L'INDIVIDUALITÉ OU LE PREMIER ÉTAT
Je te célébrerai de ce qiu j'ai été fait d'une si étrange et si admirable manière. Tes œuvres sont merveilltutes , et mon âme le sait très bien,
Pg. CXXXIX.
CSonstmotion cellulaire de la nature organique. Liaison des cellules entre elles et méthode de leur arrangement. Les lois de la oroissanoe et du développement.
1 1. Construction d'une plante. Chaque celliUe co)istitue taie petite individualité,
L) ne pluie continue m'avait retenu plusieurs jours chez moi. De ma fenêtre je dominais une gorge profonde, et j'avais eu Toccasion pendant ces pluies si soutenues d'observer quelques rares phénomènes.
Enfin le ciel s'éclaircit, le soleil reparaît et je m'empresse de sortir de ma prison pour parcourir de nouveau la campagne, et reprendre les leçons pleines de charme et d'intérêt de ma douce et éloquente institutrice.
A l'entrée d'un bois je vis avec horreur les dévastations d'un de mes bons amis, un petit ruisseau bondissant de rochers en rochers, et traversant au galop champs et prairies pour rejoindre ses compagnons de la plaine. Combien souvent je m'étais assis à ses côtés, écoutant avec plaisir l'air harmonieux et sauvage qu'il fredonnait en quittant ses montagnes natales. Mais
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je ne le reconnus plus: dans sa coui^se désordonnée^ il avait quitté son chemin ordinaire^ emporté s^ ponts et détruit en quelques heures le labeur de nombre de pauvres paysans. Force me fut de m'arrèter^ et je lui fis dans mon cœur de cruels re* proches sur sa conduite. Au milieu de son nouveau lit s'élevait un magnifique noyer chargé de fruits. Autour de lui le torrent dévastateur avait creusé de profonds ravins, mais la puissance et l'étendue de ses racines avaient si efficacement protégé le terrain embrassé par elles que Teau n'avait pu l'entamer; il avait Tair d'un capitaine victorieux en possession d'un bastion conquis.
Je me pris d'amitié pour ce héros verdoyant, et j'admirai sa force et sa fermeté; mais je vis bientôt avec une vraie douleur qu'il avait reçu une blessure mortelle et qu'il ne tarderait pas à périr. L'eau, qui n'avait pu l'ébranler, avait dépouillé le bas du tronc de son écon^e. U était perdu sans ressource: c'était la dernière fois qu'il s'était revêtu de sa riche parure.
Je revins plus tard bien des fois visiter mon pauvre ami, et je ne pus me défendre d'un sentiment de compassion et de mélancolie en observant chez lui les premiers signes de dépérissement. Je pris intérêt à son sort comme si c'eût été un être vivant; mais n'était-il pas vivant? Oui, car c'était la perte de sa vie qui était la cause des impressions tristes que j'éprouvais. Nous avons instinctivement une telle horreur de la mort que nous n'aimons pas à en rencontrer les symptômes, même dans une plante.
Comme je contemplais ce noble échantillon du règne végétal, richement chargé de fruits, je me mis à réfléchir aux principes d'après lesquels il était constitué et aux lois auxquelles il était assujetti. Peu à peu je fus frappé de l'idée que cet ensemble, que les botanistes désigneraient comme un individu de la famille des Juglandées, n'est au fond qu'un composé de nombreux petits individus portés par un tronc commun et nourris par de communes racines. Cette vérité que la science nous enseigne n'avait eu pour moi jusqu'ici aucune portée philosophique. Je ne voyais aucun but, aucun profit dans une pareille distinction, et je suppose que la plupart de mes lecteurs seront dans le même cas. Cependant, en y réfléchissant davantage, une nouvelle lumière me parut s'élever sur la nature, et je crus reconnaître dans cette disposition l'effet d'une loi générale à laquelle la création entière est soumise.
Chaque bouton qui éclôt au printemps, et qui, en se développant, produit une petite tige terminée par une ou plusieurs fleurs, peut èti-e considéré comme une plante en miniature. La branche qui le porte lui sert de racine: ses filaments, au lieu d'être séparés comme ceux que recouvre la terre, ont cru ensemble pour se protéger mutuellement contre les intempéries de l'air. Quant le fruit a atteint sa maturité, les feuilles périssent, mais les branches, comme les racines d'une plante vivace, repoussent de nouvelles feuilles et de nouvelles fleurs, dès que le doux printemps en ranime les forces. Chaque bouton devient ainsi un petit arbre d'une année qui parcourt, dans ce court espace de temps, les mêmes phases que tout l'arbre doit parcourir dans un espace de temps beaucoup plus considérable. Nous reconnaissons dans cet arrangement une association bien remarquable. Plusieurs petits individus sont réunis par un lien commun pour former un grand individu.
