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Le but final que le Créateur peut s'être proposé

Ces questions si solennelles élèvent naturellement nos regards vers le grand Auteur dont nous voulons étudier l'œuvre. En sa présence, nous nous jetons la face contre terre pour implorer humblement son divin appui.

Dans le sentiment de notre profonde incapacité, nous ne nous hasarderons que timidement et comme à la dérobée à présenter quelques courtes réflexions sur ces sujets. Elles ne font que les effleurer. Nous avons cherché à les resserrer dans le plus petit espace possible, pour ne pas effrayer notre lecteur par un ouvrage trop volumineux. Nous nous sommes surtout efforcé d'être aussi clair et aussi simple que le permet un sujet d'une nature aussi obscure, et sur lequel les hommes sont en général si peu enclins à réfléchir. Le lecteur qui sera disposé à parcourir cet opuscule et à méditer sur ces importantes vérités est prié de nous accorder toute son indulgence, et de se souvenir que nous n'avons pu nous appuyer sur aucun travail antérieur.

Nous devons encore nous excuser de n'avoir pas pu présenter, dans cet essai, un tableau aussi bien proportionné que nous l'eussions désiré. Nous adressant à des lecteurs qui adopteront une partie de nos propositions beaucoup plus facilement que certaines autres, nous avons été forcé de nous étendre bien plus longuement sur les vérités qui heurtent les opinions généralement reçues que sur celles qui rencontreront moins d'objections. L'harmonie de l'ensemble a dû être sacrifiée, nous n'avons pu conserver les proportions et l'ordre des diverses parties, selon notre plan primitif. Après mûres réflexions, il nous a semblé sage de nous accommoder aux besoins d'un lecteur qui doit être très attaché à une manière de voir adoptée dès sa jeunesse. Notre éducation, des idées préconçues, nos goûts et nos désirs modifient de mainte manière nos jugements. Qui peut distinguer par lui-même où finit la circonspection et où l'obstination commence? Si nous ne sommes pas des juges iniques, nous sommes d'ordinaire des juges bien partiaux, favorablement disposés pour certaines vérités, fortement prévenus contre quelques autres.

§ 2. Définitions,

Avant d'entrer en matière, nous croyons nécessaire de préciser le sens dans lequel nous emploierons divers termes. Nous espérons que le lecteur voudra bien se donner la peine de par-

40 écd^OMIE MATÉRIELLE - SECONDE PARTIE

courir ces définitions, afin d'éviter le plus possible toute chance d'erreur.

Ame de Tanimal. Faisceau de forces et de vies de nature immatérielle, contenant la mémoire, les instincts et Tintelli* gence. L'âme de toute chair est dans le sang, dit la parole de Dieu. L'âme de l'animal est périssable.

Ame de l'homme. Comme celle de l'animal, faisceau de diverses forces et de vies de nature immatérielle, contenant la mémoire, les instincts et l'intelligence. Nous démontrerons que l'âme de l'animal, comme celle qui anime le corps de l'homme, n'est pas un principe unique, mais un composé merveilleux d'une multitude de vies et de forces. Nous distinguons chez l'homme: 1^ un corps animal; 2® une âme animée ou psychique; 3^ un esprit immortel, composé d'un corps spirituel et d'une âme spirituelle. Le langage ordinaire n'exprime aucune distinction entre ces deux âmes ; on en parle toujours comme si elles étaient une seule et même chose. Pour éviter les méprises fâcheuses que fait naître nécessairement la confusion du langage et des idées à ce sujet, nous prions instamment le lecteur de se rappeler que le mot « âme, > â moins de détermination spéciale, désignera toujours, dans ce premier livre, l'âme animale. L'autre âme sera toujours appelée âme spirituelle ou simplement esprit. La matière et la substance spirituelle sont indestructibles. Les vies attachées â la matière sont au contraire périssables, et nous verrons plus tard à quel degré les vies spirituelles le sont aussi.

