HH. II. LA MATIÈRE
peuvent s'unir, se donner la main, mais non se confondre. 11 ne peut y avoir aucun passage de Tun à l'autre, aucun mélange; la matière reste éternellement matière, et la vie reste vie. Ils sont si différents d'essence et de nature qu'ils n'ont aucune qualité semblable, aucune propriété commune; ce que l'un a, l'au- U*e ne le possède pas; ce que l'un ne possède pas, l'autre l'a. Us sont, dans toute l'étendue du terme, des compléments l'un de l'autre, et, par cela même, ne peuvent rien avoir de commun, excepté le pouvoir de s'unir et de se séparer.
L'opposition entre ces deux principes est si grande qu'il n'existe dans aucune langue un terme pour les désigner conjointement. Le mot « élément » ne s'applique rigoureusement qu'à la matière; dès lors en l'employant pour désigner aussi les vies ou les forces , on aurait exposé le lecteur inattentif à de graves méprises. Ayant besoin, dans l'étude que nous nous proposons, d'une dénomination générale sous laquelle on puisse ranger ces deux choses de nature si opposée, nous nous sommes décidé à les renfermer sous le terme d'Archées. C'est un vieux mot, emprunté d'Aristote, qui signifie principe, origine ou ce qui vient en premier lieu.
Nous emploierons donc le mot archées pour désigner, conjointement ou séparément, la matière, les vies et les forces, comme les principes ou les éléments primitifs qui ont servi à la construction de ce monde.
Ces principes se partagent naturellement en deux classes d'archées, qui sont :
V^ classe : la matière.
2"°* classe : les vies et les forces.
Nous commencerons notre examen par l'archée de la matière.
Cette matière est-elle unique ou multiple; c'est-à-dire n'exis- Mrû en réalité qu'un seul élément, ou y en a-t-il plusieurs? Si tous les éléments que nous connaissons ne sont que les transformations d'un seul élément primitif, tous les objets de la nature, si variés qu'ils puissent paraître, ne sont que le produit des différentes forces ou vies dont la matière est douée. Si, au lieu d'un élément primitif, il en existe plusieurs, cette arc bée se partage en plusieurs autres archées.
Lors même que ces sous-archées seraient d'origine différente, elles ne peuvent pas avoir été créées indépendamment l'une de l'autre et comme à l'aventure ; mais elles doivent avoir été modelées de telle manière que leur structure intime les range dans
une môme classe. Elles ont dû être construites d'après les mêmes principes, posséder tous les caractères inhérents à la matière, et suivre les mêmes lois fondamentales, afin de pouvoir, par opposition aux vies, se présenter comme un seul corps. Si cette condition n'existait pas, les divers éléments ne pourraient pas se mélanger sans que leurs rapports réciproques fussent dénaturés, sans que Tharmonie générale des diverses vies auxquelles ils sont assujettis en fût ti*oublée. Sans cette condition, il y aurait pour la matière des lois contradictoires, opposées les unes aux autres, comme dans le domaine des vies et des forces où une vie peut suspendre en apparence les fonctions d'une autre vie. Cette désharmonie ne parait pas exister pour la matière ; au contraire, elle semble conserver dans toutes les conditions un caractère unique, comme si elle avait une origine commune.
Nous vivons dans un cercle d'idées si uniforme, si restreint, qu'il nous faut un grand effort pour nous figurer seulement que le Créateur tout-puissant eût pu façonner les choses autrement qu'il ne l'a fait. Un moment do réflexion doit néanmoins nous convaincre qu'il devait avoir cette liberté, et que le génie inventif de la souveraine intelligence pourrait varier à l'infini ses plans et ses combinaisons. Admettons donc un instant qu'il existe au-delà de ce monde astral, au-delà des étoiles les plus éloignées, au-delà des dernières régions où sont répandus l'éther et la lumière, une ou plusieurs autres créations avec une construction totalement différente de la nôtre. Ce nouveau monde serait organisé d'après des principes à nous inconnus, sans matière, sans forces, sans vies, sans lois de nutrition, de reproduction, etc. — Admettons, de plus, qu'un fragment de ce monde soit transporté sur le nôtre ; il est facile de concevoir que cette création toute différente de la nôtre ne pourrait absolument pas s'assimiler avec elle. Elle ne pourrait pas refléter la lumière, ne serait pas sous la puissance de l'attraction, ne pourrait produire aucune impression sur nos sens qui sont constitués pour un mondé où il ne règne que deux genres d'archées. N'étant ni matière ni vie, elle serait toutA-fait étrangère sur notre terre, et ne pourrait jamais en devenir une partie intégrante ; si elle y occupait une place, ce ne pourrait être qu'une place inutile.
Nous n avons hasardé cette supposition que dans le but de faire ressortir plus vivement la nécessité d'une unité absolue