GH. I. LES LOIS DE L' ANALOGIE
formité qui, en adoptant seulement quatre types principaux, a néanmoins permis d'en varier à l'infini les détails. Comme une harpe éolienne ne peut retentir mélodieusement que si ses cordes sont accordées sur le môme ton, de même cette harpe majestueuse de la nature ne peut rendre un son doux et agréable que si ses quatre grandes parties sont accordées sur un principe uniforme. C'est ce que nous nous efforcerons de faire sentir dans le courant de cet essai; que le cher lecteur veuille nous prêter une oreille attentive.
L'uniformité de structure que le Créateur a établie dans son œuvre n'est évidemment pas due à l'infériorité de combinaison du génie inventif de Celui qui en est l'auteur, mais à un plan déterminé d'avance, à l'intention d'en faire un système harmonique, approprié à l'intelligence et aux facultés des êtres qui devaient habiter cette terre. Il aurait été facile à l'Auteur divin de façonner son œuvre de telle sorte que l'homme n'y eût rien entendu, rien compris. Il aurait aisément pu confondre nos sens et notre mémoire par la multiplicité et la variété des objets, de façon que nous n'eussions pu saisir aucune relation entre la cause et l'effet, ni distinguer la nécessité de la liberté, le hasard de la combinaison. Or, comme ce n'est évidemment pas le cas, il en résulte que le Créateur a formé l'univers de manière à ce que nous puissions, selon l'étendue de nos facultés, comprendre l'œuvre et l'Ouvrier. A cet effet, il a dû adopter les lois de l'analogie non seulement dans toute sa création, mais encore dans la méthode suivie pour la produire. En effet, s'il avait agi en quoi que ce soit d'une manière différente de la manière humaine, une œuvre ainsi faite serait absolument incompréhensible pour l'homme.
Avant de poursuivre notre sujet actuel, il nous faut justifier notre emploi du mot analogie. Nous lui donnons une extension qu'il n'a pas reçue dans le langage ordinaire. Quelquefois noua l'employons là où d'autres personnes préféreraient les termes de « ressemblance, identité,» etc. Nous dirons, par exemple: < Tel ou tel raisonnement se fonde sur l'analogie», tandis qu'il serait plus correct de dire, selon les canons de la logique habituelle : < Tel ou tel raisonnement se fonde sur l'induction, ou sur l'identité. » Si nous dévions ici du style usité, nous croyons devoir le faire p^ur nous conformer, dans la classification des idées, à la méthode que nous avons observée dans la classification des objets matériels et immatériels de la nature. Nous con-
sidérons la ressemblance, ou l'identité, ou la symétrie, ou l'analogie de structure, ainsi que la répétition constante de certains caractères, types ou nombres, comme faisant partie d'un grand plan général. Ce grand plan, qui, selon notre opinion, a été suivi par le Créateur dans son œuvre, était de construire I0 monde matériel de façonà ce qu'il fût l'image fidèle du monde spirituel. Or il nous est impossible de nous passer d'un nom générique pour désigner cette idée fondamentale, qui a présidé à la structure du monde matériel, idée à laquelle nous aurons à rapporter divers ordres de détails, comme les subdivisions d'un vaste tout.
Pour éviter l'introduction d'un nouveau terme, nous avons choisi celui d'« analogie >, qui, nous l'avouons, dans son accep*tion ordinaire, ne rend pas toute notre pensée. Nous n'en connaissons cependant pas de plus propre, se confoi*mant aussi facilement, comme nom générique, aux exigences requises^ Nous disons donc qu'il y a analogie parfaite entre le mondematériel et le monde spirituel. L'identité ou l'uniformité plus ou moins exacte qu'on observe dans la nature (car l'identité abr solue n'existe qu'en théorie ou dans les mathématiques), la ressemblance plus ou moins parfaite, la symétrie, les types, etc.,. ne sont que des détails subordonnés ou des anneaux plus ou moins rapprochés de la grande chaîne des analogies.
Nous espérons que ces explications excuseront aux yeux da lecteur l'extension que nous donnons au mot «analogie». Nous devons renvoyer les principales preuves sur lesquelles nous, fondons nos assertions à notre second livre, qui traitera da monde spirituel.
L'analogie de construction est généralement très frappante, non seulement entre les divers arbres d'une forêt ouïes herbes d'une prairie, mais aussi entre l'arbre le plus majestueux, dont la vie dure des siècles, et l'humble plante qu'il protège de soa ombre et dont la vie n'est que de peu de jours. On remarque chez eux les mêmes organes respiratoires ; ils ont également besoin d'air et d'eau pour vivre. Leurs racines sont pourvues^ d'organes semblables, pour chercher dans la terre les sucs qui les nourrissent. Ils se reproduisent de la même manière, et leur structure intérieure présente nombre de dispositions idenr tiques. Tout cela nous montre qu'ils sont construits d'après Jes mêmes principes et qu'ils appartiennent à une même grande: famille.
