur, et dont elles nous disent le vrai nom avec autant d'amour que de clarté !

En ce temps-là les Chamites rechercheront aussi la vie éter-

nelle. D'un commun accord avec leurs frères les descendants de Japhet et de Sem, ils auront recours au manteau de la justice de Christ pour couvrir les erreurs de toute Thumanité et ils s'humilieront ensemble des fautes commises par celle-ci. Alors la paix, l'harmonie et la bénédiction se répandront sur la terre. La nuit du septième jour cosmogonique sera passée et un véritable jour de repos spirituel et moral luira sur le monde entier. Dieu sera connu, aimé, servi, et toutes choses parleront aux hommes de sa présence et de ses gratuités. Ce sera le temps de l'aristocratie et du règne de la pensée ou de la domination effective de l'esprit. C'est de ce temps-là dont parle M. de May quand il dit qu'alors les millionnaires et les grands capitaines seront estimés comme le sont aujourd'hui les athlètes et les bourreaux.

Cet état glorieux durera jusqu'au moment où vieillie, rassasiée et amollie, l'humanité redeviendra l'incarnation de Satan, et où (semblable à un vieillard dans lequel le principe du mal se trouve comme ossifié et endurci) elle répétera la folie d'Eden, mais avec un caractère plus méchant, plus audacieux, c'est-àdire la guerre déclarée et entreprise au grand jour contre l'Eternel et contre tout ce qui procédera de Lui !

Après ce dernier coup surviendra le vrai déclin de l'humanité et sa fin (Apoc. XX, 9). Puis, longtemps après la dispai'ition de l'homme, la terre elle-même, devenue insignifiante dans l'espace, sera annihilée à son tour (Apoc. 20, 11), non sans avoir eu la gloire d'être comme la Bethléhem de l'Univers spirituel, la crèche ou le berceau des Enfants de Dieu, et, sans contredit, le théâtre des plus grands événements t

Alors, seulement alors, viendra la < fin du monde » ou le remplacement des choses muables actuelles par un monde nouveau, vrai « Cosmos > plein de vie éternelle et de spiritualité divine, pour le parfait établissement duquel l'Univei-s sera purifié, sanctifié et rendu tout glorieux !

Alors aussi, dans ce monde de Dieu qui comprendra tous les royaumes et tous les cieux, « ceux qui auront été intelligents « brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront en- « seigné Injustice à la multitude brilleront comme les étoiles à '^ toujours et à perpétuité (Dan. XII, v. 3).

Nous plaçons ici deux poésies qui fourniront à nos lecteurs l'occasion de se reposer l'esprit après la lecture de notre appendice, ou de telle autre partie un peu lourde du volume lui-même. Ces poésies donnent une petite idée de la différence qui existe entre Tesprit de Japhet et celui de Sem, dont M. de May parle souvent dans son ouvi*age.

La « Danse des Mondes » est de M. le professeur Eugène Rambert et parait ici du consentement de son auteur. Nous l'avons utilisée pour nos conférences sur le « monde matériel » données à Winterthur pendant l'hiver 1879/1880. Quelques personnes nous l'ont demandée et nous saisissons avec plaisir ce moyen de la leur faire parvenir.

La c Danse des mondes > nous parait être un type miniature du raisonnement de Japhet, dans sa phase secondaire ou proprement japhétique. Cette phase est celle de l'action matérielle, du mouvement nerveux, et, quant au spirituel, d'une volonté paresseuse qui voudrait ramener toutes les questions à une cause fixe, palpable. — Japhet entend s'expliquer les choses à sa façon. Il raisonne matériellement et ramène tout aux lois de la matière. Au lieu de spiritualiser sa pensée, il la perdra plutôt dans l'inconnu en se bornant à admettre, pour toute métaphysique, l'existence d'un Etre suprême nuageux, indéfini, qui, pour les uns, sera le soleil, et pour le raisonneur de notre poésie :

