‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 129 sur 130 · XVI. En nous basant sur les axiomes suivants · texte numérisé non relu

XVI. En nous basant sur les axiomes suivants

« Le néant ou la mort ne peut engendrer. »

« Rien ne peut rien produire. »

« L'inférieur ne peut créer le supérieur. »

« Aucun effet sans cause. »

« Toute œuvre témoigne de son auteur. > nous affirmons que l'étude de la nature et les recherches scientifiques de l'homme, si elles sont faites avec intelligence, liberté et loyauté, ne pousseront jamais au matérialisme, mais conduiront plutôt à la spiritualité et à la connaissance du Gi'éateur.

XVII. La nature et ses phénomènes nous enseignent d'une manière symbolique toutes choses, toutes les lois, toutes les vérités. Par l'étude appliquée, logique, rationnelle de ce symbolisme universel, les hommes peuvent arriver à connaître les choses invisibles et à en comprendre l'organisation,

XVIIL Dieu est lumière. Il hait le mystère ou les ténèbres*

Toutes ses lois, tous ses plans et en particulier celui de la rédemption de rhomme reposent sur des « faits » simples et naturels, non sur des articles de foi ou sur des dogmes d'invention humaine parfois ridicules ou absurdes.

Dieu ne cache absolument rien à l'homme (Ezéch. XXVI1I,3)» Les paroles du Christ: « rien ne doit rester caché, tout doit être connu et mis au jour » (Luc VIII, 17 et XII, 2) doivent s'accomplir sur la terre et pour l'homme, dans le sens le plus profond ou le plus étendu.

XIX. Ce qui est réel, ce qui est absolument vrai dans l'observation de la nature et de ses phénomènes, deviendra chaque jour plus évident pour rester à jamais inattaquable.

XX. Nous admettons avec les « Darwinistes » et même avec les « matérialistes > les plus outrés, mais comme image visible seiilem^ent de VUnivers invisible supérieur ou divin^ que l'Univers matériel et spirituel est à la fois « cause et effet » ou « son propre auteur et son propre ouvrier » ; c'est-à-dire qu'en veiiiu des forces et des vies dont ces deux mondes inférieurs ont été doués, tout se forme et se transforme en eux d'après les lois qui ont présidé à leur création, lesquelles sont basées ou calquées sur celles qui constituent le c monde divin » lui-même.

Ainsi, pour nous, l'Univers visible n'est que l'image de l'Univers invisible. Nous vivons sur la terre comme dans un immense symbole sujet à se répéter et à se briser, et ayant pour but de signifier des réalités spirituelles éternelles qui ne se répètent pas et ne se brisent jamais.

XXI. La condition indispensable pour obtenir toute perfection et tendre au souverain bien, c'est la « division du travail dans une dépendance mutuelle ou réciproque de la vie. » Cette loi est observée d'une manière active dans toute la nature ; elle Test aussi d'une manière parfaite, sur la base de l'humilité, dans le monde divin.

Par € division du travail » nous entendons la réunion dans une sphère d'activité toujours plus distincte, indépendante et libre, de chacune des branches d'organisation d'une communauté. Ainsi, par exemple, pour l'humanité — quand elle voudra enfin le comprendre — les sciences, la politique et la religion ne seront point des castes tributaires ou ennemies entre elles, mais plutôt des facultés amies ou sœurs marchant parfaitement libres les unes des autres, sans la moindre jalousie.

dans un esprit sémitique de dépendance , de mutualité et de respect réciproques , ce qui est bien la condition principale ou essentielle pour obtenir un corps harmonique et régulièrement constitué.

XXII. La mort animale est Vimage exacte de la mort spirituelle (ou l'ombre Ps. XXIII, v, 4). Dans l'un comme dans l'autre cas il y a /?n de Cêtre, cessation ou anéantissement de Texistence pour Téternité.

Ainsi, lorsque la vie animale prend fin. le corps animal s'annihile et tout sentiment de souffrance ou de peine s'anéantit. De même quand la vie spirituelle s'éteint dans une âme spirituelle, cette âme meurt, et tout sentiment spirituel d'existence (comme toute sensation de remord , de peine ou de tourments spirituels) s'anéantit.