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Cette analogie de structure, qui existe entre les divers membres du règne végétal, unit aussi les divers membres des autres règnes. Mais Tensemble ne peut manquer d'être soumis aux lois qui régissent toutes ses parties ; et nous devons retrouver, sur une plus grande échelle, entre les divers règnes les rapports que nous voyons exister entre leurs subdivisions.
La nature jeut-elle soustraire Tarbre entier aux lois qui régissent ses branches ? Ce serait une absurdité. Il faut donc que les lois de FAnalogie gouvernent Tensemble des règnes, comme chaque règne pris à part.
Le manque d'objets à comparer et le peu d'habitude qu'on a de réfléchir aux lois d'ensemble nous empêchent de remarquer dès Tabord l'admirable unité de la structure de l'univers. Nous sommes éblouis par la diversité des détails, sans penser qu'elle ne trouble pas plus l'harmonie de l'ensemble que les vagues de la mer ne changent les profondeurs de l'immense océan.
A mesure que nos connaissances de la nature augmentent, nous sentons davantage l'importance et la force des lois de l'analogie. L'homme qui suppose « qu'au centre de la terre il existe peut-être des animaux qui vivent dans le feu, et dont le sang est un métal en fusion,» ne recevra pour toute réponse, du naturaliste familiarisé avec les lois de l'analogie, qu'un sourire ironique ; le savant le classera au nombre de ceux qui croient encore aux contes de fées, à l'histoire de Peau-d'Ane ou de la Belle au bois dormant. Tout homme qui fait des suppositions ou construit des théories contraires aux lois de l'analogie vit manifestement dans le domaine des chimères, et ne produit que des absurdités. Raisonner sur de pareilles données, c'est manquer de raison. Si quelqu'un hasarde une opposition quelconque à la loi royale de l'analogie, il ne pourra se justifier qu'en faisant valoir contre elle de plus fortes preuves que celles qui existent en sa faveur.
Au reste, un moment de réflexion doit nous convaincre que, dans la vie ordinaire, nos actions et nos raisonnements se fon-* dent toujours sur l'analogie. Tous nos jugements moraux et scientifiques, toutes nos combinaisons, toutes nos pensées, toute notre activité en un mot réclame un continuel emploi de l'ana» logie. Sans elle, nous ne pourrions rien faire et nous hésiterions dans l'accomplissement de nos actes les plus simples. Si, par exemple, nous sommes menacés par la chute d'une pierre, nous nous écartons aussitôt, parce que nous savons que cette
pierre est pesante sans avoir essayé de la soulever. L'analogie que nous lui supposons avec les pierres que nous avons déjà soulevées est donc le fondement de notre jugement. D en est de même pour tous nos raisonnements et toutes nos actions; en les analysant, nous verrons qu'ils sont toujours précédés de nombreuses suppositions fondées sur Tanalogie.
Prenons au hasard une phrase dans le dictionnaire de Boiste. « La vertu rend heureux; nous voulons l'être; donc il faut la pratiquer. » On peut demander où est ici l'analogie? On n'en voit au premier abord aucun emploi. Mais regardons-y plus à fond, et nous trouverons que déjà la première proposition: «la vertu rend heureux, » se fonde sur des déductions que fournit l'analogie. Parcourant en esprit l'histoire de l'humanité, on croit y voir que la grande majorité des gens vertueux ont été heureux (vérité très contestable pour ce monde, mais dont nous n'examinerons pas la portée , ne voulant analyser que la manière de raisonner). Ce trait de ressemblance, ou cette analogie que présente la vie de tous les gens vertueux fait conclure quo c'est la vertu qui rend heureux. Donc cette proposition se fonde sur un grand nombre d'événements et de vies très dissemblables, qui malgré leur dissemblance présentent une certaine uniformité de caractère ou une certaine analogie, permettant d'en déduire un raisonnement. Ce ne sont pas les hommes vertueux qui dirigent les événements, mais ils sont l'eflfet d'un plan général projeté par une main plus puissante; et toutes les ressemblances que nous remarquons dans les détails, si elles ont de la valeur pour nous, ne sont jamais Teffet du hasard, mais de l'analogie qui existe dans leur construction intime.
Si, au lieu de dire : « La vertu rend heureux, » nous disons : « Tout homme vertueux sera persécuté , > nous résumons> comme dans le cas précédent, l'analogie que présente un grand nombre d'événements dissemblables; et nous en concluons, par analogie, que dans les temps à venir il en sera comme par le passé, et que tout homme vertueux sera exposé à des persécutions. Dans les deux cas, l'analogie est la base du raisonnement ;i néanmoins les résultats sont opposés; à qui la faute? Non pas à l'analogie, mais aux bases sur lesquelles- elle a été fondée. Si les bases sont justes, l'analogie donne des résultats jus* tes; si la base estfausse> l'analogie donne nécessairam€fnt des résultats faux. Il ne faut donc pas confondre les bases d'un raisonnement avec les déductions que fournit l'analogie.