Supposons un instant que tous les boutons que portent les diverses branches d'un arbre aient leurs racines en terre. Ds pousseraient à la renaissance de la nature une légère tige avec quelques feuilles, des fleurs et des fruits. Puis, la maturité des fruits accomplie, ils périraient comme les plantes annuelles, car nous les supposons incapables de se réunir pour former une plante commune. Par cette construction plus simple, les boutons pourraient produire une toute aussi grande quantité de fruits que lorsqu'ils se trouvent réunis sur un tronc commun. Mais quelle perte pour l'homme, s'il devait être privé d'arbres: combien les montagnes souffriraient, combien la nature serait défigurée, si elle était privée de son plus bel ornement! Il est évident que cet arrangement, si simple et néanmoins si varié dans ses effets, qui réunit beaucoup de petites plantes en une grande, est d'un avantage immense et incalculable. Nous nommerons cette réunion de beaucoup de petits individus en un grand individu une commtmauté.
Ainsi les arbres sont en réalité non des individus, mais des communautés d'individus. Cette organisation que nous venons de vous signaler vous parait sans doute si naturelle que vous n'avez jamais conçu la possibilité qu'il en existât une d'un autre genre. Vous penserez peut-être que c'est la chose la plus futile au monde que d'examiner les détails de ce principe. Mais ncrus allons vous mettre à une forte épreuve : nous vous montrerons que toutes choses dans la nature, même votre corps et
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votre âme, sont constituées sur un principe identique; et nous vous demanderons alors si cet arrangement vous paraît encore d'un intérêt aussi faible et d'une conséquence aussi minime. Ce n'est que la pauvreté de notre imagination et la constante répétition de cette loi qui nous ont familiarisés avec elle au point que nous ne pouvons concevoir quelque chose de différent. En réalité, cette organisation n'est pas aussi simple qu'elle nous le paraît au premier abord; elle trouve un emploi qui dépasse toutes les conceptions que nous pouvons nous en faire dans une considération superficielle. Le premier résultat saillant de ce principe d'association, d'après lequel tout arbre a été construit, c'est le développement auquel il donne naissance, développement d'autant plus grand que le nombre d'individus qui se trouvent ainsi réunis est plus considérable. La puissance de ce développement se montre aussi dans la durée de la vie. Tandis que le bouton à fleur est destiné à périr dès que son fruit sera parvenu à maturité, la vie de la communauté peut durer des dizaines de siècles. A en croire les naturalistes, il existe des arbres qui indiquent une vie de plusieurs milliers d'années.
L'expérience nous apprend que le bouton qui s'ouvre au printemps pousse ordinairementplusieurs tiges, plusieurs feuilles et plusieurs fleurs. Si nous regardons une fleur comme un individu, la petite branche qui est sortie de ce bouton ne peut pas encore être un individu, car il réunit plusieurs fleurs sur une même tige. Elle doit donc être considérée comme un petit arbre, c'estrà-dire une communauté composée d'un nombre restreint d'individus. Mais la fleur elle-même, que nous avons prise il y a un moment pour un individu, ne peut pas encore mériter ce titre, car elle se compose d'un grand nombre de petites fleurs bien distinctes, comme nous le voyons, par exemple, dans la scabieuse, la dent-de-lion ou le lilas.
Fis* ft* 0traetare ^^ane Relne-Harsii^i'lte.
s\yp 2'
1. Section d'une Reine-Marguerite. — 2. Fleurette fertile du centre, grossie 2 fois ; les 5 feuilles de la corolle sont d'égale grandeur. —8. Section d'une fleurette, montrant les étamines. — 4, 5, 6, 7. Les fleurettes régulières du centre se transforment graduellement, en se rapprochant du bord, en formes irrégulières et stériles. — 8, 9, 10. Cellules et Pollen grossis 300 fois.
Le numéro 1 présente la section d'une reine-marguerite de grandeur naturelle. Le n« 2 nous fait voir une des petites fleurs dont elle se compose, grossie 2 fois. En continuant notre examen, nous remarquerons que ces petites fleurs se composent à leur tour de plusieurs organes semblables, et que ces organes se subdivisent encore en vaisseaux et en cellules. Ainsi une feuille ou une fleur est tout aussi bien une communauté que le plus grand arbre. Il ne reste donc, en dernière analyse, que la cellule à laquelle nous puissions en toute justice appliquer le nom d'individu, car elle ne se subdivise plus en parties équivalentes et semblables. C'est à elle seule qu'appartient rhonneur de l'individualité.
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§ 2, Chaque cellule a une vie à elle. Les états dans le règne végétal.