* un monde

Fiœe en un certain point ! >

Japhet ne veut pas admettre (pai-ce qu'il lui répugne de comprendre) un Esprit invisible aux yeux de la chair et impalpable, c'est-à-dire une vie unique et incréée, dont la substance constitue un Etre personnel supérieur à l'homme et son Maître, un Dieu saint, juste et bon qui désire être < tout en tous >, le Père céleste 1

La spiritualité, disons mieux, une piété intelligente, libre et hardie répugne à Japhet. Cette vie là, seule vraie, bonne et éternelle , fait tourner la tête aussi bien aux piétistes qu'aux mystiques, et aux esprits forts les plus avancés de sa race t

Voici cette poésie :

La. Danse des mondes.

La lune * Je suis un petit monde, Qui fait son tour de ronde Autour d'un autre monde Qu'on dit un peu plus grand !

La terre Je suis ce plus grand monde»

Je fais mon tour de ronde Autour d'un autre monde Qu'on dit beaucoup plus grand l

Le soleil * Je suis ce très-grand monde, Je fais mon tour de ronde Autour d'un autre monde Infiniment plus grand.

L'homme (Japhet) Ainsi de ronde en ronde On n'en finira point.

Il faut pourtant un monde Fixe en un certain point !

Tous les astres ensemble :

Pourquoi faut-il un monde Fixe en un certain point?

Dans la céleste ronde Nous n'en connaissons point.

Celui dont la main sûre Nous règle la mesure.

Voilà des vastes cieux Le Centre glorieux.

L'autre poésie est tirée du recueil d'Henri Durand. Elle nous montre chez Japhet un spécimen des productions de son esprit

^) La lune est 49 fois plus petite que la terre,

') Le soleil est 1,280,000 fois plus fi^ros que la terre et 88,000 fois plus lourd.

dit de la 3™« phase ou « sémitique ». 11 y a dans ce charmant petit poème une pensée à laquelle on peut rattacher un sens profond et varié ; il serait puéril de n'y voir que l'idée du rhododendron ou de la rose des Alpes. Au lieu du mot « rvse > mettez dans le titre un autre nom comme cvie». «joie», «bonté», < lutte », « paix », < victoire », etc., et la chose ou le fait exprimé par votre titre sera toujours facile à suivre et à comprendre. Ce morceau est de juillet 1841, n^ais cette poésie n*a rien perdu de sa fraîcheur, tel est du moins notre avis.

Rappelons encore ici que la pensée sémitique, toute brillante et intelligente qu'elle soit, ne saurait être trouvée et comprise sans un véritable travail ou une réelle application de l'esprit. L'homme, dit M. de May, n'a-t-il pas le privilège de manger son pain matériel à la sueur de son front? Le pain spirituel devrat-il coûter moins de travail, moins de sueurs? Non, certes ! Dieu ne peut changer ses lois et faire récolter ce qui n'a pas été semé.

Au point de vue sémitique, divin, la pensée et l'esprit ne se recueillent qu'autant que nous labourons, ensemençons et soignons convenablement notre champ spirituel. Ainsi, par exemple, quant aux vers qui vont suivre, nous n'en saisirons toute la portée et nous n'en jouirons qu'après les avoir lus et relus, en nous exerçant à un certain travail spirituel, patient et réfléchi. Nous en disons tout autant, à plus forte raison, du livre de M. de May.

Poésie de M. H. Durand:

La Rose sans épines.

I. Sur noB rochers se cache un doux trésor, Qu'ailleurs ea vain cherchent les hommes ; Plus haut en prix que l'argent et que l'or Il ne se vend pas pour des sommes.

Est-ce une mine, un puits à découvrir De diamants, de perles fines ?

Non ! le soleil le voit croître et fleurir. C'est une rose sans épines.

II. Fleur de beauté! qui peut fuir ton attrait Qui peut résister à tes charmes ?

Mais on te cueille, .... alors vient le regret, L'extase s'éteint dans les larmes.

Un dard secret, habile à se cacheir.