Archée. Substantif féminin, signifiant en grec : principe, source, origine, ce qui apparaît en premier lieu. Nous avons adopté ce mot pour désigner les principes élémentaires dont notre monde matériel se compose.

Cosmogonie. Création du monde. Les jours cosmogoniques sont les jours de la création.

Economie. Nous adoptons l'existence de trois économies. 1® L'économie matérielle contient tout ce qui est matière,

ainsi que toutes les vies dont l'existence dépend de la

matière.

09 L'économie spirituelle contient tout ce qui est attaché

â l'esprit immortel de l'homme, et tout ce qui est d'une

nature identique.

&* L'économie diviney contient tout ce qui participe â la

nature de Dieu. Les deux éconouiies inférieures ne sont que les images de Téconomie divine, si rhomme a été fait à la ressemblance de son Père céleste. Esprit désigne dans le langage usuel trois choses très différentes:

1^ L'intelligence de l'homme ; les grands esprits, un bel esprit, une repartie spirituelle. Nous n'en ferons jamais usage dans ce sens.

2f^ Cette partie de l'homme qu'il conserve après la mort de son corps. Les hommes seront des esprits semblables aux anges. L'esprit est immortel. Nous ne ferons usage du mot esprit que dans ce second sens. 3<^ Esprit de Dieu ou le St-Esprit. Quand le mot Esprit est employé dans ce sens, il est toujours désigné d'une manière spéciale qui prévient toute méprise. Métaphysique. Terme composé des mots grecs Meta, signifiant après ou derrière, et Physique, adjectif de Physis qui veut dire nature. L'ouvrage qu'Axistote indiqua comme devant être placé après son traité sur la science de la nature prit plus tard le titre de Métaphysique. Depuis on a désigné de ce nom la connaissance des vérités supérieures ou morales que nous pouvons acquérir synthétiquement ou par déduction, sans le secours de la foi. Métaphysique est ainsi la science des choses spirituelles.

Molécule. La plus fine division des substances inorganiques que l'on puisse concevoir sans en détruire les forces, les qualités ou la nature chimique. Ainsi une molécule d'eau se composera de deux molécules d'oxigène et d'une molécule d'hydrogène; il est probable qu'elle contient en outre des quantités inconnues de molécules d'éther de diverses espèces. Si nous prenons en considération les poids atomiques, une molécule d'eau se composera d'au moins 8891 atomes d'oxigène et de 1109 atomes d'hydrogène. Selon les lois de l'analogie, la nature inorganique se compose de molécules comme la nature organique se compose de Cellules. Chaque molécule, comme chaque cellule vivante, renferme un principe immatériel, et a une forme qui lui est propre. Les forces qui animent la molécule lui donnent son caractère particulier, comme les vies qui animent les cellules leur imposent une individualité spéciale. Toutes les molécules, exeepté celles qui appartiennent à l'état le plus imparfait du règne le plus inférieur, sont toujours composées d'autres mole-

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cules; p. ex. : une molécule de solanin, alcaloïde de la pomme de terre, se composera de molécules C** H**' N* 0". Nous ignorons si les molécules des éléments varient leurs constructions en formant les nouvelles molécules des corps composés; nous penchons néanmoins pour cette supposition, car autrement il serait difficile d'expliquer comment les nouveaux corps pourraient avoir des qualités totalement 4ifférentes des substances dont ils tirent leur origine.

La molécule remplit dans la nature inorganique des fonctions analogues à celles de la cellule dans la nature organique. Cette analogie entre les règnes inorganiques et les règnes organiques sera réduite à des termes plus ou moins simples, selon le degré d'infériorité auquel les premiers règnes seront assujettis.