Si nous avions commencé notre examen par Tordre inférieur du règne végétal, nous aurions pu y découvrir une construction analogue à celle que nous venons de signaler dans les conditions les plus simples. Le règne végétal commence par les algues; ce sont les plantes les moins développées. Le premier échelon de cet ordre de végétaux, si simple, est formé par les algues dont toute la structure consiste en une seule cellule. Elles se reproduisent en se partageant ou en formant .de nouvelles cellules dans leur intérieur, et chaque nouvelle ou jeune cellule, après avoir atteint son développement, recommence la même opération. Ainsi cette petite vie cellulaire a tous les organes nécessaires pour la reproduction; c'est un individu complet. Après ces espèces d'une extrême simplicité, nous rencontrons des algues un peu plus compliquées ; les jeunes cellules, au lieu de se détacher les unes des autres comme dans le cas précédent, restent liées ensemble par leurs extrémités et forment ainsi une agglomération de cellules. Ces cellules ont chacune le même rang, leur vie a une égale intensité, elles remplissent toutes des fonctions analogues et se reproduisent de la même manière. Nous avons donc, comme auparavant, autant de petites plantes distinctes qu'il y a de cellules. Leur adhésion ne peut en aucune façon détruire leur individualité, pas plus que la qualité d'être membre d'une famille, d'une commune ou d'une nation n'enlève la personnalité à un individu quelconque. 11 n'y a donc pas de vie commune, dans une pareille algue, mais une multitude de petites vies qui, si on les détache de la communauté, continuent à se reproduire. Tous les habitants de la campagne connaissent des algues de ce genre ; ce sont ces substances gélatineuses qu'on trouve le matin dans les jardins après une nuit humide et chaude.
En remontant d'un degré l'échelle des végétaux, nous arrivons à des algues où les cellules ont déjà des fonctions un peu variées, et où quelques-unes sont spécialement destinées à la production des spores (la semence).
Cette distribution de fonctions différentes entre les diverses cellules ne peut détruire leur individualité ; la vie de la totalité de la plante n'en reste pas moins un composé de petites vies, car chaque fragment de cette plante peut en reproduire une au-
tre. En passant des algues aux champignons, puis aux mousses, aux fougères, aux herbes, et en allant jusqu'aux espèces les plus développées, nous ne trouvons pas dans toute cette progression la plus légère indication qui puisse nous engager à dire : Ici finit la vie des cellules ; ici commence une vie unique et générale. L'expérience nous apprend de plus qu'il n'existe que peu de plantes qui ne puissent, en usant des précautions nécessaires, se reproduire au moyen d'une feuille, d'un bouton, d'une branche ou d'une racine.
Notre analyse ne nous fournissant aucune raison d'admettre une constitution plus simple pour les plantes les plus développées que pour celles qui le sont le moins, nous admettrons, comme une vérité évidente ou du moins très probable, que les plantes ne possèdent pas de vie unique et générale, mais que leurs vies sont des vies multiples, composées d'autant de petites vies qu'elles possèdent de cellules actives et vivantes. Ainsi toutes les plantes, excepté celles qui ne se composent que d'une seule cellule, sont en réalité non des individus, mais des collections d'individus réunis par un lien commun. Cette liaison des cellules qu'il a plu au divin Auteur d'adopter pour la construction du règne végétal donne naissance à plusieurs lois, que nous aurons bientôt l'occasion d'examiner. Etant forcé de lui donner un nom nous l'appellerons :
Le principe de TABBooiation.
Cette méthode de construction permet de distinguer dans le règne végétal trois phases ou trois systèmes de développement, que nous nommerons états.
Le premier état est celui de V individualité. Chaque cellule reste isolée et forme une petite individualité à part. La reproduction de la cellule se fait soit par une séparation de la cellule mère, soit par la production dans son sein de nouvelles cellules, qui détruisent ordiniirement par leur extension la cellule mère. Toute nouvelle cellule se forme de Tune ou de l'autre de ces deux manières. La croissance d'une plante est le produit de deux forces bien distinctes : V La reproduction des cellules par les cellules ; 2® L'adhésion de toutes ces nouvelles cellules entre elles. C'est ainsi qu'une plante augmente son volume en ajoutant toujours de nouvelles cellules à son corps.
Le second état est déterminé par l'apparition d'un nouveau principe, celui des sexes; il se montre dans le développement
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des fleurs, et nous le nommerons par cette raison celui de la florescence. Dans cet état, les cellules quittent leur système d'isolement; elles s'unissent les unes aux autres par une force ou un principe d'adhésion, se partagent entre elles les différentes /onctions, et forment ainsi les plantes phanérogames. Si le prin- "Cipe d'adhésion n'avait pas de bornes, il y aurait une croissance indéfinie des plantes, et une seule plante finirait par occuper toute la terre. Or le principe de l'association est limité par les sexes. Ils sont produits par une séparation de la communauté, comme nous le verrons plus tard, et destinés à limiter l'adhésion des cellules par la production de nouvelles cellules, qui joignent au principe de l'association celui de l'isolement, et peuvent ainsi, contrairement aux autres cellules, se détacher de la plante mère.