XXIII. Il y a une corrélation inévitable, naturelle et nécessaire entre le mal et la souffrance. Le méchant est puni ou il se punit précisément lui-même par le mal qu'il commet. Le châtiment suit la faute et se trouve toujours proportionné à la gravité de celle-ci. Dieu n'ajoute pas un iota à la peine ou à la souffrance et les méchants obstinés, aussi bien que les esprits et les anges révoltés, souffrent selon le degré de leur responsabilité et selon la gravité de leurs fautes. Satan est soumis à cette loi.

XXIV. La plus terrible peine résultant du mal ou du péché, c'est la mort étermelle, ce qui revient à être « précipité hors de la montagne de Dieu >, « éloigné de la lumière », « jeté et réduit en cendre sur la terre », « rendu au néant et anéanti à jamais » (Ezéch. XXVIII, V. 16 à 19).

Toutes ces expressions, comme celles des évangiles et de l'apocalypse : « la punition éternelle » ; le < ver qui ne meurt point, le feu qui ne s'éteint point »; « la mort seconde », reviennent à développer, par des expressions plus ou moins claires et heureuses, ce fait capital démontré par toute la nature, et prouvant d'une manière variée et absolue que la vie d'un corps ou d'un être quelconque est fragile, — que les vies sont périssables et qu'elles peuvent s'éteindre ou mourir à jamais — , et que quand la vie périt ou meurt, la substance matérielle ou spirituelle qui en était honorée n'a plus aucun sentiment de C être y ni de la souffrance ^ puisque la vie ou l'être n'existe plus et que la substance s'anéantit.

Le salaire du péché c'est la mort. Cette juste conséquence du mal met logiquement lin à la possibilité de continuer à commettre le mal, et met fin également à la peine ou à la souffrance.

Ainsi la mort de l'homme animal et de Thomme spirituel, aussi bien que la destruction définitive de l'empire du mal ou des ténèbres, — la mort éternelle enfin, est Tacte le plus pur de justice et de miséricorde que le péché pouvait produire, car, sans cette mort, le mal et les tourments auraient pu durer éternellement au ciel et sur la terre, et rétablissement de l'empire universel de Jéhovah, qui doit comprendre « tous les royaumes qui sont sous tous les cieux » (Dan, VII, 27), serait devenu pour jamais impossible. Mais , béni soit Dieu , l'homme animal et l'homme spirituel ou Adam et Satan sont très-certainement des êtres mortels, dans le sens simple, logique et lugubre de ces mots: êtres mortels, vies soumises à la mort pour V éternité!

XXV. Une seule puissance positive, ^laturelle, régit l'Univers et l'éternité. C'est la vie éternelle! Cette puissance est éminemment créatrice, productrice, juste, libre, sainte, toute pénétrée d'humilité et d'amour. Sa personnification est Jéhovah ou Dieu. Ses manifestations sont la vie, le honheur et le souverain bien, la souveraine sagesse et Vimmortolité!

XXVI. Une seule puissance négative, non naturelle, a surgi du sein des choses universelles appelées à la vie éternelle. Sa personnification est le diable ou Satan. C'est une volonté fausse, contraire aux lois de la vie et s'affirmant par des principes justement opposés qui produisent le mal, la souffrance et la mort.

XXVII. Ainsi la création visible et invisible tourne sur deux pôles d'origines opposées, mais toutes deux spirituelles ou morales. L'un de ces pôles c'est Jéhovah, l'Esprit éternel, source de la vie et ne pouvant produire que cela. L'autre pôle c'est l'esprit égaré, tombé, agissant de lui-même, capable de tout, sauf de se donner la vie et de sortir de la mort.

XXVIU. La mort spirituelle est la fin honteuse de la puissance négative ou du mal, et la manifestation de son impuissance à produire ou à conserver la vie, dont l'existence et l'harmonie idéales sont en Dieu seul de toute éternité.

XXIX. La vie éternelle ou divine est la seule vraie puissance naturelle. Son essence, sa nature est d'être spirituelle. C'est l'Esprit ou le Saint-Esprit dont aucune portion ne se perd; sa

première et plus simple manifestation dans Thomme est la conscience. Divine et parfaite par excellence, humble et sans aucune espèce de prétention, cette vie, cette conscience, cet Esprit se met à la disposition de tous, offrant de nous enrichir ou de nous faire vivre de sa vie, dans la mesure où nous le voudrons bien.