Nous appelons Atome une particule de matière dans son état primitif, sans égard à aucune forme moléculaire. L'atome ne se mesure que par le poids; il indique toujours exactement la quantité de matière primitive dont se compose un corps ou une molécule. Par cette raison, le poids proportionnel ne variera jamais; il se retrouvera, sans diminution et sans augmentation, dans toutes les transformations qu'une substance peut parcourir. Il n'en est pas de même des qualités et du volume : ils doivent dépendre essentiellement de principes immatériels ou des forces qui animent les molécules, puisqu'ils varient constamment au moindre changement qu'éprouvent les substances dans leur forme ou leur nature chimique. Ces différences si fondamentales nous fournissent un moyen bien simple pour déterminer si une qualité tire son origine d'un principe immatériel, ou si elle est intrinsèque à la matière. Comme les poids dépendent de la quantité des atomes, le volume et les qualités de la nature des molécules, il sera facile de discerner où il faudra employer le terme d'atome et celui de molécule.

Monde. Nous emploierons ce mot dans le même sens qu'Eco- NOMiE. Le monde matériel ou astral désignera tout ce qui est composé de matière, ainsi que les vies qui y sont attachées. Le monde matériel s'étend aussi loin que l'éther et la lumière; le monde astral aussi loin que les étoiles. Le monde spirituel renferme tout ce qui est lié à l'esprit, tout ce qui est d'une substance spirituelle.

Règne. Nous verrons plus tard que la différence entre un règne et un autre ne dépend pas de la nature de la matière qui

GH. I. DÉFINITIONS fô:

les compose, ou d'un principe matériel, mais d'un principe purement immatériel. Ainsi le règne animal ne renferme uniquement que ce qui est animé d'une vie animale, le règne végétal ce qui possède une vie végétale, et le règne minéral que ce qui a des forces minérales.

Il existe diverses espèces de substances qui jusqu'ici n'ont été classées dans aucun règne, et qu'on s'est contenté d'appeler les impondérables ; les vibrations de Tune (ou des unes) produisent la chaleur et la lumière, les manifestations des autres nous font distinguer l'électricité, le galvanisme, le magnétisme, etc. Nous les comprendrons toutes en un règne, que nous nommerons le règne éthérique ou impondérable,

Vîe- Nous ne concevons pas qu'il y ait aucune différence entre le principe de vie chez un animal et son âme; ce sont, ainsi que les mots chef et tête, des expressions variées pour une seules et môme chose. Le mélange des langues, le développement des idées, changent souvent le sens original des mots ou en modifient l'emploi. Ame, dérivé du grec (Anémos, souffle), désigne plus spécialement la vie abstraite, la vie en principe, tandis que le mot vie, dérivé du latin, s'emploie de préférence quand on parle des fonctions de l'âme et des détails de la vie. C'est ainsi qu'on dira: une vie longue et agitée, une vie active, une vie perdue, gagner sa vie,exposer sa vie, la vie est éteinte dans un membre, la vie est languissante; au figuré, donner de la vie à son style, à un tableau. Comme nous nous occupons essentiellement du principe de la vie, et non de ses manifestations, la vie et l'âme d'un animal seront pour nous des expressions synonymes. Nier l'âme chez un animal, c'est nier qu'il soit en possession d'une vîe.

Les forces dans la nature inorganique remplissent des fonctions analogues à celles de la vie végétative dans la plante et de TAme dans l'animal. Par opposition à la matière, les forces, les vies végétatives et les vies animales ne diffèrent point du tout de caractère: elles paraissent toutes également immatérielles. Nous devons ainsi les renfermer dans une même grande classe, à laquelle nous donnerons le nom générique devies ou de principes imm/ztériels. Ces vies ou ces principes sedistinguent bien nettement entre eux, par la nature de leursfonctions et le degré de le^ur développement. Ils se partagent en quatre subdivisions, selon les règnes auxquels ils donnent naissance. Ce sont : les vies (ou forces) éthériques, les vies (ou forces) minérales^ les vies végétales, et les vies animales.