Arme les fleurs les plus divines ; Sur nos monts seuls on peut venir chercher, Chercher la rose sans épines I

III. Le jeune cœur ne demande qu'amour, Son front rougit comme la rose ; Déjà, pourtant, l'épine a vu le jour Ayant que la fleur fût éclose, Bonheur secret que réclament nos vœux ! Les douleurs vous sont près voisines,

Car Tair du ciel fait seul dans les hauts lieux Fleurir la rose sans épines.

IV. Ne l'ôtez pas du sol de ces hauteurs Pour la transplanter dans les plaines ; Là-bas l'épine, aussi bien qu'à ses sœurs, Viendrait bientôt tromper vos peines.

Ou languissant, la fleur mourrait enfin Sur le mol terrain des collines !

C'est seulement au penchant du ravin Que vit la rose sans épines.

V. Que je voudrais, maître de mon destin, Sur les grands monts choisir ma rose ; Là je viendrais m'établir un matin Sans nul souci pour autre chose.

Je dresserais ma tente près du ciel.

Au vent des haleines divines, Et je vivrais de parfums et de miel Près de ma rose sans épines !

Ces vers ne nous donnenl-ils pas l'expression d'une pensée intelligente, profonde même, développée d'une manière douce €t gracieuse? Ne peut-on pas, sans efforts, en retirer des idées heureuses et des vérités d'une grande portée? L'allégorie ne renferme-t-elle pas des enseignements nombreux, clairs et précis, sur tout ce qui est vrai, juste, sainte aimable ou qui pourrait avoir quelque vertu et mériter quelque louange? Oui, sans doute.

Eh! bien, que sera-ce quand le véritable esprit sémitique embrassera avec ardeur le monde de la pensée et des connaissances spirituelles? Que sera-ce quand par sa littérature et sa poésie Sem révélera et expliquera à ses frères étonnés les Vérités que le sublime Auteur de la nature a déposées en symboles dans chacune de ses œuvres, manifestations visibles ellesmêmes de la profondeur de sa pensée et de la puissance de sa volonté et de son amour?

Ne sera-ce pas comme une résurrection d'entre les morts?

En parlant du véritable esprit sémitiqiie nous entendons par là l'esprit qui peut être le partage de tous, dans une mesure

aussi grande que chacun le voudra, et qui se plaît dans le domaine de la pensée, du raisonnement et de la connaissance, qui croit à l'esprit et à la morale, à une immortalité ou à une vie en Christ « éternelle et bienheureuse > soumise à des lois simples, pratiques, naturelles, dont la base ou les conditions d'existence et de développement sont proclamées par Tordre général de TUnivers, aussi bien que par les phénomènes de la nature, et par tous les événements qui remplissent la vit de l'homme dès son origine jusqu'à sa dernière fin.

Loin de nous l'esprit sémitique sans amour ni passion pour la Vie de Dieu et les choses divines. Nous renions le Sémite, le Japhétite et le Chamite matérialistes, ramenant à un misérable terre à terre toutes les questions sociales, politiques, scîentiliques et religieuses. Cette tendance là et celle du véritable esprit sémitique diffèrent plus entre elles que le jour ne diffère de la nuit. Pour que notre race reçoive le bon esprit de Sem et le comprenne, il faut que la charrue et le semeur passent et repassent préalablement sur le champ de ce monde , couvert encore par tant de ronces et de mauvaises herbes. Alors sous l'influence de l'Esprit sémitique et de la restauration du résidu d'Israël, l'humanité sera cultivée et soignée comme un jardin à l'Eternel. Il en résultera une régénération physique, intellectuelle, morale et religieuse. Une nouvelle ère de justice et de sainteté se répandra sur la terre, glorifiant ceux qui l'auront attendue ou qui auront soupiré après son avènement, et rendant à toutes les créatures la paix, la liberté et le bonheur t Nous sommes joyeux nous-mêmes, des siècles à l'avance, en pensant à ce moment où, enfin, nous régnerons avec Dieu sur un Monde unique ou sur un seul Univers, harmonique et glorieux!

L'Editeur.

Juillet 1881.

YC 30298

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