Entre le premier état, ou les algues à une cellule, et les premières manifestations des sexes chez les algues supérieures, il existe beaucoup de plantes qui n'appartiennent, en apparence, ni au premier état ni au second. Mais, comme le second état, ainsi qu'un corps organisé, ne peut pas se développer subitement dans toute sa perfection, il faut considérer ces espèces de plantes comme les premiers acheminements vers le second état ; elles contiennent, selon nous, l'embryon non développé des sexes.
Le troisième état, celui que nous nommons la communauté, ^st produit par la réunion d'un très grand nombre de fleurs sur une tige commune, qui devient un arbre.
Dans ce dernier état toute reproduction a cessé ; le produit est la réunion de tous les fruits auxquels le second état a donné naissance. Beaucoup de plantes phanérogames et même certains arbres conservent la faculté de se reproduire par un bouton, une racine ou une feuille. Cette faculté, qui prouve encore l'individualité de la cellule et la conservation de sa puissance de reproduction, se rattache exclusivement au premier état. Elle in. dique une division imparfaite des fonctions, par conséquent un développement incomplet du second état. Nous verrons disparaître cette imperfection dans le règne animal dont nous allons nous occuper.
§ 3. Construction cellulaire d'un polype.
En commençant par les êtres les plus simples du règne animal, nous y remarquons une évidente analogie de construction
avec les formes les plus inférieures du règne végétal. Ce sont, les Monades, qui ne se composent que d'une seule cellule, et. se reproduisent de la même manière que le Protocociis nivalis et d'autres algues à une cellule, c'est-à-dire en se partageant. Nous pouvons en conclure préalablement que le principe de reproduction est le même dans ces deux règnes. Chacune de ces cellules a une vie séparée et constitue à elle seule une individualité. Ces animalcules sont d'une extrême petitesse ; dans, certaines espèces, plusieurs milliers pourraient passer à la fois,, et sans se gêner, par le trou d'une aiguille. Us doivent avoir un estomac pour digérer leurs aliments, et dans leur intérieur il: doit se faire une circulation qui est contenue dans des vaisseaux à parois. Cela nous donne une mesure de la prodigieuse ténuité dont la matière est capable.
Les monades appartiennent à la division des zoophytes, dont la classe principale est celle des polypes. Ce sont les algues du règne animal; elles croissent par la multiplication des cellules. Leur corps est une substance gélatineuse, et, quand on les coupe en morceaux, chaque fragment est ordinairement capable de produire un autre animal. Il existe même un polype très remarquable qui fait cette opération de lui-même, comme beaucoup d'infusoires. Au plus léger attouchement, il se partage en nombreux fragments qui sont autant de nouveaux animaux.
L'àme de ces animaux ne peut évidemment pas être une vie unique; elle est un composé d'une multitude de petites vies (ou âmes). En effet, en examinant soigneusement le développement des polypes, on peut voir qu'ils ne sont qu'une réunion de monades qui, au lieu de se séparer après leur naissance, restent collés ensemble et dont chaque espèce forme une communauté à part. Ainsi autant de cellules, autant de monades, autant de vies, autant de petites âmes! Ainsi la monade est en réalité l'individu, et le polype une communauté de petits individus. Cette construction, parfaitement analogue à celle du règne végétal et qui montre la multiplicité des vies, devient encore beaucoup plus évidente dans le règne animal qu'elle ne l'est dans le règne précédent. Quelques polypes grandissent en ajoutant toujours de nouveaux bourgeons au corps général. Chaque bourgeon est un petit animal bien distinct, ayant une bouche et un estomac à lui ; mais, au lieu de se détacher de sa mère, il y reste lié par ses membranes inférieures. Peuton demander un développement plus clair, une preuve plus forte de la théorie de la
CH. III. l'individualité. 84. 85
multiplicité des vies en un seul corps? Ne voit-on pas ici •de la façon la plus frappante que Tàme de Tanimal entier •doit être composée d'une multitude de petites âmes? Qui ne reconnaît dans cet arrangement le procédé d'après lequel l'arbre est construit? Seulement il se trouve exprimé dans ces espèces d'animaux d'une manière beaucoup plus claire et plus précise que dans le règne végétal. Les petits animaux correspondent aux fleurs ou aux boutons, et tout l'animal à la communauté de l'arbre.
I 4. Dépendance mutuelle des vies. Chaque cellule a une vie
propre. La vie d'un animal est composée d'une
multitude de vies cellulaires.
A mesure qu'on remonte l'échelle des développements, soit dans le règne végétal, soit dans le règne animal, l'homogénéité de fonctions des cellules disparait peu à peu. Avec elle se perdent les preuves les plus palpables et les plus irrécusables de la multiplicité des vies dans un seul corps. Mais la nature ne quitte pas cette importante leçon sans l'avoir répétée et illustrée par des exemples variés à Tinfini. Elle nous montre, par le pas. sage graduel de l'un à l'autre, par le développement partiel de certains organes, par des combinaisons innombrables, je dirai même par des artifices ingénieux, que la perfection ou le développement des êtres supérieurs n'est dû à aucune autre cause qu'à une division de travail entre les différentes cellules qui <ïomposent un corps. Chacune conserve néanmoins sa vie particulière, lors même qu'elle est chargée d'une fonction spéciale dans l'organisation générale.