Remarque. Quelques-unes des idées émises dans les chapitres suivants sont si contraires aux opinions généralement reçues que nous éprouvons souvent une grande difficulté à faire comprendre le vrai sens de notre pensée. Nous avons aussi remarqué que beaucoup de personnes sont portées à opposer des raisons tirées du domaine moral aux conséquences naturelles que présentent certains phénomènes physiques. D'autres semblent craindre que nos déductions n'influencent leurs croyances religieuses. Mais si elles sont convaincues que la même main a inspiré les saintes Ecritures et façonné le monde visible» elles feraient une véritable insulte à l'Etre suprême en pensant que ses œuvres peuvent contredire ses paroles. Aucun homme réfléchi ne peut redouter l'examen impartial des faits que nous signalerons à son attention. S'il aime la vérité, il ne peut s'inquiéter des conséquences d'une vérité quelconque ; car il est évident que c'est la vérité et non l'erreur qui louera l'Auteur de toutes choses, Celui qui est la vérité même.

Pour rassurer néanmoins ceux qui pourraient avoir la crainte que plusieurs de nos déductions ne soient de nature à jeter le doute sur les enseignements bibliques, nous signalerons d'avance quelques-uns des résultats auxquels nous arriverons. C'est une idée universellement accréditée , depuis les temps les plus reculés, que la matière se compose de plusieurs éléments, et que l'âme de l'animal, ainsi que celle de l'homme, est un principe unique qui n'admet ni fraction ni pluralité. Nous nous hasarderons à soutenir la thèse contraire. A nos yeux, la matière primitive ne se compose que d'un seul élément, et ce que nous appelons l'âme animale n'est qu'un composé merveilleux d'une multitude d'âmes et de plusieurs espèces de vies. Nous essayerons de démontrer que toutes les vies ont leurs fonctions spéciales, et qu'aucune vie ne peut, sous aucune condition, remplir les fonctions d'une autre vie.

L'homme possède une âme animale ou psychique^ qui est périssable comme celle de l'animal; il a de plus un corps spirituel et une âme spirituelle: c'est son esprit immortel. Nous •chercherons â approfondir les fonctions de ces diverses âmes, qui ont chacune des missions différentes â accomplir.

Dans ce premier volume, nous nous occuperons exclusivement de l'âme animale ou psychique de l'homme. Une partie du second volume sera consacrée à l'examen de l'âme spiri- 4;uelle ou de l'esprit immortel. Nous essayerons de démontrer

que l'âme psychique n'est que l'image ou le portrait de l'âme spirituelle, et que les lois de construction de la première peuvent servir de règle pour déterminer celles de la seconde. Cette nouvelle méthode pour obtenir une connaissance plus ou moins synthétique de Tesprit immortel, et par conséquent du monde spirituel, se fondera exclusivement sur les faits que nous pourrons rassembler sur la nature de notre âme psychique. Comme fondement de notre système, nous aurons à établir: 1^ l'unité de la matière; 2® la multiplicité des vies, ou des à>nes, au dedans d'un corps. Car il est évident que, si Tâme animale et Tâme spirituelle d'un homme ne sont qu'une seule et même âme, comme l'admet la psychologie actuelle, tout notre système est foncièrement faux.

Nous prions le lecteur d'examiner avec impartialité les preuves que nous avançons à l'appui de notre théorie; qu'il veuille se rappeler que la supposition contraire, celle de l'unité de l'âme, est totalement incapable d'expliquer les phénomènes que présente la nature. Elle a laissé le monde dans une si grande obscurité que la plupart des hommes croient que les questions de ce genre sont hors des atteintes de l'esprit humain. Cette considération devrait lui rendre suspecte l'explication traditionnelle, et l'engager à écouter sans prévention la thèse que nous soutenons. Nous nous estimerons fort heureux si notre travail n'est pas tout à fait inutile, et s'il nous est accordé de jeter quelques nouvelles lumières sur ces questions si mystérieuses.