XXX. En Jésus-Christ et par Lui la vie éternelle ou divine s'est incarnée dans l'humanité. L'homme peut y prétendre comme à un droit plutôt qu'à un don, en restant libre d'ailleurs de ne pas y croire, de ne pas se l'approprier, ou, encore, de ne saisir cette vie éternelle que du plus au moins, suivant qu'il y a ou qu'il n'y a pas goût.

XXXL L'esprit que l'homme naturel s'est incai'né en Eden lui ouvre les yeux, c'est-à-dire le rend intelligent, lui donne le sentiment du bien et du mal, la conscience de sa nudité avec ridée et la volonté de la couvrir par lui-même ou de son propre fond. Cette vie spirituelle ira même jusqu'à ne pas nier son imperfection et sa misère, mais jamais elle ne poussera l'homme à sortir du < moi humain », du « monde spirituel », et rejetant sur Dieu la cause de tout son mal (Gen. III, v. 7 à 10), c'est finalement sur Celui-ci qu'elle fera tomber tout son mécontentement et toute sa haine.

XXXII. Pour renouveler l'homme, le rendre joyeux et en faire un être divin semblable à Dieu (Gen. IIL 21. 22), dans l'unité de substance et de vie avec l'homme « venu de Dieu et y^etourné à Dieu » (Jean XIII, 3), il faut en nous la présence, l'action et l'onction du Sain^Ësprit, qui est l'agent « masculin > pai* lequel nous sommes engendrés spirituellement pour la vie divine ou éternelle (Jean III, 5. I Jean V, 6. 11).

XXXIII. Christ est la clef, l'explication, l'intelligence de toutes les lois , de toute la création et de toutes choses. Il est l'idéal de la science, de la sagesse, de la liberté. Restaurateur du libre arbitre et du « moi divin » dans l'humanité, Christ est bien le Sauveur du monde, le Rédempteur, la personnification du Père céleste et de la vie étemelle.

XXXIV. Plus l'homme appréciera Christ, plus il sera persuadé qu'il a tout pleinement en Lui (Col. 1, 19). Son esprit affranchit de toutes formules, pactes, confessions de foi et autres choses semblables, qui sont tout autant d'entraves à la liberté

et des causes d'oppressions , de révolutions , d'affaiblissement ot de mort.

XXXV. En bien ou en mal Thomme s'organise spirituellement lui-même et est appelé à devenir un être intelligent, libre et responsable.

La connaissance de plus en plus indépendante, libre et tiardie doit s'ajouter à la foi et diriger celle-ci. Prétendre à la souveraineté de la foi et dire que la connaissance doit s'incliner devant elle, c'est prétendre que la nuit est plus lumineuse que le jour, c'est oser demander que le jour ne succède pas à la nuit.

C'est aussi vouloir l'impossible et s'exposer à ne faire que des ignorants, des esclaves, des hypocrites ou des révolutionnaires, que de ne pas accorder à chacun la liberté de conscience et d'examen.

XXXVI. La conscience n'étant pas une chose de ce monde, les gouvernements constitués pour maintenir le bon ordre social ne doivent avoir, ni patronner aucune doctrine religieuse. Le rôle de l'Etat est de se borner à protéger la libre croyance d'un chacun.

XXXVII. La revendication et la pratique du libre examen — partant du libre exercice des cultes — sera toujours pour les hommes formalistes, autoritaires et compliqués, un témoignage accusateur et embarrassant, mais aussi une puissance irrésistible qui remportera la victoire tôt ou tard sur toutes les tyrannies, oppositions et calomnies quelconques, car cette cause est celle de la vérité et de la liberté; c'est la cause même de Dieu.

XXXVIII. La loi parfaite est celle de la liberté (Jacq. I, 25). Celui qui par intelligence et par dégoût se détache de tous les systèmes autoritaires ou compliqués doit marcher, — se rappelant la femme de Lot (Luc XVII, 82), et se gardant surtout de tyranniser ou mépriser ceux qui ne penseraient pas ou n'agiraient pas comme lui.

« La disposition à la tyrannie et à la violence est justement < naturelle à tout homme , tandis qu'aimer ceux qui pensent « autrement que nous, avoir horreur d'exercer sur eux aucune « influence autoritaire , s'abaisser, s'humilier, n'est que l'apa- « nage du véritable Enfant de Dieu » (de May page 331).

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