‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 28 sur 130 · GH. I. LES LOIS DE L'ANALOGIE · texte numérisé non relu

GH. I. LES LOIS DE L'ANALOGIE

gné observer dans son œuvre détermine ce que nous appelons les règles ou les lois de TAnalogie.

Mais ce qui existe pour un règne, n'existera-t-il pas aussi pour les autres règnes, et la loi qui a présidé à la construction intérieure des règnes ne règlera-t-elle pas aussi les rapports extérieurs de Tun avec l'autre ? Nous dirons que les lois de la nature ne se sont pas formées au hasard, comme les traces d'un animal sur le sable, mais qu'elles sont le fruit d'une combinaison souverainement sage, où tout a été calculé et pesé jusque dans les plus minutieux détails.

Tout a un but, comme chaque effet a une cause ; et si notre intelligence est incapable de le saisir, elle doit s'en prendre non pas à une absence de plan dans la création, mais à sa propre infirmité. Cuvier était-il parvenu à la parfaite connaissance de toutes les lois de la nature ? Nous ne le pensons pas ; avec une intelligence et des connaissances plus vastes, il aurait pu faire pour tout un règne , même pour toute la nature, ce qu'il a fait pour un animal. Avec des facultés encore plus extraordinaires et des connaissances proportionnellement grandes, il aurait reconstruit le monde entier par l'examen d'un seul fragment de plante, comme il a reconstruit tout un animal d'après un fragment d'os. Nous le répétons, ce ne sera jamais la nature qui manquera d'analogie dans sa structure; c'est notre intelligence qui manquera de puissance et de connaissance pour saisir cette harmonie.

Quittons un moment notre cabinet d'étude pour contempler la belle et vivante nature. Nous transporterons de nouveau notre lecteur au bord du lac où il a assisté, avec le pèlerin, à une de ces scènes émouvantes et majestueuses que présente la nature dans les régions alpestres. Jetons les yeux, dans ce trajet aérien, sur les pays que nous allons parcourir. Dites, que voyez-vous? Ciel et terre, montagnes et plaines, mers et rivières, bois et prairies, tous ces objets qui frappent votre vue ne présententrils pas la répétition constante et multipliée des mêmes formes générales? Lors même que ces répétitions ne sont pas d'une exactitude rigoureuse et mathématique, elles sont cependant assez saillantes pour que nous reconnaissions immédiatement la fraternité ou l'identité de nature qui unit certains objets. L'analogie de construction entre deux pommiers, deux herbes, deux chiens ou deux pigeons, fait supposer tout d'abord une origine commune , d'autant plus rapprochée que les

individus comparés se ressembleront davantage. Si nous comparons la substance des aérolithes avec les matières que nous rencontrons sur la terre, nous devons également en conclure qu'ils ont la même origine que notre planète.

Si nous pouvions étendre notre expérience, et comparer un fragment du soleil ou d'un autre astre avec notre terre, nous arriverions immédiatement à la même conclusion (à supposer que la théorie de Laplace soit fondée). Mais notre jugement serait complètement différent, si nous pouvions comparer le plus petit fragment de cette terre, une seule pierre ou une feuille, avec la création tout à fait étrangère que nous avons imaginée au Chapitre II, à l'occasion de l'unité de la matière. Après cette comparaison, nous n'hésiterions pas à dire que ces deux mondes n'ont rien de commun, et qu'ils doivent être indépendants d'origine. L'impossibilité de toute comparaison de ce genre fait aussi que nous ne pouvons reconnaître la similitude de construction qu'il y a entre une pierre, une plante et un animal. Car nous ne pouvons reconnaître la ressemblance de deux objets que quand nous pouvons les comparer à d'autres objets d'une espèce toute différente. Pour obvier à cet inconvénient, qu'il nous soit permis de supposer un instant que l'analogie de structure dont nous venons de parler n'existe pas. Voyons quelles en seront les conséquences. Sans cette similitude de construction, les êtres des divers règnes n'auraient aucune figure arrêtée, aucune forme qui pût manifester leur nature. Ainsi un lion pourrait prendre la forme d'un homme, d'un arbre ou d'une pierre, une plante celle d'un enfant ou d'un fleuve, nous pourrions voir des éléphants volants, les pierres danser ou chanter, des esprits avoir pour corps des lampes ou des tables. Tout ce qui est le plus contraire aux lois de la nature serait possible : l'enfant ne ressemblerait en rien à ses parents, ni les branches au tronc de l'arbre qui les porte, et la forme d'une chose ne nous indiquerait jamais sa véritable nature. Nous sentons que, par cette absence de toute analogie de structure, il y aurait une confusion affreuse dans toute la nature, et que nos facultés seraient insuffisantes pour nous guider dans ce labyrinthe de formes confuses. L'existence de l'homme deviendrait une impossibilité sur la terre. Or, si ce chaos épouvantable n'existe pas, nous ne le devons qu'aux lois de FAnalogie, ou à l'uniformité de structure que le Créateur a suivie dans le plan de la création, uni-

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