Nous remarquerons encore que la psychologie actuelle des chrétiens est en opposition directe avec le sens littéral de la Bible. La psychologie admet que l'âme est le siège du moi ou du sentiment de l'existence; elle considère le corps comme la partie la moins essentielle de notre être, et la mort comme une séparation de l'âme et du corps. La résurrection est, pour elle, une âme qui se réincorpore, c'es^â-dire qui prend un nouveau corps. D'après la Bible, au contraire, le siège du moi semble tou. jours être dans le corps ; Fâme périt et la résurrection est un corps qui reprend une nouvelle vie ou une nouvelle âme , ce qui est la révivification d'un corps mortel (Rom. Vin, 11). Pour qui se donne la peine de réfléchir et qui laisse aux mots leur sens naturel , ces deux idées sont diamétralement opposées. L'une (la réincorporation) place le siège du moi dans l'âme, l'autre (la révivification) la met dans un corps ou dans la réunion d'un

corps et d'une âme. Cette opposition est la conséquence logique et naturelle de deux idées fondamentales essentiellement différentes. La psychologie part du point de vue de l'unité de Tâme, tandis que le langage de la Bible parait toujours admettre une pluralité des âmes. Celui qui croit que Tâme est une se voit forcé d'y placer exclusivement le siège du moi, et ne peut en admettre la destruction sans que l'homme soit annihilé. Celui qui admet la pluralité des âmes ne peut évidemment pas placer le moi exclusivement dans une âme, mais plutôt dans un •corps ou tout au plus dans la réunion d'un corps et d'une âme. Pour le premier, la résurrection ne peut être autre chose qu'une réincorporation de l'âme ; car dès qu'il admettrait qu'une vie peut périr dans un corps et être remplacée par une autre, il perdrait l'unité de la vie et devrait admettre deux vies. Pour le .second, la résurrection des morts sera véritablement une réviviflcation, c'est-à-dire un corps qui a perdu sa vie et qui en reprend une nouvelle. Il est évident que ce dernier point de vue est celui de la Bible ; la psychologie chrétienne se trouve donc en opposition directe avec le texte sacré.

Dans Matth. VIII, 22, il est dit : Laissez les morts ensevelir leurs morts. Il est parlé ici d'une mort matérielle et d'une mort spirituelle; or la même âme ne peut mourir deux fois. Le Seigneur fait donc allusion à deux âmes différentes, dont l'homme peut faire la perte sans être annihilé.

Les interprétations données sur la nature de la mort et de la vie spirituelle sont diverses ; mais nous protestons contre toute explication qui ôte à ces mots leur sens légitime et naturel. Mort dans le monde matériel signifie la destruction ou la cessation de la vie dans un corps. Quand une plante ou un animal meurt, la vie ou-l'âme qui animait le corps périt. Transportons xette idée au monde spirituel : la mort spirituelle sera la perte d'une âme spirituelle par un corps spirituel, l'individualité devant résider dans le corps, non dans l'âme qui se détache du moi.

Toute interprétation des termes mort et vie qui déviera du sens que leur donnent les lois du monde matériel est, à notre avis, fausse et inacceptable. En prenant un nom dont le sens est nettement déterminé par des lois matérielles pour l'appliquer à des choses spirituelles totalement différentes, on introdait dans le langage et les idées une confusion plus dangereuse que l'ignorance môme. Celui qui se permet de dire que la mort

spirituelle désigne l'enfer ou une vie de tourments change complètement la signification du mot mort; car la mort exclut sans réserve et Tidée de vie et celle de souffrance. De semblables interprétations entrent dans le domaine de Timagination ou de la poésie, elles bannissent tout raisonnement logique, et ne doivent jamais prétendre à aucune valeur scientifique. Il en est de même de la confusion des idées de réincorporation et de révivification. Le manque de précision dans la valeur des termes dès qu'ils sont employés spirituellement est une preuve frappante de rignorance dans laquelle on est généralement sur ces sujets. Nous croyons à la souffrance future, nous croyons également à une mort spirituelle, mais ce sont à nos yeux deux états qu'il n'est pas plus permis de confondre que les ténèbres et la mort.