Nous voyons premièrement certaines cellules se charger de fonctions spéciales, puis se réunir pour une fonction commune, et ainsi devenir peu à peu un organe particulier. Plus les organes augmentent en variété, plus l'individu devient parfait. Mais 4 mesure que les organes gagnent en variété, ils perdent en nombre. En effet, la répétition multipliée du même organe est un signe d'imperfection. Ainsi il y a des animaux qui ont jusqu'à ÏÎO,000 yeux; les araignées en ont 10,000. C'est comme si la nature indiquait qu'il y a 20,000 ou 10,000 individus réunis en un Beul corps; elle répète ici, pour un organe isolé, le système de multiplicité qu'elle avait adopté au commencement pour l'individu, en le composant d'un nombre immense de cellules ho-
mogènes. Il en est de même pour les pieds, les ovaires, les centres nerveux, etc., quoique pas toujours d'une manière aussi évidente.
La spécialité du travail dont une cellule se charge, ou à laquelle plusieurs prennent part, ne peut en aucune façon causer la destruction de la vie particulière et individuelle de ces cellules. Elles la conservent entière, comme, dans uue fabrique, les ouvriers ne perdent rien de leur individualité par le fait que le chef leur assigne à chacun une tâche spéciale. Une suite inévitable de la division du travail est la dépendance dans laquelle une partie se trouve placée vis-à-vis d'une autre. Si, par suite d'un dérangement, une machine à vapeur est obligée de suspendre son activité, tous les ouvriers dont le travail dépend de celui de la machine sont forcés de chômer jusqu'à ce qu'elle soit réparée. D en est de même pour le corps: si un seul organe cesse de fonctionner, tous ceux qui en dépendent doivent aussi s'arrêter, sans pour cela que l'on doive s'imaginer, comme on l'a fait jusqu'à présent, qu'une vie unique anime toutes les cellules.
n est facile d'observer, soit dans le règne végétal, soit dans le règne animal , comment cette dépendance s'établit et opère. Elle commence par être purement une dépendance de posîti07i. Ainsi, dans le cas du noyer que nous avons observé, le morceau d'écorce dont la perte a entraîné celle de l'arbre ne remplissait aucune fonction vitale dont l'arbre n'eût pu se passer ; il ne servait que de pont à la sève. Si l'on avait pu enlever assez adroitement le morceau de tronc dont l'écorce avait étédépouillée, et faire rejoindre cellule par cellule l'écorce du haut avec celle d'en bas, l'arbre aurait continué à prospérer comme auparavant. L'opération de la greffe repose sur ce principe. Peu à peu la dépendance devient plus forte : elle devient chimU que, puis organique, puis nerveuse. En nous étendant sur la division du travail, nous avons un peu anticipé sur notre sujet.
Reprenons notre revision du règne animal, et passons des polypes à l'ordre des helminthes, dont le plus affreux représentant est le ver solitaire. Il trahit une organisation semblable à celle des animaux qui lui sont inférieurs ; car il se compose d'un grand nombre d'anneaux, qui ont des organes tout-à-fait identiques, et semblent être de petits animaux attachés les uns aux autres. Chaque anneau a plusieurs ovaires et pond un grand nombre d'œufs. Il croit en ajoutant de nouveaux anneaux ou de nou-
CH. m. l'indiyidualité. § 4. 87
veaux petits individus. Ce qu'on appelle la tête peut perdre tout son corps sans en souffrir.
Les vers de terre, qui appartiennent à un ordre plus développé que les vers intestinaux, possèdent encore la puissance d'être multipliés par des seclions. Ils montrent encore d'une manière évidente la multiplicité des vies dans un même corps. En remontant aux animaux encore plus parfaits, on ne peut plus reproduire des êtres semblables par la séparation ou par des boutures. Nous quittons donc le développement analogue à celui du règne végétal pour entrer dans un mode de développement supérieur.
Mais la nature a bien soin de ne pas progresser trop rapidement, de peur que nous ne puissions suivre sa marche d'une manière certaine. Elle conserve encore longtemps l'apparente subdivision en petits animaux ; ce n'est que bien lentement qu'elle montre comment elle est pan^enue, en spécialisant les fonctions et en divisant le travail, à produire des êtres plus parfaits, mais dont la structure fondamentale reste toujours la même.
