‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 13 sur 130 · CH. I. RÉSULTATS DE LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CH. I. RÉSULTATS DE LA MÉTAPHYSIQUE

les entourait. Au milieu de querelles et de disputes pour s'emparer de biens trompeurs tachés de sang et de violence , au milieu de combats et de luttes , au milieu d'oppressions et de vengeances, ils ont poursuivi sans relâche leur œuvre généreuse. Poussés par les instincts de leur âme, ils ont cherché à briser la prison étroite et ténébreuse qui leur servait de berceau, dans laquelle ils soupiraient après la liberté. Eclairés par les faibles lueurs de leur propre intelligence, ils ont réuni tous leurs efforts pour pénétrer les mystères de l'univers visible et invisible.

Nous le demandons, à quoi ont abouti, dans ce dernier domaine, les tentatives réunies de tant de philosophes, de tant de sages? Qu'ont-ils découvert des secrets de nos destinées futures et des secrets du monde invisible? Quelle nouvelle lumière ont-ils ajoutée à celle qui était l'apanage de l'humanité dès sa tendre enfance? Que nous ont-ils révélé sur les voies et les attributs du Père des esprits ? Que peuventrils nous enseigner sur la nature de l'âme? Rien! Rien! Tous leurs efforts sont restés infructueux, et n'ont servi qu'à montrer combien l'homme est incapable d'accomplir une pareille tâche. Cette inhabilité de la science est universellement reconnue, et sans doute la plupart de nos lecteurs sont persuadés que ces choses ne se saisissent que par la foi. Ils croient la nature incapable de les enseigner, et seront portés à considérer notre assertion du contraire comme une étrange aberration. Cette persuasion ne s'est généralement emparée des esprits que dans notre siècle essentiellement pratique et utilitaire. Nos ancêtres ne pensaient pas ainsi; les systèmes de philosophie et da métaphysique sont innombrables, tous les penseurs s'y essayaient.

Ce que l'un avait bâti à la sueur de son front tombait aussitôt en ruine, ou était démoli par son successeur. Kant, le logicien par excellence, donne le résultat de ces milliers d'années de labeur en faisant cet aveu: «La philosophie est une science qui ne peut être étudiée, vu qu'elle n'existe pas encore.» Si, d'après ce témoignage compétent, la philosophie n'existe pas même comme science, on ose encore bien moins placer la métaphysique, qui en est la branche la plus abstraite et la plus difficile, au rang des sciences constituées.

La pensée humaine a si complètement échoué dans ce domaine que le nom même de métaphysique est devenu un terme de dérision, et le nom de sophiste (celui qui étudie la sa-

gesse) une insulte. Cette incapacité nous fera comprendre en partie combien il était urgent que Dieu vînt au secours de ses pauvres créatures. Il leur a révélé par ses prophètes, et plus^ tard par l'envoi de son Fils bîen-aimé, l'image et la splendeur de sa gloire, les vérités qu'il leur était nécessaire de connaître, mais auxquelles elles n'avaient su parvenir par leurs propres efforts. En même temps que le Père céleste fait le sacrifice miséricordieux de son Fils pour réconcilier le monde avec lui-même et pour se faire connaître aux hommes, il les déclare (nous l'avons déjà vu) coupables devant sa justice de n'avoir "pas su le reconnaître dans ses œuvres. Il s'était manifesté dans la nature, qui devait leur faire toucher, pour ainsi dire, ses attributs de la main. D'un côté nous voyons les hommes faire tous leurs efforts pour parvenir à ce but; de l'autre Dieu les déclarer coupables de n'y être pas parvenus. Comment concilier ces deux faits? Cela ne peut s'expliquer que si nous admettons, avec la parole sainte, qu'il y a dans le jugement de l'homme un vice radical. Son mauvais cœur fausse ses sentiments, et son incrédulité obscurcit son intelligence au point qu'il ne reçoit ni les témoignages de la nature, ni ceux de la parole de Dieu.

Outre toutes ces difficultés que les hommes trouvent en euxmêmes, ils ont estimé leur intelligence beaucoup au-delà de ce qu'elle est en réalité ; ils ont cru qu'avec elle seule (sans les lois de l'analogie) ils pourraient sonder les vérités du monde spirituel. Erreur fatale, qui les a fait dévier bien loin de la seule voie scientifique qui soit ouverte à l'homme ! Nous possédons des sens et une intelligence adaptés uniquement à un monde matériel, et nous ne pouvons concevoir quelque chose de spirituel qu'autant que nous en trouvons une image dans le monde de la matière.