Dans les passages suivants, il est parlé des mêmes vies (ou âmes) dont la mort est mentionnée dans le passage précédent. C'est la vie (ou âme) matérielle et la vie (ou âme) spirituelle ; on voit aussi que dans le langage biblique vie et âme sont synonymes.

Matth. X, 39. Celui qui aura conservé son âme la perdra; mais celui qui aura perdu son âme pour l'amour de moi la retrouvera. — Matth. XVI, 25. Quiconque voudra sauver son âme la perdra, m/iis quiconque perdra son âms pour V amour de moi la retrouvera. — Marc VIII, 35. — Quiconque voudra sauver son âm^ la perdra; mms quiconque perdra son âm£ pour l'amx)ur de moi Ut sauvera, — Luc IX, 24. Car quiconque voudra sauver son âme la perdra; m^is quiconque perdra son âme pour l'amour de moi la sauvera. — Luc XVII, 33. Quiconque cherchera à sauver son âme la perdra; et qidconque la perdra la vivifiera. — Jean XII, 25. Celui qui aime S071 âme la perdra ; et celui qui Mit son âme en ce monde la conservera jusque dans la vie étemelle.

Tous ces passages mentionnent deux espèces d'âmes ou de vies *), et placent l'individualité hors de ces âmes, puisqu'elles peuvent mourir, ou se perdre, sans que l'homme en soit annihilé. La Bible admet donc l'existence de plusieurs âmes. Nous ne continuerons pas nos citations, nous bornant à rappeler que l'Ecriture sainte parle encore d'une troisième espèce d'âme, dif-

^) Le texte grec emploie partout le mot o kme » (psyché), et non celui de « Me », auquel nos versions ordinaires ont eu recours.

férente des deux précédentes ; elle parle aussi de deux corps, un corps animal ou psychiqice et un corps spirituel. Ainsi elle n'admet ni l'unité du corps, ni l'unité de Tâme, et il est clair qu'elle considère notre construction comme beaucoup plus compliquée qu'on ne se l'imagine au premier abord.

La notion de l'unité de l'âme n'est point le fruit de recherches profondes et laborieuses; c'est l'idée enfantine et primitive que tout homme adoptera naturellement. Tous les sauvages y croient comme ils croient que le soleil et les étoiles tournent autour de la terre, et comme ils s'imaginent que l'âme d'un mort peut se servir, dans le monde des esprits, des âmes dont il doue l'arc, la monnaie, les ornements et la nourriture placés auprès du cadavre. Ils voient des substances équivalentes, et ils en concluent par un raisonnement naïf à la similitude et à l'unité de vie. Si l'on demande les preuves de cette unité si généralement accréditée, la plupart des personnes répondront: « Cela se sent, et l'idée contraire est une absurdité. > On adopte sans preuves l'unité de l'âme ; mais on n'adoptera pas sans preuves l'idée de la pluralité des âmes. A nous donc de la démontrer.

La croyance à l'unité du principe de vie dans l'homme et dans l'animal était autrefois beaucoup plus générale qu'elle ne l'est de nos jours. On admettait un principe de vie unique, faisant mouvoir les muscles et fonctionner le corps. Le grand Hal- 1er ébranla le premier cette théorie, en montrant qu'un cœur séparé du corps peut continuer de battre et que les muscles manifestent une vie particulière, qu'il nomma < l'irritabilité des muscles », indépendante de tout centre nerveux ou d'une vie centrale. Cette irritabilité des muscles n'est autre chose que la vie des cellules.

§3. AiLlomea.

Sans base pour la raison, tout raisonnement cesse de luimême. Nous ne comprenons pas qu'il soit possible de raisonner sans admettre les axiomes suivants :

i . Le néant ne peut engendrer, et rien ne peut rien produire.

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