Ainsi les anneaux des myriapodes, qui ont chacun une paire de jambes (leurs stigmates et leurs rudiments de système nerveux),ne sont qu'une réminiscence des divisions infiniment plus nombreuses des classes inférieures. Chez les animaux articulés, comme les insectes, les anneaux se réduisent normalement à quinze. Chacun d'eux a son petit système nerveux. Ils sont plus ou moins liés ensemble, mais jouissent encore d'une assez grande indépendance pour pouvoir souvent, étant séparés, continuer à vivre pendant plusieurs heures. On peut aussi observer dans les vertèbres multipliés des anguilles, des serpents, des crocodiles, qu'elles ne sont que la réminiscence des subdivisions plus évidentes des êtres inférieurs. La nature ne veut pas que le développement des organes nous fasse oublier la manière dont nous sommes construits. Si elle avait effacé plus tôt cette construction multiple, si elle l'avait rendue moins saillante par ses combinaisons et les divers exemples qu'elle nous donne, nous aurions pu douter de la vérité d'un principe qui a servi de base à la construction du monde matériel, comme du monde spirituel.
Nous avons déjà remarqué-qu'il est facile de suivre dansle règne végétal, ainsi que dans le règne animal, la dépendance croissante des cellules les unes à l'égard des autres, dépendance produite
par la division du travail et la spécialité des fonctions. La raison en est si simple, si évidente, que chercher cette dépendance dans une hypothèse sans fondement nous parait une infraction manifeste à toutes les lois de la logique^ Tandis que la nature nous accable des preuves les plus évidentes de la multiplicité des vies, nous ne pouvons lui opposer que l'inertie d'une conviction contraire, conviction qui n'est assise que sur l'absence de réflexions à ce sujet; nous sommes sûr qu'aucun de nos lecteurs n'a jamais pensé à examiner si son corps renferme une ou plusieurs âmes.
Le passage des animaux inférieurs aux animaux supérieur^ a lieu par des modifications assez graduelles pour qu'il soit tout aussi impossible que dans le règne végétal de fixer une limite où la vie des cellules finit, et où commence une vie unique. Aussi croyons-nous qu'il est beaucoup plus raisonnable d'admettre pour tous les animaux une construction basée sur un principe uniforme. L'analogie le demande d'une manière impérieuse. Ainsi cette supposition est, à moins de fortes preuves du contraire, la plus sensée et la plus probable. De quel droit, en effet, supposerions-nous que des animaux dont la simplicité de construction fait toute l'infériorité aient une âme beaucoup plus compliquée que les animaux supérieurs? Ce serait aller contre toutes les lois que nous observons dans la nature, contre toutes les vraisemblances; et cela pour quelle raison?
Nous admettrons donc, comme une vérité démontrée par la nature, que l'âme des animaux, ainsi que l'âme de Thomme, n'est qu'un composé d'une multitude innombrable de petites vies cellulaires. Chaque cellule est une monade ou un animalcule, par conséquent un individu, et tout l'animal est une communauté ou un peuple. Nous prions le lecteur de se rappeler qu'il n'est ici question que de l'âme animale de l'homme, et non de son âme spirituelle; nous ne nous occuperons de cette dernière que dans le second volume.
Remarque. Cette déclaration de l'Ancien Testament: < L'âme de toute chair est dans le sang» (Lév. XVII, 14.), ne doit pas. à notre avis, se prendre dans un sens anatomique et absolu, mais dans un sens figuré. Le but que l'écrivain sacré parait avoir eu n'était pas de nous révéler une vérité physiologique, mais de nous faire comprendre les institutions symboliques relativement â la vie et â la mort. Les phrases suivantes nous serviront de clef pour l'interprétation de cette sentence bibli-
CH. III. l'individualité § 5. 89
qae : Le feu est V&me d'une machine à vapeur ; la reine est Tame d'une ruche; tel homme est l'àme de son parti; ce roi est l'âme de son peuple. Cela ne signifie pas que cet homme, ce roi, soient seuls vivants^ et que tous les autres individus de leur parti ou de leur peuple soient morts, mais simplement qu'ils sont la principale source d'action et de mouvement. De même, le sang est l'âme du corps en ce sens qu'il est, outre d'autres fonctions, le porteur de la nutrition, et par là la source de l'activité et de la vie. L'auteur sacré, en accordant au sang une haute valeur, en en faisant, pour ainsi dire, la vie de la vie, n'exclut pas pour cela la vie du reste du corps ou des cellules qui le composent. Si le sang devait avoir une valeur encore plus importante, s'il était l'unique siège de la vie animale, il faudrait que les globules de sang eussent à remplir des fonctions vitales analogues à celles du pollen, ou qu'elles renfermassent le germe de nouvelles cellules qui naissent dans le corps humain. Mais la science n'a encore rien observé de semblable.
Les cellules originales qui se forment dans l'œuf se confondent plus tard. Les cellules du sang restent au contraire parfaitement distinctes et séparées les unes des autres. Chaque cellule forme un petit être particulier, parcourant dans un espace de temps encore inconnu, mais plus ou moins restreint, les mêmes phases de naissance et de mort que le corps entier met une série d'années à parcourir.