Lors même que les recherches métaphysiques n'ont pas encore produit de résultats positifs et réels, nous sommes bien loin de considérer les travaux qui ont été faits dans ce domaine comme inutiles. L'expérience acquise est précieuse; car, si nous ne la possédions pas, la pauvre humanité aurait à recommencer le long apprentissage par lequel elle vient de passer. Pour celui qui cherche avec ardeur une chose, elle est déjà à moitié trouvée quand il connaît les lieux où elle ne se trouve pas. Ce résultat de tant de labeur n'est pas à mépriser, mais il est si décourageant que la grande majorité des penseurs, dans l'idée que toutes les voies ouvertes à l'homme ont été épuisées^

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soat arrivés à la persuasion que l'objet de la métaphysique est hors des limites de la science humaine. Nous croyons cependant qu'il reste encore une voie qui n'a pas été suivie, et qu'elle seule est capable de conduire au but désiré. Les besoins de Tintelligence et du cœur qui nous y poussent sont trop profonds, trop puissants pour pouvoir rester éternellement sans encouragement ou non satisfaits.

Les savants, dans leurs efforts pour pénétrer jusqu'au monde spirituel, peuvent se partager en deux grandes classes. Les uns, appuyés sur Kant, veulent prouver que toutes nos idées sont tirées des impressions des sens et de l'expérience de la vie; ils prétendent, en conséquence, qu'il est impossible à l'intelligence humaine d'obtenir aucune connaissance synthétique du monde invisible. Les autres, rejetant ce raisonnement, soutiennent que notre intelligence, faisant partie du monde spirituel et supérieur, doit pouvoir y puiser des idées qui n'appartiennent pas au monde visible; ils en concluent que l'homme peut arriver à une connaissance plus ou moins approfondie du monde spirituel. Ces derniers veulent laisser dominer le cœur et les sentiments ; les autres leur refusent toute créance en matière scientifique. Le premier système est un corps sans vie, le second une vie sans corps; isolés, ils n'aboutissent à aucun résultat, comme le prouve une expérience de plue de trente siècles ; mais réunis et combinés, ils peuvent prendre corps et vie, et satisfaire l'intelligence la plus vaste, le zèle le plus ardent, le cœur le plus aimant.

Jusqu'ici on n'a pas réussi dans les tentatives faites pour concilier ces deux écoles rivales; leurs résultats sont si diamétralement opposés que tout rapprochement semble impossible. Comment en effet supposer que la logique des premiers (qui prouve rimpérieuse nécessité, pour l'homme, de tirer toutes ses idées du monde visible) et le principe des seconds (l'homme peut arriver à une connaissance approximative du monde spirituel) soient des vérités qui, bien loin de se faire la guerre, sont inséparablement unies? Chose curieuse à observer, le raisonnement des premiers est aussi juste que leurs conclusions sont fausses, et le raisonnement des seconds aussi faux que leurs conclusions se trouvent être justes. Voici comment on peut concilier les deux systèmes. Si les objets visibles sont l'image fidèle des objets invisibles, et les lois physiques des types des lois spirituelles, nous avons le pouvoir de tirer des

choses visibles ridée claire et exacte des choses invisibles. Cette opération si simple peut se faire avec toute la précision, toute l'exactitude d'un calcul mathématique. Comme nous sommes forcés de regarder dans un miroir pour voir la partie la plus noble de notre corps, de même il nous faut regarder dans un miroir pour voir la partie la plus noble de notre existence. Ce miroir, c'est le monde visible avec son arrangement et ses lois; il n'est qu'un reflet du monde invisible, avec l'ordre qui y règne et les lois qui le régissent. Et si un miroir fragile, fait de main humaine, peut réfléchir si fidèlement notre visage, ce mi« roir fait de la main de Dieu réfléchira mille fois plus fidèlement notre existence spirituelle.

Si nous pouvons démontrer la nécessité de cette ressemblance^ et la facilité avec laquelle on peut en tirer des déductions, toute lutte entre ces deux écoles cessera, et le champ si intéressant, mais jusqu'ici stérile, de la philosophie, et notamment de la métaphysique, pourra dorénavant être cultivé avec l'espoir d'une riche moisson.

Pour donner une base à notre travail , nous nous proposons de prouver les deux propositions suivantes :

1. V homme est incapable de tirer de lui-même attcune idée du monde spirituel.

2. L'homme ne peut avoir Vidée d'une chose spirituelle que s'il en trouve l'image dans le monde matériel.

De ces propositions fondamentales nous déduirons cette con« séquence: Toutes nos idées du monde invisible devant se former sur le monde visible, les lois de l'analogie deviennent la source de toute connaissance spirituelle. L'examen de ces propositions nous oblige à sonder les œuvres de la création; nous procéderons à leur analyse comme nous le ferions pour une œuvre quelconque.

Notre méthode de raisonner ne peut, en effet, être changée par la grandeur des objets; seulement nous devons admettre que nous avons devant nous une œuvre parfsâte, et s'il y a désaccord entre elle et notre intelligence, c'est cette derniière qui doit être en faute. Dans cette analyse, nous aurons successivement à examiner:

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