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Toute déduction qui n*est pas fondée exclusivement sur des lois mathématiques ou des calculs, tout raisonnement qui s'appuie sur l'expérience de la vie ou d'un certain nombre de faits se base en dernier ressort sur l'analogie. Nous verrons plus tard que tous les raisonnements religieux se fondent uniquement sur une application plus ou moins juste des lois de l'analogie, et que la parole de Dieu môme s'appuie exclusivement sur ces grandes lois de la nature. Combien ne sera-t-il pas important de les examiner avec soin! Il est inutile de poursuivre plus loin l'analyse des deux autres propositions de la première phrase ; car il est évident que la seconde se fonde sur l'analogie qu'on suppose exister entre tous les hommes, et la troisième sur une continuation future d'événements analogues à ceux que nous fournit le passé.
Prenons encore cette autre phrase : € L'esclave est une chose; donc on peut en faire ce qu'on veut; donc on peut le tuer et le manger >. Ici encore le raisonnement se fonde uniquement sur l'analogie. On résume tous les rapports d'un possesseur à l'égard des choses qu'il possède, on en déduit ce qu'ils ont d'analogue dans leur caractère on en tire une règle générale, qui exprime les droits du possesseur vis-à-vis de la chose possédée; puis, affirmant que l'esclave est une chose, on accorde par analogie au maître de l'esclave, tous les droits d'un possesseur à l'égard de sa possession. Il n'y a ici rien à objecter contre le raisonnement, il est parfaitement juste; mais la base sur laquelle il s'appuie est fausse. L'esclave n'est point une chose, et l'analogie tirée des choses ne peut pas lui être appliquée.
Si nous entrons pour la première fois dans une maison , dans une fabrique ou dans un jardin , toutes les impressions que nous recevons des nouveaux objets qui frappent notre vue se forment par analogie. Nous les comparons involontairement à des objets analogues déjà observés, et par l'effet de cette comparaison nous les appelons bons, mauvais, beaux, utiles ou laids. Si nous reconnaissons à première vue du bois pour du bois, un animal pour un animal, du métal pour du métal, cela ne provient que de l'analogie de construction qui existe entre tous les bois, tous les animaux ou tous les métaux. Nulle part il n'y a identité absolue, mais partout analogie de construction, même entre l'homme et une pierre. Nous pouvons ainsi ramener tous nos raisonnements à une grande série d'analogies,
dans laquelle les ressemblances partielles ne sont que des membres très rapprochés.
Si nous analysons la grande masse des raisonnements humains, et si nous comparons les résultats contradictoires auxquels ils aboutissent, nous verrons que ces résultats si opposés proviennent bien moins de la manière de raisonner que des bases sur lesquelles s'appuient ces raisonnements. Pourquoi les résultats du calcul et des mathématiques sont-ils si certains? Essentiellement parce que leurs bases sont parfaitement sûres, et qu'elles ne sont pas affectées par les divers intérêts particuliers des hommes. Nous pouvons nous tromper dans l'application de l'analogie, comme un mathématicien dans ses calculs; mais, nous le répétons, on ne peut pas plus accuser l'analogie des fautes que nous commettons dans son application qu'on ne peut accuser l'arithmétique des fautes de calcul commises par un élève ignorant. Il faut naturellement du discernement dans l'application des lois de Tanalogie, comme dans tout autre chose. Si, par exemple, après avoir entendu sonner les cloches d'une église, nous voyons une étoile filante, il serait absurde d'en tirer la conclusion que, chaque fois que les cloches de cette église sonneront, on verra une étoile filante. Pour que les lois de l'analogie puissent s'appliquer, il faut que les objets comparés soient dans un rapport tel qu'une modification dans l'un d'eux entraîne une modification tout à fait analogue dans l'autre.
Résumons les remarques que nous venons de faire.
1. Si une série d'événements ou un certain nombre de faits ne présentent entre eux aucune analogie perceptible, on ne peut en tirer aucune conséquence.
3. La base de la classification des objets de la nature, c'est l'analogie plus ou moins évidente qui se manifeste dans leur structure.
3. L'analogie est l'idée fondamentale qui a dirigé la consti'uction de ce monde (nous le démontrerons plus tard).
4. Toute connaissance du monde spirituel, toute connaissance de Dieu et de sa parole se fonde sur l'analogie.
5. Tous les raisonnements en dehors des sciences exactes, tous ceux qui se fondent sur l'expérience de la vie tirent leur origine de l'analogie qui existe entre tous les objets de la nature.
Nous en tirons cette conclusion :