§ 5. Les états dans le régne animal.
Nous avons vu qu'on peut commencer l'étude de l'homme dans le règne végétal; et les lois de l'analogie augmentent peu à peu d'importance et de valeur à nos yeux. Nous pouvons aussi distinguer dans le règne animal, comme dans le règne précédent, trois états bien caractérisés, qui se correspondent d'une manière évidente.
Le premier état est celui de V individualité. Chaque cellule reste isolée et forme une petite individualité à part. Ce sont les monades.
Le deuœième état est celui où les sexes font leur apparition; nous le nommons pour cette raison l'état de la dualité. Les cellules ont quitté leur système d'isolement: elles s'unissent par une force d'adhésion, se partagent les différentes fonctions du corps, et forment, dans leur développement le plus élevé, des individus de sexe différent. Cet état correspond à celui de la
florescence du règne végétal. Entre les monades et la première manifestation des sexes chez les zoophytes, il existe une grande variété d'animaux qui, lors même qu'ils ne présentent pa& de sexes, doivent être considérés comme appartenant au second état, vu qu'ils en sont les premiers échelons.
Le troisième état est celui de la communauté par excellence; il est produit par la réunion d'un plus ou moins grand nombre d'individus appartenant au second état. Ce troisième état ne reproduit pas de germe; son fruit est la réunion du produit de tous les individus comme pour l'arbre. Nous en examinerons les lois dans un chapitre spécial.
§ 6. Règne pondéraMe.
Passons au règne de la matière pondérable; nous y reconnaissons les- mêmes divisions en états que dans les deux règnes supérieurs. Ces états sont beaucoup plus nettement caractérisés, étant infiniment plus simples. La multiplicité des détails, suite d'un développement supérieur, les nombreux passages d'un état à l'autre pour en illustrer les détails, tout cela a presque totalement disparu dans ce règne. Ces trois états sont: lo L'état gazeux \ 2^ L'état liquide \ 3*^ L'état solide.
L'analogie demande pour ce règne une organisation semblable (quoique plus simple) à celle que nous avons reconnue dans les règnes supérieurs. En effet, ce que la science nous permet d'observer d'une manière certaine, ainsi que ses suppositions les plus probables, ne fait que confirmer les prédictions de l'analogie.
Les cellules sont remplacées dans ce dernier règne par les molécules. C'est dans celles-ci que se trouve le principe de vie pour le règne pondérable, comme dans les cellules pour les règnes supérieurs.
1» A Vétat gazeux^ la molécule est supposée être la division la plus fine dont la matière pondérable soit capable sans que sa vie en soit détruite ou sa composition chimique altérée. Une division ultérieure de la molécule détruirait sa vie ou les forces qui y sont attachées, comme la division d'une cellule en détruit la vie. Les molécules remplissent dans leur règne un rôle tout à fait analogue à celui des cellules dans les règnes supérieurs. Ces petits corps moléculaires, étant tout à fait indépendants les uns des autres à l'état gazeux, tendent à se sépa-
CH. in. l'individualité, g 6. 91
rer, et, s'Us n'étaient retenus à la terre par l'attraction, ils s'étendraient au point qu'ils se toucheraient à peine entre eux.
L'indépendance des molécules entre elles caractérise le premier état du règne pondérable, comme l'indépendance réciproque des cellules caractérise le premier état des règnes supérieurs. L'état gazeux correspond ainsi aux algues composées d'une seule cellule et aux monades ; il joue cependant un rôle plus important dans son règne que les végétaux et les animaux à une cellule dans le leur, par la simple raison que ceux-ci, appartenant à des règnes beaucoup plus développés, doivent paraître en coul paraison beaucoup plus insignifiants. Si ce n'était pas le cas, il n'y aurait pas de progression. La distinction si nette des états dans le règne pondérable nous fait conclure que, s'ils se dessinent avec moins de clarté dans les règnes supérieurs, ce n'est pas parce qu'ils disparaissent, mais parce qu'il s'introduit des anneaux intermédiaires qui montrent le passage de l'un à l'autre.
Chaque molécule, dans l'état gazeux, s'isole et forme une petite individualité à part; nous pouvons donc appeler cet état, comme ses correspondants dans les règnes supérieurs: l'état de YindivîdttcUîté.
29 En nous fondant sur les lois de l'analogie , nous dirons que le second état dans le règne pondérable sera formé comme dans les autres règnes. Les liquides seront donc produits par la réunion d'un grand nombre de molécules de gaz; ce qui semble être confirmé par le fait qu'une réunion artificielle par la pression suffit pour changer les vapeurs en liquides, et même quelquefois en solides. La tendance qu'ont les molécules du second état à se réunir, ou à s'attacher les unes aux autres, se montre dans la formation des gouttes et des petits globules, creux à l'intérieur, dont se forment les brouillards et les nuages, et qui présentent une forme intermédiaire entre le premier et le second état. Ces formes intermédiaires, dont les règnes plus élevés sont si riches, ont presque complètement disparu dans le règne pondérable.
3® Le troisième étaty l'état solide ou cristallin , se formera par la communauté d'un grand nombre de molécules de liquide, qui adoptent souvent des formes régulièrement anguleuses. La chaleur, qui a le pouvoir de dilater les corps, peut rompre cette communauté, et la ramener, dans beaucoup de cas, à l'un ou à l'autre des états inférieurs.
Nous trouvons donc pour le règne pondérable, en nous fon-
.dant sur Tanalogie, une construction identique à celle des règnes organiques, mais bien moins développée. Beaucoup de molécules de vapeur produisent une molécule de liquide, beaucoup de molécules de liquide une molécule cristalline^ et la réunion d'un grand nombre de molécules de cette catégorie un cristal entier, comme nous en voyons dans la nature. La molécule cristalline correspondrait ainsi à Tarbre, et le cristal entier à toute une forêt. Nous ne serons donc pas étonnés, de trouver entre les molécules d*un cristal autant d'indépendance qu'il y en a dans un bois entre les différents arbres. Chaque molécule cristalline a une vie à elle, indépendante de sa voisine, comme chaque arbre a sa vie particulière, indépendante des autres arbres.
I 7. Règne élhérique.
La merveilleuse analogie de construction que nous avons observée dans les trois règnes que nous venons de parcourir doit, si les lois de l'analogie sont vraies, se reti-ouver aussi dans le règne éthérique. Par malheur, nos connaissances sont encore trop restreintes pour nous fournir aucune donnée certaine à cet égard; ce que nous savons cependant semble confirmer notre assertion, plutôt que lui être contraire. Les divers états du règne éthérique que la science nous a révélés jusqu'à présent sont : 1 . Lt'éther de l'espace, dont l'existence est rendue très probable par nombre de phénomènes; il est répandu dans tout l'espace occupé par l'économie matérielle. 2. Uéther liquide, qui semble attaché aux surfaces, et dont les manifestations sont l'électricité, le galvanisme et le magnétisme. 3. Uéther à Vétat de repos, le produit peut-être d'une condensation de l'éther du précédent état.
Ces trois états semblent correspondre aux états gazeux, liquide et solide, mais les différences sont ici infiniment plus subtiles. L'analogie nous donne pour \q premier état y celui de Tindividualité, l'indépendance mutuelle des molécules de l'éther: chaque molécule forme une petite individualité et repousse sa voisine; cette répulsion est telle que l'attraction se fera sentir extrêmement faiblement, ou même pas du tout. Il doit néanmoins exister entre ces molécules une certaine pression, car sans cela toute vibration ou ondulation serait impossible. Le second état, celui de la dualité, serait produit par la réunion 4'un grand nombre de molécules en communauté. Celles de
CH. III. L'iNDIVIDUiO^ITÉ. § 8. 9â
même espèce conserveraient encore le pouvoir de se repousser entre elles, comme des molécules isolées ; celles qui sont opposées Tune à Tautre peuvent seules s'attirer. Le troisième état se formerait par la réunion de molécules du second état en une nouvelle communauté. Ce serait Tétat de repos, correspondant à l'état solide du règne pondérable. C'est probablement dans ce dernier état que les molécules de ce règne participent à la formation des corps composés du règne pondérable, car, en rompant l'équilibre des molécules éthériques à l'aide d'une forte pile galvanique, on sépare aussi les corps pondérables en leurs éléments respectifs.
§ 8. Plan de construction de la 7wture,
Le tableau suivant est destiné à rendre sensible à nos lecteurs l'analogie de structure qui existe entre les deux règnes supérieurs et les deux règnes inférieurs.
(Voir U Ta5{«aM pages M ei 95.)
Récapitulons brièvement les principales conclusions que nous avons tirées de la construction cellulaire ou moléculaire de la nature.
1. Le principe de l'Association des molécules ou des cellules a servi de base à la construction du monde matériel.
2. Les cellules, en se réunissant et en formant une communauté, ont produit une division de travail, comme dans toute communauté bien organisée. Une certaine quantité de cellules, se réunissant pour accomplir des fonctions spéciales, ont donné naissance aux organes.
La division du travail devient ainsi Tunique source de tout développement.
3. L'association des nouvelles cellules à la communauté mère qui les a engendrées produit la croissance. Comme un peuple est composé d'individus, et que le peuple grandit quand le nombre des individus augmente, ainsi un corps est composé de cellules, et grandit avec le nombre des cellules. La cellule est donc une petite individualité, et notre corps un peuple de cellules. La nature inorganique est composée d'après le même principe, mais au lieu de cellules elle a des molécules.
L'association des cellules entre elles et la division du tra-